Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA), réuni le 21 janvier 2008 à Addis-Abeba sur la crise anjouanaise, a décidé de proroger d'un mois les sanctions précédemment prononcées contre les autorités rebelles de l'île d'Anjouan (gel de leurs avoirs financiers et une interdiction de voyager contre près de 145 personnes proches du colonel Mohamed Bacar). Le Conseil s'est abstenu de prendre de nouvelles mesures contre le gouvernement anjouanais en attendant la réunion ministérielle des pays de la région dont aucune date n'a été arrêtée.
Tagged under GouvernanceLe ministère camerounais de la Fonction publique et de la Réforme administrative a débusqué 22.877 fonctionnaires en situation obscure dans 37 administrations, à l’issue des opérations d’assainissement du fichier solde de l’Etat qui se sont achevées en fin août 2007. Dans le lot des personnes dont la situation reste à clarifier, 2.734 agents publics présentent des faux actes de carrière (actes de nomination, faux avancements et reclassements, indemnités).
Tagged under GouvernanceLe Congrès National Africain (ANC) essaye de protéger quelques uns de ses membres contre les Scorpions, l’unité de la police chargée de réprimer la répression, ont indiqué des partis de l’opposition. Selon l’Alliance Démocratique (DA, opposition) et le ‘United Democratic Movement’ (Mouvement Démocratique Uni, UDM), l’ANC n’a jamais donné de raisons valables pouvant justifier la dissolution de l’unité des Scorpions exerçant les fonctions de police et qui devraient être reversés dans la police nationale en juin 2008.
Tagged under GouvernanceLe Guide la révolution libyenne, Mouammar El Kadhafi, a rejeté l’idée selon laquelle l’unité africaine doit être précédée de l’intégration des grands ensembles régionaux du continent. Invité spécial de la 33è session des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Ouagadougou, ouverte le 18 janvier, Kadhafi a estimé à l’occasion que l’intégration régionale ne s’aurait être le premier pas décisif vers l’intégration continentale.
Tagged under GouvernanceLe procureur de la République, Firmin Féïdiro, a requis lundi une peine de deux ans d’emprisonnement ferme et une amende de trois millions de FCFA contre le directeur de publication du journal «Les collines de l’Oubangui», Faustin Bambou. M. Bambou est poursuivi pour diffusion propagande de nature à inspirer aux citoyens le mépris des autorités et inciter à la révolte. L’affaire a été renvoyée en délibéré pour le lundi 28 janvier prochain.
Tagged under GouvernanceLe gouvernement kenyan a annoncé le lundi 21 janvier que les opérations ont repris de façon normale au port de Monbasa, avec le transit de plus de 680 conteneurs expédiés vers plusieurs destinations, notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi (pays enclavés) et le Congo. Le commerce international, notamment les importations et les exportations avaient été durement affectées par la montée de la violences qui ont suivi la réélection de Mwai Kibaki à la tête du pays, mais qui s’est à présent apaisée.
Tagged under Gouvernance MaliLa pêche artisanale au Cameroun est contrôlée à plus de 80 pour cent par les étrangers, notamment les Ouest-africains, selon les services du ministère de l’Elevage, des pêches et des industries animales (MINEPIA). Selon la direction de la Pêche, sur les 25 000 pêcheurs répertoriés dans ce secteur de production, les Camerounais ne représentent que 16,5 pour cent des effectifs, derrière les Nigérians (68 pour cent). Les autres communautés les plus représentatives sont les Béninois, les Ghanéens, les Libériens, Maliens, Sénégalais et Sierra léonais.
Tagged under GouvernanceLe chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo a estimé que la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui ont paraphé des accords intérimaires de partenariats économiques (APE) avec l'Union européenne, n’ont pas bénéficié de la solidarité de cette institution. Selon lui, «la Commission de la CEDEAO n’a pas fait son travail », sachant qu’au 31 décembre 2007 tombait l'échéance pour la signature des APE.
Tagged under GouvernanceL'Ivoirien Philippe-Henry Dacoury-Tabley est le nouveau gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Il succède ainsi à un autre Ivoirien, Charles Konan Banny. Mais sa nomination intervient après deux années marquées par des velléités de certains pays membres de l'Uemoa à vouloir changer le gentleman agreement qui a toujours prévalu, à savoir que la présidence de l'institution revienne toujours à la Côte d'Ivoire. Le principe de rotation au niveau de la gouvernance, ainsi souhaité, interviendra avec le prochain mandat.
Tagged under GouvernanceLa rencontre de Bouznika des 25-26 et 27 Janvier 2008 s’inscrit dans la mobilisation mondiale des mouvements sociaux. Et de ce fait les thèmes qui y seront abordés sont à dimension maghrébine, africaine et mondiale. Ils ne sont pas spécifiques au Maroc. Bien qu’ils soient abordés selon une sensibilité locale et sur la base du vécu et des expériences locales, ils découlent des exigences de lutte commune et de dialogue entre les mouvements sociaux du Maghreb, de l’Afrique et du monde entier.
Tagged under GouvernanceLes organismes de défense de la liberté de la presse s’accordent à dire que la multiplication des arrestations et des actes d’intimidation et de harcèlement à l’encontre des journalistes au Niger entrave le développement de ce pays, qui compte parmi les plus pauvres du monde. Au moins 14 journalistes ont été arrêtés au Niger, en 2007. Dans son enquête annuelle, publiée le 9 janvier, la Fondation pour les médias en Afrique de l’Ouest (MFWA), sise au Ghana, a annoncé avoir observé 23 cas de violation de la liberté de la presse au Niger en 2007.
Tagged under Gouvernance NigerSous l'égide de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), les pourparlers au Zimbabwe pour mettre fin à l'impasse politique entre le parti au pouvoir, la ZANU PF et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, ne tiennent qu'à un fil. Les discussions ont repris le 13 janvier sous la supervision directe du président sud-africain Thabo Mbeki, qui est actuellement sous pression pour conclure les négociations avant les élections. La constitution du Zimbabwe dispose que le mandat présidentiel actuel de six ans prend fin le 31 mars 2008 et convoque la tenue des élections avant cette date.
Tagged under GouvernanceMilton Blayee, un ancien rebelle libérian surnommé "général Butt Naked", a reconnu avoir tué environ 20 000 personnes avec ses confrères. Cet ancien rebelle, devenu aujourd'hui pasteur évangéliste engagé, a confessé devant la Commission Vérité et Réconciliation ( CVR) qu'il lui faillait faire un sacrifice humain avant d'aller combattre au front, et il s'agissait d'une tradition en sa qualité du prêtre de l'ethnie Krahn. Milton Blahyi était un combattant redouté du Mouvement uni de libération pour la démocratie (Ulimo) favorable au président Samuel Doe.
