• Stephen Marks introduit les articles dans cette publication en passant en revue les manifestations éclatantes et brillantes évaluées en milliards de dollars qui ont été organisées lors du sommet entre les dirigeants chinois et africains au début du mois de novembre de l’année dernière. Mais derrière le spectacle flamboyant, scintillant et coruscant, l’on se pose la question de savoir ce que tout ceci signifie pour l’Afrique ? Est-ce une réédition du colonialisme ; une course effrénée vers les ressources minières et pétrolières de l’Afrique? Y a-t-il un modèle de développement chinois que l’on peut suivre ? Quelle est la véritable nature de l’implication de la Chine en Afrique?

    Les chefs d’état d’Afrique et d’autres dignitaires de 48 pays se sont rendus en grand nombre à Beijing au mois de novembre 2006 pour participer au plus grand sommet international jamais tenu dans la capitale chinoise. Et la Chine a fait tout son possible non seulement pour que ses invités d’honneur se sentent les bienvenus mais aussi pour ne laisser aucun doute auprès des Chinois, voire du monde entier, à propos de l’importance de cette réunion. Des banderoles rouge vif affichées le long des avenues portaient des slogans comme “ Amitié, Paix, Coopération et Développement”. L’Agence officielle de presse chinoise Xinhua a déclaré que les visiteurs emmenaient «un élément du mystérieux continent dans la capitale chinoise». Sur les panneaux publicitaires de la capitale le long des grandes artères et sur les ronds points on pouvait voir des images de girafes et d’éléphants rodant dans les savanes.

    Mais derrière ‘l’Afrique Chic’ officielle et les mots des communiqués officiels chaleureux mais prévisibles, quelque chose de substantiel se passait. Les déclarations adoptées à la fin de la réunion le dimanche 5 novembre ont utilisé des paroles ‘doucereuses et mielleuses’ -une forte rhétorique promettant un nouveau type de partenariat stratégique fondé sur ‘l’égalité politique, la confiance réciproque, une coopération économique mutuellement bénéfique et des échanges culturels.’ Mais il y avait aussi une substance impressionnante.

    Le samedi 4 novembre, le premier ministre chinois Wen Jiabao a proposé que la Chine et l’Afrique tentent d’augmenter leur volume de commerce à la valeur d’US$100 milliards d’ici l’an 2010. Ce qui serait plus du double du niveau de l’année 2005, qui, lui, s’élevait à approximativement US$39.7 milliards. Au cours des neuf premiers mois de 2006, le volume de commerce sino africain avait déjà atteint US$40.6 milliards, une augmentation annuelle de 42 pourcent.

    Le même jour, le président chinois, Hu Jintao a annoncé une enveloppe d’aide et diverses mesures d’assistance pour l’Afrique y compris US$3 milliards sous forme de prêts préférentiels au cours des trois années à venir ainsi que la suppression d’autres dettes de la part des pays pauvres d’Afrique. Il a déclaré que la Chine s’engageait à :

    . doubler son niveau d’assistance de l’an 2006, d’ici l’an 2009

    . accorder des prêts préférentiels de l’ordre de US$3 milliards en plus d’une ligne de crédit acheteur de l’ordre d’US $2 milliards en faveur de l’Afrique au cours des trois prochaines années

    . établir un fonds de développement sino africain, qui atteindra US$5 milliards pour assister et encourager les sociétés chinoises à investir en Afrique

    . annuler les dettes, contractées sous forme des prêts gouvernementaux sans intérêt qui auront atteint la maturité à la fin de l’an 2005 dues par les pays pauvres fortement endettés et les pays africains les moins développés qui ont des relations diplomatiques avec la Chine

    . augmenter de 190 à plus de 400 le nombre des produits pouvant être exportés vers la Chine sans frais douaniers par les pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine

    . établir trois à cinq zones de commerce et de coopération économique en Afrique au cours des trois années à venir

    . au cours des trois prochaines années, former 15 000 cadres africains ; envoyer en Afrique 100 experts agricoles de haut rang; établir 10 centres spéciaux de démonstration technologique en Afrique, construire 30 hôpitaux en Afrique et accorder une subvention de RMB 300 millions pour fournir l’artemisinine et construire 30 centres de prévention et de traitement pour lutter contre la malaria en Afrique; envoyer 300 jeunes volontaires en Afrique, construire 100 écoles rurales en Afrique et augmenter le nombre de bourses gouvernementales chinoises pour étudiants africains du chiffre actuel de 2000 par an à 4 000 d’ici l’an 2009.

    Le président Hu a même promis de construire un centre de conférence pour l’Union Africaine afin de ‘soutenir les pays africains qui fournissent des efforts pour se consolider en s’unissant à travers le processus d’intégration africaine’. Ceci était peut-être une démonstration claire de la promesse contenue dans la déclaration finale visant à soutenir les organisations régionales et sous régionales dans leurs efforts de promouvoir l’intégration économique, et à soutenir les pays africains dans la réalisation des «objectifs du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique» (NEPAD).

    Tôt le dimanche matin, la 2ème conférence des Entrepreneurs Chinois et Africains venait de clôturer ses travaux avec la signature de 14 protocoles d’accord entre d’une part 11 entreprises chinoises et d’autre part des gouvernements et firmes africaines pour une valeur totale de US$ 1.9 milliard. Ces protocoles d’accord couvrent la coopération dans le domaine du développent des infrastructures, de la communication, de la technologie et des équipements, de l’énergie, du développement des ressources, des finances et des assurances.

    Il y avait d’autres bonnes nouvelles encore. Le sommet a été suivi d’une exposition commerciale africaine tenue à Beijing. Selon l’agence de presse Xinhua, le lundi, ‘plus de 170 entreprises venant de 23 pays africains ont rempli le hall d’exposition avec des variétés de leurs spécialités locales, y compris minerais, bijoux, textile, fourrures, épices, thé et café.’

    Mais à l’exception peut-être du textile, qui est bien connu comme étant la plus importante des exportations chinoises, tous les autres articles exposés étaient des produits que l’Afrique exporte traditionnellement depuis l’époque coloniale. Ceci a peut-être influencé Xinhua dans son choix d’entrepreneurs chinois à interviewer sur leur opinion concernant les éventuelles perspectives commerciales avec l’Afrique.

    ‘Wang Jianping, président de la société Hashan Company de la province orientale de Zhejiang, a dit à Xinhua qu’après le sommet, il a décidé d’augmenter son investissement de la valeur actuelle de deux millions de dollars à six millions de dollars pour stimuler le développement de l’industrie locale de fabrication des chaussures au Nigeria.’

    ‘Sheng Jushan, directeur général du groupe Guoji de la province centrale de Henan a déclaré que sa société venait à peine d’établir en Sierra Leone une zone de coopération économique qui attire à peu près 20 petites et moyennes entreprises chinoises’.

    Des zones de traitement similaires au Nigeria, lorsque achevées et rendues opérationnelles, permettront de stimuler des activités économiques dans l’état par la transformation des matières premières en produits manufacturiers, plus particulièrement les produits qui, actuellement sont importés vers ce pays.

    Est-ce un nouveau type de colonialisme ?

    La ruée de la Chine vers l’Afrique est certainement due, dans une large mesure, aux mêmes causes qui étaient à la base du partage de l’Afrique par l’Europe au 19ème siècle – le besoin des matières premières qui allaient alimenter l’industrialisation. Le journal Economist l’a ainsi résumé avant le sommet : Son économie s’est accrue à une moyenne de 9% au cours des 10 dernières années, et son commerce extérieur a quintuplé. Elle a besoin de toutes sortes de produits- minerais, produits agricoles, bois, pétrole, et encore du pétrole. Entre 2000 et 2004, la Chine a contribué à elle seule à l’augmentation de la demande mondiale du pétrole de 40%.

    L’augmentation du prix des denrées qui en résulte, a eu un effet bénéfique pour la plupart des pays africains. Les prix élevés combinés à une plus forte production ont aidé les économies locales. Le PNB réel des pays d’Afrique sub-saharienne a augmenté en moyenne de 4.4% durant la période 2001-2004 par comparaison au taux de croissance de 2.6% des trois années précédant cette période.

    A Beijing en 2005 Moeletsi Mbeki, directeur adjoint de l’Institut sud-africain des Relations Internationales, lors d’une conférence organisée par le parlement chinois, avait décrit ainsi le résultat que plusieurs redoutaient : l’Afrique vend les matières premières à la Chine, la Chine vend les produits finis à l’Afrique. C’est une dangereuse équation qui reproduit les vieilles relations entre l’Afrique et ses puissances colonisatrices. L’équation ne peut pas tenir longtemps pour un certain nombre de raisons. D’abord l’Afrique a besoin de préserver ses ressources naturelles, qu’elle utilisera à l’avenir pour sa propre industrialisation. Deuxièmement, la stratégie d’exportation de la Chine est à la base de la désindustrialisation de certains pays à revenus moyens… Il en va de l’intérêt et de l’Afrique et de la Chine de trouver des solutions à ces stratégies.

    En termes clairs, la plupart des décisions annoncées lors du sommet, reflètent la reconnaissance par la Chine de ces craintes à propos du ‘néo-impérialisme.’ Ainsi bien avant le sommet l’article du quotidien People’s Daily avait dénoncé, ‘la fausse accusation selon laquelle la Chine est en train d’exercer un “néo-colonialisme” en Afrique’, accusation qui apparemment visait à semer la discorde entre la Chine et l’Afrique.’

    Et la veille du sommet, le Conseil d’état qui est le cabinet chinois avait promulgué ‘Neuf Principes’ visant à ‘encourager et harmoniser l’investissement étranger des entreprises.’ Ces principes exigent aux entreprises chinoises opérant à l’étranger d’ ‘observer les lois locales, de faire leurs soumissions dans la transparence et l’équité en respectant les droits des employés locaux, en protégeant l’environnement, en assumant les responsabilités des entreprises etc.’

    Existe-t-il un modèle chinois ?

    Comme le Japon et les petits ‘tigres asiatiques’, la Chine ne s’est pas développée en suivant les règles du consensus de Washington. Les pays occidentaux et africains ont critiqué la manière dont la Chine a évité de conditionner sa coopération par l’insistance sur les aspects tels que la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, aspects sur lesquels les pays occidentaux insistent, et ceci se trouve sans doute en arrière plan de l’enthousiasme dont jouit le modèle chinois de la part des pays africains ayant des régimes plus répressifs’

    Mais il y a aussi de la substance à l’idée selon laquelle, la coopération sud-sud a un mérite intrinsèque. Dans les domaines tels que le développement rural et la technologie intermédiaire, l’expérience chinoise a beaucoup de choses utiles à offrir, précisément parce que la Chine est, elle aussi, un pays en voie de développement.

    Il n’était pas prévu qu’un code comme le mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM) soit une condition pour l’octroi de l’assistance, et la perception selon laquelle c’est l’extérieur qui impose de telles conditions, a lésé son importance même aux yeux des militants et activistes qui en soutiennent les objectifs.

    Inversement, le fait que la Chine évite de poser des conditions signifie qu’elle peut aller très vite et produire des résultats palpables sur le terrain. L’étatisme qui caractérise encore l’économie chinoise signifie que la Chine pourrait offrir une approche “solutions en point unique”, qui garantirait à la Chine l’accès désiré au pétrole ou à certains minerais clés, par exemple en Angola ou au Nigeria. Cet accès pourrait être combiné avec des prêts souples et des projets de développement des infrastructures dont l’Afrique a tellement besoin tels que les autoroutes, le chemin de fer et des projets de développement rural, la construction de parques industriels pour petites firmes ainsi que des stages et bourses d’études qui sont des éléments additifs moins coûteux, mais d’un grand impact.

    Cette approche intégrée peut être un véritable point de plus et ce, non seulement pour des régimes comme ceux du Zimbabwe ou du Soudan. Comme dans cet exemple tout le paquet peut être conclu et livré moyennant d’une part quelques visites de la part des hautes figures gouvernementales, et d’autre part l’accueil offert aux dirigeants africains reçus en grands hôtes de marque comme lors du récent sommet de Beijing.

    Mais tous ces attributs ne sont pas uniques à la Chine, et une analyse ultérieure pourrait être utile si elle examinait l’approche chinoise dans un contexte plus large au lieu de la comparer de manière unilatérale avec le modèle conventionnel de la mondialisation libérale qui caractérise les approches conventionnelles occidentales.

    Chris Melvile et Molly Owen ont indiqué que la Chine n’est pas la seule actrice du théâtre africain, ni la seule partenaire à promouvoir l’idée d’un marché gagnant-gagnant. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud ont établi leurs propres liens de coopération sud-sud. Chacun de ces accords a été salué comme alternative valable aux anciennes puissances impérialistes. Et chacun à son tour a été accusé de poursuivre son propre sous-plan impérialiste.

    Et comme Chris Alden et Martyn Davies l’ont indiqué : les compagnies multinationales chinoises sont à plusieurs égards semblables aux compagnies multinationales opérant en Afrique, par exemple les compagnies françaises Elf-Aquitaine ou la compagnie sud africaine Eskom. Dans le cas de la France, Elf Aquitaine a été fortement politisée, en influençant ou définissant la politique française en Afrique et plus particulièrement dans les pays comme le Gabon et l’Angola.

    L’étroite proximité entre les intérêts commerciaux et les intérêts politiques de la France manifestée par la présence des hauts cadres des compagnies pétrolières dans le près carré de l’Elysée ainsi que la circulation de membres de l’élite politique comme Jean-Christophe Mitterrand dans les cercles politiques et les cercles des affaires a été dès le départ une caractéristique essentielle de la politique française en Afrique postindépendance.

    Bien plus, le modus operandi des instigateurs de la politique étrangère à Paris a toujours été construit autour d’un réseau de relations personnelles avec les leaders africains, et renforcé par une toile d’accords bilatéraux dans des domaines tels que le commerce, les finances, l’assistance au développement et la défense.

    Nature des compagnies multinationales chinoises

    Si le rôle de l’état chinois n’est pas différent de celui des pays occidentaux ou des pays austraux, comment les multinationales chinoises diffèrent-elles de leurs rivales dans la manière de fonctionner en tant que firme ?

    Le gouvernement chinois a clarifié sa position dans sa déclaration politique officielle concernant l’Afrique : ‘ le gouvernement chinois encourage et soutient l’investissement et les affaires des entreprises chinoises en Afrique et continuera à octroyer des prêts préférentiels et des crédits-acheteurs à cette fin’.

    Mark Sorbara l’a dit comme suit : ‘ investir dans l’industrie d’extraction en Afrique est une affaire risquée, mais la Chine a désespérément besoin de matières premières pour alimenter son économie en plein essor, aussi le gouvernement est-il prêt à supporter la plus grande partie des risques pour les entreprises chinoises voulant investir en Afrique’.

    Mais l’objectif de ce soutien étatique n’est pas seulement de sécuriser l’accès de la Chine aux matières premières. Comme Alden et Davies l’ont démontré, dans la poursuite de ses ambitions mondiales, Beijing ‘a l’intention de sélectionner les compagnies d’avant-garde’ qui, avec l’appui actif et le soutien généreux du gouvernement, se préparent à joindre les rangs des 500 sociétés les plus fortes du monde publiées annuellement par le magazine Fortune. A peu près 180 compagnies ont déjà été désignées par l’état pour bénéficier d’une assistance financière préférentielle, des concessions fiscales, et du soutien politique ‘go global’ et devenir ainsi de véritables multinationales.

    Cet objectif de devenir des joueurs mondiaux à proprement parler a été exprimé clairement par Fu Chengyu, directeur exécutif du géant chinois du pétrole CNOOC après que le congrès américain avait bloqué sa tentative d’acquisition d’Unocal, la neuvième grande compagnie américaine du pétrole : ‘nous cherchons à devenir des participants à l’industrie mondiale, comme toutes les autres grandes compagnies internationales, afin aussi d’alimenter le marché mondial.’

    Le même principe s’applique à l’accord sino sud-africain, conclu au sommet de Beijing pour former une société mixte qui augmentera la production du ferro-chôme en Afrique du Sud. Le rapport de l’agence de presse Reuters sur cet accord a commenté que ‘la Chine est devenue un grand investisseur dans le domaine minier et des ressources naturelles en Afrique dans sa recherche des matières premières pour alimenter sa croissance économique, mais à l’exception des autres accords sino-africains, l’objectif de Tubatse Chrome est de gagner de l’argent et non de fournir des métaux à la Chine’. Et le président de la société partenaire sud africaine a déclaré : ‘Sinosteel est une organisation commerciale, et Tubatse Chrome bénéficiera d’une société orientée vers le bénéfice. Si la Chine offre le meilleur prix, nous vendrons à la Chine, mais nous vendrons à quiconque offre le meilleur prix.’

    Les optimistes peuvent voir que c’est un bon signe. Ndubisi Obiorah le dit ainsi : comme le label mondial et la réputation deviennent de plus en plus importants pour les compagnies chinoises, celles-ci ne veulent plus être associées aux violations des droits de l’homme ni aux régimes répressifs d’Afrique ou d’ailleurs.

    Comme résultat, suggère-t-il, les compagnies chinoises deviendront plus vulnérables à ‘la dénonciation et à l’effronterie’ de la part des ONG des pays occidentaux et d’ailleurs.

    Les optimistes peuvent aussi en voir certains signes sur les sites web de Sinopec et Petrochina, qui mettent en vedette les prix qu’ils ont décrochés grâce à leur bonne gouvernance en affaires et leur politique modèle pour la santé, la sécurité et la protection de l’environnement.

    Est-ce que ceci établit le besoin d’un organisme qui serait chargé de la surveillance des sociétés chinoises, organisme au travers duquel les activistes africains et d’ailleurs puissent faire peser des pressions ? Mais dans ce cas, pourquoi pointer du doigt la Chine seule ? Comme Alden et Davies ont conclu : en effet, même les critiques admettent que si l’on passe outre les cas du Soudan, de l’Angola et de la Guinée Equatoriale, ‘le reste des activités de Petrochina et Sinopec sur le continent africain ne sont pas autrement répréhensibles’ ou du moins pas plus que leurs concurrents occidentaux.

    Peut être qu’il n’ y a pas vraiment de distinction entre les capitalismes chinois et occidental mais que la différence réside plutôt en ce qui sépare les rapaces bruts des plus ou moins sophistiqués. Mêmes ces deux catégories ne sont pas des classifications bien distinctes, mais deux faces différentes, dont chacune peut être présentée comme la plus convenable.

    Dans ce contexte, ceux qui s’occupent de la recherche dans les corporations feraient bien d’examiner la possibilité que les multinationales chinoises opérant en Afrique incorporent elles-mêmes des capitaux occidentaux, peut-être passés au peigne fin non seulement par les canaux habituels des entreprises mixtes et des actionnaires, mais aussi dans les fonds en provenance de Hong Kong et de Taiwan.

    Neil Tottman, directeur de la branche chargée des banques commerciales de HBSC Chine, a élaboré des plans agressifs pour les affaires de sa banque commerciale en Chine, par anticipation à une nouvelle dérégulation du secteur cette année. ‘Le volume total d’aiguillage d’affaires entre Hong Kong et la Chine continentale a augmenté au taux annuel de 175 pourcent par an entre 2002 et 2005. A la même date cette année, le volume des transactions entre Taiwan et la Chine continentale a augmenté de 512 pourcent par comparaison à la même période l’année dernière.’

    En route vers l’anti-démocratie ?

    Mais il y a d’autres aspects concernant le concept du modèle distinctif de la Chine qui sans doute doit être attrayant pour les régimes les plus répressifs de l’Afrique - l’idée que la Chine désapprouve l’argument selon lequel la démocratie est une pré condition essentielle au développement. L’opinion générale est que la Chine prouve le contraire – en démontrant le besoin d’un gouvernement fort.

    Ndubisi Obiorah a cité un exemple nigérian de cette invocation d’un modèle chinois: ‘ les ténors de la faction d’Obasanjo ont déclaré que l’absence de stabilité et de dirigeants visionnaires était la principale cause du sous développent en Afrique et que c’étaient exactement ces mêmes qualités qui avaient permis à la Chine et au Singapour de se développer et de devenir des miracles économiques contemporains.’

    Selon Obiorah, la montée de l’Inde peut contredire cette vogue de gouvernements autocratiques égoïstes. Peut-être aussi qu’avant 1946 certains des obstacles majeurs au développement de la Chine se trouvaient dans le fait que l’élite dirigeante, en connivence avec les forces à l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays, étaient opposées à la modernisation ; mais il y avait aussi un modèle archaïque de propriété foncière et d’autorité ; une désunion nationale chronique et un nombre élevé de seigneurs de guerre dont l’équivalent actuel en Afrique pourrait être la République Démocratique du Congo (RDC). Tout ceci a été balayé par la grande vague de la révolution populaire – situation qui ne se ferait pas accepter par l’élite des régimes répressifs de l’Afrique actuelle en tant que voie plus graduelle et réformiste vers la démocratisation !

    Mais l’antidote le plus puissant à l’idée selon laquelle la Chine valide une voie autocratique vers le développement, est l’agitation de plus en plus croissante en Chine des masses contre le coût du modèle économique actuel et son impact sur les droits des travailleurs, l’environnement, l’inégalité croissante et l’exclusion sociale.

    Comme Dorothy Guerrero l’a indiqué : la Chine est actuellement la quatrième puissance économique du monde et plusieurs pays en voie de développement envient ses progrès économiques record. Néanmoins, la croissance phénoménale de la Chine est en train de produire une fausse conception selon laquelle l’on croit qu’elle est la plus grande gagnante de la mondialisation.

    Même s’il est vrai que les réformes du marché et l’ouverture de la Chine face à la mondialisation ont donné à des millions de personnes un standing de vie élevé, il y a encore un nombre élevé de Chinois qui souffrent des conséquences de la rapide transition vers une économie de marché.

    La majorité des Chinois ne se préoccupe pas de savoir quand la Chine deviendra la première puissance économique du monde. Au contraire ils se demandent quand les avantages de la montée de la Chine en tant que puissance mondiale commenceront à avoir un impact positif sur leur vie.

    Même les sources officielles en Chine et à l’étranger sont conscientes du coût social du grand bond en avant accompli par la Chine vers le marché libre. Les membres du parlement ont tiré la sonnette d’alarme à propos de la crise d’emploi imminente et la banque mondiale a confirmé que les pauvres de la Chine deviennent de plus en plus pauvres.

    Quant à l’environnement, aucun chiffre avancé par Pan Yue, directeur adjoint de l’Organisme d’état chinois chargé de l’administration et de la protection de l’environnement, n’a manqué de susciter une grande controverse dans son récent essai sur la civilisation écologiste socialiste lorsqu’en ouverture il a accusé : ‘Les inégalités économiques et environnementales causées par une compréhension imparfaite de la croissance et des réalisations politiques de la part de certains officiels, sont allées à l’encontre des objectifs de base du socialisme et ont poussé à l’abandon les succès du socialisme chinois’.

    L’avancée du néolibéralisme en Chine et son impact sur le peuple chinois sont allés main dans la main avec le rôle croissant de l’impérialisme chinois à l’étranger. L’anomalie apparente d’une puissance impérialiste sujette elle-même à une exploitation impérialiste grandissante en alliance avec le capital local n’est pas nouvelle – elle a aussi caractérisé la Russie tsariste. Même s’il est pour le moment difficile d’agir suivant cette idée, la corrélation suggère que l’allié évident de l’activiste de base et des groupes de la société civile africains sera de plus en plus son homologue chinois.

    Stephen Marks est un rédacteur et chercheur indépendant spécialisé en matière de développement et des droits de l’homme.

    Ceci est une version abrégée d’un article publié par Stephen Marks. La version complète, y compris les références, sera disponible dans un livre qui sera publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.

    Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentaire en ligne sur www.pambazuka.org

    Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir :

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  • En considérant la surexploitation des ressources forestières dans la Province de Zambezia et les effets de la construction d’un très coûteux barrage sur les communautés environnantes, Anabela Lemos et Daniel Ribeiro se posent la question de savoir si après sa longue période de colonisation portugaise, le Mozambique ne court pas le risque d’être recolonisé sous la bannière du ‘partenariat économique avec la Chine’. Dans cet article ils relèvent les inquiétudes du Mozambique provoquées par les faibles exigences chinoises concernant l’environnement et le social ainsi que le non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la politique de non interférence.

    « Cahora Bassa nous appartient » : c’étaient là, les premiers mots du président mozambicain, Armando Guebera lors de la signature du contrat de transfert du titre de propriété du barrage hydro-électrique du Fleuve Zambèze, barrage âgé de 27 ans. Le dernier lien du Mozambique à la colonisation par le Portugal est finalement brisé, mais les nouveaux liens économiques du Mozambique montrent ces mêmes caractéristiques d’exploitation et d’abus.

    Les intérêts économiques abusifs ne sont pas quelque chose de nouveau dans les relations internationales. Il y a de multiples exemples des effets de déstabilisation et de paralysie qu’ils peuvent avoir sur les pays en voie de développement. Ces expériences négatives ont donné aux bailleurs de fonds étrangers comme la Banque Mondiale une mauvaise réputation, et ont obligé un certain nombre de ces bailleurs de fonds à prendre plus au sérieux les impacts sociaux et environnementaux et à élaborer des politiques pouvant promouvoir une justice sociale et une protection de l’environnement durable. Les expériences passées ont montré que de telles mesures sont des obligations cruciales dans la recherche d’un développement vraiment durable.

    Malheureusement, l’un des pays investisseurs internationaux, en occurrence la grande Chine, rivalise avec la Banque Mondiale pour devenir le plus grand donateur des pays africains et cette situation sape les leçons préalablement acquises sur l’importance de la transparence, de la justice sociale et de l’environnement durable. La demande croissante de la Chine en nouvelles ressources énergétiques et minérales (mais aussi le besoin de la création de marchés pour ses propres biens) a provoqué un grand intérêt dans l’Afrique comme source d’approvisionnement de ces ressources naturelles ; plusieurs pays africains sont donc perçus comme des partenaires de plus en plus importants. La Chine est la plus grande consommatrice de zinc, de nickel, de cuivre, et de pétrole brut sans compter qu’elle est la plus grande importatrice de bois tropicaux.

    La faiblesse de la Chine concernant les obligations sociales et environnementales, son non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la non ingérence dans les affaires intérieures des pays auxquels elle prête, a eu comme résultat que certains gouvernements africains ont des caisses pleines, ce qui leur permet de résister contre les pressions internationales et la lutte contre la corruption. Il s’ensuit que les dictateurs se maintiennent au pouvoir, ils centralisent la gestion des richesses et empêchent le vrai développement.

    Le Mozambique est l’un des pays africains à avoir saisi l’approche chinoise de financement et qui s’est accaparé de l’opportunité de la non ingérence dans les affaires internes ainsi que d’autres faibles politiques. Voici quelques exemples récents des résultats néfastes de cette relation.

    Exploitation du bois dans la Province de Zambezia

    Les entreprises chinoises d’achat de bois s’affrontent avec les hommes d’affaires mozambicains, certains membres du gouvernement et leurs services de gestion des ressources forestières dans le déboisement des espèces tropicales de bois précieux qui poussent lentement dans les forets semi arides du Mozambique. La vitesse d’exploitation de ces espèces pourrait en causer l’épuisement dans les 5 à 10 ans à venir, selon les rapports du commerce du bois traité et non traité au Zambèze. Le déboisement sans aucune chance de renouvellement commence par le soutien des Chinois aux acheteurs de bois pour obtenir de ‘simples licences’ qui permettent l’exploitation du bois en quantité relativement petite dans des régions bien spécifiées. Ces licences sont accordées à de nombreux exploitants mozambicains (146 en 2003). Seulement c’est là le début d’un processus de déforestation que l’on appelle le ‘takeaway chinois’.

    Lorsque la demande de licence a été approuvée, le propriétaire de la licence paie celle-ci (US$10-40 par mètre cube de bois selon les espèces). La plupart des propriétaires de licences mozambicains obtiennent des crédits de la part des acheteurs chinois pour couvrir ces dépenses. La disponibilité de ces crédits est le facteur principal qui motive l’essor de l’exploitation du bois, ce qui attire dans ce secteur des personnes non scolarisées et non qualifiées. Jusqu'à un tiers des opérateurs ne remboursent pas leurs dettes, et ce coût est renvoyé aux autres opérateurs, sous forme du moindre prix payé pour le bois. En moyenne, le revenu généré par les gens du pays travaillant dans le secteur du bois est en dessous du revenu minimal légalement requis qui s’élève à US$30 par mois.

    Les quotas et les licences donnent très peu d’indications sur la quantité et les espaces abattus ; il y a une culture de sous-estimation dans les rapports. Les inspections sont rares et la corruption est monnaie courante, le système de contrôle par informatique de la délivrance des licences et du transport joue un rôle complètement cosmétique, selon les rapports des experts locaux. Il y a seulement un véritable point de contrôle à Nicoadala où les copies de toutes les licences sont classées et où tous les chauffeurs doivent s’arrêter. Tout observateur de cette affaire qui passe du temps à ce point de vérification se rend compte que l’on s’acharne plus sur les villageois ayant de petites quantités de bois coupé à la main et sur certains opérateurs industriels établis tandis que les opérateurs bien connectés aux politiciens, aux services provinciaux d’exploitation des parques et des forêts du Zambezia (SPFFB) ainsi que ceux connectés aux acheteurs de bois échappent à ce contrôle. En 2002, le quota retenu était de 42 000 m3 (1 132 000 ha d’ères de concessions) mais le rapport SPFFB indique que seulement 33 200 m3 (+/- 97 600 bûches) ont été exploités, dont seulement 28 400 m3 (+/- 83 500 bûches) ont été exportés. Mais cette année-là 17 gros porteurs et 27 bateaux centenaires ont embarqué des bûches au port pour un total de 51 000 m3 (+/- 150 000 bûches), selon le rapport des autorités du port (ce qui pourrait aussi être une sous évaluation de la part des experts locaux).

    A titre d’exemple - vers la fin du mois d’octobre 2004, le gros porteur Chang Ping était arrimé dans le port de Quelimane pour embarquer 2000-2500 tonnes de bûches, selon le président de la société propriétaire du bateau tandis que l’exportateur local (Madeiras Alman), avait officiellement déclaré un poids total de 1074 tonnes (4715 bûches, pour un volume total de 1 602 m3). Le navire est resté 10 jours au port afin de charger la cargaison dans 3 cales simultanément 24 heures sur 24. Même en utilisant un système lent de chargement manuel au rythme de 20 bûches par heure et en comptant les heures de pause, on pouvait embarquer approximativement 10 000 bûches.

    La manipulation ne s’arrête pas aux statistiques ou aux données, mais elle touche aussi la règlementation. Au début, les espèces commerciales principales (Classe 1) devaient être traitées avant l’exportation. Mais juste quand cette règlementation devait entrer en vigueur, le ministère sous l’impulsion de l’industrie d’exploitation du bois a promulgué une ordonnance spéciale (ou ‘ministerial diploma’) classifiant une nouvelle fois les espèces de bois pour permettre leur exportation comme bois non traité. Maintenant le bois non traité est exporté vers la Chine, ce qui a un effet néfaste sur l’industrie locale, à savoir le transfert de tous les avantages de l’un des pays les plus pauvres du monde vers celui qui est en voie de devenir l’un des plus riches. Ce qui se passe au Zambezia est perpétué ou empiré dans les autres provinces comme Cabo Delgado, Nampula et Niassa. Au lieu de combattre l’exploitation illicite du bois, à travers des mesures telles que la manipulation de la réglementation en matière d’exploitation forestière, la falsification des informations techniques et statistiques, la corruption et l’implication indirecte dans le secteur de l’exploitation forestière, la Chine facilite l’exploitation illégale et empêche le développement durable dans ce secteur.

    Le barrage de Mpanda Nkuwa

    Le projet du barrage de Mphanda Nkuwa est un bel exemple des problèmes relatifs au non respect par la Chine des droits de l’homme et de l’impact environnemental des projets qu’elle finance. Le projet de construction d’un barrage évalué à US$ 2.3 milliards à Mphanda Nkuwa a fait couler beaucoup d’encres et de salives au Mozambique avec la société civile et les communautés concernées qui ont relevé plusieurs inquiétudes. L’inadéquate évaluation de l’impact social et économique, les hauts risques économiques, environnementaux, sociaux et techniques ainsi que d’autres impacts négatifs ont découragé les bailleurs de fonds occidentaux comme la Banque Mondiale qui, elle, s’est retirée du projet. Malgré tous ces problèmes, au début de cette année, la banque chinoise EX-IM qui est la main prêteuse de la Chine à l’étranger a accepté de soutenir le projet de construction de ce barrage.

    Le barrage de Mphanda Nkuwa aura une capacité de 1350 mégawatts ; il sera érigé sur l’un des fleuves africains qui compte déjà beaucoup de barrages, en occurrence le Zambèze. L’électricité du barrage sera dirigée principalement vers l’industrie et la grille régionale de l’Afrique Australe en ignorant complètement le fait que moins de 5% des Mozambicains ont accès à l’électricité. La production de l’électricité provoquera un doublement des fluctuations quotidiennes du débit du fleuve, ce qui aura un effet néfaste sur les populations en avale dont la vie dépend du fleuve pour un accès convenable et acceptable à l’eau, la pêche, la navigation sur le fleuve et la culture en temps de reflux.

    Le barrage sapera aussi les années d’effort de restauration du delta du Zambèze (la zone humide la plus riche de toute l’Afrique Orientale et un site décrété comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar), qui avait été endommagé par la mauvaise gestion du barrage de Cahora Bassa jusqu’à 70 km en amont de Mphanda Nkuwa. Un régime de débit quotidien et des simulations d’inondation ont été suggérés afin de permettre un meilleur développent écologique en aval et atteindre le débit requis pour la restauration de l’environnement. Le débit du barrage de Mphanda Nkuwa est basé sur l’actuel débit destructif de Cahora Bassa et le rapport d’étude de l’impact environnemental du projet stipule que si ceci changeait, Mpahanda Nkuwa ne serait plus économiquement fiable. Il paraît donc probable que des années de travail de restauration du Zambèze en amont de Cahora Bassa seront abandonnées au profit de l’initiative de générer plus de courant hydroélectrique à partir du fleuve.

    Le récent séisme d’une amplitude de 7.5 et plusieurs autres effets secondaires ont justifié les préoccupations existantes à propos des risques séismiques du projet Mphanda Nkuwa. Le pays avoisine la frontière de la plaque tectonique Nubia-Somalia qui traverse une zone très active appelée le Shire trough qui s’étend vers le sud, en allant du point le plus au sud du Malawi jusqu'aux environs de Maputo. Le pays est donc considéré comme étant dans une zone ou les activités séismiques sont actives ; malheureusement une mauvaise documentation dans ce domaine empêche les chercheurs de déterminer la possibilité de grands tremblements de terre. Par exemple, le récent séisme d’une amplitude de 7.5 était presque 13 fois supérieur à l’amplitude normale tout au long de cette plaque.

    Le barrage de Mphanda Nkuwa sera dans une zone séismique active, seulement à 200 km du cœur de cette zone de cassure. En plus, la forme de la cassure montre que le réservoir du barrage pourrait augmenter la capacité séismique des plaques avoisinantes - résultat provoqué par l’augmentation du poids de l’eau et phénomène connu sous le nom ‘d’activité séismique provoquée par le réservoir’ ou RIS. Ce qui plus est, la faille traverse le réservoir à 25 mètres de l’endroit proposé pour l’érection des murs du barrage. On croit que cette faille est active même si, selon les rapports géologiques récents, il n’y a pas d’activités. Le manque d’expérience et de connaissances du Mozambique en matière de construction de grands barrages et les faibles exigences sociales et environnementales chinoises auxquelles il faudrait ajouter la quasi-inexistence de données pour cette région, augmentent le risque et la possibilité d’un grand désastre.

