• Le fragile état de Timor Leste, créé par les Nations Unies il y a à peine quatre ans au Timor oriental, fait encore la une des journaux à cause de ses drames. Malgré sa petite taille, cet état illustre de nouveau un échec important de la politique internationale, et à ce titre capte l’attention des principaux médias internationaux. Le chaos actuel et l’échec du gouvernement démontrent clairement que les efforts précédents de la communauté internationale étaient insuffisants pour créer un état indépendant viable au Timor Leste.

    L’octroi de l’indépendance, après une courte période d’administration temporaire de 30 mois par l’ONU visant à créer un état moderne a été prématuré. Le pays avait déjà trop souffert pendant 25 ans sous une occupation indonésienne brutale qui elle-même était d’une de la présence coloniale Portugaise- un maître qui n’a pas fait grand chose pour préparer le pays à l’indépendance. La fragilité du travail de l’ONU au Timor oriental vient d’être confirmée par les événements tragiques de ces derniers jours, tandis que le pays se divise sur plusieurs fronts.

    L’appel désespéré du gouvernement pour une assistance internationale visant à rétablir l’ordre et la sécurité montre que Timor Leste est en faillite et que sa souveraineté n’était qu’une illusion. Les coûts de cette faillite en termes de souffrance humaine pour son peuple et d’instabilité géographique de la région Sud-est Asiatique et du Pacifique Sud sont considérables. Les dépenses qu’auront à supporter les pays contribuant au rétablissement de l’ordre au Timor Leste sont et seront aussi élevés

    Malgré toute la publicité déployée dans le passé, destinée à présenter les efforts des Nations Unies pour la construction de l’état du Timor Leste comme un succès, nous voyons présentement que ce ne fût pas le cas. L’on pourrait être tenté de blâmer l’ONU pour cet échec, comme d’habitude, quand l’organisation n’arrive pas à produire les effets magiques qu’on lui exige en matière de maintien de la paix, ou encore, on pourrait aussi être tenté de blâmer les autorités Timoraise pour avoir pas été de mauvais gouverneurs. A mon avis aucune de ces hypothèses ne seraient justes.

    Au contraire, je pense que nous devons prendre le cas du Timor Leste comme un exemple pour examiner certains principes de base qui régissent les affaires mondiales contemporaines et d’en tirer des leçons qui seront utiles pour traiter les problèmes similaires dans d’autres états en faillite. Après tout il existe à présent encore plusieurs cas du même genre, des vestiges du colonialisme du vingtième siècle, qui continuent à avoir un impact négatif sur la paix mondiale.

    La faillite de Timor Leste comme je l’ai signalé dans mon livre sur ce sujet, n’est pas une surprise. Beaucoup d’autres comme moi s’y attendaient. Les difficultés actuelles du Timor Leste ont leur source dans le refus des principaux états membres des Nations Unies de mettre à disposition les ressources nécessaires au long processus de construction d’un état viable lors de la période de sa gouvernance par l’ONU, faisant pression pour un retrait rapide et l’octroi de l’indépendance. Ceux qui au Timor Leste étaient pressés de devenir la nouvelle élite au pouvoir, ont encouragé cette irresponsabilité de bon gré.

    Apres être fortement engagés dans le passé à démanteler les empires coloniaux, les états membres des Nations Unies n’ont pas suffisamment attiré l’attention de l’organisation sur la nécessité de développer sa capacité pour aider des territoires coloniaux ou des états post-coloniaux allant vers la faillite pour devenir des états pleinement viables.

    C’est encourageant de constater maintenant, probablement du en partie à l’expérience apportée par le cas du Timor Leste, que les Nations Unies sont en train d’établir une Commission de Consolidation de la Paix (CCP), destinée à renforcer les états faibles afin qu’ils deviennent viables après leur sortie des situations de conflits. Espérons que les principaux états membres auront la volonté politique nécessaire pour doter à la CCP les ressources nécessaires pour gérer cette longue et difficile tâche de façon approfondie et non pas superficielle.

    Le renforcement des états fragiles est crucial pour la paix, la promotion de la démocratie et de la prospérité. Mais c’est un long processus qui demande un investissement important. Les retombées de cet investissement en valent la peine. Comme le Timor Leste vient de nous le prouver, la politique de l’investissement minimal dans ce domaine ne vaut pas la peine.

    Le Timor Leste aurait bien besoin d’un soutien solide pour le renforcement de son état à travers la CCP ou d’une autre agence internationale compétente. Ce serait la seule façon de s’assurer qu’un état viable soit mis en place au Timor Oriental. Les bénéfices pour sa population et pour la stabilité de son entière région seraient considérables. Même s’ils doivent payer pour cette opération, les retombées à long terme pour ses voisins seront importantes. Faire appel à d’autres pays pour effectuer le maintien de la paix comme le font présentement l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Malaisie revient très cher en fin de compte.

    Mais le Timor Leste n’est pas un cas isolé. Il y a plusieurs exemples d’états post-coloniaux en voie de faillite qui ont besoin d’un fort soutien international pour restaurer la paix et renforcer les institutions de l’état. La CCP ne sera pas en manque de travail si les pays membres des Nations Unies lui permettent de s’occuper sérieusement des besoins de ses nombreux clients potentiels.

    La Cote d’Ivoire, un état en faillite en Afrique de l’Ouest est un exemple particulier que je mentionne puisque j’y suis impliqué. Ce pays autrefois riche a urgemment besoin d’un engagement plus intensif de la part de la communauté internationale. L’état est en train de s’effondrer sous le poids d’une rébellion prolongée qui contrôle la moitié de son territoire, exacerbant les différences ethniques et conduisant à une dégradation dramatique de la qualité de vie de la population. La présence d’une opération de maintien de la paix insuffisante empêche l’éclatement d’une guerre civile sans toutefois permettre le retour à la paix. Cette situation de ni guerre ni paix menace aussi la stabilité de la région entière de l’Afrique de L’Ouest.

    Selon le point de vue de beaucoup de spécialistes, y compris les organisations de la société civile que je conseille actuellement, ce dont la Côte d’Ivoire a urgemment besoin est un engagement ferme de la communauté internationale pour habiliter l’ONU à entreprendre une action musclée pour le rétablissement de la paix en mettant fin à la rébellion et restaurer l’autorité gouvernementale.

    Une fois achevée, un programme de renforcement de la paix et de l'état, par le canal de la CCP devrait être mis en place. Pendant ce temps un gouvernement de transition supporté par l’ONU devrait conduire une campagne intensive de réconciliation et d’éducation civique pour rétablir l’unité nationale. Les institutions étatiques sévèrement endommagées devront être restaurées et les capacités administratives et professionnelles renforcées. Seulement après tout cela, il serait possible d’organiser des élections pour un nouveau gouvernement crédible qui conduira à une paix durable.

    La grande question maintenant à laquelle il faudrait une réponse urgente est de savoir, si les leçons telles qu’elles nous ont été données, par l’expérience tragique du Timor Leste, ont été comprises par la communauté internationale. La volonté politique, pour habiliter les Nations Unies à effectuer un travail correct de reconstruction des états post-coloniaux en voie de faillite, va t-elle émerger enfin?

    Cet héritage néfaste du colonialisme du 20e siècle ne sera pas résolu en continuant à prétendre que l’ONU sera capable d’accomplir des tours magiques dans ce domaine sans être munie de moyens adéquats pour renforcer les états fragiles. Il est grand temps que la communauté internationale affronte cette réalité et fasse preuve de volonté politique pour y agir.

    La naissance de la Commission de Consolidation de la Paix des Nations Unies est la circonstance idéale pour le faire. La Côte d’Ivoire est un excellent terrain pour appliquer les leçons que Timor-Leste nous a appris. Le ferons-nous bien cette fois-ci ?

    *Dr. Juan Federer a participé pendant des longues années au processus de libération du Timor Oriental. Il est Directeur de Projets du Center for War/Peace Studies de New York (www.cwps.org). Base à présent à Paris, il est conseiller auprès de l’organisation de la société civile Ivoirienne Diaspora et Jeunesse de Côte d’Ivoire qui vise à trouver une solution pacifique et durable au conflit dans leur pays. Dans son livre The UN in East Timor: building Timor Leste a fragile state (Charles Darwin University Press, 2005) le Dr. Federer décrie le manque d’engagement suffisant de la part de la communauté internationale pour la création d’un état suffisamment viable au Timor Oriental, anticipant ainsi la crise que vit cet pays à présent.

    *Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
    ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/

  • La Côte d’Ivoire s’achemine vers des processus cruciaux pour le retour à une paix durable : désarmement, identification, élections, etc. Pour Emmanuel Y. Boussou, il est grand temps que les élites politiques ivoiriennes arrêtent de pointer un doigt accusateur vers les « autres » et de s’adonner à une sincère autocritique. L’intérêt de la Côte d’Ivoire, estime t-il, doit être hissé au-dessus des préoccupations partisanes d’individus souvent en rupture de ban avec le vrai peuple pour qui ils prétendent agir. Emmanuel Y. Boussou dresse dans cet article les conditions pour la tenue d’un processus électoral consensuel, le règlement de la question de la citoyenneté et, en définitive, pour réussir une véritable reconciliation nationale.

    La crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis plus de trois ans et demi s’est exprimée, certes, sur le terrain militaire au début. Elle a été, ensuite, marquée d’échauffourées sporadiques entre les forces loyalistes au régime d’Abidjan et le mouvement rebelle.

    Cependant, ce qu’il est permis d’observer dans ce pays depuis septembre 2002 n’est pas, à notre avis, un conflit militaire classique ou une guerre civile. Il ne s’agit pas, non plus, d’une lutte de libération nationale engagée par le pouvoir ivoirien contre l’ancienne puissance coloniale.

    Compte tenu de sa forte charge émotionnelle, l’argument de la lutte de libération est très séduisant et a valeur d’exutoire. Mais, s’il est vrai que la crise ivoirienne constitue un enjeu de géostratégie ou d’intérêts économiques pour l’ancienne métropole, on ne saurait faire du rôle de la France la trame principale de ce conflit.

    Eu égard à son histoire, à ses atouts économiques et à sa dimension dans l’espace francophone ouest-africain, la Côte d’Ivoire et la crise sociopolitique qu’elle vit appellent une intervention française, qui, dans ce cas précis, a été souhaitée, suscitée, voire requise par le régime ivoirien.

    De fait, ne voir que la présence de la France dans ce conflit ou situer la crise dans la seule perspective de rapports antagonistes entre l’ancienne puissance coloniale et le pouvoir politique ivoirien c’est vouloir soustraire les Ivoiriens de leur responsabilité dans la gestion de leur pays. Envisager la Côte d’Ivoire comme une nation indépendante et souveraine suppose que les problèmes auxquels elle est confrontée s’apprécient, sans complexe, dans leur portée endogène.

    De plus, les enjeux au cœur du conflit actuel, à savoir le pouvoir politique, sa gestion et son renversement par la voie des armes, se sont déjà exprimées à travers une crise de même nature en décembre 1999, avec un parti politique et un leadership autres que ceux d’aujourd’hui, sans que l’on parle d’une entreprise de recolonisation de la Côte d’Ivoire par la France. La différence porte sur le fait que le coup d’Etat de 1999 a réussi, alors que celui de 2002 a échoué et s’est transformé en une rébellion.

    Comme explication première de la crise, l’argument tiré des antagonismes internes opposant des acteurs ivoiriens (formations politiques traditionnelles et groupes armés) pour la prise, l’exercice et la conservation du pouvoir politique nous semble beaucoup plus plausible.

    A notre avis, il se défend plus amplement que celui prenant pour objet des centres extérieurs qui téléguideraient des politiques ivoiriens en vue du contrôle des ressources du pays ou armeraient d’anciens soldats pour lancer une action militaire dont la réussite n’est guère garantie à l’avance. Si une telle assertion est soutenue dans des cercles politiques ivoiriens et relayée par des réseaux d’intellectuels africains, elle se construit plus sur des appréhensions que sur des faits.

    Il est vrai que chaque chapelle politique ivoirienne entretient des relations suivies avec des membres de la classe politique et des industriels français. Mais cela ne nous autorise pas à percevoir une collusion française automatique avec certaines forces en présence dans le jeu politique ivoirien au détriment du régime d’Abidjan.

    Il faudrait noter que si dans la plupart des pays africains l’armée s’introduit de force dans la politique, en Côte d’Ivoire, ce sont des forces politiques qui, d’une manière ou d’une autre, ont propulsé des groupes armés dans l’arène politique.

    Par-dessus tout, il nous semble bon d’éviter d’exonérer les acteurs politiques ivoiriens de leur responsabilité dans l’origine et la gestion de la crise pour ne voir qu’une main extérieure dans ce qui constitue, en dernière instance, une lutte pour le pouvoir politique.

    La crise ivoirienne s’est manifestée à travers un coup d’Etat qui a échoué et qui s’est ensuite mué en une occupation d’une partie du territoire national. Ceci traduit la dimension essentielle du conflit, qui porte sur le pouvoir politique et tourne autour de sa prise de force ou de droit, sa gestion et sa conservation par tous les moyens, y compris l’usage de la violence.

    Cependant, la solution militaire ayant fait la preuve de ses limites, l’organisation d’élections ouvertes, équitables et transparentes se donne comme l’une des issues les plus appropriées de la résolution de la crise. La tenue d’élections suppose, en principe, l’acceptation d’une compétition à la loyale à la suite de laquelle il y aura un vainqueur et un vaincu.

    Une élection présidentielle, est-il besoin de le noter, est une échéance, qui débouche sur un mandat confié à un homme ou une femme limité dans le temps. Elle n’est pas un processus, mais un événement. Elle ne fige pas la vie nationale. Elle porte sur un cycle qui se renouvelle au bout de cinq ans. On peut perdre une élection présidentielle à une échéance donnée et la remporter à l’occasion d’une autre.

    Les protagonistes de la crise ivoirienne, les partis politiques principalement, donnent l’impression de ne s’accorder que sur la tenue d’élections qu’ils seront assurés de remporter. S’il est légitime que des forces politiques envisagent la victoire à l’issue d’un scrutin comme un objectif ultime, leur propension à exclure, voire nier, toute éventualité d’échec ne peut que disposer leurs partisans au radicalisme politique et à la violence. Aucun parti politique ne s’avoue vaincu au départ d’une compétition électorale, mais la victoire ne peut s’obtenir à tous les prix !

    Au départ d’un processus électoral, l’idée de la victoire implique également celle de l’échec. Pouvoir gagner autant qu’échouer constitue l’énigme, mais aussi l’essence d’une élection. Sans échec, il n’y a pas de réussite, parce qu’il n’y a simplement pas de compétition. En outre, on ne peut se soumettre à une épreuve lorsque, à l’avance, on en est proclamé vainqueur !

    Une telle compétition est une farce et ne garantit, sur le plan politique, aucune légitimité. En revanche, elle constitue la voie tout tracée pour l’installation d’un pouvoir dictatorial qui, tôt ou tard, suscitera la répulsion de la population, se maintiendra dans la terreur ou donnera lieu à une contestation violente.

    L’intention de certains cercles politiques de remporter à tout prix le scrutin présidentiel prochain est l’une des explications de blocages réels ou potentiels de la transition. De plus, elle constitue un inhibiteur principal de la réconciliation. Elle justifie les surenchères et chantages qu’il nous a été donné d’observer de la part des protagonistes principaux depuis la signature des accords de Linas-Marcoussis.

    Elle porte, aujourd’hui, sur les enjeux de l’identification et du désarmement, de leur concomitance souhaitée ou rejetée et de questions connexes de nationalité et de citoyenneté. Sur certains de ces points, principalement l’identification, la nationalité et la réconciliation, nous voudrions offrir quelques pistes de réflexion.