Tagged under Gouvernance LiberiaLes manifestations contre la modification de la Constitution du Cameroun sont interdites dans la province du Littoral, dont Douala. Dans son message à l'occasion du Nouvel an, le président camerounais, Paul Biya, avait annoncé la révision prochaine de la Constitution du pays, notamment son article limitant à deux les mandats présidentiels. Selon les dispositions actuelles de la Constitution camerounaise, le président Biya, dont le mandat expire en 2011, ne pourra plus se représenter. Arrivé au pouvoir en 1982, suite à la démission de Ahmadou Ahidjo, il avait été élu en 1997 et réélu en 2004.
Tagged under GouvernanceLe Conseil des ministres du Gabon, réuni le jeudi 17 janvier, s'est élevé contre les propos tenus par le secrétaire d'Etat français à la Coopération et à la Francophonie, Jean-Marie Bockel. Ce dernier avait exhorté le président Sarkozy à "ne plus céder à un certain nombre de caprices, un certain nombre de demandes incohérentes de certains pays qui ont d'un côté une rente pétrolière qu'ils ne consacrent pas aux investissements qu'ils nous demandent de financer". Pour le gouvernement gabonais, "de tels propos ne peuvent être mus que par l'ignorance des réalités de la coopération franco-africaine".
Tagged under Gouvernance GabonLe gouvernement congolais a arrêté l'avant-projet du budget de l'Etat pour l'exercice 2008, fixé en recettes et en dépenses à la somme de 1 671 milliards de FCFA. L'enveloppe est en hausse de 294 093 milliards de FCFA par rapport à l'année précédente. Pour ce budget, les recettes pétrolières sont estimées à 1 321 milliards de FCFA, contre 1 054 milliards de FCFA en 2007, alors que les recettes hors pétrole devraient atteindre 300 milliards de FCFA, en augmentation de 32,9 milliards de FCFA par rapport à l'année précédente.
Tagged under GouvernanceLe président centrafricain François Bozizé a nommé, le mardi 22 janvier, le recteur de l'université de Bangui, Faustin-Archange Touadéra, au poste de Premier ministre. Il remplace Elie Doté, dont le gouvernement a démissionné le 18 janvier par souci de "préserver la paix sociale, la cohésion et la concorde nationales". Nommé à ce poste le 12 juin 2005, après la victoire de François Bozizé à l'élection présidentielle, M. Doté, 60 ans, a fait les frais des contestations syndicales nées des réformes sociales.
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CONFLITS ET URGENCES : Côte d’Ivoire : Le désarment, un espoir de vie meilleure pour les ex-rebelles
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Retrait du partenaire clé du projet «un enfant, un ordinateur portable»Tagged under GouvernancePour beaucoup de par le monde – et même pour nombre des Kenyans, la violence qui a suivi l’élection présidentielle du 27 décembre 2007 au Kenya se présente comme une surprise. Malheureusement, cela n’aurait pas dû être le cas. La conjugaison de facteurs économiques et ethnico-politiques au Kenya avait créé un mélange explosif qui n’attendait que le bon – ou « mauvais » moment pour exploser. Lors de l’élection de 2002, on avait presque frôlé la catastrophe; cette fois par contre les circonstances favorables qui l’avaient entourée ne se sont pas présentées à nouveau.
La « démocratie » dans la vie politique au Kenya
Pour comprendre la crise au Kenya dans le contexte de sa situation nationale, régionale et mondiale, il est nécessaire de s’intéresser à la nature du régime qui a suivi l’indépendance en 1963. La Grande Bretagne s’était retiré du pays sur fond de peur bleue que la révolte anticoloniale Mau Mau de 1952-1960 pourrait empiéter sur la pratique politique du nouvel Etat et déboucher sur une violence accrue. Rien de pareil ne s’est passé, en partie grâce à l’accession à la présidence du leader du mouvement nationaliste Jomo Kenyatta qui, une fois arrivé au pouvoir, est passé d’un nationalisme radical à une pratique politique conservatrice de type bourgeois.
Kenyatta appartenait au groupe ethnique des Kikuyu (ou Gikuyu) et l’énigmatique mouvement Mau Mau était en grande partie un phénomène Kikuyu (la plupart des 12 000 rebelles ou "suspects" tués par les forces coloniales dans une brutale campagne étaient des Kikuyu). Ceci avait fait croire à tort aux Britanniques que Kenyatta était le leader des Mau Mau. Mais dans tous les cas, en devenant président, Kenyatta – chef de l’Union Nationale Africaine du Kenya (Kanu) dans un système de parti unique – adhérait à la politique extrémiste tribaliste et a gagné à ses vues la nouvelle bourgeoisie « kenyane » composée des Kikuyu et des membres des tribus connexes telles que les Embu et les Meru. Au moment de sa mort en 1978, la plupart des richesses du pays et le pouvoir étaient entre les mains de l’organisation qui regroupaient toutes ces tribus : L’Association Gikuyu-Embu-Meru (GEMA).
Le Kenya compte quarante huit tribus, dont trois à elles seules - les Kikuyu, les Luo et les Luhyia – représentent près de 65% de la population. Au même moment, les tribus GEMA qui pendant le règne de Kenyatta (1963-78) représentaient près de 30% des Kenyans, s’étaient concentrés dans la région montagneuse de la province centrale. (…) Pendant le règne de Kenyatta le deal était simple: les Kikuyu et leurs parents de moindre envergure, après s’être mis en accord avec les tribus minoritaires, géraient tout. Les Luo, qui ont finalement tenté de défier ordonnancement, ont été marginalisés par la force sous les yeux des Luhyia plutôt prudents.
Après la mort de Kenyatta en 1978, son vice-président Daniel arap Moi – qui appartenait à la tribu minoritaire des Kalenjin – a hérité du pouvoir, avec l’assentiment qu’il ne violerait pas l’arrangement conçu pour maintenir les deux autres grandes tribus (et en particulier les Luo) hors du pouvoir. Mais Moi a utilisé son nouveau statut pour diviser de manière intelligente ses alliés Kikuyu (parmi eux l’homme qui devait lui succéder comme président, Mwai Kibaki), dans le but évident de les reléguer au second plan.
Avant 1986, Moi avait concentré la réalité du pouvoir – et l’essentiel des avantages économiques qui vont avec – entre les mains de sa tribu des Kalenjin et une poignée d’alliés appartenant à des groupes minoritaires. Mais la domination des Kikuyu avait seulement été contenue, pas détruite. Sous le règne de Jomo Kenyatta, ces derniers – qui jouaient les martyrs en raison de leurs souffrances pendant “l’état d’urgence” Mau-Mau, et comptant sur le soutien tacite du gouvernement - avaient étendu leur influence bien au-delà de leurs territoires traditionnels et « repris les terres qui leur volées par les Blancs », même lorsque ces dernières appartenaient précédemment à d’autres tribus. Ainsi, les « colons » Kikuyu s’étaient déployés partout au Kenya, créant souvent de sourdes hostilités en milieu rural.
