L'Union Africaine (UA) a décidé d'imposer des sanctions - restrictions sur les déplacements et gel des avoirs financiers à l'étranger - contre les autorités de l'île d'Anjouan, a annoncé mercredi le responsable du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, Said Djinnit. "Le Conseil a approuvé les recommandations en faveur de sanctions individuelles contre les personnalités d'Anjouan. Elles dureront 45 jours", a déclaré M. Djinnit.
Tagged under GouvernanceLe révérend Maxwell Kapachawo est le seul pasteur connu à avoir publiquement admis être infecté par le VIH. Il encourage aussi ses pairs infectés ou affectés par la maladie à parler ouvertement du VIH/SIDA. Les Eglises du Zimbabwe ont tendance à appréhender le problème du VIH/SIDA comme une question morale, a indiqué M. Kapachawo.
Tagged under Gouvernance ZimbabweExclue par certains dirigeants européens -au premier rang desquels le Premier ministre britannique Gordon Brown-, la participation du président zimbabwéen Robert Mugabe au prochain sommet Union européenne-Afrique relève pour l'Union africaine d'une affaire de principe. "L'Union africaine (UA) souhaite que tous les pays africains participent. Ce n'est pas aux Européens de dire qui doit participer ou pas..."a assuré un diplomate de l'UA à Addis Abeba.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLes Accords de partenariat économique auront des conséquences lourdes sur certaines filières agricoles, à l’instar de la filière ananas pour le Bénin. Or «l’ananas est un marché en développement sur le continent africain», constatent Jean-Luc Burquier et Stéphane Zeraschi, deux importateurs et experts en commerce international de l’Union européenne. Ils étaient en avril dernier à Cotonou à séance de travail qui regroupait des membres du Projet d’appui au secteur privé (Pasp), des acteurs de la filière dont les représentants des producteurs d’ananas.
« Les exportateurs béninois seront bien inspirés, s’ils envisageaient de s’ouvrir de nouveaux marchés, vers des pays comme la Suède, la Grande-Bretagne, l’Allemagne etc, plutôt que de se cantonner au marché de Rungis en France » soulignait à cette occasion Isabelle Coyssi, expert en communication au Pasp. Seulement, une épée de Damoclès plane avec la signature des Accords de partenariat économique, «dont les effets n’épargneront aucun secteur du développement économique et social», selon Aurélien Atindégla, président du Groupe de recherche et d'action pour la promotion de l'agriculture et du développement (Grapad), une Ong béninoise qui assiste les organisations paysannes au travers des conseils et la formation.
Quels impacts pourraient avoir les Ape sur la filière de l’ananas ? «Il n’y a particulièrement pas une étude d’impact spécifique des Ape sur la filière de l’ananas», fait savoir Abel Gbétoénonmon, secrétaire général de la plate forme du réseau des organisations de la société civile au Bénin (Pascib). Mais si « à court terme, les Ape ne constituent pas une menace pour la filière de l’ananas, ils pourraient se révéler dangereux à long terme» pour ce qui constitue un des créneaux porteurs de l’économie béninoise, au sein duquel les producteurs commencent à s’organiser.
En effet, si seul « 1,6% des 110 000 tonnes produites en 2006 auraient été exportées en France, le reste étant consommé au Bénin et sur le marché régional » (La Nation" dans son édition du 19 avril 2007), les producteurs béninois ambitionnent d’atteindre une production de 300 000 tonnes à l’horizon 2010. Mieux, «nous produirons 400 000 tonnes d’ici à trois ans», précise le coordonnateur du programme d’appui au développement des filières agricoles (Padfa), Antonin Alavo.
Face à ces ambitions quel sera la destination des 400 000 tonnes d’ananas envisagés, lorsqu’on sait que seulement 1,6% des 110 000 produites en 2006 ont été exportées, soit 1 750 tonnes ? La question amène M. Gbétoénonmon à affirmer que « les producteurs béninois doivent dépasser l’étape de la cueillette simple» pour passer à l’étape de la transformation
Actuellement, quelques rares entreprises béninoises produisent du jus d’ananas embouteillé. Dans la perspective d’une production de 400 000 tonnes et avec les faibles capacités d’exportation du marché béninois, le développement du secteur de la transformation s’impose. Mais « si, avec la signature des Ape, on ne prend pas des mécanismes de sauvegarde de façon à maintenir un minimum de protection sur les industries agroalimentaires locales, il est à craindre que ces industries naissantes dans un environnement compétitif libéralisé se retrouvent dans des difficultés et disparaissent face aux fabriques du nord», avertit Abel Gbètoénonmon.
* Hippolyte A. Djiwan est journaliste, collaborateur du quotidien béninois Fraternité. Il fait partie d'un groupe de journalistes africains impliqués dans un atelier de formation sur les Ape, documentés et appuyés par l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et Oxfam, pour assurer une production régulière d'informations sur ces négociations, afin de sensibiliser le public.
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Tagged under Gouvernance BeninLe président sortant de la République fédérale et démocratique d'Ethiopie, Girma Woldegiorgis, a été réélu mardi matin par les parlementaires pour un mandat de six ans. En Ethiopie, le président de la République a une position symbolique dans l'organigramme officiel. L'élection à main levée a eu lieu à la Chambre des représentants (chambre basse) en présence de tous les membres du gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi.
Tagged under GouvernanceL’instauration d’une zone de libre échange entre l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest, à la faveur des accords de partenariat économiques, constitue une équation pour le Bénin. Ceci à l‘image de tout pays qui alimente son budget à partir ressources essentiellement fiscales. Principaux pourvoyeurs du Trésor public, les recettes douanières contribuent pour environ le tiers du budget national. ‘’Les risques fiscaux associés à l’application des Ape sont certains’’, note donc Toussaint Houeninvo, Expert sur les questions du commerce multilatéral.
Pour M. Houeninvo, la mise en œuvre des APE occasionnera une érosion des recettes douanières. Le manque à gagner pour le Bénin serait globalement de l’ordre de 174,9 milliards sur la période 2008-2019, selon les scénarios prévus par les différentes études d’impact.
S’il est évident que la suppression progressive des droits de douane peut conduire à une baisse des recettes douanières, Epiphane Adjovi, économiste, situe le taux de pertes de droits de douane à une moyenne annuelle d'environ 9,48%. «Mais cette perte de recettes douanière est compensée dans une certaine mesure par le renchérissement des taxes indirectes qui augmenterait de 4,8% en moyenne par an», nuance-t-il.
Les études, tout en reconnaissant l’érosion probable des droits de porte, indiquent par contre une possibilité d’amélioration de la fiscalité intérieure. Ce passage du fléchissement des recettes douanières au renforcement de la fiscalité intérieure sera induit par la baisse des prix des équipements et des facteurs de production, favorable à une amélioration de la compétitivité de certaines filières agricoles et des entreprises en général.
Mais l’hypothèse d’un renforcement de la fiscalité intérieure suscite, de la part de certains analystes, quelques réserves. D’une part, la création d’un marché de libre-échange constitue en elle-même une menace pour les entreprises locales. Akouété Johnson, Responsable de TradeCom Bénin, note que la hausse des importations en provenance de l’Union européenne à la faveur des Ape pourrait générer une perte de compétitivité des branches de production qui aurait pour causes essentielles des difficultés d’adaptation des filières de production à la concurrence des produits extérieurs. Les études d’impact indiquent une contraction de l’ordre de 45,60 % de l’offre globale de production.