    1. Identification et constitution du collège électoral

    L’opération d’identification devrait, en principe, être un exercice de recensement général de la population à l’issue duquel l’autorité publique obtiendra des indicateurs sur les différentes configurations démographiques du pays. En outre, il devrait permettre à chaque habitant de la Côte d’Ivoire d’obtenir des pièces d’identité. Comme telle, l’identification est un exercice technique dont l’utilité pratique se démontre dans divers domaines de gestion de la vie nationale.

    L’identification semble, cependant, poser problème dans l’interprétation que font certains milieux politiques de sa dimension relative à la constitution du collège électoral. Ceci parce que la Côte d’Ivoire est un pays dont près de 26% de la population est, selon les chiffres officiels, constitué de non nationaux.

    Comme toute nation accueillant une forte proportion d’immigrés, les questions d’identité, de nationalité et de citoyenneté s’y posent avec acuité et sont d’une extrême délicatesse. Par ailleurs, des revendications identitaires, de déni de nationalité ou de citoyenneté suscitent des débats passionnés dans ce pays depuis des années. Qu’une propagande sur ces questions sensibles serve de fonds de commerce politique et braque les esprits ne relève que d’un truisme !

    Dans un tel décor, il n’est pas surprenant que des échos de soupçons de manipulation de l’opération d’identification dans la perspective de l’échéance électorale proviennent de différents états-majors politiques. Les uns suspectent un processus qui pourrait accroître, outre mesure, le collège électoral pour favoriser un camp, lorsque les autres pensent qu’une grande partie de nationaux proches de leur parti en seraient exclus à leur détriment et au bénéfice de leurs adversaires politiques.

    A notre avis, la ligne médiane ici devrait être celle qui prendrait pour point de départ les recensements précédents et singulièrement ceux ayant donné lieu à la constitution des collèges électoraux de 1990, 1995 et 2000. Après quoi, on opérera les ajustements démographiques naturels qui sont : l’expurgation de cas de décès, de changements de nationalité, d’individus frappés d’incapacités ; les rajouts de cas de personnes ayant atteint la majorité, de naturalisés remplissant les obligations de stage, etc.

    Si des citoyens estiment qu’ils ont été indûment retirés des fichiers électoraux, ils devraient soumettre des requêtes qui feront l’objet de la plus grande attention de la part des autorités compétentes en vue de procéder aux corrections requises.

    Cette approche est fondée sur l’évolution naturelle du collège électoral ivoirien, elle-même liée aux contours de la population générale du pays. Elle part également du principe que la liste électorale n’a pas fondamentalement été contestée depuis 1990. De plus, le mouvement régulier du collège électoral ivoirien, même en y incluant les personnes âgées entre 18 ans et 21 ans en 1990 et 1995, peut être apprécié aisément depuis 1990, année électorale pendant laquelle seuls les nationaux ivoiriens ont été autorisés à voter.

    Il est possible de dresser mathématiquement, statistiquement et démographiquement les grandes configurations du collège électoral ivoirien aujourd’hui, puisque les banques de données sur la population ivoirienne utilisées les années précédentes sont disponibles à Abidjan.

    En se fondant sur la progression normale de la population ivoirienne, on peut opérer des projections en vue d’avoir une idée plus ou moins exacte des chiffres généraux de la population en âge de voter. Il existe un taux de croissance de cette population, tout comme on peut tracer une courbe de la progression du collège électoral ivoirien.

    Toute opération d’identification qui aboutirait à l’exclusion arbitraire de citoyens ivoiriens de la liste électorale sera un facteur potentiel de troubles sociopolitiques. De même, un collège électoral ivoirien hors de proportions naturelles ne donnerait lieu qu’à des élections contestées, dans le meilleur de cas.

    Cela équivaudrait à la reconduction de la logique d’instabilité chronique dans laquelle le pays est installé depuis quelques années. Un tel scénario condamnerait la Côte d’Ivoire à demeurer dans ce que nous appelons pudiquement une situation de ni paix ni guerre qui est, en réalité, un processus de destruction socio-économique et de déconstruction nationale.

    2. Séparer la question de la nationalité des enjeux électoraux

    La question de l’attribution de la nationalité ivoirienne aux ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire depuis des lustres et qui désirent s’intégrer pleinement et honnêtement à la communauté nationale ivoirienne devrait s’entreprendre dans un esprit de fraternité, de générosité et d’ouverture. Linas-Marcoussis n’était certainement pas le cadre approprié pour réfléchir sainement et sereinement sur cette question cruciale en quelques jours.

    Les difficultés d’application des propositions sur la nationalité découlant de ce conclave procèdent, à notre avis, d’une chose : il se profile des enjeux politiques et électoraux derrière l’idée d’appliquer le Code de nationalité d’avant 1972 et/ou de revenir aux dispositions transitoires de l’Administration coloniale à l’Etat indépendant ivoirien relatives au choix de la nationalité ivoirienne par des non Ivoiriens nés en Côte d’Ivoire ou y vivant avant 1960.

    La question de nationalité étant de nature sensible, la lier à des enjeux ou impératifs politiques et électoraux ne fait que la compliquer davantage, ce qui en rajoute aux suspicions, ressentiments et récriminations. En dernier lieu, toute solution prise avec des arrière-pensées politiques sur un sujet de cette nature consisterait à jeter de l’huile sur le feu.

    Débarrassée de ses oripeaux électoraux, la question de nationalité telle qu’esquissée par Linas-Marcoussis pourrait être envisagée utilement et trouver une voie de solution à travers une procédure spéciale et diligente de naturalisation adossée aux dispositions de stage prévues par le Code de la nationalité.

    Le mieux serait de différer une telle procédure de la période électorale qui est elle-même potentiellement sujette à des tensions et convulsions multiples. Elle pourrait être engagée dans une période de sérénité immédiatement après les élections présidentielles de sorte que les nouveaux naturalisés puissent prendre part aux scrutins qui seront organisées cinq ans après leur naturalisation.

    Mais, au-delà des prescriptions de Linass-Marcoussis se pose la question de la naturalisation de tous les ressortissants de pays africains vivant en Côte d’Ivoire et qui désirent jouir de la nationalité ivoirienne. La Côte d’Ivoire et ses dirigeants ne peuvent continuer de se voiler la face sur ce problème d’une extrême gravité. La nécessité d’une action politique courageuse tendant à engager une procédure de grande envergure de naturalisation, avec des modalités pratiques souples, simplifiées et accessibles, devient un défi auquel ils devraient faire face.

    Il faut partir du prédicat que la plupart des ressortissants de pays voisins vivant en Côte d’Ivoire depuis des années et leurs enfants ne retourneront plus dans leurs pays d’origine. Les propositions de gestion post-crise doivent accorder la priorité à cette question qui recouvrerait ainsi son caractère purement administratif pour cesser de polluer le terrain politique. Dans le cadre de la transition, les sillons de cette action pourraient être tracés.

    Le mouvement migratoire ayant marqué les configurations démographiques et sociologiques de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui a une histoire. Il a son origine dans la mise en valeur, dans les années 1930, de la colonie de Côte d’Ivoire avec l’introduction des cultures de café et de cacao. Il a connu son paroxysme pendant les années du miracle ivoirien (1965-1980) et s’est ralenti à partir de la fin des années 1980.

    Que la Côte d’Ivoire soit différente des autres pays ouest-africains dans ses traits démographiques marqués par la migration est un fait sociologique qui s’explique aisément et doit être assumé pleinement ! Il est vrai que rien aujourd’hui ne permet d’affirmer que cette nation continuera d’attirer, de manière significative, des ressortissants d’autres pays de la sous-région.

    Par ailleurs, un processus irréversible d’urbanisation de la société ivoirienne amorcé depuis quelques années a donné lieu à une Côte d’Ivoire plurielle dans la symbiose de ses fondements humains, sociologiques et culturels et conduit à l’émergence d’un nouvel espace de partage, d’ouverture et d’intégration.

    Prenant son appui sur les apports de socles humains de ce terroir, il ne manque pas moins de se nourrir de la contribution de peuples issus de l’immigration. Ceci constitue une richesse qui doit pouvoir éclore, s’exprimer et s’épandre à la faveur des chances que l’Etat de Côte d’Ivoire saurait offrir avec élan, générosité et ouverture.

    Envisager la problématique de l’immigration et ses incidences démographiques sous l’angle de la naturalisation au niveau le plus élevé de l’Etat n’est pas seulement une approche qui tienne compte de l’héritage socioculturel ivoirien ; c’est un devoir moral, autant qu’un impératif de gestion politique. C’est également l’un des moyens les plus indiqués pour soustraire cette question délicate des contingences politiques et enjeux électoraux.

    3. De la réconciliation

    Une question anodine nous vient à l’esprit lorsque nous pensons aux dommages causés par cette crise à la communauté nationale ivoirienne : comment un peuple si affable, symbiose d’autant d’expressions du génie humain, doté d’un humour formidable comme la marque de sa foi en la vie, a pu se laisser ronger par le virus de la haine, sur des questions de gestion politique, qui relèvent, en principe, de préoccupations d’une élite dont il est généralement coupé ?

    La réponse immédiate est qu’aucun équilibre n’est permanent et que dans le processus de construction nationale des Etats légués par la colonisation, le plus petit incident peut donner lieu à d’inextricables convulsions.

    En écoutant des Ivoiriens ressasser les atrocités commises au début de ce conflit sur des populations civiles et en prêtant l’oreille à leurs ressentiments et récriminations vis-à-vis de ceux qui prônent le dialogue avec les rebelles, on se rend compte de l’ampleur de la crise et de la profondeur des douleurs qui en résultent.

    Il se dégage également un constat : la propension de certains milieux politiques ivoiriens à trouver nécessairement les responsables de nos malheurs en leurs adversaires ou hors des frontières ivoiriennes. Ceci laisse apparaître une autre dimension de ce conflit : notre incapacité de reconnaître nos propres responsabilités dans la destruction de notre pays !

    De tout cela nous faisons la déduction suivante : si la crise porte essentiellement sur le pouvoir politique, les cheminements qu’elle a empruntés pour s’exprimer, les torts dont ses auteurs se sont déclarés redresseurs, les dommages qui ont été causés à la cohésion nationale et les états d’âme qu’elle a générés sont énormes, complexes et multidimensionnels.

    A notre avis, la gestion de la crise et de l’après-crise devrait comporter un volet sur le désarment mental et le reconditionnement psychologique des Ivoiriens.

    En effet, de quel que côté qu’on se place, on arrive au constat que le drame ivoirien n’est pas seulement physique et visible : un traumatisme énorme est vécu par la population ivoirienne dans toute sa composante. Dans sa majorité, la société ivoirienne est meurtrie, autant qu’elle est fragmentée et instrumentalisée aux fins de luttes politiques dans lesquelles elle n’est pas nécessairement partie prenante.

    Cette crise a détruit ce qui constitue la base de la convivialité ivoirienne, c’est-à-dire la confiance. La confiance comme fondement du vivre ensemble ; la confiance entre les acteurs principaux de la classe politique à propos d’un minimum acceptable pour l’animation d’une vie politique régulière ; la confiance entre les différentes communautés humaines du pays dans ce qu’elles nourrissent comme attentes, aspirations, voire convictions, par rapport au devenir de la nation et aux chances d’épanouissement qu’elle leur offrirait.

    A notre avis, plutôt que de clamer que la Côte d’Ivoire est debout, les acteurs politiques principaux du pays devraient s’engager dans une introspection beaucoup plus profonde, pour apprécier l’état de déliquescence dans lequel se trouve la nation ivoirienne. Ceci pourrait constituer le premier pas vers la réconciliation.

    Aussi longtemps que les leaders seront peu enclins à reconnaître leur responsabilité dans la crise et ses conséquences sur les fissurations du tissu social ivoirien, les populations, qui se reconnaissent en eux, seraient incapables d’aller à la réconciliation des cœurs et des esprits ! La logique de l’action des leaders politiques est naturellement celle de la contention faite de dénégations, contradictions et polémiques.

    Mais, le jeu politique régulier n’est possible que dans un environnement social apaisé. Ici, il est plutôt question de chercher à reconstruire ce qui a été détruit, œuvrer à renouer les fils du dialogue rompu, contribuer à retrouver la foi en nous-mêmes, la confiance entre nous, dans l’humilité. Les leaders politiques devraient éviter de se laisser aller à des déclarations qui sont de nature à susciter des controverses ou à inciter leurs partisans à des positions radicales.

    Par ailleurs, il faudrait convenir qu’aucun leader politique n’a fait amende honorable, en s’engageant, depuis le déclenchement de cette crise, dans un acte sincère de contrition ; aucun camp des protagonistes principaux n’a trouvé nécessaire de se remettre en cause et demander formellement pardon aux Ivoiriens et leur promettre que plus jamais il n’entreprendrait directement ou indirectement d’actions de nature à porter atteinte au peuple de Côte d’Ivoire dans les valeurs qui le fondent ou dans son intégrité. Aucun camp n’a lancé d’appel solennel à ses partisans les invitant à embrasser résolument le parti de la réconciliation.

    Quant à un élan d’ouverture, de tolérance et d’altruisme vis-à-vis de ses adversaires, aucun parti ne semble l’inclure dans ses choix politiques actuels. Cependant, cet acte d’exorcisme collectif, d’humilité et de dépassement de soi devrait être suscité par les grandes formations politiques, ainsi que les responsables de la rébellion, de manière résolue, honnête et sincère, pour conjurer la haine et recréer les conditions de la convivialité ivoirienne.

    La réconciliation entre Ivoiriens s’entreprend avec le principe de reconstruction d’une société ivoirienne inclusive, cohésive et démocratique. Elle part d’un impératif : que la Côte d’Ivoire soit placée au-dessus des partis politiques et des ambitions de leurs leaders !

    Si nous situons la Côte d’Ivoire au-dessus de tout, la question de la formation politique ou du leader qui la dirigera à l’issue des élections prochaines serait secondaire, voire négligeable. En effet, pour que nous envisagions la problématique de la désignation de l’équipe dirigeante à laquelle sera confiée la destinée de ce pays à l’issue des consultations électorales prochaines, il faudrait qu’il existe d’abord dans son entièreté et qu’il constitue un espace sociopolitique apaisé.

    New York, le 30 mai 2006.

    *Emmanuel Y. Boussou est le pseudonyme d'un Ivoirien en service dans une organisation internationale. Sociologue de formation, il fait publier des articles sur la situation politique de la Côte d'Ivoire en sa qualité de citoyen de ce pays.

    *Voir aussi nos précédentes publications sur le même sujet, en français :

    -http://www.pambazuka.org/fr/category/features/33766
    -http://www.pambazuka.org/fr/category/features/34347

    et en anglais :

    -http://www.pambazuka.org/en/category/comment/33854
    -http://www.pambazuka.org/en/category/features/33766

    *Veuiller envoyer vos commentaires à :

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  • Du 22 juin au 2 juillet prochain, le sommet de l’Union Africaine va se tenir à Banjul. En marge du sommet, Solidarity for African Women’s Rights (SOAWR), va mener une série d’activités dans le cadre de sa campagne pour la domestication du Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique. Dans cette dynamique, Khédija El Madani défriche pour Pambazuka News les textes de lois de l’Islam et fait ressortir que la femme s’y voit accorder tous les droits. Pour El Madani « il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme ».

    S'il est un sujet qui fâche, c'est bien celui des droits des femmes en Islam.

    Autant les Occidentaux et autres occidentalistes présentent, dans leur grande majorité, l'Islam comme l'ennemi des femmes et comme la religion qui leur dénie leurs droits les plus élémentaires, autant les musulmans, radicaux ou modérés, soutiennent que l'Islam a accordé aux femmes tous leurs droits.

    Qui a tort ?

    Et qui a raison ?