Daniel arap Moi, fera montre d’un art consommé pour tourner l’équilibre ethnico politique à son avantage. Les deux premières élections multipartites, suite à l’émergence d’autres mouvements défiant le Kanu (en 1992 et 1997), ont ainsi été l’occasion pour l’Etat de gérer avec doigté la violence ethnique en vue de réaliser deux objectifs : mettre les kikuyu hors d’état de nuire et dresser les alliés minoritaires des Kalenjin les uns contre les autres afin de mieux les contrôler.Cependant, au moment où survient l’élection de 2002, le système avait fini de suivre son cours : les bailleurs de fonds étrangers se détournaient du pays, le président Moi (après vingt-quatre ans de règne) vieillissait, et l’opposition “démocratique” prenait de la vitesse. Mais si tout le monde s’accordait sur le principe de débarrasser le Kenya de son Etat autoritaire dirigé par les Kalenjin, la question de savoir qui le remplacerait restait ouverte.
Moi pensait que la meilleure façon pour lui de maintenir son influence sur la politique, après avoir quitté la présidence, serait de choisir le propre fils de Kenyatta, Uhuru, comme candidat du parti au pouvoir. Cette manœuvre, à ses yeux, rallierait tous les Kikuyu derrière un symbole prestigieux mais vide (Uhuru n’était pas particulièrement brillant et son nom sonnait plus fort que sa personnalité). Mais le stratagème a eu l’effet inverse et l’opposition se rallia à l’homme politique chevronné kikuyu qu’était Mwai Kibaki, créant ainsi une situation exceptionnelle dans laquelle tous les deux candidats les plus en vue appartenait à l’ethnie kikuyu. Toutefois, ils étaient très différents à bien des égards : l’un incarnait le fantôme de la quasi-dictature d’hier, tandis que l’autre était perçu comme une lueur d’espoir de voir l’ouverture démocratique se produire.
Ce contraste a fort heureusement débarrassé l’élection de son caractère ethnique, la transformant en une confrontation entre l’ancien et le nouveau. A l’époque, Raila Odinga, homme politique le plus en vue de l’ethnie luo, battait une campagne sans relâche pour Kibaki et mobilisait ses partisans tribaux derrière un homme perçu comme le candidat du changement. Le marasme économique qui a caractérisé les années précédentes a fait que la plupart des espoirs placés en Kibaki étaient à caractère économique, avec cette vision qu’il relancerait l’économie et procéderait ensuite à une répartition plus équitable des retombées.
L’Administration Kibaki
Mwai Kibaki a été élu président de la république en décembre 2002 avec plus de 62% des voix. Les bailleurs de fond étrangers du pays se sont empressés de qualifier le scrutin de “triomphe de la démocratie”. Ils avaient raison d’une certaine manière – le scrutin avait été libre et démocratique, et le candidat du changement avait été élu. Mais, sous un autre rapport, c’était comme prendre ses désirs pour des réalités, car ce qui apparaissait comme une “détribalisation” de l’élection était plus un concours de circonstances fortuites qu’une perte de vitesse de la force d’attraction de la politique à caractère ethnique.
N’empêche, les mots clés qui ont dominé la campagne avaient été l’« espoir » et le « changement », et dans une certaine mesure la nouvelle administration Kibali a réussi à tenir ses promesses. L’économie a effectivement été relancée et le Kenya a enregistré une reprise économique spectaculaire largement basée sur les recettes économiques keynésiennes et profitant d’un environnement international favorable.
Ceci s’illustre par le taux annuel de croissance durant la période 2002-2007, qui révèle une amélioration progressive passant de -1,6 % en 2002 à 2,6% en 2004, 3,4 en 2005 et une estimation de 5,5% en 2007. Mais ceci n’était qu’une seule face de la pièce. De l’autre côté, les inégalités sociales se sont intensifiées, les fruits de la croissance économique ont été distribuées de manière disproportionnée en faveur des riches (et, parmi ceux-ci, aux riches Kikuyu) et la corruption a atteint des proportions inédites qui rappellent à bien des égards les excès des années du règne de Moi.
Lorsque John Githongo, l’homme nommé par le président Kibaki pour combattre la corruption, a sonné l’alerte en janvier 2005, il a dû aller se réfugier en Grande Bretagne craignant pour sa vie. Githongo est lui-même Kikuyu, et sa dénonciation d’une longue série de scandales financiers dans laquelle des centaines de millions de dollars avaient disparu avait été perçue comme une trahison de sa tribu ainsi que du gouvernement qu’il servait.
En outre, la situation sécuritaire au Kenya s’était vite détériorée, les citoyens ordinaires étant les principales victimes d’un triple processus:
- une montée fulgurante de la criminalité dans les zones urbaines,
- des revendications agraires rivales débouchant sur des batailles rangées entre des groupes ethniques se battant pour la possession des terres, surtout autour du Mont Elgon et à Kisii,
- une vendetta entre la police et la secte Mungiki, qui a causé la mort de plus de 120 personnes au cours de la période de mai-novembre 2000.Mungiki est un croisement bizarre le néo-traditionalisme pré-chrétien des Kikuyu et une bande d’extorqueurs de fonds. La secte a effectué des rackets de protection sur les itinéraires empruntés par les matatu (taxi collectifs), qui l’ont aidée à prospérer dans les voisinages urbains les plus pauvres et dans les squatter des paysans sans terres de la province centrale ; elle a également une tradition consistant à louer les services de ses nervis à des candidats en lice au cours des campagnes électorales.
En 2002, les Mungiki avaient soutenu le camp perdant d’Uhuru Kenyatta. Cette alliance leur ayant coûté cher en termes d’influence politique, ils ont tenté en vain de reconquérir le terrain perdu en intensifiant leur emprise terroriste sur la population vivant dans des taudis et sur les propriétaires des matatu.
Le résultat conjugué de ces diverses opérations était un sentiment de profond mécontentement – pas autant envers la personne du président Kibaki que de son entourage, avec ses inconditionnels voleurs, et avec son incapacité à compatir et à faire quelque chose au sujet du sort des pauvres Kenyans (rendu d’autant plus choquant par le niveau de croissance économique que connaissait le pays). Raila Odinga, le candidat du Mouvement Démocratique Orange (MDO), était alors en mesure de faire fonds de cette frustration d’une manière qui faisait apparaître des motivations de divers ordres:
- ethnique : les Kikuyu s’étaient emparé de tout et toutes les autres tribus avaient perdu,
- politique : Kibaki n’a pas tenu ses promesses de changement,
- social : la criminalité et la violence sont hors de contrôle
- économique : à quoi sert la croissance économique si ses retombées ne sont pas ressenties par les citoyens ordinaires.Alors que la campagne électorale s’approchait de son point d’orgue en décembre 2007, l’opposition représentée par le MDO jouissait d’une large avance dans les sondages d’opinion et semblait prête à bouter hors du pouvoir le Parti de l’unité Nationale de Kibaki (PNU)
L’élection de décembre 2007
Les élections du 27 décembre 2007 ont été à la fois des élections présidentielle et législatives. Au niveau législatif, 2.548 candidats issus de 108 partis politiques se sont disputés 210 sièges ; au niveau présidentiel, trois candidats – le président sortant Mwai Kibaki , le leader du MDO Raila Odinga et l’ex-ministre des Affaires étrangères Kalonzo Musyoka (qui est entré en dissidence contre le MDO) – étaient en lice.
