Stephen Marks introduit les articles dans cette publication en passant en revue les manifestations éclatantes et brillantes évaluées en milliards de dollars qui ont été organisées lors du sommet entre les dirigeants chinois et africains au début du mois de novembre de l’année dernière. Mais derrière le spectacle flamboyant, scintillant et coruscant, l’on se pose la question de savoir ce que tout ceci signifie pour l’Afrique ? Est-ce une réédition du colonialisme ; une course effrénée vers les ressources minières et pétrolières de l’Afrique? Y a-t-il un modèle de développement chinois que l’on peut suivre ? Quelle est la véritable nature de l’implication de la Chine en Afrique?
Les chefs d’état d’Afrique et d’autres dignitaires de 48 pays se sont rendus en grand nombre à Beijing au mois de novembre 2006 pour participer au plus grand sommet international jamais tenu dans la capitale chinoise. Et la Chine a fait tout son possible non seulement pour que ses invités d’honneur se sentent les bienvenus mais aussi pour ne laisser aucun doute auprès des Chinois, voire du monde entier, à propos de l’importance de cette réunion. Des banderoles rouge vif affichées le long des avenues portaient des slogans comme “ Amitié, Paix, Coopération et Développement”. L’Agence officielle de presse chinoise Xinhua a déclaré que les visiteurs emmenaient «un élément du mystérieux continent dans la capitale chinoise». Sur les panneaux publicitaires de la capitale le long des grandes artères et sur les ronds points on pouvait voir des images de girafes et d’éléphants rodant dans les savanes.
Mais derrière ‘l’Afrique Chic’ officielle et les mots des communiqués officiels chaleureux mais prévisibles, quelque chose de substantiel se passait. Les déclarations adoptées à la fin de la réunion le dimanche 5 novembre ont utilisé des paroles ‘doucereuses et mielleuses’ -une forte rhétorique promettant un nouveau type de partenariat stratégique fondé sur ‘l’égalité politique, la confiance réciproque, une coopération économique mutuellement bénéfique et des échanges culturels.’ Mais il y avait aussi une substance impressionnante.
Le samedi 4 novembre, le premier ministre chinois Wen Jiabao a proposé que la Chine et l’Afrique tentent d’augmenter leur volume de commerce à la valeur d’US$100 milliards d’ici l’an 2010. Ce qui serait plus du double du niveau de l’année 2005, qui, lui, s’élevait à approximativement US$39.7 milliards. Au cours des neuf premiers mois de 2006, le volume de commerce sino africain avait déjà atteint US$40.6 milliards, une augmentation annuelle de 42 pourcent.
Le même jour, le président chinois, Hu Jintao a annoncé une enveloppe d’aide et diverses mesures d’assistance pour l’Afrique y compris US$3 milliards sous forme de prêts préférentiels au cours des trois années à venir ainsi que la suppression d’autres dettes de la part des pays pauvres d’Afrique. Il a déclaré que la Chine s’engageait à :
. doubler son niveau d’assistance de l’an 2006, d’ici l’an 2009
. accorder des prêts préférentiels de l’ordre de US$3 milliards en plus d’une ligne de crédit acheteur de l’ordre d’US $2 milliards en faveur de l’Afrique au cours des trois prochaines années
. établir un fonds de développement sino africain, qui atteindra US$5 milliards pour assister et encourager les sociétés chinoises à investir en Afrique
. annuler les dettes, contractées sous forme des prêts gouvernementaux sans intérêt qui auront atteint la maturité à la fin de l’an 2005 dues par les pays pauvres fortement endettés et les pays africains les moins développés qui ont des relations diplomatiques avec la Chine
. augmenter de 190 à plus de 400 le nombre des produits pouvant être exportés vers la Chine sans frais douaniers par les pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine
. établir trois à cinq zones de commerce et de coopération économique en Afrique au cours des trois années à venir
. au cours des trois prochaines années, former 15 000 cadres africains ; envoyer en Afrique 100 experts agricoles de haut rang; établir 10 centres spéciaux de démonstration technologique en Afrique, construire 30 hôpitaux en Afrique et accorder une subvention de RMB 300 millions pour fournir l’artemisinine et construire 30 centres de prévention et de traitement pour lutter contre la malaria en Afrique; envoyer 300 jeunes volontaires en Afrique, construire 100 écoles rurales en Afrique et augmenter le nombre de bourses gouvernementales chinoises pour étudiants africains du chiffre actuel de 2000 par an à 4 000 d’ici l’an 2009.
Le président Hu a même promis de construire un centre de conférence pour l’Union Africaine afin de ‘soutenir les pays africains qui fournissent des efforts pour se consolider en s’unissant à travers le processus d’intégration africaine’. Ceci était peut-être une démonstration claire de la promesse contenue dans la déclaration finale visant à soutenir les organisations régionales et sous régionales dans leurs efforts de promouvoir l’intégration économique, et à soutenir les pays africains dans la réalisation des «objectifs du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique» (NEPAD).
Tôt le dimanche matin, la 2ème conférence des Entrepreneurs Chinois et Africains venait de clôturer ses travaux avec la signature de 14 protocoles d’accord entre d’une part 11 entreprises chinoises et d’autre part des gouvernements et firmes africaines pour une valeur totale de US$ 1.9 milliard. Ces protocoles d’accord couvrent la coopération dans le domaine du développent des infrastructures, de la communication, de la technologie et des équipements, de l’énergie, du développement des ressources, des finances et des assurances.
Il y avait d’autres bonnes nouvelles encore. Le sommet a été suivi d’une exposition commerciale africaine tenue à Beijing. Selon l’agence de presse Xinhua, le lundi, ‘plus de 170 entreprises venant de 23 pays africains ont rempli le hall d’exposition avec des variétés de leurs spécialités locales, y compris minerais, bijoux, textile, fourrures, épices, thé et café.’
Mais à l’exception peut-être du textile, qui est bien connu comme étant la plus importante des exportations chinoises, tous les autres articles exposés étaient des produits que l’Afrique exporte traditionnellement depuis l’époque coloniale. Ceci a peut-être influencé Xinhua dans son choix d’entrepreneurs chinois à interviewer sur leur opinion concernant les éventuelles perspectives commerciales avec l’Afrique.
‘Wang Jianping, président de la société Hashan Company de la province orientale de Zhejiang, a dit à Xinhua qu’après le sommet, il a décidé d’augmenter son investissement de la valeur actuelle de deux millions de dollars à six millions de dollars pour stimuler le développement de l’industrie locale de fabrication des chaussures au Nigeria.’
‘Sheng Jushan, directeur général du groupe Guoji de la province centrale de Henan a déclaré que sa société venait à peine d’établir en Sierra Leone une zone de coopération économique qui attire à peu près 20 petites et moyennes entreprises chinoises’.
Des zones de traitement similaires au Nigeria, lorsque achevées et rendues opérationnelles, permettront de stimuler des activités économiques dans l’état par la transformation des matières premières en produits manufacturiers, plus particulièrement les produits qui, actuellement sont importés vers ce pays.
Est-ce un nouveau type de colonialisme ?
La ruée de la Chine vers l’Afrique est certainement due, dans une large mesure, aux mêmes causes qui étaient à la base du partage de l’Afrique par l’Europe au 19ème siècle – le besoin des matières premières qui allaient alimenter l’industrialisation. Le journal Economist l’a ainsi résumé avant le sommet : Son économie s’est accrue à une moyenne de 9% au cours des 10 dernières années, et son commerce extérieur a quintuplé. Elle a besoin de toutes sortes de produits- minerais, produits agricoles, bois, pétrole, et encore du pétrole. Entre 2000 et 2004, la Chine a contribué à elle seule à l’augmentation de la demande mondiale du pétrole de 40%.
L’augmentation du prix des denrées qui en résulte, a eu un effet bénéfique pour la plupart des pays africains. Les prix élevés combinés à une plus forte production ont aidé les économies locales. Le PNB réel des pays d’Afrique sub-saharienne a augmenté en moyenne de 4.4% durant la période 2001-2004 par comparaison au taux de croissance de 2.6% des trois années précédant cette période.
A Beijing en 2005 Moeletsi Mbeki, directeur adjoint de l’Institut sud-africain des Relations Internationales, lors d’une conférence organisée par le parlement chinois, avait décrit ainsi le résultat que plusieurs redoutaient : l’Afrique vend les matières premières à la Chine, la Chine vend les produits finis à l’Afrique. C’est une dangereuse équation qui reproduit les vieilles relations entre l’Afrique et ses puissances colonisatrices. L’équation ne peut pas tenir longtemps pour un certain nombre de raisons. D’abord l’Afrique a besoin de préserver ses ressources naturelles, qu’elle utilisera à l’avenir pour sa propre industrialisation. Deuxièmement, la stratégie d’exportation de la Chine est à la base de la désindustrialisation de certains pays à revenus moyens… Il en va de l’intérêt et de l’Afrique et de la Chine de trouver des solutions à ces stratégies.
En termes clairs, la plupart des décisions annoncées lors du sommet, reflètent la reconnaissance par la Chine de ces craintes à propos du ‘néo-impérialisme.’ Ainsi bien avant le sommet l’article du quotidien People’s Daily avait dénoncé, ‘la fausse accusation selon laquelle la Chine est en train d’exercer un “néo-colonialisme” en Afrique’, accusation qui apparemment visait à semer la discorde entre la Chine et l’Afrique.’
Et la veille du sommet, le Conseil d’état qui est le cabinet chinois avait promulgué ‘Neuf Principes’ visant à ‘encourager et harmoniser l’investissement étranger des entreprises.’ Ces principes exigent aux entreprises chinoises opérant à l’étranger d’ ‘observer les lois locales, de faire leurs soumissions dans la transparence et l’équité en respectant les droits des employés locaux, en protégeant l’environnement, en assumant les responsabilités des entreprises etc.’
Existe-t-il un modèle chinois ?
Comme le Japon et les petits ‘tigres asiatiques’, la Chine ne s’est pas développée en suivant les règles du consensus de Washington. Les pays occidentaux et africains ont critiqué la manière dont la Chine a évité de conditionner sa coopération par l’insistance sur les aspects tels que la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, aspects sur lesquels les pays occidentaux insistent, et ceci se trouve sans doute en arrière plan de l’enthousiasme dont jouit le modèle chinois de la part des pays africains ayant des régimes plus répressifs’
Mais il y a aussi de la substance à l’idée selon laquelle, la coopération sud-sud a un mérite intrinsèque. Dans les domaines tels que le développement rural et la technologie intermédiaire, l’expérience chinoise a beaucoup de choses utiles à offrir, précisément parce que la Chine est, elle aussi, un pays en voie de développement.
Il n’était pas prévu qu’un code comme le mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM) soit une condition pour l’octroi de l’assistance, et la perception selon laquelle c’est l’extérieur qui impose de telles conditions, a lésé son importance même aux yeux des militants et activistes qui en soutiennent les objectifs.
Inversement, le fait que la Chine évite de poser des conditions signifie qu’elle peut aller très vite et produire des résultats palpables sur le terrain. L’étatisme qui caractérise encore l’économie chinoise signifie que la Chine pourrait offrir une approche “solutions en point unique”, qui garantirait à la Chine l’accès désiré au pétrole ou à certains minerais clés, par exemple en Angola ou au Nigeria. Cet accès pourrait être combiné avec des prêts souples et des projets de développement des infrastructures dont l’Afrique a tellement besoin tels que les autoroutes, le chemin de fer et des projets de développement rural, la construction de parques industriels pour petites firmes ainsi que des stages et bourses d’études qui sont des éléments additifs moins coûteux, mais d’un grand impact.
Cette approche intégrée peut être un véritable point de plus et ce, non seulement pour des régimes comme ceux du Zimbabwe ou du Soudan. Comme dans cet exemple tout le paquet peut être conclu et livré moyennant d’une part quelques visites de la part des hautes figures gouvernementales, et d’autre part l’accueil offert aux dirigeants africains reçus en grands hôtes de marque comme lors du récent sommet de Beijing.
Mais tous ces attributs ne sont pas uniques à la Chine, et une analyse ultérieure pourrait être utile si elle examinait l’approche chinoise dans un contexte plus large au lieu de la comparer de manière unilatérale avec le modèle conventionnel de la mondialisation libérale qui caractérise les approches conventionnelles occidentales.
Chris Melvile et Molly Owen ont indiqué que la Chine n’est pas la seule actrice du théâtre africain, ni la seule partenaire à promouvoir l’idée d’un marché gagnant-gagnant. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud ont établi leurs propres liens de coopération sud-sud. Chacun de ces accords a été salué comme alternative valable aux anciennes puissances impérialistes. Et chacun à son tour a été accusé de poursuivre son propre sous-plan impérialiste.
Et comme Chris Alden et Martyn Davies l’ont indiqué : les compagnies multinationales chinoises sont à plusieurs égards semblables aux compagnies multinationales opérant en Afrique, par exemple les compagnies françaises Elf-Aquitaine ou la compagnie sud africaine Eskom. Dans le cas de la France, Elf Aquitaine a été fortement politisée, en influençant ou définissant la politique française en Afrique et plus particulièrement dans les pays comme le Gabon et l’Angola.
L’étroite proximité entre les intérêts commerciaux et les intérêts politiques de la France manifestée par la présence des hauts cadres des compagnies pétrolières dans le près carré de l’Elysée ainsi que la circulation de membres de l’élite politique comme Jean-Christophe Mitterrand dans les cercles politiques et les cercles des affaires a été dès le départ une caractéristique essentielle de la politique française en Afrique postindépendance.
Bien plus, le modus operandi des instigateurs de la politique étrangère à Paris a toujours été construit autour d’un réseau de relations personnelles avec les leaders africains, et renforcé par une toile d’accords bilatéraux dans des domaines tels que le commerce, les finances, l’assistance au développement et la défense.
Nature des compagnies multinationales chinoises
Si le rôle de l’état chinois n’est pas différent de celui des pays occidentaux ou des pays austraux, comment les multinationales chinoises diffèrent-elles de leurs rivales dans la manière de fonctionner en tant que firme ?
Le gouvernement chinois a clarifié sa position dans sa déclaration politique officielle concernant l’Afrique : ‘ le gouvernement chinois encourage et soutient l’investissement et les affaires des entreprises chinoises en Afrique et continuera à octroyer des prêts préférentiels et des crédits-acheteurs à cette fin’.
Mark Sorbara l’a dit comme suit : ‘ investir dans l’industrie d’extraction en Afrique est une affaire risquée, mais la Chine a désespérément besoin de matières premières pour alimenter son économie en plein essor, aussi le gouvernement est-il prêt à supporter la plus grande partie des risques pour les entreprises chinoises voulant investir en Afrique’.