    En fait, les tenants de chaque camp ont à la fois tort et raison car, s'il est avéré que l'Islam a constitué une véritable révolution dans le domaine des droits des femmes lors de sa révélation, en donnant aux femmes la dimension humaine que leur déniaient les us et coutumes de l'Arabie pré-islamique, qui reconnaissaient aux pères droit de vie et de mort sur leurs filles et réduisaient la veuve à un objet de la succession, dont héritait la parentèle de l'époux défunt, il est tout aussi indéniable que, au fil du temps, l'interprétation restrictive, et parfois même contraire à la parole divine, de certains ulémas a retiré à la femme ses droits, les uns après les autres.

    La meilleure preuve de cet état de fait est la thèse soutenue par nombre d'exégètes (foukahas) selon laquelle c'est Eve qui est coupable du péché originel et responsable de l'expulsion d'Adam du Paradis alors que cette thèse, propre aux deux autres religions monothéistes, le judaïsme et le christianisme, non seulement n'existe pas dans la religion musulmane mais est clairement contredite par le Coran.

    Ainsi, les versets de la sourate "Les limbes" (???????) affirment de façon claire et précise, qui ne peut prêter à nulle équivoque, que ce sont en même temps Adam et Eve qui ont été tentés par Satan et que ce sont eux deux qui ont succombé à la tentation et désobéi aux injonctions divines.

    "Le Diable leur suggéra à tous deux …" (verset 20 "????? ????")

    " Et il leur jura…" (verset 21 "? ???????")

    "Alors il les fit tomber par tromperie …et leur seigneur les appela: ne vous ai-je pas tous deux interdit cet arbre? Et ne vous ai-je pas dit que le diable était vraiment pour vous deux un ennemi déclaré" ? (ver set 22
    "??????? ?????...? ??????? ?????? ??? ?????? ?? ????? ?????? ? ??? ???? ?? ??????? ???? ??? ????").
    "Tous deux dirent …" (verset 23 "????...").

    Cet exemple illustre parfaitement à quel point plusieurs d'exégètes musulmans se sont éloignés des préceptes coraniques jusqu'à soutenir le contraire de ce qui est affirmé dans le saint Coran.

    Et c'est dans le domaine du statut de la femme dans la famille que se traduit le plus cette contradiction entre l'Islam et l'éxégèse réductrice qui en est souvent faite.

    C'est ainsi que la question des droits de la femme dans la sphère familiale, au lieu d'être appréhendée d'une façon globale, dans le cadre des préceptes et principes établis par le Coran et par la tradition du Prophète Mohamed, est considérée d'un point de vue restrictif et est, en quelque sorte, "délocalisée", isolée de l'ensemble harmonieux des règles et des injonctions divines et traitée de façon indépendante, ce qui a eu pour résultat de fausser complètement les choses et de priver les femmes des droits que Dieu leur a accordé.

    Ainsi, petit à petit, la femme fut privée de la lumière du savoir, emprisonnée entre les murs de la maison et soumise aux ordres de son époux et tenue d'obtempérer à tous ses caprices sous peine de répudiation, au nom de l'Islam, comme si elle n'a que des devoirs par rapport à l'homme qui paraît n'avoir que des droits alors que le Coran affirme clairement qu'elle a autant de droits que de devoirs.
    (verset 228 sourate La Vache "? ??? ??? ???? ????? ????????")

    Par ailleurs, le Coran exhorte les hommes à bien traiter leurs épouses : "Traitez-les avec bienveillance (verset 19 sourate Les Femmes "? ??????? ????????").

    - "Gardez- les de façon convenable ou séparez-vous d'elles de façon convenable".
    (verset 2 sourate Le Divorce"???????? ?????? ?? ??????? ??????" ).

    - Et il leur fait interdiction de leur porter préjudice : "Ne cherchez pas à leur nuire…".
    (verset 6 sourate Le Divorce ("? ?? ???????..".

    - " Ne les retenez pas abusivement" (verset 231 sourate La Vache "? ?? ??????? ?????..." ).

    Dans le même temps le Coran fait du mariage un lien solennel.
    - " Elles ont obtenu de vous un pacte solide" (verset 21 sourate Les Byzantins "? ???? ???? ?????? ?????").

    Et dans le même ordre, il présente les époux comme étant chacun un vêtement pour l'autre :

    -"Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles" (verset 187 sourate La Vache "??? ???? ??? ? ???? ???? ??").

    De même que le Coran place le mariage sous le sceau de "l'affection et de la miséricorde" (verset 21 sourate les Byzantins).

    D'un autre coté, Dieu a mis les femmes et les hommes sur un pied d'égalité absolue, leur promettant pareillement le Paradis en récompense de leurs bonnes actions et les menaçant également de l'enfer de la Géhenne en punition de leurs mauvaises actions ainsi que l'indiquent plusieurs versets du Coran :

    " Celui qui a fait une bonne action, qu'il soit de sexe masculin ou féminin, ceux-la entreront au Paradis" (verset 40 sourate Le Pardonneur.
    " ?? ??? ????? ?? ??? ?? ???? ? ?? ???? ??????? ?????? ?????").

    - " Celui qui accomplira de bonnes actions qu'il soit de sexe masculin ou féminin…". (verset 124 sourate les Femmes
    "? ?? ???? ???????? ?? ??? ?? ????" ).

    - " Il punit les hypocrites hommes et femmes et les mécréants et les mécréantes" (verset 6 sourate La Victoire
    "? ????? ????????? ? ????????? ? ???????? ? ????????" ).

    Par ailleurs, n'oublions pas que le Coran a octroyé à la femme des droits économiques égaux à ceux de l'homme en lui reconnaissant la liberté et la capacité de gérer ses biens sans main-mise du père, du frère ou du mari et des droits politiques en lui permettant de faire allégeance au Prophète, à l'instar des hommes.

    Il convient de rappeler, d'autre part, que Dieu a créé l'homme et la femme d'une seule et unique âme : " O gens, craignez Dieu qui vous a créé d'une même âme " (verset 1 sourate Les Femmes "?? ???? ????? ????? ???? ???? ????? ?? ??? ?????").

    Par voie de conséquence, lorsque, l'homme avilit la femme et lui porte préjudice c'est lui même qu'il avilit et c'est à lui- même qu'il porte préjudice.

    C'est pourquoi prétendre que l'Islam fait de la femme un être inférieur par rapport à l'homme tient du blasphème. Femmes et hommes ont été créés par Dieu afin qu'ils Le vénèrent et les meilleurs parmi Ses créatures sont celles qui font montre de piété, sans égard aucun à leur sexe.

    - "Les meilleurs d'entre vous sont les plus pieux (verset 13 sourate Les Cloisons "?? ?????? ??? ???? ??????" ).

    Ce n'est donc nullement en fonction du sexe biologique que Dieu traite Ses créatures mais uniquement en fonction de leurs actions et eu égard à leur rôle social.

    En conclusion, j'affirme haut et fort que les raisons pour lesquelles la femme musulmane est privée de certains de ses droits fondamentaux ne sont nullement imputables à l'Islam mais tiennent à l'interprétation inexacte de certains ulémas et que la quasi-majorité des traditions sexistes prétendues découler de la religion musulmane n'ont en réalité aucun lien avec elle et lui sont même souvent absolument contraires.

    Il est donc temps de revenir au vrai Islam, de suivre les préceptes du Coran et d'agir selon l'exemple de notre Prophète qui a toujours respecté la femme.

    *Veuillez envoyer vos commentaires à :

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  • EQUINET | Gouvernance

    Lors de la Fête internationale de la santé de cette année, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sort son rapport annuel consacré aux ressources humaines dans le domaine de la santé. Comme nous l’avons signalé dans des éditoriaux précédents (les bulletins EQUINET, Réseau régional pour l’égalité en Afrique australe, sont consultables en ligne nous constatons en Afrique un « transporteur à bande mondial » qui transporte les professionnels de santé depuis les services primaires publics des régions rurales jusqu’aux cliniques privées des villes, depuis les régions et pays pauvres jusqu’aux régions et pays riches de la région entière ainsi que de tout le continent ; il les transporte depuis des endroits où les besoins en soins médicaux sont élevés mais les ressources, elles, sont insuffisantes, vers des pays développés (à revenus élevés), tels que les Etats-Unis, le Canada, le Royaume Uni et l’Australie. Cette fuite entraîne une perte considérable de l’investissement public et des ressources sociales, perte qui l’emporte sur tout rendement sous forme de versements ou d’aide en matière d’éducation.

    Pourtant, les professionnels de santé continueront à aller là où ils pourront travailler dans des services disposant de ressources suffisantes, là où ils trouveront un emploi convenable leur permettant de subvenir aux besoins de leur famille. Ce qui soulève la question plus générale de comment en Afrique assurer les ressources nécessaires pour garder et faire valoriser les professionnels de santé, et, sur une plus grande échelle, pour satisfaire les besoins des populations en matière de santé ?

    L’avant-projet le plus récent de EQUINET (rédigé par Patrick Bond et constituant un travail de collaboration EQUINET / Centre pour la justice économique de l’Afrique australe) se réfère à une fuite Sud-Nord de richesses africaines, fuite qui sape les ressources destinées à la santé et au développement et qui augmente la perte de professionnels de santé ainsi que la dépendance du Nord global dans laquelle vit l’Afrique.

    Le rapport de la Commission pour l’Afrique sorti en 2005 donne l’impression d’un continent bénéficiaire d’un afflux important d’aide, avec des investissements directs étrangers (IDE) en hausse, des remboursements de dettes viables et d’amples versements originaires de la diaspora africaine destinés à financer le développement.

    Notre avant-projet interprète différemment les faits : il cite la « fuite importante de ressources africaines vers le Nord, fuite qui est radicalement en hausse et qui sape le continent des ressources nécessaires à son propre développement, y compris dans le domaine de la santé ». Le document fait la synthèse des données relatives à la fuite des richesses africaines, pour révéler les facteurs qui sont à l’origine du sous-développement chronique du continent et en fait le point de départ pour une proposition de politiques destinées à inverser cet afflux.

    Les chiffres en disent long sur un continent qui se voit petit à petit déposséder de ses richesses, et par la suite des ressources dont il a besoin pour améliorer la santé et le développement humain de ses populations:

    · Crise de dette avec, dans les années 80 et 90, remboursements 4,2 fois plus importants que les niveaux stipulés en 1980 ; remboursements de dettes annuels trois fois plus importants que l’afflux des prêts et, dans la majorité des pays africains, beaucoup plus importants que les gains à l’exportation, d’où un déficit net de $6.2 milliards en 2000.

    · Manque de parité dans le commerce et les politiques de libéralisation du marché qui fait baisser le potentiel industriel de l’Afrique, et non pas le contraire, politiques qui font un gros trou dans l’Afrique Sub-Saharienne, estimé à $272 milliards pendant les 20 dernières années.

    · Mouvements de fonds africains privés représentant un afflux net dans les années 70, qui se transforment d’abord en fuites progressives dans les années 80 et puis en fuites beaucoup plus importantes dans les années ‘90.

    · Chute d’investissements directs étrangers (IDE) qui dans les années 70 s’élèvent à environ un tiers des IDE dans les pays du Tiers Monde, jusqu’à moins de 5% dans les années 90 ; glissement vers les investissements spéculatifs et extrêmement risqués des bourses et marchés monétaires ; effets d’instabilité et, dans l’ensemble, impacts négatifs sur les devises et économies africaines.

    Le continent africain est souvent – mais à tort – représenté comme le bénéficiaire (indigne) d’un vaste apport d’aide. En effet, les afflux d’aide ont chuté de 40% dans les années 90 ; selon une enquête, l’aide « fantôme » qui revient aux pays donataires sous forme de frais techniques et administratifs, constituerait $42 milliards sur les $69 milliards qui seraient le total officiel de l’aide pour 2003, ce qui ne laisse que $27 milliards d’aide « réelle » pour les populations pauvres.

    Il existe également une subvention « perverse » dans la mesure où les pays développés exploitent le stock mondial des ressources naturelles non-renouvelables. Il s’agit de l’exploitation de ressources naturelles africaines et de minéraux par les investisseurs du Nord en contrepartie d’investissements ou de royalties peu importants. Il s’agit aussi de l’utilisation des « biens mondiaux », tels que l’air propre de la planète.

    L’on estime, par exemple, que les forêts dans l’hémisphère Sud, qui absorbent le carbone dans l’atmosphère, fournissent aux pollueurs du Nord une subvention annuelle s’élevant à $75 milliards. Selon une méthode utilisée par la Banque Mondiale pour mesurer l’épuisement des ressources, plus le pays dépend de l’exploitation de ses ressources, plus son PIB baisse, et ceci de 9% par pourcentage de dépendance croissante. Cela signifie qu’en 2000 chaque Gabonais, par exemple, aurait perdu $2,241 en fonction de l’exploitation pétrolière menée par l’industrie du pétrole.

    Ces fuites épuisent les ressources qui auraient pu permettre un développement producteur et humain. Leurs effets se font sentir (principalement) chez les femmes et communautés pauvres et entravent tout progrès vers la réalisation d’une sécurité humaine pour la majorité des Africains.

    Il faut comprendre que, pour réaliser un réel développement et assurer une sécurité sociale ainsi que des infrastructures de base, les sociétés et décideurs africains doivent d’abord identifier et ensuite mettre fin aux énormes fuites de richesses existantes et potentielles du continent.

    En ce moment les réformes qui sont à l’ordre du jour n’abordent pas ce problème. Alors qu’il est question de dettes et de pratiques commerciales injustes, il ne s’agit pas d’inverser la fuite des richesses africaines.

    Les luttes populaires et mouvements sociaux progressifs sont à l’origine de campagnes dont le but est d’inverser les flux de ressources et de contester les subventions « perverses ». On pense aux mouvements qui s’opposent à la privatisation et à la transformation des services de base en denrées rares, qui exigent le droit aux anti-rétroviraux génériques, et qui refusent que le développement humain soit empiété par le commerce et les politiques macroéconomiques qui ne font qu’intensifier les inégalités.

    Ces mouvements populaires pourraient être consolidés par les gouvernements nationaux, ainsi que par une coopération régionale, afin d’améliorer la transparence des afflux financiers et pour faire appliquer en Afrique des politiques qui empêcheraient les fuites de ressources et qui favoriseraient la présence de ressources en investissements domestiques.

    L’avant-projet précise plusieurs propositions : non-paiement systémique sur les remboursements de dettes, stratégies pour exiger le réinvestissement domestique de fonds de retraite, d’assurances et d’autres fonds institutionnels ; au niveau national réglementation des transferts financiers provenant de paradis fiscaux étrangers; une identification et une négociation plus claires de l’aide « fantôme » ou « liée» ; un calcul et une négociation plus précis des coûts des IDE (et non pas simplement des avantages), y compris l’épuisement des ressources naturelles, les prix de transfert et les flux profit/dividende.

    EQUINET se réjouit de l’accent mis cette année par la Fête mondiale de la santé sur un domaine dans lequel l’Afrique se laisse saper – la perte de ressources humaines. Pourtant, nous croyons fermement que pour résoudre convenablement ce problème qui marque notre continent, et pour traiter à l’échelle mondiale des injustices qui affectent les ressources nécessaires à atteindre nos objectifs en matière de santé et de développement humain, il faut approfondir le débat.

    En 1998 EQUINET affirme déjà qu’un élément essentiel pour assurer l’équité, est le pouvoir (et la capacité) que possède l’individu de faire des choix relatifs aux éventuels apports médicaux afin de garantir une meilleure santé pour tous. Dans le contexte africain, le contrôle des ressources en matière de santé et de développement devrait être de nouveau entre les mains des Africains.