Tout le monde (y compris lui-même) savait que Kalonzo Musyoka n’avait aucune chance de remporter l’élection présidentielle et qu’il cherchait simplement à occuper la position stratégique d’allié post-électoral qui pourrait vendre son soutien au candidat sorti en tête du scrutin avec une légère avance sur son rival, pour lui reporter ses voix. Kalonzo Musyoka appartient à l’ethnie des Kamba, et les Kamba – quoique étroitement liés aux Kikuyus avaient choisi de soutenir le camp britannique durant la révolte des Mau Mau. Ceci leur confère un statut hybride dans le paysage ethnico politique du Kenya, dans lequel ils ont la capacité de s’allier aux Kikuyus ou de voter contre eux.
Le scrutin a été controversé pour un certain nombre de raisons. Les listes électorales ont fait l’objet d’une révision incomplète ou, dans certains cas, n’ont même pas été révisées. Les noms de personnes décédées figuraient encore sur les listes électorales et les électeurs ayant changé de domicile n’ont pas vu leurs noms rayés et se sont réinscrits à leur nouvelle adresse. Les règles régissant l’assistance qui pourrait être donnée aux électeurs analphabètes (près de 80% du corps électoral dans des circonscriptions éloignées) n’ont pas été rigoureusement appliquées. Les observateurs nationaux et étrangers n’avaient pas toujours accès aux bureaux de vote, et plus tard aux bulletins de vote.
Mais tout compte fait, la partie législative des élections s’est correctement déroulée. Vingt deux partis ont obtenu des sièges, quoique seuls quatre partis politiques puissent être considérés comme “sérieuses” (les dix-huit autres ont eu entre un et trois députés, partageant un total de vingt huit sièges) :
- Le MDO de Raila Odinga a obtenu quatre-vingt douze sièges,
- Le PNU de Mwai Kibaki a obtenu trente quatre sièges
- L’ODM-K faction dissidente de Kalonzo Musyoka a obtenu seize sieges
- Le Kanu de Uhuru Kenyatta a obtenu onze sièges.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : avec 45% des députés, l’opposition dispose d’une majorité absolue sur l’administration actuelle.Voilà ce qui explique que les résultats de l’élection présidentielle sont effectivement suspects. La Commission électorale du Kenya (ECK) a déclaré le 30 décembre que Kibaki avait recueilli 4.584.721 voix contre 4.352.993 pour son rival Raila Odinga, et a immédiatement procédé à l’installation officielle du président sortant comme président de la république. Cette faible marge (d’un peu plus de 230.000 voix, soit environ 2,5% des suffrages exprimés) est très fragile en raison des faits suivants.
Dans soixante douze des circonscriptions électorales, les chiffres sur les feuilles d’émargement signés par les membres de la ECK et les représentants des candidats sont différents des chiffres publiés par la Commission nationale de recensement des votes. Dans la circonscription de Ole Kalou, par exemple, les chiffres de la ECK locale créditent Mwai Kibaki de 72.000 voix et Raila Odinga de 5.000 voix sur 102.000 suffrages enregistrés. Avant que les chiffres pour la même circonscription ne soient publiés au niveau central, le décompte des voix de Kibaki avait atteint 100.980 voix (soit 99% des électeurs inscrits).
La même tendance s’était répétée ailleurs. Dans la circonscription de Elmolo, la ECK locale avait crédité Kibaki de l’avoir remporté avec 50.145 voix, ce chiffre a été porté par la suite à 75.261 voix au niveau national. Dans celle de Kieni, l’écart était de 54.337 (au niveau local) et 72.054 (au niveau national). Dans diverses autres circonscriptions (Lari, Kandara, Kerugoya) plusieurs autres centaines avaient "voté" dans l’élection présidentielle que dans les législatives, même si les deux scrutins ont eu lieu en même temps.
Tout ceci laisse penser à une forme limitée mais généralisée de bourrage des urnes qui n’aurait pas eu de telles conséquences désastreuses si la course à la présidence n’avait pas été si serrée. Le 1er janvier, le président de la ECK, Samuel Kivuitu, a reconnu : "Je ne sais pas celui qui a remporté l’élection et je ne le saurai que lorsque j’aurai accès aux archives originales, ce que n’est actuellement pas dans l’ordre du possible à moins que les tribunaux ne l’autorisent".
Il semble que le vote en faveur de Mwai Kibali ait été artificiellement gonflé, et que celui pour Raila Odinga n’ait fait l’objet d’aucune manipulation. Les preuves en attestent à suffisance : même si le redécoupage abusif des circonscriptions électorales avait dénaturé le scrutin des législatives par rapport à la présidentielle (pendant le règne de Moi, les circonscriptions kikuyu “défavorables” avaient vu leur poids démocratique fortement érodé de cette manière là), comment la tendance pro-MDO au niveau parlementaire pourrait-elle se transformer en un soutien contradictoire en faveur du président anti-MDO ? La perspective d’un vote à double personnalité est lointaine, puisqu’elle requiert que presque tous ceux qui votent pour les partis minoritaires votent également pour Kibaki.
La suite sanglante
Les résultats de cette manipulation ont été désastreux (Ndlr : le chiffre de 700 morts est avancé). Presque immédiatement après que la ECK a déclaré Kibati vainqueur, les taudis de Nairobi et la province occidentale ont explosé, la violence des habitants des taudis exprimant leur frustration sociale et les attaques des habitants de la province occidentale à coup d’incendie criminel et d’attaques à la machette, le fruit de la haine des « colons » Kikuyu. La violence politique doit donc être perçue comme ayant un caractère à la fois tribal et socio-économique ; parce que, même si tous les Kikuyus bénéficient des largesses du régime, plusieurs bénéficiaires riches du régime sont des Kikuyus. Une telle situation rappelle – surtout pour les Luo – les frustrations des années 1960 et 70.