D’autre part, la structure de l’économie béninoise, à forte proportion d’entreprises informelles, constitue un facteur limitatif. Une enquête réalisée en 2001 par l’Observatoire africain des statistiques (Afristat) recense, dans la seule ville de Cotonou, capitale économique du Bénin, 201 160 unités de production informelles avec un chiffre d’affaire annuel de 532 milliards de francs Cfa et 154 milliards de valeur ajoutée annuelle. Aujourd’hui, près 90% des entreprises béninoises ne paient pas d’impôt et échappent au contrôle fiscal. Dans un document de position produit à l’issue d’un atelier régional tenu en juin 2007 à Cotonou, le secteur privé a attiré l’attention des Etats sur « le risque d'un accroissement du poids de la fiscalité sur les entreprises du secteur formel en cas de démantèlement tarifaire et de la transition fiscale qui va en découler ».
* Gnona Afangbédji est journaliste au quotidien béninois L'autre Quotidien. Il fait partie d'un groupe de journalistes africains documentés et appuyés par l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et Oxfam, pour assurer une production régulière d'informations sur ces négociations, afin de sensibiliser le public.
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Tagged under Gouvernance BeninLes Nations Unies ont reçu des promesses de 16 pays volontaires pour fournir soit des troupes, soit le soutien logistique pour la force hybride de maintien de la paix de 26.000 personnes proposée par les Nations Unies et l'Union africaine et nécessaire de toute urgence dans le Darfour dévasté par la crise, au Soudan.
Tagged under GouvernanceLes grands travaux auxquels le gouvernement s’est lancé depuis quelques années, n’ont pu se faire que parce que l’Etat avait les moyens de collecter suffisamment de recettes, par ses moyens propres, pour les financer. Or, un pays aussi pauvre que le Sénégal, compte principalement que sur les recettes douanières pour financer les activités de l’Etat. Réduire ces dernières comme le prévoir le projet d’Ape qui doit lier la Cedeao à l’Europe, c’est rogner, considérablement, l’autonomie financière de l’Etat, et son pouvoir de décision.
Les opposants à la signature des Accords de partenariat économique qui doivent lier les pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique (Acp) à l’Union européenne (Ue) développent des arguments de plus en plus divers et qui touchent plusieurs domaines de l’activité économique. Même des officiels de l’Etat se mêlent plus ou moins ouvertement au concert. Un douanier sénégalais, qui indique s’exprimer en son nom propre, marque l’inquiétude de son corps sur les conséquences d’un éventuel désarmement tarifaire sur les recettes de l’Etat. Et des fonctionnaires des finances et des travaux publics appuient ses préoccupations en la matière.
Un colonel de la Douane sénégalaise, basé à Dakar, signale que «les recettes douanières sont actuellement, l’une des sources les plus importantes des recettes de l’Etat. Au moment où l’Agriculture est à la traîne et que les unités industrielles ferment une à une, ce serait suicidaire pour le Sénégal de devoir renoncer à une grande part de droits de douane.» Le colonel Guèye estime à plus de 100 milliards de francs Cfa le manque à gagner en termes de recettes douanières, que l’ouverture des marchés va coûter aux finances du pays. Ces chiffres ne sont pas très éloignés de ceux de l’Ong Oxfam, qui a calculé dans une étude à paraître bientôt que pour le Sénégal, «les pertes de recettes douanières consécutives aux Ape sont comprises entre 85,8 à 89,7 millions de dollars, soit une baisse de 10,4% à 10,9% des recettes fiscales correspondant à 1,85% et 1,93% du Pib ou près de la moitié des dépenses de santé».
Cette perte de recettes, si elle n’est pas compensée d’une manière ou d’une autre, va coûter très cher au pays, surtout dans un contexte, comme celui actuel, de pénurie de finances. «Actuellement, si le gouvernement s’est lancé dans de grands travaux d’infrastructures, c’est parce qu’il en a les moyens financiers. Mais, ces ressources sont si limitées qu’il ne peut, à l’heure actuelle, renoncer à une part d’entre elles.» Cet avis est partagé par un haut fonctionnaire du ministère de l’Economie et des finances. Thierno Seydou Niane, responsable de la Cellule de suivi du programme de lutte contre la pauvreté indique : «Aujourd’hui, grâce à la bonne tenue de nos finances, le gouvernement a les moyens de consacrer près de 45% du Budget consolidé d’investissement, le Bci, à la construction des infrastructures comme l’autoroute à péage, pour désengorger Dakar, ou de décider de construire l’aéroport.
A l’époque où des parts importantes de ces ressources venaient des partenaires étrangers, ce sont ces derniers qui décidaient de leur utilisation.» Une manière de souligner le danger qu’il y a à ne plus se donner les moyens de cette indépendance.
Le Sénégal, en tant que pays membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), est partie prenante des négociations qui se mènent entre cette instance et la Commission de l’Union européenne, pour la signature, au plus tard à la fin de cette année, d’un Accord de partenariat économique (Ape) qui doit ouvrir, réciproquement, les marchés des deux entités aux produits de l’autre, sans droit de douane ni restrictions autres que sanitaires.
A l’heure actuelle, les échanges de part et d’autre se font de manière non réciproque. L’Europe, qui est le principal partenaire économique du Sénégal et des autres pays de la région Acp, ne bénéficie pas, en théorie, des mêmes facilités d’accès aux marchés des pays en développement que ces derniers sur le sien. Cependant, cette architecture est appelée à disparaître à la fin de cette année, et les acteurs des pays pauvres se rendent, de plus en plus, compte qu’ils seront les plus grands perdants dans cette affaire.
RESISTANCES
L’opposition à la signature des Ape n’est pas que financière, et ne se limite pas au corps des douaniers et autres fonctionnaires. Les aviculteurs sénégalais, par exemple, mettent en avant la question de la sécurité alimentaire, à côté des risques de perte d’emploi. M. Idrissa Kama, le secrétaire général de l’Union nationale de la filière avicole (Unafa), qui regroupe aussi bien des éleveurs de poulets que des fabricants d’aliments ou des vétérinaires, ne cache pas son souhait de voir sa filière épargnée de toute concurrence de la volaille européenne.
M. Kama rappelle la situation que la filière a connue jusqu’en 2005, avant l’éruption de la grippe aviaire dans des poulaillers de certains pays d’Afrique. «Du fait de la concurrence déloyale de cuisses de poulets et d’ailes de dindes vendues à vil prix sur nos marchés, parce que subventionnés dans leurs pays, le secteur avicole, qui faisait un chiffre d’affaire de 25 milliards en l’an 2000, avait perdu jusqu’à 80% de ses capacités de production, et le secteur a dû mettre au chômage plus de 5000 employés, dans différents secteurs.»
M. Kama indique que la revitalisation de l’aviculture date de 2006, avec la décision des autorités sénégalaises d’interdire l’entrée, dans le pays, de toute volaille importée, pour des raisons sanitaires. «Après une longue période de suspicion, les consommateurs sénégalais ont repris la consommation de poulet, rassurés par le fait qu’il n’y a pas eu de cas de grippe aviaire dans le pays, et par les mesures prises par les pouvoirs publics. Une ouverture des frontières aujourd’hui, serait catastrophique, parce que l’aviculture sénégalaise n’est pas encore assez forte pour se défendre contre des produits subventionnés.»