    * Cet article a paru pour la première fois dans le bulletin d’avril 2007 du Regional Network on Equity in Health in Southern Africa (EQUINET). Il est disponible à www.equinetafrica.org Vous pouvez trouver le numéro le plus récent de EQUINET en consultant http://www.equinetafrica.org/bibl/equinetpub.php Veuillez envoyer tout commentaire ou éventuelle question sur les thèmes soulevés dans cet article à [email][email protected] Le travail de EQUINET sur la politique économique et la santé est disponible au site-web EQUINET www.equinetafrica.org

    *Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News numéro 250. Voir :

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  • La logique qui sous-tend « l’aide accrue et améliorée, la suppression de la dette et les politiques commerciales plus justes » est que ces dernières créeront les conditions de s’assurer des ressources adéquates pour financer le développement de l’Afrique. Sans nul doute, ces dernières vont, si elles sont entièrement respectées, mettre plus d’argent dans les mains des gouvernements et des gens et assoupliront la contrainte de ressources.

    Nous soutiendrons cependant que, pris isolément, peu importe la qualité de l’aide, la vitesse de l’annulation de la dette, le degré d’ouverture dans le Nord et la fin des subventions d’exportation - ces revendications ne vont pas fournir les ressources adéquates pour le financement du développement de l’Afrique.

    Ces revendications, bien qu’elles soient pertinentes, sont quelque peu déplacées vu le fait qu’elles se penchent singulièrement sur les sources de « flux de recettes » en ignorant l’ensemble des mécanismes des « flux de sorties ». C’est l’équilibre des entrées et des sorties qui crée les ressources nettes pour le développement.

    Nous soutiendrons également que le fait de mettre l’accent uniquement sur les « entrées » enracine le sens de dépendance de l’Afrique et perpétue le mythe de pauvreté de l’Afrique en ressources et l’impuissance du continent. En outre, en se bornant uniquement sur la politique commerciale en soi en excluant ce qui sous-tend le commerce, nous manquons une explication fondamentale à la persistance des gouvernements sur la libéralisation – au-delà du point de vue selon lequel ils sont insouciants, ignorants, impuissants et insensibles.

    « Accroissement et amélioration de l’aide »

    Notre revendication que les gouvernements du Nord remplissent leur obligation d’accorder 0,7% des Produits Nationaux Bruts au développement international est correcte. C’est en effet un droit des pays africains, en particulier, de faire cette revendication en raison du fait que cette promesse a été utilisée, de manière répétitive dans le passé, comme un appât pour obtenir les réformes économiques et sociales en Afrique.

    Mais de façon réaliste, nous savons qu’elle ne sera pas exaucée. La lenteur du rythme et le niveau bas du volume des accroissements de l’aide engagés à la réunion du G8 en 2005 en dépit de tout le bruit, et la menace qui s’ensuivit, de la part des Etats-Unis, de faire baisser même la cible de 0,7%, montrent comment il est difficile et risquant de se fier aux volumes croissants de l’aide pour le développement de l’Afrique.

    L’explication est simple, dans la mesure où l’aide traditionnelle continue de dépendre des contribuables dans le Nord, ses flux et reflux dépendront de la température politique et de la performance économique dans le Nord, spécialement l’Europe. Mais les problèmes-clés de l’aide sont son objectif ou sa gouvernance et son impact sur la psychologie et la responsabilité de nos gouvernements et de notre élite.

    L’aide au développement officielle est à peine totalement altruiste ou a un objectif unique ou est à peine totalement détachée de la politique étrangère. En conséquence, nous allons constamment passer d’opposition à une chose ou à l’autre associée avec l’octroi de l’aide, par ex. aide enchaînée, conditions dans le cadre des politiques ; conditions dans le cadre des droits humains, influence des politiques et, plus récemment, le lien croissant avec la guerre contre le terrorisme.

    Quelle que soit la rhétorique, l’aide ne peut être séparée des objectifs de la politique étrangère et, selon la mesure dans laquelle ces derniers changent, l’objectif de l’aide changera. En tout cas pourquoi pas ? Pourquoi les contribuables dans le Nord ne devraient-ils pas exiger que leurs taxes servent des valeurs et des buts qu’ils tiennent pour précieux chez eux ? Pourquoi ne devraient-ils pas attendre de leurs gouvernements qu’ils rendent compte de l’impact de l’aide, et ainsi mettent sur pied des mesures visant à s’assurer que leur argent rencontre l’objectif pour lequel il a été donné.

    La série de conditions est une question importante pour l’Afrique surtout parce que l’aide constitue une part si grande des budgets, ainsi les risques associés à la politique de l’aide sont plus significatifs pour l’Afrique que pour les autres continents où l’aide constitue une proportion minuscule. Alors qu’il convient de continuer de s’assurer que les conditions associées à l’octroi et à la gestion de l’aide n’aggravent pas les problèmes du développement de l’Afrique, le véritable défi est de réduire son importance dans le développement de l’Afrique.

    L’impact plus débilitant de l’aide au développement est ce qu’il fait à la mentalité de l’élite africaine et au processus de démocratisation et de gouvernance responsable. Les gouvernements ont développé le mythe selon lequel leurs économies ne peuvent pas survivre sans aide. En réalité, ce sont leurs gouvernements et les systèmes de patronage qui les maintiennent qui sont menacés sans le mécanisme de l’aide.

    La compétition entre les gouvernements africains pour l’inclusion dans le club des nations favorisées mène à l’abandon délibéré, aux donateurs, de la souveraineté gagnée au prix des vies humaines lors de la lutte anti-coloniale. L’organisation du soutien au budget par de nombreux donateurs est une manifestation de cette perte de souveraineté.

    En l’absence d’une rupture dans la mentalité de dépendance sur l’aide, l’Afrique n’a aucune chance de bâtir une démocratie fondée sur la responsabilité devant les citoyens. Pire encore, la métaphore filée selon laquelle les agences d’aide - privée et officielle – trouvent nécessaire de se déployer en vue de soutenir l’intérêt politique local pour l’aide est souvent un affront à la personnalité et à l’esprit africains, diminue l’estime personnelle et perpétue les stéréotypes négatifs.

    Alors que nous ne pouvons pas ignorer l’aide, nous ne devrions pas non plus la glorifier. Parfois nous qui sommes dans la société civile contribuons inconsciemment à l’érosion de la souveraineté et à la perte de l’estime personnelle. Nous nous hâtons parfois de revendiquer ou d’endosser « la série de conditions de gouvernance » là où l’aide et le relèvement de la dette sont conditionnés au progrès dans ces domaines.

    Pour en contrôler le respect, il faut souvent même plus d’ingérence et de pouvoir des donateurs dans la gouvernance locale. C’est comme si l’on disait que certaines formes de colonisation sont admissibles compte tenu des droits humains. Ceci est dangereux.

    Pourtant, il y a des cas où les abus de droits humains, la dictature et la corruption sont à un niveau tel que l’impact du relèvement de la dette et l’aide vont servir à renforcer la répression et à enrichir peu de gens plutôt que de promouvoir le développement. Que faisons-nous dans cette situation ?

    Il y a lieu de baser une solution sur le principe selon lequel les corps politiques régionaux sont mieux placés pour gérer les problèmes politiques au sein des Etats membres. Ceci est un principe appliqué par la CEDEAO, la SADC et l’UA dans la résolution des conflits et la reconstruction/ le maintien de la paix.

    Ceci est également le principe qui sous-tend le Mécanisme Africain de Revue par les Pairs (MARP). Notre proposition est qu’il y ait un Fonds de Garantie des Pairs devant être géré par l’UA et utilisé comme le muscle financier derrière le MARP. Le relèvement de la dette et les fonds humanitaires destinés aux pays qui abusent les citoyens seront payés dans ce Fonds, quitte à être gardés sous forme de garantie pour le pays et à être libérés par l’UA au fur et à mesure que le pays concerné fait des progrès dans les domaines de préoccupation au niveau de la gouvernance.

    Un tel mécanisme va :
    - Renforcer l’UA et lui donner la denture (la rendre offensive) dans son désir et sa capacité de promouvoir la gouvernance responsable et démocratique dans la région ;
    - Agir comme un muscle et une motivation pour le MARP ;
    - Enlever l’excuse des créditeurs pour ne pas supprimer les dettes dues à l’Afrique ou différer l’aide nécessaire pour des objectifs humanitaires mais qui, pour les raisons signalées ci-dessus, ne peut pas être canalisée directement vers un pays qui abuse ses citoyens ou vers les ONG ;
    - Permettre aux Africains et à leurs institutions politiques de conduire leurs propres réformes politiques ;
    - Mettre un terme aux moyens arbitraires et sélectifs par lesquels les donateurs appliquent la série de conditions en matière de gouvernance.
    Ainsi, que devrions-nous faire à propos de l’aide ?
    - Soutenir les efforts de nos partenaires du Nord pour amener leurs gouvernements à s’acquitter de leur part du compact mondial mais à réduire son importance dans le plan d’action de l’Afrique ;
    - Soutenir la création d’un Fonds de Garantie des Pairs devant aider l’UA à traiter la question de gouvernance ;
    - Accroître les intérêts des OSC locales et leur implication dans les processus budgétaires en vue de réduire l’influence des donateurs sur la gouvernance des budgets et pousser les budgets à délivrer les services publics et lutter contre la corruption ;
    - S’opposer aux arrangements de gestion des budgets inspirés par les donateurs, arrangements qui diminuent la supervision du parlement, et proposer des procédures de supervision parlementaire qui sont transparentes et incluent la société civile.
    Alors que ces actions sont nécessaires pour améliorer la qualité de l’aide et pour réduire ses dégâts, elles ne s’attaquent pas au problème de déficit de ressources en soi.

    La dette

    La question de la dette n’est pas tellement ce que nous revendiquons mais celle de savoir à qui nous adressons quels messages. Premièrement le message de mettre fin au fardeau de la dette a été orienté largement dans un seul sens – les créditeurs. Le message en soi a été celui de lancer un appel à la compréhension, que celle-ci soit basée sur la justice ou sur l’empathie. Ceci n’a rien de mal tant que cet appel provient de nos partenaires du Nord et est dirigé à leurs publics et gouvernements.

    Quelles qu’elles soient, les stratégies qu’ils trouvent faisables pour exercer la pression pour l’action doivent être bien accueillies par nous aussi longtemps que ces stratégies ne diminuent pas la dignité africaine ni ne réduisent les messages provenant des Africains. Mais l’orientation de nos énergies vers le lancement d’appel à nos créditeurs du Nord suggère notre manque de croyance au pouvoir des débiteurs.

    Cependant, l’effort de relèvement de la dette nigériane, si insatisfaisante fut-elle, et l’initiative de reconstruction de la dette argentine suggèrent que les débiteurs sont bel et bien puissants et peuvent forcer le changement. Dans le cas du Nigeria, c’était la menace par le Parlement de différer l’appropriation pour le paiement de la dette et les manifestations de rue qui s’ensuivirent que les comités conjoints du parlement ont entrepris en Europe et en Amérique de ramener chez eux leur menace qui ont forcé le club de Paris à se précipiter de confectionner une offre de relèvement de la dette.

    Dans le cas de l’Argentine, une fusion économique et politique résultant des années de respect fidèle des conditions du FMI et le paiement fidèle de la dette a forcé l’Argentine à imposer un moratoire unilatéral sur le paiement de la dette et puis, par la suite, unilatéralement réduire de 75% ses instruments de dette. Après le soulagement et le soupir, tant le FMI que les créditeurs privés ont accepté d’assumer leur part et l’économie de l’Argentine a rebondi.

    La dette de l’Afrique qui surplombe plus de 200 milliards de dollars fournit un muscle pour une menace africaine collective. Ceci est la tâche de l’Union Africaine et nous devrions rendre cela résolument clair. L’annulation de 200 milliards de dollars ne pose aucune menace au système financier mondial mais peut sauver des millions de vies.

    Même une menace d’un moratoire collectif va envoyer un message clair et très audible, spécialement si cette menace est accompagnée par un engagement réalisable pour la transparence et la lutte contre la corruption et la canalisation de l’argent ainsi récupéré vers la réorganisation des services publics. Nous ne devrions pas célébrer des initiatives divisionnistes de relèvement de la dette comme celle accordée à Gleneagles même si nous pouvons célébrer la victoire en termes de principe général, c-à-d que toutes les dettes, y compris le stock de dettes dues aux IFI, doivent être annulées.

    Quelle direction prenons-nous donc à partir d’ici en ce qui concerne la dette :
    - Accueillir le principe d’annulation du stock de la dette convenu à Gleneagles et à la réunion annuelle de la FMI/Banque mais condamner le sélectionisme et l’approche divisionniste ;
    - Elaborer une stratégie de faire pression sur l’UA et ses Etats membres pour adopter une stratégie guidée par les débiteurs ;
    - Faire la campagne pour une Loi Internationale devant réglementer la dette internationale.
    Le Commerce
    Le centre d’intérêt en politique commerciale a résidé dans quatre domaines :
    - Défendre nos marchés locaux contre une libéralisation dangereuse supplémentaire ;
    - Défendre nos producteurs – spécialement nos fermiers – contre la mort résultant du « dumping » des
    importations subsidiées ;
    - Chercher l’accès au marché sans obligation d’ouvrir des marchés réciproques ;
    - Promouvoir l’intégration régionale.

    Ces revendications sont pertinentes et nous devrions continuer d’y maintenir notre accent.

    Nous devrions donner la priorité en particulier à ce qui suit :
    - Les intérêts défensifs de nos gens : par exemple, notre accent sur l’agriculture devrait être guidé par les objectifs de sécurité alimentaire et de développement rural plutôt que par la promotion des exportations. Non seulement cette dernière ne peut, de façon réaliste, être atteinte de manière significative (sauf les denrées traditionnelles) mais aussi elle distrait des besoins de l’Afrique pour l’instant. Dans ce sens, le principal centre d’intérêt est de prévenir toute autre ouverture supplémentaire de marché (libéralisation), que ceci se fasse à travers des transactions de l’aide et de la dette ou à travers des négociations multilatérales.

    Mieux encore, le but devrait être de protéger l’espace pour la politique flexible grâce à laquelle les pays peuvent varier la politique tarifaire pour qu’elle cadre avec les objectifs de développement, en commençant par les biens du consommateur et le passage aux apports intermédiaires de biens capitaux – tout en rendant flexibles les importations de biens du consommateur – au fur et à mesure que l’économie se développe. C’est cet usage flexible et progressiste des tarifs qui est essentiel en tant que stratégie d’industrialisation.

    Condition pour l’industrialisation : Ceci se recoupe avec l’intérêt défensif. Le facteur contraignant clé pour l’industrialisation est la demande – la compétition provenant des biens du consommateur étrangers qui fait qu’il soit impossible `a la production locale de se poursuivre, encore moins de se rénover. L’investissement dans l’infrastructure, y compris les routes et l’énergie, va contribuer à réduire le coût des transactions mais n’est pas, tout au plus, contraignant pour l’industrialisation.

    Nous ne devrions pas être distraits par le soi-disant argument en provenance des fournisseurs, argument qui suggère que les investissements en infrastructure vont corriger les pressions de compétition. La revendication politique est de ne plus donner d’accès au marché à travers les négociations de Non-Agricultural Market Access (NAMA) et d’autres tout en sauvegardant l’espace nécessaire en politique pour permettre l’usage flexible de la politique commerciale.

    - Défendre les services publics : la poussée agressive sur laquelle se sont embarqués l’UE et les USA aux pourparlers en cours pour l’ouverture du secteur des services reflète le changement dans la structure de ces économies en services. Elle reflète également l’importance croissante des services pour des bénéfices et des services en tant que moyen de gagner le contrôle des ressources naturelles rares telle que l’eau.