Cependant, le vote en soi était d’abord et avant tout un vote contre le régime, plutôt qu’un vote simplement anti-Kikuyu : six membres du gouvernement seulement ont survécu au raz-de-marée, et nombre des victimes – y compris le vice-président Moody Awori, le ministre du plan Henry Obwocha, le ministre des routes Simeon Nyachae, et le ministre du tourisme Moses Dzoro – n’étaient pas d’origine kikuyu. Même les quelque Luo ou autres habitants de la province occidentale qui étaient membres du PNU ont perdu leurs sièges. Plusieurs survivants de l’administration Moi – tels que l’ex-ministre Nicholas Biwott ou le propre fils de Moi, Gideon Moi – ont également été battus à plate couture, souvent par des candidats inconnus qui ont facilement conquis leur siège. C’est la raison pour laquelle les partis minoritaires ont remporté autant de sièges : le fait d’être député sortant était un handicap et les électeurs semblaient être prêts à élire quiconque emblait prêt à promouvoir le changement.
C’est lorsque la tendance vers le changement tant attendu semblait sur le point d’être bloquée, encore une fois, par l’homme qui l’avait déjà trahie après 2002 que la violence a explosé. La configuration des deux rapports - Luo-Kikuyu, et Kikuyu avec le pouvoir – signifiait, dans les circonstances actuelles, que la situation ne pouvait tourner qu’au désavantage des Kikuyus.
Pendant que les Luo ont massacré les colons Kikuyu en leur sein dans l’ouest, les bandits Mungiki ont rallié la tribu et se sont mis à tuer les Luo dans les taudis de Nairobi, espérant entrer dans les bonnes grâces des grands patrons de Kiambu, Nyeri et Murang'a. Il y a déjà 250 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et des réfugiés (en Ouganda). Les usines ne fonctionnent pas, plusieurs routes sont fermées et les crises alimentaires et humanitaires pointent à l’horizon. En Ouganda, au Rwanda et dans la partie orientale de la RD Congo, l’interruption des approvisionnements en carburant venant de Mombasa constitue une menace contre le transport. Même la Tanzanie commence à sentir les contrecoups des perturbations. Selon une estimation conservatrice, l’économie kenyane est en train de perdre $30 millions de dollars par jour et les pertes pour la région dans ensemble doivent être beaucoup plus lourde.
Le 2 janvier 2008, Kibaki a annoncé qu’il était prêt à dialoguer avec les parties concernées". Ceci constituait un bon départ mais, encore une fois, le président, âgé de 76 ans, semble prisonnier de son passé (et peut-être de son entourage). Il a fait patienter Desmond Tutu venu d’Afrique du Sud dans un effort de médiation (ce qui contraste avec l’attitude de Raila Odinga qui a immédiatement reçu Tutu) ; et lorsque le 3 janvier le procureur général Amos Wako a annoncé la création des trois comités destinés à trouver une solution à la crise (sur la paix et la réconciliation, sur les aspects médiatiques de la situation et sur les questions juridiques), ces structures étaient remplies de politiciens en perte de vitesse comme Simeon Nyachae, Njenga Karume ou George Saitoti, dont la plupart avaient perdu leurs sièges au terme de l’élection.
Le 7 janvier, Kibaki a invité le président du Ghana, John Kufuor, à reprendre l’effort de médiation qui était proposé au tout début de l’escalade de la violence ; et a proposé de créer un gouvernement d’union nationale avec l’opposition qui (selon une déclaration officielle) "réaliserait non seulement l’unité des Kenyans, mais aussi aiderait dans le processus de salut et de réconciliation". Ceci constitue une rupture habile avec la vantardise de son mot de remerciement précipité du 30 décembre, lorsqu’il avait déclaré: "Mes chers concitoyens, vous m’avez accordé votre confiance en me confortant dans les valeurs et principes... que nous avions définies il y a cinq ans. Vous avez choisi les dirigeants que vous souhaitez être à votre service au cours des cinq prochaines années".
Dans les circonstances actuelles, la prétention n’a été ni véridique ni réaliste. On ne sait pas si les dernières manoeuvres de Mwai Kibaki représentent un véritable changement de position ou un réajustement tactique à des conditions difficiles. De toute façon, la formation d’un gouvernement d’union nationale est maintenant le seul compromis, quoique pénible, disponible pour que la violence au Kenya puisse être contenue et que des progrès soient réalisés au delà ce cauchemar. Après tout, une appréciation juste et franche de ce qui est arrivé au Kenya doit être tenté.
* Gérard Prunier, historien et chercheur au CNRS, spécialiste du Soudan, de l'Afrique de l'Est et de la région des Grands Lacs
* Texte publié par OpenDemocracy, un site web sur les affaires internationales...
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Tagged under Gouvernance Kenyahttp://www.pambazuka.org/images/fr/articles/39/45443dead.jpgLes violents affrontements qui frappent le Kenya depuis l’annonce des résultats de l’élection présidentielle du 27 décembre 2007 ont bien souvent fait l’objet d’un traitement médiatique imprécis voire erroné. L’emploi de registres d’analyse tels que celui de la « guerre inter-ethnique » relève davantage du cliché essentialiste que d’une analyse sérieuse des événements. En plus de donner une image univoque des violences, cette approche estompe les responsabilités politiques dans le déclenchement de la crise. Par ailleurs, l’emploi de termes tels que « génocide » ou « nettoyage ethnique » par certains protagonistes relève de la stratégie politique bien plus que d’une analyse du conflit en cours.
Le déroulement du vote et de la campagne électorale ainsi que l’histoire politique kenyane permettent de mieux appréhender les événements qui viennent illustrer de manière tragique la remise en cause du modèle de l’alternance à la kenyane tout en témoignant de manière paradoxale des exigences démocratiques des électeurs.
Les déceptions d’une première « alternance »
Les élections générales de 2002 virent l’avènement de la première « alternance » au Kenya : Mwai Kibaki, à la tête la NARC, une coalition de partis d’opposition, était élu avec 63,35 % des voix. Cette élection mettait fin aux vingt-quatre années du régime autoritaire de Daniel Arap Moi. Raila Odinga, fils d’une des grandes figures politiques du Kenya des années Kenyatta et ancien prisonnier politique, aujourd’hui candidat malheureux à la présidentielle, était alors allié de Kibaki et membre de la NARC.
À l’annonce des résultats, l’allégresse gagnait les rues de Nairobi : la transition entamée dans les luttes de la fin des années 1980 semblait enfin achevée. Les militants des Droits de l’homme, des membres du clergé et des journalistes engagés dans la lutte pour l’ouverture de l’espace politique estimaient la bataille gagnée. Certains s’associèrent au régime de l’alternance, d’autres délaissèrent leurs activités militantes. Les bailleurs internationaux revinrent, la croissance économique reprit. L’école primaire devint gratuite et les médias audiovisuels se multiplièrent.