Les producteurs de lait local, comme M. Baghoré Bathily, qui a monté une petite structure de transformation de lait local, nommée, «Laiterie du Berger», juge aussi que l’entrée des produits laitiers européens au Sénégal, sans aucune restriction, va signifier la mort des petites unités comme la sienne, pour laquelle il a investi plus d’un milliard de francs Cfa, et qui travaille avec près de 200 producteurs de lait dans la région de Richard Toll, au nord du pays. «Si nous fermons boutique, tous ces éleveurs, à qui nous versons entre 200 et 500.000 francs par mois, vont retomber dans la pauvreté», signale-t-il. Même des entrepreneurs en travaux publics ne sont pas rassurés par la perspective d’ouverture.
M. Ndiaye, qui s’occupe d’une société chargé de l’assainissement, ne cache pas la crainte de voir une bonne part de la commande publique lui échapper s’il est mis en concurrence avec des sociétés européennes, comme le souhaite le projet européen d’Acp. Mais, il pense avoir trouvé la parade : «J’ai passé un accord de partenariat avec une entreprise du secteur, qui est basée à Rouen. Elle a plus de deux fois les capacités financières et techniques de toutes les entreprises sénégalaises dans le secteur de l’assainissement urbain. Ainsi, si un appel d’offres ouvert est lancé par l’Etat, nous pourrions nous associer pour compétir.» M. Ndiaye juge que ceux de ses collègues qui négligeraient de faire comme lui, doivent se préparer à disparaître à plus ou moins long terme.
REACTIONS
Pour leur part, les dirigeants européens jugent que les Africains n’ont aucune raison de s’inquiéter. Déjà, au mois de juillet dernier, à Accra, le commissaire européen au développement, M. Louis Michel, signifiait que les Européens ont déjà donné toutes les garanties qu’ils prendront en charge tous les coûts nécessaires aux économies des pays de la Cedeao pour qu’elles s’ajustent à la concurrence à venir. Et que l’Europe est prête à compenser les pertes fiscales entraînées par le désarmement tarifaire.
Ce à quoi rétorque Marc Maes, de la Coupole d’Ong flamandes sur le commerce, qu’au lieu de compenser ces pertes fiscales, il faudrait plutôt aider ces pays à ne pas perdre de l’argent. De plus, ajoute-t-il, «cette promesse de compensation est plutôt un moyen de pression de l’Europe, pour inciter les pays d’Afrique à signer les accords». Il en veut pour preuve le fait que, pour la programmation des fonds du 10e Fonds européen de développement : «Nous savons que la Commission européenne a envoyé des lettres à certains négociateurs des régions Acp pour leur dire ceci :’Si vous ne signez pas l’Accord, nous allons réduire de moitié les fonds prévus pour votre intégration régionale. Par contre, si vous signez un Accord qui ne contient pas les clauses de libéralisation des services, nous allons réduire d’un quart cette assistance.»
Comme en réponse à ces résistances, le commissaire au Commerce, Peter Mandelson, de son côté, s’est désolé à Bruxelles, mardi 11 septembre dernier, de ce que «certains, dans la Cedeao, croient qu’ils ont peu à perdre si un Ape n’est pas signé». Il a tenu à dire que dans l’hypothèse de non-signature d’Ape, l’Europe ne garantit pas l’ouverture de son marché aux Acp.
* Mohamed Guèye est journaliste au journal sénégalais Le Quotidien. Il fait partie d'un groupe de journalistes ouest-africains invités par l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et Oxfam à un atelier de formation et de sensibilisation sur les Ape, pour ensuite assurer une production régulière d'informations sur ces négociations, afin de sensibiliser le public.
Cet article est paru dans Le Quotidien du 17 septembre 2007* Veuillez envoyer vos commentaires a , ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance SenegalLa plupart des gouvernements ACP sont fortement dépendants des rentrées douanières pour augmenter leurs recettes publiques. La Banque mondiale estime qu’en Afrique sub-saharienne les recettes douanières représentent en moyenne entre 7 et 10% des revenus fiscaux de l’Etat (1) . Les gouvernements de Gambie et Cap Vert tirent par exemple jusqu’à 20% de leurs recettes des droits de douane. Les produits de l’UE représentant 40% des importations totales de l’Afrique sub-saharienne, éliminer les droits de douane sur les produits européens réduirait considérablement les recettes douanières de ces pays. Selon le scénario le moins favorable, la Gambie et Cap Vert perdraient près de 20% de leurs recettes fiscales totales, tandis que le Ghana et le Sénégal subiraient une chute de leurs revenus de 10 à 11%.
Ces pertes auraient probablement des conséquences sérieuses sur le budget de l’Etat, car s’ils ne parviennent pas à compenser ces pertes en augmentant d’autres sources de prélèvements, les pays ACP auront à réduire leurs dépenses globales. Cela pourrait mettre en danger les programmes sociaux et aboutir à des coupes dans les investissements en matière de santé et d’éducation. Ainsi, au Congo la perte de recettes douanières due aux APE est à peu près équivalente à l’ensemble des dépenses publiques de ce pays en matière d’éducation.
Si d’un côté les consommateurs des pays ACP pourraient bénéficier d’une gamme plus large de biens et services bon marché devenus accessibles grâce à la libéralisation commerciale, d’un autre côté les APE mettraient en danger les moyens d’existence.
Mais au-delà des pertes de recettes fiscales, on oublie souvent de souligner le coût de la mise en œuvre des APE. Des études ont estimé qu’ils pourraient représenter 900 millions d’Euros pour la région Afrique de l’Ouest. Ce coût de mise en œuvre représente les coûts d’ajustement pour disposer de systèmes comptables, douaniers, sanitaires… qui répondront aux normes établies d’accord partie par les pays signataires.
900 millions d’euros additionnels viendront s’ajouter en terme de coûts d’ajustement. Partant les 500 millions d’Euros promis a la CEDEAO par l’UE dans le cadre du PIR ( Programme Indicatif Régional) ne combleront pas les coûts des APE d’une région qui comptent pas moins de 13 PMA, dont des pays comme la Gambie dont le PNB est de 400 millions par an ! Dans ces conditions les 2 milliards d’Euros promis a l’ensemble des Pays en Voie de Développement pour de l’Aide au Commerce représentent eux aussi une goutte d’eau dans un océan de coûts extrêmement lourd et coûteux.
Par ailleurs, les APE n’ont de sens, y compris aux yeux de la Commission européenne, que s’ils permettent de mettre en place le cadre commercial et économique nécessaire au développement durable et a la réduction de la pauvreté dans chaque pays et région ACP. La redéfinition de la relation avec l’UE, dans le contexte d’un APE et de l’Accord de Cotonou, n’en est qu’un des axes. Pour qu’un APE puisse offrir des opportunités nouvelles, il doit s’insérer dans une stratégie de développement claire et s’appuyer sur un processus de transformation économique, institutionnel et structurel au service des populations, et ce aussi bien au niveau national que régional. Faute de quoi, non seulement les APE ne seront pas en mesure de tenir leurs promesses, mais ils pourraient être la source de sérieux déséquilibres, allant à l’encontre des objectifs de développement des pays et régions ACP.