    Hormis les fournitures universelles de services par le secteur public, l’Afrique n’a aucune chance de réduire la pauvreté, de gérer l’inégalité et les conflits et faire croître la force de travail pour l’avenir. Nous devrions mettre toute l’énergie que nous pouvons mobiliser pour faire la campagne pour la fourniture universelle des services publics par le secteur public, la minimisation de la philosophie commerciale dans les services élémentaires et le fait d’éviter les engagements d’ouverture de marchés.

    Marché régionaux : La question clé ici est de soutenir l’UA et les blocs commerciaux sous-régionaux afin qu’ils résistent à la pression de faire des concessions en matière d’ouverture des marchés et des tarifs aux tiers avant que les mécanismes de commerce intra-régional soient élaborés, pas moins dans les questions du Singapore. Ceci suggère la nécessité de reporter à plus tard les aspects d’accès aux marchés des Accords de Partenariat Economiques (APE) avec l’UE et de faire passer l’énergie vers la conduite de la campagne en vue d’une réforme de l’Article 24 de la composante des Accords Commerciaux Régionaux de l’OMC afin de protéger le principe moins que la réciprocité totale.

    Dans l’entre-temps nous devrions appuyer l’appel de la campagne stop EPA pour une réforme des règles des aspects d’origine de « Tout Sauf les Armes » ( TSA) en vue de la rendre significatifs pour les LDC africains.

    Le mandat de l’OMC et la résolution des différends : Les pays en développement, et en particulier l’Afrique, n’attendent que la perte avec une OMC ayant en mains un programme étendu plutôt qu’étroit. Ceci c’est parce que l’Afrique a au moins la capacité de défendre, encore moins de promouvoir leur intérêt aux multiples forums de négociation. La lourde dépendance du continent sur les IFI pour les ressources l’expose aux pressions unilatérales de libéralisation.

    Une fois qu’on aura embarqué sur la libéralisation unilatérale, il y a toujours le risque d’engager facilement les secteurs libéralisés au blocage – dans le mécanisme de l’OMC. En plus, faire des engagements sur plusieurs fronts impose un fardeau de mise en œuvre dont le coût est relativement plus élevé pour les pays plus pauvres que pour les pays riches. C’est donc dans l’intérêt de l’Afrique qu’il faut voir une OMC plus mince.

    Cependant, la décision de mettre l’accent sur le commerce à l’exclusion des investissements est une limitation grave. D’abord, l’Accord en matière de services et le programme de Singapore sont essentiellement à propos de l’investissement. Il importe de noter également que les concessions qui sous-tendent l’accès aux marchés que les gouvernements africains donnent au Nord, spécialement en services, est une attente des investissements directs étrangers et sa valeur mythique comme la solution au sous-développement.

    De la même manière, les attentes du FDI sous-tendent les politiques macroéconomiques de lutte contre l’inflation par les gouvernements et le respect du paiement de la dette. La croyance au FDI est si forte que les gouvernements ont joyeusement adopté des politiques fiscales négatives pour attirer les compagnies étrangères.

    Pour avoir une chance d’élaborer des politiques commerciales et macroéconomiques qui promeuvent le développement, empêcher nos gouvernements de faire des concessions d’accès au marché de façon irréfléchie et canaliser l’attention vers les ressources locales pour les investissements, nous devons d’abord efficacement promouvoir des attentes plus réalistes et moins chauvines associées avec le FDI.

    Que faisons-nous donc en rapport avec le commerce et l’investissement ?
    - Encourager les gouvernements nationaux à être plus proactifs dans la protection de leurs marchés spécialement dans le domaine des biens de consommation, en agriculture et dans les services publics essentiels. Ils ne vont pas nécessairement subir une action punitive. Même si cela se faisait, leurs économies pourraient toujours s’en sortir en meilleur état.
    - Prêcher sur place aux gouvernements nationaux que l’ouverture des marchés ne va pas nécessairement amener le FDI et que même si cela était le cas, le FDI ne va pas nécessairement apporter le développement.
    - Poursuivre la campagne en faveur de la flexibilité et mettre un terme à la libéralisation coercitive. Ceci est crucial pour la défense des producteurs de l’Afrique.
    - Réduire la concentration des exportations de l’agriculture (accès au marché dans le Nord/et mettre l’accent sur ses objectifs de sécurité alimentaire et de développement rural.
    - Soutenir la campagne « Stop EPA »

    Financement du Développement : Au-delà du relèvement de l’aide et du commerce.
    Ce qui compte pour s’assurer que les gouvernements disposent de ressources adéquates pour financer le développement, ce sont les flux nets. Ceci signifie capitaliser non seulement sur les flux d’entrées tels que les gains en provenance du commerce, ou l’aide ou les versements de fonds mais aussi ce qui est perdu au reste du monde.

    Le paiement de la dette est l’une des flux de sorties. Mais il y a plusieurs autres voies par lesquelles les ressources sont perdues au continent. En effet, la réalité de l’Afrique est que les ressources qui font eau dépassent de loin celles qui y entrent.

    Voilà pourquoi l’Afrique est une exportatrice nette de capitaux. Et les sommes ne cessent de s’accroître. Njukumana et al. estiment qu’entre 1970 et 2000, alors que l’Afrique a reçu environ 100 milliards de dollars en aide (y compris les prêts), elle a perdu 274 milliards de dollars en vol de capitaux, perte encourue à travers la dette, la facturation commerciale mal faite et les intérêts imputés.

    Ajoutez les pertes cumulatives dues aux termes du commerce des pays de l’Afrique sub-Saharienne non producteurs d’huile, estimées par la Banque Mondiale autour de 400 milliards de dollars ou 120% des PIB combinés. Ajoutez aussi les pertes que les pays africains ont encourues tout simplement en ouvrant leurs marchés. L’Afrique a été amenée à réduire leurs taux de protection à un rythme trois fois aussi rapide que les pays de l’OECD.

    Ceci a laissé le continent ouvert de façon ridicule, par rapport à son stade de développement. Christian Aid a récemment fait des calculs selon lesquels au cours des deux dernières décennies, l’Afrique a perdu, en termes de revenus, l’équivalent d’au-delà de 270 milliards de dollars en provenance des seuls effets négatifs de la croissance de la libéralisation commerciale. Ce montant à lui seul fait plus que l’équivalent de la valeur cumulée des subventions, des prêts et des FDI nets canalisés vers le continent.

    Ajoutez les pertes dues à la compétition fiscale, l’évasion des impôts et le fait d’éviter les taxes. La taxation qui a bien servi aux pays développés en tant que moyen de redistribution et de source de capitaux d’investissement mais qui a été réduite à travers la déréglementation pratiquée qui a promu la compétition fiscale, l’évitement des taxes et les havres fiscaux.

    Comme résultat, alors que le revenu des gouvernements en provenance de la taxation dans les pays développés est en moyenne 30% du PIB entre 1990 et 2000, en Afrique sub-saharienne ceci a baissé au fur des années pour atteindre une moyenne de 17,9% du PIB. Les pertes résultant de la compétition fiscale ont grandement profité aux compagnies multinationales tandis que la charge fiscale a été transférée aux salariés et aux petites entreprises.

    Certains analystes suggèrent que les producteurs d’huile africains gouvernent moins de 20% des bénéfices. Le reste est perdu à un réseau compliqué de pratiques commerciales injustes. Le transfert de revenus aux havres fiscaux par ces compagnies et ces individus riches aggrave davantage la perte de revenus.

    On estime qu’au moins 11,5 trillions de dollars sont actuellement tenus dans à peu près 74 havres fiscaux – perdus aux autorités fiscales – par des individus riches. Ceci n’inclut pas les profits blanchis d’affaires qui fonctionnent à travers les havres fiscaux afin d’éviter les taxes et n’inclut pas non plus l’argent illégalement transféré à l’étranger à travers la corruption, les drogues et le blanchissement d’argent. Les éléments qui viennent d’être cités renferment, dans tous les cas, une part de pertes de ressources beaucoup plus petite que l’on ne croit en général.

    Comme il ressort évidemment des lignes ci-dessus, l’Afrique n’est pas aussi pauvre ou aussi impuissante qu’on la présente souvent. Par contre, c’est un continent qui fait eau gravement. La tâche est de colmater ces fuites. Pour faire cela, la société civile africaine doit tourner l’attention sur les préoccupations suivantes :

    - Soutenir des campagnes visant la transparence au sein des compagnies ;
    - Campagnes contre les concessions fiscales et pour les politiques fiscales progressistes ;
    - Travailler avec les réseaux pertinents pour mener la campagne visant à mettre un terme à
    l’occultisme bancaire et aux havres fiscaux ;
    - Faire le suivi de la recommandation du rapport de la Commission Afrique chargée de poursuivre et retourner les richesses volées à l’Afrique et de mettre en place des mesures destinées à décourager les transferts illicites à l’étranger.

    Au fait, les taxes et le fait de se fier aux sources locales pour le financement du développement fournissent aussi un climat plus propice à la promotion de la responsabilité démocratique que la dépendance sur l’aide. Nous avons une obligation de colmater les fuites.

    * Charles Abugre est actuellement responsable de la politique et de la plaidoirie auprès de Christian Aid. Il fut militant du développement au Ghana et dans plusieurs parties de l’Afrique et de l’Asie. Le présent article est une version abrégée d’un document présenté lors de la réunion de concertation organisée en Afrique par Global Call for Action Against Poverty (GCAP), réunion qui s’est tenue à Harare, Zimbabwe, du 7 au 10 novembre 2005. Veuillez envoyer vos commentaires à l’adresse

    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News numéro 240. Voir :

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  • Quand les Africains participent aux premières éditions du Forum social mondial (Fsm) à Porto Alegre, ils ne sont qu'une trentaine, noyés parmi plusieurs dizaines de milliers de personnes. A la quatrième édition à Mumbai (Inde, 2004), leur délégation est beaucoup plus fournie, mais ils ne sont guère plus de cinq cents dans une marée d'altermondialistes qui dépassent la centaine de milliers. Leur présence est presque dérisoire. Leur voix porte néanmoins au niveau du Conseil international du Fsm quand elle s'élève pour réclamer l'organisation de la grand-messe altermondialiste en Afrique.

    Malgré le scepticisme des uns et des autres, jusque parmi les délégués africains eux-mêmes, à pouvoir accueillir une telle mobilisation populaire sur le continent, à abriter un tel espace d'expression libre là où tant de libertés sont brimées, la requête accroche. La tenue du Fsm en Afrique deviendra réalité en 2007. Il reviendra au Kenya de l'accueillir. Derrière l'enthousiasme, les défis ne manquent pas aux Africains.

    Quand le Forum social indien s'est engagé pour délocaliser un événement attaché à Porto Alegre et le transposer à Mumbai, ce fut pour en ajouter à la dimension populaire, à la richesse thématique et à la bonne organisation. D'autres enjeux étaient apparus sur le continent asiatique, dans la palette des déséquilibres qui structurent les inégalités dans le monde. Car celles-ci ne sont pas seulement verticales entre le Nord et le Sud. Elles sont aussi horizontales, endogènes et traversent les sociétés et les Etats du Sud. La question des castes en Inde avait ainsi marqué le Forum de Mumbai.

    Le succès indien avait renforcé les envies africaines d'accueillir la grand-messe altermondialiste. Malgré les doutes sur l'environnement politique face à des débats iconoclastes et dénonciateurs de l'ordre établi. Malgré les doutes aussi sur les capacités d'accueil et d'organisation d'un espace d'évolution pour des dizaines de milliers de personnes. Et encore sur les aptitudes à assurer une réelle mobilisation populaire.

    Jusqu'au Forum social mondial polycentrique de Bamako, en janvier 2006, les rendez-vous du mouvement social africain n'ont jamais été que des conclaves quasi confidentiels. Le Forum social africain de Lusaka, en décembre 2004, n'a guère polarisé plus de mille personnes, dans un Mulungushi International Conference Center qui sonnait désespérément creux. Pour organiser une marche dans les rues de Lusaka, il n'y avait pas plus d'une cinquantaine de personnes. Une interdiction de manifester fera d'ailleurs avorter la procession squelettique qui n'avait pas parcouru 500 mètres hors du centre de conférence.

    Le premier Forum social ouest-africain de Conakry (novembre 2004) avait laissé entrevoir d'intéressantes capacités de mobilisation locale (environ 2000 personnes), mais d'un événement à un autre, le mouvement social africain manifeste à ce niveau des limites récurrentes qui restreignent sa portée. Le manque d'ancrage populaire est évident. Nulle part, en dehors du dernier Fsm de Bamako qui a revendiqué quelque 30 000 participants, l'événement n'a pu constituer un temps fort dans l'agenda local. Comme s'il y avait une rupture entre le quotidien des populations et ce bouillonnement en vase clos.

    Le mouvement social africain manque encore de visibilité, même si la pertinence des idées, des causes défendues et des mobilisations initiées répond aux principales urgences qui interpellent l'Afrique dans la construction d'un monde meilleur. En fait, les passerelles tardent à se mettre en place pour permettre à cette dynamique d'irradier jusqu'à la base et offrir une mobilisation réellement populaire.

    D'un rendez-vous à un autre, le débat peine à sortir du cercle des initiés. Les panels rassemblent pour l'essentiel les mêmes personnes, ressassant des idées plusieurs fois partagées ensemble, peinant à avoir un ancrage sur le réel. La forme d'organisation mérite d'être interrogée, les acteurs à mettre en scène gagneraient aussi à être reconsidérés.

    Mise en orbite

    Membre du Forum social marocain, Said Saadi laissait ainsi entendre au Forum social africain de Lusaka : «Nous sommes à un tournant après trois éditions. Le forum doit se renforcer en s’ouvrant à tous les autres groupes qui luttent sur le terrain. Je veux parler des syndicats par exemple (...) Il faut qu’on évite d’apparaître comme un groupe d’Ong qui aime beaucoup voyager et qui ne travaille pas sur le terrain. La tenue du forum doit être un moment de dresser le bilan et de tracer le programme de lutte pour les années à venir, avec un chronogramme précis.» Dans le même tempo, Abdouramane Ousmane du Niger ajoutait : «Il est temps qu’on développe des alternatives qui prennent en compte les aspirations des populations à la base, avec un ancrage démocratique qui leur donnera toute leur légitimité».

    Le Forum social reste bien sûr un espace où la participation ne se prédétermine pas. Il s'agit de convergences que nul ne cherche à formater, mais à organiser de manière à ce que les idées se fécondent réciproquement et que les expériences d'ici puissent inspirer les mutations d'ailleurs. Mais des tendances peuvent être favorisées. Les ruptures ne peuvent être réelles sans que les véritables acteurs du changement ne soient au cœur du processus. Que ce soient les syndicats où les mouvements paysans, les forces sociales aujourd'hui organisées en Afrique sont fort peu présentes. Les thématiques discutées dans les panels et ateliers les englobent, le futur d'un «autre monde possible» se dessine à travers leurs perspectives, mais leur dynamique propre ne se fait pas sentir.

    Posée au Forum social africain de Conakry, en décembre 2004, dans un panel, la question syndicale en Afrique face à la mondialisation, s'analysait bien à travers la nécessité de sa réorientation. Celle passant d'abord par un impératif de solidarité. «Quand les multinationales s'allient pour faire chanter les travailleurs, il n'y a pas meilleur rempart que la solidarité syndicale. Le chemin pour y arriver ? La fusion des centrales et des organisations syndicales à l'échelle nationale et à l'échelle du monde. Sur ce plan, les pays anglophones seraient très avancés. La Cosatu en Afrique du Sud est un exemple».