    Le financement de la banque chinoise EX-IM a pour objectif de promouvoir l’exportation de pièces mécaniques et électroniques ainsi que de produits de haute technologie ; ceci dans le but de soutenir les sociétés chinoises en leur proposant des contrats avantageux en matière de constructions offshore et de projets de construction à l’étranger en conformité avec la devise ‘go global’ pour qu’elles deviennent de véritables multinationales. L’intérêt que la banque porte au projet Mphanda Nkuwa a annulé les pressions qui pesaient sur le gouvernement mozambicain pour une évaluation de l’impact social et environnemental de ce projet. L’implication de la banque chinoise dans ce projet a aussi permis au gouvernement d’éviter d’en adresser les aspects négatifs. Si le projet du barrage de Mphanda Nkuwa se réalise dans sa forme actuelle, ce sera un autre exemple des impacts négatifs des grands barrages sans compter qu’il constituera un handicap majeur au développement du Mozambique.

    D’autres projets de construction de barrages en Afrique n’ont pas donné de précédents encourageants. Il y a eu de sérieux abus des droits de l’homme en rapport avec le barrage de Merowe au Soudan, par exemple (voir l’article d’Ali Askouri). Le programme de compensation a été mal appliqué, il n’y a pas eu de transparence, et il est question de mauvais impacts sociaux et environnementaux. Plus près de nous en Zambie, la société étatique ZESCO travaille avec la société chinoise Sinohydro sur le projet de la gorge de Kafue.

    Elle a choisi le site du barrage après une évaluation équilibrée comportant des facteurs économiques, sociaux et environnementaux. Mais, nous avons appris de sources internes que Sinohydro a dit à ZESCO que ce n’était pas de cette manière que cela se faisait en Chine et que Sinohydro voulait avoir un site dont l’évaluation se focaliserait uniquement sur des facteurs économiques. En fin de compte, le site original de ZESCO a été retenu mais il n’est guère prometteur que les constructeurs du barrage de nationalité chinoise doivent tenter de se focaliser sur les aspects économiques du projet.

    Nous avons aussi appris des allégations de la part de nos communautés de pêcheurs de nos côtes, allégations selon lesquelles les navires de pêche illégaux chinois utilisent de grands cordiers et des filets maillants, qui non seulement attrapent des tortues et des requins mais aussi détruisent nos zones côtières. On a rapporté qu’un navire chinois a accosté au port de Maputo en octobre 2005 avec environ 4 tonnes de nageoires de requins illégaux. Aucune information n’était disponible sur les espèces de requin, ni sur le lieu ni les méthodes de leur capture. Les navires de pêche illégaux chinois profitent du manque d’intérêt de la part de nos dirigeants et du manque de moyens de contrôle et de surveillance de nos côtes pour les détruire et détruire aussi les moyens de survie de nos communautés.

    Le lien économique avec la Chine est encore un partenariat jeune et grandissant avec de nombreux investissements en perspective. Le peu d’investissements fait à l’heure actuelle montre une tendance vers l’exploration et l’abus. Le caractère secret qui entoure les négociations, soit concernant Cahora Bassa ou Mphanda Nkuwa, les conditions de financement, le non respect des éléments de base pour un véritable développement comme l’égalité, la justice sociale, l’environnement sain, et l’équité, nous conduisent à poser la question de savoir si les Mozambicains sont en train de devenir maîtres de leur pays ou s’ils passent simplement d’un maître à un autre. Quel en est le coût pour notre peuple et nos terres ? Quel sera l’héritage des générations à venir ? Qu’est-ce qui nous attend à l’avenir ? Après tant d’années de colonisation par le Portugal, sommes-nous en passe de subir une nouvelle colonisation au nom du développement et sous la bannière d’un partenariat économique avec la Chine ?

    • Anabela A. Lemos est un activiste mozambicain pour l’environnement. Il est fondateur et directeur de JA! (Justiça Ambiental). Daniel L. Ribeiro est un biologiste mozambicain, chercheur et activiste pour l’environnement. Il est co-fondateur de JA ! (Justiça Ambiental) et coordinateur de l’unité du JA! chargée des eaux des fleuves et du développement.

    • Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par Anabela Lemos et Daniel Ribeiro. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format .PDF sur le site de Pambazuka News.

    • Veuillez envoyer vos commentaires à ou visitez www.pambazuka.org pour les commentaires en ligne.

    *Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir:

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  • John Rocha | Gouvernance

    John Rocha tente de répondre à deux questions relatives au rôle de la Chine en Afrique : Comment l’influence grandissante de la Chine en Afrique pourra soit avancer soit limiter l’agenda africain ? Et quels en sont les défis et les implications pour les gouvernements africains, le secteur privé et la communauté internationale ?

    Introduction

    L’influence grandissante de la Chine sur l’échiquier international continue d’attirer l’attention des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Avec sa grande population et son récent taux de croissance économique estimé à 9.5%, la Chine se place maintenant en deuxième position après les Etats-Unis en matière de consommation de produits pétroliers.

    En fonction des projections actuelles, la demande de la Chine et sa consommation de ressources minières pourront augmenter de manière exponentielle dans un proche avenir. Ainsi donc, la Chine cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et elle porte son regard sur l’Afrique comme partenaire naturelle.

    Vers le début du 21ème siècle, les leaders africains avaient lancé le Nouveau Partenariat pour le Développent de l’Afrique (NEPAD). Ils ont aussi transformé l’ancienne Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en une structure plus active dénommée Union Africaine (AU). Son objectif principal était de réduire le fossé de développement existant entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à la Chine, elle a adopté la stratégie de base de la mondialisation visant à ouvrir la Chine aux investissements étrangers mais aussi à créer de nouveaux marchés d’investissement pour la Chine dans les pays étrangers. L’élément clé de ces deux stratégies est le désir ardent d’améliorer les relations sud-sud afin de renforcer le rôle des pays en voie de développement sur la scène internationale.

    En dépit de l’engagement de la communauté internationale de doubler son assistance étrangère en faveur de l’Afrique en lui accordant un montant additionnel de US$25 milliards d’ici l’an 2010, la composition, le taux et la lenteur de la libération de ce montant sont en train de générer une certaine désillusion africaine envers ses partenaires traditionnels.

    On se rend aussi compte de plus en plus que les relations traditionnelles et le partenariat avec l’Occident n’ont pas aidé l’Afrique à surmonter ses obstacles structurels dans sa tentative d’éradiquer la pauvreté et de sortir de sa marginalisation économique. Au lieu de se développer, l’Afrique semble souffrir d’une hémorragie alors que les autres pays du monde continuent à s’enrichir à ses dépens par le biais d’une exploitation disproportionnée de ses ressources naturelles et le renforcement d’un système économique mondial inéquitable.

    Statut actuel et tendances de la coopération entre la Chine et l’Afrique

    Selon le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, en 2004 il y avait 158 minerais avec des ressources et des réserves identifiables en Chine. Mais ces ressources sont insuffisantes et elles ne peuvent pas couvrir la demande nationale toujours croissante. Elles ne peuvent pas non plus maintenir la croissance économique spectaculaire de la Chine. A titre d’exemple et sur base des projections faites par le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, d’ici l’an 2010 la production nationale du pétrole brut pourra couvrir 51-52% de la demande mais seulement 34-40% en 2020. La production nationale du fer pourra couvrir 38% de la demande d’ici l’an 2010 mais seulement 29% en 2020. On estime que d’ici 2010 et 2020, le déficit de charbon atteindra 250 millions et 700 millions de tonnes respectivement. Ainsi donc, la Chine se tourne vers l’Afrique pour couvrir une partie de ses besoins à court et à long terme.

    Historiquement, la disponibilité des matières premières brutes et les perspectives de gros bénéfices sur l’investissement, surtout dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles, ont toujours encouragé l’expansion et le renforcement des relations politiques et économiques avec l’Afrique.
    L’Afrique est bénie avec des gisements impressifs de richesses minières, y compris la quasi-totalité des réserves mondiales de platine, de chrome et de diamant ; une grande partie des réserves mondiales d’or, de cobalt, et de manganèse ainsi que des réserves importantes de bauxite, de charbon, d’uranium, de cuivre et de nickel. Sur base des estimations actuelles, l’Afrique a aussi 7% des réserves mondiales de pétrole. De nouveaux gisements de pétrole viennent d’être découverts au Madagascar, en Zambie, et en Ouganda tandis des explorations à grande échelle se poursuivent en Ethiopie, au Kenya et en Tanzanie. On estime que d’ici l’an 2010 le Golf de Guinée livrera au marché mondial le cinquième des nouveaux barils.

    A l’heure actuelle, la Chine importe le quart de son pétrole de l’Afrique au travers de ses intérêts pétroliers en Algérie, en Angola, au Tchad, au Soudan et augmentera ses parts en Guinée Equatoriale, au Gabon et au Nigeria. En 1995 des droits d’exploration du pétrole ont été établis entre la société nationale des hydrocarbures de la Chine dénommée China National Petroleum Corporation (CNPC) et le Soudan. La société chinoise possède 40% des parts dans la Compagnie des Opérations Pétrolières du Grand Nil d’où elle tire plus de 300 000 barils par jour. Une autre société chinoise, Sinopec, est en train de construire un oléoduc de 1 500 kilomètres de longueur vers Port Soudan sur la Mer Rouge où le groupe chinois de génie civil et construction des infrastructures pétrolières est présentement en train de bâtir un réservoir de chargement.

    La Chine a investi plus de US$ 8 milliards sous forme de contrats d’explorations pétrolières. Au Nigeria la société chinoise d’exploitation du pétrole offshore dénommée China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a acquis 45% d’intérêt de travail dans une licence d’exploitation du pétrole offshore, la licence OLM 130, pour un montant de US$2.268 milliards cash. La CNPC a investi dans la raffinerie de Port Harcourt tandis que Petro-China est intéressé par la raffinerie de Kaduna. La société ONGC Mittal Energy Ltd (OMEL), un partenariat entre la société d’exploitation de pétrole et de gaz naturel (Oil and Natural Gas Corporation) et le groupe L. N. Mittal, investira US$ 6 milliards dans les secteurs du chemin de fer, du raffinage de pétrole et de l’électricité en contrepartie des droits de forage du pétrole.

    Sinopec et Unipec ont fait des investissements similaires au Gabon à travers un partenariat avec Total tandis que la société Pan-Ocean exploite le bassin à terre Tsiengui. Pan-Ocean s’est aussi associé à Shell pour explorer Awokou-1. Le Gabon vend le cinquième de sa production annuelle de pétrole à la Chine.

    Alors que les accords pétroliers chinois ont attiré l’attention du monde, on parle très peu du besoin de la Chine en métaux de base tels que l’aluminium, le cuivre, le fer, le nickel, le zinc et d’autres minerais. En République Démocratique du Congo, la société Feza Mining, un partenariat entre la société chinoise Wambao et des hommes d’affaires congolais est en voie d’achever la construction d’une usine poly-métallurgique qui, selon le ministère des mines de la RDC, produira 1 000 tonnes de cobalt pur par an.

    Caractéristiques des investissements chinois en Afrique

    L’approche chinoise a plusieurs caractéristiques distinctes. Par exemple, l’une des caractéristiques principales de la coopération entre la Chine et l’Afrique, c’est le lien étroit entre les objectifs de la politique étrangère de la Chine et le rôle que jouent les entreprises chinoises. A la fin du mois de juin 2003, le ministère chinois du commerce avait donné le feu vert à 602 entreprises chinoises pour investir en Afrique un montant global de US $ 173 milliards. A la fin de l’année 2004, le montant d’investissements a atteint 715 milliards. Les activités que ces sociétés entreprennent sont variées et comprennent : commerce, traitement, fabrication, communication, transport, routes, agriculture et développement des ressources.

    Par exemple en Angola, un contrat d’une valeur de US$2 milliards a conduit à la reconstruction des routes nationales, la construction d’un nouvel aéroport dans les alentours de Luanda et d’autres projets importants de développement des infrastructures. En plus, un accord d’une valeur de US$ 69 millions a été signé entre la société angolaise MundoStartel et la compagnie chinoise ZTE Corporation. De surcroît, le conseil ministériel angolais a approuvé les activités élargies de ZTE Corporation. Celles-ci verront ZTE investir US$ 400 millions, dont US$ 300 millions seront dévoués à la modernisation et à l’expansion d’Angola Telkom pour développer le réseau téléphonique angolais. Selon le gouvernement angolais, les US$ 100 millions restant seront investis dans la communication militaire et le développement d’une usine de fabrication de portables ainsi que la création d’un institut de formation en télécommunication pour les employés angolais. C’est là le caractère multi facial des transactions chinoises qui semble attirer les pays africains.

    Un point positif est que sans doute les investissements chinois en Afrique ont et pourraient avoir quelques impacts positifs. La Chine aide certains pays africains à reconstruire leurs infrastructures et elle leur fournit d’autres types d’assistance pour l’agriculture, l’eau, la santé, l’éducation et d’autres secteurs. Ceci pourrait avoir des retombées positives dans la diminution des coûts des transactions et assister les gouvernements africains à adresser les calamités sociales comme la provision inefficace des soins médicaux, la crise d’énergie, le développement des capacités et ainsi de suite. Une augmentation de la demande chinoise en matières premières a provoqué une montée des prix des marchandises avec comme résultat l’augmentation des capitaux dans les coffres de plusieurs pays dont l’économie dépend de ces ressources. Mais les pays africains doivent utiliser cette aubaine pour se constituer des réserves pour l’avenir en investissant beaucoup dans l’éducation et la formation, en diversifiant l’économie et en renforçant les mécanismes d’administration et de gestion de l’état sur le plan politique, économique et des sociétés afin d’être mieux préparés à maintenir et à soutenir le boom économique actuel du continent africain.

    Sur un ton pessimiste, l’on dira que le cadre du NEPAD exalte les vertus tels que l’autonomie africaine, le leadership, la prise en charge de sa propre destinée ainsi qu’une bonne gouvernance sur le plan économique, politique et général comme fondement de son plan de développement. L’émergence de la Chine comme actrice majeure de la scène africaine pourrait saper la vision du NEPAD. En effet, les pays africains pourraient devenir de plus en plus dépendants de la Chine au lieu de dépendre de leurs ressources nationales et leurs potentialités humaines.

    A l’heure actuelle, c’est la Chine et non pas les pays du NEPAD ou le marché interne, qui est perçue comme source sûre de la mobilisation des ressources. Il y a aussi d’autres inquiétudes à propos des projets financés par la Chine. Dans certains cas, le taux des expatriés chinois (main d’œuvre et entreprises) s’élève à 70% tandis que les employés locaux ne constituent que 30%. Cette pratique ne facilite pas les efforts de l’Afrique dans sa lutte contre le taux de chômage élevé ou la pauvreté. Ceci ne stimule pas non plus le secteur privé africain à croître techniquement et financièrement. Bien au contraire, cette pratique pourrait renforcer la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’assistance externe.

    D’autres craintes liées à l’émergence de la Chine relèvent du fait de la non adhésion de la Chine à l’approche occidentale du conditionnement d’aide ; ce qui pourrait anéantir tous les progrès accomplis dans la lutte contre la corruption et pour l’amélioration de la bonne gouvernance en Afrique – impliquant que le problème de la corruption en Afrique est un problème purement africain. Il y a une attention unidimensionnelle dédiée à l’Afrique comme source du problème alors qu’en réalité c’est un problème à l’échelle mondiale. Ceci nous conduit au grand débat sur le combat du capital. Admettant que le revenu de l’Afrique raflé par son élite représente un défi majeur pour la croissance économique et le développent durable du continent, l’hémorragie monétaire des fonds quittant le continent prend plusieurs autres formes. Selon Raymond Baker, chercheur de renommée sur ce genre de questions, la surenchère et le transfert des prix sont parmi les pratiques utilisées pour déplacer l’argent des pays en voie de développement.

    A mon avis, la gestion effective et efficace des fonds et des biens publics ne devait pas se limiter à la publication des revenus que les pays africains ont obtenus grâce à l’exploitation de leurs ressources naturelles. Elle doit aussi s’assurer que ces transactions apportent des avantages optimaux aux populations africaines. Par exemple on parle du rapatriement des fonds issus des gains illicites, de la surenchère et du transfert des prix inclus mais sans se limiter au secteur de l’industrie extractive. Ces pratiques contribuent de manière significative à l’accroissement de la corruption, et elles ont servi de sauf-conduits à la corruption ainsi qu’à la lutte contre le capital. En plus, l’Afrique n’est pas seulement en train de perdre de l’argent à travers la corruption et d’autres activités de blanchiment d’argent mais elle est aussi victime d’un système économique mondial déséquilibré.

    Montée des enchères et le nouveau partage de l’Afrique

    L’émergence de la Chine comme actrice principale du théâtre africain pose deux défis cruciaux pour l’Afrique et la communauté internationale. Le premier est celui relatif à la faiblesse des systèmes administratifs africains (faible production de revenus, gestion, capacité de remboursement), l’absence d’ordre public et la lourde dépendance des ressources minières. Cette situation est aggravée par le manque de cadres adéquatement formés et de savoir-faire technologique ; or, ces éléments sont des ingrédients essentiels pour métamorphoser la situation actuelle de l’Afrique pour qu’elle sorte de l’état actuel de dépendance des ressources naturelles vers un état de développement continental et humain. Ces faiblesses majeures rendent l’Afrique susceptible à ce qu’on appelle communément ‘la malédiction des ressources’

    Deuxièmement, il apparaît clairement qu’un développement économique accru au cours des quelques décades à venir, peu importe sa variation régionale, aura un impact significatif sur l’accroissement de la demande des ressources vitales. La consommation en Afrique ou ailleurs, est liée à l’amélioration du niveau de vie.

    Par conséquent, la dynamique de la croissance économique et du développement, la croissance démographique, l’augmentation de la consommation et l’amenuisement des ressources vont générer une intense compétition sur l’accès aux ressources naturelles et le contrôle de ces dernières. L’impact de ces développements sera plus particulièrement sévère en Afrique à cause de l’ampleur des faiblesses citées ci-haut.

    Perspectives d’avenir

    Plusieurs sont d’accord pour dire que la grande diversité des ressources naturelles africaines seront des outils essentiels dans la lutte contre la pauvreté, le sous développement et la marginalisation. Les récentes découvertes des gisements pétroliers au Madagascar, en Zambie et en Ouganda prouvent aussi que le véritable potentiel des ressources minières africaines demeure encore un mystère pour l’Afrique elle-même mais aussi pour le monde. Le continent africain n’a pas encore été complètement exploré et son potentiel économique latent demeure inconnu. Néanmoins, il y a un besoin de changement au niveau des mentalités des dirigeants africains des secteurs public et privé. La communauté en général et la société civile en particulier peuvent jouer un rôle essentiel pour s’assurer que les ressources naturelles africaines soient exploitées et gérées de manière à contribuer à l’éradication de la pauvreté et garantir une croissance économique et un développement durable.

    D’abord il faudra placer les intérêts nationaux au-dessus des gains personnels à court terme. Dans la plupart des pays africains, l’état ou le chef de l’état est le garant des ressources minières du peuple. La constitution les oblige à exploiter et à gérer ces ressources pour le bien de toute la nation. Il est impératif que ces dispositions constitutionnelles soient respectées et appliquées avec rigueur. La capacité institutionnelle, législative, régulatrice et exécutive de l’état doit être renforcée afin de dissuader tout comportement malhonnête et opportuniste. Pour s’assurer que les Chinois et les autres multinationales investissant en Afrique opèrent de manière à favoriser la cohésion sociale et la croissance économique, les leaders africains, les institutions publiques, les entreprises et les citoyens doivent se comporter de façon exemplaire et être au-dessus de tout soupçon.

    Deuxièmement, pour le moment apparemment, il n’y a pas de stratégie régionale ou continentale claire pour traiter adéquatement de la multitude d’acteurs. Ce manque de stratégie commune a pour conséquence l’approche fragmentée qui affaiblit la position africaine à la table des négociations commerciales. Cette situation est en contraste direct avec celle de la Chine et des autres acteurs qui viennent en Afrique avec des propositions bien réfléchies et emballées qui leur permettent de bien maximiser les profits de chaque relation avec les pays africains. La Chine en particulier semble avoir une stratégie résolue et elle atteint avec succès les objectifs qu’elle s’est assignés vis-à-vis de l’Afrique. On pourrait bien se poser la question de savoir qu’est-ce qui constitue la force motrice de l’intérêt soudain que l’Afrique porte envers la Chine ? Fait-elle partie d’une approche bien mesurée pour déployer le véritable potentiel économique du continent ou bien s’agit-il seulement d’une réponse docile aux événements qui se déroulent en face d’elle ? Considérant l’expérience des relations africaines avec l’Occident avant et après les indépendances, la maxime qui dit ‘un homme averti en vaut deux’ revêt, dans ce cadre, une importance toute particulière.

    Mieux encore, pendant que le cycle de l’augmentation de la demande des marchandises et le prix élevé des denrées génèrent des bénéfices énormes pour le continent africain (et cette tendance vers la hausse est supposée continuer), l’Afrique doit se protéger contre le syndrome de la Maladie Hollandaise. La diversification de l’économie et l’exportation doivent être de ses plus grandes priorités. En développant les industries secondaires et tertiaires, l’Afrique pourra créer des emplois additionnels, soutenir les revenus de l’état et stimuler la croissance économique.

    Malgré sa contribution considérable au marché des matières brutes, les perspectives du développement africain sont entravées par sa lourde dépendance du secteur primaire qui est l’élément central de ses économies. Cette situation est exacerbée par un système international inéquitable qui favorise l’exportation des matières premières mais qui empêche et restreint l’exportation des biens manufacturiers africains. Jusqu'à présent, la Chine ne montre pas une déviation significative de cette pratique internationale bien établie.

    Mais, comme je l’ai dit plus haut, la croissance de la demande internationale des marchandises a eu comme résultat le passage d’une économie de marché centrée sur l’acheteur vers une économie de marché centrée sur le vendeur. Il est possible que cette tendance continue dans un avenir proche, stimulée par le boom économique asiatique sous la houlette de la Chine, mais de l’Inde aussi. Grosso modo, l’émergence de nouveaux acteurs donne une nouvelle opportunité aux pays dotés de ressources en les mettant en position de force et en les gâtant dans leur choix de négociations commerciales.

    Cette opportunité doit être pleinement exploitée et maximisée si l’Afrique veut s’extirper de la périphérisation et jouer un rôle central dans l’économie mondiale. A titre d’exemple, l’Afrique doit diversifier son économie en identifiant des niches stratégiques et en insistant sur les avantages locaux, mais aussi en négociant de meilleurs termes d’échanges aux niveaux bilatéral et multilatéral sans oublier d’utiliser ses potentialités naturelles comme un levier lors des négociations politiques et économiques avec ses partenaires internationaux. Néanmoins, pour que cette stratégie soit efficace, l’Afrique doit adopter une approche plus intégrée et plus coordonnée dans ses relations bilatérales et multilatérales. Contrairement à la Chine et aux autres puissances économiques de ce monde qui sont soutenues par des étaux économiques et politiques forts, la capacité de l’Afrique à tenir tête est plutôt limitée.

    Il y a aussi le besoin d’une collaboration accrue des sociétés civiles à travers les différents pays africains. A l’heure actuelle, la participation communautaire à l’exploitation et la gestion des ressources minières est vraiment modeste. Là où elle apparaît, on trouve que le comportement et les méthodes employées sont susceptibles de provoquer une autodestruction, comme dans le cas des garimpeiros en Angola ou des rebelles du Delta du Niger. Une autre opportunité majeure pour la société civile se trouve dans le domaine de la recherche et de la gestion des connaissances. Il y a un manque d’informations qui conduit à un impact négatif sur l’élaboration des politiques et leur mise en application.

    Le point de départ consiste à s’assurer que le dialogue entre la communauté internationale et l’Afrique soit plus constructif et qu’il renforce les idéaux du NEPAD, à savoir, partenariat, respect mutuel et gains. L’objectif primordial d’un tel processus doit être celui de s’assurer que les ressources naturelles africaines soient gérées de façon efficace et durable pour le bien du continent et de l’économie mondiale. En d’autres termes, sur le plan continental et mondial, la paix durable, la sécurité, la stabilité et le développement durable doivent être les piliers de la coopération à venir dans ce secteur vital.

    • John Rocha est analyste en chef au sein du Programme Paix et Sécurité de l’organisme SaferAfrica où il dirige le processus conduisant à l’élaboration des conditions minimales pour l’exploitation et la gestion des ressources naturelles africaines. Rocha détient une licence en sciences humaines et sociales, spécialisation gouvernement, administration, développement.

    • Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par John Rocha. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.

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    Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir:

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  • Momar Dieng | Gouvernance

    Le deuxième tour de l’élection présidentielle française aura lieu le 6 mai prochain et opposera le candidat de la Droite, Nicolas Sarkozy, à la candidate de la Gauche, Ségolène Royal. Momar Dieng s’interroge sur quelle place le (la) prochain(e) président(e) de la République française sera en mesure de réserver à l’Afrique en matière de coopération ? Pour lui, la question est aujourd’hui extrêmement préoccupante tant les déceptions liées aux finalités pratiques de l’engagement de la France sur le continent sont massives et souvent incompréhensibles.

    Entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, les deux candidats qui se disputeront l’Elysée le 6 mai prochain, les Africains sont dans l’attente même s’ils manifestent généralement une préférence assez nette pour la socialiste. D’un autre côté, une bonne frange des intellectuels du continent et de la diaspora s’est depuis longtemps arc-boutée à l’idée que, quel que soit le pouvoir (de gauche ou de droite) en place, il existe déjà à Paris une ligne directrice formatée de longue date qui tient lieu de politique étrangère en direction de l’Afrique. C’est la fameuse Françafrique.

    En tous les cas, une constante demeure qui est devenue un débat dans l’espace politique français : il est temps de donner une orientation nouvelle, un contenu nouveau à la coopération entre la France et l’Afrique d’une manière générale. Les politiques le disent et le redisent, confortés en cela par les experts, des plus libéraux aux plus conservateurs, mais également par les africanistes du courant altermondialiste : il y a nécessité urgente de réformer les termes des accords généraux de fait ou de droit qui encadrent depuis si longtemps les relations entre Paris et ses anciennes colonies.

    Mais une question redoutable se pose : ces politiques ont-ils la volonté et, surtout, les moyens d’y parvenir ? La réponse ne paraît pas évidente tant la coopération entre la France et l’Afrique repose sur une bâtisse de rigidités élevées sur la durée. Qu’il s’appelle Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, une certitude s’impose : il n’y aura pas de révolution dans les rapports franco-africains à partir du 7 mai, lendemain du second tour de la présidentielle. Ces rapports reposent davantage sur un «système» que sur la volonté particulière d’un homme investi des plus hautes charges de la République française.

    En cela, la marge de manœuvre du (ou de la) futur(e) locataire du palais de l’Elysée reste d’une étroitesse fondamentale. De l’ancien ministre de l’Intérieur, on ne retient de l’esquisse de ses rapports avec le continent africain que de grandes généralités, d’ailleurs moult fois ressassées par ses prédécesseurs potentiels à l’Elysée. Mais conscient de l’image négative et désastreuse que la Françafrique renvoie à l’Afrique, le président et candidat de l’UMP (Union pour une majorité populaire, parti majoritaire de droite à l’Assemblée nationale française), s’est taillé des habits de réformiste. «Il nous faut les (la France et l’Afrique) débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandats que celui qu’ils s’inventent.

    Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes.» L’allusion à la Françafrique est nette même si M. Sarkozy en évite l’énonciation, il n’est pas sûr que le volontarisme dont il fait preuve dans le langage aille plus loin que l’expression d’une préoccupation simplement théorique. C’est dans la pratique et en situation que l’on pourra déterminer les «véritables changements» de cap annoncés par l’ancien ministre de l’Intérieur.

    Car des changements, il en a promis, notamment dans le type de relations entre chefs d’Etat. «Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre chefs d’Etat, mais d’un dialogue franc et objectif, d’une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d’une communauté d’intérêts à long terme.» Il est loisible de penser que les relations très particulières que Jacques Chirac a développées avec des figures supposées notoires de la Françafrique, comme Omar Bongo Ondimba ou Denis Sassou Nguesso, sont dans le viseur de M. Sarkozy qui, lui-même, a tissé des rapports personnalisés avec ces dirigeants africains.

    C’est sans doute un tel paradoxe qui incite Ségolène Royal à dire tout haut que «Nicolas Sarkozy (s’inscrit) dans les mêmes réseaux que le président Jacques Chirac» et n’est donc pas de nature «à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que (la France) demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l’Etat de droit.» Selon la candidate socialiste, «depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l’origine de désordres sans précédent sur le continent africain».

    S’en prenant plus précisément à l’actuel locataire de l’Elysée, Madame Royal ne prend pas de gants. «La conception de la présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l’intérêt général, la pratique présidentielle a terni l’image de notre pays, qui se trouve associé dans l’esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent». Et en attendant de pouvoir «porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine», Ségolène Royal prend le temps de fustiger cette constante qui fait des Africains «les premières victimes de la ‘Françafrique’ » car, souligne-t-elle, «la multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires.»

    Si Nicolas Sarkozy se déclare favorable à ce que l’armée française «reste au service de la sécurité de l’Afrique, mais sous mandat de l’Onu et de l’Union africaine», il n’en pose pas moins la réorientation de l’aide publique au développement (Apd) en la soustrayant aux régimes coupables de mauvaise gouvernance et prédateurs. Mais en face, l’engagement de Ségolène Royal pour le continent paraît plus articulé, plus visionnaire, autour notamment des préoccupations de base des populations africaines. Elle parle de paludisme, de sida, de pauvreté, d’espérance de vie qui régresse, des déséquilibres de la croissance urbaine, mais aussi d’émergence démocratique sous le contrôle de l’Union Européenne, d’éducation, de développement durable, de transparence, etc., le tout sous l’emprise du principe de co-développement dont les Ong et la coopération décentralisée seraient les bras exécuteurs.

    Madame Royal se veut juste : «il n’est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage (des) ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique (de l’Afrique). Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l’émigration vers l’Europe… »

    L’émigration clandestine, c’est justement l’autre grande fracture du couple Sarkozy-Royal à propos de la politique africaine de la France. Sans concessions, Nicolas Sarkozy a fait de l’émigration choisie le thème favori de sa politique intérieure. S’il est peu aimé sur le continent – ses visites mouvementées au Mali et au Bénin l’année dernière en attestent – il essaie de n’en faire pas trop cas, s’en tenant à une ligne de rejet systématique du phénomène migratoire, le plus souvent sans aucune considération de facteurs sociologiques et humanitaires pouvant justifier la souplesse.

    C’est avec lui que les Charters ont repris du service, par l’expulsion de centaines de personnes vers leur pays d’origine sur le continent. En 2006, plus de vingt mille clandestins ont été forcés de quitter la France, souvent dans des conditions humainement dégradantes et indignes. Comme si l’un des objectifs de cette répression quasi aveugle était de montrer aux Français qu’il sait prendre des décisions et qu’il sait les appliquer.

    Même si elle rejette l’émigration clandestine – quel homme politique sérieux l’admettrait d’ailleurs ? – Ségolène Royal diverge fondamentalement de son concurrent par la méthode de traitement qu’elle entend apporter à cette question. Moins brutale – du moins en théorie – plus diplomate et plus regardante sans doute sur le côté humanitaire, elle ne devrait pas s’éloigner des principes déjà dégagés par le Parti socialiste français, en dépit de l’extrême fermeté dont Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant – deux anciens prédécesseurs socialistes de Sarkozy au ministère de l’Intérieur – ont fait preuve. Ces principes sont : tolérance et fermeté, humanité sans laxisme…Car après tout, il y a bien une forte tendance des populations françaises qui n’accepte plus cette pagaille bien africaine qui dérange et bouscule un pays si ordonné, si rangé…

    En 2005, les investisseurs français ont déployé 50 millions d’Euros (environ 32 milliards de francs Cfa) au Sénégal, ce qui a représenté 24% dans la formation du Produit intérieur brut (PIB) sénégalais. Il est encore trop tôt de savoir ce que sera l’impact de la nouvelle agressivité chinoise sur le continent en général, au Sénégal en particulier sur les entreprises françaises qui y prospèrent. Mais ce qui paraît incontournable – et les deux candidats à l’Elysée le sentent bien – c’est qu’il va falloir réorienter et redimensionner l’activité économique française sur le continent.

    La Françafrique et ses méthodes violentes de fonctionnement ne sont plus tolérables en Afrique parce qu’il y a une nouvelle conscience africaniste qui dit une chose simple : qu’on arrête de piller nos économies, que nos richesses nous servent ici d’abord. En promettant de privilégier l’Asie comme continent de la nouvelle croissance pour l’économie française, Nicolas Sarkozy préparerait déjà l’immigration française vers de nouveaux Far West. Quant à la Françafrique, il y a de fortes chances que son système continue de faire la pluie et le beau temps dans bien des Etats africains.

    * Momar Dieng est Journaliste au quotidien sénégalais, Le Quotidien. Il est un observateur averti de l’actualité politique sénégalaise et internationale. Il peut être joint à [email][email protected] ou [email][email protected]

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  • « La préoccupation n’est pas au sujet de mon oppression, mais au sujet de l’inaccessibilité des corps qui portent le hijab et du fait que certaines gens ne se sentent pas généralement à l’aise devant ceux qui n’ont pas de problèmes avec les signes visibles de différence culturelle et religieuse », écrit Kameelah Janan Rasheed en relatant son expérience personnelle sur le port du hijab.

    Je me suis embarquée sur une toile de voyages continus, bien que non-linéaires, et interconnectés textuellement et sur des matches de discoureurs vers une histoire cohérente concernant le hijab. J’avais peur qu’en écrivant à propos du hijab mes pensées seraient si résonnantes des travaux qui ont précédé, que mon histoire serait remise au musée des anachronismes et clichés embaumés. Cette peur m’a fait courir le plus loin que mes courtes jambes puissent me porter loin du paradigme oppression –libération, et en me cachant dans un coin obscur loin des gens en repentance qui se haïssent pour ce qui est de la laideur de l’Islam.

    Je ne m’intéresse pas à prouver à personne que je suis en effet libérée ou qu’en portant le hijab aux Etats-Unis je m’engage dans une action de féministe radicale. Juste comme j’ai arrêté, il y a des années, la tâche de prouver ma noirceur ou ma féminité à ceux qui doutaient de mes « lettres de créance », je ne compte pas passer du temps ici à valider mon humanité ou mon agence. Une telle tâche constitue une distraction. La tâche ici revient ici non à mijoter en me servant des mots bizarres ou à faire une présentation du hijab et de moi-même qui va me garantir l’entrée dans la communauté féministe ou « la grande » communauté. Je ne veux pas passer de temps en cherchant à convaincre les gens qu’en fait mon hijab n’est pas chirurgiquement attaché à ma peau.

    Non plus, je ne veux pas dépenser mon énergie en présentant des arguments comme quoi il n’y a pas un fileur intégré dans mon hijab qui crie un « haraam, haraam'» prononcé quand il y a une distance trop grande entre ledit hijab et ma tête. La tâche ici consiste à partager des histoires qui ne vont faire rien qu’illustrer que des libérateurs auto-proclamés qui sont convaincus de mon oppression sont en train de faire plus pour m’opprimer que mon hijab n’ait pu jamais le faire en me fixant dans des incarcérations conceptuelles.

    En me disant qu’en tant que « hijabi”, je ne peux représenter et ne peux être vue que comme l’épitomé de l’oppression – l’aberration atavistique, alors vous avez réussi à réifier les structures patriarcales que vous prétendez mépriser. Vous m’avez tenue en otage dans votre imagination et ma seule clé vers la liberté est de me rendre et de corroborer vos suppositions de ma subjugation.

    Si je vous dis que je suis confortable en tant que hijabi, et que je ne me sens en aucune manière restreinte, pourquoi ressentez-vous toujours la nécessité de me parler comme si j’étais une enfant? Pourquoi ressentez-vous la nécessité de me convaincre que je suis en train de vivre dans une matrice où j’ai essayé de confondre libération et oppression? La question n’a pas tellement été « Kameelah est-elle opprimée'? » parce que quand cette question est posée je ne pense pas qu’il y ait une réelle préoccupation pour mon bien-être.