Or, en l’état actuel des négociations, l’APE entre l’AO et l’UE ne semble pas encore s’insérer dans une dynamique de développement et de réformes clairement définies que les acteurs nationaux de la région se seraient appropriés. Pour beaucoup, les risques liés à la mise en œuvre d’un APE sont encore mal définis et ne semblent pas encore faire l’objet de réponses permettant de rassurer les opérateurs privés, les représentants de la société civile ou encore ceux de certains Etats membres de la CEDEAO.
A titre d’exemple, la CEDEAO est en train d’élaborer son Tarif Extérieur Commun (TEC) et tente d’identifier les produits agricoles et agro-industriels sensibles qui pourraient être exclus de l’agenda de libéralisation de l’économie régionale (tant au niveau des APE, que de l’Organisation mondiale du commerce- OMC) ou de tout autre accord commercial avec une tierce partie). Au regard des procédures internes, de la nécessité de disposer d’une méthodologie qui prenne en compte les particularités de la région (faiblesse des outils statistiques, limites des données disponibles, nécessité de prendre en compte des dimensions autres que fiscales et commerciales…), mais aussi de l’importance de partir d’exercices nationaux pour aboutir a des positions cohérentes, ces deux exercices ne pourront décemment aboutir avant la fin de l’année 2007. Des lors on peut se demander comment les prendre en considération dans le cadre d’Accord de Libre d’échange qui doivent être mis en œuvre au 1er janvier 2008, sans hypothéquer la qualité du travail d’analyse a réaliser ?
Cette sous estimation, voire ce retard accumulé dans les réformes préalables a mettre en œuvre pour créer les conditions d’un APE à somme positive pour les deux parties est pourtant essentielle dans une région qui demeure faiblement intégrée, en dépit des nombreux textes formels adoptés par les décideurs politiques (2) .
Ainsi, le rythme actuel des négociations ne permet nullement de garantir l’implication, voire même l’accès à l’information, du plus grand nombre. A ce jour, l’AO n’a pas su proposer un texte d’APE et ne semble pas en mesure de le faire avant la fin du mois de septembre, voire octobre 2007, ce qui retarde d’autant plus le calendrier des négociations. Ce faisant, la conduite des négociations apparaît en totale contradiction avec les objectifs de participation fixés par les accords de Cotonou et pose un problème de cohérence interne pour l’Union Européenne.
Plus inquiétant, bien que les négociations continuent à progresser, l’APE tel qu’élaboré par les négociateurs ne fait pas l’objet d’une réelle appropriation au niveau national reposant sur une stratégie de développement intégrée sur le long terme. Ainsi, les questions relatives à la dimension développement des APE continuent de faire l’objet de dissensions entre les deux parties. Partant, il semble difficile d’imaginer qu’en l’état des discussions, la forme actuelle des APE puisse répondre de manière satisfaisante aux objectifs de développement et de renforcement de l‘intégration régionale, tels qu’ils étaient indiqué dans la feuille de route établie a Accra par les deux parties en 2004.
Mais au delà de la question de la coopération au développement, telle la mise en place de programmes de renforcement de la compétitivité et de mise à niveau, les pays d’AO n’ont pour la plupart pas inséré l’APE dans leurs projets de réforme et de transformation nationaux. Alors que les négociateurs semblent surtout parer au plus pressé : mettre en place un APE d’ici la fin de l’année 2007, on assiste dans nombreux pays de la région à une dichotomie entre le projet de mise en place d’APE d’une part, (confiné aux ministères du commerce et des finances pour les questions liées à la perte de recettes douanières, et de l’agriculture pour l’identification des produits sensibles), et d’autre part les politiques économiques, sociales et de réforme destinées en principe à assurer le développement durable au niveau national et régional.
Dans ce contexte, la volonté affichée de l’UE d’aboutir à un APE avec l’Afrique de l’Ouest d’ici la fin de l’année 2007 apparaît en contradiction avec les réalités économiques et politiques de la région. A vouloir trop pousser dans ce sens, la Commission européenne risque d’être perçue comme dirigiste, usant de sa puissance politique et économique pour imposer sa propre vision dans les négociations. Elle pourrait ainsi se voir accusé de pratiquer la politique «de la carotte et du bâton », utilisant les promesses d’aide et la menace de la perte des préférences commerciales, en vue « d’acheter » ou « de forcer », selon le cas, la conclusion coûte que coûte d’un APE d’ici la date « fatidique » du 31 décembre 2007.
Dans ce contexte, il importe que l’UE tienne compte des difficultés rencontrées par la région AO et qui ont été souligné dans la revue a mi-parcours. Ces difficultés devraient notamment permettre de redéfinir des stratégies plus cohérentes. Dans le même temps, il est crucial que les dirigeants des pays d’Afrique de l’Ouest prennent toutes leurs responsabilités. Ils peuvent le faire d’abord en exprimant clairement et au plus tôt leurs difficultés à mener à terme les négociations d’un APE d’ici la fin 2007 (3) , afin que des mesures appropriées puissent être prises, y compris parmi les pays européens qui soutiennent leur démarche. Mais surtout, ils importe qu’ils prennent leurs responsabilités politiques en mettant en place un programme cohérent de développement de leur pays sur le long terme, dans lequel un APE, dont ils auront eux-mêmes définis le contenu, pourra prendre place. Faute de quoi, les défis de la mise en œuvre d’un APE pourraient fort bien se révéler insurmontables.
Seule une solide volonté politique en Europe et en Afrique de l’Ouest peuvent permettre la mise en cohérence du cadre de coopération économique et commerciale entre les deux régions et les objectifs à long terme de développement au profit des 240 millions d’habitants d’une région parmi les plus pauvres du monde
* Eric Hazard est le responsable de la Campagne sur la Justice économique pour Oxfam International. Cet article a été proposé comme documentation de base à des journalistes mobilisés dans le cadre d’une campagne d’information et de sensibilisation du public sur les négociations autour des Ape.
Notes
1 _ L. Hinkle et al., « Beyond Cotonou: Economic Partnership Agreements in Africa », in R. Newfarmer, Trade, Doha, and Development: A Window into the Issues, Banque mondiale, Washington DC, 2005, pp.267-280.2 _ Le coefficient d’intégration demeure extrêmement faible, la part des échanges intra régionaux étant de l’ordre de 15 a 20% du commerce total des pays d’AO.
3_ A ce titre, la revue à mi-parcours de l’APE conclue en mai 2007 est une occasion manquée.
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Tagged under GouvernanceLes producteurs de tomate de la vallée du fleuve Sénégal regardent avec inquiétude leur calendrier, au fur et à mesure qu’approche la date fatidique du 31 décembre. Ils se demandent ce que va devenir leur activité, et par voie de conséquence, leur vie, si les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) venaient à signer les Accords de partenariat économique (Ape) qui doivent lier la région avec l’Union européenne (Ue). Ibrahima Fédior, le président du Conseil interprofessionnel de la filière tomate, le syndicat qui regroupe les différents acteurs de la tomate, signale que l’ouverture au marché sénégalais des produits européens, va contribuer à aggraver une situation déjà trop difficile.