    La seconde étape identifiée faisait cas de la promotion des normes internationales. «Elle se fait à deux niveaux. Les accords, les traités ainsi que les politiques des institutions onusiennes, de la Banque mondiale et du Fmi doivent intégrer les libertés syndicales qui symbolisent la dimension sociale des politiques de développement».
    La dernière étape vers un syndicalisme moteur d'un «autre monde possible» devait aller vers «l'élargissement du champ d'action du mouvement syndical. Cette mutation doit s'opérer en plusieurs étapes. La mobilisation des adhérents, la recherche des moyens financiers, la démocratisation du mouvement syndical et la construction d'un partenariat avec les gouvernements et les multinationales». Mais la représentation syndicale à Conakry n'était pas assez conséquente pour poser un réel débat sur cette «feuille de route».

    Depuis cinq ans qu'elle se structure dans l'altermondialisme, le mouvement social africain n'a pas encore identifié le moteur de sa mise en orbite. Des acteurs clés du changement sont identifiés, les pesanteurs et les voie de «libération» sont spécifiées, mais les forces qui peuvent s'approprier la dynamique restent marginales par rapport à l'événement. Le «Tribunal des femmes» lancé à Lusaka en 2004, repris à Bamako en 2006, peut-il pousser à la mobilisation qui changera la condition de la femme, au-delà des dénonciations et des condamnations habituelles des violences et les négations de droits de toutes sortes qui, à force d'être ressassées, risquent de finir en anecdotes. ? Le «Forum des jeunes» sera-t-il cet espace de conscientisation où l'avenir se construira une identité autour de valeurs en rupture avec les politiques aujourd'hui dénoncées ? La fougue est souvent dans le discours, mais le chemin du changement n'est ni encombré ni clairement balisé.

    Baliser la voie pour les jeunes

    Engagé au sein de cette jeunesse du mouvement social africain, l'Ivoirien Ouattara Diakala, laissait entendre, lors du Forum social africain de Conakry, que «la jeunesse est en déphasage par rapport (...) aux objectifs du Fsa. La lutte contre le néolibéralisme, c'est quoi ? Quels sont ses tenants et ses aboutissants ? Quand quelqu'un ne maîtrise pas une situation donnée, il lui est difficile de s'engager. Il va falloir trouver un mécanisme d'appui pour que les jeunes puissent participer en masse à ces espaces de discussion, afin qu'ils dégagent plus d'actions à partir desquelles la jeunesse peut travailler localement».

    Au Forum de Bamako, en 2006, le ralliement s'est fait autour de Thomas Sankara, symbole d'un refus, défini comme un altermondialiste avant l'heure dans l'âme et dans la pratique, pour tracer la voie aux jeunes. Mais un responsable d'Ong au Burkina Faso, se montrait peu convaincu de l'impact que tout cela pouvait avoir. «Sankara a vécu ce qu’il a vécu, mais l’important c’est ce qu’il a fait. Il avait une forte intuition et c’est ce que les jeunes d’aujourd’hui doivent imiter. Cette jeunesse me paraît plus idéologue que pragmatique. Il faut qu’elle donne un contenu à ses discours, en se remettant au travail». Car un monde ne change pas uniquement par les discours.

    Le secrétariat du Fsa est conscient de l'importance que le Forum de Nairobi peut avoir dans la structuration du mouvement en Afrique. Le choix du Kenya, parmi plusieurs autres candidatures plus ou moins officiellement avancées, comme celle du Maroc, s'est fait à travers des critères établis et approuvés lors du Conseil du Forum social mondial tenu en mars 2005. Elle implique, au niveau du pays d'accueil, la possibilité d'«une libre expression des opinions, y compris à travers des marches publiques et des manifestations, des publications, des émissions de radio et de télévision, des contacts entre la population et les personnes ou organisations venant de l'étranger».

    Mais il est aussi question d'une bonne capacité de «mobilisation du mouvement social». A cette fin, et pour assurer «un impact important du Forum social mondial, la candidature doit émaner de l'ensemble du mouvement social du pays candidat et de la sous région». De même, «le mouvement social du pays candidat doit prouver un certain niveau d'organisation et de dynamisme ainsi que des capacités à mobiliser la population autour d'enjeux nationaux, continentaux et internationaux».

    En prenant le flambeau à Bamako en janvier, le mouvement social kenyan et le secrétariat du Fsa se trouvent devant un chantier où il y a encore beaucoup à faire. Au niveau de la structuration du mouvement social africain comme au niveau de la conscientisation et de la mobilisation des forces sociales. A l'intérieur des pays, mais aussi dans la dynamique de solidarité régionale.

    De Bamako à Nairobi, un des mots d'ordre est de favoriser des «passerelles» pour donner une réalité voire une identité au mouvement social africain. De bâtir une solidarité continentale qui dépasse les clivages linguistiques et les accointances sous-régionales qui ont beaucoup marqué l'évolution du Fsa à travers des polémiques et des conflits internes.

    Bamako a aussi identifié une piste : au-delà de toutes les résistances politiques, culturelles, économiques, sociales qui fondent l'altermondialisme, un des enjeux de Nairobi sera de relancer le processus d'établissement d'une Charte de l'unité des peuples et du futur africain, dont les bases avaient été posées il y a seize à Arusha. D'ici là, un processus consultatif doit se mettre en place à travers tous les fora sociaux et au niveau des mouvements sociaux, avant d’aboutir à des rencontres de réflexion et de synthèse et une assemblée de validation à Nairobi en 2007.

    * Veuillez envoyer vos commentaires à

    * Mouhamadou Tidiane KASSE, journaliste sénégalais, est Coordinateur de Flamme d'Afrique, un quotidien publié par Ipao et Enda, à l'occasion des forums du mouvement social.

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  • Les mêmes – toujours les mêmes qui refusent d’entendre – diront qu’il y a des choses plus urgentes à faire que de se préoccuper, maintenant, des reliques, effigies et autres monuments laissés par la colonisation. Les mêmes feront valoir que le passé est passé et qu’il faut le restituer au passé.

    Ils affirmeront qu’au lieu de s’en prendre aux statues érigées par l’État colonial, les Africains feraient mieux de s’attaquer aux « vraies » questions, celles que leur impose le présent – la production agricole, la bonne gouvernance, les finances, les nouvelles technologies, ou encore la santé, la nutrition et l’éducation, bref ce que, depuis près d’un demi-siècle, les Nègres s’échinent, souvent sans réfléchir, à épeler : le « dé-ve-lo-ppe-ment ».

    D’autres encore iront plus loin. Ils diront que si et seulement si les indigènes s’étaient montrés capables de préserver le peu que la colonisation leur a laissé, ils se porteraient sans doute mieux aujourd’hui. Or, à peine leurs anciens maîtres partis, ils se sont attelés à détruire l’héritage que ces derniers leur ont si gracieusement légué.

    Zélotes de l’amnésie

    De tels raisonnements – auxquels d’ailleurs de nombreux Africains souscrivent - ont toutes les apparences du bon sens. Ils reposent pourtant sur de fallacieux présupposés.

    Et d’abord, ceux qui préconisent l’amnésie sont incapables de nommer la sorte d’oubli qu’ils nous recommandent. S’agit-il d’un oubli sélectif ou s’agit-il vraiment de tout oublier du passé – tout le passé ? À quelle autre communauté humaine cela a-t-il jamais été prescrit ?

    Supposons, un instant, que cela soit possible : comment, dans de telles conditions d’amnésie radicale, pourrons-nous répondre de notre nom, c’est-à-dire assumer, en toute connaissance de cause, notre part de responsabilité et d’implication dans ce qu’a été notre histoire ?

    Par quels signes reconnaîtrons-nous ce que notre présent est capable de signifier ? Car, même s’il est vrai qu’une distance relative par rapport au passé est absolument nécessaire pour « faire la paix avec le passé » et ouvrir le futur, le passé n’appartient jamais qu’au seul passé.

    C’est l’une des raisons pour lesquelles la plupart des sociétés humaines portent un tel souci pour leur histoire et mettent tant de soin à s’en souvenir à travers des commémorations et, davantage encore, par la mise en place de maintes institutions chargées d’activer la créativité culturelle et de gérer le patrimoine national (musées, archives, bibliothèques, académies).

    Au demeurant, il n’existe de communauté proprement humaine que là où la relation au passé a fait l’objet d’un travail conscient et réfléchi de symbolisation. Plutôt que d’oublier tout le passé, c’est ce travail (critique) de symbolisation du passé (et donc de soi-même) que les Africains sont invités à effectuer.

    Deuxièmement, les zélotes de l’amnésie se méprennent sur les multiples significations des statues et monuments coloniaux qui occupent encore les devants des places publiques africaines longtemps après la proclamation des indépendances.

    L’on sait que pour être durable, toute domination doit s’inscrire non seulement sur les corps de ses sujets, mais aussi laisser des marques sur l’espace qu’ils habitent et des traces indélébiles dans leur imaginaire. Elle doit envelopper l’assujetti et le maintenir dans un état plus ou moins permanent de transe, d’intoxication et de convulsion - incapable de réfléchir pour soi, en toute clarté.

    L’on comprend que dans ce contexte, les statues et monuments coloniaux n’étaient pas d’abord des artefacts esthétiques destinés à l’embellissement des villes ou du cadre de vie en général. Il s’agissait, de bout en bout, de manifestations de l’arbitraire absolu. Puissances de travestissement, ils étaient l’extension sculpturale d’une forme de terreur raciale. En même temps, ils étaient l’expression spectaculaire du pouvoir de destruction et d’escamotage qui, du début jusqu’à la fin, anima le projet colonial.

    Mais surtout il n’y a pas de domination sans une manière de culte des esprits – dans ce cas l’esprit-chien, l’esprit-porc, l’esprit-canaille si caractéristique de tout impérialisme, hier comme aujourd’hui. À son tour, le culte des esprits nécessite, de bout en bout, une manière d’évocation des morts – une nécromancie et une géomancie.

    De ce point de vue, les statues et monuments coloniaux appartiennent bel et bien à ce double univers de la nécromancie et de la géomancie. Ils constituent, à proprement parler, des emphases caricaturales de cet esprit-chien, de cet esprit-porc, de cet esprit-canaille qui anima le racisme colonial et le pouvoir du même nom – comme, du reste, tout ce qui vient après : la postcolonie. Ils constituent l’ombre ou le graphe qui découpe son profil dans un espace (l’espace africain) que l’on ne se priva jamais de violer et de mépriser.

    Car, à voir ces visages de « la mort sans résurrection », il est facile de comprendre ce que fut le pouvoir colonial - un pouvoir typiquement funéraire tant il avait tendance à réifier la mort des Africains et à dénier à leur vie toute espèce de valeur.

    Le rôle des statues et monuments coloniaux est donc de faire re-surgir sur la scène du présent des morts qui, de leur vivant, ont tourmenté, souvent par le glaive, l’existence des Africains. Ces statues fonctionnent à la manière de rites d’évocation de défunts aux yeux desquels notre humanité compta pour rien - raison pour laquelle ils n’avaient aucun scrupule à verser, pour un rien, notre sang, comme du reste on le voit aujourd’hui encore, de la Palestine à l’Iraq en passant par la Tchétchénie et d’autres culs-de-sac de notre planète.

    À cause de ces masques de terreur maquillés en visages humains, nous continuons donc de vivre, ici même, chez nous, à l’ombre du racisme colonial dont on sait que l’idée première faisait de nos pays des contrées peuplées par une « sous-humanité ». Ces statues célèbrent, chaque matin de notre vie, le fait que dans la logique coloniale, faire la guerre aux « races inférieures » était nécessaire à l’avancée de la « civilisation ».

    Qu’autant de ces monuments soient consacrés à la gloire des soldats et des militaires indique à quel niveau de profondeur gît désormais, dans notre inconscient collectif, l’accoutumance au massacre. Tout y est donc, dans ces monuments de notre défaite : la célébration d’un nationalisme étranger guerrier et conquérant ; celle des valeurs conservatrices héritées des contre-Lumières et qui trouvent un terrain d’expérimentation privilégié dans les colonies ; celle des idéologies inégalitaires nées avec le darwinisme social ; celle de la mort réifiée qui accompagna l’ensemble ; et, aujourd’hui, l’abjection qui, partout nous poursuit, sans repos ni pitié, à l’étranger comme ici même, chez nous.

    La réalité est que rien n’a été simple ni univoque dans l’attitude des nationalismes africains postcoloniaux à l’égard des reliques du colonialisme. Trois types de réponses ont vu le jour. Et d’abord, dans la foulée des conflits liés à la décolonisation ou encore à la faveur des bouleversements politiques dont ils ont fait l’expérience dans les années soixante-dix et quatre-vingt notamment, un certain nombre de pays ont cherché à se libérer des symboles de la domination européenne et à imaginer d’autres modes d’organisation de leur espace public. Pour bien marquer leur nouveau statut au sein de l’humanité, ils ont commencé par l’abandon des noms mêmes qui leur furent affublés au moment de la conquête et de l’occupation.

    L’affaire du « nom propre »

    L’idée était qu’en commençant par le nom, ils redevenaient non seulement propriétaires d’eux-mêmes, mais aussi propriétaires d’un monde dont ils avaient été expropriés. Au passage, ils renouaient les lignes de continuité avec une histoire longue que la parenthèse coloniale avait interrompue.

    En octroyant à l’ancienne entité coloniale de la Gold Coast le nouveau prénom de Ghana (ancien empire ouest-africain) ou encore en passant de la Rhodésie au Zimbabwe, voire de la Haute Volta au Burkina Faso, le nationalisme africain cherche, avant tout, à reconquérir des droits sur soi-même et sur le monde et, au passage, à précipiter l’avènement du « dieu » caché en nous.

    Mais l’on sait également que ce souci du « nom propre » n’est pas allé sans ambiguïté. Pour des raisons plus ou moins apparentes, le Dahomey (nom d’un ancien royaume esclavagiste de la côte ouest-africaine), par exemple, est devenu le Bénin. D’autres pays ont cherché à redessiner leurs paysages urbains en rebaptisant certaines de leurs villes. Salisbury est devenu Harare au Zimbabwe. Maputo s’est substitué à Lourenço Marques au Mozambique. Léopoldville est devenu Kinshasa. De Fort Lamy, l’on est passé à Ndjamena, tandis que Fort Fourreau est devenu Kousseri, et ainsi de suite.

    De manière générale cependant, l’on a conservé les grands repères architecturaux de la période coloniale. Ainsi, l’on peut se promener aujourd’hui sur l’avenue Lumumba à Maputo tout en admirant, dans le même geste, les bâtiments en bordure de l’avenue et qui constituent la parfaite expression de l’Art Déco transplanté dans leur colonie par le Portugal.

    La cathédrale catholique est, quant à elle, l’indice même d’une acculturation religieuse qui n’a guère empêché l’émergence d’un syncrétisme culturel des plus marqués. Ainsi, à Maputo par exemple, Karl Marx, Mao Tse Tung, Lénine cohabitent avec Nyerere, Nkrumah, et d’autres prophètes de la libération noire. Si la révocation des signes coloniaux a bel et bien eu lieu, celle-ci a donc toujours été sélective.

    Mais c’est dans l’ex-Congo Belge que l’enchâssement des formes coloniales et nationalistes a atteint le plus haut degré d’ambiguïté. Ici, le « nativisme » s’est substitué à la logique raciste tout en récupérant, au passage, les idiomes principaux du discours colonial et en les ordonnant à la même économie symbolique : celle de l’adoration mortifère du potentat – mais cette fois, du potentat postcolonial. D’abord, sous prétexte d’authenticité, le pays a été affublé d’un nouveau nom, le Zaïre. Paradoxalement, les origines de ce nom sont à chercher, non dans quelque tradition ancestrale, mais de la présence portugaise dans la région.