Mais l’objectif de ce soutien étatique n’est pas seulement de sécuriser l’accès de la Chine aux matières premières. Comme Alden et Davies l’ont démontré, dans la poursuite de ses ambitions mondiales, Beijing ‘a l’intention de sélectionner les compagnies d’avant-garde’ qui, avec l’appui actif et le soutien généreux du gouvernement, se préparent à joindre les rangs des 500 sociétés les plus fortes du monde publiées annuellement par le magazine Fortune. A peu près 180 compagnies ont déjà été désignées par l’état pour bénéficier d’une assistance financière préférentielle, des concessions fiscales, et du soutien politique ‘go global’ et devenir ainsi de véritables multinationales.
Cet objectif de devenir des joueurs mondiaux à proprement parler a été exprimé clairement par Fu Chengyu, directeur exécutif du géant chinois du pétrole CNOOC après que le congrès américain avait bloqué sa tentative d’acquisition d’Unocal, la neuvième grande compagnie américaine du pétrole : ‘nous cherchons à devenir des participants à l’industrie mondiale, comme toutes les autres grandes compagnies internationales, afin aussi d’alimenter le marché mondial.’
Le même principe s’applique à l’accord sino sud-africain, conclu au sommet de Beijing pour former une société mixte qui augmentera la production du ferro-chôme en Afrique du Sud. Le rapport de l’agence de presse Reuters sur cet accord a commenté que ‘la Chine est devenue un grand investisseur dans le domaine minier et des ressources naturelles en Afrique dans sa recherche des matières premières pour alimenter sa croissance économique, mais à l’exception des autres accords sino-africains, l’objectif de Tubatse Chrome est de gagner de l’argent et non de fournir des métaux à la Chine’. Et le président de la société partenaire sud africaine a déclaré : ‘Sinosteel est une organisation commerciale, et Tubatse Chrome bénéficiera d’une société orientée vers le bénéfice. Si la Chine offre le meilleur prix, nous vendrons à la Chine, mais nous vendrons à quiconque offre le meilleur prix.’
Les optimistes peuvent voir que c’est un bon signe. Ndubisi Obiorah le dit ainsi : comme le label mondial et la réputation deviennent de plus en plus importants pour les compagnies chinoises, celles-ci ne veulent plus être associées aux violations des droits de l’homme ni aux régimes répressifs d’Afrique ou d’ailleurs.
Comme résultat, suggère-t-il, les compagnies chinoises deviendront plus vulnérables à ‘la dénonciation et à l’effronterie’ de la part des ONG des pays occidentaux et d’ailleurs.
Les optimistes peuvent aussi en voir certains signes sur les sites web de Sinopec et Petrochina, qui mettent en vedette les prix qu’ils ont décrochés grâce à leur bonne gouvernance en affaires et leur politique modèle pour la santé, la sécurité et la protection de l’environnement.
Est-ce que ceci établit le besoin d’un organisme qui serait chargé de la surveillance des sociétés chinoises, organisme au travers duquel les activistes africains et d’ailleurs puissent faire peser des pressions ? Mais dans ce cas, pourquoi pointer du doigt la Chine seule ? Comme Alden et Davies ont conclu : en effet, même les critiques admettent que si l’on passe outre les cas du Soudan, de l’Angola et de la Guinée Equatoriale, ‘le reste des activités de Petrochina et Sinopec sur le continent africain ne sont pas autrement répréhensibles’ ou du moins pas plus que leurs concurrents occidentaux.
Peut être qu’il n’ y a pas vraiment de distinction entre les capitalismes chinois et occidental mais que la différence réside plutôt en ce qui sépare les rapaces bruts des plus ou moins sophistiqués. Mêmes ces deux catégories ne sont pas des classifications bien distinctes, mais deux faces différentes, dont chacune peut être présentée comme la plus convenable.
Dans ce contexte, ceux qui s’occupent de la recherche dans les corporations feraient bien d’examiner la possibilité que les multinationales chinoises opérant en Afrique incorporent elles-mêmes des capitaux occidentaux, peut-être passés au peigne fin non seulement par les canaux habituels des entreprises mixtes et des actionnaires, mais aussi dans les fonds en provenance de Hong Kong et de Taiwan.
Neil Tottman, directeur de la branche chargée des banques commerciales de HBSC Chine, a élaboré des plans agressifs pour les affaires de sa banque commerciale en Chine, par anticipation à une nouvelle dérégulation du secteur cette année. ‘Le volume total d’aiguillage d’affaires entre Hong Kong et la Chine continentale a augmenté au taux annuel de 175 pourcent par an entre 2002 et 2005. A la même date cette année, le volume des transactions entre Taiwan et la Chine continentale a augmenté de 512 pourcent par comparaison à la même période l’année dernière.’
En route vers l’anti-démocratie ?
Mais il y a d’autres aspects concernant le concept du modèle distinctif de la Chine qui sans doute doit être attrayant pour les régimes les plus répressifs de l’Afrique - l’idée que la Chine désapprouve l’argument selon lequel la démocratie est une pré condition essentielle au développement. L’opinion générale est que la Chine prouve le contraire – en démontrant le besoin d’un gouvernement fort.
Ndubisi Obiorah a cité un exemple nigérian de cette invocation d’un modèle chinois: ‘ les ténors de la faction d’Obasanjo ont déclaré que l’absence de stabilité et de dirigeants visionnaires était la principale cause du sous développent en Afrique et que c’étaient exactement ces mêmes qualités qui avaient permis à la Chine et au Singapour de se développer et de devenir des miracles économiques contemporains.’
Selon Obiorah, la montée de l’Inde peut contredire cette vogue de gouvernements autocratiques égoïstes. Peut-être aussi qu’avant 1946 certains des obstacles majeurs au développement de la Chine se trouvaient dans le fait que l’élite dirigeante, en connivence avec les forces à l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays, étaient opposées à la modernisation ; mais il y avait aussi un modèle archaïque de propriété foncière et d’autorité ; une désunion nationale chronique et un nombre élevé de seigneurs de guerre dont l’équivalent actuel en Afrique pourrait être la République Démocratique du Congo (RDC). Tout ceci a été balayé par la grande vague de la révolution populaire – situation qui ne se ferait pas accepter par l’élite des régimes répressifs de l’Afrique actuelle en tant que voie plus graduelle et réformiste vers la démocratisation !
Mais l’antidote le plus puissant à l’idée selon laquelle la Chine valide une voie autocratique vers le développement, est l’agitation de plus en plus croissante en Chine des masses contre le coût du modèle économique actuel et son impact sur les droits des travailleurs, l’environnement, l’inégalité croissante et l’exclusion sociale.
Comme Dorothy Guerrero l’a indiqué : la Chine est actuellement la quatrième puissance économique du monde et plusieurs pays en voie de développement envient ses progrès économiques record. Néanmoins, la croissance phénoménale de la Chine est en train de produire une fausse conception selon laquelle l’on croit qu’elle est la plus grande gagnante de la mondialisation.
Même s’il est vrai que les réformes du marché et l’ouverture de la Chine face à la mondialisation ont donné à des millions de personnes un standing de vie élevé, il y a encore un nombre élevé de Chinois qui souffrent des conséquences de la rapide transition vers une économie de marché.
La majorité des Chinois ne se préoccupe pas de savoir quand la Chine deviendra la première puissance économique du monde. Au contraire ils se demandent quand les avantages de la montée de la Chine en tant que puissance mondiale commenceront à avoir un impact positif sur leur vie.
Même les sources officielles en Chine et à l’étranger sont conscientes du coût social du grand bond en avant accompli par la Chine vers le marché libre. Les membres du parlement ont tiré la sonnette d’alarme à propos de la crise d’emploi imminente et la banque mondiale a confirmé que les pauvres de la Chine deviennent de plus en plus pauvres.
Quant à l’environnement, aucun chiffre avancé par Pan Yue, directeur adjoint de l’Organisme d’état chinois chargé de l’administration et de la protection de l’environnement, n’a manqué de susciter une grande controverse dans son récent essai sur la civilisation écologiste socialiste lorsqu’en ouverture il a accusé : ‘Les inégalités économiques et environnementales causées par une compréhension imparfaite de la croissance et des réalisations politiques de la part de certains officiels, sont allées à l’encontre des objectifs de base du socialisme et ont poussé à l’abandon les succès du socialisme chinois’.
L’avancée du néolibéralisme en Chine et son impact sur le peuple chinois sont allés main dans la main avec le rôle croissant de l’impérialisme chinois à l’étranger. L’anomalie apparente d’une puissance impérialiste sujette elle-même à une exploitation impérialiste grandissante en alliance avec le capital local n’est pas nouvelle – elle a aussi caractérisé la Russie tsariste. Même s’il est pour le moment difficile d’agir suivant cette idée, la corrélation suggère que l’allié évident de l’activiste de base et des groupes de la société civile africains sera de plus en plus son homologue chinois.
Stephen Marks est un rédacteur et chercheur indépendant spécialisé en matière de développement et des droits de l’homme.
Ceci est une version abrégée d’un article publié par Stephen Marks. La version complète, y compris les références, sera disponible dans un livre qui sera publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.
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Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir :
Tagged under GouvernanceEn considérant la surexploitation des ressources forestières dans la Province de Zambezia et les effets de la construction d’un très coûteux barrage sur les communautés environnantes, Anabela Lemos et Daniel Ribeiro se posent la question de savoir si après sa longue période de colonisation portugaise, le Mozambique ne court pas le risque d’être recolonisé sous la bannière du ‘partenariat économique avec la Chine’. Dans cet article ils relèvent les inquiétudes du Mozambique provoquées par les faibles exigences chinoises concernant l’environnement et le social ainsi que le non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la politique de non interférence.
« Cahora Bassa nous appartient » : c’étaient là, les premiers mots du président mozambicain, Armando Guebera lors de la signature du contrat de transfert du titre de propriété du barrage hydro-électrique du Fleuve Zambèze, barrage âgé de 27 ans. Le dernier lien du Mozambique à la colonisation par le Portugal est finalement brisé, mais les nouveaux liens économiques du Mozambique montrent ces mêmes caractéristiques d’exploitation et d’abus.
Les intérêts économiques abusifs ne sont pas quelque chose de nouveau dans les relations internationales. Il y a de multiples exemples des effets de déstabilisation et de paralysie qu’ils peuvent avoir sur les pays en voie de développement. Ces expériences négatives ont donné aux bailleurs de fonds étrangers comme la Banque Mondiale une mauvaise réputation, et ont obligé un certain nombre de ces bailleurs de fonds à prendre plus au sérieux les impacts sociaux et environnementaux et à élaborer des politiques pouvant promouvoir une justice sociale et une protection de l’environnement durable. Les expériences passées ont montré que de telles mesures sont des obligations cruciales dans la recherche d’un développement vraiment durable.
Malheureusement, l’un des pays investisseurs internationaux, en occurrence la grande Chine, rivalise avec la Banque Mondiale pour devenir le plus grand donateur des pays africains et cette situation sape les leçons préalablement acquises sur l’importance de la transparence, de la justice sociale et de l’environnement durable. La demande croissante de la Chine en nouvelles ressources énergétiques et minérales (mais aussi le besoin de la création de marchés pour ses propres biens) a provoqué un grand intérêt dans l’Afrique comme source d’approvisionnement de ces ressources naturelles ; plusieurs pays africains sont donc perçus comme des partenaires de plus en plus importants. La Chine est la plus grande consommatrice de zinc, de nickel, de cuivre, et de pétrole brut sans compter qu’elle est la plus grande importatrice de bois tropicaux.
La faiblesse de la Chine concernant les obligations sociales et environnementales, son non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la non ingérence dans les affaires intérieures des pays auxquels elle prête, a eu comme résultat que certains gouvernements africains ont des caisses pleines, ce qui leur permet de résister contre les pressions internationales et la lutte contre la corruption. Il s’ensuit que les dictateurs se maintiennent au pouvoir, ils centralisent la gestion des richesses et empêchent le vrai développement.
Le Mozambique est l’un des pays africains à avoir saisi l’approche chinoise de financement et qui s’est accaparé de l’opportunité de la non ingérence dans les affaires internes ainsi que d’autres faibles politiques. Voici quelques exemples récents des résultats néfastes de cette relation.
Exploitation du bois dans la Province de Zambezia
Les entreprises chinoises d’achat de bois s’affrontent avec les hommes d’affaires mozambicains, certains membres du gouvernement et leurs services de gestion des ressources forestières dans le déboisement des espèces tropicales de bois précieux qui poussent lentement dans les forets semi arides du Mozambique. La vitesse d’exploitation de ces espèces pourrait en causer l’épuisement dans les 5 à 10 ans à venir, selon les rapports du commerce du bois traité et non traité au Zambèze. Le déboisement sans aucune chance de renouvellement commence par le soutien des Chinois aux acheteurs de bois pour obtenir de ‘simples licences’ qui permettent l’exploitation du bois en quantité relativement petite dans des régions bien spécifiées. Ces licences sont accordées à de nombreux exploitants mozambicains (146 en 2003). Seulement c’est là le début d’un processus de déforestation que l’on appelle le ‘takeaway chinois’.
Lorsque la demande de licence a été approuvée, le propriétaire de la licence paie celle-ci (US$10-40 par mètre cube de bois selon les espèces). La plupart des propriétaires de licences mozambicains obtiennent des crédits de la part des acheteurs chinois pour couvrir ces dépenses. La disponibilité de ces crédits est le facteur principal qui motive l’essor de l’exploitation du bois, ce qui attire dans ce secteur des personnes non scolarisées et non qualifiées. Jusqu'à un tiers des opérateurs ne remboursent pas leurs dettes, et ce coût est renvoyé aux autres opérateurs, sous forme du moindre prix payé pour le bois. En moyenne, le revenu généré par les gens du pays travaillant dans le secteur du bois est en dessous du revenu minimal légalement requis qui s’élève à US$30 par mois.