    La question a toujours compris deux parties: « Pourquoi sentez-vous que c’est votre droit de me dire comment je devrais mener ma vie? Et : “ Pourquoi vous en souciez-vous même? » Mes expériences, qui sont miennes et ne sont pas à généraliser jusqu’aux autres hijabis, ont illustré que la préoccupation n’est pas mon oppression, mais l’inaccessibilité des corps des hijabi et un malaise général devant ceux qui n’ont pas de problèmes avec des signes visibles de différence culturelle et religieuse.

    Mon enfance et mon âge adulte, dont ni l’un ni l’autre n’est un stade complet de la vie, étaient pleins de paradoxe et d’aliénation tant que je tentais de naviguer ce qui me semblait être un territoire rude non réglementé d’une trop courte fille musulmane noire suspendue dans les temps et dans les espaces qui ne pouvait que juste m’ « imaginer ». Je suis fille de deux musulmans noirs de la classe ouvrière repentis. J’ai grandi dans une petite cité au nord de la Californie où l’on pouvait compter le nombre de musulmans sur les doigts d’une main. Parce qu’être observé longuement et entendre des commentaires impolis m’être lancés est une tâche sadique dans laquelle je prends plutôt plaisir, j’ai alors passé quatre ans à une école catholique privée où je n’étais pas la seule du très petit nombre d’étudiants noirs, je vagabondais en tant seule étudiante musulmane.

    Pensant que ça ne pouvait être pire alors être appelée piégeuse de bombes kamikaze, ou l’épouse d’Osama bin Laden, j’ai embarqué sur un autre voyage de quatre ans à une institution artistique libérale où le nombre d’étudiants musulmans était soulageant. Alors que la plupart de commentaires à cette institution étaient réservés aux discussions privées, l’expérience de collège ainsi que mon temps à Johannesburg, Afrique du Sud offrent l’opportunité de comprendre ce qui ennuyait littéralement les gens à propos de mon hijab.

    Lorsque j’étais à Yeoville, un quartier hybride centre ville/banlieue de Johannesburg, un homme qui avait l’intention de me libérer non seulement de mon oppression de nature genre mais aussi de ma confusion raciale m’a approchée. Apparemment, « Je ne suis pas libre » tant que je porte le hijab et l’Islam n’est pas une religion africaine.

    J’avais commis non seulement le sacrilège d’embrasser une croyance qui me « forçait » d’être modeste; j’avais choisi une croyance qui n’avait pas de racines en Afrique. Ne nous soucions pas des faits historiques qui disent le contraire, puisque cela est la moindre de nos préoccupations. Ce que j’ai trouvé d’ultime importance dans ce monologue (oui, parce que j’étais incapable d’obtenir un mot qui convient)était qu’il conceptualisait mes canaux de liberté à travers l’enlèvement rituel de mon hijab et sa pénétration ou conquête sexuelle. Je n’avais jamais su que ma trousse d’outils en matière de liberté incluait un pénis et un guide d’instruction – je vais garder ceci à l’esprit.

    Comme il continuait de parler sous forme d’une série d’insultes mal formulées, je me suis rendue compte que ceci n’était plus au sujet de l’oppression dans le domaine du genre ou de l’authenticité noire; c’était à propos de la politique d’accessibilité de certains corps. Il a répété dans un style presque hypnotique, “ Je ne peux pas te voir…Je ne puis voir ton essence”. Suivant son argument, en portant le hijab je me rendais inaccessible aux hommes, et en particulier à lui. Choisir de me placer hors du radar ne constituait pas un droit que je pouvais exercer. En fait, il m’était exigé de me rendre disponible et accessible pour sa contemplation de même que la contemplation d’autres hommes.

    Ainsi, le crime que j’avais commis n’était pas celui d’accepter de porter ma subjugation en tant que femme musulmane et « confondu la femme africaine », mais de refuser de me situer dans son discours myope de libération qui, en définitive, me place à sa merci. Si je me suis trompée dans cette supposition, cela fut plus tard confirmé par un certain nombre d’hommes à Johannesburg et en Amérique qui m’ont raconté des histoires semblables de mon inaccessibilité, en tant que raison pour laquelle je ne devrais pas porter le hijab.

    Ils ont commencé par me raconter comment ils étaient sincèrement préoccupés par mon oppression et progressé vers un désir voilé d’avoir un passage libre pour accéder à moi. Ce n’était pas toujours à propos de ce qui était dit, mais la manière dont ces diatribes étaient délivrées. Dans plusieurs de ces situations, ces hommes ont utilisé des tons agressifs et paternalistes. Ils ont tenté de me réduire au silence en faisant monter leurs voix. Ils se sont efforcés de discréditer ma ligne de défense en me disant que je ne connais pas assez. Et surtout ils furent surpris du fait que j’étais capable de mettre ensemble des mots pour former une phrase et répondre au feu par le feu.

    Cela fut un rappel que le fait de couvrir ma tête ne signifiait pas que mon esprit ou ma bouche était couverts. Maintenant, ma mère m’a appris que dans une conversation je dois m’exprimer sans tenir compte du genre de l’interlocuteur. Mon père m’a enseigné qu’il faut le faire avec tact. Je pense qu’alors que je parviens mieux à suivre le conseil de ma mère que celui de mon père, il m’a fallu avoir cette leçon.

    En réalité, les hommes et les institutions qui me considèrent comme moins intelligente et inapte peuvent-ils aussi se préoccuper de la mort du patriarcat? La présente bataille a toujours été celle à propos de l’accessibilité de certains corps et d’un certain malaise neurologique devant ce qui est différent. Si je peux être convaincue ou forcée à laisser tomber le voile et assimiler mon discours et mon style de vie quelqu’un d’autre peut s’en sentir soulagé. Quelqu’un d’autre va assumer davantage d’accès sur mon corps. Cependant, pour que quelqu’un d’autre se sente à l’aise lorsqu’il me regarde, et qu’il gagne davantage de dominion sur moi, une certaine partie de moi doit être sacrifiée.

    Je ne peux pas donner des observations définitives à propos hijab de manière générale ou en ce qui concerne mon expérience personnelle. Ce que je peux dire c’est que puisque ces discours au sujet de mon oppression atteignent des proportions nauséabondes et une préoccupation hégémonique dans de nombreuses imaginations, je continuerai d’écrire. Je n’écrirai pas pour prouver ma libération, mais pour affirmer mon droit d’exister selon mon choix sans harcèlement, intimidation or ridicule.

    Les gens disent souvent, « Eh bien si vous ne voulez pas être repérée parmi les autres, alors ne portez pas de hijab tout simplement ». Je crois qu’après avoir fait cela, je devrais rendre plus claire ma peau brune afin d’atteindre une couleur plus apaisante ? Ou bien remettre mes hanches à mama. L’assimilation n’est pas une option. La réalité est que, oui, je porte le hijab et non, je n’ai pas besoin de votre approbation. Pendant que je n’ai pas besoin de votre approbation, j’aimerais toutefois jouir
    d’ un peu de respect.

    * Kameelah Rasheed est une érudit de Fulbright à Wits University à Johannesburg, Afrique du Sud. Elle fait également du blogging à l’adresse Kameelah Writes.

    * Cet article a d’abord paru dans le numéro 292 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir :

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  • 'Après tout il ne s’agit que d’un morceau d’étoffe.' Aaliyah Bilal mène une discussion sur les complexités du voile musulman , le Hijab, en Afrique de l’Est en se référant tout particulièrement au Zanzibar.

    « Sitara kubwa kuvaa Vazu refu miguuni Msiige bila nija… Nguo ziteremsheni Yapungue maasia… »

    'Portez un vêtement qui couvre tout le corps, pour votre protection, Un long vêtement, qui va jusqu’aux pieds, N’imitez pas sans moralité, Faites descendre vos vêtements afin qu’il y ait moins de rébellion…'

    Sheik Amri Abedi, le premier maire noir de Dar es Salaam et conseiller proche de Julius Nyerere, a publié le poème intitulé 'Nguo Ziteremsheni' (Faites descendre vos vêtements) pour des raisons tant politiques qu’esthétiques. En tant que missionnaire du mouvement Ahmadiyya et homme d’Etat, Abedi était dérangé par l’occidentalisation de la tenue vestimentaire de la femme en Tanganyika et cherchait à redresser cette “rébellion contre Dieu” en publiant le livre Diwani en 1963. Le passage repris dans la citation est une petite portion d’un poème beaucoup plus long inclus dans ce volume. Alors qu’il s’adresse aux femmes de Tanganyika en général, Abedi s’attaque aux femmes musulmanes en particulier, en allant aussi loin qu’il a appelé « sataniques » celles qui portent des tenues vestimentaires occidentales.

    Quelle que soit l’inaccessibilité du canal, le contenu des poèmes tel que 'Nguo Ziteremsheni' révèle quelque chose d’essentiel à propos des expériences des femmes Swahili avec une vérité qui résonne à tous les niveaux de la société aujourd’hui autant qu’elle le faisait au moment où il fut écrit –les corps des femmes sont des sites convoités sur lesquels la société négocie des significations. Dans les communautés musulmanes, le hijab se trouve au centre de ce phénomène. Tous ces facteurs, comme ils interviennent en Afrique de l’Est, revêtent une qualité spéciale à la lumière de l’adhésion accrue des femmes à travers la région à cette forme de costume musulman: un fait qu’Amri Abedi serait fier de connaître.

    L’expérience du Zanzibar donne une riche étude du phénomène, rendue plus intéressante par la façon drastique dont la culture vestimentaire a changé dans l’histoire récente. La période révolutionnaire des années 1960 était une époque où les coutumes sociales traditionnelles faisaient face au défi à grande échelle de la part de la jeunesse du Zanzibar. Les jeunes protestaient contre l’hégémonie culturelle musulmane en portant des tenues vestimentaires de style occidental. Ils regardaient des films occidentaux malgré la condamnation de ces derniers par les membres du clergé musulman. La réalité à laquelle on est confronté aujourd’hui contredit clairement le présent exemple. Alors qu’il était commun de voir les jeunes femmes en courtes culottes et dans d’autres vêtements non-musulmans au cours des années 1960, aujourd’hui un regard à travers les rues de la Ville de Pierres expose le respect presque universel du hijab par les femmes.

    La réaffirmation des codes rigides sur la tenue musulmane au Zanzibar contemporain n’a pas encore fait l’objet d’une quelconque analyse académique sous forme de publication. Un regard rapide sur la politique transnationale et locale du Zanzibar fournit des éléments qui permettent de comprendre pourquoi ceci serait en train de se passer. Les liens entre la Tanzanie et les Etats arabes de la péninsule, encouragés récemment par la construction de mosquées et d’écoles musulmanes à travers tout le pays, ont fait que l’île soit susceptible de mouvements idéologiques en provenance de l’extérieur. Une dimension significative de cette réaffirmation est aussi liée à l’évolution des partis politiques. La description du parti Civic United Front par le parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (parti Etat révolutionnaire) en tant que parti des extrémistes musulmans, qui s’ajoute à la violence contre les membres du CUF à la veille des élections qui a été largement condamnée, a placé les Musulmans du Zanzibar sur la défensive. A la lumière de ces réalités, l’adhésion renforcée à la tenue vestimentaire musulmane conservatrice a un sens.

    Le Zanzibar représente un cas extrême, mais il possède toutes les caractéristiques thématiques majeures qui sont en jeu sous des formes variées dans les contextes des Etats de l’Afrique de l’Est. Les circonstances des femmes au Sud du Soudan, au Kenya, et en la grande Tanzanie attestent que la totalité de la région est en train de subir une vague d’islamisation. Dans tous ces contextes, il y a des preuves convaincantes que la politique joue un rôle significatif dans l’usage accru du hijab. Des préoccupations surviennent, cependant, lorsque nous nous appuyons excessivement sur des analyses politiques pour comprendre de tels sujets contenant le genre et la religion. Etant donné la position marginale que les femmes musulmanes continuent d’occuper sur la scène politique, les analyses qui commencent et se terminent au sein des limites d’un cadre politique engendrent un message qui condamne de façon constante- les femmes musulmanes sont opprimées par le hijab.

    Alors que ça fait partie d’une sensibilité cosmopolitaine de mettre en cause et de condamner toute subversion des droits de la femme, on doit se demander si l’attachement des communautés africaines à l’Islam et aux symboles tel que le hijab constitue réellement une conclusion. Dans une discussion des femmes et du hijab en Afrique de l’Est, nous devrions tourner l’attention vers une différente sorte de preuves. Ce que nous trouvons au-delà d’une perspective d’analyse politique de haut en bas illustre comment un noyau de facteurs bloque les femmes musulmanes de même qu’il les aide.

    Quelle que soit la clarté des connexions entre le statut social des femmes et la pratique musulmane, l’Islam est à peine seul en tant force qui marginalise dans les vies de la femme en Afrique de l’Est. Malheureusement, ces femmes luttent aussi contre des formes de patriarcat qui sont endémiques aux sociétés africaines à un niveau rudimentaire. La menace du viol, du mauvais traitement, ou bien d’être rejetée sous l’argument d’impureté sexuelle collaborent avec les courants de l’islamisation dans des voies qui endossent le hijab. Dans les contextes où porter le hijab fait cesser l’attention indésirable de la part des hommes— malgré que la pratique souligne les structures patriarcales qui font de cela une nécessité—les besoins immédiats des femmes encouragent une description favorable de son usage.

    Le discours contemporain est devenu excessivement confortable avec la description de l’Islam comme une force qui s’oppose à la modernité. Ce qui gène le plus est que ces idées sont perpétuées face à des preuves tangibles dans le sens contraire. L’Afrique de l’Est héberge un certain nombre des lieux où les processus de modernisation et d’islamisation travaillent en tandem. Dans les villes côtières du Kenya, face à l’augmentation de l’usage de la drogue comme conséquence de l’augmentation de la prospérité, la réaffirmation d’une identité musulmane devient un outil à travers lequel ces communautés résistent contre la propagation de l’usage des substances au sein de leur jeunesse. Une histoire semblable nous arrive de l’Est du Soudan où les travailleurs migrants vers l’Arabie Saoudite, une fois qu’ils rentrent chez eux, mettent en oeuvre les structures musulmanes au sein de leurs communautés , ce qui, en fait, donne lieu à l’augmentation de la scolarisation parmi les filles musulmanes. Alors que ceci est lié à l’usage accru du hijab dans les deux contextes, les effets sont, sommes toutes, avantageux pour les femmes.

    Un autre clivage d’interprétation qui est constamment ignoré dans les discussions des femmes et du hijab est la question de l’engagement de la femme envers ce qu’elle perçoit comme son Dieu. Il y a une tendance, spécialement dans le contexte de la redynamisation musulmane dans le monde, à court-circuiter toutes les discussions contemporaines du hijab vers les forces politiques qui sont supposées avoir déclenché leur apparition. La plausibilité de ces facteurs ne peut pas nous aveugler quant au fait qu’il est probable qu’il y a au moins certaines femmes qui se couvrent uniquement pour des raisons de piété.

    Hijab est un mot qui fait tourner des têtes et vend des livres, mais c’est un sujet tout à fait vide pour sa part. Après tout, ce n’est qu’un morceau d’étoffe. Bien plus, n’importe quelle enquête à propos de ses aspects positifs ou négatifs n’aboutit pas à des réponses, mais elle expose des complexités plus grandes. L’histoire que couvre la pratique est plus intéressante. L’idée comme quoi l’adhésion accrue au hijab signifie la subversion des agences des femmes au sein des systèmes de la jurisprudence musulmane semble être une question saillante. A cet égard, c’est la jihad personnelle des femmes partout de créer au sein de l’Islam des espaces où elles agissent comme des sujets et non des objets du discours musulman—un domaine qui reste la zone protégée des hommes tel que Sheik Amri Abedi.

    Par contraste à d’autres parties du monde musulman, il y a certaines raisons d’être optimiste pour le cas de l’Afrique de l’Est. L’une des évolutions encourageantes au sein des sociétés africaines aujourd’hui montre que les femmes deviennent de plus en plus puissantes dans leurs communautés. Les femmes musulmanes de l’Afrique de l’Est, on l’espère, commenceront à faire l’expérience de plus grands changements dans leurs communautés religieuses puisqu’elles sont elles-mêmes en train de jouer des rôles plus visibles dans la formulation des circonstances à travers lesquelles les gens adhèrent à l’ Islam.

    * Aaliyah Bilal est étudiante en maîtrise à « School of Oriental and African Studies »( Ecole des Etudes Orientales et Africaines) à Londres.

    * Cet article a d’abord paru dans le numéro 292 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir :
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  • Des élections du 25 février 2007, il y a trois indications au moins qui peuvent structurer la réflexion pour lire et comprendre « ce qui s’est passé » : ce que nous savons, ce que nous croyons savoir, ce que nous ne savons pas et que nous aimerions savoir.

    1. Ce que nous savons : 4 Constats

    Constat 1. Election inédite, élection de tous les records : voilà ce quiapparaît immédiatement. Inédite, parce que la présidentielle du 25 février est la première après une alternance démocratique au Sénégal. L’opposition casse durablement l’hégémonie cinquantenaire du Parti socialiste (Union progressiste sénégalaise jusqu’en 1976). Election de tous les records, avec trois faits majeurs : passage du nombre d’inscrits de 2 millions environ à près de 5 millions ; augmentation du taux de participation, d’une moyenne de 60 à 75% tandis que le nombre moyen de candidats passe de 5 à 15 et, pour la première fois, une élection présidentielle enregistre cinq candidats indépendants.

    Enfin, ce que nous connaissons, c’est que le candidat sortant, en l’occurrence Me Abdoulaye Wade, sort largement vainqueur avec près de 56% tandis que son suivant immédiat, Idrissa Seck, se retrouve loin avec 14%, suivi du candidat du Parti socialiste (13%) et du progressiste Moustapha Niasse (5%). Le reste des candidats recueille de 4% (Robert Sagna) à moins d’1% et entre ces deux extrêmes on enregistre les candidats au 2% (Abdoulaye Bathily et Landing Savané). De ce classement, on peut dégager des typologies tout à fait classiques au regard de l’histoire et de la configuration de la scène politique sénégalaise.

    Le « pôle libéral », constitué par Wade et Seck (malgré les divergences sérieuses) fait 70% des voix. Le « pôle socialiste » (Tanor, Niasse et Robert Sagna) se retrouve avec 22%. Le « pôle de gauche » (Bathily et Landing) réunissent 4% des voix tandis que le « pôle des indépendants » (cinq) totalisent 2% environ et le reste des candidats (« pôle du divers ») se partage 2%.

    Constat 2. Toutes les projections d’un second « tour inévitable » ont été infirmées par les résultats. Se fondant sur l’histoire électorale du pays avec comme dates repères la présidentielle de 2000, les législatives de 2001 et les locales de 2002, sur le fond de crise socio-économique, sur le malaise éthique avec les nombreuses affaires politico-financières, sur les profondes contradictions au sein du Parti démocratique sénégalais, sur le profil des principaux candidats de l’opposition, nombre d’observateurs et d’analystes avaient conclu à l’inéluctabilité d’un second tour qui mettrait le candidat sortant dans une très difficile posture. Toutefois, de là à vouer aux gémonies ces derniers, il y a un pas qu’en démocratie il ne faut pas franchir. Après tout, de lourdes tendances apparentes fondaient largement une telle hypothèse.

    Constat 3. Hormis Nioro et Thiès, tous les bastions de l’opposition basculent (Ziguinchor, Kaolack, Mbour, Bakel, etc) tandis que le candidat sortant bénéficie d’un raz-de-marée partout ailleurs avec des pics de plus de 8% comme dans le département de Mbacké.

    Constat 4. Il convient de noter le seuil de contestation très faible des résultats, dû sans doute à l’effet de surprise et à l’absence de preuves suffisantes d’une « fraude électorale » à vaste échelle. De façon unanime, la Commission électorale nationale autonome et les observateurs indépendants ont immédiatement reconnu le déroulement « globalement transparent » des élections tandis que les médias, comme s’ils s’étaient passé le mot, ont barré dès le lundi 26 février leur Une avec l’écrasante victoire du candidat sortant non sans quelques relents d’étonnement cependant.

    Tel sont les faits que nous savons, à la lisière entre les données et les appréciations de divers acteurs.

    Mais pourquoi ces résultats ? En d’autres termes, qu’est-ce qui explique que les projections d’un second tour et une éventuelle défaite de Wade aient été faussées ? Quelles sont les raisons de ce que la presse, en grande partie, a appelé « plébiscite ? »

    Là-dessus, les hypothèses sont nombreuses. Elles font forcément référence à ce que nous croyons savoir.

    2. Ce que nous croyons savoir : 8 Hypothèses

    Une élection n’a jamais lieu avant d’avoir eu lieu. Les résultats, même en régime de sondages autorisés, ne sont jamais connus d’avance sinon en termes de grandes tendances. Une élection met en jeu des « consommateurs » avec leurs attentes, leurs motivations, leurs inquiétudes, leurs préférences qui ne sont jamais figées, mais fragiles et mouvantes. Les lignes bougent trop vite, surtout dans un contexte de fin des « grandes familles politico-idéologiques ».

    En l’absence d’études fiables, qui répondent à nos nombreuses interrogations dans un souci, avant tout, de comprendre ce qui s’est passé le 25 février, et globalement ce qui se passe dans notre pays en termes de formes de conscience et de comportement électoral, nous propose un ensemble d’hypothèses avant d’en venir à ce que nous aimerions savoir. En tout état de cause, quelque chose de profond est en train de changer, et dans le rapport des citoyens sénégalais à la politique et dans leur rapport avec les appareils politiques et dans leur manière d’aborder les compétitions électorales. A défaut de le comprendre, on ira de surprise en surprise, avec de fortes tendances obscures et obscurantistes d’explication de ce qui se passe par l’irrationnel. Oui, il faut comprendre.

    Hypothèse 1. Une élection est une course de fond.

    Et comme toute épreuve de ce genre, le temps de la préparation est l’étape la plus décisive. Dès 2000, Wade s’est mis dans la perspective d’un second mandat. Démantèlement du Ps avec les vagues de transhumants (Tanor l’a proclamé et expérimenté à propos du Pds et de l’opposition en général, surtout entre 1997 et 2000), construction de réseaux et de relais (souci de tout nouveau régime), opérations de charme (déclinaisons de toutes sortes de projets), offensive diplomatique (soutenue par son efficace Ministère des affaires étrangères, Wade est partout dans le monde).

    Pendant une année, les principales forces politiques sont associées au gouvernement. Le nouveau Président bénéficie, sur la scène politique, du côté des citoyens comme du paysage médiatique, d’une période de grâce enviable. Le Ps s’applique un concept vite assimilé à de la torpeur, mais dans tous les cas apaisant pour tout régime : « opposition républicaine ». Sortie du gouvernement, l’Afp éprouve des difficultés à s’opposer vraiment à son ex-allié. Peur d’être qualifié de revanchard ? Manque d’expérience oppositionnelle ? Voire.

    Djibo Kâ, rallié à Diouf entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2000, est plutôt préoccupé par la gestion de sa défaite historique et politique, mais aussi par la survie de son parti qui a subi beaucoup de défections suite à son appel à voter Diouf. Les centrales syndicales autonomes, plutôt favorables à l’alternance, accordent au nouveau pouvoir un répit. Wade surfe. Il est dans le nuage. Il a le temps, avec le méthodique Idrissa Seck, son Directeur de Cabinet et numéro 2 incontestable du Pds, de poser tous les jalons des futures compétitions électorales. Identification des bastions des adversaires et des porteurs de voix, village par village, ville par ville, département par département, région par région, catégorie sociale par catégorie sociale, confrérie par confrérie.

    Détenant le pouvoir d’Etat, et donc ayant dépassé les « soucis financiers », le Président et son sherpa peuvent quadriller le pays et donner accès aux ressources à tous ceux qui, par leur influence, peuvent faire basculer les plus inexpugnables bastions. Au sein même de l’appareil qu’est le Pds, l’intensification des luttes de tendances constitue une stratégie paradoxale d’éviter les déperditions, chaque tendance se battant pour mériter la confiance du leader. Pendant ce temps, avec le renvoi du gouvernement du Pit d’abord, de la Ld ensuite, Wade finit de compromettre toute cohésion et toute efficacité de ce qui, avant l’élection présidentielle de 2000, constituait le redoutable pôle de gauche (Ld, Aj, Pit, principalement).

    Personne ne semble l’avoir compris immédiatement du côté des adversaires : l’hégémonie libérale était en marche avec des séances d’entraînement qui s’intensifiaient de diverses manières au fur et à mesure que l’échéance de 2007 approchait. Avant tout, Wade et son parti gagnent largement les législatives de 2001 et les locales de 2002. Tandis que le Pds, par ses querelles internes et l’épisode Idrissa Seck dominent la scène médiatico-politique, chaque clan cherchant à imposer un leadership local, l’opposition reste dans les stratégies unitaires, oubliant que la seule unité en haut est loin de créer l’efficacité en bas.

    Hormis Ousmane Tanor Dieng, rares sont les leaders politiques qui ont fréquenté régulièrement l’intérieur du pays. Rassuré par le travail qu’effectuent ses relais du Pds et autres à la base, Wade s’attaque aux menaces à l’intérieur de son parti : un danger pouvait venir de Idrissa Seck qui, selon plusieurs sources, n’aurait pas hésité, par des opérations efficaces d’isolement du « Vieux » et d’hégémonie au sein de toutes les instances du Parti (du Comité Directeur aux Fédérations départementales), à renvoyer le Secrétaire général à la retraite pour être le candidat du pôle libéral et de plusieurs autres partis satellisés dans le cadre de la Cap 21. Le boulevard lui était d’autant plus ouvert qu’il détenait le trésor de guerre que sont les fonds politiques mais en même temps il était incontestablement au cœur de l’Etat et du Parti, sans doute plus que Ousmane Tanor Dieng au temps du pouvoir socialiste.

    Hypothèse 2. Wade est, après le Ps, le seul leader politique à avoir un véritable appareil électoral.

    Dès 1974, avec la création du Pds, il a opté pour la prise du pouvoir par les urnes. Le programme du Parti, ses méthodes, ses mots d’ordre, ses modes d’organisation, son leadership, ses stratégies et ses tactiques obéissaient avant tout à cette option que les extrêmes gauches raillaient sous l’infamante accusation de légalisme et d’électoralisme. Avec un régime senghorien hégémonique et de fer, le dirigeant de la seule opposition légale (avant le Pai de Majmouth Diop et le Mrs de Boubacar Guèye), Wade joue sur le registre de la ruse pour un seuil maximal d’efficacité.

    Déclaré parti de « contribution », le Pds évolue dans une stratégie de harcèlement du pouvoir, de concession et de compromis, pour rassurer les caciques de l’Ups-Ps tout en utilisant les dispositions de la Constitution et ses vides pour élargir son espace de déploiement et de développement. Ayant connu le Ps et l’enjeu des bases électorales, Wade ne s’y trompe pas, qui se pose en défenseur des paysans, parcourt le pays, procède à des recrutements de masse là où les organisations clandestines, soucieuses de protéger leur appareil, filtraient et cherchaient à construire des avant-garde qui, en inculquant la conscience politique à la masse, préparent l’assaut final autrement que par les urnes.

    Elles obéissaient ainsi à la tendance politique dominante dans le monde depuis les deux premières décennies du 20e siècle avec la victorieuse révolution d’Octobre en Russie : la violence est génératrice de la société nouvelle. Tendance largement portée par la révolution chinoise, les foyers révolutionnaires (focos) en Amérique Latine, les luttes de libération nationale et l’essor des extrêmes gauches en Europe et en Amérique du Nord. A ce propos d’ailleurs, la grande thèse maoïste était que « la tendance générale dans le monde est à la révolution ».

    Prenant le contre-pied d’une telle option, Wade s’inscrit donc dans la perspective électoraliste. Quatre après la création de son parti, il se lance dans les élections présidentielles et législatives d’avril 1978 contre Senghor et l’Ups-Ps. Une machine électorale est née. Le Pds et son leader acquièrent une haute visibilité et profitent de la tribune de l’Assemblée nationale (seule opposition parlementaire avec la légitimité constitutionnelle qui sied) et accentuent la pression sur le pouvoir avec de nombreuses propositions de textes de loi pour élargir les droits de l’opposition légale, notamment le Pds.

    Depuis, il n’a jamais manqué à un rendez-vous électoral (cinq présidentielles jusqu’en 2000, autant de législatives et de locales). Aucun de ses adversaires en 2007 ne peut se prévaloir d’une telle expérience électorale d’autant plus qu’à la quête interne de l’efficacité, Wade et le Pds n’ont jamais hésité de regarder du côté de l’expérience de leur adversaire qu’était le Ps et dans les méthodes et dans la mobilisation de l’appareil et de certains déterminants dans le comportement électoral : les relais porteurs de voix à la base, l’argent, l’organisation et la mobilisation optimale des forces du Parti dans les moments décisifs.

    Une élection ne se gagne pas sans un certain seuil de capital expérience critique. La gauche traditionnelle (Ld, Aj et Pit), du fait de ses options initiales en matière de stratégie de conquête du pouvoir, n’a jamais vraiment constitué une force électorale. Autant son influence sociale est significative, autant son score électoral est groupusculaire. Autant elle a une force de frappe efficace pour mobiliser les syndicats dans des luttes décisives et mettre en branle, jusqu’à une certaine période (88 notamment), les jeunesses scolaires et estudiantines, autant elle éprouve de sérieuses difficultés à traduire une telle capacité politique en performance lorsqu’il s’agit des urnes.

    En effet, le passage des options révolutionnaires à l’option électoraliste (à partir de 1981) s’est effectué, du côté de la gauche traditionnelle, sans ne subissent des mutations nécessaires les méthodes d’organisation, le discours, la question des moyens, les modes de liaison avec les populations, les procédures de prise de décision, la nature du leadership et les stratégies d’alliance. Autant le schéma classique de prise du pouvoir reposait sur des principes fortement identitaires parce que inspirés par une idéologie forte et alors apparemment en marche (le marxisme), autant la politique en temps électoral est une « dynamique », c’est-à-dire un mouvement beaucoup plus complexe où c’est le nombre d’électeurs qui prime sur la qualité de l’avant-garde : le leader du parti et le citoyen lambda ont exactement la même valeur devant les urnes.

    En d’autres termes, le processus électoral est autrement plus complexe que la linéarité de l’assaut insurrectionnel qui est une forte concentration des forces en un temps hautement tendu qui dénoue de façon violente une crise politique définie comme le moment où les gouvernants ne peuvent plus gouverner et les gouvernés ne veulent plus être gouvernés. Une telle schématisation (formalisation) est loin de correspondre au temps électoral dont la caractéristique propre est de faire bouger les lignes indépendamment de plus en plus de l’identité idéologique.

    Alors que dans la logique révolutionnaire, les gens en général et les classes laborieuses en particulier n’avaient rien à perdre et s’identifiaient collectivement, aujourd’hui les citoyens électeurs cherchent à tout gagner et s’identifient de plus en plus individuellement en termes d’intérêt particulier et immédiat. C’est toute la différence entre l’option révolutionnaire qui a historiquement vécu et l’option électoraliste qui est devenue largement partagée. On peut ainsi dire que les mutations socio-politiques ont peu inspiré les mutations dans les « manières de faire » de la gauche traditionnelle.

    Quid des autres adversaires de Wade ? Niasse entreprenait sa deuxième expérience électorale propre avec un Parti qui n’est vieux que de 8 ans. Tanor vient de sortir de l’épreuve de mars 2000 avec un appareil qu’il ne contrôle pas entièrement au regard de la défection de Robert Sagna (4% des suffrages) et il fait plutôt son baptême de feu électoral. Idrissa Seck ne pouvait espérer constituer une sérieuse menace pour Wade qu’à condition d’aller jusqu’au bout de sa logique de confrontation et en se dotant d’un appareil efficace qui se construit dans la durée. Justement, une élection supposant un tel appareil, il était illusoire de croire en une performance des candidatures indépendantes.

    Hypothèse 3. L’absence de bipolarisation a favorisé le candidat sortant.

    Depuis 2000, la cartographie politique est demeurée identique : Wade face à une multiplicité d’adversaires. En sept ans, il ne s’est pas produit une bipolarisation significative apte à structurer de fortes lignes de démarcation. Or, l’histoire politique du Sénégal, notamment en matière d’élection, a toujours été animée par des couples bipolaires : Blaise/ Ngalandou Diouf, Senghor/Lamine, Senghor/Dia (durant le bref épisode de 62), Wade/Senghor, Diouf/Wade. Ce sont ces productions politiques qui ont durablement marqué notre scène politique et rendu claires et nettes les alternances : Senghor bat Lamine, Wade bat Diouf après cinq batailles présidentielles. Qui a entendu le couple Naisse/Wade ? Wade/Tanor ? Bathily/Wade ?

    Les électeurs se sont d’abord identifiés, dans de longues périodes, à des couples, au regard des résultats des élections depuis 1978 au moins. La seule tentative plus ou moins prolongée de bipolarisation est venue, paradoxalement du camp libéral (Gorgui/Ngorsi, Wade/Idy) populairement structuré autour du critère puissance (pouvoir et ressources) rendu par le fameux « Mo ko yor ». En d’autres termes, qui de Wade et Idy détient la puissance du pouvoir et de l’avoir ?

    Etrange destin du politique lorsque nous descendons dans les méandres de l’histoire alcôves politiques ! De deux choses l’une. Ou Idrissa Seck a bien assimilé la leçon politique qui veut que les numéros deux ont eu souvent peu de baraka. L’histoire du Pds a été une suite de meurtre politique des seconds ou des prétendants à une telle posture : Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom. Il aurait sans doute alors compris que la politique est le lieu des risques et des paris, et qu’avec le « Vieux », surtout dans les conditions d’exercice du pouvoir, seul le rapport de force peut positionner celui qui l’entreprend dans une posture d’avenir. Où l’épreuve de force, en sus de sa volonté d’être le candidat du camp libéral en 2007, pour créer la bipolarisation après capitalisation de l’histoire des couples bipolaires dans notre tradition électorale.

    Dans tous les cas, il n’en a ni eu le temps ni les moyens en termes d’appareil et de ralliement autour de sa candidature, comme il l’avait souhaité, de l’opposition. Wade s’est présenté donc avec un seuil très élevé de cohésion, de cohérence et d’homogénéité. Il fait face à une opposition atomisée, peu expérimentée électoralement en tant qu’appareil et candidatures, et, facteur nettement aggravant, une pluralité de candidatures indépendantes dont certaines ont été fortement soupçonnées de semer la diversion. Le candidat sortant a sans doute compris que toute bipolarisation, voire toute apparence de bipolarisation, pouvait être politiquement et électoralement coûteuse. Il l’aura évité jusqu’au bout. Après, on ne donne pas à l’adversaire les moyens de nous abattre.

    Dans la première semaine de la campagne, Moustapha Niasse a semblé incarner l’autre pôle du couple, suite aux sorties du Directeur de campagne de Wade confirmées par ce dernier, et la réplique de Moustapaha Niasse. Ensuite, c’était autour de Tanor, ensuite de Idrissa Seck dans la dernière semaine de la campagne. En politique, surtout en temps électoral, les signes, les apparences, les symboles et les images jouent beaucoup parce que, au fond, ils sont autrement plus décisifs que la réalité brute.

    Hypothèse 4. Une élection est une question de projet et non de réalité uniquement (bilan côté candidat sortant, entreprise « dénonciatoire » du côté des adversaires).

    Nombreuses expériences électorales l’attestent amplement. Lionel Jospin, au bilan élogieux lors de la cohabitation ave Chirac (97-2002), aurait sans aucun doute été le Président le mieux élu de la Ve République. Plusieurs analystes ont indiqué que son échec est, en partie, du au fait qu’il a beaucoup regardé dans le rétroviseur, valorisant le passé et se souciant peu de l’avenir. Or, une élection est une question d’avenir et non de passé. De même, George Bush n’aurait jamais été réélu si cela ne tenait qu’à son bilan : au plan économique et social, les Etats-Unis ont connu plutôt des moments désastreux. Regardez ailleurs, parce que les électeurs sont dans le temps de l’attente et dans les méandres nostalgiques du souvenir. Ils espèrent le projet qui porte leur rêve et non le discours qui supporte leur misère.