«La campagne qui vient de s’écouler, la production nationale a été de 52.000 tonnes de tomate fraîche, pour 71.000 tonnes en 2006. Alors qu’en 2005, la production a été de 76,5 mille tonnes. Vous voyez donc que, depuis quelques années, la production de tomate dans la Vallée connaît une baisse drastique. Et cela est dû principalement à l’entrée massive, sur le marché sénégalais, de concentrés de tomates de contrebande, en provenance d’Italie ou du Portugal.». Le président du regroupement des producteurs de tomates, qui parlait au téléphone depuis Dagana, a indiqué que, pour l’année dernière, le manque à gagner pour les producteurs de tomate de la Vallée a été de 7 milliards de francs Cfa.
«Etant obligés de réduire les surfaces cultivées, les paysans gagnent moins d’argent qu’espéré», explique-t-il. Et s’ils sont obligés de cultiver moins, c’est parce que la Socas, l’usine de transformation de tomate établie dans la Vallée, et qui rachète leur production, ne veut se pas permettre d’acquérir une quantité supérieure à ce qu’elle peut écouler. Et ces cinq dernières années, la compagnie lutte fortement contre la tomate de contrebande, qui réduit considérablement ses parts de marché.
Par conséquent, Ibrahima Fédior et ses amis appréhendent fortement que les produits européens, qui pour le moment, pénètrent majoritairement à travers la contrebande venant des pays voisins, soient autorisés à venir massivement concurrencer la production locale. «Les Ape vont alors signifier la mort de la filière tomate». Et le désarroi pour de nombreux soutiens de famille, qui vivent de cette activité. Pour illustrer la catastrophe que cela serait, M. Fédior indique que la part de la tomate concentrée importée serait actuellement d’environ 20.000t par an, ce qui représente la moitié de la consommation actuelle du Sénégal. «Cela fait environ l’équivalent de ce que nous produisons à l’heure actuelle. Donc, des pertes de revenus de l’ordre de 20 milliards de francs Cfa pour nous», soupire-t-il.
Le secteur de la tomate locale est la seule filière intégrée de l’agriculture sénégalaise, signale M. Papa Samba Diop, le directeur commercial de la Socas, l’usine de transformation de la tomate. M. Diop affirme que, dans le cadre du contrat qui lie l’entreprise aux agriculteurs, ces derniers travaillent en harmonie avec les transformateurs, de manière à chercher la satisfaction de toutes les parties. Les gains importants que les producteurs de tomate tiraient d’une activité où ils avaient des prix garantis, leur permettaient de faire face au marasme qui affectait les autres cultures auxquels ils se consacrent, comme le riz, l’oignon ou d’autres produits de maraîchage. En dehors du riz, la tomate est la seule activité qui emploie le plus de monde dans la vallée du fleuve Sénégal.
Environ 3000 ménages s’adonnent pleinement à cette culture. Ce chiffre ne tient pas compte des ouvriers de deux usines de la Socas, les distributeurs, les fournisseurs d’engrais et autres transporteurs. tout ce monde a déjà d’ailleurs commencé à ressentir les effets de la crise qui affecte la filière, du fait d’une forte réduction de la production, ces dernières années.
Les producteurs de tomate ne sont d’ailleurs pas les seuls producteurs qui expriment leurs inquiétudes devant l’éventualité d’une ouverture des frontières aux produits venant de l’Europe. Moussé Diongue, membre du comité exécutif de l’Association des unions des producteurs maraîchers des Niayes (Aumn), structure spécialisée dans la production de l’oignon, ne tient pas un discours différent. M. Diongue révèle : «Depuis près de 7 ans, les producteurs d’oignon des Niayes se battent pour améliorer la qualité de leur produit, de manière à être compétitifs sur le marché national et sur le plan extérieur. Nous avons fait des efforts remarquables dans l’organisation des producteurs, surtout pour qu’ils respectent les normes techniques. Nous avons, après des années d’effort, pu obtenir la création d’un label de qualité, dit Soblé Niayes (Oignon des Niayes, Ndlr) Or, tout cela sera très rapidement remis en cause, si l’on veut procéder à une ouverture des marchés trop précipitée.». Un fonctionnaire de l’Agence de régulation des marchés (Arm), qui fixe le prix des produits maraîchers, particulièrement de la tomate et de l’oignon, explique que l’oignon sénégalais n’est pas encore en mesure d’entrer en compétition avec ses concurrents de Hollande ou d’ailleurs.
Le Sénégal, qui produit annuellement 80.000 tonnes d’oignons, en consomme environ 100.000. Mais, faute de moyens de conservations adéquats, une bonne partie de la production nationale, environ la moitié, se détériore avant de pouvoir être consommée. Ce qui fait que, régulièrement, les autorités sénégalaises sont obligées de laisser entrer une part importante d’oignons de Hollande, pour compléter le déficit de production. Cependant, ces produits étrangers, subventionnés à la production et à l’exportation, viennent faire de l’ombre aux produits locaux, vendus souvent plus chers.
Les oignons sénégalais doivent alors attendre que les produits importés soient épuisés, avant de pouvoir se vendre. En réaction, les producteurs nationaux se tournent régulièrement vers l’Etat, pour lui demander de fermer les frontières à la production étrangère, à certaines périodes de l’année, afin de permettre l’écoulement de la production nationale. Cela entraîne parfois un renchérissement des prix, que les consommateurs supportent mal. Les agents de l’Arm expliquent que «les Sénégalais ne savent souvent pas que l’oignon qui est importée et qui est vendue à des prix très compétitifs, a été déjà subventionné dans son pays d’origine, ce qui lui permet d’être parfois deux fois moins cher que la production nationale».
Le directeur de l’agence, Oumar Cissé, est convaincu que si le Sénégal entrait dans un système de libre-échange qui supprimerait les barrières douanières à certains produits, ce sont les producteurs nationaux qui perdraient la protection dont ils bénéficient avec plus ou moins de bonheur. Ce qui signifierait la mort de leurs secteurs d’activité, et la prolétarisation de nombreux agriculteurs. «De plus», ajoute M. Cissé, rien ne nous dit que si les Européens avaient le monopole de la fourniture de notre marché, ils n’augmenteraient pas les prix en ce moment-là, pour nous étouffer encore plus.
* Mohamed Guèye est journaliste au journal sénégalais Le Quotidien. Il fait partie d'un groupe de journalistes sénégalais invités par l'Institut Panos Afrique de l'Ouest et Oxfam à un atelier de formation et de sensibilisation sur les Ape, pour ensuite assurer une production régulière d'informations sur ces négociations.
Cet article est paru dans Le Quotidien du 1er septembre 2007* Veuillez envoyer vos commentaires a , ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance SenegalA quelques mois de la date annoncée de la fin des négociations de nombreuses difficultés et questions demeurent en suspens. L’Union européenne (UE) est le premier partenaire commercial de la CEDEAO. En tant qu’économie industrialisée avancée, elle est aussi un de ses principaux concurrents. Partant, que ce soit d’un point de vue économique ou social, les enjeux des APE sont extrêmement élevés pour les pays de la région Afrique de l’Ouest
Les négociations APE se déroulent entre, d’un côté, les 25 pays membres de l’UE, qui ont un PNB combiné de 13 300 milliards de dollars, et de l’autre, six groupes de pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, dont 39 font partie des 50 pays les moins avancés (PMA) au monde. Le groupe le plus petit, les Iles du Pacifique, a un PNB combiné de 9 milliards de dollars – soit 1400 fois moins que celui de l’UE. Même le groupe le plus grand, la région d’Afrique de l’ouest, a un PNB plus de 80 fois inférieur à celui de l’UE.