    Une autre configuration, mélange de créativité et d’inertie, est l’Afrique du Sud, pays sans doute le plus urbanisé du continent, et où a sévi, jusque très récemment, le dernier racisme d’État au monde, après la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin de la suprématie blanche en 1994, les noms officiels des rivières, des montagnes, des vallées, des bourgades et des grandes métropoles ont peu changé. Il en est de même des places publiques, des boulevards et des avenues.

    Aujourd’hui encore, l’on peut rejoindre son lieu de travail en remontant l’avenue Verwoerd (l’architecte de l’apartheid) pour rejoindre son bureau, aller dîner dans un restaurant situé le long du boulevard John Vorster, rouler le long de l’avenue Louis Botha, se rendre à la messe dans une église située à l’angle de deux rues portant, chacune, le nom de quelque lugubre personnage des années de fer du régime raciste.

    Montés sur de grands chevaux, l’armée sinistre et rougeoyante des Kruger, Cecil Rhodes, Lord Kitchener, Malan et autres dispose toujours de statues sur les grandes places des grandes villes. Des universités, voire de petites bourgades portent leurs noms. Sur l’une des collines de Pretoria, capitale du pays, trône toujours le Vortrekker Monument, sorte de cénotaphe aussi baroque que grandiose érigé à la gloire du tribalisme Boer et célébrant le mariage de la Bible et du racisme.

    Paradoxalement, le maintien de ces vieux repères coloniaux ne signifie pas absence de transformation du paysage symbolique sud-africain. En fait, ce maintien est allé de pair avec l’une des expériences contemporaines les plus frappantes de travail sur la mémoire et la réconciliation.

    De tous les pays africains, l’Afrique du Sud est en effet celui où la réflexion la plus systématique sur les rapports entre mémoire et oubli ; vérité, réconciliation avec le passé et réparation a été la plus poussée. L’idée, ici, est non pas de détruire nécessairement les monuments dont la fonction, autrefois, était de diminuer l’humanité des autres, mais d’assumer le passé comme une base pour créer un futur nouveau et différent.

    Tel est, au demeurant, le sens des processus de mémorialisation en cours. Ceux-ci se traduisent par l’ensevelissement approprié des ossements de ceux qui ont péri en luttant ; l’érection de stèles funéraires sur les lieux mêmes où ils sont tombés ; la consécration de rituels religieux trado-chrétiens destinés à « guérir » les survivants de la colère et du désir de vengeance ; la création de très nombreux musées (le Musée de l’Apartheid, le Hector Peterson Museum) et de parcs destinés à célébrer une commune humanité (Freedom Park) ; la floraison des arts (musique, fiction, biographies, poésie) ; la promotion de nouvelles formes architecturales (Constitution Hill) et, surtout, les efforts de traduction de l’une des constitutions les plus libérales au monde en acte de vie, dans le quotidien.

    L’on aurait pu ajouter, aux figures qui précèdent, celle du Cameroun. Pris dans une commotion orgiaque depuis plus d’un quart de siècle, ce pays représente, pour sa part, l’anti-modèle de la relation d’une communauté avec ses trépassés et notamment ceux dont la mort est la conséquence directe des actes par lesquels ils s’efforçaient de changer l’histoire.

    Tel est, par exemple, le cas de Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Abel Kingue, Osende Afana et plusieurs autres. C’est que, ici, la conscience du temps est le dernier souci de l’État, voire de la société elle-même. Pressés par les impératifs de survie et minés par la corruption et la vénalité, beaucoup, ici, ne voient pas que cette conscience du temps et de l’histoire constitue une caractéristique fondamentale de notre être-humain. Ils ne voient pas qu’un pays qui « s’en fout » de ses morts ne peut pas nourrir une politique de la vie. Il ne peut promouvoir qu’une vie mutilée – une vie en sursis.

    Penser et lutter

    La question, aujourd’hui, est de savoir préciser les lieux depuis lesquels il est encore possible de penser et de lutter. Comme on le voit en Afrique du Sud, ceci commence par une méditation sur la manière de transformer en présence intérieure l’absence physique de ceux qui ont été perdus, rendus à la poussière par le soleil du langage. Il nous faut donc méditer sur cette absence et donner, ce faisant, toute sa force au thème du sépulcre, c’est-à-dire du supplément de vie nécessaire au relèvement des morts, au sein d’une culture neuve qui ne doit plus jamais oublier les vaincus.

    À cause de notre situation actuelle, une très grande partie de cette lutte porte, de nécessité, sur la critique de l’ordre général des significations dominantes dans nos sociétés. Car, face au désœuvrement, il est facile de disqualifier ceux qui s’acharnent à penser de manière critique les conditions de réalisation de l’existence africaine, sous le prétexte qu’il faut en priorité nourrir les affamés et soigner les malades.

    L’accouchement d’une nouvelle conscience dépendra en effet de notre capacité à produire chaque fois de nouvelles significations. Il faut donc reprendre, comme tâche centrale d’une pensée toujours ouverte sur l’avenir, la question des valeurs non mesurables, de la valeur absolue – celle qui ne peut jamais être réduite à l’équivalent général qu’est l’argent ou la force pure.

    Car ce que, paradoxalement, nous enseignent la colonisation et ses reliques, c’est que l’humanité de l’homme n’est pas donnée. Elle se crée. Et il ne faut rien céder sur la dénonciation de la domination et de l’injustice, surtout lorsque celle-ci est désormais perpétrée par soi-même – à l’ère du fratricide, c’est-à-dire cette époque où le potentat postcolonial n’a rien à proposer d’autre que l’évidence nue d’une existence dénudée. L’enjeu symbolique et politique de la présence des statues et monuments coloniaux sur les places publiques africaines ne peut donc être sous-estimé.

    Que faire, finalement ? Je propose que dans chaque pays africain, l’on procède immédiatement à une collecte aussi minutieuse que possible des statues et monuments coloniaux. Qu’on les rassemble tous dans un parc unique, qui servira en même temps de musée pour les générations à venir. Ce parc-musée panafricain servira de sépulture symbolique au colonialisme sur ce continent.

    Une fois cet ensevelissement effectué, qu’il ne nous soit plus jamais permis d’utiliser la colonisation comme prétexte de nos malheurs dans le présent. Dans la foulée, que l’on se promette de ne plus jamais ériger de statues à qui que ce soit. Et qu’au contraire, fleurissent partout bibliothèques, théâtres, ateliers culturels – tout ce qui nourrira, dès à présent, la créativité culturelle de demain.

    © Le Messager 2006

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    *Achille Mbembe est historian et il est actuellement Chercheur au Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) (Afrique du Sud).

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  • Depuis quelques années, les vols de toutes les capitales d’Afrique de l’ouest vers les aéroports de Nairobi au Kenya et d’Addis Ababa en Ethiopie sont pleins à craquer ! On y trouve des commerçants, des fonctionnaires, des hommes d’affaires et des « monsieur tout le monde » ! S’agit-il de touristes qui vont découvrir les charmes des hauteurs d’Addis ou les parcs du Kenya et les plages de sable blanc de Mombassa ? Sommes-nous en présence de visiteurs qui viennent rendre hommage à Lucy, la mère de l’humanité et qui se repose dans l’un des musées de la ville d’Addis ? S’agit-il de citoyens qui viennent visiter le siège de l’Union africaine et expriment ainsi leur solidarité avec cette institution en charge de la construction panafricaine ? Eh bien, c’est non !

    Nous avons fait fausse route et nos hypothèses sont fort éloignées de la réalité de ces flux incessants de personnes qui tout les jours quittent l’Afrique de l’Ouest en direction des deux grands aéroports de l’Afrique de l’Est ! Il s’agit tout simplement de commerçants et de personnes de tous les milieux en quête d’affaires ! Elles transitent par Nairobi ou Addis en direction des grandes villes asiatiques et particulièrement chinoises pour acheter des marchandises et les écouler sur les marchés de Dakar, de Bamako ou de Lagos !

    Un mouvement qui ne cesse de grandir depuis quelques années et qui a progressivement remplacé les voyageurs à destination de Paris, de Rome ou d’autres capitales africaines et dont la presse parle peu préférant se concentrer sur les migrants clandestins vers l’Europe et les embarcations du désespoir qui traversent chaque jour la Méditerranée pour déverser leurs lots de détresse et de misère de l’autre côté de la rive !

    Ces flux d’immigrants d’un jour ou parfois de quelques heures dans les villes chinoises afin d’acheter produits électroniques, vêtements et autres jouets et de rebrousser chemin parfois dans le même avion n’est qu’un petit élément d’un changement majeur qui est entrain de s’opérer sur le continent et qui concerne la coopération entre la Chine et le continent africain !

    En effet, ce pays est entrain de devenir le plus important partenaire économique du continent ! Une évolution qui n’est pas sans rapport avec l’avènement de la Chine comme l’une des puissances émergentes de l’économie mondiale ! Mais, une évolution qui inquiète les partenaires traditionnels de l’Afrique comme l’Europe ou les Etats-Unis dont le Congrès vient de consacrer une audition spéciale récemment à « L’influence de la Chine en Afrique. »

    Les inquiétudes de ces partenaires ne sont pas sans fondements tant la présence de la Chine est devenue forte et importante ces dernières années ! Que l’on juge ! La Chine est le principal bénéficiaire de l’énorme programme de construction d’infrastructures entamé en Algérie après des décennies de crise du budget de l’Etat. Ensuite, on trouve les Chinois partout sur les grands chantiers en Afrique. De l’immeuble du Sénat et de la Cité de l’information à Libreville aux infrastructures routières au Kenya et au Rwanda, des fermes agricoles en Tanzanie à la modernisation du réseau ferroviaire en Angola, les chinois sont partout ! Mais, c’est surtout le secteur des hydrocarbures qui attire les investisseurs chinois en Afrique ! Au Nigeria, ils ont acquis pour 2 milliards de $ une importante participation dans un gisement. Les entreprises chinoises ont acquis des permis de recherche au Gabon, en Mauritanie, au Nigeria et en Angola.

    Par ailleurs, la Chine est devenue depuis quelques années le premier client du pétrole du Soudan. Avec 30% de son approvisionnement pétrolier en provenance d’Afrique, la Chine est devenue un important concurrent des Etats-Unis qui cherchent depuis la guerre du Golfe à diversifier leurs importations et à réduire leur dépendance par rapport aux gisements du Moyen Orient !

    Un autre secteur semble également séduire les entreprises chinoises est celui des télécommunications où elles ont pris le contrôle de certaines entreprises publiques comme au Zimbabwe. L’accélération de cette coopération a eu un effet de boom sur les échanges commerciaux entre la Chine et le continent et le commerce a progressé de 50 et de 60% en 2002 et 2003. Par ailleurs, l’Afrique du Sud est le principal partenaire commercial de la Chine et concentre près de 20% des échanges du Continent avec ce pays !

    Progressivement, une situation nouvelle semble se dessiner et où la Chine est entrain de devenir le principal partenaire commercial de l’Afrique ! Mais, la question qui se pose est de savoir si cette coopération sera capable de sortir des sentiers battus et d’aider l’Afrique dans son développement ? Ou si elle épousera les contours des schémas classiques de coopération où l’Afrique ne sera perçue que comme un gisement de matières premières et un marché d’écoulement des produits chinois ?

    La réponse à cette question dépendra beaucoup de la capacité des pays africains à imposer une nouvelle philosophie de coopération avec les entreprises chinoises. Cette nouvelle philosophie pourrait reprendre à son compte le proverbe chinois qui dit « ne me donnes pas un poisson mais apprends moi à pêcher ! » Les entreprises chinoises pourraient par exemple mettre en place de nouveaux contrats dans le domaine pétrolier et aider les pays africains à faire face aux contrats d’un autre âge que les grandes entreprises pétrolières leur imposent !

    Les autorités chinoises pourraient aussi, par exemple, aider les Africains à construire la compétitivité de leurs secteurs manufacturiers, comme le textile, qui souffrent des exportations chinoises ! La chine pourrait aussi aider les pays africains à maîtriser les secteurs des nouvelles technologies et de la téléphonie mobile ! Une voie dans laquelle semble s’engager le nouveau Président bolivien Morales qui adressé des requêtes qui vont dans ce sens aux autorités chinoises lors de sa dernière visite en Chine ! Alors pourquoi l’Afrique ne saisirait-elle pas cette occasion pour mettre en place une nouvelle coopération au service de son développement ?

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    *Hakim Ben Hammouda est le Directeur de la Division du Commerce et de l'Intégration Régionale de la Commission Economique des Nations-Unies pour l'Afrique

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  • Dans cet article, Maryam Uwais, avocate et défenseuse des droits de l'homme, soutient que l'Islam et les droits de la femme sont compatibles. S’inscrivant dans le cadre de la loi Islamique ainsi que dans celui du Protocole ratifié récemment sur les Droits de la Femme en Afrique et de la Déclaration du Caire sur les Droits Humains dans l'Islam, Uwais jette un regard approfondi sur un certain nombre de facteurs affectant la femme Africaine Musulmane. Avec sa formation de juriste, Uwais a fourni un outil extrêmement important aux défenseurs des droits de la femme en Afrique Musulmane, liant les problèmes des femmes à un soutien concret pour leurs droits aussi bien dans le Coran que dans la loi Islamique.

    Introduction

    Le Protocole de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples sur les Droits de la Femme en Afrique a été adopté en juillet 2003 lors de la 2ème Session Ordinaire des Chefs d'États Africains à Maputo, au Mozambique. L’adoption de ce protocole a été considérée par les femmes du monde entier comme un pas décisif vers l’assurance d’un cadre juridique pour la protection et l'avancement des droits de la femme en Afrique. Sa ratification rapide lui a permis d'entrer en vigueur en novembre 2005 et a mis en exergue l'importance et l’intérêt que les États Membres attachent aux injustices que subissent les femmes Africaines au quotidien. Ces injustices prennent la forme de violences physiques et morales, d’abus de droits sociaux, économiques et culturels, d'exploitation de vulnérabilité et, discrimination et inconvénients qui en sont les conséquences.

    Cet article tente d’établir des comparaisons entre le contenu du Protocole et les droits de la femme au sein du cadre Islamique légal, en vue de mettre l’accent sur les questions d’intérêt commun, particulièrement sur ces concepts Islamiques et principes juridiques qui donnent foi aux dispositions adoptées par l'Union Africaine, pour la protection de la femme Musulmane Africaine, en particulier.

    Les interprétations sévères, dogmatiques et rigides du Coran et des Hadith, adoptées et véhiculées par beaucoup d’érudits particulièrement dans des territoires où la Charia prévaut (zones régies par la Charia) constituent une des questions principales. Ces interprétations servent de couverture à beaucoup d'injustices, qui ne peuvent être justifiées dans une religion qui professe la justice universelle et substantive pour tous, et particulièrement pour les personnes vulnérables au sein de la société. Cependant, une étude plus poussée montre que beaucoup de ces interprétations/croyances tirées des cultures patriarcales et des traditions résultent de l'ignorance des vrais préceptes de la religion, plutôt que des interprétations bienveillantes des sources primaires de la Charia, conformément à l'esprit du Coran et des traditions du Prophète Muhammad (SAW).

    Ainsi, cet article se penchera sur plusieurs de ces questions importantes pour la femme Musulmane en Afrique, dont l'accès à la justice, la polygamie, les droits économiques et le droit à la participation politique. On tentera de lier ces questions au contexte Musulman, aux traités de droits internationaux et aux solutions potentielles de chaque sujet.

    L’Accès à la Justice

    Etant une religion qui recommande la justice substantive pour tous, l'Islam souligne aussi l'égalité de tous devant la loi, indépendamment de la position sociale, du sexe, de l'inclination religieuse et autres considérations similaires. Un des principaux mandats pour les droits humains dans le contexte Musulman provient de la Déclaration du Caire sur les Droits humains dans l'Islam, prononcé par l'Organisation de la Conférence Islamique (l’OCI). Ainsi, l'Article 19 de la Déclaration de l’OCI stipule que :

    (a) Tous les individus sont égaux devant la loi, sans distinction entre les gouvernants et les gouvernés; et
    (b) le droit de recourir à la justice est garanti pour chacun.