    Durant une bonne partie de la campagne, les adversaires de Wade ont plus parlé du bilan de ce dernier que des projets qu’ils proposent aux électeurs (plusieurs groupes de jeunes à Dakar et à l’intérieur du pays nous l’ont dit, une semaine après l’élection présidentielle). L’angle « dénonciatoire » qu’ils sont adopté a frôlé le nihilisme au moment où Dakar était en chantier (quelle que soit par ailleurs l’appréciation que les uns et les autres peuvent en avoir) et où beaucoup de zones dans le pays ont enregistré des réalisations dans plusieurs domaines. L’emphase sur les affaires politico-financières, d’un point de la morale, n’a pas eu d’impact, nombre d’électeurs ayant intériorisé que de « toutes les façons, ceux qui sont au pouvoir ne peuvent que s’enrichir », et, dans une posture fataliste consommée, s’occupent plutôt de leur vécu quotidien. Chirac aurait-il été relu en 2002 si les électeurs français ne se souciaient que de l’orthodoxie et de l’éthique dans la gestion des affaires publiques ?

    Il n’est pas question d’accepter un seul instant le rapport d’accaparement ou de dilapidation que nos gouvernants ont souvent avec les biens de tous. Mais la réalité outrepasse, comme toujours, les formalisations et les principes surtout dans le domaine politique qui n’est ni morale ni logique, mais hélas trop souvent dans le registre de la dynamique, de la ruse et du froid calcul. Pendant ce temps des grandes envolées sur « l’échec de Wade », « l’éthique de la gestion » et la trop forte cristallisation autour d’un « second tour inévitable », le candidat sortant brandissait ses « réalisations » et surtout ses promesses. Il faisait rêver les électeurs avec sa « centrale atomique », « ses usines », ses « aéroports », ses « quais de pêche », ses « infrastructures », ses trains » qui vont désenclaver des régions, ses « mesures pour le monde rural », etc .

    Une élection n’est un moment de réalisme. Elle se déroule sous le mode de la volonté et de la promesse. Les électeurs ne votent en général que peu en souvenir du passé. Leur élan au moment décisif, face à l’urne, est plutôt porté et motivé par le souvenir anticipé de ce qui leur est promis. Le réalisme des candidats de l’opposition ne pouvait alors que coûter cher d’autant plus que la logique « dénonciatoire » a été poussée au point de conduire certains candidats à commettre de sérieuses erreurs dans le discours. Je n’en veux que quelques exemples de maladresse en temps électoral où certaines questions sont ultra sensibles. Question 1 : la présence des Chinois. Ce sont des centaines de jeunes revendeurs à la sauvette, des milliers de personnes à Dakar et à l’intérieur du pays qui trouvent « leur compte » avec les Chinois.

    Les articles qu’ils proposent, certes de très mauvaise qualité, sont d’un coût modique permettant aux jeunes revendeurs de se faire des marges intéressantes et aux familles modestes de s’approvisionner à l’occasion de l’ouverture des classes et des diverses fêtes, mais aussi en fonction des besoins quotidiens, à moindre frais. L’Unacois et d’autres bonnes volontés représentatives du nationalisme économique, qui subissent une concurrence sauvage des Chinois, n’ont jamais bénéficié du soutien de ces centaines de jeunes revendeurs encore moins des consommateurs. Un candidat, invité dans le cadre des rencontres patronales lors de la campagne, a été à mon avis très peu inspiré en étant trop nuancé face à la question des Chinois.

    De quoi conforter les patrons et s’aliéner sans doute des milliers de voix du côté des « consommateurs » et des « petits revendeurs ». D’autres candidats traiteront les accords avec l’Espagne de façon plutôt peu diplomatique en indiquant clairement qu’ils allaient remettre en cause ces accords. Or, pour plusieurs centaines de jeunes et leurs familles, au-delà des informations sur les 13 milliards que l’Espagne aurait mis à la disposition du Sénégal, il y a l’enjeu capital des « visas disponibles » : l’espérance est la chose au monde la mieux partagée dans une situation de désastre social. Du coup, la remise en cause des accords avec l’Espagne est perçue, auprès des jeunes et de leurs familles comme une remise en cause des « visas mis à disposition ».

    Enfin, comment ne pas relever l’ambiguïté du discours sur les chantiers ? Un entrepreneur m’a personnellement dit avoir tiqué lorsqu’un candidat s’est proposé, une fois élu, de procéder à l’audit de tous les chantiers. Excellente proposition dans le climat surréaliste de la bonne gouvernance ! Mais au Sénégal, depuis 2000, audit rime avec DIC et prison. Et on venait de clore à peine l’épisode de l’entrepreneur Btp Bara Tall dont les employés ont frôlé le chômage technique. Comment dès lors ne pas inquiéter tous ces entrepreneurs, sous-traitants, leurs fournisseurs, leurs employés et leurs familles ? Je ne défends nullement qu’il ne faille, en politique et singulièrement en temps électoral, mettre les cartes sur la table, voire être tranché. Mais seulement lorsqu’il le faut, où et quand il le faut. Une campagne électorale est comme un ring : on n’y affiche pas publiquement toutes ses cartes pour battre l’adversaire. C’est toujours après le combat que se livre le secret des moyens utilisés. Après tout, la politique n’a jamais été un boulevard transparent. Elle est un chemin par excellence escarpé, avec des recoins, ses points de croisements, ses bifurcations, ses clartés et ses ombres. Surtout lorsque, au finish, on doit conforter les électeurs acquis et rallier les indécis. En politique, la nuance autant que la fermeté sont des vertus, pourvu qu’elles s’adaptent à des situations qui, en temps électoral, voient leur sensibilité accrue.

    Hypothèse 5. Le « trou noir des 3 millions » et des « 15% ».

    Un fichier qui passe de deux millions à environ cinq millions ! Un taux de participation qui passe d’une moyenne de 60 à 75% ! Peu d’observateurs et d’analystes ont prêté une attention sérieuse à ces performances. Car, le tout est de savoir comment se sont distribuées les 15% supplémentaires du taux de participation. On peut croire que non seulement les relais du Pds ont été pour beaucoup dans l’inscription de ces « jamais inscrits jamais votants », mais également, grâce aux moyens et aux attraits du pouvoir, les orientés et encadrés jusqu’au jour du vote.

    Dans la chronique que j’animais pour le site web Nettali.com, reprise par le quotidien Le Populaire, j’ai publié un petit papier intitulé Les invisibles. J’y faisais état de celles et de ceux qui n’ont pas d’adresse sociale. Mes cousines séreer pileuses aux alentours du stade Iba Mar Diop, les jeunes éclopés des banlieues profondes, mon jeune parent du Fouta qui nous cire les chaussures, le petit revendeur à la sauvette, le jeune apprenti chauffeur ou mécano ou plombier ou menuisier ou tailleur ou maçon le petit délinquant spécialiste compétent des petits larcins, le candidat à l’émigration clandestine, la bonne qui songe au maintien de son maigre salaire et qui est peu portée au changement, l’émigré qui acquiert la nationalité et qui reste dans cloisonné dans sa communauté d’origine, en somme des gens que l’on rencontre tous les jours sans vraiment les voir. Parce qu’ils ne sont pas dans l’espace moderne de visibilité que sont les médias, parce qu’ils ne sont pas dans les partis, parce qu’ils sont pas dans les syndicats, parce qu’ils ne sont pas dans la controverse publique.

    Et si l’on sait que les invisibles se soucient peu des « outils d’identification nationale », tels la carte d’identité ou le passeport (n’ayant aucun espoir de voyager hors du territoire national), il n’est pas étonnant, avec la possibilité ouverte et la gratuité des cartes (d’identité et d’électeur) numérisées, accompagnée de l’encadrement des relais libéraux, qu’une bonne partie des 3 millions d’inscrits supplémentaires et les 15% de votants supplémentaires soient issues de cette partie oubliée de nos acteurs politiques. J’ai été très frappé, lors d’une visite en infra-banlieue, de voir partout, dans les baraques les plus douteuses, visiblement habitées par la misère et le manque, apposées partout des posters du candidat sortant. Je prolonge cette hypothèse pour penser que le débat autour de l’âge du Président, qui le disqualifierait selon plusieurs candidats ou leurs relais, a sans doute eu un effet sur l’électorat du troisième âge.

    Selon plusieurs observateurs, à Dakar comme à l’intérieur du pays, les personnes du 3e âge ont massivement voté. Bénéficiant désormais de la gratuité des soins de santé, peu portés au risque et au mouvement, leur identification à Wade ne s’en trouve que plus naturelle. Une des affiches de campagne du candidat sortant, dans le port comme dans le regard et les couleurs renvoient au calme et la sagesse du 3e âge, mais aussi à l’expérience, à l’assurance et à l’élégance de celui qui atteint cet âge merveilleux dans la vie. Ce qui est perçu comme un handicap peut se transformer en atout, dans un contexte de scrutin présidentiel au suffrage universel direct, de surcroît qui met en jeu la rencontre entre et des électeurs qui ont exactement le même poids, au-delà de l’âge, du sexe, de l’origine sociale et du niveau d’instruction.

    Hypothèse 6. Les jeunes qui ont porté Wade au pouvoir en 2000 n’ont pas sans doute pensé juste de le renvoyer ainsi dans l’opposition après un seul mandat.

    Ceux qui n’ont connu que lui comme Président (ils avaient entre 12 et 14 ans) en 2000, et ils ont été nombreux dans les bureaux de vote, n’ont sans doute pas été saturés par leur premier Président de la République. L’expérimentation n’est pas le monopole des laborantins. Dans le champ politique, surtout en temps électoral, les motivations sont souvent insondables. Travaillant beaucoup avec le mouvement hip hop depuis des années, en termes de conseil et de relecture de texte, je peux témoigner de la sympathie que plusieurs de mes jeunes amis rappeurs ou fan’s du mouvement hip hop, dont les textes sont iconoclastes, ont exprimé pour le Président sortant.

    Il me semble également possible que les jeunes, comme plusieurs autres électeurs, ont demandé au « Vieux » de terminer ses chantiers, l’inquiétude étant qu’une alternance pouvait remettre en cause ce qui est entamé. A défaut d’une proposition forte, nourrie des attentes des citoyens, ouverte radicalement sur l’avenir, portée par un candidat bénéficiant d’un leadership incontestable et identifié comme principal challenger du candidat sortant et donc capable de lui imposer un ballottage à défait de le battre, les électeurs ont choisi nettement la continuité.

    Hypothèse 7. La connaissance et la maîtrise du fichier électoral.

    Le temps des grands récits idéologiques passé, le temps des blocs identitaires en voie d’effritement, l’électeur se retrouve seul avec ses inquiétudes et ses attentes, ses modèles propres de consommation de la chose politique et ses habitudes. Il est, depuis au moins plus d’une décennie, le gestionnaire de ses propres choix, disposant de moyens considérables de s’impliquer par sa parole dans l’espace public grâce au formidable essor des relais médiatiques et la culture de l’interactivité. L’électeur acquiert de plus en plus une autonomie par rapport au groupe, prend conscience du poids de sa carte d’électeur, se construit une opinion propre et discerne ses propres intérêts.

    Il y une sorte d’atomisation de la société, termes non pas seulement de groupes d’intérêts constitués, aussi et de plus en plus d’individus avec diverses formes de conscience. Le ndigueul, l’injonction des chefferies traditionnelles, le contrôle administratif du commandement territorial sur le vote des citoyens, l’hégémonie du chef de famille, toutes ces configurations semblent de plus en plus faire leur temps. Le discours électoral ne peut plus ne pas tenir de cette mutation. Il ne peut plus s’adresser à des entités figées. Il sera de plus en plus soumis à aller vers chaque électeur, à prendre en compte des parcelles disséminées et trop diversifiées d’attentes.

    En art du discours, ont dit qu’il y a trois parties : l’orateur, le discours lui-même et l’auditoire. Une règle majeure en la matière est de connaître cet auditoire afin que le discours puisse avoir prise sur la réalité, la réalité des attentes, la réalité des formes de conscience, la réalité des comportements. Voilà pourquoi l’étude pointue du fichier électoral pour identifier le profil des électeurs) ainsi que les sondages (pour avoir une visibilité sur les tendances, les intentions de vote et éventuellement sur les motivations, deviennent des voies obligées pour qui veut articuler un discours capable de faire basculer le cours de l’histoire. L’affaire Thierno Ousmane Sy, si affaire il y a vraiment, est révélatrice de cette tendance.

    Dès lors que le fichier est accessible à tous grâce au Net, entre autres, il est loisible à chacun de s’en servir comme outil de travail, comme paramètre dans la stratégie électorale, notamment en termes de connaissance et de maîtrise du profil des électeurs, d’identification des relais porteurs de voix, de profilage des différentes zones (potentiel d’électeurs, tendances, forces et faiblesses du candidat, risques et opportunités, attentes des populations, etc). Une élection est aujourd’hui une question de marketing : aucun candidat ne peut plus se vendre sans connaître les consommateurs, de la même qu’un produit, quelle qu’en soit la qualité et le prix, ne peut se positionner sur le marché sans au préalable une connaissance fine des attentes du consommateurs, de ses préférences, de ses goûts, de son imaginaire, etc.

    C’est la connaissance critique de toutes ces variables qui permet de vendre le produit (ou le candidat) sous un certain angle, selon une facette hautement identitaire qui prend en compte l’acheteur virtuel, ou l’acheteur réel ou encore l’acheteur réel virtuel. Il s’agit ainsi là d’un enjeu d’autant plus capital que la « culture » est de plus en plus éclatée, diversifiée, en perpétuelle mutation, en incessant renouvellement et en permanente recomposition. Les couleurs et les goûts changent très vite, nous sommes tous pris dans le vertige de l’instantané et du virtuel. Avec de nouvelles langues, de nouveaux codes, de nouveaux habitus.

    Avec l’individualisation des projections, des désirs et attentes. Nous n’avons plus, en réalité la culture de nos pères, encore moins nos enfants (génération du net et du sms, d’ici et de l’ailleurs, de l’imaginaire et du rêve, du proche et du lointain, de l’interactivité et de la vitesse). Désormais, aucun candidat ne peut plus ignorer ce bouleversement social et culturel né, entre autres, du formidable essor technologique dans le domaine de l’information, du son, de l’image et des immenses possibilités d’accès offertes aux citoyens. Chaque clic est une nouvelle découverte qui crée de nouvelles attentes. Chaque nouvelle tendance relayée par les médias fait naître de nouvelles ambitions.

    Le seuil de contrôlabilité et d’orientation des comportements, ici en matière électorale, dépend du seuil de connaissance des électeurs-consommateurs. Au regard des « révélations » de la presse sur les « confidences » de Thierno Ousmane Sy, le candidat sortant avait bien de l’avance de ce côté. Dans l’époque du mode électoral comme mécanisme de prise ou de conservation du pouvoir, la politique n’est plus question de volonté et de subjectivité. Elle exige, même si elle art, une bonne dose de professionnalisme, c’est-à-dire de calcul et de méthode.

    Hypothèse 8. La communication politique est de plus en plus au cœur des élections.

    Dans l’histoire, les forces armées ont les premières à comprendre l’enjeu de la communication qui est un paramètre décisif dans toute stratégie militaire. Les entreprises suivront au fur et à mesure que l’offre de produits se diversifie. La sphère politique s’en rend surtout avec la péremption des modes classiques de la politique fondés sur la logique classe contre classe. Conforter et fidéliser les électeurs acquis, séduire et rallier les indécis, faire douter les adversaires : le cœur des batailles électorales est là. Encore faut-il, au même titre que les stratégies marketing dans le registre commercial, développer une masse critique de connaissance du profil, des attentes, des habitudes et des comportements des électeurs pour espérer faire bouger les lignes et se positionner efficacement.

    Les élections ont leur loi tout comme le marché : l’offre et la demande dans un processus sans fin d’ajustement de l’offre à la demande. Loi d’airain ! Mais dès lors que l’offre est formulée, qu’elle prend effectivement en compte une demande bien identifiée, il faut être en position de « vendre le produit ». Communiquer : tel est le défi. L’élection de février 2005 n’a pas échappé à la règle. Mais autant nous avons enregistré beaucoup de candidatures, autant nous avons assisté à peu de communication, et souvent à de piètres positions de communication. D’abord le visuel.

    Tous les candidats, sauf Abdoulaye Wade et Idrissa Seck se sont limités à des affiches de format A4 et A3, apposées un peu partout sans approche stratégique, mêlées le plus souvent à ces sauvages affiches d’artistes musiciens qui viennent de sortir un tube. Les photos sont statiques, avec une colorimétrie des plus douteuses, des arrière-fonds sans âme et des slogans trop « intellectuels ». Les affiches de Wade, de toutes sortes de dimension, y compris le 12 et le 18 m2 n’ont pas seulement été partout visibles (75% des panneaux publicitaires). Elles ont frappé par le professionnalisme dans la conception et la présentation technique, la simplicité des slogans et la diversité des accroches et des déclinaisons (variées et concrètes).

    L’image était rencontrée partout, à moins que soit elle-même qui est allée partout rencontrer les électeurs et les non électeurs. « Posture présidentielle », « symbole du troisième âge », « homme d’action » et une campagne d’affichage qui a fait plutôt parler des chiffres illustrées par des images qui ne peuvent laisser indifférentes. A Dakar et partout dans le pays. C’est la meilleure campagne de Wade du point de la communication. Sa présence physique se trouve ainsi être prolongée et maintenue par une présence visuelle qui, à son tour, est rendue plus significative par la présence physique.

    L’image gagne la mémoire, elle s’incruste finalement dans les tréfonds de l’imaginaire et se donne une visibilité maximale jusque dans l’isoloir. Ce processus facilite le choix de l’électeur. La couverture de la campagne par la télévision révélera également ce « déficit » de communication. Tout se passe comme les candidats, dans leur majorité, n’avaient pas de conseillers attitrés. Plans flous et posture aux antipodes de la culture télévisuelle, monologues linéaires et souvent trop raides, phrases longues et mal articulées donneront une très mauvaise perception de plusieurs candidats.

    On peut même avoir le meilleur discours, si déclinaison n’est pas faite dans les règles de l’art, il perd sa puissance. La télévision, média politique par excellence en temps électoral, est un redoutable instrument. Elle a sa culture, ses codes, ses exigences. Un candidat est une star dont le rapport à la télévision révèle forcément le talent ou l’incompétence. Morale : la communication est à la fois un métier et un investissement. On ne peut plus prétendre à un poste électif si on ne la considère pas comme un paramètre décisif de la stratégie globale. A défait de la prendre au sérieux, on amène les autres à nous prendre très peu au sérieux. La communication nécessite cependant des moyens. Hélas, la plupart des candidats avaient des budgets de campagne plutôt modiques !

    3. Ce que nous ne savons pas et que nous aimerions savoir : 3 Questions

    Question 1. L’opposition a accusé le candidat sortant et son ministre de l’Intérieur d’avoir utilisé l’Etat et les moyens de l’Etat pour « frauder ».

    En l’état actuel de nos informations, il n’y a pas encore des éléments probants pour étayer une telle thèse. Sont mis en cause le fichier qui serait « trafiqué », la non distribution d’un lot important de cartes, la poursuite du vote au-delà de l’heure prescrite dans certaines localités, la Cena qui n’aurait pas joué véritablement son rôle…. Personnellement, je ne dispose pas d’informations précises et fiables pour entrer dans ce débat. Je remarque simplement que les médias, la société civile, les observateurs et la Cena n’ont jusqu’ici pas formulé des réserves sérieuses sur le déroulement global du processus électoral.

    Question 2. Quel est le rôle exact de l’argent dans le comportement des électeurs ?

    Là également, en dehors d’études fiables, il est difficile de se prononcer. Personne ne peut nier cependant la présence de l’argent comme moyen d’orientation d’un vote, mais son poids réel reste à déterminer.
    Question 3. Le profil des électeurs, leurs motivations, leurs préférences et leurs votes demeurent également encore dans une zone d’ombres. Hors, on atténuera très fortement les seuils de contestation lorsque de véritables études seront une tradition, lorsque les sondages et leur publication seront autorisés, lorsque les spécialistes des sciences et pratiques sociales prêteront davantage attention au phénomène électoral, mais aussi lorsque les acteurs (partis politiques, journalistes, société civile, organes de supervision et de contrôle, etc) joueront leur véritable rôle et se départiront des approches strictement partisanes et souvent trop peu professionnelles.

    Il est quand même étonnant que les Sénégalais restent encore dans l’ignorance la plus totale des différents facteurs explicatifs de leur vote. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Dans quelle zone ? Quelle tranche d’âge ? Quel sexe ? Autant de questions qui jurent d’avec les explications fantaisistes, courtes et obscurantistes. Car, il s’agit avant de nous connaître nous-mêmes pour pouvoir maîtriser nos passions et nos pulsions.

    * El Hadj Kassé est un journaliste, philosophe et écrivain Sénégalais. Il est l’ex-Directeur Général du Quotidien National Le Soleil. El Hadj kassé est un fin analyste de l’actualité sociale et politique sénégalaise. Il est l’auteur de plusieurs publications.

    P.-S: Ce texte est une sorte de prélude à un livre collectif rédigé en collaboration avec les journalistes Sénégalais Mamoudou Wane et Barka Bâ.

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  • L’esprit de Nkrumah et du Pan-africanisme vit toujours au Ghana aujourd’hui à travers ses différentes lois sur la citoyenneté. Le Ghana est le premier pays africain qui offre le droit au retour et au séjour indéfini pour les Africains de la diaspora. Le gouvernement a aussi récemment voté une loi donnant aux Ghanéens de la diaspora le droit de vote.

    Pendant que nous commémorons le Ghana à 50 ans, n’oublions pas le père fondateur du Ghana, Kwame Nkrumah et sa notion de pan-africanisme. Kwame Nkrumah a poursuivi l’indépendance politique du Ghana et s’est engagé pour les luttes contre la domination étrangère dans d’autres colonies africaines. Il a cimenté les liens Arabes-Africains à travers des amitiés spéciales avec le dirigeant égyptien Gamar Abdel Nassar. Il a bien accueilli les combattants pour la liberté de l’Afrique tels que Malcolm X, W. E. Dubois, et George Padmore. Il a créé une station radio continentale (le Service Extérieur de Radio Ghana), qui a contribué à alimenter la lutte de libération en Afrique. Pour y arriver, Kwame Nkrumah a eu la vision de la citoyenneté pan-africaine de tous les peuples d’Afrique.

    50 ans plus tard, le Ghana continue la vision de Kwame Nkrumah dans ses généreuses lois sur la citoyenneté qui contiennent des dispositions donnant un domicile permanent aux peuples de descendance africaine. En 2000, le Ghana a introduit le Code de Lois sur la Double Nationalité « Dual citizenship Act 2000 » grâce auquel un citoyen du Ghana pourrait avoir la citoyenneté de tout autre pays en plus de sa citoyenneté ghanéenne. Une personne d’origine non-ghanéenne pourrait aussi faire la demande de citoyenneté ghanéenne par enregistrement si elle a la résidence ordinaire au Ghana, et par naturalisation si elle a apporté une contribution remarquable au progrès ou à la promotion d’un domaine donné de l’activité nationale.

    Cependant, les critiques de la loi relèvent le fait que le Code de Lois 2000 avait pour intention de récompenser les Ghanéens de la diaspora qui ont acquis une autre citoyenneté mais qui contribuent grandement au développement national du pays. En effet, suivant la promulgation de la loi, Dr. Addo-Kufuor, alors ministre intérimaire de l’Intérieur a expliqué que les Ghanéens non-résidants avaient transféré 400.000.000 dollars EU chaque année pour relancer l’économie du Ghana contre les contributions de l’Investissement Direct Etranger, qui , de 1994 à 2002 avait contribué 1,6 million de dollars EU, ou à peu près 200.000.000 dollars EU. En effet l’acquisition de la nationalité ghanéenne par enregistrement et par naturalisation est sujette à l’habileté de parler et comprendre une langue vernaculaire ghanéenne.

    Néanmoins, le Ghana est la première nation africaine à donner le droit de retour et de séjour indéfini aux Africains de la Diaspora. Sous la Section 17(1)(b) de la Loi sur l’Immigration, l’Acte 573 de 2000, le Ministre pourrait accorder « le droit de demeure » à une personne de descendance africaine de la diaspora avec l’approbation du Président. Certains disent que cette disposition visait à réveiller les Africains Américains riches qui sont retournés au Ghana depuis son indépendance et pris la résidence dans le pays, et à récompenser ceux qui contribuent à la prolifération de l’industrie touristique.

    Malgré les contestations et les points faibles, toutes ces réalisations indiquent la persistance, le dur labeur et l’esprit pan-africain du gouvernement ghanéen, du parlement ghanéen, des Ghanéens ordinaires, et des Ghanéens et autres gens africains de la Diaspora. L’année dernière, le parlement ghanéen a répondu positivement au lobbying des Ghanéens de la Diaspora en adoptant la Loi appelée « Representation of the People Amendment Bill -ROPAB) qui leur a garanti le droit de vote aux élections nationales.

    En décembre 2008, les Ghanéens de la diaspora vont voter pour la première fois durant les élections présidentielles à travers les urnes pour les absents. Leur prochaine action consiste à la mise en cause, à travers les tribunaux ghanéens, d’une disposition se trouvant dans l’Acte de Loi sur la Citoyenneté 2000, qui interdit aux Ghanéens qui ont acquis la citoyenneté d’un autre pays de présenter leur candidature à des postes officiels au Ghana. Vers la fin de cette année, le même groupe qui travaille avec l’institution Benjamin Afrifa of the Africa Federation, Inc. a l’intention de lancer une station TV africaine qui émettra à partir des Etats-Unis. La station TV va émettre sur les affaires de la diaspora africaine de même que sur les affaires continentales. Enfin, les Ghanéens espèrent continuer de porter le flambeau de Kwame Nkrumah, et d’influencer les autres Africains de la diaspora pour qu’ils s’engagent pleinement dans les affaires de leurs propres nations.

    J’espère que tous les pays africains vont suivre le mouvement en nous permettant le libre accès à notre continent sans restriction de visas et sans humiliation administrative. Il est vrai que certains pays africains ont embrassé le pan-africanisme de Kwame Nkrumah et garanti la citoyenneté à des immigrants africains ou à des réfugiés. Par exemple, la Tanzanie a garanti la citoyenneté aux réfugiés burundais au début des années 1990 et offert un séjour à long terme à beaucoup de combattants pour la liberté en provenance du Mozambique, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda. Le Sénégal a étendu la citoyenneté aux réfugiés mauritaniens chassés de leur pays natal en 1989. Ces gestes d’accueil en faveur des Africains comme citoyens dans les autres pays africains doivent être reconnus et encouragés à travers l’Afrique.

    C’est dommage que, dans la plupart des Etats africains, nous continuons de rencontrer et de faire l’expérience de lois peu commodes sur la citoyenneté et sur l’immigration au nom de la « sécurité nationale ». Beaucoup de pays gardent toujours en effet des lois héritées des régimes coloniaux qui soit ont séparé les nations à travers les frontières ou considéré des Africains comme des étrangers sur leur propre continent. Il est souvent plus facile d’entrer dans un pays africain en portant un passeport européen ou nord-américain que, disons, un passeport ougandais.

    Par exemple, le Sénégal, qui se fait voir comme la « Terre des Teranga » garde toujours la loi d’immigration héritée des Français, loi qui rend difficile l’entrée aux Africains portant un passeport des pays qui ne sont pas de la CEDEAO. Ceci ne veut pas suggérer qu’un Sénégalais n’a pas besoin de visa pour entrer en Ouganda, cependant, le processus est moins sophistiqué en particulier pour les visiteurs africains. Pourquoi un pays qui a lutté pour se débarrasser du régime colonial garde-t-il toujours une loi coloniale comme une loi nationale? Pourquoi nous en Afrique n’avons-nous pas de traitement préférentiel les uns pour les autres en tant que membres de l’Union Africaine, à l’instar de ce qui se fait au sein de l’UE ou aux Etats-Unis? Ou bien le mouvement à l’intérieur de l’Afrique est-il un droit uniquement pour les diplomates africains, européens et nord-américains?

    Pour commencer, nous pourrions abolir les régimes de visa pour les Africains en préférence des arrangements régionaux semblables à celles de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC). Nous pourrions également suivre l’arrangement de l’EAC et octroyer des passeports de l’Union Africaine à tous les peuples d’Afrique, du continent africain et de la diaspora de l’Afrique. Ceux qui s’opposent aux frontières libres donnent l’argument comme quoi les gens vont migrer en masse de leurs domiciles/régions où il y a des difficultés économiques et rester indéfiniment dans les pays où il est plus facile de vivre si les frontières sont rendues plus perméables. Cependant, les preuves au sein de la CEDEAO, l’EAC ou l’UE illustrent que là où les frontières sont ouvertes aux membres de la communauté, les gens font des va-et-vient. Chaque jour, des Ougandais, des Kenyans, des Guinéens, des Sénégalais et d’autres personnes au sein de la communauté de l’EAC et de la CEDEAO bougent entre les frontières et rentrent librement à leurs lieux de résidence permanente. En fait, les plus grands pan-africanistes sont les communautés frontalières engagées dans des activités socio-économiques et culturelles quotidiennes à travers les frontières, tels que les Masaai le long de la frontière Kenya-Tanzanie, les Peulh le long de la frontière Sénégal-Mauritanie et les Luo à la frontière Ouganda-Soudan.

    Cependant, une crainte du voisin guide les politiques d’immigration et de citoyenneté sur une plus grande partie de l’Afrique. Les commerçants zimbabwéens qui voyagent à travers la frontière vers le Botswana sont assujettis à des restrictions strictes de visa d’entrée et à des frais élevés même si les deux pays sont des Etats membres de la Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe (SADC). Cette tendance, même si elle n’est pas unique, est particulièrement dérangeante quand on vient du Botswana dont le développement économique doit beaucoup au nombre immense de professionnels africains qui ont vécu et travaillé au Botswana pendant plusieurs années. Beaucoup de gens se voient toujours refuser le droit à la citoyenneté suite à des lois injustes sur la résidence qui garantissent un séjour à court terme avec à peine la chance d’être qualifié pour la résidence légale permanente. De façon semblable, beaucoup d’Africains dont les ancêtres furent pris pour aller être des esclaves en Europe et dans les Amériques ont exprimé leur déception quant à être exclus des nouveaux régimes de double nationalité en vogue en Afrique.

    Alors que les Présidents africains appellent les Africains vivant dans la diaspora à participer au développement national, la motivation est accordée à ceux « qui sont partis librement », contrairement à ceux dont les ancêtres furent vendus pour devenir des esclaves. D’autre part, il y a des sentiments parmi les Africains sur le continent selon lesquels il est possible d’être un « national » sans être un citoyen, et que ce dernier statut devrait être réservé à « ceux qui sont restés derrière » qui sont en train d’œuvrer pour le développement national. Par exemple, Oteng-Attakora, un écrivain ghanéen, soutient que même si les Ghanéens se trouvant dans la diaspora ont des liens familiaux et que leurs propriétés transférables pourraient alléger la peine d’un petit nombre de chanceux, ils ne payent pas les taxes ni ne créent des emplois susceptibles de contribuer à la construction nationale.

    En définitive, les Etats africains devraient suivre l’exemple d’Israël qui encourage et en fait sollicite auprès de toutes les personnes d’héritage juive d’immigrer en Israël et soutient le rassemblement de ses exilés. L’Union Africaine pourrait aussi financer une tournée annuelle de l’Afrique (comme le fait Israël pour sa diaspora juive) en vue de visiter la terre natale. Si on le leur demande, les Africains de la diaspora intéressés vont financer leurs propres voyages en terre natale, comme le prouvent les voyages en cours à la Côte du Cap au Ghana, à l’île Gorée au Sénégal et ailleurs où les gens rentrent et font des tournées.

    Il est certain que la diaspora de l’Afrique a un rôle à jouer, non seulement en faisant du lobbying en faveur des droits politiques mais aussi en contribuant au développement national et à la promotion des affaires africaines. Aussi longtemps que nous en tant qu’Africains nous ne nous aurons pas valorisés les uns les autres et n’aurons pas confiance les uns envers les autres, nous ne pouvons pas demander aux autres pays, en particulier ceux de l’ Europe, de l’Asie et des Amériques, de nous valoriser. VIVA OSAJEFO!

    * Doreen Lwanga est une pan-africaniste et une Erudit de Citizenship and Security in Africa (Citoyenneté et Sécurité en Afrique). Elle peut aussi être atteinte à l’adresse [email][email protected]

    * Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 294 du 7 mars 2007. Voir :

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  • Que signifie liberté dans un contexte africain? Un pays peut-il être libre lorsque 75% de son budget sont fournis par des bailleurs de fonds? Pas nécessairement, mais cela ne veut pas dire que l’indépendance du Ghana en 1957 n’est pas digne d’être célébrée. Toutefois, cela veut bel et bien dire qu’il reste beaucoup à faire.

    Le 6 mars 2007, le Ghana va célébrer son « Jubilé d’Or », fréquemment mentionné sous le titre « le Ghana à 50 ans »- cinquante ans d’indépendance de leurs oppresseurs coloniaux, la Bretagne. Les ancêtres m’ont béni en m’offrant l’opportunité d’être témoin de cet événement grandiose. Même si je suis Africain (ou Noir) Américain, comme beaucoup de noirs de l’Amérique du Nord et des Caraïbes, je considère le continent africain comme mon domicile spirituel. J’ai voyagé dans sept pays de l’Afrique de l’Ouest. Je suis pan-africain en termes de sentiments, et par là je veux dire que je suis défenseur de l’unité fonctionnelle des Noirs / Africains du monde entier dans nos intérêts individuels collectifs.

    Dans mon pays natal, les Etats-Unis, les personnes noires en tant que groupe sont toujours, d’après mon évaluation, des citoyens de second rang. Beaucoup trop d’entre nous continuent d’être victimes de la brutalité de la police, d’un système pénal de /d’(in)justice raciste, d’écoles se trouvant en-dessous de normes requises, de soins de santé et de logement inadéquats. C’est pour cette raison que je ne célèbre pas la Journée de l’indépendance américaine le 4 juillet 1776. Je ne salue pas le drapeau américain ni ne chante l’hymne national américain.

    Je proteste non pas parce que je suis anti-Américain ou non-patriotique mais plutôt parce que je marche sur des principes. Le combattant noir américain pour la liberté Frederick Douglass a demandé il y a plus d’un siècle, « Quelle date est pour vous le quatre juillet pour les esclaves? » Grâce, en premier lieu, aux luttes prodigieuses de nos ancêtres, les Noirs Américains ne sont plus des esclaves. Mais nous sommes toujours sans liberté. C’est à partir d’une position d’une personne non-libre, soi-disant Africain Américain qui a fait des va-et-vient au Ghana depuis 1997 que je donne ma perspective personnelle de la signification des célébrations de la Journée d’Indépendance du Ghana.

    Il y a cinquante ans, Osagyefo Dr Kwame Nkrumah, dans son discours de Déclaration de l’Indépendance, s’est exclamé en disant, « Le Ghana, votre pays bien-aimé, est libre à jamais! ». La liberté », cependant, peut être quelque chose de passager. Le Ghana est-il libre aujourd’hui? Que voulons-nous dire précisément par « liberté au Ghana »? Ce qui est peut-être, je pense , le plus instructif et ironique et à propos des célébrations dites « Le Ghana à 50 ans » est que le gouvernement ghanéen est forcé de compter sur les bailleurs de fonds occidentaux, surtout la Bretagne, qui doivent lui donner le financement.