Ces difficultés ont été ouvertement évoquées dans une revue a mi-parcours publiée avec les sceaux de l’UE et des pays ACP (1) . Or si un « partenariat » implique sans conteste que les deux parties bénéficient de l’accord qui les lie. Avec les APE, si les gains pour l’UE sont clairs, il est difficile de voir quels vont être les bénéfices pour les pays ACP. Tout en soulignant l’iniquité des ressources disponibles, au bénéfice de la partie européenne, cette revue a mi parcours (2) rappelle en terme policée que « très peu d’études d’impact ont abordé la question de l’impact de l’APE sur les secteurs de production, sur les ménages et sur l’emploi ».
En filigrane, de nombreuses critiques émises par les organisations paysannes, les syndicats ou Organisations Non Gouvernementales ouest africaine sont corroborées par le contenu de cette tardive revue a mi parcours (3).
Ainsi, le système actuel de Préférences de Cotonou, qui offre aux exportateurs ACP un accès préférentiel au marché de l’UE, arrive à expiration fin 2007. Si aucun nouvel Accord n’est trouvé dès le 1er janvier 2008, les 13 pays les moins avancés (PMA) de la sous région accéderont au marché européen dans le cadre de l’initiative Tout sauf les armes (TSA), qui fournit un accès en franchise de droits de douane et sans quota. Les pays non PMA, que sont la Cote d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria, compteront eux sur le Système généralisé de préférences (SGP) normal, que l’UE prévoit pour tous les pays en développement. Ce système offre pourtant des préférences bien inférieures à celles de Cotonou. Il pourrait notamment obliger les exportateurs de ces trois pays à payer des droits tarifaires extrêmement élevés à l’entrée sur le marché européen. Alors que le calendrier des négociations accuse un retard extrêmement important, l’approche de la date butoir renforce donc les inquiétudes de ces exportateurs.
En effet, le SGP pourrait notamment être désastreux pour les secteurs d’exportation des pays ACP. La Commission européenne a fait ses propres calculs : «Pour la région de l’Afrique de l’Ouest, par exemple, il pourrait y avoir des pertes de plus d’un milliard d’euros dans les échanges commerciaux, car le droit tarifaire moyen à verser dans le cadre du SGP est en moyenne de 20% à 36% des exportations en provenance de la Côte d’Ivoire (700 millions d’euros), ce pays se verrait imposer un droit tarifaire de 27%, contre 0% dans l’Accord de Cotonou et des APE ; pour le Ghana, ce serait sur 25% des exportations (240 millions d’euros). Pour l’Afrique centrale, il pourrait y avoir une perte d’environ 360 millions d’euros en exportations. (54)» Concrètement, cela signifie que les producteurs de banane de Cote d’Ivoire paieront 13.5 euros pour exporter un carton de bananes contre 10 euros actuellement. Cette augmentation de 35% grèvera la compétitivité de cette filière et hypothéquera son avenir.
Ces coûts additionnels, liés au nouveau système d’accès au marché européen (le Système Généralisé de Préférences standard), seraient supportés par quelques secteurs d’exportation. Au Ghana et en Côte d’Ivoire, plus des deux tiers des coûts de la perturbation des échanges dans le cadre du SGP standard seraient supportés par les secteurs de l’horticulture, de la pêche et du bois (5).
Accès aux marchés pour les exportateurs des pays ACP
Bien que l’UE ait promis d’augmenter l’accès aux marchés pour tous les producteurs des pays ACP, rien ne laisse présager qu’il en sera ainsi. En 2001, l’UE a établi le programme « Tout sauf les armes » (TSA) pour les PMA, y compris les 39 PMA appartenant, à cette date, au groupe des pays ACP. Dans le cadre de ce programme TSA, les pays éligibles ont un accès sans droit de douanes pour la très grande majorité de leurs exportations vers l’UE.
Il est par contre peu probable que le reste des pays ACP, les « non-PMA », bénéficient d’un accès aux marchés plus favorable que celui octroyé par le système de préférences des Conventions de Lomé. Il est également peu probable que soient supprimées les barrières qui limitaient l’impact positif des accords préférentiels. Même avec un APE, les exportateurs des pays ACP devront probablement toujours faire face non seulement à des règles d’origine très strictes, qui limitent le nombre d’exportations pouvant bénéficier d’un traitement préférentiel, mais également au renforcement continu des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) qui entravent l’accès de leurs exportateurs aux marchés européens, ainsi qu’à la progressivité des tarifs sur certaines productions clés, qui conduit à l’imposition de droits de douane plus élevés sur les produits transformés (comme le café instantané) que sur les matières premières (telles que les grains de café) et décourage donc les pays ACP de transformer leurs propres produits.
En outre, la lenteur des réformes des politiques agricoles européennes signifie que, même s’ils parviennent à exporter vers l’UE, les exportateurs des pays ACP restent confrontés à la concurrence de producteurs européens hautement subventionnés.
En résumé, en matière d’accès aux marchés les pays PMA qui appartiennent à la catégorie des pays les moins avancés ne bénéficieront pas notablement d’un APE car l’UE leur a déjà promis un accès équivalent avec le programme TSA, tandis que les autres pays non PMA ( Cote d’Ivoire, Ghana, Nigeria) négocient uniquement pour pouvoir préserver l’accès aux marchés dont ils bénéficiaient déjà avec l’Accord de Cotonou.
Accès aux marchés pour les exportateurs de l’UE
Pour ce qui concerne l’ouverture des marchés ACP, la signification exacte de « l’essentiel » du commerce est vivement débattue. Dans le cas des APE, la Commission européenne a déclaré qu’elle considère que le « délai raisonnable » pour la période de transition est de dix ans mais que celui-ci pourrait être prolongé dans des cas exceptionnels. La Commission européenne s’est montrée plus réservée au sujet de l’étendue que devrait couvrir la libéralisation dans les pays ACP. Il est néanmoins généralement entendu que si l’UE libéralise 100% de son commerce, les pays ACP devront en libéraliser 80%, ce qui limiterait à 20% la marge de protection des produits locaux face à la concurrence des biens et services européens.
Ce degré de libéralisation correspondrait à la conception de la Commission selon laquelle, pour être compatible avec l’OMC, il faut en moyenne libéraliser 90% du commerce (6). Mais cela mettrait les gouvernements ACP dans la position de devoir choisir entre maintenir des droits de douane sur les importations sources de recettes fiscales essentielles comme les voitures ou l’électronique, protéger des denrées de base telles que le maïs, mettre quelques industries existantes à l’abri de la concurrence européenne, ou maintenir leur capacité à soutenir le développement industriel futur du pays.
La suppression des barrières douanières à l’importation de produits européens mettra en effet en concurrence directe les produits (souvent hautement subventionnés) (7) d’une des régions les plus avancées économiquement avec ceux des producteurs de certains des pays les plus pauvres du monde. Bien que les pays ACP et l’UE s’attendent à ce que la libéralisation de certains secteurs ait des conséquences dramatiques, les études d’impact ont jusqu’ici été superficielles et de qualité très inégale. Ces études ne fournissent en particulier aucune évaluation quantitative de l’impact des APE sur les niveaux de production et d’emploi ou sur la compétitivité future des secteurs productifs des pays ACP. Selon l’évaluation de l’impact des APE sur le développement durable réalisée par la Commission européenne, « si la libéralisation pourrait permettre [aux consommateurs d’acheter des produits bon marché], elle pourrait également accélérer l’effondrement du secteur industriel moderne [sic] en Afrique de l’ouest » (8).