Les quotas et les licences donnent très peu d’indications sur la quantité et les espaces abattus ; il y a une culture de sous-estimation dans les rapports. Les inspections sont rares et la corruption est monnaie courante, le système de contrôle par informatique de la délivrance des licences et du transport joue un rôle complètement cosmétique, selon les rapports des experts locaux. Il y a seulement un véritable point de contrôle à Nicoadala où les copies de toutes les licences sont classées et où tous les chauffeurs doivent s’arrêter. Tout observateur de cette affaire qui passe du temps à ce point de vérification se rend compte que l’on s’acharne plus sur les villageois ayant de petites quantités de bois coupé à la main et sur certains opérateurs industriels établis tandis que les opérateurs bien connectés aux politiciens, aux services provinciaux d’exploitation des parques et des forêts du Zambezia (SPFFB) ainsi que ceux connectés aux acheteurs de bois échappent à ce contrôle. En 2002, le quota retenu était de 42 000 m3 (1 132 000 ha d’ères de concessions) mais le rapport SPFFB indique que seulement 33 200 m3 (+/- 97 600 bûches) ont été exploités, dont seulement 28 400 m3 (+/- 83 500 bûches) ont été exportés. Mais cette année-là 17 gros porteurs et 27 bateaux centenaires ont embarqué des bûches au port pour un total de 51 000 m3 (+/- 150 000 bûches), selon le rapport des autorités du port (ce qui pourrait aussi être une sous évaluation de la part des experts locaux).
A titre d’exemple - vers la fin du mois d’octobre 2004, le gros porteur Chang Ping était arrimé dans le port de Quelimane pour embarquer 2000-2500 tonnes de bûches, selon le président de la société propriétaire du bateau tandis que l’exportateur local (Madeiras Alman), avait officiellement déclaré un poids total de 1074 tonnes (4715 bûches, pour un volume total de 1 602 m3). Le navire est resté 10 jours au port afin de charger la cargaison dans 3 cales simultanément 24 heures sur 24. Même en utilisant un système lent de chargement manuel au rythme de 20 bûches par heure et en comptant les heures de pause, on pouvait embarquer approximativement 10 000 bûches.
La manipulation ne s’arrête pas aux statistiques ou aux données, mais elle touche aussi la règlementation. Au début, les espèces commerciales principales (Classe 1) devaient être traitées avant l’exportation. Mais juste quand cette règlementation devait entrer en vigueur, le ministère sous l’impulsion de l’industrie d’exploitation du bois a promulgué une ordonnance spéciale (ou ‘ministerial diploma’) classifiant une nouvelle fois les espèces de bois pour permettre leur exportation comme bois non traité. Maintenant le bois non traité est exporté vers la Chine, ce qui a un effet néfaste sur l’industrie locale, à savoir le transfert de tous les avantages de l’un des pays les plus pauvres du monde vers celui qui est en voie de devenir l’un des plus riches. Ce qui se passe au Zambezia est perpétué ou empiré dans les autres provinces comme Cabo Delgado, Nampula et Niassa. Au lieu de combattre l’exploitation illicite du bois, à travers des mesures telles que la manipulation de la réglementation en matière d’exploitation forestière, la falsification des informations techniques et statistiques, la corruption et l’implication indirecte dans le secteur de l’exploitation forestière, la Chine facilite l’exploitation illégale et empêche le développement durable dans ce secteur.
Le barrage de Mpanda Nkuwa
Le projet du barrage de Mphanda Nkuwa est un bel exemple des problèmes relatifs au non respect par la Chine des droits de l’homme et de l’impact environnemental des projets qu’elle finance. Le projet de construction d’un barrage évalué à US$ 2.3 milliards à Mphanda Nkuwa a fait couler beaucoup d’encres et de salives au Mozambique avec la société civile et les communautés concernées qui ont relevé plusieurs inquiétudes. L’inadéquate évaluation de l’impact social et économique, les hauts risques économiques, environnementaux, sociaux et techniques ainsi que d’autres impacts négatifs ont découragé les bailleurs de fonds occidentaux comme la Banque Mondiale qui, elle, s’est retirée du projet. Malgré tous ces problèmes, au début de cette année, la banque chinoise EX-IM qui est la main prêteuse de la Chine à l’étranger a accepté de soutenir le projet de construction de ce barrage.
Le barrage de Mphanda Nkuwa aura une capacité de 1350 mégawatts ; il sera érigé sur l’un des fleuves africains qui compte déjà beaucoup de barrages, en occurrence le Zambèze. L’électricité du barrage sera dirigée principalement vers l’industrie et la grille régionale de l’Afrique Australe en ignorant complètement le fait que moins de 5% des Mozambicains ont accès à l’électricité. La production de l’électricité provoquera un doublement des fluctuations quotidiennes du débit du fleuve, ce qui aura un effet néfaste sur les populations en avale dont la vie dépend du fleuve pour un accès convenable et acceptable à l’eau, la pêche, la navigation sur le fleuve et la culture en temps de reflux.
Le barrage sapera aussi les années d’effort de restauration du delta du Zambèze (la zone humide la plus riche de toute l’Afrique Orientale et un site décrété comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar), qui avait été endommagé par la mauvaise gestion du barrage de Cahora Bassa jusqu’à 70 km en amont de Mphanda Nkuwa. Un régime de débit quotidien et des simulations d’inondation ont été suggérés afin de permettre un meilleur développent écologique en aval et atteindre le débit requis pour la restauration de l’environnement. Le débit du barrage de Mphanda Nkuwa est basé sur l’actuel débit destructif de Cahora Bassa et le rapport d’étude de l’impact environnemental du projet stipule que si ceci changeait, Mpahanda Nkuwa ne serait plus économiquement fiable. Il paraît donc probable que des années de travail de restauration du Zambèze en amont de Cahora Bassa seront abandonnées au profit de l’initiative de générer plus de courant hydroélectrique à partir du fleuve.
Le récent séisme d’une amplitude de 7.5 et plusieurs autres effets secondaires ont justifié les préoccupations existantes à propos des risques séismiques du projet Mphanda Nkuwa. Le pays avoisine la frontière de la plaque tectonique Nubia-Somalia qui traverse une zone très active appelée le Shire trough qui s’étend vers le sud, en allant du point le plus au sud du Malawi jusqu'aux environs de Maputo. Le pays est donc considéré comme étant dans une zone ou les activités séismiques sont actives ; malheureusement une mauvaise documentation dans ce domaine empêche les chercheurs de déterminer la possibilité de grands tremblements de terre. Par exemple, le récent séisme d’une amplitude de 7.5 était presque 13 fois supérieur à l’amplitude normale tout au long de cette plaque.
Le barrage de Mphanda Nkuwa sera dans une zone séismique active, seulement à 200 km du cœur de cette zone de cassure. En plus, la forme de la cassure montre que le réservoir du barrage pourrait augmenter la capacité séismique des plaques avoisinantes - résultat provoqué par l’augmentation du poids de l’eau et phénomène connu sous le nom ‘d’activité séismique provoquée par le réservoir’ ou RIS. Ce qui plus est, la faille traverse le réservoir à 25 mètres de l’endroit proposé pour l’érection des murs du barrage. On croit que cette faille est active même si, selon les rapports géologiques récents, il n’y a pas d’activités. Le manque d’expérience et de connaissances du Mozambique en matière de construction de grands barrages et les faibles exigences sociales et environnementales chinoises auxquelles il faudrait ajouter la quasi-inexistence de données pour cette région, augmentent le risque et la possibilité d’un grand désastre.
Le financement de la banque chinoise EX-IM a pour objectif de promouvoir l’exportation de pièces mécaniques et électroniques ainsi que de produits de haute technologie ; ceci dans le but de soutenir les sociétés chinoises en leur proposant des contrats avantageux en matière de constructions offshore et de projets de construction à l’étranger en conformité avec la devise ‘go global’ pour qu’elles deviennent de véritables multinationales. L’intérêt que la banque porte au projet Mphanda Nkuwa a annulé les pressions qui pesaient sur le gouvernement mozambicain pour une évaluation de l’impact social et environnemental de ce projet. L’implication de la banque chinoise dans ce projet a aussi permis au gouvernement d’éviter d’en adresser les aspects négatifs. Si le projet du barrage de Mphanda Nkuwa se réalise dans sa forme actuelle, ce sera un autre exemple des impacts négatifs des grands barrages sans compter qu’il constituera un handicap majeur au développement du Mozambique.
D’autres projets de construction de barrages en Afrique n’ont pas donné de précédents encourageants. Il y a eu de sérieux abus des droits de l’homme en rapport avec le barrage de Merowe au Soudan, par exemple (voir l’article d’Ali Askouri). Le programme de compensation a été mal appliqué, il n’y a pas eu de transparence, et il est question de mauvais impacts sociaux et environnementaux. Plus près de nous en Zambie, la société étatique ZESCO travaille avec la société chinoise Sinohydro sur le projet de la gorge de Kafue.
Elle a choisi le site du barrage après une évaluation équilibrée comportant des facteurs économiques, sociaux et environnementaux. Mais, nous avons appris de sources internes que Sinohydro a dit à ZESCO que ce n’était pas de cette manière que cela se faisait en Chine et que Sinohydro voulait avoir un site dont l’évaluation se focaliserait uniquement sur des facteurs économiques. En fin de compte, le site original de ZESCO a été retenu mais il n’est guère prometteur que les constructeurs du barrage de nationalité chinoise doivent tenter de se focaliser sur les aspects économiques du projet.
Nous avons aussi appris des allégations de la part de nos communautés de pêcheurs de nos côtes, allégations selon lesquelles les navires de pêche illégaux chinois utilisent de grands cordiers et des filets maillants, qui non seulement attrapent des tortues et des requins mais aussi détruisent nos zones côtières. On a rapporté qu’un navire chinois a accosté au port de Maputo en octobre 2005 avec environ 4 tonnes de nageoires de requins illégaux. Aucune information n’était disponible sur les espèces de requin, ni sur le lieu ni les méthodes de leur capture. Les navires de pêche illégaux chinois profitent du manque d’intérêt de la part de nos dirigeants et du manque de moyens de contrôle et de surveillance de nos côtes pour les détruire et détruire aussi les moyens de survie de nos communautés.
Le lien économique avec la Chine est encore un partenariat jeune et grandissant avec de nombreux investissements en perspective. Le peu d’investissements fait à l’heure actuelle montre une tendance vers l’exploration et l’abus. Le caractère secret qui entoure les négociations, soit concernant Cahora Bassa ou Mphanda Nkuwa, les conditions de financement, le non respect des éléments de base pour un véritable développement comme l’égalité, la justice sociale, l’environnement sain, et l’équité, nous conduisent à poser la question de savoir si les Mozambicains sont en train de devenir maîtres de leur pays ou s’ils passent simplement d’un maître à un autre. Quel en est le coût pour notre peuple et nos terres ? Quel sera l’héritage des générations à venir ? Qu’est-ce qui nous attend à l’avenir ? Après tant d’années de colonisation par le Portugal, sommes-nous en passe de subir une nouvelle colonisation au nom du développement et sous la bannière d’un partenariat économique avec la Chine ?
• Anabela A. Lemos est un activiste mozambicain pour l’environnement. Il est fondateur et directeur de JA! (Justiça Ambiental). Daniel L. Ribeiro est un biologiste mozambicain, chercheur et activiste pour l’environnement. Il est co-fondateur de JA ! (Justiça Ambiental) et coordinateur de l’unité du JA! chargée des eaux des fleuves et du développement.
• Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par Anabela Lemos et Daniel Ribeiro. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format .PDF sur le site de Pambazuka News.
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*Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir:
Tagged under GouvernanceJohn Rocha tente de répondre à deux questions relatives au rôle de la Chine en Afrique : Comment l’influence grandissante de la Chine en Afrique pourra soit avancer soit limiter l’agenda africain ? Et quels en sont les défis et les implications pour les gouvernements africains, le secteur privé et la communauté internationale ?
Introduction
L’influence grandissante de la Chine sur l’échiquier international continue d’attirer l’attention des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Avec sa grande population et son récent taux de croissance économique estimé à 9.5%, la Chine se place maintenant en deuxième position après les Etats-Unis en matière de consommation de produits pétroliers.
En fonction des projections actuelles, la demande de la Chine et sa consommation de ressources minières pourront augmenter de manière exponentielle dans un proche avenir. Ainsi donc, la Chine cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et elle porte son regard sur l’Afrique comme partenaire naturelle.
Vers le début du 21ème siècle, les leaders africains avaient lancé le Nouveau Partenariat pour le Développent de l’Afrique (NEPAD). Ils ont aussi transformé l’ancienne Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en une structure plus active dénommée Union Africaine (AU). Son objectif principal était de réduire le fossé de développement existant entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à la Chine, elle a adopté la stratégie de base de la mondialisation visant à ouvrir la Chine aux investissements étrangers mais aussi à créer de nouveaux marchés d’investissement pour la Chine dans les pays étrangers. L’élément clé de ces deux stratégies est le désir ardent d’améliorer les relations sud-sud afin de renforcer le rôle des pays en voie de développement sur la scène internationale.
En dépit de l’engagement de la communauté internationale de doubler son assistance étrangère en faveur de l’Afrique en lui accordant un montant additionnel de US$25 milliards d’ici l’an 2010, la composition, le taux et la lenteur de la libération de ce montant sont en train de générer une certaine désillusion africaine envers ses partenaires traditionnels.
On se rend aussi compte de plus en plus que les relations traditionnelles et le partenariat avec l’Occident n’ont pas aidé l’Afrique à surmonter ses obstacles structurels dans sa tentative d’éradiquer la pauvreté et de sortir de sa marginalisation économique. Au lieu de se développer, l’Afrique semble souffrir d’une hémorragie alors que les autres pays du monde continuent à s’enrichir à ses dépens par le biais d’une exploitation disproportionnée de ses ressources naturelles et le renforcement d’un système économique mondial inéquitable.
Statut actuel et tendances de la coopération entre la Chine et l’Afrique
Selon le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, en 2004 il y avait 158 minerais avec des ressources et des réserves identifiables en Chine. Mais ces ressources sont insuffisantes et elles ne peuvent pas couvrir la demande nationale toujours croissante. Elles ne peuvent pas non plus maintenir la croissance économique spectaculaire de la Chine. A titre d’exemple et sur base des projections faites par le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, d’ici l’an 2010 la production nationale du pétrole brut pourra couvrir 51-52% de la demande mais seulement 34-40% en 2020. La production nationale du fer pourra couvrir 38% de la demande d’ici l’an 2010 mais seulement 29% en 2020. On estime que d’ici 2010 et 2020, le déficit de charbon atteindra 250 millions et 700 millions de tonnes respectivement. Ainsi donc, la Chine se tourne vers l’Afrique pour couvrir une partie de ses besoins à court et à long terme.
Historiquement, la disponibilité des matières premières brutes et les perspectives de gros bénéfices sur l’investissement, surtout dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles, ont toujours encouragé l’expansion et le renforcement des relations politiques et économiques avec l’Afrique.