    Cela amène à se demander dans quel sens exactement le Ghana, et par extension l’Afrique, est libre? Et, dans ce cadre, que peut signifier la liberté pour les Ghanéens lorsque plus de 70 pour cent du budget du gouvernement central sont fournis par les bailleurs de fonds européens/occidentaux? Eh bien en guise d’entrées, et ceci est peut-être l’ironie la plus dérangeante de toutes, certains (mais pas tous) érudits et politiciens ghanéens sont forcés d’accepter sans les critiquer les interprétations britanniques du commerce transatlantique des esclaves, du colonialisme, et de ses conséquences. La véritable indépendance devrait signifier que les Africains ont la liberté d’interpréter leur passé dans une perspective d’Africains plutôt que dans celle des Européens- occidentaux (les blancs).

    Ici au Ghana c’est devenu quelque chose à la mode chez les analystes ghanéens de comparer les progrès du Ghana en tant qu’une nation avec ceux de la Malaisie, qui a également obtenu son indépendance en 1957. Dans chaque cas où la comparaison intervient, le commentateur ghanéen aboutit à la conclusion inévitable selon laquelle, comparativement à la Malaisie, le Ghana se trouve bel et bien en arrière dans chaque domaine si l’on se réfère aux indicateurs principaux du développement humain et économique (mortalité infantile, espérance vie, PIB). J’ai toujours été en quelque sorte sceptique quant à l’utilité de tous ces genres de comparaisons. Après tout, les défis sociaux, politiques, et économiques durant la période post-coloniale du Ghana et de la Malaisie respectivement seraient très différents.

    Si, cependant, on voulait faire des comparaisons, une autre juxtaposition instructive serait avec la première nation sub-saharienne à rompre avec la colonisation: le Soudan. C’est vrai le Soudan. On rapporte fréquemment que le Ghana fut le premier pays sub-saharien qui a gagné l’indépendance, mais le Soudan, ayant gagné son indépendance le 1 janvier 1956, a eu environ 14 mois d’avance sur le Ghana. Je soupçonne que cette légère différence historique pourrait avoir quelque chose à faire avec le fait que le Soudan est dominé par les Afro-Arabes—ou, pour le dire en termes plus crus, qu’étant donné ses liens politiques et culturels avec le monde arabe, certaines gens ont tendance à ne pas compter le Soudan dans le club des nations « noires » africaines.

    Cette perception soulève toutes sortes de questions importantes à propos de la politique de l’identité africaine. Ce qu’il importe de noter à ce titre est que le régime de Khartoum et les rebelles du Sud du Soudan n’ont négocié que pendant les quelques dernières années une résolution(très fragile) mettant fin à ce qui fut l’un des conflits les plus longs et les plus négligés sur le continent africain. Plus récemment, la région de Darfur à l’Ouest du Soudan est le centre d’un désastre humanitaire que certains observateurs internationaux sont en train d’appeler génocide. Par conséquent, les vies des Darfuriens ordinaires sont extrêmement précaires comme ils continuent d’être coincés par les groupes rebelles d’un côté et les milices nomades(soi-disant « Janjaweed »), qui sont dits bénéficier du soutien de Khartoum, de l’autre côté.

    Pour sa part, le Ghana a eu l’expérience de quatre coups d’Etats militaires (dont au moins un a présenté les agences américaine et britannique de renseignements comme conspirateurs), de moments sporadiques de violence sponsorisée par l’Etat, et d’une récession grave au début des années 1980. Mais contrairement au Soudan, les Ghanéens n’ont jamais connu les ravages et la dévastation de la guerre civile. Le Ghana est aujourd’hui, malgré la volatilité historique de son gouvernement central et les profondes divisions politiques entre les deux partis politiques principaux, la Convention Démocratique Nationale (NDC) et le Nouveau Parti Patriotique (NPP), une nation relativement stable. Alors que cela pourrait être prouvé de façon empirique, je suis de l’avis que cette stabilité a quelque chose à faire avec les efforts inlassables de Kwame Nkrumah de propager le nationalisme pan-africain.

    Ce qui est indiscutable, cependant, est que l’indépendance du Ghana fut un exploit de l’élite ghanéenne, des gens comme Kwame Nkrumah et J.B. Danquah, des Afro-occidentaux comme W.E.B. Du Bois et Marcus et Amy Jacques Garvey, et des milliers d’autres noirs radicaux bien connus et moins connus de la diaspora qui ont pris l’identité de la lutte anti-coloniale africaine. Par-dessus tout, l’indépendance du Ghana fut accomplie par des Côtiers de l’Or (Ghanéens) qui ont refusé d’abandonner leur dignité même lorsqu’ils étaient confrontés aux obstacles les plus écrasants. En d’autres termes, l’indépendance du Ghana fut un exploit panafricain de haute signification. Cette histoire, je soupçonne, est bien connue à beaucoup de lecteurs du présent article.

    Ce qui est moins connu est que les courants de l’inspiration révolutionnaire qui a alimenté la lutte contre la subordination raciale n’ont pas coulé dans un seul sens à travers l’Atlantique. Spécifiquement, l’indépendance ghanéenne et la lutte pour l’indépendance africaine en général avait des implications concrètes pour le mouvement de liberté des noirs des Etats-Unis. Tout d’abord et avant tout, l’exemple d’Osagyefo Dr Kwame Nkrumah qui dirigeait une nation africaine et encourageait les noirs de la diaspora de « retourner » sur le continent africain a revitalisé la lutte anti-raciste des noirs Américains.

    Pourquoi, par exemple, est-il que si peu d’entre nous avons appris à l’école quoi que ce soit sur la visite de Martin Luther King au Ghana en 1957 pour les cérémonies de l’indépendance du Ghana? Pourquoi ne nous apprend-on jamais à propos de l’impact énorme que cette expérience a eu sur la pensée de King? Pourquoi savons-nous si peu de choses sur les deux visites de Malcolm X au Ghana? Par-dessus tout, pourquoi ne nous apprend-on jamais que le gouvernement des Etats-Unis voyait la coopération entre Africains Américains et Africains du continent comme une menace contre les « intérêts nationaux » (c-à-d une menace contre les intérêts des élites blanches et leurs collaborateurs qui n’étaient pas de l’élite et/ou non-blancs), et ont pris des mesures concrètes pour anéantir cette menace perçue?

    Je soulève ces questions parce qu’elles sont cruciales si jamais nous devons être réellement libres et indépendants. Bien que nous ayons franchi de grands pas, nous les Africains n’assumons pas encore le contrôle de notre destin. La liberté et l’indépendance doivent être réclamées de manière consistante, on doit se battre pour elles avec ténacité, elles doivent être jalousement gardées, et défendues avec vigueur. Je ne suis pas afro-pessimiste. Il passe rarement un jour ici au Ghana sans que je sois inspiré par la gracieuseté, l’optimisme, la créativité, et la résilience des Ghanéens. En effet, mes expériences m’ont convaincu que, comme John Kufuor l’a affirmé, tout n’est pas que « sombres » en Afrique. Le Ghana et, comme Kwame Nkrumah dirait, les Africains en général, avons beaucoup de raisons de célébrer. Mais il y a toujours un volume considérable de travail à faire. Que sera votre contribution?

    * Le Frère Kwame Zulu Shabazz peut être rejoint à l’adresse: [email][email protected]

    * Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 294 du 7 mars 2007. Voir : [email protected] ou commentez en ligne sur pambazuka.org

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  • Muhammad Yunus est le fondateur de Grameen Bank qui a promu les microcrédits pour des millions, des prêts aux femmes trop pauvres pour remplir les conditions traditionnelles de prêts auprès des banques. Il est le Prix Nobel de la Paix 2006 pour “…des efforts en vue de créer un développement économique et social à partir d’en- bas”. Mais il y a plus de battage que de substance, indique Patrick Bond, derrière la prétention selon laquelle les programmes microcrédit ont été efficaces dans l’allègement de la pauvreté. Il y a un tas de preuves pour défier les allégations des prétendus bénéfices des programmes microcrédit.

    Quelle sorte d’idéologue dogmatique à libre marché utiliserait-il la volonté des gens pauvres (souvent socialement organisés) pour le crédit afin de justifier l’affaiblissement des politiques de bien-être déjà en difficulté des Etats misérables du Tiers-Monde?

    Considérons cette revendication outrée: ‘Je crois que le « gouvernement, » tel que nous le connaissons aujourd’hui, devrait se retirer de la plupart des choses à l’exception de l’application de la loi et la justice, la défense nationale et la politique étrangère, et laisser le secteur privé, un “ secteur privé grameenisé”, un secteur privé dirigé par la conscience sociale, prendre en charge les autres rôles.’

    Grameen est la « banque des sans –souliers » du Bangladesh qui est spécialisée dans l’octroi de prêts aux femmes à faibles revenus. Et l’économiste formé par Vanderbilt University qui a fait cette déclaration, Muhammad Yunus (dans son autobiographie intitulée « Banker to the Poor), a juste gagné le Prix Nobel de la Paix.

    Yunus a immédiatement annoncé à une conférence de presse de Dhaka: ‘Maintenant la guerre contre la pauvreté sera davantage intensifiée à travers le monde. Elle consolidera la lutte contre la pauvreté à travers les microcrédits dans la plupart des pays.’

    Pourtant cette tentative apparemment bénigne, qui date de trois décennies, d’encourager l’entreprenariat parmi les femmes frappées par la pauvreté, a attiré des critiques intenses tant à la base que chez les professionnels.

    Sans surprise, la presse des entreprises aime Yunus, à peu près autant que l’aiment Bill et Hillary Clinton. Le journal « The Financial Times » a fait le présent argument, qui n’est appuyé par aucune recherche évidente: ‘La microfinance a joué un rôle central dans le succès du Bangladesh à réduire la pauvreté de presque 10 pour cent pendant les cinq dernières années, à 40%, un taux qui place le Bangladesh en ordre pour réaliser les Objectifs de Développement du Millénaire consistant à réduire de moitié la pauvreté d’ici l’an 2015.’ Bien plus, ‘Le modèle d’affaires de Grameen est impoliment malade.’

    Le journal « The Wall Street Journal » a placé le portrait de Yunus sur sa première page il y a cinq ans: ‘Pour beaucoup, Grameen prouve que le capitalisme peut marcher tant pour le pauvre que pour le riche,’ ayant « aidé à inspirer des gens estimés à 7.000 appelés microlenders avec 25 millions de clients pauvres dans le monde entier.’

    Pourtant en voyant de plus près, les reporters du journal – dont feu Daniel Pearl (qui fut follement décapité par des extrémistes Musulmans) – ont concédé la prévalence de la comptabilité du style Enron. Un cinquième des prêts de la banque en fin 2001 avaient dépassé leur échéance de plus d’une année: ‘Grameen serait en train d’accuser des pertes aiguës si la banque suivait les pratiques de comptabilité recommandées par les institutions qui aident à financer les microlenders à travers des prêts à faible intérêt et les investissements privés.’

    Une astuce typique de Grameen est de reprogrammer les prêts à court terme qui sont non-remboursés pour plus de deux ans, au lieu de les effacer, laissant les débiteurs accumuler les intérêts à travers de nouveaux prêts tout simplement pour faire rêver qu’un jour on va rembourser les anciens prêts.

    Même les techniques de pression extrêmes – tel qu’enlever les tôles des toits des maisons des femmes délinquantes, selon le reportage du Journal – n’ont pas amélioré les taux de remboursement dans la plupart des zones les plus cruciales, où Grameen avait auparavant gagné sa réputation mondiale parmi les néoliberaux qui considèrent le crédit et l’ entreprenariat comme les prérequis du développement.

    A ce niveau, même l’industrie de la microfinance « qui est pleine de gens peu crédibles » s’est sentie trahie: ‘Grameen Bank avait été inactive, et plus probablement au pire, menteuse dans ses rapports sur sa performance financière’, a écrit le leader des promoteurs de la microfinance J. D. Von Pischke de la Banque Mondiale en réaction aux révélations de WSJ. ‘La plupart d’entre nous dans le commerce avions probablement soupçonné depuis longtemps que quelque chose était louche.’

    Ross Croulet de la Banque Africaine de Développement en convient: ‘Moi – même j’ai soupçonné pendant longtemps la véritable situation de Grameen si souvent déguisée par le statut de star du Dr. Yunus sur le plan mondial.’

    Plusieurs années auparavant, Yunus ne recevait pas le gros de son soutien international de la part des bailleurs de fonds, qu’on dit être de 5 million de dollars par an, qui avait jusque-là réduit le taux d’intérêt dont il avait besoin pour taxer les débiteurs et pourtant avoir un profit. Grameen était devenu ‘durable,’ auto-financé, avec des coûts entièrement supportés par les débiteurs.

    Il s’était aussi battu contre les attitudes patriarcales et religieuses rétrogrades au Bangladesh, et son grand travail élargissait le crédit à des millions de gens. Le secret était que les femmes pauvres sont typiquement organisées dans des groupes de cinq: deux recevaient la première tranche du crédit, laissant les trois autres servir de « chasseurs » devant harceler pour le remboursement, afin qu’à leur tour elles puissent recevoir les prêts suivants.

    Mais au moment de nouveaux concurrents, les mauvaises conditions climatiques (spécialement les inondations de 1998) et la réaction brutale des débiteurs qui ont recouru à la puissance collective de non - paiement, Grameen a imposé des augmentations dramatiques au niveau des prix de remboursement de crédits. Et c’est ici que la principale position philosophique de Grameen Bank – ‘Nous considérons le crédit comme un droit humain’ – était réduit simplement à un argument pour l’accès, et non la capacité de l’aborder.

    A cet égard, Yunus est entièrement différent de tous les mouvements sociaux basés sur les droits humains qui ont réclamé ‘les droits’ dans le sens d’accès libre aux soins de santé, à l’éducation, au logement, à la terre, à l’eau, à l’électricité et à d’autres choses du genre.

    ‘Les microcrédits sont un cas presque parfait d’un phénomène qui en est arrivé à être en grande partie caractéristique de l’assistance au développement – un écart qui s’élargit entre la réalité et la propagande,’ soutient le consultant de la microfinance Thomas Dichter qui travaille à la publication de SA Institute for International Affairs, ‘Hype and Hope: The Worrisome State of the Microcredit Movement’ (Battage et Espoir : La Situation Terrifiante du Mouvement des Microcredits): ‘Le gros de l’Afrique offre un cadre stérile pour emprunter uniquement vu que les seuls clients disponibles aux pauvres sont les autres personnes très pauvres. Dans de tels contextes économiques stériles, les gens de la base sont par définition ceux qui ont le plus besoin de crédit, mais qui peuvent en faire le moins possible.’

    Dichter continue, ‘En partie à cause de ce qui a été judicieusement appelé « évangile de la microfinance », la perspective de véritables intérêts des microcrédits mis à la disposition des entreprises solides est devenue moins probable. Ceci c’est parce que ceux qui peuvent réellement modifier les choses par un petit prêt ne sont pas les plus pauvres parmi les démunis… Une imitation supplémentaire est que beaucoup de clients de microcrédits sont réduits au comportement de “copieurs”, tout le monde vendant la même chose, et de plus en plus de vendeurs saturant le marché au fur et mesure que les microcrédits deviennent disponibles. Dans ce sens, l’expansion des microcrédits peut en réalité faire baisser les revenus.’

    Qu’en est-il de l’impact de Yunus dans son milieu natal? Au Bangladesh, selon Dichter, ‘Les microcrédits sont tellement une intervention si commune en développement que beaucoup de gens empruntent d’un projet pour rembourser dans un autre. Dans ce cadre, même si une femme qui a pris le crédit augmente ses quantités vendues de 100% disons de 10 régimes de bananes à 20, elle reste limitée par son incapacité d’augmenter la valeur à ce qu’elle vend, limitée par ses propres aptitudes qui sont basses, et la structure de copieur qui a presque toujours prévalu à l’autre bout du secteur informel.’

    Même si critiquer Grameen ‘est toujours une opinion de la minorité’ et que Yunus a accompli des ‘miracles’ en faisant rouler le crédit vers les masses, selon Munir Quddus, qui est président du Département d’Economie et de Finances à l’université de Southern Indiana, la publicité nécessite plus d’enquêtes que le comité qui lui a donné le Prix Nobel ne semble avoir faites: ‘La nature – même de créer des groupes laisse dehors les gens réellement pauvres qui seraient perçues par leurs camarades membres comme n’ayant pas l’habileté de générer le revenu et ainsi à haut risque.’

    Quddus poursuit: ‘D’autres ont souligné que les micro-crédits approfondissent tout simplement l’exploitation des femmes puisque les taux d’intérêt que taxe la banque en réalité [après l’inflation] sont assez élevés; par conséquent, le crédit empire souvent la situation de dette et donne même aux maris plus d’influence.’

    Gagner de l’influence auprès de femmes – au lieu de leur donner une libération économique – est une accusation familière. En 1995, le magazine New Internationalist a enquêté sur Yunus concernant les 16 ‘résolutions’ qu’il exigeait à ses débiteurs d’accepter, y compris ‘des familles plus petites’.

    Quand New Internationalist a suggéré cette emprise sur le « contrôle de la population’, Yunus a répliqué, ‘Non, il est très aisé de convaincre les gens d’avoir moins d’enfants. Maintenant que les femmes gagnent aussi de l’argent, avoir plus d’enfants signifie qu’on perd de l’argent.’

    Dans l’esprit de rendre commode tout, Yunus a créé des liens avec Monsanto pour promouvoir la biotechnologie et les produits agrochimiques en 1998, ce qui, rapporte le New Internationalist, ‘fut annulé suite à la pression du public.’

    Comme l’a reporté Sarah Blackstock dans le même magazine l’année suivante: ‘Loin de leurs foyers, des maris et des ONG qui leur accordent des crédits, les femmes se sentent à l’aise pour dire ce qu’on ne peut pas mentionner au Bangladesh – les microcrédits ne sont pas tout ce qu’on fait croire qu’ils sont… Ce qui a réellement vendu les microcrédits ce sont les aptitudes d’éloquence de Yunus qui sait cajoler.’

    Mais cette aptitude, explique Blackstock, permet à Yunus et à ses plus grands imitateurs d’ « attribuer la pauvreté au manque d’inspiration et de la dépolitiser en refusant de voir ses causes. Les propagandistes du microcrédit sont toujours les premiers à défendre que les personnes pauvres ont besoin d’être capable de s’aider elles-mêmes. Le genre de microcrédít qu’ils promeuvent ne consiste pas réellement à gagner le contrôle, mais à assurer les bénéficiaires-clés du capitalisme mondial qu’ils ne sont pas forcés de prendre une quelconque responsabilité pour ce qui est de la pauvreté.’

    Même si je n’ai jamais été au Bangladesh et que je n’ai discuté de ces problèmes avec Yunus qu’une seule fois (il y a plus d’une décennie quand j’ai visité Johannesburg), le système astucieux de la microfinance a certainement causé des dégâts en Afrique australe.

    Par exemple, en 1998, quand la crise des marchés en émergence a augmenté les taux d’intérêt à travers le Tiers - Monde, une augmentation de 7% imposée pendant deux semaines alors que la monnaie locale perdait sensiblement la valeur a conduit à la faillite beaucoup de Sud - Africains qui avaient des prêts ainsi que leurs créanciers.

    La personnalité la plus visible sur le plan local et qui défend les microcrédits est la Première Dame Zanele Mbeki. Mais son projet Womens Development Banking (projet de banque de développement des Femmes) a non seulement financé les femmes rurales, selon la compagnie pétrolière BP, un supporter. Il a aussi fait des ‘investissements dans le domaine des affaires de haute croissance’ telles que Ceasars Gauteng et ‘Siza Water Company, la première compagnie d’eau à être privatisée’ au KwaZulu-Natal – les deux étant, on peut en discuter, des contre-exemples d’éradication de la pauvreté.

    Au Zimbabwe, voisin immédiat, un torrent de 66 millions de dollars EU de financement de la Banque Mondiale dans les années 1980 (au lieu des réformes foncières) a revigoré un secteur de microcrédit rural initié sous le régime raciste de la Rhodésie à la fin des années 1940. Le programme de la Banque a finalement atteint 94.000 foyers. Mais sur l’étendue d’une décennie, le résultat fut le taux de défaillance ou d’insolvabilité de 80% chez les paysans dans les « zones communales » (l’équivalent des Bantustans dans le contexte de l’apartheid) .

    La capacité de remboursement était un facteur majeur, puisque les frais généraux du bénéficiaire de crédit typique et les dépenses liées à la collecte représentaient de 15 à 22 % du montant pour un petit prêt, y compris l’inclusion d’un taux de défaillance de 4 %. Au Zimbabwe, le remboursement de prêt même juste de quelques centaines de dollars EU représentait des fardeaux énormes lorsque, selon l’une des enquêtes du Ministère de l’agriculture en 1989, le profit net des cultures par heure de travail était juste de 0,15 dollar.

    L’étude détaillée de Michael Drinkwater du Centre du Zimbabwe a montré que l’amélioration de l’accès des fermiers au crédit a placé beaucoup d’entre eux dans de sérieuses difficultés » rendues complexes par « un lancement trop zélé d’un programme de crédits pour groupes » et la viabilité douteuse des offres d’engrais à coûts élevé » qui ne sont pas appropriés pour un climat irrégulier. L’accroissement de l’utilisation du crédit signifie que les fermiers ont davantage à vendre pour rester solvables…Au niveau du ménage, ce sont communément des dettes et non des profits qui sont en hausse. »

    Pour affronter la crise, la Banque Mondiale a, en 1991, promu même davantage, mais sans y parvenir, le crédit de groupes de type Grameen, bien qu’avec l’avertissement comme quoi l’expérience du Zimbabwe jusqu’à date pour ce qui est de l’octroi de crédit aux groupes n’a pas été favorable. L’organisation des groupes est initialement chère et prend beaucoup de temps, et « des problèmes majeurs sont devenus apparents. »

    Pas loin de là au Lesotho, l’anthropologue James Ferguson a étudié un rapport de la Banque Mondiale en 1975, rapport qui guidait la stratégie de développement du pays. » Dans un Pays Moins Développé ,» où l’économie monétaire est sur une base aussi précaire, il doit y avoir [selon la Banque] « un manque manifeste de crédit pour l’achat des intrants agricoles, » et il est évident que « le crédit va jouer un rôle critique dans tous les projets agricoles majeurs dans l’avenir. »

    Comme l’a réfuté Ferguson, « il n’y est jamais expliqué exactement pourquoi la nécessité de crédit est aussi critique. Il est vrai que la plupart de Basotho investissent très peu dans l’agriculture probablement du fait de leur appréciation intelligente du faible potentiel et des hauts risques de l’agriculture intensive capitale au Lesotho, mais d’habitude ceci n’est pas une question d’incapacité d’obtenir les fonds pour faire un tel investissement. La plupart de familles ont accès aux gains de salaires ou à des paiements, et cet argent vient le plus communément en grands montants qui pourraient facilement être utilisés pour les intrants agricoles, mais pour la plupart du temps ils ne le sont pas. Pourtant dans l’image du « développement », la nécessité de crédit est presque un axiome. »

    Le technicien ougandais de l’économie politique, Dani Nabudere a également discrédité « l’argument qui soutient que les gens pauvres du monde rural ont besoin de crédit qui leur permette d’améliorer leur productivité et modernise la production .» Pour Nabudere, ceci « doit être rejeté pour ce que c’est – un grand mensonge. »

    Même au sein de la Banque Mondiale, ces leçons avaient été évidentes à cette époque. Sababathy Thillairajah a revu les programmes de crédit de la Banque pour le paysan africain en 1993 et conseillé à ses collègues : « Laissez les gens (Fichez - leur la paix !). Quand quelqu’un vient et vous demande de l’argent, la meilleure faveur que vous puissiez lui donner est de dire « non »… Nous apprenons tous à la Banque, Avant nous pensions qu’en apportant de l’argent, l’infrastructure et les institutions financières seraient construites – ce qui n’est pas fait rapidement. »

    Mais pas longtemps après, Yunus s’introduisit pour aider la Banque Mondiale par un soutien idéologique, comme cela revigorait la microfinance grâce à 200 millions de dollars en tant que ligne globale de crédit orienté vers les femmes pauvres en août 1995, juste avant la conférence de Beijing sur le genre.

    Le groupe Attac du mouvement de justice mondiale possède à Oslo une branche excellente qui, la semaine dernière, a publié un nouveau livre, « Economic Apartheid (L’Apartheid Economique). Ses membres m’ont relevé que Yunus était fortement soutenu par ses amis de la classe dirigeante norvégienne, y compris un ancien bureaucrate du ministère des finances et des autorités officielles de Telenor, la compagnie téléphonique du Norvège. Telenor possède 62 % de Grameenphone, qui contrôle 60 % du marché de cellulaires au Bangladesh.

    Au moment où le gouvernement du centre –gauche du Norvège a un haut profil pour
    avoir en partie annulé la dette illégitime du Tiers – Monde et menacé de décaisser la Banque Mondiale, les deux actions étant applaudies par les activistes locaux, les gens qui prennent ces décisions étaient conscients de ce qu’il est important que le Norvège projette la possibilité du capitalisme à face humaine.

    La question est de savoir s’ils ont examiné assez rigoureusement les conflits générés par les crédits, niant ainsi la signification du Prix Nobel de la Paix – et ce pour la première fois.

    * Patrick Bond est directeur du Centre pour la Société Civile à l’Université du KwaZulu-Natal. Son livre le plus récent est Looting Africa: The Economics of Exploitation (Piller l’Afrique: L’Economie de l’Exploitation), disponible auprès de Zed Books et UKZN Press.).
    Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° : 275.
    Voir :

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  • Dans un discours récemment prononcé lors du 50ème Anniversaire de la Première Conférence Internationale des Ecrivains & Artistes Noirs à Paris, Wole Soyinka a lancé une mise en garde contre la négligence de ceux qui demeurent silencieux envers les crimes contre l’humanité à Darfour: «Comme les armées de l’Etat soudanais s’amassent pour le dernier massacre de son plan d’extermination raciale déterminé depuis longtemps, cet avenir va vous stigmatiser tout un chacun, vous appellera collaborateurs et complices si vous abandonnez les gens de Darfour à ce sort terrible, un sort qui, de manière aveuglante, traîne son nom au travers des sables et montagnes suppliantes de Darfour- Génocide ! »

    N’est-ce pas ici, sur ce même sol français, dans cette nation fière de sa culture qui parfois apparaît comme renfermer la notion - même de civilisation avec tout ce qui est uniquement français, qu’un combattant culturel a une fois mené sa lutte il y a quelques années ? Sa mission était d’arrêter la marée d’un néo-barbarisme qui, pour les Français, est synonyme de tout ce qui est américain. Perdue sur ce protecteur de pureté culturelle française se trouvait une pensée qui doit avoir chatouillé la mémoire collective des anciennes colonies françaises : la macdonalisation ou la disneyisation du paysage urbain français était une justice poétique dans un jeu inverse de l’histoire. Les Macdonalds étaient arrivés d’une ancienne colonie d’une autre puissance européenne pour défier l’hermétisme culturel d’un ancien colonisateur.

    Les circonstances, et l’action directe de la réponse de bulldozer différaient en quelque sorte de la stratégie qu’avaient adoptée le poète et homme d’Etat Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon Damas, Diop, René Depestre et d’autres militants culturels-en vue d’adopter la propre expression de Senghor - dans leur propre temps.

    Ils protestaient également – étant juste sur le terrain - même de leurs colonisateurs, et en tant que protagonistes d’une civilisation se trouvant à distance – contre l’ascendance des autres en ce qui concerne leurs propres cultures et civilisations. Leur préoccupation était, bien entendu, une protestation à grande échelle, initiée au sein du camp ennemi, contre le dialogue inégal entre la France et ses possessions, un dialogue qui avait tourné l’esprit africain en un pur et simple réceptacle culturel de la France, le collant à l’identité et aux valeurs européennes. Ainsi, la Négritude - pour lui donner son nom - fut contrainte de commencer par une stratégie apparemment séparatiste, celle qui a repris une matrice culturelle africaine en contradistinction avec celle de l’Europe.

    L’implication de ceci, sur le plan superficiel, était que les tenants de la Négritude ont commencé avec une proposition de deux cultures distinctes, parallèles, deux monologues - l’une, celle de l’Europe, l’autre, noire africaine. C’était, en langage cru, une stratégie de battre le feu par le feu. Ceux ou celles qui se rappellent de la phase du nationalisme noir aux Etats-Unis et en Afrique du Sud sous l’Apartheid - Back to Africa (Retour en Afrique), Black is Beautiful (Le Noir est Joli), Black Consciousness (Prise de Conscience Noire) etc. - pourront facilement reconnaître en la Négritude l’héritier et le précurseur d’une tradition qui est née du déplacement, de la domination et de la dépossession. Sa stratégie a provoqué des accusations de contre racisme en provenance de la pensée des blancs - formulées peut-être bénignement par Jean-Paul Sartre comme –racisme anti-raciste.

    Tout le discours racial existant - toutes les propositions et projets contemporains de séparatisme culturel étaient également bénins, et même, dans le cas présent, propices à l’harmonisation de la race humaine. Car même cette assurance séparatiste était finalement guidée vers le prédicat de convergence avec les autres. Cette vision optimiste, l’insémination mutuelle des cultures, sous l’historicisme inlassable de Léopold Sédar Senghor, s’est élargie pour embrasser le monde arabe et ses réalités, ce à quoi il a donné le nom –Arabite. Ce fut l’annonciation culminante de ce qui résulterait inexorablement - dans la formulation de Senghor- en tant que l’Equilibre de l’Humanisme du Vingtième Siècle, la civilisation l’universel.

    Ce serait plus que suffisant, à mon avis, si notre rassemblement aujourd’hui ne réalisait rien de plus qu’une mention de cet optimisme, une réunion d’esprits, une célébration d’identité et d’origine, et une ouverture de la mémoire collective pour interrogation, pour déterminer ce dont on doit se débarrasser, et ce qui doit être renforcé en tant qu’une contribution raciale à la recherche de l’universel. Cela resterait toujours profondément suffisant si nous n’avions que seulement répondu à l’impulsion humaine vers la célébration, en nous taillant une brève pause pour nous-mêmes, des exigences cinglantes d’un monde de plus en plus instable, ses côtés négatifs, ses saisons de crainte et de menace, simplement pour se prélasser, pendant deux ou trois jours dans la bravoure d’une initiative de 50 ans qui cherchait à ôter de ses limites racistes un monde fermé, impérial et agressif.

    Ce serait suffisant de célébrer ce moment, il y a cinquante ans, quand les citoyens du continent de dédain, et leurs frères et sœurs de la Diaspora ont rejoint les esprits pour démolir les doctrines sur lesquelles la mission de colonialisme fut soulevée, et défier les écritures - tant religieuses que philosophiques - dont l’autorité de commerce inhumain en chaire noire - arabe et européenne - avait été justifiée. La célébration pourrait choisir de se limiter à l’euphorie de cet événement, mais celle qui pourrait aussi être suivie de sobriété du « matin suivant » lorsque la réflexion prend le dessus, et les convocations expressives ou implicites de l’occasion commencent à resurgir, enjoignant une replanification de l’avenir, un repositionnement d’attitudes, un remplacement de la complaisance par le réengagement, troublant sa paix d’esprit par les convocations d’un impératif familier: une tâche qui demeure non - finie, même après cinquante ans.

    La perspective - même d’une telle réunion, même avant l’événement, pourrait cependant avoir provoqué un état d’alerte aux réalités courantes, thématiquement contingentes, réalités qui exposent les provocations - même qui n’ont, en aucun cas, créé la nécessité de ce rassemblement initial, sur et au-delà de la simple volonté d’une rencontre d’esprits. Les réalités qui rendent le bulldozer presque un acte bienveillant, puisque cet agent d’éradication culturelle a depuis cédé le passage aux camions blindés, à la lance-flammes, à l’avion mitrailleur et à la bombe de fragmentation.

    Les réalités où- pour ramener tout au présent- un Etat supposé être moderne, avec son armement massif de coercition, a remplacé le franc-tireur local, agit en toute confiance du contrôle de ses propres frontières, et dans un projet d’altération de la démographie d’un espace humanisé, son histoire, le caractère unique de sa culture-en peu de mots, un projet d’éradication de son humanité prospère.

    Même pendant que nous parlons, même au moment où le monde est distrait par d’autres zones du globe où la situation est chaude, un tel projet est en train de se dérouler sur le continent noir, avec la complicité passive de ce continent.

    Ceux qui ont eu le privilège douteux de lire les manifestes de la pointe d’une politique étatique de nettoyage ethnique, les Janjaweed soudanais, un programme prononcé, sans ambiguïté, comme l’arabisation de la nation soudanaise -vont sûrement se tordre devant le langage nu de l’incitation raciale, ses prétentions de supériorité raciale, complétées par le langage de la haine et du dédain pour l’autochtone africain. Ce n’est pas précisément ce que Senghor avait à l’esprit quand il a embarqué sur sa fraternelle annonciation de l’arabite et sa proposition d’une collaboration nord-sud, négro-arabe entre cultures. Je ne parle même pas d’arabisme….je parle d’arabite, de cet arabite qui est le foyer irradiant des vertus de l’éternal Bedouin.

    Comment Senghor, idéaliste humaniste, frissonnerait aujourd’hui devant la perversion de cette vision sur la lecture des tracts contemporains dans lesquels un Etat s’engage -à travers ses substituts- pour l’éradication de partenaires dans cette aventure optimiste, cautionne activement l’élimination de ces partenaires culturels qui, pour en rajouter à la sombre ironie, étaient des autochtones de cette terre longtemps avant l’arrivée des apôtres actuels de la suprématie raciale, une erreur pernicieuse que l’on espérait avoir été rejetée par les criminalités raciales monumentales du passé - l’esclavage arabo-européenne et le commerce de la commodité des peuples africains, par la culture de Jim Crow de la gouvernance par les foules à lyncher et des lois de la ségrégation dans le « nouveau monde brave » de la Grande Amérique, par les leçons de l’Holocauste, les atrocités de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid, et même, si récemment, les horreurs du Rwanda.

    C’est clairement l’ambition du gouvernement soudanais de battre les records de manque d’honneur, et le monde semble accepter qu’il mérite le succès, qu’il est bon et juste qu’une nation africaine joigne son nom au long catalogue d’infamie raciste. Réjouissez-vous de la sévérité et de la concision des directives contenues dans les documents authentifiés pris du quartier général d’un certain Sheik Musa Hilal, dirigeant reconnu des Janjaweed: changer la démographie de Darfour. Vider cette région de toutes les tribus africaines.

    La nation qu’est le Soudan appartient à deux familles de la communauté mondiale-les Arabes et les Africains. Ces dernières sont structurées, et sont mondialement reconnues, en tant que la Ligue Arabe, et l’Union Africaine. Il est déprimant d’observer l’indifférence étudiée de l’une-la famille arabe - face à la criminalité de l’un de ses membres, une nation historiquement placée comme, suivant l’architecture culturelle de Senghor, le monde de l’Afrique du Nord Arabe représente le pont entre l’Afrique et l’Europe. La famille africaine, pour sa part, manifeste une impotence qui pousse à la honte et qui permet une nouvelle promulgation d’une histoire qui a forgé les chaînes coloniales.

    Mais il y a aussi une troisième, une famille qui est à cheval sur les deux et qui est commune aux deux côtés – les Nations unies. Lorsqu’une branche déviante de cette famille de nations ignore le reste, et en effet choisit d’abandonner les normes les plus élémentaires de la décence humaine, est-il réellement justifié d’évoquer l’excuse comme quoi il y a un protocole qui exige la permission de cette entité arrogante même, celle qui, sans aucune ambiguïté, fait face à un acte d’accusation au tribunal de censure universelle, avant qu’elle n’aille secourir ses victimes abusées, violées, et traitées de façon inhumaine?