Non seulement les APE menacent les secteurs existants mais ils pourraient aussi considérablement saper la capacité des gouvernements ACP à soutenir le développement économique futur de leur pays. A ce jour, pratiquement tous les pays qui se sont développés ont mis en oeuvre une politique tarifaire pour aider leurs petites entreprises à progresser vers des stades plus avancés dans la chaîne de production de valeur, évoluant progressivement vers des industries de transformation et de fabrication. Cela implique de faire varier les droits de douane en fonction des besoins de l’économie et des priorités de développement au niveau national ou régional.
Les APE vont fortement restreindre la capacité des pays ACP à user ainsi de la politique tarifaire. Les pays ACP ne pourront probablement pas modifier considérablement leurs choix de produits faisant l’objet d’une exemption, même si l’évolution de leur structure industrielle exige de protéger d’autres secteurs que ceux de départ. Les pays ACP n’auront donc que peu ou pas de marge de manoeuvre pour inclure sur la liste des secteurs protégés d’autres secteurs agricoles ou industriels qui pourraient avoir un potentiel de croissance à l’avenir. Le gel des niveaux de droits de douanes découlant des APE risque donc d’enfermer les pays ACP dans la production de matières premières et d’entraver leur développement économique futur.
Un autre intérêt offensif de l’UE est de libéraliser le commerce des pays ACP dans le domaine des services. L’Accord de Cotonou rappelle les engagements pris dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) et confirme que les pays ACP doivent bénéficier d’un traitement spécial et différencié. Mais le mandat de négociation de la Commission européenne est plus offensif que l’Accord de Cotonou et que l’OMC puisqu’il affirme que les négociations en matière de services devraient « commencer dans tous les secteurs au plus tard en 2006 » (9).
L’impact sur le développement de l’inclusion des services dans les négociations APE est encore largement ignoré et seules quelques rares études ont examiné de façon approfondie les secteurs de services des pays ACP. Les pays ACP eux-mêmes ont fermement demandé « que soit respecté le droit des membres du Groupe ACP de réglementer et de libéraliser le commerce des services en fonction de leurs orientations nationales » . Il reste à voir si ces pays parviendront à conserver, au terme de ces négociations, la capacité de réglementer leurs services.
Dans ce contexte on peut imaginer les difficultés que rencontreront certaines sociétés locales (notamment dans le BTP et les services) pour gagner des appels d’offres face à des concurrents européens disposant d’un environnement plus favorable avec des coûts des facteurs moindres moindre (accès a l’électricité, Internet…). Comment un infographiste ou un provider de services d’un pays de la sous région disposant de quelques heures d’électricité par jour et d’un accès a faible débit pourra entrer en compétition avec une société européenne bien installer et capable de pratiquer le dumping pour gagner des marches ?
* Eric Hazard est le responsable de la Campagne sur la Justice économique pour Oxfam International. Cet article a été proposé comme documentation de base à des journalistes mobilisés dans le cadre d’une campagne d’information et de sensibilisation du public sur les négociations autour des Ape.
Notes
1 _ ACP-EU, Economic Partnership Agreement Negotiations, Cotonou Agreement Article 37.4 review, Council of EU General Secretariat, ACP MD no:115/07 ACP, 16 May 2007, Origin European Commission for discussion.
2 _ Ibid
3 _ Réellement lancée en 2004 en Afrique de l’Ouest, les négociations portant sur les APE devaient faire l’objet d’une revue à mi parcours consensuelle. Cette revue arrive malheureusement à quelque mois de l’échéance prévue des négociations et permettra donc difficilement aux parties en présence d’en tenir compte de manière constructive pour réorienter les négociations en fonction des insuffisances notées.
4 _ Accord de partenariat économique : Questions et réponses, Commission européenne, 6 mars 2007.
5 _ TWN Africa, Oxfam International, Une question de volonté politique, Briefing paper, Avril 2007, 31 p., Pour une analyse plus complète, lire ODI. 2007. The Costs to the ACP of exporting to the EU under the GSP. Final Report, March 2007. London: Overseas Development Institute. Available on-line: www.sia-gcc.org/acp/download/summarised_mid-term_report_final_doc_light.pdf
9 _ Recommandations autorisant la Commission à négocier des Accords de partenariat économique avec les pays et régions ACP, texte adopté par le Conseil des affaires générales de l’UE, le 17 juin 2002.
10 _ Déclaration ACP relative à la cinquième Conférence ministérielle de l’OMC, Bruxelles, 1er août 2003.* Veuillez envoyer vos commentaires a [email protected], ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
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Tagged under GouvernanceNicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection du 6 mai dernier, avait fait cas de l’Afrique dans un registre compassionnel, se présentant comme le président qui aiderait l’Afrique à vaincre la « pauvreté, la maladie et la misère ». Les grands médias internationaux étant présents ce soir-là, le moment et l’endroit étaient bien choisis pour lancer un message aux Africains et au monde, comme si dans un contexte mondial, marqué par de nouvelles configurations géopolitiques, la France à travers son tout récent président voulait réaffirmer sa place en Afrique face aux jeunes « envahisseurs » comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis…
Mais pourquoi l’Afrique en ce moment précis d’un temps fort d’une élection présidentielle ? L’Afrique a-t-elle le monopole de la « pauvreté, de la maladie et de la misère » ? Non. Du discours de misérabilisme sur l’Afrique, le président est passé à un autre discours avec un autre contenu, en l’occurrence, celui prononcé le 26 juillet 2007 à Dakar, au Sénégal, discours cette fois-ci de teneur mystico-politique où Sarkozy proclame que « L’Afrique est devenue un mythe ». Avant la colonisation et les prétendues missions de « l’Europe civilisatrice », les premiers explorateurs du continent noir, obtus et incultes, à la recherche de « sensations fortes », l’avaient qualifié de « continent mystérieux ».
Comment le Président qui dit être l’homme de la « rupture » avec les pratiques politiques d’un autre âge de ses prédécesseurs à l’égard de l’Afrique a-t-il pu lire un tel discours, écrit par le «nègre officiel » du président, Henri Guaino (Ndlr : son conseiller qui lui a rédigé le discours), et plein de clichés ? Quelles étaient ses profondes motivations ? Ces dernières révèlent l’inconstance du discours politique africain du président, qui s’inscrit dans la continuité des actes de ses prédécesseurs sur fond d’une quête de légitimité politique personnelle en Afrique.
La confusion du temps de la campagne présidentielle de 2007 et du temps politique africain étaient au centre de ce discours de Dakar. Le président a en effet du mal à sortir du temps de sa campagne présidentielle pour véritablement se projeter dans une nouvelle dynamique de relations avec l’Afrique. Pendant toute la campagne électorale, il n’a cessé d’user et d’abuser de la sémantique politique dans le but de « choquer » les français et d’ouvrir les débats : celui d’une France, traumatisée par la crise européenne liée à son non au référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen, celui du mouvement des délocalisations vers les pays émergents tels que la Chine ou l’Inde avec son corollaire de chômage et de crise économique ou encore celui de la crise des banlieues en octobre et novembre 2005, révélatrice d’une crise identitaire et de l’exclusion d’une partie de la société française.