L’Afrique est bénie avec des gisements impressifs de richesses minières, y compris la quasi-totalité des réserves mondiales de platine, de chrome et de diamant ; une grande partie des réserves mondiales d’or, de cobalt, et de manganèse ainsi que des réserves importantes de bauxite, de charbon, d’uranium, de cuivre et de nickel. Sur base des estimations actuelles, l’Afrique a aussi 7% des réserves mondiales de pétrole. De nouveaux gisements de pétrole viennent d’être découverts au Madagascar, en Zambie, et en Ouganda tandis des explorations à grande échelle se poursuivent en Ethiopie, au Kenya et en Tanzanie. On estime que d’ici l’an 2010 le Golf de Guinée livrera au marché mondial le cinquième des nouveaux barils.A l’heure actuelle, la Chine importe le quart de son pétrole de l’Afrique au travers de ses intérêts pétroliers en Algérie, en Angola, au Tchad, au Soudan et augmentera ses parts en Guinée Equatoriale, au Gabon et au Nigeria. En 1995 des droits d’exploration du pétrole ont été établis entre la société nationale des hydrocarbures de la Chine dénommée China National Petroleum Corporation (CNPC) et le Soudan. La société chinoise possède 40% des parts dans la Compagnie des Opérations Pétrolières du Grand Nil d’où elle tire plus de 300 000 barils par jour. Une autre société chinoise, Sinopec, est en train de construire un oléoduc de 1 500 kilomètres de longueur vers Port Soudan sur la Mer Rouge où le groupe chinois de génie civil et construction des infrastructures pétrolières est présentement en train de bâtir un réservoir de chargement.
La Chine a investi plus de US$ 8 milliards sous forme de contrats d’explorations pétrolières. Au Nigeria la société chinoise d’exploitation du pétrole offshore dénommée China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a acquis 45% d’intérêt de travail dans une licence d’exploitation du pétrole offshore, la licence OLM 130, pour un montant de US$2.268 milliards cash. La CNPC a investi dans la raffinerie de Port Harcourt tandis que Petro-China est intéressé par la raffinerie de Kaduna. La société ONGC Mittal Energy Ltd (OMEL), un partenariat entre la société d’exploitation de pétrole et de gaz naturel (Oil and Natural Gas Corporation) et le groupe L. N. Mittal, investira US$ 6 milliards dans les secteurs du chemin de fer, du raffinage de pétrole et de l’électricité en contrepartie des droits de forage du pétrole.
Sinopec et Unipec ont fait des investissements similaires au Gabon à travers un partenariat avec Total tandis que la société Pan-Ocean exploite le bassin à terre Tsiengui. Pan-Ocean s’est aussi associé à Shell pour explorer Awokou-1. Le Gabon vend le cinquième de sa production annuelle de pétrole à la Chine.
Alors que les accords pétroliers chinois ont attiré l’attention du monde, on parle très peu du besoin de la Chine en métaux de base tels que l’aluminium, le cuivre, le fer, le nickel, le zinc et d’autres minerais. En République Démocratique du Congo, la société Feza Mining, un partenariat entre la société chinoise Wambao et des hommes d’affaires congolais est en voie d’achever la construction d’une usine poly-métallurgique qui, selon le ministère des mines de la RDC, produira 1 000 tonnes de cobalt pur par an.
Caractéristiques des investissements chinois en Afrique
L’approche chinoise a plusieurs caractéristiques distinctes. Par exemple, l’une des caractéristiques principales de la coopération entre la Chine et l’Afrique, c’est le lien étroit entre les objectifs de la politique étrangère de la Chine et le rôle que jouent les entreprises chinoises. A la fin du mois de juin 2003, le ministère chinois du commerce avait donné le feu vert à 602 entreprises chinoises pour investir en Afrique un montant global de US $ 173 milliards. A la fin de l’année 2004, le montant d’investissements a atteint 715 milliards. Les activités que ces sociétés entreprennent sont variées et comprennent : commerce, traitement, fabrication, communication, transport, routes, agriculture et développement des ressources.
Par exemple en Angola, un contrat d’une valeur de US$2 milliards a conduit à la reconstruction des routes nationales, la construction d’un nouvel aéroport dans les alentours de Luanda et d’autres projets importants de développement des infrastructures. En plus, un accord d’une valeur de US$ 69 millions a été signé entre la société angolaise MundoStartel et la compagnie chinoise ZTE Corporation. De surcroît, le conseil ministériel angolais a approuvé les activités élargies de ZTE Corporation. Celles-ci verront ZTE investir US$ 400 millions, dont US$ 300 millions seront dévoués à la modernisation et à l’expansion d’Angola Telkom pour développer le réseau téléphonique angolais. Selon le gouvernement angolais, les US$ 100 millions restant seront investis dans la communication militaire et le développement d’une usine de fabrication de portables ainsi que la création d’un institut de formation en télécommunication pour les employés angolais. C’est là le caractère multi facial des transactions chinoises qui semble attirer les pays africains.
Un point positif est que sans doute les investissements chinois en Afrique ont et pourraient avoir quelques impacts positifs. La Chine aide certains pays africains à reconstruire leurs infrastructures et elle leur fournit d’autres types d’assistance pour l’agriculture, l’eau, la santé, l’éducation et d’autres secteurs. Ceci pourrait avoir des retombées positives dans la diminution des coûts des transactions et assister les gouvernements africains à adresser les calamités sociales comme la provision inefficace des soins médicaux, la crise d’énergie, le développement des capacités et ainsi de suite. Une augmentation de la demande chinoise en matières premières a provoqué une montée des prix des marchandises avec comme résultat l’augmentation des capitaux dans les coffres de plusieurs pays dont l’économie dépend de ces ressources. Mais les pays africains doivent utiliser cette aubaine pour se constituer des réserves pour l’avenir en investissant beaucoup dans l’éducation et la formation, en diversifiant l’économie et en renforçant les mécanismes d’administration et de gestion de l’état sur le plan politique, économique et des sociétés afin d’être mieux préparés à maintenir et à soutenir le boom économique actuel du continent africain.
Sur un ton pessimiste, l’on dira que le cadre du NEPAD exalte les vertus tels que l’autonomie africaine, le leadership, la prise en charge de sa propre destinée ainsi qu’une bonne gouvernance sur le plan économique, politique et général comme fondement de son plan de développement. L’émergence de la Chine comme actrice majeure de la scène africaine pourrait saper la vision du NEPAD. En effet, les pays africains pourraient devenir de plus en plus dépendants de la Chine au lieu de dépendre de leurs ressources nationales et leurs potentialités humaines.
A l’heure actuelle, c’est la Chine et non pas les pays du NEPAD ou le marché interne, qui est perçue comme source sûre de la mobilisation des ressources. Il y a aussi d’autres inquiétudes à propos des projets financés par la Chine. Dans certains cas, le taux des expatriés chinois (main d’œuvre et entreprises) s’élève à 70% tandis que les employés locaux ne constituent que 30%. Cette pratique ne facilite pas les efforts de l’Afrique dans sa lutte contre le taux de chômage élevé ou la pauvreté. Ceci ne stimule pas non plus le secteur privé africain à croître techniquement et financièrement. Bien au contraire, cette pratique pourrait renforcer la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’assistance externe.
D’autres craintes liées à l’émergence de la Chine relèvent du fait de la non adhésion de la Chine à l’approche occidentale du conditionnement d’aide ; ce qui pourrait anéantir tous les progrès accomplis dans la lutte contre la corruption et pour l’amélioration de la bonne gouvernance en Afrique – impliquant que le problème de la corruption en Afrique est un problème purement africain. Il y a une attention unidimensionnelle dédiée à l’Afrique comme source du problème alors qu’en réalité c’est un problème à l’échelle mondiale. Ceci nous conduit au grand débat sur le combat du capital. Admettant que le revenu de l’Afrique raflé par son élite représente un défi majeur pour la croissance économique et le développent durable du continent, l’hémorragie monétaire des fonds quittant le continent prend plusieurs autres formes. Selon Raymond Baker, chercheur de renommée sur ce genre de questions, la surenchère et le transfert des prix sont parmi les pratiques utilisées pour déplacer l’argent des pays en voie de développement.
A mon avis, la gestion effective et efficace des fonds et des biens publics ne devait pas se limiter à la publication des revenus que les pays africains ont obtenus grâce à l’exploitation de leurs ressources naturelles. Elle doit aussi s’assurer que ces transactions apportent des avantages optimaux aux populations africaines. Par exemple on parle du rapatriement des fonds issus des gains illicites, de la surenchère et du transfert des prix inclus mais sans se limiter au secteur de l’industrie extractive. Ces pratiques contribuent de manière significative à l’accroissement de la corruption, et elles ont servi de sauf-conduits à la corruption ainsi qu’à la lutte contre le capital. En plus, l’Afrique n’est pas seulement en train de perdre de l’argent à travers la corruption et d’autres activités de blanchiment d’argent mais elle est aussi victime d’un système économique mondial déséquilibré.
Montée des enchères et le nouveau partage de l’Afrique
L’émergence de la Chine comme actrice principale du théâtre africain pose deux défis cruciaux pour l’Afrique et la communauté internationale. Le premier est celui relatif à la faiblesse des systèmes administratifs africains (faible production de revenus, gestion, capacité de remboursement), l’absence d’ordre public et la lourde dépendance des ressources minières. Cette situation est aggravée par le manque de cadres adéquatement formés et de savoir-faire technologique ; or, ces éléments sont des ingrédients essentiels pour métamorphoser la situation actuelle de l’Afrique pour qu’elle sorte de l’état actuel de dépendance des ressources naturelles vers un état de développement continental et humain. Ces faiblesses majeures rendent l’Afrique susceptible à ce qu’on appelle communément ‘la malédiction des ressources’
Deuxièmement, il apparaît clairement qu’un développement économique accru au cours des quelques décades à venir, peu importe sa variation régionale, aura un impact significatif sur l’accroissement de la demande des ressources vitales. La consommation en Afrique ou ailleurs, est liée à l’amélioration du niveau de vie.
Par conséquent, la dynamique de la croissance économique et du développement, la croissance démographique, l’augmentation de la consommation et l’amenuisement des ressources vont générer une intense compétition sur l’accès aux ressources naturelles et le contrôle de ces dernières. L’impact de ces développements sera plus particulièrement sévère en Afrique à cause de l’ampleur des faiblesses citées ci-haut.
Perspectives d’avenir
Plusieurs sont d’accord pour dire que la grande diversité des ressources naturelles africaines seront des outils essentiels dans la lutte contre la pauvreté, le sous développement et la marginalisation. Les récentes découvertes des gisements pétroliers au Madagascar, en Zambie et en Ouganda prouvent aussi que le véritable potentiel des ressources minières africaines demeure encore un mystère pour l’Afrique elle-même mais aussi pour le monde. Le continent africain n’a pas encore été complètement exploré et son potentiel économique latent demeure inconnu. Néanmoins, il y a un besoin de changement au niveau des mentalités des dirigeants africains des secteurs public et privé. La communauté en général et la société civile en particulier peuvent jouer un rôle essentiel pour s’assurer que les ressources naturelles africaines soient exploitées et gérées de manière à contribuer à l’éradication de la pauvreté et garantir une croissance économique et un développement durable.
D’abord il faudra placer les intérêts nationaux au-dessus des gains personnels à court terme. Dans la plupart des pays africains, l’état ou le chef de l’état est le garant des ressources minières du peuple. La constitution les oblige à exploiter et à gérer ces ressources pour le bien de toute la nation. Il est impératif que ces dispositions constitutionnelles soient respectées et appliquées avec rigueur. La capacité institutionnelle, législative, régulatrice et exécutive de l’état doit être renforcée afin de dissuader tout comportement malhonnête et opportuniste. Pour s’assurer que les Chinois et les autres multinationales investissant en Afrique opèrent de manière à favoriser la cohésion sociale et la croissance économique, les leaders africains, les institutions publiques, les entreprises et les citoyens doivent se comporter de façon exemplaire et être au-dessus de tout soupçon.
Deuxièmement, pour le moment apparemment, il n’y a pas de stratégie régionale ou continentale claire pour traiter adéquatement de la multitude d’acteurs. Ce manque de stratégie commune a pour conséquence l’approche fragmentée qui affaiblit la position africaine à la table des négociations commerciales. Cette situation est en contraste direct avec celle de la Chine et des autres acteurs qui viennent en Afrique avec des propositions bien réfléchies et emballées qui leur permettent de bien maximiser les profits de chaque relation avec les pays africains. La Chine en particulier semble avoir une stratégie résolue et elle atteint avec succès les objectifs qu’elle s’est assignés vis-à-vis de l’Afrique. On pourrait bien se poser la question de savoir qu’est-ce qui constitue la force motrice de l’intérêt soudain que l’Afrique porte envers la Chine ? Fait-elle partie d’une approche bien mesurée pour déployer le véritable potentiel économique du continent ou bien s’agit-il seulement d’une réponse docile aux événements qui se déroulent en face d’elle ? Considérant l’expérience des relations africaines avec l’Occident avant et après les indépendances, la maxime qui dit ‘un homme averti en vaut deux’ revêt, dans ce cadre, une importance toute particulière.
Mieux encore, pendant que le cycle de l’augmentation de la demande des marchandises et le prix élevé des denrées génèrent des bénéfices énormes pour le continent africain (et cette tendance vers la hausse est supposée continuer), l’Afrique doit se protéger contre le syndrome de la Maladie Hollandaise. La diversification de l’économie et l’exportation doivent être de ses plus grandes priorités. En développant les industries secondaires et tertiaires, l’Afrique pourra créer des emplois additionnels, soutenir les revenus de l’état et stimuler la croissance économique.
Malgré sa contribution considérable au marché des matières brutes, les perspectives du développement africain sont entravées par sa lourde dépendance du secteur primaire qui est l’élément central de ses économies. Cette situation est exacerbée par un système international inéquitable qui favorise l’exportation des matières premières mais qui empêche et restreint l’exportation des biens manufacturiers africains. Jusqu'à présent, la Chine ne montre pas une déviation significative de cette pratique internationale bien établie.
Mais, comme je l’ai dit plus haut, la croissance de la demande internationale des marchandises a eu comme résultat le passage d’une économie de marché centrée sur l’acheteur vers une économie de marché centrée sur le vendeur. Il est possible que cette tendance continue dans un avenir proche, stimulée par le boom économique asiatique sous la houlette de la Chine, mais de l’Inde aussi. Grosso modo, l’émergence de nouveaux acteurs donne une nouvelle opportunité aux pays dotés de ressources en les mettant en position de force et en les gâtant dans leur choix de négociations commerciales.