    L’on trouve bizarre que cet alibi pour le manque d’action n’ait pas été invoqué devant l’intervention rigoureuse dans l’ancienne Yougoslavie, une intervention qui a non seulement délogé un régime aberrant, mais aussi supervisé le retour et la réhabilitation des populations dispersées de personnes d’ethnie albanaise et de Croates Musulmans. Si la vitesse d’éclair avec laquelle l’ONU a répondu à la dernière guerre au Moyen-Orient et à ses conséquences est expliquée par la volonté des belligérants d’accepter, au fait de demander la présence d’agents pour faire respecter la loi de la part des Nations Unies, nous demeurons toujours sans explication pour l’exemple de l’intervention au Centre de l’Europe dans le cas de la résistance vigoureuse des régimes meurtriers.

    Dans quelle catégorie exactement cela laisse-t-il la situation africaine? Egaux devant les structures concernant les droits et les responsabilités au niveau de la famille, ou encore une fois, cinquante ans après la première attaque organisée contre un ordre racial, ou des orphelins marginalisés de l’histoire?

    Au moment où nous parlons, l’Union Africaine se prépare à abandonner les peuples de Darfour, les laissant à la merci des adeptes de la doctrine raciale qui tuent, qui violent et qui brûlent, en retirant même ses forces de protection dont l’inefficacité est pathétique et qui, tout au moins, assurait une présence morale et un minimum de retenue. Nous parlons d’une nation où le viol en masse est donné comme un compliment à la vision de métissage culturel de Senghor. Ceci est le profil établi d’un régime qui a donné à ses pairs leurs ordres de marche, qui leur a lu la loi sur les grèves et prononcé son ultimatum, et la famille africaine a choisi d’obéir, de battre en retraite, la tête entre les jambes. La Famille Arabe, celle à laquelle appartient la première autorité morale peu importe le lieu de son membre sur le continent noir, a vigoureusement refusé d’appeler le Soudan à l’ordre, au fait elle a placé des obstacles sur la voie plutôt que des sanctions. Mais par quel droit cette personne qui parle impose-t-elle cette responsabilité morale au monde arabe?

    Aucune du tout, sauf avec l’autorité des protagonistes de culture arabe eux-mêmes, concernant leurs propres prétentions historiques, tels que l’Arabiste auto-proclamé, le premier ministre soudanais, Ismail Al- Azhari, qui, en 1965, a fait la déclaration suivante:

    ‘Nous sommes fiers de notre origine arabe, de notre arabisme et d’être Musulmans. Les Arabes sont venus sur ce continent, en tant que pionniers, pour propager une culture authentique et promouvoir des principes qui conviennent qui ont apporté la lumière et la civilisation à travers l’Afrique au moment où l’Europe était plongée dans une abîme d’obscurité, d’ignorance, et de mouvement rétrograde en termes de doctrines et d’éducation. Ce sont nos ancêtres qui ont porté plus haut le flambeau et conduit la caravane de libération et de progrès; et ce sont eux qui ont fourni les meilleurs ingrédients aux cultures grecque, perse et indienne, en leur donnant la chance de réagir avec tout ce qui était noble au sein de la culture arabe, et de les remettre au reste du monde en tant que guides à ceux qui souhaitaient les frontières de l’apprentissage”

    Cette belle déclaration,– ne vous souciez pas de ses accents hyperboliques – mais certainement une déclaration que Léopold Sédar Senghor aurait endossée comme l’hymne spirituel de l’Arabite, fut faite juste moins d’une décennie après la première rencontre des écrivains et artistes noirs du monde, forcée également par le besoin de situer adéquatement leur race et leur héritage dans un monde raciste. Les affirmations de la civilisation noire n’étaient pas moins résonantes lors de cette conférence, pas moins fières, la mission de retour à la race pas moins passionnée. Et la question que nous devons poser au gouvernement soudanais est tout simplement celle-ci: comment l’actuel manifeste des Janjaweed, les champions de l’Arabisme, ses projets d’extermination culturelle, correspond-il au manifeste d’illumination d’Al-Azhari – parmi tant d’autres ?

    Examinez les contenus des affirmations reprises par les missions des Nations Unies sur la détermination des faits, examinez même les dossiers qui ont eu pour suite des actes d’accusation scellés contre des individus nommés tant au sein du gouvernement qu’au sein de l’ordre autonome des Janjaweed, les frères d’âmes des Milesovics, des Radovan Karavics, des Radkos de l’Est de l’Europe, et dites-nous si l’emblème d’illumination d’Al-Azhari n’a pas été terni par ses apôtres hitlériens.

    Et la famille africaine? Je me réfère à la famille de l’idéalisme humaniste sur lequel les poètes et philosophes ont chanté ou prêché – Aime Césaire, Léon Damas, Marcelino dos Santos John Mbiti, Ogotimeli, Tierno Bokar et tous les autres. N’ont-ils pas enseigné que l’humanisme africain n’implique pas une préoccupation, et une responsabilité envers “mon voisin”? Et cette responsabilité se termine-t-elle par la puissance de l’éloquence et la commodité du compromis? Cette famille africaine, qui désire l’honneur culturel de la part de toutes les races du monde, fera l’objet de notre rencontre ici, donc pour l’instant, nous laisserons cette question en suspens: Cette famille a-t-elle fait une quelconque tentative de dénoncer ouvertement ou de rejeter ce membre rebelle?

    Ce qui se passe dans des caucus privés à huis clos du soi-disant “mécanisme africain de revue par les pairs”du NEPAD et d’autres structures de restreinte tant vantées, est le confort froid de ceux qui sont violés chaque jour, qui luttent contre le vent chaud et granuleux à cause des haillons couvrant leurs derrières, le soleil impitoyable pour l’humidité, les chameaux pour les touffes sèches d’herbes, qui ont échappé à la colère des arsonistes Janjaweed. Et pendant qu’ils abandonnent leurs camps, purement et simplement par résignation, à la recherche de plus de nourriture, ne voient-ils pas les maraudeurs Janjaweed se jeter sur eux, les abattre, les violer, les laissant mutilés et dépouillés des derniers lambeaux de leur dignité innée?

    Pour la famille de tous, les Nations Unies, qui, à plusieurs reprises ont été forcées d’avouer, ‘Plus Jamais’, elle continue de tenir des rencontres impotentes et de mener des débats stériles. Des actes d’accusation scellés contre les violateurs identifiés de l’humanité sont admirables, mais ils ne peuvent pas remplacer la rigueur et l’honneur de la prévention.

    Il n’y a pas un seul membre de la famille onusienne qui ait exprimé son mécontentement en renvoyant les diplomates soudanais hors de ses frontières. Il n’y a pas un seul qui ait demandé que des sanctions soient universellement appliquées à la fosse d’aisance de l’impunité pénale. Pour des décennies, la Libye fut déclarée « l’intouchable » de la communauté internationale pour suspicion et / ou preuve de complicité dans des actes de terrorisme, et de cacher des terroristes au sein de ses frontières – elle a été ostracisée. D

    e quelle dimension supplémentaire de terrorisme d’Etat le monde a-t-il besoin pour agir lorsqu’un gouvernement lâche ses substituts, armés jusqu’aux dents, soutenus, approvisionnés, et logistiquement rendus capables par ses propres forces et ses services de renseignement, autorisés par des mandats bien documentés de nettoyage ethnique, ses actes vus par des témoins, enregistrés et repris dans les rapports des agences - même des Nations –Unies, ses résultats ont présenté le paysage soudanais comme ayant des terrains formant des cimetières communs, des ruines de villages brûlés, des puits empoisonnés, des bétails massacrés, au milieu d’une armée gonflée de survivants mutilés, de victimes de viols en masse, de camps de réfugiés débordants et frappés par des maladies.

    Les mots sont comme notre stock à vendre, et les écrivains ne tardent pas à le constater lorsqu’un mot crie haut à travers son absence et le fait de l’éviter. Maintenant quel est ce mot que les Nations Unies, encore une fois, a scrupuleusement emballé, en l’évitant stratégiquement, un responsable moral qui a conduit, l’on se rappelle très récemment, au - Rwanda? Les protocoles sont clairs. La reconnaissance d’une certaine dimension de criminalité contre un peuple, sa culture, contre l’existence - même du peuple de Darfour, force les Nations Unies d’agir. Mais non, Darfour n’est pas au coeur de l’Europe.

    Ce n’est pas le coeur du Liban ou les frontières d’Israël. Il est situé dans la terre du dédain, reconnu uniquement comme le domicile de l’envie et, par occasion,– des ressources matérielles très recherchées. Donc, qu’est-ce au juste ce mot qui accuse, condamne, et ne sera pas réduit au silence? Quel est ce mot pour lequel tant de substituts sont amassés, bien que dérobé de l’impératif inexorable, dans les corridors et les chambres des Nations Unies?

    En tant qu’écrivains, nous ne pouvons pas cesser de reconnaître et d’embrasser notre mission de témoigner et de tendre des pièges aux esprits évasifs. Ceux qui sont vivants aujourd’hui pour être témoins de cette perfidie renouvelée, et leurs successeurs vivants ou non - encore nés pour ce qui est de la mission d’avertir et de témoigner, ne vont pas oublier. Permettez que les mots, tout au moins, soient mobilisés vers l’accomplissement des responsabilités de ceux qui sont chargés de la protection des faibles et des sans défense, ceux qui sont temporellement désavantagés, permettez qu’ils persistent en vous disant, tous ceux qui tiennent les premiers contrôles de la direction de l’avenir du continent, que cet avenir ne va pas oublier, ni ne pardonnera pas.

    Au moment où les armées de l’Etat soudanais s’amassent pour le dernier massacre de son plan d’extermination raciale déterminé depuis longtemps, cet avenir va vous stigmatiser tout un chacun, vous appellera collaborateurs et complices si vous abandonnez les gens de Darfour à ce sort terrible, un sort qui, aveuglement, traîne son nom au travers des sables et des montagnes suppliants de Darfour – Génocide!

    • Le présent document du Professeur Wole Soyinka fut présenté lors du 50ème Anniversaire de la 1ère Conférence Internationale des Ecrivains & Artistes Noirs - Paris, du 19 au 22 septembre 2006. Il est reproduit ici avec l’autorisation de l’auteur. Il a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° : 273.
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  • Eva Dadrian | Gouvernance

    On estime qu’au moins 200.000 personnes sont mortes depuis le début en 2003 du conflit de Darfur entre les forces gouvernementales, les milices alliées et les rebelles qui cherchent l’autonomie. Les agents des services humanitaires ont également été attaqués, et leurs véhicules et équipement de communication volés. Eva Dadrian écrit que la paix doit être restaurée à Darfur afin que l’aide internationale de développement soit efficace.

    A travers la crise de Darfur, le Soudan a nié les accusations, accusé tout le monde sauf les milices pro-gouvernementales Janjaweed, essayé de temporiser, pris des engagements et fait des promesses mais n’a jamais délivré. Il est même parvenu à éviter l’intervention de l’ONU. Darfur entre dans sa quatrième année de conflit et de bouleversements et il n’y a plus d’excuses supplémentaires à faire, indiquent les observateurs.

    En dépit des appels à l’action de la part des Nations Unies, des agences humanitaires et des organisations de défense des droits humains, les Africains se sont opposés, de manière consistante, à toute action qui constituerait une critique à l’endroit du gouvernement soudanais, au nom de la solidarité africaine. Mais la patience semble avoir atteint ses limites même du côté de la complaisante Union Africaine et, il n’y a pas longtemps, le Président Olusegun Obasanjo du Nigeria a signalé le danger de la possibilité d’un génocide dans la région. Maintenant, le Président Omar al Bashir doit avoir désarmé les Janjaweed d’ici la fin de l’année, et accepter une force hybride UA-ONU de maintien de la paix à Darfur ou faire face aux conséquences.

    S’adressant à la conférence Afrique – Caraïbes - Pacifique qui s’est tenue récemment à Khartoum, le Président al Bashir a indiqué que la situation à Darfur est « sous contrôle » et que la paix a été restaurée dans la province. En réalité, la situation à Darfur est loin d’être « sous contrôle » comme le prétend l’homme fort soudanais. La rébellion continue et un nouveau groupe a émergé et pris des armes contre Khartoum.

    Appartenant , selon les rapports, à des tribus arabes de Darfur, les Troupes des Forces Populaires (TFP) disent qu’elles se battent contre la « marginalisation » de la région. L’on ne sait pas encore si elles joindront leurs forces à celles des groupes rebelles qui n’ont pas signé l’accord de Paix d’Abuja. Cependant, les TPF sont dites avoir fait une déclaration indiquant que « les groupes arabes de Darfur croient que les gens de Darfur se battent pour une cause juste ».

    Entretemps, le seul groupe qui n’a pas signé l’accord de Paix d’Abuja avec le gouvernement en mai dernier (l’Armée de Libération du Soudan), a menacé de se retirer du processus si les milices soutenues par Khartoum « continuent d’être armées et d’attaquer les civils. » En plus, de nouveaux combats ont éclaté entre les troupes du gouvernement soudanais et celles du National Redemption Front (NRF, soit le Front National du Salut), un groupe rassemblant les factions rebelles qui n’ont pas signé l’accord de Paix d’Abuja en mai.

    Lors de sa séance à Addis-Abeba la semaine dernière, la Commission Conjointe de Cessez-le-feu de l’UA (CCC) a décidé que le désarmement des Janjaweed dans la région de Darfur ravagée par la guerre « soit entamé immédiatement » Cette décision fut prise à la suite d’une évaluation contenue dans un rapport confidentiel présenté à la CCC par le Général Luke Aprezi, Commandant de la force de maintien de la paix de la MUAS (Mission de l’Union Africaine au Soudan).

    Le rapport témoigne clairement et sans ambiguïté que les Janjaweed avaient récemment augmenté leurs attaques. Il attire également l’attention de la CCC sur le fait que « la recrudescence des Janjaweed a aussi affecté négativement la situation sécuritaire » Même si Khartoum continue de le nier, le rapport du Général Luke Aprezi indique, « le gouvernement soudanais continue d’armer les Janjaweed. »

    Dans le passé en 2004, au plus chaud des hostilités, j’ai écrit que les forces armées soudanaises et d’autres unités par-militaires, c-à-d les Janjaweed soutenus par le gouvernement, ont simultanément ciblé les civils, les accusant prétendument de soutenir la rébellion. Malgré les promesses faites et les engagements pris par le gouvernement, les Janjaweed continuent toujours d’être armés et ciblent toujours les civils. Ne fût-ce que le mois dernier, les Janjaweed étaient de nouveau en action contre les civils. Cette fois-ci les attaques ont eu lieu près des frontières tchadiennes.

    Tant l’UA que les Nations-Unies ont confirmé cette récente campagne militaire et indiqué que les milices Janjaweed ont ciblé « les civils et en particulier les enfants. » Plus de 70 civils ont été tués selon les rapports. Les observateurs occidentaux ont également indiqué dans leurs rapports que l’Armée de l’Air soudanaise a aussi été déployée lors de l’offensive et qu’elle a bombardé des villages le long de la frontière avec le Tchad.

    Il n’y a pas de circonstances qui puissent justifier les attaques délibérées contre des civils, ou les opérations militaires qui mettent en danger les vies des civils. Ces récentes attaques constituaient des violations graves des droits humains et de la loi sur la guerre, et elles se sont produites en dépit du dernier engagement pris par le gouvernement de démanteler les Janjaweed et de respecter la résolution du Conseil de Sécurité des Nations –Unies qui interdisait les raids de bombardement à Darfur.

    Le Président al Bashir a rejeté de manière consistante le déploiement d’une force plus large de maintien de la paix sous l’argument que son gouvernement est capable de maintenir la paix dans la région. Il est allé jusqu’à déclarer que la présence d’une force onusienne quelconque serait comme « une invasion » ou que « l’occident n’est intéressé ni par les droits humains ni par la souffrance des gens de Darfur, mais qu’il cherche à envahir le Soudan uniquement pour piller ses ressources. Les autorités gouvernementales soudanaises ont également donné une mise en garde selon laquelle la province ravagée par la guerre pourrait devenir « un nouveau champ de bataille pour les jihadistes ».

    Il n’y a aucun doute que le désarmement dépend de « la volonté politique du gouvernement soudanais », indique Monique Mukaruliza, vice-responsable de la mission de maintien de la paix, mais la pression monte et il semble que même les supporteurs africains du Soudan ont relâché et décliné le jeu diplomatique de Khartoum qui a trop duré.

    Ce jeu est presque terminé. Un consensus « informel »semble avoir été atteint par l’UA, la communauté internationale et l’ONU pour faire davantage de pression sur le Soudan.

    Pendant que la Commission Conjointe de Cessez-le-feu siégeait à Addis-Abeba, 15 anciens ministres des affaires étrangères ont rédigé une proposition pour Darfur. Publiée dans le journal londonien « Financial Times » (le 18 décembre 2006), la proposition signée entre autres par Joschka Fisher (Allemagne), Ismail Cem (Turquie) Gareth Evans (Australie), Erik Derycke de la Belgique, Lamberto Dini de l’Italie, Bronislaw Geremek de la Pologne, Rosario Green du Mexique, Surin Pitsuwan de la Thailande, Hubert Vedrine de la France et Ana Palacio de l’Espagne, indique qu’un « cessez-le-feu totalement observé et conduisant au règlement politique durable serait la meilleure voie de sauver des vies dans la région ravagée par la guerre. »

    Pendant l’intérim, indique la proposition, la communauté internationale devra convaincre le Président al Bashir que ses meilleurs intérêts seraient sauvegardés en permettant à la « force de maintien de paix de l’Union Africaine d’être renforcée par le soutien financier, logistique et autre de la part des Nations –Unies. »

    L’option de sanctions, les soi-disant « conséquences » mentionnées par le communiqué de la CCC, est clairement évoquée dans la proposition des ministres des affaires étrangères. Ils sentent que les sanctions forceraient un changement de politique par Khartoum, « En tant qu’anciens diplomates, nous soutenons un tout dernier effort de persuader Khartoum d’accepter la proposition d’une force hybride. Si d’ici la fin de l’année Mr Bashir refuse toujours ou, plus probablement, s’il continue d’accepter un jour et de dire non le jour suivant, il devrait payer le prix dur .»

    Ce prix, ou les conséquences, devrait tout d’abord inclure des sanctions multilatérales ciblées [telles que les interdictions de voyage et les gels de biens] visant les dirigeants militaires et civils qui sont responsables de la violence. La deuxième étape devrait consister en mesures qui ciblent le revenu fourni par les ventes de pétrole du Soudan, doublée d’un embargo sur la vente d’équipement à l’industrie pétrolière, et troisièmement, des mesures à prendre en vue de fermer les comptes à l’étranger affiliés au parti majoritaire gouvernemental, y compris les milices.

    En plus, la Cour Pénale Internationale devrait entamer ses enquêtes sur ceux qui donnent des ordres ou qui commettent des crimes contre l’humanité à Darfur. Cependant, à moins que ces sanctions ne soient « multilatérales », elles n’auront aucun effet sur le gouvernement soudanais. Des efforts diplomatiques intensifs par l’UA et la communauté internationale sont en cours afin de persuader les alliés africains, arabes et asiatiques du Soudan à aider à faire changer la position du Président al Bashir et à atteindre un accord au profit d’une force « hybride UA –ONU qui doit être envoyée en 2007.

    Avant qu’il ne lui fut demandé de quitter le Soudan, en octobre 2006, Jan Egeland, le chef des opérations humanitaires des Nations- Unies, a fait une plaidoirie semblable et lancé un appel aux pays africains, arabes et asiatiques d’inviter le Soudan à accepter une force onusienne de maintien de la paix à Darfur.

    La coalition diplomatique élargie Addis-Abeba - Abuja, qui bénéficie du soutien de l’UA, de la Ligue Arabe et du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, a recommandé une force hybride qui combinerait le personnel de l’UA avec l’appui financier, logistique et autre de la part des Nations-Unies. Le plan est 1) de renforcer la capacité des observateurs de l’UA, 2) de fournir un soutien logistique accru au contingent africain aguerrie et 3) de voir le déploiement d’une force hybride UA-ONU de maintien de la paix qui n’a pas encore été approuvée par le Soudan.

    La pression monte également du côté de la Cour Pénale Internationale (CPI) , d’autant plus que Luis Moreno Ocampo, procureur général de la CPI, a annoncé que son enquête a collecté suffisamment de preuves pour montrer « qui sont les responsables des crimes commis à Darfur » en 2003 et en 2004. C’est pendant cette période que le plus grand nombre de crimes furent commis, par toutes les parties indiquées impliquées dans le conflit. Le procureur général a également demandé au gouvernement soudanais de faciliter une visite par son équipe en janvier 2007 en vue de rassembler l’information sur les 14 arrestations faites par le Gouvernement soudanais.

    Cependant, il semble que les gens accusés par le Gouvernement soudanais ne sont pas les mêmes gens sur lesquels la CPI est en train de mener des enquêtes. Conformément au Traité de Rome, le procureur doit d’abord faire une évaluation et voir si le gouvernement travaille ou pas sur le même dossier. Ocampo a déjà demandé au gouvernement soudanais une mise au point sur leurs débats nationaux, en ce qui concerne l’arrestation des 14 personnes par les autorités soudanaises.

    En outre, comme le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU se prépare à envoyer à Darfur une équipe de haut niveau constituée d’experts de droits humains, des rapports repris dans les journaux ont cité Mohamed Ali al-Mardhi, ministre soudanais de la justice, en faisant une déclaration selon laquelle il était « prêt à collaborer avec une équipe onusienne devant établir les faits et chargée d’enquêter sur les abus de droits humains dans la région de Darfur ravagée par la guerre. »

    Selon Al-Mardhi, « les autorités n’ont rien à cacher » et tous les obstacles seront enlevés afin de « permettre à l’équipe d’experts de mener des enquêtes sur les cas de violation des droits humains dans la région ouest. »
    La prise de décisions collégiale est très bonne, et il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’en tant qu’Africains, nous devons soutenir la souveraineté africaine et rejeter toute interférence extérieure dans nos propres affaires.

    Mais ma question est savoir si au nom de cette même solidarité nous devrions ou pas permettre à nos gouvernements de tuer des Africains et de détruire des communautés entières, amenant des centaines de milliers de gens à quitter leurs foyers et à devenir des réfugiés ou des PDI (Personnes Déplacées de l’Intérieur), étant confrontés à la mort par la faim et à des maladies qui menacent leurs vies ? C’est en effet au nom de leur souveraineté que les gouvernements qui se sont succédés à Khartoum ont proféré des guerres contre leurs propres gens : pour plus de vingt ans au sud du Soudan et maintenant pour presque quatre ans à Darfur.

    Les observateurs et les agences d’aide humanitaire continuent de nous rappeler que la résolution 1706 du Conseil de Sécurité fut rédigée sous le chapitre de l’exécution des Nations Unies, et la force onusienne pouvait donc intervenir « sans tenir compte de la volonté du gouvernement soudanais. » Mais ceci n’est pas, et ne peut pas être, l’option préférée.

    Le Soudan doit donner son accord pour laisser la force hybride UA-ONU entrer à Darfur où la situation humanitaire se détériore alors que les agences d’aide humanitaire ont annoncé qu’elles ont dû retirer de Darfur et du Tchad 650 membres du personnel suite à des craintes de sécurité. L’évacuation d’agents humanitaires, même si elle est temporelle, signifie l’interruption de fournitures de nourriture et de médicaments à des centaines de milliers de gens.

    Certains analystes politiques africains indiquent que la soi-disant « force internationale de maintien de la paix « est l’euphémisme pour l’intervention militaire étrangère qui est destinée à avoir des répercussions désastreuses pour les gens de Darfur et pour le Soudan en général. » Soyons honnêtes et examinons les cinquante dernières années de l’histoire du Soudan. Les seules répercussions désastreuses pour le peuple soudanais sont les politiques centralisées, hégémoniques, dictatoriales, élitistes et non-démocratiques des gouvernements soudanais qui se sont succédés à la direction du pays depuis l’indépendance.

    Certains observateurs soupçonnent que le pétrole est la principale « motivation » derrière l’intérêt élevé de la communauté internationale et spécialement du côté de Washington. Pourtant, il n’y a pas de preuves géologiques de l’existence de réserves pétrolières à Darfur. Le monde académique et certains diplomates sont derrière la propagation de tels faux rapports. Si l’on considère la question du pétrole, on peut voir que la Chine, la Malaisie et l’Inde tiennent les droits de concession pour le développement et l’exploration au Sud du Soudan et dans la province de Kordofan.

    Pour ma part, j’ai toujours cru que les combats à Darfur ne devraient pas être vus comme une question isolée, mais dans un contexte régional plus large. L’ensemble de la région du Sahel, de la Mauritanie au Soudan, est confrontée à un problème commun : les sécheresses et le sous-développement qui conduisent à des querelles autour des maigres ressources entre les tribus nomades et pastorales, essentiellement arabes et arabisées, et les cultivateurs et fermiers africains non-arabes. Ceci a été la situation depuis les années 1960.

    Seule l’assistance pour le développement durable de toute la région du Sahel peut aider à réprimer les affrontements actuels et futurs entre les communautés. Mais avant d’envoyer une aide internationale quelconque pour le développement, la paix doit être restaurée à Darfur.

    * Eva Dadrian est une personnalité indépendante de la radio-télévision et analyste en Politique et Risques des Pays pour les médias imprimés et ceux de la radio-télévision.

    * Ce texte a déjà paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 283. Voir :

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  • Dieu-Donné WEDI DJAMBA est d’avis que la reforme du système judiciaire de la République Démocratique du Congo (RDC) est indispensable pour parachever l’établissement d’un Etat de droit au lendemain des élections démocratiques et paisibles qui viennent de s’y dérouler. Une telle réforme impliquera la prise en compte de plusieurs facteurs dont l’assainissement du corps des magistrats et l’amélioration des conditions de travail du personnel judiciaire.

    Très souvent quand un pays passe d’une situation de conflit à celle de la paix ou d’un régime dictatorial à la démocratie, il y a un profond besoin de reformer toutes les institutions symbolisant les abus de ce passé tel que le système judiciaire, l’armée, la police ou le service de sécurité afin de restaurer la confiance de la population vis à vis de ces institutions.

    A cet effet, les malheureux incidents survenus le 1 Février2007dans la province du Bas-Congo entre les adeptes du mouvement politico religieux Mbundu dia Congo et les forces de l’ordre, et qui ont coûté la vie à au moins cent trente quatre personnes selon la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) viennent corroborer cette assertion.

    Avec les élections dernières, la République Démocratique du Congo (RDC) a désormais les institutions élues. Toutefois, bien que ces élections aient mis fin à la période de la longue transition politique connue par le pays, elles ne constituent qu’une étape vers une démocratie stable. En effet, la transition est toujours un processus et non un événement. Car, pour avoir une démocratie stable, il est impérieux que la RDC aie une justice qui garantisse les attributs d’un Etat de droit.

    A cet effet, le souci de l’instauration d’un Etat de droit s’est déjà manifesté à travers la volonté politique transparaissant le long des différents discours tenus par les deux hautes personnalités de la République à savoir le Président de la République ,Joseph Kabila qui a déclaré la fin de la recréation et le président de l’Assemblée Nationale,Vital Kamerhe qui a promis la chasse à l’impunité et à la corruption.

    Mais, si la volonté politique est perçue, sa concrétisation passe par l’existence d’un système judiciaire dépouillé des maux qui le rongent actuellement notamment la corruption et d’autres antivaleurs, les délabrement des structures d’accueil, les mauvaises conditions de travail
    et de vie des magistrats ainsi que du personnel administratif du système judiciaire.

    La reforme du système judiciaire a déjà été tentée par l’ancien président Laurent Désiré Kabila en 1998 en révoquant des magistrats accusés de corruption. Mais cette décision fut attaquée et revue plus tard pour vice de forme .

    Néanmoins, quelques leçons méritent d’être retenues de cette tentative. Premièrement, il y a lieu de reconnaître que si la procédure ayant conduit à cette révocation collective fut viciée, les accusations formulées, elles furent fondées dans la plus part des cas. Deuxièmement, ceux qui furent frappés par cette mesure furent une goutte d’eau dans la mer. Car, la corruption ainsi que les autres abus continuèrent après la révocation. Troisièmement, la révocation de ces quelques magistrats ne fut pas suffisante en elle seule pour mettre fin aux abus dans le système judiciaire.

    L’impunité, la corruption ou les violations des droits de l’Homme étant érigées en système, le recrutement des nouveaux magistrats opéré juste après cette révocation collective n’avait apporté aucun changement. Pour preuve, la magistrature a été citée comme étant la deuxième institution la plus corrompue pendant la transition politique en RDC. Ainsi il est tout à fait mal venu de soutenir que ce triste record soit à mettre uniquement sur le dos des magistrats réintégrés en 2003.

    La reforme du système judiciaire qui conduirait à un Etat de droit est celle qui portera sur un certain nombre des points à savoir : La révocation des magistrats impliqués dans la corruption,les violations des droits de l’Homme et d’autres antivaleurs ; La promulgation de la loi portant création du Conseil supérieur de la magistrature ainsi que la mise en place dudit Conseil ; La mutation des magistrats ; L’amélioration des conditions de travail et de vie des magistrats et du personnel judiciaire.

    1. La révocation.

    La Loi organique nº 06/020 du 10 Octobre 2006 portant Statut des magistrats prévoit des sanctions à l’article 48 au chapitre 1 du titre 3 relatif au régime disciplinaire du magistrat. Ces sanctions vont du blâme à la révocation en passant par la retenue d’un tiers du traitement d’un mois et la suspension des trois mois au maximum avec privation de traitement.

    Mais, afin de repartir sur de bonnes bases, l’assainissement du système judiciaire par l’extirpation des tous les germes destructeurs qu’elle porte en terme des antivaleurs doit être la première étape dans le processus de la reforme.

    A cet effet, la mise en place d’une commission indépendante ayant pour mission d’enquêter sur les abus commis à tous les niveaux du système judiciaire et d’établir les responsabilités est la seule mieux indiquée.

    Cette commission devra être composée uniquement des membres de la société civile oeuvrant dans le secteur des droits de l’Homme et ayant la notoriété de l’intégrité morale. Ladite commission doit être agréée par le Parlement et les membres nommés par le Président de la république. Elle déposera son rapport à qui de droit pour la révocation des magistrats concernés.

    Cette sanction sur les coupables sonnera le glass de l’impunité et la corruption ; Brisera le mythe des ‘parapluies’ ou ‘parrainage’ ainsi que toutes les autres velléités auxquelles s’identifie actuellement le système judiciaire ; Sera un message dissuasif pour les potentiels coupables. C’est alors seulement que le Conseil supérieur de la magistrature pourra être mis en place.

    2.La loi sur le Conseil supérieur de la magistrature et sa mise en place..

    La Constitution de la Troisième république à son article 149 consacre l’indépendance de la magistrature vis à vis de l’Exécutif et la loi relative

    au statut de magistrate est promulguée. Mais ces deux lois n’auront aucun impact sans la promulgation de la loi sur le Conseil supérieur de la magistrature et sa mise en place.

    En effet, le projet de loi portant le Conseil supérieur de la magistrature est en souffrance à l’Assemblée National depuis le gouvernement de transition jusqu’à ce jour. Comme conséquence, aucun changement n’est observé au sein de la magistrature malgré la promulgation des ces deux lois précitées. C’est ainsi qu’il est important que la nouvelle Assemblée Nationale fasse de l’examen de cette loi une de ses priorités.

    Le Conseil supérieur de la magistrature n’est certes pas une panacée pour le mal que sévit le système judiciaire, mais sa mise sur pied sera un grand pas vers la lutte contre la corruption, les violations des droits de l ’Homme ainsi que les autres antivaleurs en consolidant le travail qui serait déjà abattu en amont par la commission indépendante.

    3. La permutation.

    Le séjour prolongé des magistrats dans un même poste ou une même citée ou ville crée des liens d’amitié, de parenté et de bien d’autre nature entre le magistrat et les justiciables qui les mettent dans plusieurs cas d’incompatibilité. L’un d’exemple des ces incompatibilités est le phénomène dit de ‘magistrat conseil’ c’est-à-dire les magistrats devenant des conseillers occultes des leurs relations faisant ainsi d’eux (magistrats) juges et parties dans un dossier judiciaire.

    En plus, la familiarité des magistrats avec les justiciables est aussi une des sources des abus et antivaleurs décriés au sein du système judiciaire congolais créant par la même occasion une classe des intouchables parmi les justiciables.

    L’instauration de la pratique de mutation des magistrats après deux ans permettra donc de briser d’abord la pratique existante et d’annihiler la formation des autres pratiques illégales dans le futur.

    4. L’amélioration de conditions de vie et de travail des magistrats et personnel de justice.

    Comme le décrit le rapport de human rights watch ,le système judiciaire congolais est dans un état de désordre indescriptible . Cela l’est tant pour l’état des structures d’accueil de cette institution, les conditions de vie des magistrats, que des conditions de travail.

    En effet, construites la plus part d’entre eux à l’époque coloniale pour une capacité d’accueil correspondant aux réalités de l’époque, notamment la démographie et le nombre du personnel judiciaire, les battisses abritant les institutions judiciaires sont tous dans un état de vétusté très avancé et leur capacité d’accueil fait qu’il est facile de retrouver quatre à cinq magistrats confinés dans une petite pièce de quatre mètres sur quatre.

    Cette triste situation remet en question le caractère secret de l’instruction pré juridictionnelle ou encore la confidentialité de certaines procédures dans des chambres des magistrats du siège telle que la conciliation. Pendant qu’au même moment d’autres sont obligés de cloisonner leur local pour créer un semblant de confidentialité dans l’instruction des leur dossier. Cela est valable tant pour les magistrats debout qu’assis. Et de même pour le personnel administratifs du système judiciaire.

    En cette situation s’ajoutent les moyens de travail : Les bibliothèques sont devenues quasi inexistantes auprès des cours et tribunaux, et celles qui existent ne contiennent que des ouvrages dont les récentes éditions sont vielles de vingt ans ; Les forums scientifiques tels que les séminaires de formation, colloques ou conférences sont quasi inexistants. Les rares organisés les sont par les Organisations Non Gouvernementales.

    En plus des ces conditions difficiles de travail il faut mentionner les conditions de vie. En effet, en RDC le salaire des magistrats varie entre cent à deux cents dollars. Ce salaire ne permet pas aux magistrats de couvrir leurs besoins primaires et les mette ainsi dans une position des mendiants vis à vis du justiciable tout en faisant d’eux par la même occasion des cibles faciles pour la corruption.

    En outre, la plus part d’entre eux sont locataires dans des maisons des privés tandis que ceux habitant les immeubles de l’Etat les voient en longueur des journées être désaffectés et vendus aux privés par des arrêtés ministériels, et sont donc déguerpis par des particuliers nouveaux acquéreurs de fois sans préavis légal de trois mois. Quant au personnel administratif, il est fonctionnaire de l’Etat donc clochardisé comme tous les fonctionnaires du pays.

    La reforme du système judiciaire passe donc aussi par l’amélioration des conditions de travail des magistrats ainsi que de tout le personnel de la justice.

    A cet égard cette série de mesures doit être prise : la construction des nouveaux battisses pour la magistrature afin de désengorger ceux existant ; la réfection des battisses existant ; l’installation des bibliothèques modernes dans tous les cours , tribunaux et Parquets ;la modernisation de l’administration judiciaire par le remplacement des vielles machines de dactylographie mécaniques utilisées jusqu'à ce jour par les différents greffes et secrétariats par un système informatisé ; l’organisation fréquente des séminaires, colloques ou conférences pour les magistrats.

    Quant à la condition de vie, l’article 25 de la loi sur le statut des magistrats stipulant que le magistrat bénéficie d’une rémunération suffisante à même de conforter son indépendance et qui prévoit aussi des avantages sociaux pour les magistrats doit être de stricte application.

    Conclusion.

    Après les élections organisées aux différents niveaux ayant conduit à l’installation des différentes institutions, l’instauration d’un Etat de droit en RDC demeure un défi à relever pour le nouveau gouvernement nommé le 5 février 2007 par l’Ordonnance nº 07du 05 février 2007 portant nomination des ministres d’Etat, ministres et vice-ministres, et composé des six ministres d’Etat, trente ministres et vingt quatre vice-ministres.