Cependant, dès les premiers mois du nouveau régime, les Kenyans déchantèrent. La NARC fut élue sur la base d’un Memorandum of Understanding (MoU) qui prévoyait un partage du pouvoir entre les différentes composantes de la coalition. Il fut rapidement brisé. Une partie de la coalition fut écartée au profit d’une autre, dominée par l’entourage de Kibaki. En 2003 et 2004, des discussions furent organisées afin de mettre en forme un projet de nouvelle Constitution, soumis à référendum. Cependant, un texte différent du projet originel, largement amendé par les Parlementaires, fut présenté aux Kenyans.
La campagne qui précéda le référendum de novembre 2005 donna lieu à des remaniements des alliances partisanes. La rupture était consommée entre le président Kibaki et Raila Odinga, qui prit la tête d’une coalition militant contre l’adoption du projet de Constitution. Cette coalition, qui prit le nom d’Orange Democratic Movement – ODM, rassemblait certaines personnalités de la NARC et de la KANU. En novembre 2005, les électeurs kenyans rejetèrent le texte, ce qui représentait un échec majeur pour l’administration Kibaki.
A ce revers électoral, s’ajoutèrent un immobilisme législatif et plusieurs importants scandales de corruption. La liberté de la presse fut elle aussi menacée, en particulier en mars 2006 lors de l’impressionnant raid policier sur le groupe Standard, qui édite l’un des deux plus importants quotidiens du pays et abrite la chaîne de télévision privée KTN. Au-delà de la continuité législative et constitutionnelle, c’est celle du contrôle du pouvoir économique et des réseaux de redistribution, notamment au sein de l’élite kikuyu, qui caractérise le régime de Kibaki. Elle était potentiellement menacée par l’éventuel accès d’Odinga (originaire de l’ethnie luo) à la présidence.
Par ailleurs, Kibaki est lui-même présent dans la vie politique kenyane depuis les années 1960. Opposant au régime de Moi dans les années 1990, il n’en fut pas moins son vice-président de 1978 à 1988. Plusieurs piliers du régime, dont George Saitoti, étaient également très proches de l’ancien dictateur Daniel Arap Moi. Ce dernier garde une influence importante dans la vie politique du pays. En août 2007, il appela les Kenyans à voter pour son ancien adversaire Kibaki, illustrant par là le fort nomadisme partisan qui caractérise les élites politiques kenyanes.
Une campagne électorale sous surveillance
Le déroulement de la campagne électorale contraste avec la violence des affrontements actuels. En effet, si des violences ont été rapportées, notamment dans la région du Mont Elgon (Ouest du pays), ces affrontements relèvent d’entreprises politiciennes locales et se greffent sur des conflits fonciers anciens. Globalement, la campagne électorale s’est déroulée dans le calme. Elle s’est caractérisée par une implication importante des organisations de défense des droits de l’homme. Comme les associations d’éducation civique, elles ont multiplié les appels à la non-violence et découragé le recours aux critères ethniques dans le choix des dirigeants. La Kenya National Commission on Human Rights (KNCHR) et notamment son président Maina Kiai ont investi les médias pour dénoncer régulièrement les dérives de différents partis. Ils ont notamment pointé du doigt l’utilisation des ressources gouvernementales par les membres du Party of National Unity (PNU), qui soutient le président.
La couverture de la campagne par les médias privés fut par ailleurs relativement équilibrée. Bien que laissant apparaître les penchants partisans de certains journalistes ou éditorialistes (qui reflètent parfois les sympathies des propriétaires de presse envers tel ou tel homme politique), elle a respecté un équilibre formel de temps d’antenne, de volume de texte et d’espace photographique entre les trois principales formations politiques (même si l’ODM-Kenya du troisième homme, Kalonzo Musyoka, fut parfois délaissée). Les autres partis, quant à eux, furent laissés de côté. Cet équilibre a reproduit les tendances énoncées par les sondages, qui ont pris une importance inédite au Kenya. Ces derniers donnaient continuellement Odinga en tête de plusieurs points dans les quatre semaines précédant le vote.
Les incessants débats sur la couverture médiatique de la campagne et les éventuels biais dans les sondages sont autant d’indicateurs de la vigilance d’observateurs et d’électeurs soucieux que de veiller à l’égalité de traitement entre les deux principaux candidats. Bien qu’institutionnellement dépendant du gouvernement, le président de la Commission électorale kenyane (ECK), Samuel Kivuitu, a d’ailleurs fait preuve d’une certaine liberté de ton, en relayant notamment les accusations de la KNCHR et dénonçant les allégeances de certains fonctionnaires au PNU.
Cependant, avant même les élections, les craintes d’une fraude commanditée par le gouvernement étaient élevées. L’ODM a régulièrement saisi la commission électorale sur des allégations de fraude (inscriptions multiples de certains électeurs ou de personnes décédées, impression de faux bulletins de vote, etc.). Quatre jours avant le scrutin, des listes électorales étaient retrouvées dans un immeuble de Nairobi, déclenchant des soupçons de trucage des listes, notamment à Lang’ata, la circonscription de Raila Odinga.
Deux jours plus tard, les médias ont rapporté le départ de Nairobi d’une vingtaine d’autobus, remplis d’agents de la police administrative (AP). Suspectés d’être des outils d’intimidation et de trucage électoral, trois d’entre eux furent violemment extraits de leur chambre d’hôtel et lynchés par la foule, la nuit précédant les élections, dans la région de Nyanza, dans l’Ouest du pays. Cependant, le jour du scrutin à proprement parler (le 27 décembre) a été particulièrement calme et marqué par des taux de participation record, à l’image de ceux des élections de 2002. Les constations de fraudes dans les bureaux de vote ont cependant été rares. Ce sont bien les soupçons d’une fraude généralisée à des échelons bien plus élevés, au moment du décompte, qui ont déclenché les premières violences.
Le « changement », malgré tout
Les résultats des élections législatives sont les plus significatifs. Ils marquent le désir d’une véritable alternance autant que le rejet du règne d’une certaine classe politique sur le pays. En effet, les trois fils de l’ancien président Moi, qui se présentaient sous l’étiquette du parti de Kibaki ont tous été battus : dans le fief paternel de Baringo pour l’aîné, à Rongai et Eldama Ravine (province de la Rift Valley) pour les deux autres. Les anciens pontes du régime Moi, au premier rang desquels le terrifiant Nicholas Biwott, se sont vus infliger des défaites cinglantes, souvent face à des nouveaux venus en politique, qui se présentaient sous les couleurs de l’ODM. De même pour dix-huit ministres de l’actuel gouvernement Kibaki, très proches alliés du président, qui ont perdu leur siège au Parlement. Parmi eux, le vice-president Moodi Awori ; le ministre des Affaires étrangères Raphael Tuju ; le ministre du Gouvernement local Musikari Kombo ; le ministre de l’Information Mutahi Kagwe ; le ministre du Service public Moses Akaranga ; le Ministre de la santé Paul Sang ; le ministre des Routes Simeon Nyachae ; le ministre de la Défense Njenga Karume ; le ministre de l’Environnement Newton Kulundu ; le ministre de l’Agriculture Kipruto Kirwa ; le ministre du Tourisme Morris Dzoro ; le ministre des Terres Kivutha Kibwana.