Cette opportunité doit être pleinement exploitée et maximisée si l’Afrique veut s’extirper de la périphérisation et jouer un rôle central dans l’économie mondiale. A titre d’exemple, l’Afrique doit diversifier son économie en identifiant des niches stratégiques et en insistant sur les avantages locaux, mais aussi en négociant de meilleurs termes d’échanges aux niveaux bilatéral et multilatéral sans oublier d’utiliser ses potentialités naturelles comme un levier lors des négociations politiques et économiques avec ses partenaires internationaux. Néanmoins, pour que cette stratégie soit efficace, l’Afrique doit adopter une approche plus intégrée et plus coordonnée dans ses relations bilatérales et multilatérales. Contrairement à la Chine et aux autres puissances économiques de ce monde qui sont soutenues par des étaux économiques et politiques forts, la capacité de l’Afrique à tenir tête est plutôt limitée.
Il y a aussi le besoin d’une collaboration accrue des sociétés civiles à travers les différents pays africains. A l’heure actuelle, la participation communautaire à l’exploitation et la gestion des ressources minières est vraiment modeste. Là où elle apparaît, on trouve que le comportement et les méthodes employées sont susceptibles de provoquer une autodestruction, comme dans le cas des garimpeiros en Angola ou des rebelles du Delta du Niger. Une autre opportunité majeure pour la société civile se trouve dans le domaine de la recherche et de la gestion des connaissances. Il y a un manque d’informations qui conduit à un impact négatif sur l’élaboration des politiques et leur mise en application.
Le point de départ consiste à s’assurer que le dialogue entre la communauté internationale et l’Afrique soit plus constructif et qu’il renforce les idéaux du NEPAD, à savoir, partenariat, respect mutuel et gains. L’objectif primordial d’un tel processus doit être celui de s’assurer que les ressources naturelles africaines soient gérées de façon efficace et durable pour le bien du continent et de l’économie mondiale. En d’autres termes, sur le plan continental et mondial, la paix durable, la sécurité, la stabilité et le développement durable doivent être les piliers de la coopération à venir dans ce secteur vital.
• John Rocha est analyste en chef au sein du Programme Paix et Sécurité de l’organisme SaferAfrica où il dirige le processus conduisant à l’élaboration des conditions minimales pour l’exploitation et la gestion des ressources naturelles africaines. Rocha détient une licence en sciences humaines et sociales, spécialisation gouvernement, administration, développement.
• Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par John Rocha. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.
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Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir:
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Tagged under Gouvernance TogoS’éclairer à l’énergie solaire ? Le rêve est devenu réalité pour les habitants du village malien de Sirakorola situé à une centaine de kilomètres au nord de Bamako. Une expérience qui devrait être étendue à 305 villages d’ici 2015. Une clarté nouvelle dans la nuit. Trois lampadaires illuminent la chaussée bitumée qui traverse le village de Sirakorola, des lumières scintillent sur les façades de la sous-préfecture et de la mairie...
Tagged under Gouvernance MaliLe deuxième tour de l’élection présidentielle française aura lieu le 6 mai prochain et opposera le candidat de la Droite, Nicolas Sarkozy, à la candidate de la Gauche, Ségolène Royal. Momar Dieng s’interroge sur quelle place le (la) prochain(e) président(e) de la République française sera en mesure de réserver à l’Afrique en matière de coopération ? Pour lui, la question est aujourd’hui extrêmement préoccupante tant les déceptions liées aux finalités pratiques de l’engagement de la France sur le continent sont massives et souvent incompréhensibles.
Entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, les deux candidats qui se disputeront l’Elysée le 6 mai prochain, les Africains sont dans l’attente même s’ils manifestent généralement une préférence assez nette pour la socialiste. D’un autre côté, une bonne frange des intellectuels du continent et de la diaspora s’est depuis longtemps arc-boutée à l’idée que, quel que soit le pouvoir (de gauche ou de droite) en place, il existe déjà à Paris une ligne directrice formatée de longue date qui tient lieu de politique étrangère en direction de l’Afrique. C’est la fameuse Françafrique.
En tous les cas, une constante demeure qui est devenue un débat dans l’espace politique français : il est temps de donner une orientation nouvelle, un contenu nouveau à la coopération entre la France et l’Afrique d’une manière générale. Les politiques le disent et le redisent, confortés en cela par les experts, des plus libéraux aux plus conservateurs, mais également par les africanistes du courant altermondialiste : il y a nécessité urgente de réformer les termes des accords généraux de fait ou de droit qui encadrent depuis si longtemps les relations entre Paris et ses anciennes colonies.
Mais une question redoutable se pose : ces politiques ont-ils la volonté et, surtout, les moyens d’y parvenir ? La réponse ne paraît pas évidente tant la coopération entre la France et l’Afrique repose sur une bâtisse de rigidités élevées sur la durée. Qu’il s’appelle Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, une certitude s’impose : il n’y aura pas de révolution dans les rapports franco-africains à partir du 7 mai, lendemain du second tour de la présidentielle. Ces rapports reposent davantage sur un «système» que sur la volonté particulière d’un homme investi des plus hautes charges de la République française.
En cela, la marge de manœuvre du (ou de la) futur(e) locataire du palais de l’Elysée reste d’une étroitesse fondamentale. De l’ancien ministre de l’Intérieur, on ne retient de l’esquisse de ses rapports avec le continent africain que de grandes généralités, d’ailleurs moult fois ressassées par ses prédécesseurs potentiels à l’Elysée. Mais conscient de l’image négative et désastreuse que la Françafrique renvoie à l’Afrique, le président et candidat de l’UMP (Union pour une majorité populaire, parti majoritaire de droite à l’Assemblée nationale française), s’est taillé des habits de réformiste. «Il nous faut les (la France et l’Afrique) débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandats que celui qu’ils s’inventent.
Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes.» L’allusion à la Françafrique est nette même si M. Sarkozy en évite l’énonciation, il n’est pas sûr que le volontarisme dont il fait preuve dans le langage aille plus loin que l’expression d’une préoccupation simplement théorique. C’est dans la pratique et en situation que l’on pourra déterminer les «véritables changements» de cap annoncés par l’ancien ministre de l’Intérieur.
Car des changements, il en a promis, notamment dans le type de relations entre chefs d’Etat. «Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre chefs d’Etat, mais d’un dialogue franc et objectif, d’une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d’une communauté d’intérêts à long terme.» Il est loisible de penser que les relations très particulières que Jacques Chirac a développées avec des figures supposées notoires de la Françafrique, comme Omar Bongo Ondimba ou Denis Sassou Nguesso, sont dans le viseur de M. Sarkozy qui, lui-même, a tissé des rapports personnalisés avec ces dirigeants africains.
C’est sans doute un tel paradoxe qui incite Ségolène Royal à dire tout haut que «Nicolas Sarkozy (s’inscrit) dans les mêmes réseaux que le président Jacques Chirac» et n’est donc pas de nature «à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que (la France) demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l’Etat de droit.» Selon la candidate socialiste, «depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l’origine de désordres sans précédent sur le continent africain».
S’en prenant plus précisément à l’actuel locataire de l’Elysée, Madame Royal ne prend pas de gants. «La conception de la présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l’intérêt général, la pratique présidentielle a terni l’image de notre pays, qui se trouve associé dans l’esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent». Et en attendant de pouvoir «porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine», Ségolène Royal prend le temps de fustiger cette constante qui fait des Africains «les premières victimes de la ‘Françafrique’ » car, souligne-t-elle, «la multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires.»
Si Nicolas Sarkozy se déclare favorable à ce que l’armée française «reste au service de la sécurité de l’Afrique, mais sous mandat de l’Onu et de l’Union africaine», il n’en pose pas moins la réorientation de l’aide publique au développement (Apd) en la soustrayant aux régimes coupables de mauvaise gouvernance et prédateurs. Mais en face, l’engagement de Ségolène Royal pour le continent paraît plus articulé, plus visionnaire, autour notamment des préoccupations de base des populations africaines. Elle parle de paludisme, de sida, de pauvreté, d’espérance de vie qui régresse, des déséquilibres de la croissance urbaine, mais aussi d’émergence démocratique sous le contrôle de l’Union Européenne, d’éducation, de développement durable, de transparence, etc., le tout sous l’emprise du principe de co-développement dont les Ong et la coopération décentralisée seraient les bras exécuteurs.
Madame Royal se veut juste : «il n’est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage (des) ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique (de l’Afrique). Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l’émigration vers l’Europe… »
L’émigration clandestine, c’est justement l’autre grande fracture du couple Sarkozy-Royal à propos de la politique africaine de la France. Sans concessions, Nicolas Sarkozy a fait de l’émigration choisie le thème favori de sa politique intérieure. S’il est peu aimé sur le continent – ses visites mouvementées au Mali et au Bénin l’année dernière en attestent – il essaie de n’en faire pas trop cas, s’en tenant à une ligne de rejet systématique du phénomène migratoire, le plus souvent sans aucune considération de facteurs sociologiques et humanitaires pouvant justifier la souplesse.
C’est avec lui que les Charters ont repris du service, par l’expulsion de centaines de personnes vers leur pays d’origine sur le continent. En 2006, plus de vingt mille clandestins ont été forcés de quitter la France, souvent dans des conditions humainement dégradantes et indignes. Comme si l’un des objectifs de cette répression quasi aveugle était de montrer aux Français qu’il sait prendre des décisions et qu’il sait les appliquer.
Même si elle rejette l’émigration clandestine – quel homme politique sérieux l’admettrait d’ailleurs ? – Ségolène Royal diverge fondamentalement de son concurrent par la méthode de traitement qu’elle entend apporter à cette question. Moins brutale – du moins en théorie – plus diplomate et plus regardante sans doute sur le côté humanitaire, elle ne devrait pas s’éloigner des principes déjà dégagés par le Parti socialiste français, en dépit de l’extrême fermeté dont Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant – deux anciens prédécesseurs socialistes de Sarkozy au ministère de l’Intérieur – ont fait preuve. Ces principes sont : tolérance et fermeté, humanité sans laxisme…Car après tout, il y a bien une forte tendance des populations françaises qui n’accepte plus cette pagaille bien africaine qui dérange et bouscule un pays si ordonné, si rangé…
En 2005, les investisseurs français ont déployé 50 millions d’Euros (environ 32 milliards de francs Cfa) au Sénégal, ce qui a représenté 24% dans la formation du Produit intérieur brut (PIB) sénégalais. Il est encore trop tôt de savoir ce que sera l’impact de la nouvelle agressivité chinoise sur le continent en général, au Sénégal en particulier sur les entreprises françaises qui y prospèrent. Mais ce qui paraît incontournable – et les deux candidats à l’Elysée le sentent bien – c’est qu’il va falloir réorienter et redimensionner l’activité économique française sur le continent.
La Françafrique et ses méthodes violentes de fonctionnement ne sont plus tolérables en Afrique parce qu’il y a une nouvelle conscience africaniste qui dit une chose simple : qu’on arrête de piller nos économies, que nos richesses nous servent ici d’abord. En promettant de privilégier l’Asie comme continent de la nouvelle croissance pour l’économie française, Nicolas Sarkozy préparerait déjà l’immigration française vers de nouveaux Far West. Quant à la Françafrique, il y a de fortes chances que son système continue de faire la pluie et le beau temps dans bien des Etats africains.
* Momar Dieng est Journaliste au quotidien sénégalais, Le Quotidien. Il est un observateur averti de l’actualité politique sénégalaise et internationale. Il peut être joint à [email][email protected] ou [email][email protected]
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Tagged under Gouvernance« La préoccupation n’est pas au sujet de mon oppression, mais au sujet de l’inaccessibilité des corps qui portent le hijab et du fait que certaines gens ne se sentent pas généralement à l’aise devant ceux qui n’ont pas de problèmes avec les signes visibles de différence culturelle et religieuse », écrit Kameelah Janan Rasheed en relatant son expérience personnelle sur le port du hijab.
Je me suis embarquée sur une toile de voyages continus, bien que non-linéaires, et interconnectés textuellement et sur des matches de discoureurs vers une histoire cohérente concernant le hijab. J’avais peur qu’en écrivant à propos du hijab mes pensées seraient si résonnantes des travaux qui ont précédé, que mon histoire serait remise au musée des anachronismes et clichés embaumés. Cette peur m’a fait courir le plus loin que mes courtes jambes puissent me porter loin du paradigme oppression –libération, et en me cachant dans un coin obscur loin des gens en repentance qui se haïssent pour ce qui est de la laideur de l’Islam.
Je ne m’intéresse pas à prouver à personne que je suis en effet libérée ou qu’en portant le hijab aux Etats-Unis je m’engage dans une action de féministe radicale. Juste comme j’ai arrêté, il y a des années, la tâche de prouver ma noirceur ou ma féminité à ceux qui doutaient de mes « lettres de créance », je ne compte pas passer du temps ici à valider mon humanité ou mon agence. Une telle tâche constitue une distraction. La tâche ici revient ici non à mijoter en me servant des mots bizarres ou à faire une présentation du hijab et de moi-même qui va me garantir l’entrée dans la communauté féministe ou « la grande » communauté. Je ne veux pas passer de temps en cherchant à convaincre les gens qu’en fait mon hijab n’est pas chirurgiquement attaché à ma peau.
Non plus, je ne veux pas dépenser mon énergie en présentant des arguments comme quoi il n’y a pas un fileur intégré dans mon hijab qui crie un « haraam, haraam'» prononcé quand il y a une distance trop grande entre ledit hijab et ma tête. La tâche ici consiste à partager des histoires qui ne vont faire rien qu’illustrer que des libérateurs auto-proclamés qui sont convaincus de mon oppression sont en train de faire plus pour m’opprimer que mon hijab n’ait pu jamais le faire en me fixant dans des incarcérations conceptuelles.
En me disant qu’en tant que « hijabi”, je ne peux représenter et ne peux être vue que comme l’épitomé de l’oppression – l’aberration atavistique, alors vous avez réussi à réifier les structures patriarcales que vous prétendez mépriser. Vous m’avez tenue en otage dans votre imagination et ma seule clé vers la liberté est de me rendre et de corroborer vos suppositions de ma subjugation.
Si je vous dis que je suis confortable en tant que hijabi, et que je ne me sens en aucune manière restreinte, pourquoi ressentez-vous toujours la nécessité de me parler comme si j’étais une enfant? Pourquoi ressentez-vous la nécessité de me convaincre que je suis en train de vivre dans une matrice où j’ai essayé de confondre libération et oppression? La question n’a pas tellement été « Kameelah est-elle opprimée'? » parce que quand cette question est posée je ne pense pas qu’il y ait une réelle préoccupation pour mon bien-être.
La question a toujours compris deux parties: « Pourquoi sentez-vous que c’est votre droit de me dire comment je devrais mener ma vie? Et : “ Pourquoi vous en souciez-vous même? » Mes expériences, qui sont miennes et ne sont pas à généraliser jusqu’aux autres hijabis, ont illustré que la préoccupation n’est pas mon oppression, mais l’inaccessibilité des corps des hijabi et un malaise général devant ceux qui n’ont pas de problèmes avec des signes visibles de différence culturelle et religieuse.