    A cet effet, la reforme du système judiciaire devient un point clé pour l’avènement de cet Etat de droit. Et la reforme qui conduirait à un résultat efficace sera celle qui s’attellera sur ces quatre points : La révocation des magistrats responsables des abus, la promulgation de la loi créant le Conseil supérieur de la magistrature ainsi que sa mise en place, la mutation des magistrats dans une rotation d’une période des deux
    années et l’amélioration des conditions de travail et de vie des magistrats et du personnel judiciaire.

    * Dieu-Donné WEDI DJAMBA est Avocat au Barreau de Lubumbashi /RDC; Consultant indépendant en Justice Transitionnelle; Activiste des droits de l’Homme ; Assistant à l’Institut Supérieur d’Etude Juridique Appliquée, Lubumbashi/ RDC et Ecrivain.
    Tel:+243812485222;+27738362921 ; Fax:+18016727206
    Email: [email][email protected] ; [email][email protected]

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  • Au vu de la révolte sociale qui se passe actuellement en Guinée, bravement amenée par les syndicats des travailleurs, Bernard Founou salue le courage de ces acteurs décidés à faire face aux théories et pratique d’un capitalisme sauvage. Mieux, il en appelle à un sursaut de la société civile africaine toute entière.

    La révolte sociale qui se développe en Guinée doit être replacée dans le contexte historique pour en saisir la portée. Pour tous les altermondistes lucides, et ceux d'Afrique occidentale en particulier, elle devrait permettre de se demander si un véritable projet d'exclusion des peuples ouest africains du développement capitaliste, fut-il dépendant , n'est pas en cours d'exécution. Pour la Guinée le projet date de 1958.

    Le système impérialiste lui réserve le même futur qu'à Haïti pour la même raison fondamentale: elle opta pour la souveraineté contre le néocolonialisme de la Communauté Franco africaine. La punition infligée à ce peuple, qui souffrait d'ailleurs de sa péripherisation dans l'AOF, a joué un rôle de premier plan dans la transformation en tyran d'un dirigeant politique dont ce n'était sans doute pas le projet.

    A la mort de Sékou Touré il y a 23 ans toute la presse impérialiste feignit de croire que la Guinée allait passer de la tyrannie a la démocratie bourgeoise calquée sur le modèle français ou américain. De l'autre côté, les démocrates guinéens et africains terriblement affaiblis par le caractère dictatorial du régime issu du choix de 1958 auquel ils avaient participé ou avaient soutenu se scindèrent en deux groupes l'un surtout politique et l'autre formé d’intellectuels critiques.

    Pour les premiers une ère des libertés démocratique s'ouvrait en Guinée ; ils oublient que dans le système néo-libéral le non développement produit une paupérisation et un inégalité sociale moralement illégitimes qu’elles servent de terreaux aux forces obscurantistes et antidémocratiques.

    Pour les seconds la démocratisation durable de la vie politique et des rapports sociaux - au delà de la démocratie des procédures qui excluent les multipartisme de façade - est indispensable, certes mais suppose la construction parallèle d’une économie qui vise l’amélioration de plein emploi des jeunes et une augmentation soutenue des conditions de vie du peuple qui forme environ 90 % de la population. Ils n'oublient pas que pour les ennemis (externes et internes) de cette interconnexion entre la politique, l’économique et le social, le peuple de Guinée a commis un péché qu'ils lui ne se pardonne pas.

    Aujourd'hui il est plus que temps que les altermondistes africains perdent leur innocence et sachent que l'exclusion de la Guinée du développement et donc de la construction du potentiel économique de démocratisation entraînerait automatiquement celle de la Sénégambie et sans doute de toute l'Afrique de l'Ouest pour le moins.* Dans ce contexte difficile il faut saluer le courage des syndicats guinéens qui défient ce projet. Ils ont eu raison de mettre l'accent sur le refus de la détérioration des conditions de vie et sur l'opposition à la formation d'une sorte d'apartheid social rampant que justifient les théoriciens et les bénéficiaires du capitalisme sauvage.

    Comment manifester de la solidarité au delà de la sympathie; Che Guevara disait que l'une des meilleures manières de soutenir le peuple Vietnamien en lutte conte l'impérialisme consistait à créer d'autres fronts de lutes, mais ne minimisait pas les rôles des autres formes; Mettons notre imagination en marche à l'heure de l'Internet. La leçon principale est que les mouvements ancrés dans les rapports de production (syndicats des travailleurs et des paysans) et des partis politiques qui leur sont liés devraient renaître. C’est la condition pour des sociétés civiles réellement progressistes.

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    *Sous la dictature accompagnatrice de l'ajustement structurel, dont pour la Guinée, l'objectif est un endettement qui hypothèque les ressources naturelles, la politique économique a été réduite aux "plans de stabilisation", de libéralisation du code minier et de l'ouverture aux importations qui rendent impossible le développement agricole. Selon le dernier rapport du PNUD, l'indice du développement humain a reculé en 200 de 21 points. Cet indice composite nous apprend que 30 % d'enfants en âge scolaire sont scolarisés! En fait la paupérisation s'est étendue du milieu rural au milieu urbain à un moment où la jeunesse sent bien que l'émigration n'est plus une solution. Le Guinéen peut se sentir moins en sécurité en Afrique que pendant l'âge d'or du pan africanisme. L'Europe et les Etats Unis ferment leurs portes à l'immigration noire.

    * Bernard Founou est le Directeur de recherche du Forum du Tiers-Monde, une Organisation non-gouvernementale (Ong) basée à Dakar (Sénégal)

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  • Le foulard se fait de plus en plus visible de nos jours que ça soit dans les pays arabes ou en Occident, estime Halima Zouhar. Et le plus surprenant, selon l’auteur, est qu’il a acquis une grande “popularité” parmi des jeunes femmes bien qu’elles soient instruites et en contact avec les la civilisation occidentale.

    Quelles sont les raisons qui poussent ces femmes à afficher publiquement leur appartenance religieuse? Que peut bien symboliser le foulard? Ces jeunes femmes sont-elles en quête d’identité? C’est ce que nous essayerons d’analyser dans le présent article.

    L’un des thèmes les plus polémiques quand on évoque l’islam est le statut de la femme. Celle-ci est vue comme un être subalterne, dépourvue de ses droits et soumise à l’homme, et le symbole de sa soumission est le foulard.

    Le dépouillement de la femme musulmane de son foulard traditionnel est relativement récent, il date de l’époque coloniale et post-coloniale. Avant, le foulard n’avait pas cette dimension religieuse qu’on lui donne actuellement, bien qu’il soit introduit par l’Islam au VIIème?, il faisait parti de l’habillement traditionnel de la femme musulmane. Donc, le fait qu’il symbolise la femme soumise ou pas la question ne se posait même pas.

    Le foulard a commencé à être considéré comme symbole de soumission de la femme musulmane durant l’époque coloniale puisqu’il était vu comme symbole de résistance par le colonisateur qui s’estimait supérieur et dotait d’un projet civilisateur vis-à-vis d’une population primitive, arriérée et archaïque. À ce sujet, la cérémonie du dévoilement à Alger est très significative “13 mai 58 à Alger, place du Gouvernement : des musulmanes montées sur un podium pour brûler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autorités coloniales que les femmes algériennes se désolidarisent du combat des leurs”(1).

    Dépouiller la femme musulmane de son foulard était d’un grand enjeu pour le colonisateur qui faisait valoir, par ce fait, sa supériorité et sa mission civilisatrice qui consistait à “l’émancipation” de la femme musulmane en mettant, en même temps, le modèle de vie occidentale sur un piédestal censé être assimilé par la population autochtone. Sur ce point, le système éducatif coloniale a joué un grand rôle dans cette assimilation, comme le mentionne Edward Saïd dans son livre L’Orientalisme “Pour Barrès, c’est dans les écoles françaises que l’on voit le mieux la présence de la France; il dit ainsi d’une école d’Alexandrie : “ C’est ravissant de voir ces petites filles d’Orient accueillir et reproduire si vivement la fantaisie et la mélodie de l’Ile de France”” (2).

    Il faut dire que cette influence a porté ses fruits vu qu’il a formé une élite qui a bien su défendre, et qui défend encore, les intérêts de l’Occident dans les pays arabes et garder le modèle Occidental comme référence bien après l’indépendance, tout en ayant un regard dédaigneux sur la tradition arabo-musulmane perçue comme un élément freinant et perturbateur de l’évolution des sociétés arabes et de l’émancipation de la femme.

    “Deux facteurs rendent le triomphe de l’orientalisme encore plus évident. Dans la mesure où l’on peut généraliser, les tendances de la culture contemporaine de Proche-Orient suivent des modèles européens et américains. Quand Taha Hussein disait, en 1936, de la culture arabe moderne qu’elle était européenne, et non pas orientale, il ne faisait qu’enregistrer l’identité de l’élite naturelle égyptienne, dont il était un membre distingué. Il en est de même de l’élite culturelle arabe d’aujourd’hui, bien que le puissant courant des idées anti-impérialistes du tiers monde qui ont saisi la région, depuis le début des années 1950, ait émoussé le tranchant occidental de la culture dominante.”(3).

    Les femmes arabes et musulmanes, en général, durant la période post-coloniale se sont vues tiraillées entre deux modèles culturels différents, un exerçait une fascination et l’autre était l’héritage d’une forte tradition. De ce fait, la connaissance réelle de la religion musulmane et du statut de la femme musulmane au sein de cette religion était d’une certaine manière méconnue.

    Il fallait attendre la génération de leurs filles, celles des jeunes femmes d’aujourd’hui, qui face à la fascination des parents pour la culture occidentale et le mépris affiché de l’Occident à l’Islam, se sont lancées à la quête de la connaissance de leur religion et en même temps de leur identité qui, à force de brassage, ne faisait parti ni d’Orient ni d’Occident. On peut considérer que de là, il y a eu une prolifération du port du foulard musulman parmi les jeunes femmes. Le port du foulard ne signifie pas le rejet de la civilisation occidentale et un retour à la tradition, puisque sur bien des points la tradition et la religion divergent.

    L’Islam représente un poids d’équilibre et de repère pour une jeunesse qui affirme son identité. Quant au foulard est, par moment, un défi face à une société qui veut voir en la femme qui le porte, soumission, régression, etc. Un cliché qui, actuellement, ne répond pas à la réalité, vu que dans la majorité des cas, la décision revient à la femme seule, qui parallèlement choisit de mener une vie active, tient à son autonomie, etc. Bref, elle adopte le mode de vie émancipé tant vanté par l’Occident, tout en vivant avec les préceptes de l’Islam.

    (1) BOUTELDJA, Houria. “De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes” [en ligne]. Les mots sont importants. 14 mai 2005. Disponible sur :
    (2) (3) SAID, Edward W. L’orientalisme : l’Orient créé par l’Occident. Paris : Senil, 2003. 422 p.

    * Halima Zouhar est enseignante à l’Université de Grenade (Espagne)

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  • Contributor | Gouvernance

    Nairobi 2007 a vécu. Pendant six jours (du 20 au 25 janvier dernier), la capitale kenyane était la capitale du mouvement altermondialiste. Par dizaines de milliers, activistes de divers horizons et défendant diverses causes se sont pour la première fois dans l'histoire du Forum social mondial (Fsm) retrouvés en Afrique. En chantant, en dansant et sous la colère aussi par d'autres moments, ils ont débattu, manifesté et protesté -clouant au pilori l'ordre économique et politique mondial- au centre de sport Kenyatta de Kasarani et dans les rues de Nairobi. Tous leurs slogans convergent vers un seul but : l'avènement d'un autre monde, meilleur et égalitaire. En attendant de revenir sur le bilan de cette édition et sur l'avenir du Forum social mondial, Pambazuka News vous replonge au coeur de l'évènement avec une compilation de brèves relatant certains des points focaux de l'évènement et d'articles traitant de sujets au coeur du débat des altermondialistes.

    Les brèves et articles ci-dessus ont été redigés par l'équipe de journalistes de Flamme D'Afrique (Institut Panos AO). Pambazuka News et Panos ont collaboré étroitement durant cette dernière édition du Forum social mondial dans la production et la diffusion d'informations relatives à l'évènement.

    Un site à moitié plein ou à moitié vide

    Le pari du comité d’organisation du 7e Fsm était d’accueillir 80 000 participants. En fin de journée dimanche, ils en étaient à 46 000. Sur le site de l’immense complexe sportif de Kasarani, cela donne une impression de vide. Surtout en comparaison avec la traditionnelle mobilisation de Porto Alegre, ou encore celle par le Forum social indien à Mumbai, en 2004. Cela crée ici ou là quelques déceptions. «Nous nous attendions à un plus grand monde parce que nous sommes en Afrique…», confient des spécialistes en économie sociale, en logement (défense et droit des locataires), en droit des femmes venus du Canada. «Nous sommes ici pour vivre, pour échanger, faire des rencontres et surtout repartir au Québec avec la passion sociale».

    Pour l’heure, les manifestations devant permettre de bénéficier de telles opportunités ne sont pas réglées comme sur du papier à musique. Nombre de panels et conférences ont été annulés faute d’assistance ou simplement supprimés du calendrier sans préavis. Sur six manifestations qu’un journaliste de Flamme d’Afrique avait cochées sur son calendrier dimanche, pour les suivre, seuls deux ont pu avoir lieu.

    Présences politiques : entre l’acceptable et le répréhensible

    Un début de polémique commence autour d’une «politisation» du forum. Il est parti de la présence d’hommes politiques kenyans, dans des manifestions organisées dimanche. Devant ce qui est présenté comme une violation de la charte d’un mouvement altermondialiste qui se veut apolitique, le comité d’organisation du forum n’a pas reculé. Selon son président, Pr Edward Oyugi, ces derniers « n’ont pas été invités comme des leaders politiques, mais comme des personnes qui ont pris une part active dans l’indépendance du Kenya. Ce sont des résistants dont nous sommes fiers».

    De même, si la présence du drapeau du Front Polisario qui flotte sur le site dérange certains, le coordinateur du Secrétarait du Forum social africain, Taoufik Ben Abdallah relève : «Plusieurs drapeaux flottent à Kasarani. C’est un parmi tant d’autres. Mais s’ils (les participants sahraouis) se présentent comme un groupe politique, nous n’hésiterons pas à les exclure du Forum social mondial.» La première participation d’éléments du Polisario au Fsm remonte au Forum social mondial polycentrique de Bamako, en janvier 2006.

    La présence politique au Fsm n’est pas chose nouvelle. Au dernier Fsm de Porto Alegre les présidents Chavez du Venezuela et Lula du Brésil étaient de la partie. Encore que ces derniers ont des sensibilités qui collent au mouvement social mondial.

    L’altermondialisme n’est plus gratuit

    Si le site de Kasarani où se tient le 7e Fsm peine à se remplir, cela pourrait tenir à une chose : pour accéder au complexe sportif où se déroule le forum, les intéressés doivent payer. L’entrée est ainsi fixée à 50 Ks (un peu moins d’un dollar) «Sur un budget de 5 millions de dollars, nous n’avons rien reçu du gouvernement», insiste un responsable du Comité d’organisation. Il faut donc combler un budget qui a du mal à s’équilibrer (voir notre bulletin n° 2). Pour une autre membre, Miranda Moema, «chaque chose a un prix. C’est facile d’organiser quand on reçoit l’aide financière du gouvernement. Là, il faut trouver les moyens d’autofinancer les évènements.».

    Des manifestants ont cependant dénoncé mardi l’aspect «mercantile» du forum. Ils ont envahi les locaux du Secrétariat du Fsm, avec, sur une pancarte, un slogan pour dénoncer le coût jugé élevé de la restauration sur le site. Les journalistes ont été aussi surpris d’avoir à payer sept dollars pour se faire accréditer.

    Une autre image de l’Afrique par la chanson

    En 2004 elle était à Oslo pour représenter le Kenya, lors de la remise du prix Nobel de la Paix à sa compatriote Wangari Matali. A la cérémonie d’ouverture du 7e Fsm, Suzanna Owiyo avait aussi été de la partie. Cette adhésion à la mouvance altermondialiste a bien un sens pour elle : « Je veux influencer les mentalités dans mes chansons, promouvoir une autre image de l’Afrique que celle de la pauvreté, des guerres et des famines. Je veux montrer que les gens en Afrique ont de l’énergie pour faire les choses. Et le changement dont je parle commence par moi, toi, lui…», confie-t-elle. A Uhuru Park elle a chanté dans sa langue maternelle, le «luo» (une ethnie de l’ouest du Kenya et le public a vibré avec elle. D’autres artistes africains célèbres sont aussi à Nairobi, comme le rappeur sénégalais Dj Awadi.

    Plantation d’arbres : L’altermondialisme prend racine

    Des femmes chantent en kikuyu, l’une des langues nationales du Kenya, en cette fin d’après-midi du mercredi 24 janvier 2007. «C’est un grand jour au Kenya, puisque nous avons reçu la visite de nombreux étrangers. C’est surtout un très grand jour parce que nous aurons la possibilité de voir Wangari Mathai», confie l’une d’elles. Elles ne savent pas encore que le Prix Nobel de la Paix 2004, empêchée, ne viendra pas assister à la cérémonie relative à la plantation d’arbres, «symbole du commencement d’un monde alternatif», selon le président du comité d’organisation du Fsm, Pr Edward Oyugi.

    C’est finalement le Pr Wafulla Wa Musamia, qui a eu l’honneur de mettre le premier arbre sous terre. En tenant la bouture du «prumus africa», il a déclaré : «en honneur au Forum social mondial, je plante cet arbre». A sa suite, Gérard Cunningham du bureau des Nations unies pour l’environnement s’est également plié à cet exercice. En principe, 300 arbres doivent être plantés autour du stade de Kasarani qui a servi de site au forum.

    Homosexuels et lesbiennes donnent de la voix

    Parmi les manifestations qui ont marqué le 7e Fsm, mercredi, à Nairobi, on peut retenir celle des homosexuels et lesbiennes africains. Au cours d’un panel organisé sur le site du forum, ils ont réclamé une égalité de traitement et un respect des droits des personnes sans distinction de sexe en Afrique. Le panel qui portait sur le thème «Sexe, loi et droits de l’homme», a été organisé sur initiative de la coalition des homosexuelles et lesbiennes du Kenya. Un pays où l'homosexualité est jugée illégale.

    Mobilisation contre les APE

    Les manifestants sont sortis mercredi du site du Fsm, pour porter leurs revendications dans les rues de Nairobi. Plusieurs dizaines d’activistes se sont ainsi retrouvés devant la représentation de l’Union européenne au Kenya. Ils entendaient protester contre les accords de partenariat économiques (Ape) qui, selon les manifestants, pourraient aggraver la situation économique des pays en voie de développement.

    Marche des femmes pour un autre monde

    Les femmes se sont signalées le mercredi 24 janvier sur le site du Fsm, par une marche pour un monde meilleur. Elles étaient quelques centaines, derrière des banderoles affichant «Gender equality to end poverty», «Africa is not for sale! Our world is not for sale, the gender and trade Network in Africa, Putting women and men first not profit”, etc. Le plus visible était cependant ces visières découpées en formes de lèvres aux couleurs rouge-vif, qu’elles portaient au front. Une bouche pour revendiquer et ne plus se taire.

    La marche a épousé le pourtour du stade de Kasarani, se terminant par quelques discours et une mêlée joyeuse sur les airs de la célèbre chanson «I will survive».

    Le comité d’organisation essuie colère sur colère

    Du 24 au 26 janvier, l’accès au site du Forum social mondial a été gratuit. Les nombreuses protestations ont poussé les membres du comité d’organisation à supprimer la décision de faire payer 50 Kenyan Shillings aux personnes désireuses d’accéder au stade de Kasarani, où se tient le forum. Pour eux, la journée a été difficile.

    Leur point de presse quotidien a été perturbé par des manifestants qui exigeaient la gratuité de l’entrée. Par la suite, ils ont dû entendre les cris de colère d’un groupe de personnes manifestant contre la cherté des prix pour la restauration sur le site. De même, l’opérateur de téléphonie mobile Celtel, principal sponsor du Fsm 2007, a été pris à partie, sa présence étant jugée contraire à l’esprit d’un mouvement altermondialiste opposé à l’emprise des multinationales.

    Ce mercredi matin, des dizaines de jeunes ont encore occupé pendant plusieurs minutes l’un des principaux restaurant du site, pour protester une nouvelle fois contre les tarifs jugés élevés pour la restauration. Après la manifestation, les restaurateurs se sont empressés de vider les lieux.

    Mouvement des jeunes : les exclus du forum

    Pour les jeunes du mouvement social mondial, les organisateurs du Fsm devraient revoir leur copie. Installé dans un coin reculé de l’immense complexe sportif de Kasarani, ils disent sentir le forum se passer en les excluant de tout. Qui plus est, le camp est payant, réduisant ainsi les possibilités de brassage avec les populations locales et d’animation.

    Pour le coordinateur du mouvement des jeunes au sein du Forum social africain, la faute revient au comité d’organisation local qui «a décidé unilatéralement, sans se concerter avec le conseil mondial, sans consulter la commission de la jeunesse d’en faire un camp payant. C’est du jamais vu. Demander aux jeunes de payer 10 dollars, soit près de 700 shillings par jour, c’est exorbitant», se plaint Diakalia Ouattara.

    Le camp des jeunes est constitué de cent tentes, dont soixante-dix pour les hommes et trente pour les femmes. Chez les premiers, moins de dix tentes accueillent du monde. Chez les secondes, vingt-huit des trente tentes sont vides. Mille participants étaient attendus, mais on est loin du compte. Le camp est loin de son caractère coloré, joyeux, offrant un brassage de multiples nationalités. Les rares jeunes qu’on rencontre sont Vénézuéliens, Brésiliens, Italiens, Tanzaniens, Ougandais et Kenyans.

    Hommage à Ki Zerbo : Celui qui voulait que les Africains dorment sur leur propre natte

    A l’occasion de la 7é édition du forum social mondial de Nairobi, le Réseau international des groupes du Sud, a tenu à rendre un hommage posthume au professeur Joseph Ki Zerbo, disparu en décembre. Le panel intitulé « Africans on Africa », organisé mardi et présidé par le premier président zambien, Dr Kenneth Kaunda, a ainsi vu la participation de l’épouse du défunt professeur, Mme Jacqueline Ki Zerbo, ainsi que de nombreuses personnalités du forum social. Pour un panel, l’essentiel s’est dit dans une succession de témoignages sur l’homme, sa vie et une œuvre qu’il a entièrement consacrées à l’Afrique, pour la cause de laquelle il s’est d’ailleurs dépensé jusqu’à son dernier souffle.

    De Demba Moussa Dembelé, à Aminata Traoré Ki Zerbo est apparu à tous comme un précurseur. « Panafricaniste jusqu’au bout des ongles, resté hostile toute sa vie durant aux plans de développement imposés à l’Afrique par l’extérieur, il a toujours défendu les valeurs africaines et estimé que le développement du continent ne se fera pas par l’extérieur. Mais par les Africains eux-mêmes en qui il avait foi », a témoigné Aminta Traoré, rappelant une des nombres phrases-culte laissées par l’histoirien : « Dormir sur la natte de quelqu’un, c’est dormir par terre ».

    Il n’y avait sans doute pas mieux que Jacqueline Ki Zerbo pour parler de son défunt mari, et son témoigné à remonté la vie de ce dernier pour la dérouler sous tous ses aspects. « Trois traits caractérisent sa personnalité : d’abord l’intellectuel organique qui a toujours demandé aux Africains de penser par eux-mêmes et de chercher les solutions endogènes aux problèmes de l’Afrique au lieu d’accepter docilement les injonctions étrangères pour un hypothétique développement clé en main (…) Ensuite le patriote passionnément et concrètement engagé dans les luttes de libération de son pays (…). Enfin le patriotisme du professeur Joseph Ki Zerbo va bien au-delà de son Burkina Faso natal. Pour lui, aucun des Etats délimités par les frontières coloniales ne saurait se développer sans l’intégration africaine », a dit Jacqueline Ki Zerbo de son défunt mari, exprimant sa reconnaissance à toutes les organisations et les personnalités qui ont voulu lui rendre hommage, à l’occasion de ce forum de Nairobi.

    L’émotion a atteint à son paroxysme au moment où elle a voulu partager avec l’assistance une lettre de condoléances de l’écrivain et cinéaste sénégalais, Sembène Ousmane. Elle n’a pas pu contenir ses larmes et a dû arrêter sa lecture de la lettre, plongeant la salle dans un état second.

    Mais de Ki Zerbo il reste l’avenir. Demba Moussa Dembelé s’est penché sur sa vie, son militantisme et son œuvre de feu Ki Zerbo, pour montrer en quoi son parcours et ses enseignements doivent continuer d’inspirer les intellectuels africains et tous ceux qui luttent pour la libération de ce continent. Pour Dr Kenneth Kaunda, le défunt professeur était un combattant modèle de la cause africaine qui ne peut jamais être oublié. Il est parti mais vit toujours parmi nous à travers son œuvre monumentale sur l’histoire de l’Afrique et ses multiples essais aussi bien en politique que dans le domaine social et culturel, dira-t-il.

    Selon lui, l’Afrique recèle d’importantes potentialités tant humaines qu’en ressources qui peuvent lui permettre d’amorcer son décollage socioéconomique sans compter sur l’extérieur. Mais, il revient aux Africains d’en pendre conscience et de se battre eux-mêmes pour assurer le développement de leur continent.

    Accès à l’eau en milieu rural : Salée et amère, mais de l’eau quand même
    Le désastre a commencé avec la sécheresse des années 70. La nappe phréatique s’est asséchée et l’eau de mer a pollué les puits. Les forages n’ont guère permis d’améliorer la situation, et à Mbane, village sénégalais, cette eau indispensable à la vie, bien que disponible, n’est pas sans effet sur la santé des populations.

    Par une déviation, la 4X4 quitte la Nationale I, à la sortie de Fatick, à quelque 150 km de Dakar. Le goudron a fait place à la latérite. Mbane est au bout 5 km. Une atmosphère inhabituelle règne dans le village. Des ouvriers d’une société de construction mettent un tapis de goudron à la nouvelle route qui doit déboucher sur la ville de Bambey, distante de 40 km. Il y a dix ans, c’est un forage qui sortait Mbane de ses crises de soif répétées.

    La route, l’eau, on aurait dit un paradis dans ce milieu rural sénégalais où de telles commodités ne courent pas les villages. « C’est grâce à l’entregent d’un ministre, fils du terroir, qu’on a pu avoir un forage en 1996 », révèle le directeur de l’école du village. Doublé de sa casquette d’agent releveur et de percepteur au sein de l’Association des usagers du forage de Mbane (Asufor), M. Wagane Faye loue l’arrivée de ce château d’eau d’une capacité de 100 m3. « Les trois puits disponibles dans le village sont presque à sec à cause du manque de pluies durant ces dernières années », dit-il. Pour le millier d’habitants de Mbane, ce fut donc une aubaine… même si elle est fort salée.

    Mbane a de l’eau, mais une mauvaise eau, avec une forte teneur en sel. Chef de la Division régionale de l’Hydraulique de Fatick, Babacar Sarr ajoute que « la concentration de fluor (3 mg/l) est presque trois supérieure à la norme admise par l’Organisation mondiale de la santé (0,7 à 1,5mg/l) ». Depuis la sécheresse des années 70, les Mbanois se sont habitués à cette boisson. Faute de mieux. Le goût n’est pas des meilleurs, mais la qualité est au moins assurée, se satisfait M. Faye. Mais le risque de fluorose est présent à cause de la coloration marbrée des dents et des maladies osseuses. « Cette affection des dents le fluor est un moindre mal, avoue M. Sarr. Dans certaines zones comme Fimela, les gens vieillissent très rapidement à cause de la fluorose ».

    Cultivateur de son état, Emile Faye, pense qu’il s’agit d’un moindre mal. « Il y a quelques années, les femmes se réveillaient tôt le matin pour aller puiser de l’eau loin des concessions, mais la présence du forage a relégué ces problèmes loin derrière nous ». Désormais les bornes fontaines desservies par le château d’eau allègent les travaux domestiques. « Nous avons construit, avec l’aide des pouvoirs publics, quarante-sept bornes fontaines dont huit relèvent du domaine privé, c’est-à-dire installées dans des maisons », explique le directeur de l’école.

    Pour la gestion efficiente de ces ressources en eau, l’Asufor joue un rôle de contrôle et de percepteur. « A chaque fin de mois, je parcours le village pour relever la consommation d’eau au niveau des bornes fontaines et pour mobiliser les sommes générées par la vente d’eau ». En effet, selon une tarification fixée par l’association, l’eau est cédée aux populations à des prix qui sont diversement appréciés. En chœur, Fatou Faye et Amy Diouf, qui partagent la même concession jugent les prix de la bassine et du seau d’eau hors de portée de leur maigre bourse. Une bassine à ras bord revient à 10 F Cfa et un seau à 5 F. « Pour notre consommation quotidienne, il nous faut en moyenne treize bassines d’eau », explique Fatou Faye qui s’empresse d’ajouter : « Faites le calcul ! », comme pour montrer que pour une famille de 8 personnes, l’eau devient chère.

    Qui plus est, pour des chefs de ménages sans revenus fixes. Voire inexistants.
    Mais pour le secrétaire général du Comité de gestion du forage, l’eau est à son « juste prix », en rapport avec les charges de fonctionnement. « L’argent collecté sert à payer les salaires du conducteur du forage et des fontaniers, à résoudre les ennuis mécaniques en cas de fuite d’eau et à prendre en charge le fonctionnement de l’association », fait-il remarquer. Mais pour l’Asufor, l’eau a moins ouvert de nouvelles pistes. « Nous allons bientôt tenir une réunion au cours de laquelle il sera question de l’installation d’un télécentre, d’une boutique voire d’un moulin à mil électrique », décline M. Faye.

    Accès à l’énergie : Dormir sur de l’uranium dans l’obscurité

    Leur pays est quatrième producteur mondial d’uranium. Un minerai exporté pour alimenter les centrales électriques en Occident et fournir de l’énergie à ses populations. De cette richesse qui vient de leur pays, les Nigériens ne voient rien.

    A cette 7e édition du forum social mondial de Nairobi, plusieurs panels ont été consacrés à la question de l’accès à l’énergie, qui se pose avec acuité dans les pays du Sud, en particulier en Afrique. D’un panel à l’autre, la préoccupation a été débattue tantôt sous l’angle de la souveraineté alimentaire, tantôt sous celui de l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement, tantôt sous celui de l’exploitation des ressources minières comme l’uranium, par exemple, qui sert à faire tourner les centrales nucléaires en Occident et satisfaire la demande en énergie électrique des populations, alors que dans certains pays africains où le minerai est extrait l’accès à l’électricité continue d’être un luxe.

    Le débat est d’actualité au Niger, 4e pays producteur mondial d’uranium, où seuls 9% de la population ont accès à l’énergie électrique. Alternative espace citoyen, organisation nigérienne, a saisi l’opportunité offerte par ce forum pour poser ce paradoxe qui a valeur de scandale pour certains. Depuis l’accession du Niger à l’indépendance, son uranium est sous coupe réglée, contrôlée par Areva, une compagnie française qui dispose du monopole pour l’exploitation de ce minerai avec des partenaires japonais et canadiens.

    Depuis la fin des années 60 que l’exploitation de l’uranium a commencé, le Niger ne recevait que 30% des recettes générées par la vente du minerai, contre 70% pour les compagnies exploitantes. De tout cela les Nigériens n’en savaient rien. Ce qui est visible, c’est la dégradation de l’environnement et les maladies auxquelles l’exploitation de l’uranium exposait les populations de la région minière. C’est au cours de ces deux dernières années que le mystère a commencé à se lever, grâce à l’action de certaines Ong locales, qui ont décidé de dénoncer le « drame silencieux » et d’interpeller les décideurs politiques par rapport à leur silence complice.

    Mamane Sani Adamou, le premier conférencier du panel d’hier, a souligné que le gouvernement nigérien ne décide ni du tonnage à extraire, ni de son prix de vente encore moins de ce qui doit lui revenir dans l’exploitation de l’uranium. « Il se compte des miettes qui lui sont versées ». Selon le conférencier, le premier président nigérien, feu Diori Hamani, a été débarqué de son fauteuil à travers un putsch militaire, parce qu’il a osé poser le problème de l’uranium dont il trouvait dérisoire le revenu pour le pays. C’était un crime de lèse majesté et ça continue encore d’être perçu comme tel par les dirigeants en poste. « Mais le plus choquant dans l’affaire, c’est que ces habitants de la zone où s’exploite l’uranium n’ont pas accès dans leur écrasante majorité à l’énergie électrique », déplore Moustapha Kadi, président de Sos Kandadji, une Ong nigérienne qui lutte pour l’accès à l’énergie pour tous au Niger.

    Seuls 9% de la population nigérienne, mais au niveau mondial « la situation touche environ 2 milliards de personnes », selon le président de Droit à l’énergie Sos Futur, Pierre Jean Coulon, qui introduisait un autre panel sur la question, mardi. Pour lui, l’accès à l’énergie est une question d’importance qui conditionne l’atteinte d’au moins six des huit objectifs de développement du millénaire.

    Pour l’heure, les Africains n’enregistrent que les effets néfastes. Le Nigérien Moustapha Kadi parle ainsi de la déforestation qui engendre la désertification. Le souhait est de voir les Ong occidentales partenaires prendre la question en charge et la poser à l’occasion de la prochaine élection présidentielle en France. Il est aussi demandé aux Nations Unies de s’impliquer davantage dans le combat pour l’accès à l’énergie pour le plus grand nombre.

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  • Le Mali, à l’instar des autres pays de l’Afrique subsaharienne vit une situation d’extrême pauvreté engendrée par les politiques néolibérales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. L’annulation de la dette multilatérale de certains pays, dont le Mali, par le G8, aura-t-il son effet escompté sur les secteurs sociaux de base au Mali ? Bréhima Touré est sceptique…

    Les progrès de l’économie malienne, ces dernières années, n’ont pas amélioré les conditions sociales des populations. En particulier celles des groupes les plus vulnérables tels que les femmes, les enfants et les personnes âgées. Les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau potable, de l’assainissement et de la nutrition demeurent un luxe accessible à une minorité. L’accès des populations à ces services essentiels reste encore insuffisant.

    C’est pourquoi l’annonce, le 11 juin 2005, de l’annulation de la dette multilatérale de dix-huit pays pauvres africains, dont le Mali par les pays du G8, avait été accueillie comme une bouffée d’oxygène. Après que la décision est tombée, Bamako se retrouvait en effet à devoir bénéficier d’une économie de 1042 milliards de francs Cfa dont 42 milliards pour la seule année 2005.

    « Ce montant qui constituait, selon Boubacar Sidiki Walbani, directeur général adjoint de la dette publique du Mali, l’encours de la dette multilatérale, représente 60 % du total de la dette du Mali ». « Notre pays devait environ 681,246 milliards de francs à la Banque africaine de développement et à la Banque mondiale. Nous étions redevables auprès du Fmi d’une somme de 61,333 milliards de francs », ajoute-t-il.

    Et de poursuivre : « Si cette décision d’annulation n’était pas intervenue, le Trésor public malien aurait remboursé en 2005-2006 à l’Ida la somme de 6,78 milliards de francs. Pour ce qui concerne les fonds prêtés par la Cee à travers l’Ida, nous devions rembourser 178 millions de francs. Enfin, le Fmi attendait de nous, cette année là, plus de 8 milliards de francs ».

    Le sourire était sur les lèvres. « Le Mali peut ainsi consacrer une bonne partie du remboursement de sa dette aux investissements dans les secteurs sociaux comme l’éducation, la santé, l’adduction d’eau », expliquait Bakary Koniba Traoré, économiste, ancien ministre et précédemment directeur général de la Dette publique. Le ministre de l’Economie et des Finances Abou-Bakar Traoré y voyait aussi de quoi financer les infrastructures.