Allant dans le sens de la majorité des Français, il sait, en terme de stratégie politique, leur livrer le discours qu’ils veulent entendre. Ainsi, les thématiques sociétales ont été usées à fond et dans tous les sens : le travail avec la fameuse maxime « travailler plus pour gagner plus », la relance d’une Europe « bloquée » avec un traité européen simplifié, la surmédiatisation de la politique sécuritaire et de la lutte contre l’immigration…
Justement, en ce qui concerne l’immigration, courant 2006, le président, à l’époque ministre de la Sécurité, avait effectué un séjour dans deux pays subsahariens, le Mali et le Bénin, pour expliquer sa politique dans ce domaine. Mais la jeunesse de ces pays ne lui avait pas réservé un accueil chaleureux, même s’il en avait profité pour donner sa vision des nouvelles relations franco-africaines. Pour lui, il était temps de se défaire des relations ambiguës existant depuis longtemps entre la France et l’Afrique francophone.
Tout ce mouvement était dans la cadence de la pré-campagne présidentielle. Sinon comment expliquer qu’après avoir martelé une certaine « rupture » dans les relations franco-africaines pour engager une nouvelle démarche dans ce sens, le président, dans sa première tournée subsaharienne se rende au Gabon, pays du dirigeant Odimba Omar Bongo, l’un des monuments vivants de la « françafrique » au pouvoir depuis une quarantaine d’années.
« Depuis ma prise de fonction, je tente de maintenir un équilibre entre notre volonté réformatrice, qui est notre feuille de route, et la réalité » se justifie en ces termes, Jean-Marie Bockel, ancien socialiste passé à droite et secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie, dans l’hebdomadaire Jeune Afrique du 5 août 2007. Quelle est donc cette « réalité » implacable à laquelle aucun président français ne peut échapper, fût-il grand adepte de la « rupture » ?
La supposée « réalité » a pris le dessus sur la « rupture ». Cette « réalité », c’est la permanence des rapports ambigus entre la France et l’Afrique francophone dans le temps et dans l’espace, générateurs de toutes les incompréhensions entre français et africains, « réalité » liée à des intérêts géostratégiques et économiques.
Mais aujourd’hui, L’Afrique est au cœur d’un nouvel enjeu géopolitique international. Le « pré-carré » français en Afrique se trouve ainsi menacé dans cette nouvelle donne mondiale. « L’Afrique de Papa m’a dit » au temps du règne de Christophe Mitterrand, « émissaire officieux » de son père François Mitterrand, ne doit pas voler en éclats.
Comment maintenir le rythme du discours livré aux français lors de son déplacement en Afrique durant la pré–campagne présidentielle, après avoir été élu président ? Comment s’adresser aux dirigeants africains en prenant soin de ne pas les « bousculer » et de préserver ainsi le « pré-carré » et la « réalité » implacable dans la logique de ceux qui l’ont précédé ? Voilà tout le dilemme de Nicolas Sarkozy. Face à ce dilemme, il a choisi la solution la plus facile. Un discours inspiré de la littérature exotique coloniale sur l’Afrique qui n’ouvre pas de vrais débats politiques et économiques.
Henri Guaino, a fait lire au Président un discours qui plonge ses racines dans le sous-sol livresque d’une époque à jamais révolue. La « pensée philosophique » du XIX ème siècle de Hegel dans son ouvrage « La raison de l’histoire », pour qui l’Afrique, comme le reprend justement le président dans son discours est « immobile » à travers « L’homme africain » qui « jamais ne s’élance vers l’avenir », la nostalgie de l’enfance africaine de Camara Laye qui symbolise une Afrique qui « refuse de lever la tête et regarder avec confiance l’avenir », la « négritude » de Léopold Sédar Senghor dont les écrits ont fait l’objet de vives critiques dans les universités africaines….
Voici autant d’auteurs mobilisés pour ce premier discours présidentiel en Afrique subsaharienne, loin des réelles préoccupations des africains.
A Dakar, les étudiants présents dans le grand amphithéâtre « UCAD » de l’université Cheikh Anta Diop, et non « la jeunesse africaine », auxquels le président s’est adressé voulaient, eux, entendre un autre discours, celui qui devait ouvrir les vrais débats politiques et économiques entre l’Afrique et l’Europe d’une part, et entre le monde et l’Afrique d’autre part.
Ce premier discours présidentiel politico-mystico-historique ne fait pas avancer la réflexion en termes de rapports économiques entre le Nord et le Sud. J’ai lu tout le discours, de la première à la dernière ligne, hormis ces références philosophiques et historiques d’un autre âge sur l’Afrique, il n’y a point de questions qui induisent les enjeux économiques mondiaux d’aujourd’hui. Or, face à la mondialisation, l’Afrique, tout comme l’Europe et la France, doit relever de nouveaux défis.
Par exemple, pourquoi ne pas avoir proposé qu’à l’avenir, on réfléchisse sur cette règle injuste non écrite qui réserve la direction du Fonds monétaire international à un Européen et la présidence de la Banque mondiale à un Américain ? Pourquoi ne pas revoir la représentation des pays pauvres du Sud au Conseil d’administration, la revalorisation de leurs droits de vote et de l’adoption d’un mode décisionnel plus équitable au sein de cette structure financière internationale ? Pourquoi poser la question de la « bonne gouvernance » à Libreville, au Gabon et en même temps occulter le système de gouvernance de la Banque mondiale dont l’affaire Paul Wolfowitz dans sa gestion occulte se révèle un exemple frappant d’opacité ?
Il y aurait donc plusieurs types de discours selon l’interlocuteur que l’on a en face. S’il faut « choquer » pour « ouvrir le débat » comme au temps de la campagne présidentielle, le président, dans son discours à Dakar, s’est trompé d’époque, de sujets et à versé dans la violence symbolique des mots, en quête d’une légitimité politique en Afrique et dans la continuité du comportement politique de ses prédécesseurs de la Ve République.
Continuité donc des discours de 1946 et 1958 de Brazzaville, au Congo, du Général de Gaulle qui furent les signes annonciateurs du « soleil des indépendances » des anciennes colonies françaises, ou de celui la Baule de François Mitterrand de 1990 annonçant le « soleil des démocraties africaines » pour les ex-colonies françaises. Eux aussi, se révélèrent en décalage total avec les réalités africaines et tous furent sans effet.
Le président a cédé lui aussi aux « chants du crépuscule » de Victor Hugo et les Africains continueront à écouter, pendant longtemps, la longue, la très longue litanie des discours crépusculaires. Comme l’affirme Vincent Hugeux dans l’Epress « La rupture peut attendre car le chef de l’Etat n’a pas tourné le dos à la Françafrique »
Mahamadou Siribié est Docteur en Sciences Politiques, président de l’Association «The New way’s Association»
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceVous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants.
Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.
Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays !
De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.
Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre -, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort.
Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature.
Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes, sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? - ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.
Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux Droits de l’homme ?
Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous.
Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ?
Car, oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme.
Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ?
Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance. Nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.
Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?
Sincèrement et franchement à vous.Antananarivo, le 3 août 2007
Cette lettre ouverte est cosigné avec d'autres écrivains africains : Boubacar Boris Diop (Sénégal), Abderrahman Beggar (Maroc, Canada), Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) , Koulsy Lamko (Tchad), Kangni Alem (université de Lomé), et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou en ligne sur www.pambazuka.org
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