Mon enfance et mon âge adulte, dont ni l’un ni l’autre n’est un stade complet de la vie, étaient pleins de paradoxe et d’aliénation tant que je tentais de naviguer ce qui me semblait être un territoire rude non réglementé d’une trop courte fille musulmane noire suspendue dans les temps et dans les espaces qui ne pouvait que juste m’ « imaginer ». Je suis fille de deux musulmans noirs de la classe ouvrière repentis. J’ai grandi dans une petite cité au nord de la Californie où l’on pouvait compter le nombre de musulmans sur les doigts d’une main. Parce qu’être observé longuement et entendre des commentaires impolis m’être lancés est une tâche sadique dans laquelle je prends plutôt plaisir, j’ai alors passé quatre ans à une école catholique privée où je n’étais pas la seule du très petit nombre d’étudiants noirs, je vagabondais en tant seule étudiante musulmane.
Pensant que ça ne pouvait être pire alors être appelée piégeuse de bombes kamikaze, ou l’épouse d’Osama bin Laden, j’ai embarqué sur un autre voyage de quatre ans à une institution artistique libérale où le nombre d’étudiants musulmans était soulageant. Alors que la plupart de commentaires à cette institution étaient réservés aux discussions privées, l’expérience de collège ainsi que mon temps à Johannesburg, Afrique du Sud offrent l’opportunité de comprendre ce qui ennuyait littéralement les gens à propos de mon hijab.
Lorsque j’étais à Yeoville, un quartier hybride centre ville/banlieue de Johannesburg, un homme qui avait l’intention de me libérer non seulement de mon oppression de nature genre mais aussi de ma confusion raciale m’a approchée. Apparemment, « Je ne suis pas libre » tant que je porte le hijab et l’Islam n’est pas une religion africaine.
J’avais commis non seulement le sacrilège d’embrasser une croyance qui me « forçait » d’être modeste; j’avais choisi une croyance qui n’avait pas de racines en Afrique. Ne nous soucions pas des faits historiques qui disent le contraire, puisque cela est la moindre de nos préoccupations. Ce que j’ai trouvé d’ultime importance dans ce monologue (oui, parce que j’étais incapable d’obtenir un mot qui convient)était qu’il conceptualisait mes canaux de liberté à travers l’enlèvement rituel de mon hijab et sa pénétration ou conquête sexuelle. Je n’avais jamais su que ma trousse d’outils en matière de liberté incluait un pénis et un guide d’instruction – je vais garder ceci à l’esprit.
Comme il continuait de parler sous forme d’une série d’insultes mal formulées, je me suis rendue compte que ceci n’était plus au sujet de l’oppression dans le domaine du genre ou de l’authenticité noire; c’était à propos de la politique d’accessibilité de certains corps. Il a répété dans un style presque hypnotique, “ Je ne peux pas te voir…Je ne puis voir ton essence”. Suivant son argument, en portant le hijab je me rendais inaccessible aux hommes, et en particulier à lui. Choisir de me placer hors du radar ne constituait pas un droit que je pouvais exercer. En fait, il m’était exigé de me rendre disponible et accessible pour sa contemplation de même que la contemplation d’autres hommes.
Ainsi, le crime que j’avais commis n’était pas celui d’accepter de porter ma subjugation en tant que femme musulmane et « confondu la femme africaine », mais de refuser de me situer dans son discours myope de libération qui, en définitive, me place à sa merci. Si je me suis trompée dans cette supposition, cela fut plus tard confirmé par un certain nombre d’hommes à Johannesburg et en Amérique qui m’ont raconté des histoires semblables de mon inaccessibilité, en tant que raison pour laquelle je ne devrais pas porter le hijab.
Ils ont commencé par me raconter comment ils étaient sincèrement préoccupés par mon oppression et progressé vers un désir voilé d’avoir un passage libre pour accéder à moi. Ce n’était pas toujours à propos de ce qui était dit, mais la manière dont ces diatribes étaient délivrées. Dans plusieurs de ces situations, ces hommes ont utilisé des tons agressifs et paternalistes. Ils ont tenté de me réduire au silence en faisant monter leurs voix. Ils se sont efforcés de discréditer ma ligne de défense en me disant que je ne connais pas assez. Et surtout ils furent surpris du fait que j’étais capable de mettre ensemble des mots pour former une phrase et répondre au feu par le feu.
Cela fut un rappel que le fait de couvrir ma tête ne signifiait pas que mon esprit ou ma bouche était couverts. Maintenant, ma mère m’a appris que dans une conversation je dois m’exprimer sans tenir compte du genre de l’interlocuteur. Mon père m’a enseigné qu’il faut le faire avec tact. Je pense qu’alors que je parviens mieux à suivre le conseil de ma mère que celui de mon père, il m’a fallu avoir cette leçon.
En réalité, les hommes et les institutions qui me considèrent comme moins intelligente et inapte peuvent-ils aussi se préoccuper de la mort du patriarcat? La présente bataille a toujours été celle à propos de l’accessibilité de certains corps et d’un certain malaise neurologique devant ce qui est différent. Si je peux être convaincue ou forcée à laisser tomber le voile et assimiler mon discours et mon style de vie quelqu’un d’autre peut s’en sentir soulagé. Quelqu’un d’autre va assumer davantage d’accès sur mon corps. Cependant, pour que quelqu’un d’autre se sente à l’aise lorsqu’il me regarde, et qu’il gagne davantage de dominion sur moi, une certaine partie de moi doit être sacrifiée.
Je ne peux pas donner des observations définitives à propos hijab de manière générale ou en ce qui concerne mon expérience personnelle. Ce que je peux dire c’est que puisque ces discours au sujet de mon oppression atteignent des proportions nauséabondes et une préoccupation hégémonique dans de nombreuses imaginations, je continuerai d’écrire. Je n’écrirai pas pour prouver ma libération, mais pour affirmer mon droit d’exister selon mon choix sans harcèlement, intimidation or ridicule.
Les gens disent souvent, « Eh bien si vous ne voulez pas être repérée parmi les autres, alors ne portez pas de hijab tout simplement ». Je crois qu’après avoir fait cela, je devrais rendre plus claire ma peau brune afin d’atteindre une couleur plus apaisante ? Ou bien remettre mes hanches à mama. L’assimilation n’est pas une option. La réalité est que, oui, je porte le hijab et non, je n’ai pas besoin de votre approbation. Pendant que je n’ai pas besoin de votre approbation, j’aimerais toutefois jouir
d’ un peu de respect.* Kameelah Rasheed est une érudit de Fulbright à Wits University à Johannesburg, Afrique du Sud. Elle fait également du blogging à l’adresse Kameelah Writes.
* Cet article a d’abord paru dans le numéro 292 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir :
* Veuillez envoyer vos commentaires à l’adresse [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance'Après tout il ne s’agit que d’un morceau d’étoffe.' Aaliyah Bilal mène une discussion sur les complexités du voile musulman , le Hijab, en Afrique de l’Est en se référant tout particulièrement au Zanzibar.
« Sitara kubwa kuvaa Vazu refu miguuni Msiige bila nija… Nguo ziteremsheni Yapungue maasia… »
'Portez un vêtement qui couvre tout le corps, pour votre protection, Un long vêtement, qui va jusqu’aux pieds, N’imitez pas sans moralité, Faites descendre vos vêtements afin qu’il y ait moins de rébellion…'
Sheik Amri Abedi, le premier maire noir de Dar es Salaam et conseiller proche de Julius Nyerere, a publié le poème intitulé 'Nguo Ziteremsheni' (Faites descendre vos vêtements) pour des raisons tant politiques qu’esthétiques. En tant que missionnaire du mouvement Ahmadiyya et homme d’Etat, Abedi était dérangé par l’occidentalisation de la tenue vestimentaire de la femme en Tanganyika et cherchait à redresser cette “rébellion contre Dieu” en publiant le livre Diwani en 1963. Le passage repris dans la citation est une petite portion d’un poème beaucoup plus long inclus dans ce volume. Alors qu’il s’adresse aux femmes de Tanganyika en général, Abedi s’attaque aux femmes musulmanes en particulier, en allant aussi loin qu’il a appelé « sataniques » celles qui portent des tenues vestimentaires occidentales.
Quelle que soit l’inaccessibilité du canal, le contenu des poèmes tel que 'Nguo Ziteremsheni' révèle quelque chose d’essentiel à propos des expériences des femmes Swahili avec une vérité qui résonne à tous les niveaux de la société aujourd’hui autant qu’elle le faisait au moment où il fut écrit –les corps des femmes sont des sites convoités sur lesquels la société négocie des significations. Dans les communautés musulmanes, le hijab se trouve au centre de ce phénomène. Tous ces facteurs, comme ils interviennent en Afrique de l’Est, revêtent une qualité spéciale à la lumière de l’adhésion accrue des femmes à travers la région à cette forme de costume musulman: un fait qu’Amri Abedi serait fier de connaître.
L’expérience du Zanzibar donne une riche étude du phénomène, rendue plus intéressante par la façon drastique dont la culture vestimentaire a changé dans l’histoire récente. La période révolutionnaire des années 1960 était une époque où les coutumes sociales traditionnelles faisaient face au défi à grande échelle de la part de la jeunesse du Zanzibar. Les jeunes protestaient contre l’hégémonie culturelle musulmane en portant des tenues vestimentaires de style occidental. Ils regardaient des films occidentaux malgré la condamnation de ces derniers par les membres du clergé musulman. La réalité à laquelle on est confronté aujourd’hui contredit clairement le présent exemple. Alors qu’il était commun de voir les jeunes femmes en courtes culottes et dans d’autres vêtements non-musulmans au cours des années 1960, aujourd’hui un regard à travers les rues de la Ville de Pierres expose le respect presque universel du hijab par les femmes.
La réaffirmation des codes rigides sur la tenue musulmane au Zanzibar contemporain n’a pas encore fait l’objet d’une quelconque analyse académique sous forme de publication. Un regard rapide sur la politique transnationale et locale du Zanzibar fournit des éléments qui permettent de comprendre pourquoi ceci serait en train de se passer. Les liens entre la Tanzanie et les Etats arabes de la péninsule, encouragés récemment par la construction de mosquées et d’écoles musulmanes à travers tout le pays, ont fait que l’île soit susceptible de mouvements idéologiques en provenance de l’extérieur. Une dimension significative de cette réaffirmation est aussi liée à l’évolution des partis politiques. La description du parti Civic United Front par le parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (parti Etat révolutionnaire) en tant que parti des extrémistes musulmans, qui s’ajoute à la violence contre les membres du CUF à la veille des élections qui a été largement condamnée, a placé les Musulmans du Zanzibar sur la défensive. A la lumière de ces réalités, l’adhésion renforcée à la tenue vestimentaire musulmane conservatrice a un sens.
Le Zanzibar représente un cas extrême, mais il possède toutes les caractéristiques thématiques majeures qui sont en jeu sous des formes variées dans les contextes des Etats de l’Afrique de l’Est. Les circonstances des femmes au Sud du Soudan, au Kenya, et en la grande Tanzanie attestent que la totalité de la région est en train de subir une vague d’islamisation. Dans tous ces contextes, il y a des preuves convaincantes que la politique joue un rôle significatif dans l’usage accru du hijab. Des préoccupations surviennent, cependant, lorsque nous nous appuyons excessivement sur des analyses politiques pour comprendre de tels sujets contenant le genre et la religion. Etant donné la position marginale que les femmes musulmanes continuent d’occuper sur la scène politique, les analyses qui commencent et se terminent au sein des limites d’un cadre politique engendrent un message qui condamne de façon constante- les femmes musulmanes sont opprimées par le hijab.
Alors que ça fait partie d’une sensibilité cosmopolitaine de mettre en cause et de condamner toute subversion des droits de la femme, on doit se demander si l’attachement des communautés africaines à l’Islam et aux symboles tel que le hijab constitue réellement une conclusion. Dans une discussion des femmes et du hijab en Afrique de l’Est, nous devrions tourner l’attention vers une différente sorte de preuves. Ce que nous trouvons au-delà d’une perspective d’analyse politique de haut en bas illustre comment un noyau de facteurs bloque les femmes musulmanes de même qu’il les aide.
Quelle que soit la clarté des connexions entre le statut social des femmes et la pratique musulmane, l’Islam est à peine seul en tant force qui marginalise dans les vies de la femme en Afrique de l’Est. Malheureusement, ces femmes luttent aussi contre des formes de patriarcat qui sont endémiques aux sociétés africaines à un niveau rudimentaire. La menace du viol, du mauvais traitement, ou bien d’être rejetée sous l’argument d’impureté sexuelle collaborent avec les courants de l’islamisation dans des voies qui endossent le hijab. Dans les contextes où porter le hijab fait cesser l’attention indésirable de la part des hommes— malgré que la pratique souligne les structures patriarcales qui font de cela une nécessité—les besoins immédiats des femmes encouragent une description favorable de son usage.
Le discours contemporain est devenu excessivement confortable avec la description de l’Islam comme une force qui s’oppose à la modernité. Ce qui gène le plus est que ces idées sont perpétuées face à des preuves tangibles dans le sens contraire. L’Afrique de l’Est héberge un certain nombre des lieux où les processus de modernisation et d’islamisation travaillent en tandem. Dans les villes côtières du Kenya, face à l’augmentation de l’usage de la drogue comme conséquence de l’augmentation de la prospérité, la réaffirmation d’une identité musulmane devient un outil à travers lequel ces communautés résistent contre la propagation de l’usage des substances au sein de leur jeunesse. Une histoire semblable nous arrive de l’Est du Soudan où les travailleurs migrants vers l’Arabie Saoudite, une fois qu’ils rentrent chez eux, mettent en oeuvre les structures musulmanes au sein de leurs communautés , ce qui, en fait, donne lieu à l’augmentation de la scolarisation parmi les filles musulmanes. Alors que ceci est lié à l’usage accru du hijab dans les deux contextes, les effets sont, sommes toutes, avantageux pour les femmes.
Un autre clivage d’interprétation qui est constamment ignoré dans les discussions des femmes et du hijab est la question de l’engagement de la femme envers ce qu’elle perçoit comme son Dieu. Il y a une tendance, spécialement dans le contexte de la redynamisation musulmane dans le monde, à court-circuiter toutes les discussions contemporaines du hijab vers les forces politiques qui sont supposées avoir déclenché leur apparition. La plausibilité de ces facteurs ne peut pas nous aveugler quant au fait qu’il est probable qu’il y a au moins certaines femmes qui se couvrent uniquement pour des raisons de piété.