Autrement dit, les résultats des législatives se sont avérés désastreux pour le camp de Kibaki, la quasi-totalité de son état-major de campagne étant boutée hors du Parlement par l’opposition. Au total, sur 210 circonscriptions, l’ODM a remporté 97 sièges, contre seulement 33 pour le PNU (le résultat de plusieurs circonscriptions n’est toujours pas connu – ou n’a pas encore été diffusé –, comme par exemple ceux de Kajuado en pays Maasai). Plusieurs autres formations mineures (dont l’ODM-Kenya de Kalonzo Musyoka), ou alliées des deux grands partis en lice, se partagent les autres sièges.
Les résultats des élections législatives marquent donc un renouvellement profond de la classe politique kenyane. Parmi les rescapés de la « vague orange », se trouvent le ministre des Transports Ali Mwakwere, le ministre des Finances Amos Kimunya et le ministre de l’Education George Saitoti, réélu de justesse à Kajuado Nord. Cependant, de forts soupçons pèsent sur la régularité de l’élection de ce dernier, après la découverte de plusieurs urnes dont le sceau officiel de la commission électorale avait été remplacé par du sparadrap.
La très forte polarisation régionale du vote doit également être soulignée, tant aux législatives qu’à la présidentielle (même en se basant sur les résultats truqués). La quasi-totalité des élus PNU proviennent de la Province centrale (à forte majorité kikuyu, l’ethnie du président) et de la province de l’Est. Dans la Province centrale, Mwai Kibaki recueille en sa faveur une moyenne de suffrage supérieure à 95 %. Les élus ODM et Raila Odinga sont très fortement majoritaires dans cinq provinces : le Nyanza (plus de 90 % pour Raila, 100 % de députés ODM), la Rift Valley, l’Ouest, Nairobi, et la Province du Nord-Est. De telles disparités géographiques prouvent que l’establishment ne garde de soutiens que dans ses fiefs traditionnels et rendent compte de la volonté d’écarter du pouvoir les élites politiques sortantes, en particulier le leadership kikuyu.
Bien au-delà d’une polarisation ethnique, en soi, du scrutin (du type « Tous contre les Kikuyu »), c’est davantage le bilan de Kibaki et de ses alliés qui est en jeu. Le parti du président sortant paie sans doute sa politique favorisant la croissance économique des réseaux kikuyu au détriment de l’unité nationale. En effet, malgré une croissance moyenne de 6 % depuis 2002 et la chute de Moi, de nombreuses régions du Kenya n’ont pas bénéficié des fruits de la reprise économique (comme par exemple les provinces du Nyanza ou de la Rift Valley). Face à cela, Raila Odinga, issu du Nyanza, et élu des bidonvilles luo de Nairobi (il est député de la circonscription de Lang’ata dont une grande partie recouvre Kibera) incarne la promesse inédite d’un rééquilibrage – au moins géographique – des inégalités du pays.
La fraude
Le véritable scandale de ces élections est évidemment le processus de décompte et d’addition des votes. Relayé en temps réel par les différentes chaînes de télévision, qui bénéficiaient d’un réseau étendu de correspondants dans les bureaux de vote, il a mis en évidence plusieurs anomalies. Elles ont confirmé les soupçons pesant sur l’Electoral Commission of Kenya (ECK), dont 18 commissaires sur 21 ont été nommés par le président Kibaki.
Les élections ont eu lieu le jeudi 27 décembre, et les résultats ont été définitivement proclamés le dimanche 30 au soir. Les premiers résultats significatifs se sont dégagés dès le lendemain du vote. Pour le scrutin présidentiel, Raila Odinga (Orange Democratic Movement – ODM) bénéficiait d’une avance considérable, même si seuls 50 % des votes étaient alors comptabilisés (soit 3,3 millions de voix pour Odinga, et 2,4 millions pour Kibaki le 28 décembre au soir). Raila Odinga demanda alors à Kibaki de reconnaître sa défaite. Le lendemain, l’écart s’est progressivement réduit à 30 000 voix, alors que parvenaient à l’ECK réunie au Kenyatta International Conférence Centre (KICC) de Nairobi, des résultats de circonscriptions massivement favorables au président sortant.
Raila Odinga et l’ODM ont alors manifesté leur désir de vérifier les dossiers officiels parvenus à l’ECK. Le président de l’ECK, M. Kivuitu, a accédé à leur requête en autorisant deux représentants par parti à consulter les documents de décompte, pendant la nuit de samedi à dimanche. Au même moment, des émeutes éclataient à Kisumu, Kericho et Nairobi, les manifestants réclamant une annonce rapide des résultats et accusant l’ECK de trucage électoral.
Le lendemain, dimanche, Raila Odinga a organisé une conférence de presse au cours de laquelle il déclare avoir la preuve d’irrégularités dans le décompte de 48 circonscriptions, sur 210 : de formulaires de résultats manquants ou corrigés à la main, non signés, photocopiés ; taux de participation aberrant (il atteint 120 % dans certaines circonscriptions de la Province centrale). Il prouve également que les résultats annoncés dans les circonscriptions par les représentants régionaux de l’ECK – et transmis aux médias par leurs correspondants depuis les bureaux – différaient largement de ceux proclamés à Nairobi : ils étaient modifiés par les commissaires de l’ECK. Un membre de l’ECK a d’ailleurs confirmé la véracité de ces accusations.
Les personnes présentes à l’annonce des résultats ont alors vivement protesté contre cette triche généralisée. Le président de l’ECK, M. Kivuitu, a appelé la police anti-émeute, qui a violemment procédé à l’évacuation de la salle, tandis que les observateurs étrangers et les médias étaient priés de quitter le KICC et que la police paramilitaire (le General Service Unit), cernait le bâtiment. Quelques minutes plus tard, sur KBC (la télévision gouvernementale), seule autorisée à rester dans les lieux, M. Kivuitu annonçait que Mwai Kibaki était vainqueur de l’élection présidentielle, avec 250 000 voix d’avance (4 584 millions de voix pour Kibaki, 4 352 millions pour Odinga). Moins d’une demi-heure plus tard, la même chaîne diffusait des images la cérémonie d’investiture de Mwai Kibaki, devant un parterre de proches alliés du régime. Au même moment, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, John Michuki, émettait alors une directive interdisant aux médias de diffuser toute information politique en direct, alors que les émeutes touchaient différentes villes du pays.