    Par contre, dans la société civile on faisait la moue. Présidente de la Coalition des alternatives africaines/dette et développement (Cad-Mali), ex-Jubilé 2000, Mme Barry Aminata Touré parlait d’une décision salutaire, pour y ajouter un « mais… ». « L’annulation ainsi décidée donnera un souffle nouveau au budget de nos Etats, mais tant que le commerce n’est pas juste et équitable, les pays africains ne s’en sortiront jamais. Les pays du Nord subventionnent leurs agriculteurs et fixent à vil prix le prix de nos matières premières », dénonce-t-elle.

    Il y a plus d’un an que la mesure d’annulation est tombée et les Maliens attendent encore de sentir que « quelque chose a changé ». « En tout cas, dans les collectivités de Koutiala, nous n’avons encore bénéficié en rien de ce qui a été dit. Nos écoles, nos centres de santé, nos problèmes d’eau et d’infrastructures, c’est nous qui les gérons avec les moyens du bord et avec l’aide de certains de nos partenaires nationaux et étrangers. Mais on attend, car il faut toujours espérer », explique le président du Conseil de cercle de Koutiala, dans la 3e région administrative du Mali.

    Un des secteurs sociaux les plus malades du Mali, qui espère tant de ces programmes, reste l’école. Les enfants maliens étudient dans des conditions difficiles caractérisées par le manque d’infrastructures et d’enseignants. Le pays comptait en tout 17 000 enseignants pour 10 millions d’habitants en 1999. La Belgique, avec la même population, disposait de 250 000 enseignants. Souvent 140 élèves sont entassés dans la même salle de classe d’une trentaine de mètres sur quinze. Aucune école fondamentale au Mali ne dispose de sa propre bibliothèque.

    Le Fmi et la Banque mondiale n’ont pas épargné l’école de programmes d’ajustement structurel. Ils y ont introduit plusieurs catégories d’enseignants : vacataires, volontaires, enseignants-parents, contractuels et autres. Les enseignants professionnels furent encouragés à aller à la retraite volontaire anticipée et de nouvelles politiques impopulaires furent introduites : double-division, double-vacation, méthodologie convergente…

    Le lexique est sans doute loin d’être épuisé au fur et à mesure de l’évolution des politiques néolibérales. « Pour renforcer la capacité de remboursement obligatoire de la dette par notre gouvernement, les créanciers voraces comme al Banque mondiale, le Fmi et leurs complices ont contraint l’Etat malien à se désengager de l’école qu’ils qualifient de secteur budgétivore non productif, déniant ainsi le droit à l’éducation universellement reconnu.

    Ce désengagement de l’Etat fait supporter les charges de construction de classes, de leur équipement, de paiement des salaire des enseignants sur la base de politiques impopulaires et irraisonnables. Que ce soit les écoles communautaires, les écoles de base et autres », déplore la présidente de Cad/Mali.

    Comme l’école, les politiques néolibérales ont contraint l’Etat à se débarrasser de la santé publique en la mettant entièrement à la charge de la population. Ce désengagement a aussi occasionné l’émergence dans tout le pays de pharmacies privées, de centres de santé communautaire, de cliniques et cabinets privés inaccessibles à plus de 70 % de la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté. « Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs, car ils manquent du minimum d’équipement médical, de personnel bien formé. Depuis la dévaluation du F Cfa en 1994, le coût des médicaments est devenu exorbitant, obligeant la majorité des malades à faire recours aux « pharmacies par terre », ajoute Mme Barry.

    Au Mali, les taux de mortalité infantile, infanto-juvénile et maternelle sont respectivement de 117/1000, 127/1000, et 577/1000. Pendant la vingtaine d’années de politique d’ajustement structurel, on a assisté à une recrudescence des maladies endémiques comme la tuberculose, la poliomyélite, la méningite… Des affections qu’on croyait appartenir au passé.

    Le sida prend aussi des proportions inquiétantes, avec un taux qui dépasse les 3%, seuil d’une affection généralisée. « Nous saluons l’annulation de notre dette. Mais encore faudrait-il que cet argent soit investi comme il se doit. Désormais, les bénéficiaires doivent être impliqués fortement dans l’élaboration des politiques de développement si on veut que celles-ci réussissent. Fini le temps où l’on vient nous imposer des projets ou programmes non conformes à nos aspirations », souligne Mme Traoré Oumou Touré, secrétaire exécutive de la Coordination des associations et Ong féminines du Mali (Cafo).

    La paysannerie est également appauvrie par les cultures d’exportation et par la détérioration des termes de l’échange. « Nos marchés sont envahis par les riz subventionnés importés de la Malaisie dont le prix est moins cher que la production locale du paysan de la zone Office du Niger », déplore Hamed Tessougué de l’Ong Action contre la faim. Le Mali était 2e producteur de coton en 1999, mais plus de 80 % de paysans producteurs de coton vivent dans des situations de pauvreté extrême, car le coton ne profite qu’au marché mondial et aux chambres de négoce.

    Principale source de remboursement de la dette, cette activité se mène au détriment des cultures vivrières et a appauvri toutes les terres à cause de l’usage abusif des engrais chimiques qui constituent aussi un danger pour la santé publique, car intoxiquant les sources d’eau potable. Près de 40 % des enfants de la zone cotonnière de Sikasso vivent dans la malnutrition.

    Ce tableau montre l’impact de la dette. Jugée illégitime par beaucoup, ses effets dramatiques sont visibles dans des pays où le minimum vital de bien-être social est une quête quasi impossible.

    * Bréhima Touré est un journaliste malien. Il est le correspondant au Mali de Syfia international, une agence de presse basée à Montpellier, et de l’Institut Panos, une ONG qui travaille dans le domaine des médias.
    Cet article a d’abord paru dans Flamme d’Afrique, quotidien d’informations publié par L’Institut Panos (Afrique de l’Ouest), à l’occasion des forums sociaux mondiaux.

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  • Malgré les accords préférentiels, la part de l’Afrique dans le commerce avec l’Union européenne (Ue) est passée de 12% à 4% en 2005, avance Bakari Fofana. Ceci pour dire que les Accords de partenariat économique (Ape) participent à la paupérisation de l’Afrique car ils répondent à la pression des grandes compagnies multinationales. La Guinée en est une parfaite illustration.

    Il n’y a pas si longtemps la coopération entre l’Union européenne (Ue) et les pays Afrique, Caraibes, Pacifique (Acp) était vue comme un exemple de relations entre anciennes puissances coloniales et ex-colonies. Les perspectives aidant, il a semblé que l’intégration des nouveaux Etats n’ayant pas de passé colonial allait encore accentuer ce caractère de partenariat réciproque. Il faut déchanter. En effet, l’apparition de l’Organisation mondiale de la santé (Omc), à la suite de la chute du Mur de Berlin, a mis à nu la réalité agressive, unilatérale, dominatrice de l’Ue.

    La première traduction a été dans le processus et le contenu des négociations de l’Accord de Cotonou, qui a remplacé les précédents accords de Lomé. Avec plusieurs niveaux.

    Campagne médiatique – Il y a eu un chantage d’abord, de 1995 à 2000, dans le discours de l’aide publique au développement. Des phrases telles que «l’Afrique ne veut pas le développement», «la colonisation doit continuer», «le citoyen européen ne peut plus payer» et des slogans éculés comme «la Corrèze avant le Zambèze», etc., ont fleuri. On incrimine la mauvaise conscience des Africains et des leurs dirigeants, etc.

    Menaces – Les fonds vont être suspendus, plus de subventions, l’assistance technique arrêtée, des poursuites engagées contre les détournements, etc.
    Diplomatiques – Des pays comme la France réduisent leur personnel militaire sur le continent, au moment où la guerre fait rage au Liberia, en Sierra Leone, au Congo, etc. La France abandonne l’Afrique.

    Economiques – Les années 1990 constituent un moment de gloire pour la Banque mondiale (Bm) et le Fonds monétaire international (Fmi). Surtout avec la réussite de l’impensable dévaluation du Franc Cfa. Dès lors, la mauvaise conscience s’installe sur le continent. La libéralisation et les privatisations non préparées conduisent à un désordre sociopolitique et économique. Tous les repères sociaux disparaissent avec l’Etat providence.

    C’est dans ce contexte de ruine voulue qu’est signé l’Accord de Cotonou, en octobre 2000. Au-delà de l’accord politique, de l’appui au développement avec le Fonds européen de développement (Fed), l’accent est surtout mis sur le futur de la coopération commerciale entre l’Ue et les Acp. Celle-ci prenant la place des accords préférentiels non réciproques de Lomé, histoire d’être en règne avec les principes de l’Omc.

    Malgré les accords préférentiels, la part de l’Afrique dans le commerce avec l’Ue est passée de 12% à 4% en 2005. Et dans le commerce mondial, à 20%. Dans le même temps, l’Ue continue de prendre de plus en plus de place comme pôle de ravitaillement essentiel du marché africain. Ainsi l’Afrique finance la production européenne au détriment de la sienne.

    Cotonou met l’accent sur une plus grande ouverture aux politiques libérales. Les accords de partenariat économique (Ape) en constituent l’instrument idéal.
    Sur les 22 milliards d’exportations africaines en 2006, les produits miniers représentent un peu plus de 60%. Si on y ajoute l’agriculture, on aboutit à 75%. C’est dire que l’Afrique ne produit pas de marchandises. Or le développement passe par la multiplication des capacités endogènes d’offres, ce qui n’est pas le cas en Afrique.

    Le montant global des exportations ouest-africaines, y compris le pétrole (un peu plus de 22 milliards) pour les quinze pays, représente à peine 15% de l’enveloppe globale des pays de l’Ocde. Devant une puissance commerciale comme l’Ue, accorder des franchises douanières n’est, ni plus ni moins, que se faire hara-kiri. La souveraineté qui est déterminée par la qualité des tarifs douaniers saute ipso facto.

    A regarder de près, on constate que l’Ue ne respecte pas l’accord de Cotonou depuis sa mise en œuvre en 2000. Ou le fait quand il l’arrange. En 2002, alors que Cotonou n’a pas encore été ratifié par l’ensemble des pays européens, l’Ue décide de suspendre sa coopération avec la Guinée en se prévalant de l’article 96 de l’accord. Résultat : le 9e Fed na été signé qu’en décembre 2006, soit après la période légale. Sur les 240 millions d’euros prévus, 100 vont disparaître. Le reste étant à consommer avant l’échéance de fin décembre 2007, soit en un an. Sinon, c’est la perte des fonds. Chantage.

    A la suite d’une étude menée par la société civile ouest-africaine, il s’est avéré que plus de 80% des investissements de l’Ue dans la région sont allés vers les infrastructures de transport. Comme si le géant nigérian et le nain cap-verdien ont eu comme soucis commun les infrastructures. C’est oublier les pressions et orientations de l’Ue. L’objectif étant de préparer le terrain à la mise en œuvre des Ape.

    Dans le cadre des préparatifs aux négociations sur ces Ape, des études d’impact ont été menées, tant par les gouvernements et l’Ue, que par la société civile. Toutes concordent à dire que les Ape, dans leur version en négociation, ne permettront pas le développement. Au contraire, la pauvreté s’installera durablement.

    En Guinée, les études ont révélé que la Fédération des producteurs de pommes de terre, qui regroupe plus de 40 000 paysans, producteurs de l’une des meilleures patates au monde, et qui ont des exploitations au Sénégal, au Mali et ailleurs, risque de disparaître au bout de cinq ans, sous le coup des produits à bas prix de l’Europe.

    Malgré ces réalités, l’Ue a poussé les négociations en ne regardant que deux choses : le calendrier dont l’échéance était pour décembre 2007 et son agenda de libéralisation. Le financement de la mise à niveau des économies, demandé par les Etats, balayé par le Fed, a vu son instrumentalisation politique. De même, face aux réserves quant à la conformité de l’accord avec les questions de développement, exprimées par les Etats, l’Ue pense que le temps donnera la solution.

    La question qui se pose est : qu’est-ce qui fait courir l’Ue ? Deux réponses : la logique technocratique et la pression des grandes compagnies multinationales.

    Si Lomé a été porté par une logique de puissances publiques (Etats européens et africains), Cotonou correspond à une logique technocratique/publique (technocrates européens/ Etats africains). Bruxelles n’est plus contrôlé par les citoyens. C’est un peu le même principe de l’administration bureaucratique de l’Omc, à Genève, qu’on retrouve.

    Ces Messieurs de Bruxelles devraient écouter les parlementaires européens, suite à l’étude menée en 2006 sur les Ape. Elle disait que celles-ci constituent «une erreur politique, économique et sociale et n’apporteraient pas le développement au continent africain». On sait, à présent, à quoi s’en tenir.

    *Bakary Fofana est un Economiste guinéen. Il est un membre actif du Forum de la Société civile guinéenne. Il peut etre joint à cette adresse : [email][email protected]
    Cet article a d’abord paru dans Flamme d’Afrique, quotidien d’informations publié par L’Institut Panos (Afrique de l’Ouest), à l’occasion des forums sociaux mondiaux.

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  • La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haiti (MINUSTHA) est accusée de violences répétitives à l'encontre des populations. Le dernier massacre contre des habitants d'un quartier populaire, cité Soleil, la nuit du 21 au 22 décembre 2006 a sonné la révolte chez Lovinsky Pierre-Antoine pour qui il est temps que les Haitiens regagnent leur souveraineté. En somme, il appelle tous les combattants de la liberté à lutter contre l'occupation et la mise sous tutelle de Haiti.

    Les derniers rayons d’un soleil jaunâtre qui avait déjà disparu, balayait l’horizon. Il était 6:30 heures du soir environ. La route 9, région nord-ouest de Port-au-Prince et un des 34 quartiers de Cité Soleil, était bien tranquille. Les habitants du quartier se promenaient calmement sur le macadam. Des fillettes jouient aux “osselets” devant ce que nous osons appeler leur maison, alors qu’un goupe de petits garçons, se servant chacun d’un morceau de bois, en guise de pistolets, jouaient aux “Cow-boys”.

    Sur un score de un à zéro, d’autres jeunes, une équipe au torse nu, ruisselant de sueurs, l’autre à chacun son t-shirt, achevaient, avec fair-play, une partie de foot-ball sur l’autre côté de la route, tandis que les marchands de “fritailles”, de cannes à sucre, de surettes, de “bega” …etc s’étaient entourés de gens qui s’achetaient leur souper pour quelques gourdes qui avaient du mal à sortir de leurs poches presque vides. Des parents rentraient du marché.

    Un imposant poster, à l’éfigie de Emmanuel Wilmain, dit Dread Wilmain, “bandit” pour les faiseurs de coup d’état, héros national 2004, pour les habitants de Bois Neuf et des autres quartiers populaires, assassiné, comme Charlemagne Péralte, par les occupants, suivait, imperturbable, la scéne. “Son ombre veille sur nous”, disait le jeune Edouard qui avait perdu ses parents lors de l’attaque du 6 Juillet 2005.

    En ce 21 Décembre 2006, tout a commencé au moment où 6 blindés des troupes d’occupation ont laissé la base de la MINUSTHA au marché de Cité Soleil et sont venus, en ligne de combat, se positionner en face de la petite ruelle qui débouche sur le quartier de Bois-Neuf. Inquiets, les riverains suivaient, du coin de l’oeil cette parade de Noel d’un mauvais gout, mais sans savoir que cela allait être leur cadeau de Noël, un cadeau empoisonné. L’atmosphère était devenue subitement maussade.

    Soudain, une des mastodontes, paresseusement se détacha de la “flotille” et pour une trés rare fois depuis l’occupation, s’engagea dans la petite ruelle de Bois-Neuf. Un groupe de jeunes y compris des enfants s’y opposèrent et se mirent à bombarder la mastodonte de pierres et de bouteilles vides et d’injures. Après quelques minutes, de la fumée commençait à sortir de l’intérieur de la masse de feraille, tandis que les canons ds 5 autres blindés crachèrent le feu sur tout ce qui bougeait.

    En un clin d’oeil, quatre soldats de la MINUSTHA, des uruguayens, disent lers gens du quartier, ouvrirent les portes du blindé déjà en flammes, en tirant et en s’enfuyant, couvert par un tir nourri provenant des gros canons des 5 autres blindés qui leur ont donné refuge.

    Amputé d’un blindé, le reste de la flotille repartit vers la base alors que l’autre mastodonte abandonnée, continue de brûler, La population de la zoneen fit le reste. Tout le monde alla se coucher, un oeil fermé, un oeil ouvert. Les gens se rappelèrent le massacre du 6 Juillet 2005 qui a couté la vie à enfants en bas age, femmes et hommes dont Dread Wilmain.

    Cette nouvelle hécatombe des occupants débuta réellement le lendemain vers 3:00 heures du matin lorsque le crépitement des balles réveilla en sursaut les gens de Bois-Neuf et de ses environs. Ce fut la pagaille, ce fut le carnage. Des gens couraient en toutes directions. D’autres essayaient de s’abriter derrière des murs incapables de résister à ces projectiles de fort calibre. Un hélicoptère immatriculé : UN (Nations Unies) survolait Cité Soleil, alors qu’au moins une quinzaine de blindés et des troupes à pied de la MINUSTHA tiraient sur hommes, femmes et enfants. Des gens qui, généralement, commencent tôt leur activité, étaient déjà dans les rues. Ils ont été surpris par l’attaque qui s’est poursuivie une bonne partie de la journée du 22 Décembre 2006.

    Le bilan est lourd. Enfants, hommes, femmes, dont certaines enceintes sont tombées sous la vague de cette violence sans commune mesure. Des journalistes sur place dénombrent une quarantaine de morts emmenés ça et là soit dans des morgues privées, soit à l’hopital. Ils étaient visiblement choqués par ce déchainement de violence. Selon ce que rapportent des témoins, empêchés par les soldats de la MINUSTHA, les journalistes n’ont pas pu voir une quarantaine d’autres cadavres qui ont été emportés par des riverains pour être enterrés sur place.

    Il faut signaler également que les soldats eux-mêmes ont ramassé certains cadavres et sont partis avec eux, on ne sait où.Une centaine de blessés sont allés se faire soigner soit en cachette, soit dans certains centres santé de la zône, soit à l’hopital Sainte Catherine, tenu par MSF, Médecins Sans Frontières. Une cinquantaine de maisonnettes ont été soit détruites soit endommagées. Les cadavres n’ont pas été retrouvés avec des armes à leur côté. Donc, il n’y avait pas d’échange de tir ou d’affrontement comme le disent les médias de haine.

    Le Coordonnateur des activités du CICR, Comité International de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, à Cité Soleil, Monsieur Pierre Alexis a publiquement dénoncé le comportement des soldats de la MINUSTHA qui ont empêché son équipe d’aller porter assistance à des personnes grièvement blessées qui avaient sollicité de l’aide.

    “Cette attitude de la part des Forces de la MINUSTHA, Force de l’ON U, Institution Internationale dont la mission est de promouvoir la paix et le respect des droits de l’homme dans le monde, est intolérable et inacceptable,” selon un communiqué publié après le massacre par le CARLI et signé de son Secrétaire Général Maitre Renan Hédouville, Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles. Le CARLI rappelle l’article 20 de la Convention de Genève du 12 Août 1949, relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre : “Le personnel régulièrement et uniquement affecté au fonctionnement ou à l’administration des hôpitaux civils, y compris celui qui est chargé de la recherche, de l’enlèvement, du transport, et du traitement des blessés et des malades civils, des infirmes et des femmes en couche, sera respecté et protégé.”

    A part le CARLI, des dénonciations publiques ont été émises par d’autres organisations des droits l’homme, comme la CONODH, Coordination Nationale des Organisations des Droits de l’Homme, La Fondation Trente Septembre, organisation regroupant des victimes de violence organisée, qui a effectué une première visite d’évaluation, avant d’organiser au début de la nouvelle année une journée de solidarité avec les victimes de la MINUSTHA à Bois Neuf.

    Néanmoins, pour bien comprendre, dans toutes ses dimensions ce qui s’est passé en cette nuit des 21 et 22 Décembre 2006, il importe de se rappeler certains faits. Qui prouveront que cette attaque est préméditée et a été psychologiquement et soigneusement préparée. Elle est la manifestation de la volonté de poursuivre le génocide contre la population pauvre d’Haiti.

    Comme éléments au niveau des préparatifs, nous retrouvons, le service de communication des occupants, la presse de l’ANMH, des membres de l’ancienne opposition, certains, par concours de circonstances, au pouvoir actuellement, d’autres au parlement.

    A travers différents communiqués et plusieurs points de presse, le service de Communication des Forces d’Occupation de la MINUSTHA n’a jamais manqué de fustiger les habitants de Cité Soleil. Récemment, pour combattre l’insécurité grandissante à la Capitale, la MINUSTHA a annoncé le lancement d’une série d’Opérations dénommées ”Opération Crimes Majeurs” qui ciblent Cité Soleil.

    Ce quartier populaire est à l’avant garde de la lutte contre l’occupation du territoire national. Plusieurs manifestations publiques et pacifiques, rassemblant des milliers de personnes, ont déjà été organisées par les habitants de Cité Soleil pour demander le départ des occupants. Cité Soleil a été à plusieurs reprises victimes de la barbarie des forces de la MINUSTHA. D’aucuns pensent que ce déchainement de rage sur Cité Soleil est surtout du au fait que les habitants de ce quartier de la capitale sont également à l’avant garde de la lutte pacifique pour le retour immédiat du Président Aristide.

    Une bonne partie de la presse haitienne qui s’était raliée la cause des putchistes et kidnappeurs du 29 Février 2004, s’est rendue compte qu’elle s’était trompée et a commencé à changer son fusil d’épaule. Les plus récalcitrants, au nombre de 4 ou 5, pas plus, tiennent le haut du pavé avec leur campagne désuètte, parce que ne faisant plus école, contre le peuple haitien qu’ils continuent de dénigrer et d’affubler d’étiquettes injurieuses et dégradantes comme: Chimères, Bandits, Kokorat, kidnappeurs…etc. Ces médias de haine comme on les appelle, accusent les habitants des quartiers populaires de tous les maux du pays. Un Proverbe créole dit: “ Se sou chen mèg yo wè pis.”

    Bien que membres du gouvernement, des postes clés de l’administration publique, ministères et directions générales, ayant été confiés à des membres de l’ancienne opposition, celle-ci a depuis un certains temps repris ses critiques acerbes contre le pouvoir. “Le pouvoir doit résoudre immédiatement le problème de l’insécurité, ou il doit partir. S’il ne veut pas partir, nous allons l’y obliger” déconnait un Paul Denis, ex-Sénateur, qui était pressenti pour être le Directeur Général du FAES ( Fonds d’Assistance Economique et Soiale).

    Des rumeurs persistantes veulent que l’OPL (Organisation du Peuple en Lutte), le parti de Paul Denis rêve, à travers ses représentants au parlement, de donner un vote de non confiance à l’actuel Premier Ministre haitien, l’Agronome Jacques Edouard Alexis, sur le cuisant dossier de l’insécurité. Leur objectif est de pousser, grâce au support de l’occupant, le nom de Paul Denis comme Premier Ministre, pour qu’il puisse être en bonne position au cas où le pire arrive au Président de la République l’Agronome René Préval, dont l’état de santé, à tort ou à raison, a fait couler beaucoup d’encre et de salive ces derniers temps.

    Dans cette guerre contre les pauvres, nous retrouvons en première ligne des parlementaires comme Joseph Lambert, Sénateur du Sud-Est, Président du Sénat, très critiqué, Gabriel Fortuné, qui a fait tous les partis politiques, Sénateur du Sud, tous deux partisans farouches de la peine de mort, pour disent –ils, les kidnappeurs (entendez les habitants des quartiers populaires). Plusieurs voix se sont élevées pour demander la démission du Président du Sénat parce que celui-ci a appelé publiquement à la violation de la constitution.

    Comme fer de lance de cette campagne contre les pauvres, le nom de Youri Latortue, retient particulièrement notre attention. Nul n’ignore les subterfuges du parachuté de l’Ambassade étasunienne à Port-au-Prince au sein de l’apareil électoral, Jacques Bernard pour hisser Youri Latortue, sinistre figure de la répression durant les deux années du coud’état de 2004 au parlement en tant que 1er Sénateur de l’Artibonite.

    Ce trio mène également au nom de la même ambassade une campagne pour le retour des ex-Forces Armées haitiennes ou la formation d’une force militaire haitienne parallèle à la PNH , (Police Nationale d’Haiti) que contrôleraient les tenants de l’occupation. On se souvient que le journal français le Figaro, après une enquète menée en Haiti autour du trafic de la drogue, du crime organisé et de la corruption en Haiti durant les deux ans du régime de facto en Haiti a pointé du doigt ce neveu de l’ex Premier Ministre de facto Gérard Latortue et l’a même appelé: “Monsieur 30% .” Il recevait 30% de toutes les tractations du régime de facto et des affaires louches et ténébreuses.

    Ensuite vient le nom du moins connu, Pasteur Andris Riché, Sénateur de la Grand-Anse qui s’est fait remarquer par un subterfuge monté de toute pièce, il y a 2 semaines: La zone et le scénario étaient déjà choisis. Il ne manquait plus que les acteurs. Soudain arrive un truc dénommé la caravane parlementaire venant dont ne sait quelle mission louche et obscure. Tout ce que nous savons est que ce truc tient son financement de l’occupant.

    Avant d’atteindre la zonede Ti Tanyen, le cortège parlementaire manque deux voitures, celle de Joseph Lambert et celle d’Andris Riché. Non loin de là, et dans l'obscurité, les phares allumés, les voitures du cortège s’immobilisèrent pour attendre les fameux retardataires. Après quelques instants, en trombe, la voiture de Joseph Lambert dépassa le reste du cortège immobilisé.

    On apprenait plus tard que la voiture du Sénateur Andris Riché aurait été interceptée et les passagers dont le Sénateur ont été kidnappés. Que fit son chauffeur? Que firent ses agent de sécurité armés? Qu’est devenue sa secrétaire qui était dans la voiture? Disposaient-ils de radios communication? De téléphones cellulaires? On ne le saura jamais peut-être. Mais, l’on sait que du fond de l’obscurité, au milieu des kidnappeurs et de la végétation sauvage caractéristique de cette zône, le Sénateur Andris Riché s’est héroïquement échappé des mains de ses ravisseurs.

    Il existe plusieurs versions légèrement différentes les unes des autres de ce scénario qui est comme un puzzle dont on a du mal à retrouver tous les morceaux. Pourtant, dès le lendemain de ce coup de théatre, le Sénateur Joseph Lambert apparaissant comme le vrai metteur en scène du coup, ne s’est pas ménagé de citer le nom de Bélony, comme étant le principal instigateur de ce soit disant kidnapping. Bélony est un leader populaire de la zonede Bois Neuf.

    Après cette mise en scène, la presse rapporta l’histoire de plusieurs scène de kidnapping, dont des autobus détournées qui auraient eu lieu dans cette zoneet dont les auteurs sont des personnes montées à bord des autobus depuis la ville de Saint Marc, bastion du violent groupe de l’ex opposition des 184, le RAMICOSM (Rassemblements des Militants Conséquents de Saint Marc), dont les membres sont devenus depuis un certain temps les plus surs alliés et hommes de main d’un puissant Sénateur de l’Artibonite.

    D’un coup des organisations estudiantines comme le FEUH, la Fédération des Etudiants et Universitaires Haitiens, le GRAFNEH, le Grand Front National des Etudiants Haitiens sont montés au crénau pour lancer des mots d’ordre de manifestation contre l’insécurité, qui ont rassemblé une trentaine de personnes. Alors qu’ils ont déjà organisé quelques petites, mais violentes manifestations contre l’occupation, ils appelent les soldats des forces d’occupation à assurer la sécurité de la population.

    C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre que le nouveau massacre des soldats de la MINUSTHA à Bois Neuf, un quartier de Cité Soleil est un cadeau de Noël, mais un cadeau empoisonné qui s’inscrit dans la droite ligne du complot de trahison, un complot ourdi par les tenants de l’occupation pour faire disparaitre Fanmi Lavalas, c’est à dire cet outil que s’est donné les masses populaires pour luttre contre l’exclusion bi-séculaire.

    Cependant par voie de conséquence, il nous faut comprendre que se mobiliser, lutter contre la trahison, c’est également se mobiliser et lutter contre l’insécurité et le kidnapping, c’est également se mobiliser et lutter contre l’occupation de notre pays et le projet de sa mise sous tutelle, c’est aussi se mobiliser et lutter contre le kidnapping du 29 Février 2004 et de toute les autres formes de kidnapping, c’est lutter contre le retour des ex-Forces Armées et contre la mise en place de ce qu’ils appellent la gendarmerie, pour que jamais le kidnapping ne se reproduise plus en Haiti et que nous puissions arriver au retour réel de la démocratie dans notre pays

    * Lovinsky Pierre-Antoine

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  • A la suite des attaques américaines en Somalie cette semaine, Issa Shivji soutient que les Africains ont constamment signalé le danger d’un plan de l’armée américaine d’attaquer la frontière côtière de l’Afrique de l’Est.

    Le 9 janvier 2007, au moment où nous nous étions dans l’ambiance de l’affectation de Dr Migiro, la BBC a publié qu’un avion AC – 130 de l’Armée de l’Air Américaine avait bombardé un site en Somalie tout près de la frontière kenyane. L’excuse était celle que l’on connaît d’habitude – détruire les soi- disants agents d’al-Qaida qui, comme les Américains l’ont constamment diffusé dans leur propagande, font partie de l’Union des Tribunaux Musulmans. Les avions ont effectué leurs vols à partir d’une base aérienne américaine se trouvant dans un autre pays africain, le Djibouti.

    Ceci est une tournure très très sinistre des événements. Les Africains ont constamment signalé le danger d’un plan militaire contre la frontière côtière de l’Est. Pourtant, nos « dirigeants » ont, sans réfléchir, soutenu cette puissance militaire vicieuse. Dans la Corne, l’Ethiopie qui est lourdement militarisée est devenue leur « agent sur la scène », assumant la sale besogne du faiseur de guerre américain.

    Premièrement, les Américains ont fait une percée à travers une résolution du Conseil de Sécurité d’envoyer une force africaine de maintien de la paix en Somalie. Ceci était uniquement une couverture ; n’importe qui aurait pu s’en rendre compte. La partie la plus importante de cette résolution n’était pas tellement la force de maintien de la paix mais la suppression de l’embargo sur la vente des armes imposées par les Nations Unies (ONU) contre la Somalie. La résolution a donné une certaine légitimité – même si elle est petite, à la présence militaire de l’Ethiopie dans ce pays ravagé par la guerre. Unilatéralement, avec bien entendu le feu vert des Etats-Unis, l’Ethiopie envahit la Somalie ostensiblement pour appuyer le soi-disant gouvernement Fédéral de Transition (GFT).

    Le GFT est une blague cruelle. Il est composé d’ex-seigneurs de guerre qui ont entretenu les tueries en Somalie pendant les 15 dernières années. Ces seigneurs de guerre sont soutenus par les Etats-Unis et les Ethiopiens. Il n’a tout simplement pas de base en Somalie. Il n’y a aucun gouvernement en Somalie, même avec les moindres racines, qui aurait jamais eu des alliances avec l’Ethiopie, qui est essentiellement une force d’occupation.

    Regrettablement, la Tanzanie a co-sponsorisé la Résolution du Conseil de Sécurité. Pire encore, la Tanzanie est le seul pays africain qui est membre du Groupe International de Contact sponsorisé par les Américains. Les autres membres sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Norvège, la Suède, l’Italie et l’UE. L’UA, la Ligue Arabe et le Kenya ont pris part en tant qu’observateurs. Le groupe de contact … visait clairement de passer à côté…… ???? Qu’est-ce que l’IGAD (IGAD). Ce n’est pas surprenant que le Kenya ait été fâché lorsque la Tanzanie, sans consultations d’usage avec le Kenya, a accepté de faire partie du Groupe de Contact.

    L’Ethiopie a rompu ses liens avec l’IGAD quand elle a envahi la Somalie. Les Etats-Unis ont rompu avec le Groupe de Contact quand ils ont frappé la Somalie. Beaucoup à faire pour le maintien de paix collectif au niveau régional et international !
    Qui a autorisé les Etats-Unis à frapper au fond d’un territoire se trouvant au cœur-même de l’Afrique ? Ne soyons pas emportés par la soi-disant présence d’Al-Qaeda. Ceci n’est pas la première fois que les Américains racontent un mensonge flagrant. Ils l’ont fait à Shifa Pharmaceutical Plant au Soudan. Les Américains ont dit qu e cette usine était en train de produire du Gaz VX. En réalité, elle produisait des médicaments. Clinton le savait, mais des vies humaines, sauf des vies américaines, comptent peu pour les présidents des Etats-Unis. Encore, Bush a raconté un mensonge comme quoi Saddam cachait des armes de destruction massive. Il a encore menti que Saddam avait des connections avec les terroristes. Nous avons vu les résultats.

    Si nous nous taisons à propos des avions militaires américains qui survolent les espaces aériens de l’Afrique, ils vont peindre nos terres en rouge avec le sang. En moins d’une décennie, les Américains ont rasé jusqu’au sol deux pays, prétendument en recherchant des terroristes. Cette frappe aérienne est un prélude à l’expansion du théâtre de la Guerre du Moyen-Orient à l’Afrique. Nous oublions ceci rien qu’à notre péril. La guerre des Etats-Unis contre le terrorisme » est pire que les guerres chaudes indirectes que les Etats –Unis ont soudoyées sur le continent à l’époque de la Guerre Froide. Maintenant, ils sont en train de fomenter et de soudoyer des guerres civiles dans lesquelles des Africains vont combattre des Africains, non seulement à travers des frontières mais à l’intérieur des frontières - Musulmans contre Chrétiens, modérés contre extrémistes, radicaux contre libéraux. Ça ne veut rien dire pour eux. Pendant la guerre Iran - Irak, Kissinger a lancé cette raillerie :« Laisser les deux maisons brûler » ! Et lorsqu’on lui a posé des questions sur la mort d’un demi-million d’enfants irakiens à la suite des sanctions, Madeleine Albright attisa le ton sans aucune honte : « C’est le prix à payer »

    Les Etats-Unis viennent juste d’annoncer la formation d’un commandement africain au sein de leurs forces armées pour « entraîner les troupes africaines » à mener la chasse contre les terroristes (ce qui signifie nos propres gens). La vérité est que, et les porte-paroles américains le disent ouvertement – le commandement a été mis en place pour protéger les ressources pétrolières puisque 25 pour cent des besoins américains en pétrole proviennent de l’Afrique.

    Aujourd’hui, la Somalie dispose de tous les ingrédients de devenir le prochain Afghanistan ou l’Irak. A Dieu ne plaise ! Le peuple de l’Afrique doit se lever pour condamner sans réserve l’attaque américaine. La jeunesse de l’Afrique doit comprendre que la macDonaldisation du monde est accompagnée par la macDonnersiation (MacDonnel Douglas est une firme américaine qui s’occupe de satisfaire aux demandes en matière de défense) Ne soyez pas ébahis par la mondialisation.

    Le mondialisation est la phase la plus militarisée de l’impérialisme, tout comme elle est le visage horrible du capitalisme.

    Issa Shivji est professeur de droit en retraite.

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    LIENS AUX ARTICLES SUR LA SOMALIE

    Les Rédacteurs

    - Somalia as a Military Target ( La Somalie en tant que Cible Militaire)
    http://www.fpif.org/commentary/2002/0201somalia.html

    - Conflict en Somalia: Islamic Courts Abandon Mogadishu as UN Warns of Humanitarian Crisis (Conflit en Somalie: Les Tribunaux Musulmans Abandonnent Mogadishu alors que les Nations Unies signalent le danger d’une Crise Humanitaire)
    http://www.socialistworker.org/2007-1/614/614_06_Somalia.shtml

    - Somalia: Hold the applause (Somalie, attendre d’applaudir)

    - Somalia Victimized by U.S., Ethiopia and Their Warlord Allieshttp://www.blackagendareport.com/index.php?
    option=com_content&task=view&id=29

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