Hijab est un mot qui fait tourner des têtes et vend des livres, mais c’est un sujet tout à fait vide pour sa part. Après tout, ce n’est qu’un morceau d’étoffe. Bien plus, n’importe quelle enquête à propos de ses aspects positifs ou négatifs n’aboutit pas à des réponses, mais elle expose des complexités plus grandes. L’histoire que couvre la pratique est plus intéressante. L’idée comme quoi l’adhésion accrue au hijab signifie la subversion des agences des femmes au sein des systèmes de la jurisprudence musulmane semble être une question saillante. A cet égard, c’est la jihad personnelle des femmes partout de créer au sein de l’Islam des espaces où elles agissent comme des sujets et non des objets du discours musulman—un domaine qui reste la zone protégée des hommes tel que Sheik Amri Abedi.
Par contraste à d’autres parties du monde musulman, il y a certaines raisons d’être optimiste pour le cas de l’Afrique de l’Est. L’une des évolutions encourageantes au sein des sociétés africaines aujourd’hui montre que les femmes deviennent de plus en plus puissantes dans leurs communautés. Les femmes musulmanes de l’Afrique de l’Est, on l’espère, commenceront à faire l’expérience de plus grands changements dans leurs communautés religieuses puisqu’elles sont elles-mêmes en train de jouer des rôles plus visibles dans la formulation des circonstances à travers lesquelles les gens adhèrent à l’ Islam.
* Aaliyah Bilal est étudiante en maîtrise à « School of Oriental and African Studies »( Ecole des Etudes Orientales et Africaines) à Londres.
* Cet article a d’abord paru dans le numéro 292 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir :
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.orgTagged under GouvernanceLe Professeur Wamba dia Wamba présente une analyse critique du concept de démocratie dans l’âge de la mondialisation, qui est l’équivalent de la démocratie politique occidentale. Il donne le contexte historique des dernières élections en République Démocratique du Congo, dans lesquelles les influences extérieures ont continué de jouer un grand rôle pour ce qui est du résultat des élections, et il conclut par des réflexions au sujet de l’avenir du projet de démocratie en RDC.
1. Contexte Mondial: comment orientons-nous notre pensée à propos de la démocratie?
La démocratie, ou plus correctement le matérialisme démocratique, est devenue l’idéologie dominante. Il est de plus en plus obligatoire d’être un démocrate. Elle est presque devenue l’unique pensée politique. Le matérialisme démocratique affirme qu’il n’existe que des corps marqués par des langues, et rien d’autre. Il n’y a qu’un seul marché, une seule politique, une seule économie. En bref, il n’y a qu’un seul ordre des choses. C’est tout ce qu’il y a et c’est seulement comme ça qu’il est (Alain Badiou, 2006). Il n’y a pas d’exception, à moins d’être totalitaire ou terroriste. Les corps sont interchangeables, et les langues et les opinions sont équivalentes. Toute autre chose différente de l’ordre des choses est effectivement et intrinsèquement anti-démocratique. Démocratie égale l’ordre politique occidental des choses. Il est obligatoire d’avoir la démocratie de style occidental.
Y a-t-il une vérité politique? Comment en rendons-nous compte? Nous sommes à une époque d’une mission de démocratisation, qui suit la vieille mission civilisatrice. Comme cette dernière, qui se fixe d’imposer, si nécessaire par force, la démocratie aux autres pays. Au début de la guerre en Irak, certaines gens aux Etats-Unis se demandaient si oui ou non un pays peut construire la démocratie pour un autre pays. Si oui ou non un peuple d’un pays sait comment construire la démocratie pour d’autres pays. Il n’y a pas eu de réponses définitives à ces questions cruciales.
La démocratie est devenue un “ensemble” de « techniques »— constitutions, mécanismes électoraux, systèmes de gestion — qui doivent être exportées ou imposées, de haut en bas, aux pays du Tiers-Monde. Dans ces pays, les demos ont été réduits à des électeurs qui sont passifs, sans éducation civique. Comment ceci constitue-t-il une rupture du monde libéral: responsable de l’esclavage atlantique, du colonialisme et du néo-colonialisme; un monde créé par des faiseurs d’esclaves, des colonialistes et des néocolonialistes?
Il est aussi vrai que l’Etat nation en tant que l’horizon de la révolution politique, ou une politique d’Etat de guerre — dans le sens de guerre en tant que la continuation de la politique de l’Etat à travers d’autres moyens, et ainsi d’une courte durée — pour avoir un autre autre Etat nation qui accepte, n’est plus possible. L’ultra - libéralisme ou le néo-libéralisme est opposé aux Etats nations, et il promeut des Etats faibles auxquels on assigne des fonctions minimales de maintenir l’ordre, de permettre aux gens qui doivent acheter des choses auprès de sa gouvernance pour consommateurs. La guerre est maintenant conçue comme une opposition entre le bien et le mal, engagée pour éradiquer le mal. Une telle conception en appelle à l’intervention de la loi et du crime. Des figures indirectes sont identifiées comme étant les responsables des crimes: Saddam Hussein, Milosovic, Interahamwe, Bin Laden.
Certains grands militants de la Guerre Froide sont tout d’un coup devenus des figures indirectes. La guerre contre le mal tend à être très prolongée, même lorsque l’axe du mal est identifié. On ne comprend pas clairement ce en quoi la victoire dans cette guerre consiste. Est-ce la démocratie imposée ? Est-ce l’élimination de la figure criminelle: la pendaison de Saddam Hussein, pour l’Irak? Est-ce la destruction d’un Etat nation et des son peuple, ou le fait de s’emparer de ses ressources stratégiques? Le monde devient divisé d’une façon machiavélique: bonne démocratie contre mauvaise démocratie (la dernière expérience des Palestiniens); bons Musulmans contre mauvais Musulmans(Mamdani 2004); bons Etats contre Etats escrocs; démocrates contre terroristes. Et est-ce que ce sont ces derniers éléments qui constituent la dynamique qui alimente la mondialisation?
La démocratie est réduite à une formalité certifiée. Il est rare que des protestations contre la démocratie de fraude couverte et d’achat de votes, promues à travers des lois injustes, soient prises au sérieux. Cela importe peu que les électeurs aient vu ou lu les textes fondamentaux des règlements ou des lois en rapport avec les élections. Spécialement puisque le vote est la seule voie, pour la plupart d’électeurs, d’avoir accès à certaines ressources. Le fait d’être un observateur n’est-il pas devenu une activité très satisfaisante ?
Les campagnes électorales ont cessé d’être un moyen pour débattre différentes visions d’ « intérêt national », ça devient plutôt un moyen de distribuer des choses (T-shirts, nourritures, produits matériels, etc.), et de l’argent. Quand vous n’avez rien pour vous habiller, vous vous concentrez sur la collecte de T-shirts. Quand vous n’avez rien pour vivre, vous vendez votre voix pour de l’argent. La personne qui achète votre voix est-elle votre représentant(e) auprès des institutions?
D’autre part, le mode des politiques de libération nationale qui s’est ouvert avec l’indépendance de l’Inde, est mort avec l’assassinat de Salvador Allende et d’Amilcar Cabral en 1973. C’était la période la plus active de la politique transformatrice que le monde ait jamais connue— avec les dirigeants tels que Ghandi, Mao Tse-tung, Fidel Castro, Frantz Fanon, Ho Chi Minh. L’imposition des programmes d’ajustement structurels draconiens des pays frappés par la pauvreté, et les récentes interventions impériales très agressives — en Irak, en Afghanistan, en Haiti, au Liban, et la résistance prolongée des peuples de ces pays, sont en train de réveiller l’espoir d’avoir d’autres politiques actives, transformatrices dans le monde.
Des élections démocratiques qualitativement différentes ont eu lieu en Amérique Latine, par exemple. Le caractère prolongé de la résistance au Moyen-Orient est en train d’exposer la banqueroute de l’idéologie dominante de démocratie. La démocratie va-t-elle cesser d’être étroitement liée avec un ensemble de conditions?
Différentes expériences de constructions démocratiques pourraient être identifiées dans l’histoire de la démocratie. Chacune a eu des obstacles, des cibles et des résultats concrets spécifiques. L’expérience des Etats –Unis, par exemple, est née du génocide des peuples autochtones, la réduction en esclavage et la discrimination des noirs, la guerre civile, la bigoterie suprémaciste anglo-saxonne, le système impérial de nouvelles frontières, le chauvinisme masculin. L’expérience indienne s’est attaquée au système de clans, aux pressions impériales extérieures et à l’héritage colonial, aux différences religieuses actives. Aujourd’hui, la plupart des expériences démocratiques de l’Europe occidentale font toujours face à l’héritage colonial, aux effets de l’interventionisme néo-colonial; à la 'multinationalisation' de leurs nations, empirée par un refus de gérer correctement le problème des soi-disant ‘sans papiers’ ou des immigrants: les travailleurs nés à l’étranger. Les Etats-Unis avec leur nouveau système de frontières sont allés aussi loin que construire un mur afin de fermer la porte aux immigrants potentiels.
La plupart de ces démocraties, qui refusent de compter chaque personne comme étant égale à une personne, pas plus qu’une et pas moins qu’une, ne peut pas être réellement être dite véritablement démocratique. Il se pourrait qu’il y ait des bons cas d’Etats de droit — avec quelques lois injustes évidemment – mais ce ne sont pas des démocraties, qui respectent les droits des groupes marginalisés que l’on ne compte pas. N’est-ce pas que ce sont en effet les personnes qu’excluent ces démocraties qui devraient aider à orienter notre pensée au sujet de la démocratie?
2. Le projet démocratique importé de la RDC
Y a-t-il un projet congolais de construction de démocratie en RDC? Il n’y a pas encore eu de débat sérieux qui ait réellement traité cette question. La construction de la démocratie devrait, normalement, mettre l’accent sur la formation des demos, l’habilitation de leurs capacité de faire de bons choix, leur maîtrise des questions cruciales de ce à quoi un bon Etat démocratique devrait ressembler.
Dès le départ, avec l’octroi précipité de l’indépendance le 30 juin 1960 par la Belgique, les Congolais n’ont jamais eu la chance, par eux-mêmes et sans aucune interférence extérieure, de débattre les paramètres de la définition de la crise à laquelle ils avaient longuement fait face puisque les militants des croisades de la Guerre Froide ont démantelé le régime nationaliste et assassiné Patrice Lumumba. Même la soi-disant Conférence Nationale Souveraine (CNS), en pointant singulièrement le doigt sur Mobutu comme la cause de tous les maux, s’est terminée en ne parvenant pas à comprendre la signification de l’impact de la Guerre Froide sur le pays. Elle a finalement adopté une proposition par Herman Cohen — ancien vice-secrétaire d’Etat des Etats –Unis aux Affaires Africaines — de maintenir Mobutu au pouvoir et de seulement réduire ses pouvoirs. Plus tard, une telle solution est devenue une farce.
De nouvelles rébellions n’auraient pas pu être évitées. Ces dernières prétendaient chercher des solutions à la crise. Chaque fois, des propositions de solutions venaient de l’extérieur, souvent offertes comme une nécessité pour le projet démocratique. Une fois au pouvoir, AFDL, par exemple, a continué de reporter la mise en oeuvre de son soi-disant projet démocratique. Une autre rébellion, prétendant être plus engagée à mettre en oeuvre son projet démocratique émergea. Cette fois-ci elle était soutenue par des Etats africains de la région et de grandes personnalités.
Ce qui paraissait jusqu’à la signature de l’Accord de Lusaka (juillet-août 1999) être une initiative exclusivement africaine pour la résolution de la crise qui a souvent conduit à des guerres civiles, des rébellions ou des interventions armées de l’extérieur, fut accaparé par des forces de la communauté internationale. Ces dernières, selon feu Mwalimu Nyerere, étaient responsables d’imposer une mauvaise solution en la personne de Mobutu, qui a fini par détruire le pays. L’ensemble des moyens financiers requis pour mettre en oeuvre une telle “solution”, ne pouvait venir que de la communauté internationale; les Etats africains ne pouvaient pas la prendre en charge.
Chaque fois qu’une occasion d’affronter une telle crise se présentait, les Congolais étaient amenés à déplacer leur centre d’intérêt, suivant les exigences des intérêts des autres forces: de la nécessité d’une palabre de gens organisée spécialement pour déterrer les racines de la crise, au partage du pouvoir en tant que moyen de réaliser la paix en récompensant de façon proportionnelle ceux ayant une capacité de menacer la paix et de continuer la guerre. Les seigneurs de guerre, étant ainsi récompensés, étaient transformés en démocrates qui répondent aux besoins et aux aspirations des masses rendues victimes et appauvries. Une démocratie construite sur une telle base ne peut que favoriser les mêmes gens.
Ce qui était supposé être un Dialogue Inter-Congolais est devenu pratiquement une résolution de conflit de type onusien dans laquelle le processus de facilitation devient le processus initiateur ou imposteur. Le « Dialogue » devient technique et hiérarchique. Il s’est terminé avec une situation où CIAT obtenait presque le droit de veto sur la transition. Sans cette pression extérieure, aucun objectif de la transition n’aurait pu être réalisé.
Quand la crise s’approfondit et que les personnes qui l’allège ou celles qui soutiennent le changement pour le meilleur et les gens qui veulent que les choses restent inchangées sont placés sur un même pieds d’égalité, il devient difficile d’atteindre le consensus à propos de là où il faut commencer et par où il faut terminer— la tâche principale de la transition. Le manque de confiance parmi les acteurs s’aggravait. Sur les cinq objectifs retenus pour la transition, seuls deux pouvaient être considérés comme ayant été réalisés: la mise sur pied des institutions de la transition, et l’organisation des élections dans la précipitation. Tous les autres étaient soit à moitié accomplis, ou pas du tout accomplis. La vérité et la réconciliation nationales par exemple ont à peine démarré.
Le processus de rédaction du projet de constitution fut fondamentalement gardé loin de ceux qui seraient les demos congolais. Des consultations au niveau du Sénat avec des catégories sociales ciblées furent soit précipitées ou très abstraites — demander aux gens de faire des choix sur des concepts qu’ils comprennent à peine – forme d’Etat, régime semi-présidentiel, fédéralisme. Les sénateurs se sont abstenus d’expliquer les choses, on suppose, pour ne pas influencer les résultats. Deux jours avant le vote du référendum, seules 500.000 copies de la constitution avaient été imprimées pour les 25.000.000 ou à peu près électeurs. Parmi celles réellement en circulation, quatre versions de textes de la constitution pouvaient être identifiées. Ceci explique les frustrations de la dame qui demandait la photo de « Monsieur Référendum » pour l’aider à décider comment donner son vote.