Sur les violences et les « affrontements inter-ethniques »
La nature de cette violence est assez équivoque. Les événements tendent à montrer, certes de manière bien paradoxale, que beaucoup de Kenyans ont intégré les normes démocratiques du vote bien mieux que leurs propres élites. Cette extrême brutalité est d’abord un signe de frustration vis-à-vis d’un scrutin volé. En témoigne la « charge » lancée dimanche contre State House, partie de Kibera et étouffée dans le sang. Mais la seule composante politique ne semble pas pouvoir expliquer cette recrudescence de violence contre des cibles qui souvent n’ont rien à voir avec le scrutin : la mise à sac des supermarchés de Kisumu, l’incendie des commerces et du Toi Market de Kibera, de même que les nombreux cas de viols attestent une criminalisation de la haine politique.
Bien au-delà des clivages identitaires, le « coup d’Etat civil » de Kibaki et de son entourage a anéanti l’espoir d’une réhabilitation sociale des plus pauvres dans leur ensemble (et non ses seuls Luo) que portait Raila Odinga. Plusieurs bandes luos de Kibera ont effectué des raids contre les Kikuyu du quartier de Kawangware à Nairobi, alors que les milices de la secte kikuyu Mungiki leur répondaient par des raids punitifs.
Le trucage des élections a été assimilé par beaucoup à une tentative de mainmise des Kikuyu sur le pouvoir. Cette lecture « ethnique » de la violence, si elle ne doit pas être mise de côté, ne tient pas compte de la répression policière et de la dimension sociale de la révolte. Cette dernière est pourtant primordiale, bien qu’elle soit parfois attisée par des rivalités plus profondes, foncières en particulier, qui cristallisent des identités conflictuelles, sur des lignes de fracture géographiques et ethniques déjà anciennes. La mémoire des « nettoyages ethniques » contre les Kikuyu, opérés au début des années 1990 par le régime Moi sur fond de conflits fonciers, est ainsi particulièrement vive dans la Rift Valley.
Cependant, le saccage de Kibera a touché indifféremment habitations et habitants, indépendamment de leur groupe ethnique. L’interprétation des conflits en cours sur un registre purement « ethnique », aux relents essentialistes, est donc erronée. Elle a été facilitée par l’emploi de ce registre d’interprétation par les politiciens kenyans, de l’ODM d’abord, puis du camp présidentiel. Raila Odinga a ainsi su jouer d’un lexique du « nettoyage ethnique » propre à mobiliser l’attention des médias et de la communauté internationale sur un pays et un régime dont la dérive autoritaire s’effectuerait sinon dans une relative indifférence. C’est cette habile opération de communication que les médias internationaux ont souvent relayée, sans le recul nécessaire.
Malgré le peu d’informations disponible au Kenya (beaucoup de faits, très peu de sens) la violence semble loin d’être le signe précurseur d’une « guerre interethnique » : elle demeure très localisée, circonscrite à certaines agglomérations et à certains quartiers. Surtout, elle ne doit pas être interprétée de manière univoque et globale. Elle n’est d’ailleurs pas relayée niveau politique, au contraire : tous les leaders, sans exception, appellent au calme et condamnent les émeutes. Bien qu’Odinga et Kibaki se renvoient la responsabilité des échauffourées, aucun leader d’envergure nationale n’a intérêt à ces violences. De fait, la « guerre civile » promise aujourd’hui par des médias tels que CNN apparaît davantage comme un fantasme politique insalubre que comme une réalité tangible.
Plus largement, ces dernières élections et l’impasse sur laquelle elles débouchent pour le moment doivent conduire à interroger la nature du régime Kibaki et sa « brutalisation ». La férocité de la répression policière (tirs sans sommation sur les manifestants, interdiction de la cérémonie d’investiture alternative organisée par Raila Odinga à Uhuru Park le lundi 31 décembre et menace d’arrestation de ceux qui s’y rendraient), la brutalité de certaines mesures (interdiction du « direct » politique dans les media, couvre-feu à Kisumu) peuvent surprendre quiconque voyait en Kibaki la promesse d’une rupture démocratique et légale avec le régime de Moi.
La criminalisation de l’opposition n’est cependant pas nouvelle. En témoigne la répression, également féroce, de la secte Mungiki l’été dernier, marquée par de nombreuses exécutions extrajudiciaires - une organisation de défense des Droits de l’homme a récemment découvert les charniers (500 corps pour la plupart exécutés par balle entre juin et octobre 2007 et retrouvés aux alentours des commissariats de police, il y a deux mois).
Au-delà du caractère de plus en plus répressif de la présidence Kibaki, son futur gouvernement suscite également nombre d’interrogations : avec 97 députés ODM pour 33 PNU, le Kenya connaît sa première « cohabitation ». Autrement dit, le pays est pour le moment ingouvernable, tant il semble improbable que la nouvelle assemblée accorde sa confiance à un président aussi illégitime (Ndlr : L'opposition kényane a remporté, le mardi 15 janvier) le poste de président du Parlement, obtenant ainsi une victoire hautement symbolique. Kenneth Marende, le candidat du Mouvement démocratique orange, a été élu avec 105 voix contre 101 accordées au postulant du camp présidentiel, Francis Ole Kaparo). Mais Kibaki aurait déclaré que cela n’est pas véritablement un problème, la Constitution kenyane disposant qu’il n’y a pas obligation de réunir le Parlement plus d’une fois par an. Cependant, le refus de Raila Odinga d’entamer toute négociation avec Kibaki tant que ce dernier n’a pas reconnu sa défaite, rend improbable, à court terme, l’hypothèse d’un gouvernement d’union nationale ; sauf à prendre considération la tradition kenyane du nomadisme politique, et à voir un à un les députés ODM « achetés » par le camp présidentiel.
En termes de pratiques politiques, ce dangereux retour en arrière interroge également les nouvelles formes de l’opposition politique. Raila Odinga appelle aujourd’hui à des manifestations pacifiques en sa faveur, et à des mouvements de masse dans tout le pays, sans que l’on puisse encore discerner l’efficacité potentielle de tels rassemblements. Par ailleurs, le refus de certaines télévisions et radios de se plier à l’interdiction d’émettre est rassurant. Comme le sont les déclarations de Samuel Kivuitu, qui affirme désormais qu’il a agi sous pression et qu’il ne sait pas lui-même qui est le vainqueur de la présidentielle. Il y a donc un sentiment assez largement répandu du « juste » politique qui dépasse et critique les émanations d’un régime devenu autoritaire.
* Dominique Connan est Doctorant à l’Institut français de recherche en Afrique (IFRA) Nairobi et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
* Florence Brisset-Foucault est Doctorante en science politique à l’Université Paris 1. Membre du comité de rédaction de Mouvements.* Article paru dans Mouvement, une revue d’information critique, d’enquêtes sociales et d’interpellation politique
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