Un débat éducationnel nécessaire sur la rédaction du projet de constitution n’a pas eu lieu. Les questions élémentaires qui doivent être traitées par la constitution furent à peine débattues, à savoir: dans quelle sorte d’Etat sommes-nous, et que voulons-nous qu’il soit dans l’avenir? Quelles sortes de rapports voulons-nous avoir avec le monde extérieur? Comment le pouvoir devrait-il organisé pour qu’il réponde aux besoins et aux aspirations élémentaires de la grande majorité de gens, présentement, et dans l’avenir? Comment pouvons-nous habiliter les gens pour qu’ils contrôlent les institutions? Des débats sur les diverses expériences de constitutionalisme ne furent pas tenus, sauf pour ce qui est du désir de copier les constitutions des autres, sous l’argument comme quoi la modernité ne peut venir que d’ailleurs. Les expériences les plus créatives furent à peine identifiées ou discutées pour nous aider à rédiger un meilleur projet de constitution.
A cause de la rareté des débats fondamentaux impliquant toutes les couches de la société, les lois ont tendance à être tissées selon les candidats potentiels connus plutôt que selon l’ensemble de l’avenir prédictible. Des éléments cruciaux, tels que les niveaux d’éducation, l’intégrité morale, la capacité de diriger, ne furent pas tenus en considération dans un pays déchiré par des valeurs négatives et l’exclusion de la compétence et le sens du travail. Des pilleurs et des gens qui sont devenus riches au point d’être comparables à la trésorerie ont dominé les institutions. Des sommes d’argent élevés furent exigées, par la loi, de la part des candidats aux élections, ce qui a exclu les types honnêtes et décents, qui n’ont pas eu la chance de piller.
Malgré que les lois exigeaient que les débats fassent partie des campagnes électorales, aucun débat sérieux n’a eu lieu. Un consensus national sur la situation dans laquelle notre pays se situait, sur ce qui doit être fait pour l’en sortir, avec qui travailler, et le genre de capacités de direction qu’il faut promouvoir, ne fut pas réalisé. Le fait que notre pays se trouve dans une situation catastrophique et d’urgence, une situation exceptionnelle qui en appelle à une réponse exceptionnelle, ne fut jamais traité. Les élections furent une occasion pour que chaque personne fasse voir autant que possible sa capacité financière pour obtenir un poste dans un programme de partage du pouvoir. Certaines gens qui pouvaient se le payer se sont faits élire à différents postes. Plus adéquatement, ils se sont achetés différents postes, et ils ont placé des gens de leurs familles ou leurs clients à ces postes.
Ce n’était possible, en raison de la façon dont la transition s’est déroulée, pour la formation et le développement d’une Coalition Démocratique Nationale Populaire (PNDC) qui doit être créée. Une telle coalition aurait été le vecteur de promotion des débats nécessaires sur les questions pertinentes. L’UDPS d’Etienne Tshisekedi, qui souffre toujours de la politique d’opposition — « ce que font ceux qui sont au pouvoir n’est pas bon, quand nous serons au pouvoir, les choses seront meilleures » -, n’est pas parvenu à aider à organiser une telle coalition. Pour son propre compte, il a lancé un appel en faveur de la nécessité d’avoir des consultations au sommet pour se mettre d’accord sur la meilleure façon d’organiser les élections à la satisfaction de tout le monde. Mais rien n’en est sorti, et l’UDPS ne participa pas aux élections.
Les élections furent organisées surtout sur base du financement extérieur. Ceci a donné aux forces extérieures l’influence quitte à contrôler le processus, sa vitesse, son domaine et son ordre de priorités. L’ascendance envers leurs préférences s’est moquée de la souveraineté nationale pendant les élections: du projet démocratique en tant que tout. Il n’y a eu presque aucun financement destiné à la tâche cruciale d’éducation civique pour l’électorat. La diaspora congolaise, qui est parmi les plus informés, et dans certains cas les gens qui vivent dans des pays démocratiques, furent exclus du processus, sous des arguments douteux de coûts.
Les Congolais se trouvant au sein des forces de sécurité ne furent pas autorisés d’exercer leur droit démocratique, en tant que partie de l’électorat, pour des « raisons de sécurité ». La violation de la constitution, sous le prétexte de la sécurité, est de manière discutable l’équivalent d’un coup d’Etat. De l’ICD, à travers la transition, jusqu’aux élections, aucun consensus national ne fut atteint à propos de ce qui constitue la cause nationale. Il fut tiré des suggestions des forces extérieures que l’organisation d’élections libres, justes et crédibles pouvait être une telle cause. Pourtant il n’y a pas eu de véritable processus social interne de l’auto-organisation populaire afin de s’assurer que ces élections seraient en réalité libres et justes.
La tentative, par l’Eglise Catholique, de le faire s’est avérée impuissante. L’Union pour la Nation Congolaise (ONU), formée autour du candidat lors second tour des présidentielles, Jean-Pierre Bemba, n’est pas parvenue à donner correctement une direction nationale pour rassembler toutes les forces nationales intéressées par un processus électoral transparent. Le processus de suivi qu’elle a mis sur pied était affaibli à partir de l’intérieur- donnant l’impression de son manque d’engagement ou de vision claire.
Un espace politique important s’est ouvert lorsqu’il est devenu évident que les résultats du second tour des élections présidentielles avaient été dictés par des fraudes. Au lieu d’organiser une grande manifestation contre une telle fraude conduisant vers un grand rassemblement autour de la Cour Suprême de Justice, et réclamant justice auprès de cette dernière, la direction a vacillé et finalement accepté, avec des arguments de sauver la vie humaine et préserver la paix — une paix injuste et la sauvegarde d’une vie humaine qui meurt (à peu près 1800 Congolais meurent chaque jour).
Il n’y a pas eu d’espace pour la montée d’une transformation radicale. Ceci pourrait être une question de vision, de buts et de style de direction. Cette dernière semblait avoir été piégée dans des politiques de partage du pouvoir après la victoire électorale, sans s’accrocher sur les deux exigences des masses de gens: libérer le pays du contrôle trop élevé par des forces extérieures, et mettre en place un régime qui serait responsable devant les gens et qui répond à leurs besoins et aspirations. Il reste à voir si oui ou non la promesse d’organiser une opposition rigoureuse et républicaine, faite par J-P.Bemba, va réaliser ces exigences.
Six provinces sur onze ont voté contre le président élu parce qu’elles sentaient qu’il était trop dépendant des forces extérieures. Il était également accusé de vendre le pays. Il ne répondait pas, pour la plupart, aux besoins élémentaires de la majorité de la population appauvrie. Le programme du MLC de Bemba, trop las pour ce qui est du libéralisme à l’époque de la mondialisation ultra-libéraliste, n’aurait pas non plus réalisé ces exigences. Ceci pourrait expliquer pourquoi le MLC fut incapable de conduire réellement les masses de gens qui gravitaient autour de l’ONU. Encore une fois, la question de relation entre les changements fondamentaux et la direction a pris le devant. Ce sont les actions et les idées des masses de gens en rébellion qui apportent le changement; pourtant les masses populaires comptent sur la direction pour les changements. Leur foi aveugle dans la direction est, très souvent, finalement trahie.
La même foi fait que les gens manquent de vigilance, et en fait doivent s’occuper de la tâche de voir comment contrôler la direction afin qu’elle ne les trahisse pas. Il n’y avait aucun moyen ni aucune structure au sein de l’ ONU pour contrôler Bemba, par exemple, dans ses transactions avec les gens divers — y compris sa réunion avec le Président élu, à un moment critique. Le plus souvent, le soi-disant “ Conseil Politique” de l’ONU qu’il a présidé, dont il était le seul à convoquer les réunions, ne s’est pas réuni.
L’argent et les promesses ou espoirs des grands postes institutionnels étaient les seuls raisons de motivation de la soi-disant Alliance de la Famille Présidentielle. Sa victoire, qui souligne le fait que nous sommes dans une « corruptocratie » plutôt que dans une démocratie, a fait que ce camp souffre de ce que l’on pourrait appeler « ivresse politique » qui le rend aveugle pour voir que la légitimité n’est pas juste une question de victoire juridique, mais, par-dessus tout, la capacité de rassembler tout le monde et ainsi créer l’enthousiasme de la masse pour le nouveau régime.
Au lieu de travailler sur une politique concrète d’affronter ceux qui ont voté contre le camp présidentiel, en les rassemblant autour d’un programme convaincant, le camp a eu tendance à faire de la discrimination contre eux; en fait, une attitude revanchard a caractérisé le camp présidentiel. Cette attitude explique aussi pourquoi les affaires politiques ont été de plus en plus assignées aux forces de la police et de l’armée pour être traitées.
Des arrestations arbitraires et même le massacre au centre du Congo (Kongo Central) (entre le 31 janvier 2007 et le 13 février 2007) pourraient en être la raison pour une grande part. Les rumeurs selon lesquelles le Président avait dit qu’il n’allait réserver que deux places – la prison et le cimetière – aux Bakongo qui n’ont pas voté pour lui, paraissait a posteriori être crédible.
Très brièvement, le soi-disant projet démocratique a été, en RDC, un autre processus de greffer une expérience occidentale de la démocratie, réduite à un « modèle universel », sur un sol politique congolais mal préparé et non-participant, justifiée, a posteriori, en tant que conséquence nécessaire de la mondialisation. Aucune leçon ne semble avoir été apprise à propos du processus de greffer à partir de l’histoire de l’Etat colonial au Congo; qui bien qu’il soit maintenant décomposé et fragmenté, opère toujours comme un cheval de Troie occidental. Un tel Etat réprime vite les gens plutôt que de répondre positivement à leurs besoins et aspirations élémentaires.
Le Président qui vient d’être « élu » s’entoure toujours d’une milice qui est à peine consciente du fait que dans une démocratie, l’armée est supposée être au service des gens, et non prendre plaisir à les harceler pour les harceler. Les experts de la démocratie occidentale – nos enseignants de démocratie – viennent et s’en vont, et la démocratie ne semble pas pousser de racines plus profondes. Souvent, on trouve que la bonne foi laisse à désirer.
Le paradoxe permanent auquel fait face la soi-disant élite congolaise reste. Ils veulent diriger les gens à partir desquels ils sont culturellement et socialement détachés. Ils prétendent « libérer » le pays du contrôle exagéré des forces extérieures, auxquelles ils sont culturellement et socialement attachés. Alors qu’ils sont capables de produire une constitution et une loi sur la nationalité qui interdit d’avoir une double nationalité de façon concurrente, certains membres de l’élite ont en réalité une double nationalité. Ceux qui croient réellement qu’ils peuvent résoudre les problèmes fondamentaux qu’affronte le peuple congolais — et qui prétendent avoir abouti à certaines solutions — passent la plupart de leur temps en luttant pour survivre en consacrant leur temps à renforcer le système –même qui cause ces problèmes. Le changement est toujours une tâche du lendemain.
3. Par voie de conclusion: quel est l’avenir de la démocratie en RDC?
Le pays reste divisé sur la question: certains ont voté avec enthousiasme en faveur du camp présidentiel qui les a attirés financièrement pour voter, et ils sont maintenant marqués par un sens de cri victorieux — en oubliant que l’aspect stratégique de la démocratie est la protection et la défense des droits de la minorité. Ceux qui, autour de l’UDPS, n’ont pas participé au processus électoral, et ceux qui jusqu’à présent ne sont pas sûrs de quel type de position de l’ opposition ils vont assumer. Ceux qui ont soutenu le camp de l’ONU ont été pour la plupart déçus avec J-P. Bemba, frustré par le tour des événements. Le massacre des gens au Centre du Kongo, le seul endroit où il y a eu une opposition très active contre la corruption du processus démocratique, n’a pas galvanisé les différente forces de l’opposition en un mouvement. Si c’est le cas que la nation Bakongo consistait en l’ensemble des anti-colonialistes consistants depuis les années 1921 (avec Kintwadi de Kimbangu) jusqu’en 1959 (la révolte du 4 janvier), le fondement de la nation congolaise qui luttait pour l’indépendance nationale, comme l’ont affirmé F. Fanon et A. Cabral, on ne devrait pas être surpris que certains de leurs descendants soient en train de diriger la lutte contre la corruption de la démocratie.
L’usage de la force ou de la menace va-t-il réussir à faire taire les protestations? La stabilité du cimetière ne peut pas conduire à une véritable construction de la démocratie. La résolution de la situation catastrophique et d’urgence par la répression ne va durer pas aussi longtemps qu’elle n’a duré sous Mobutu. Il y aura non seulement davantage de protestations, mais aussi il est probable qu’il y ait implosion politique. A voir la façon dont les chose se passent, les cinq prochaines années pourraient s’avérer très dures effectivement.
Le présent morceau a originalement fait l’objet d’une conférence donnée à l’Université de Dar es Salaam, Tanzanie le 9 février 2007.
* Le Professeur Ernest Wamba dia Wamba est Sénateur, et il fut Vice-Président de la Commission Permanente du Sénat chargée des Affaires Juridiques et Administratives de l’administration intérimaire de la République Démocratique du Congo.
* Cet article a d’abord paru dans le numéro 295 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir :
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernancePour la quatrième fois depuis la révolution sanglante de mars 1991, qui a débouché sur l’ouverture démocratique, les Maliens étaient convoqués aux urnes hier dimanche 29 avril 2007 pour élire au suffrage universel leur président de la République. Les quelque 7 millions d’électeurs avaient le choix entre 8 prétendants dont une femme (une première dans ce pays), Sidibé Aminata Diallo du Rassemblement pour l’éducation et le développement durable (REDD).
Tagged under Gouvernance MaliLa Haute Cour de Londres a décidé le 24 avril que la Zambie ne sera obligée de payer qu’un tiers environ de la somme demandée par le fonds Donegal, qui avait racheté une partie de la dette de Lusaka envers la Roumanie. Ce créancier réclamait un dédommagement de 55 millions de dollars aux Zambiens qui devront quand même en payer 17 millions. Les agissements des «fonds vautours» ont suscité des mouvements de protestation en Grande-Bretagne.
Tagged under Gouvernance ZambiaS'exprimant devant des journalistes ce week-end, Wole Soyinka a appelé à l'annulation des élections présidentielles qui ont eu lieu au Nigeria. Le candidat du PDP, le parti au pouvoir, Umaru Yar'Adua, a été réélu dans un contexte pour le moins trouble. Pour Wole Soyinka, l'Occident devrait refuser des visas de séjour au superviseur des élections, Maurice Iwu pour "complicité de fraudes"lors de ces présidentielles.
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