    En outre, l’Article 8 de la même Déclaration stipule que :

    Chaque être humain a le droit de jouir de sa capacité juridique aussi bien en termes d'obligations que d’engagements; en cas de perte ou de défaillance de cette capacité, il sera représenté par un tuteur.

    Cependant, les États Membres ont beaucoup à faire pour surmonter les obstacles à la garantie des protections accordées à la femme par la loi, du fait que bon nombre de telles structures et mécanismes ne sont pas en place et que les circonstances accablantes de la pauvreté et de l'ignorance se posent comme de redoutables obstacles à la réalisation des droits de la femme.

    Bien que la codification complète soit préconisée dans beaucoup de secteurs (particulièrement dans le vaste et interdépendant domaine du droit de la famille) l’on doit prendre soin de s’assurer que les lois en question, quoique apparemment positives, n’aient pas d'effets contraires sur la femme dans la pratique.

    Par exemple, l'expérience a montré que dans certains cas, les efforts visant à renforcer une réglementation stricte ont simplement eu l'effet de rendre 'invisibles' ces pratiques négatives. Par conséquent, la réglementation ne devrait pas être stricte au point d’aggraver les conditions dans lesquelles de malheureuses femmes se retrouvent, ni d’enlever toute possibilité d'exercer un pouvoir discrétionnaire juste et compatissant.

    De plus, les réformes et réglementations de la loi doivent être accompagnées par de plus grands efforts pour le changement social, tels que le renforcement du pouvoir des hommes et des femmes en leur faisant connaître l’essentiel des droits accordés à la femme par la Charia, (dont les moyens financiers nécessaires), puisque plusieurs des décisions positives et avantageuses prises (même sous le droit coutumier) peuvent à peine être mises en application en raison du fait que trop de violations passent inaperçues et sont non documentées (elles sont ainsi considérées comme étant la norme) et que les conditions de pauvreté, d'ignorance et d'analphabétisme sont omniprésentes, particulièrement en zone rurale.

    La Polygamie

    Les érudits musulmans soutiennent que la polygamie est autorisée en tant que remède à certains maux sociaux, sous certaines conditions strictes. Sans creuser les arguments sur la justification de la polygamie dans le contexte actuel (particulièrement du fait que la pratique est profondément établie et acceptée comme la norme, même par les femmes, dans beaucoup de pays Africains), il suffirait juste de souligner que la capacité de traiter des co-épouses équitablement est une condition préalable stricte à la pratique, conformément aux versés du Coran suivants:

    ‘…Épousez les femmes de votre choix, deux, trois ou quatre; mais si vous estimez que vous pourriez ne pas être capables de les traiter équitablement, alors une seulement . . . c’est presque une manière de vous empêcher de commettre des injustices.’

    ' . . . Vous ne serez jamais capables d’établir une justice parfaite entre vos épouses même si c'est votre ardent désir . . .'

    Il est évident que ces versets ne véhiculent pas une permission sans restriction aux hommes pour la multiplication d’épouses et la monogamie semble être l'option préférée. Malheureusement, la polygamie est devenue un trait de notre culture dans nos propres pays, faisant abstraction de la nécessité sous-jacente d’équité et de justice entre les épouses qui constituent les valeurs normatives qui lui sont pourtant intrinsèquement liées.

    Puisque les Musulmans acceptent que la cohésion au sein de la cellule familiale est l'objectif de la Charia, certainement là où la violation flagrante d'un droit accordé en toute bonne foi est devenue la norme (au point ou le désordre est devenu la conséquence d'une pratique qui caractérise la lettre et non l'essence de la Charia) il est temps pour la Justice et pour les juridictions régies par la Charia d’intervenir dans le but de protéger les personnes vulnérables. Les juridictions régies par la Charia sont dans l’obligation de protéger tout le monde, y compris la femme. Ainsi il serait approprié qu’une loi régulatrice qui renforce le contrôle et la vérification des abus des versets Coraniques soit votée.

    Ainsi, les tribunaux doivent être dotés de pouvoir leur permettant de s’enquérir de la situation de tout homme désirant épouser d’autres femmes quant à sa capacité et possibilité de remplir les obligations de base telles qu’elles existent ou telles qu’elles sont stipulées dans le contrat de mariage, comme cela se fait dans plusieurs juridictions régies par la Charia à travers le monde.

    Des justifications et preuves devraient être exigés des hommes, qui les fourniront, concernant les autres femmes qu’ils envisagent d’épouser, sur des questions portant sur leur capacité à les entretenir, à les loger dans les conditions ou elles pourront vivre leur intimité (l’intimité étant un droit fondamental dans la Charia), si la femme existante consent à cet ajout (suivant la conduite du Prophète lorsque Ali, le mari de sa fille, demanda conseil pour un autre mariage), autrement la femme serait indemnisée dans des conditions heureuses. L'État doit intervenir, en tant qu'Autorité responsable de la protection des faibles dans leurs droits respectifs

    En outre, il est clair que l'Islam permet la polygamie en tant que remède social sous certaines conditions strictes (sans lesquelles la pluralité d’épouses est interdite). Conformément à cela, certains pays Musulmans ont préconisé l’interdiction pure ou ont introduit des lois qui autorisent le pouvoir judiciaire à refuser d’accorder la permission de prendre une autre épouse du fait qu’il se trouve que l’homme n’est pas en position de soutenir toutes les deux épouses, de manière satisfaisante (en termes d’entretien, etc.).

    Bien que cette approche ait été jugée restrictive (du fait qu’elle prive l’homme de son pouvoir discrétionnaire et de certains de ses droits fondamentaux), elle pourrait servir de moyen de procédure pour s’assurer que la capacité à être équitable ne soit pas subjective et autorise l'intervention d'un tiers impartial, assurant ainsi la justice selon le véritable esprit du Coran. Ceci est particulièrement dû au fait que là où la polygamie est pratiquée, les hommes tiennent rarement compte de la condition d’établir l’équité entre le co-épouses.

    Les Droits Économiques

    Dans la loi Islamique, la femme a le droit de détenir ses propres biens, en son nom, durant et après le mariage, selon le cas. Cela inclut le droit de gagner, d’acquérir, d’avoir accès et de disposer de ses biens. Bien que la loi stipule qu'elle ne peut pas en être dépossédée de force, ces droits semblent exister plus en théorie. Les femmes musulmanes en Afrique restent en grande partie économiquement dépendantes de leurs conjoints, d'autant plus que le contrôle de leurs biens, si elles en ont, est invariablement entre les mains de parents masculins.

    L'accès au crédit, aux prêts bancaires, aux hypothèques et autres est toujours lourdement biaisé en faveur des hommes et beaucoup de barrières socioculturelles et économiques ne militent pas en faveur des femmes bénéficiant d’une indépendance financière. En effet, bien qu'il n'y ait aucune injonction religieuse catégorique contre les femmes possédant des biens, même la politique des États Membres ne réussit pas à reconnaître les statistiques actuelles qui révèlent que les femmes deviennent de plus en plus les soutiens de famille dans leurs ménages. Les sempiternels préjugés, attitudes et comportements doivent aussi changer, afin de réellement tenir compte des problèmes spécifiques auxquelles font face les femmes dans leurs tentatives d'affirmer leurs droits.

    Le Droit à la Participation Politique

    En ce qui concerne le leadership politique, la Charia met un accent particulier sur la bonne gouvernance, basée sur la justice, l'équité et la responsabilité. Le Coran déclare clairement que la souveraineté du ciel et de la terre appartient à Dieu, et que Dieu a fait des êtres humains Ses agents et représentants, sans distinction de sexe.

    Il ressort de ces versets et des traditions du Prophète, qui viennent en appui, qu’il y a un consensus autour du fait que chaque Musulman a le droit et la possibilité de participer directement ou indirectement aux affaires publiques du pays et aux processus électoraux et les pré requis de leadership sont considérées comme étant la capacité à exercer la justice et à l’assurer pour tous.

    Il n’est fait mention nulle part dans le Coran ou les Hadith d’une quelconque interdiction à la femme de participer aux affaires de son pays. Plusieurs érudits disent du Hadith qui est souvent utilisé comme faisant autorité pour nier une telle participation (où on rapporte que le Prophète a dit qu'une Nation qui laisse ses affaires entre les mains d'une femme ne prospérerait pas) qu’il est d’une authenticité douteuse.

    On dit que le contexte historique de cette tradition a été l'événement lors duquel le Prophète a reçu des nouvelles annonçant que la fille de Khusro, qui était largement perçue comme autoritaire, avait succédé au trône. Le commentaire a été considéré comme étant en relation spécifique avec sa personne. En effet, en opposition à cette position, les versés 32-34 du Coran au Chapitre sur les Fourmis (Naml) chantent les louanges de Bilqis, la Reine de Saba, comme une dirigeante d’une grande prospérité, digne et bénéficiant de la pleine confiance de ses sujets. Si c'était une aberration d’avoir une femme dirigeante, Saba n'aurait pas été digne d'un tel honneur, à savoir celui d’être mentionnée si louablement par Dieu.

    De plus, on sait que des femmes constituant un groupe ont participé à l’engagement initial d'allégeance (bay'a) accordé au Prophète par les Musulmans, ce qui représente un indicateur significatif du fait que même à cette époque, les femmes étaient considérées comme partie intégrante de la communauté Musulmane, participant aux activités politiques de leur société. On rapporte aussi que Aïcha, la veuve du Prophète, a mené et a commandé la Bataille du Chameau, avec beaucoup de compagnons du Prophète dans son armée et aucun d'eux n'a renié son autorité de diriger.

    Conclusion

    Les réalités d'aujourd'hui font qu’il est impératif que les mécanismes et structures intrinsèques à la Loi Islamique (tels que les doctrines pour le développement de la Charia) soient activés par nos propres Erudits et Juristes. Cela est à l'avantage du genre féminin, ne serait-ce que pour permettre des interprétations constructives et contextuelles des sources primaires de la Charia, comme cela se faisait il y a des siècles par des juristes Islamiques et des érudits réputés de leur époque au sein du monde Islamique.

    Comme cela a été démontré, il y a suffisamment de place au sein de la loi Islamique pour que les États Musulmans puissent remédier aux problèmes et contradictions apparentes entre la position de la femme dans la Charia et les dispositions du Protocole, en usant d’un esprit ouvert qui voit ces questions comme étant complémentaires, plutôt qu'incongrues.

    La bonne foi, renforcée par la volonté politique et humanitaire, est capable d'assurer la flexibilité requise pour résoudre les conflits apparents entre la Loi Islamique et le contenu du Protocole Africain, créant ainsi la compréhension qui mènerait à l'harmonisation et à la réalisation de normes communes d'universalisme, abstraction faite du genre et d'autres considérations similaires, en Afrique et dans le monde, en général.

    Une attitude positive, pour gérer les variations à travers la synergie des normes de droits (comme rempli dans le Protocole), avec des principes Islamiques légaux, est nécessaire et impérieuse, pour des protections considérables et complètes à accorder aux femmes des pays en voie de développement, dont les femmes Africaines Musulmanes constituent une part significative.

    * Cet article est composé d'extraits d'un dossier plus long réalisé par Maryam Uwais, qui est l'Avocate Principale à Wali-Uwais & Co. au Nigeria. Elle est aussi engagée dans la Commission Nationale des Droits de l'Homme.

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  • Fournissant aux lecteurs de Pambazuka un lien clair entre les droits de la femme et la loi Islamique, le Dr. Muhammad Tawfiq Ladan soutient qu'un lien significatif existe entre ce que le Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique et la Charia ont à offrir aux communautés Musulmanes en Afrique. Détaillant le fondement de l'égalité de la femme telle que stipulée dans le Coran et la loi Islamique, cet article soutient que l'Islam reconnaît que bien que les hommes et les femmes soient différents, ils ne sont certainement pas inégaux. L'article se termine avec quelques recommandations importantes pour les défenseurs de la cause travaillant dans les pays Africains Musulmans pour assurer les droits de la femme.

    Ce papier soutient que le Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique offre une plate-forme stratégique pour les défenseurs de la cause cherchant à porter les droits universels de la femme à l'attention des citoyens, organisations, gouvernements et décideurs à travers l'Afrique. Il va plus loin en soutenant qu'il y a un lien significatif entre le Protocole et la Charia en termes d'objectif, de nature et de portée des droits de la femme.

    Ainsi, cet article vise à atteindre les objectifs suivants:

    1. Donner une vue d'ensemble du Protocole avec un accent particulier sur les droits fondamentaux à la survie, au développement, à la protection et à la participation des femmes en Afrique;
    2. Établir un lien significatif entre les dispositions fondamentales du Protocole et la perspective Islamique sur l’égalité des sexes.
    3. Conclure avec quelques options viables pour des stratégies efficaces dans la promotion et la protection des droits de la femme en Afrique.

    Le Protocole sur les Droits des Femmes en Afrique

    Cette partie de l’article vise à mettre en évidence la signification et le potentiel du protocole ainsi que le raisonnement qu’il y a derrière et examiner ses dispositions clés relatives aux droits de la femme en Afrique.

    Signification et Potentiel du Protocole

    Le 11 juillet 2003, l’Union Africaine a adopté à Maputo, au Mozambique, un traité de référence intitulé Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique (le protocole) pour compléter la charte régionale des droits de l'homme, la Charte Africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples (la Charte Africaine). Le protocole, qui est entré en vigueur le 25 novembre 2005 après avoir été ratifié 15 gouvernements Africains, offre une large protection des droits universels de la femme, dont l'égalité des sexes et la justice

    La signification et le potentiel du protocole vont au-delà de l'Afrique. Le traité comporte un certain nombre de précédents mondiaux. Par exemple, il représente la première fois qu'un instrument de défense des droits internationaux de la personne a explicitement articulé le droit de la femme à l'avortement lorsque la grossesse résulte d’abus sexuel, de viol ou d'inceste; lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie ou la santé de la femme enceinte; et dans les cas d’anomalies foetales graves qui sont incompatibles avec la vie. Une autre première est l'appel du protocole à l’interdiction de pratiques nuisibles comme la circoncision/mutilation génitale des femmes (FC/FGM) qui a ravagé la vie d’innombrables jeunes femmes en Afrique.

    Le protocole peut aider les défenseurs de la cause à mettre la pression sur les gouvernements pour qu’ils abordent les questions prioritaires d’ordre social, économique, politique et médical qui contribuent au sombre état de la condition de la femme partout en Afrique et à travers la confiance aux valeurs Coraniques dictées sur l'égalité des sexes, des liens avec le protocole peuvent être établis pour renforcer les droits de la femme Musulmane à travers le continent.

    Égalité des Sexes et Justice dans la Charia

    La Charia qui est techniquement citée comme étant 'la loi du croyant' dans l'Islam, a deux composantes. Une composante divine qui est fondée sur les dispositions du Saint Coran et de la Sounah du Prophète de l'Islam ; et une composante humaine de la Charia qui est en grande partie enracinée dans la pratique de l'ijtihad, techniquement citée comme étant l’initiative humaine de s'engager dans la recherche, de fournir des interprétations juridiques des dispositions de la composante divine de la Charia, de recourir à des avis légaux ou fatwa, de procéder à une analyse juridique, de discourir ou d’interpréter, ainsi que de faire des déductions analogiques sur les règles par des mujtahids qualifiés ou des érudits de la lettre et de l'esprit du Saint Coran. Ainsi, tandis que la composante divine est immuable, l'aspect humain de la Charia est sujet à l’erreur.

    Généralement on considère que la Charia traite la femme injustement et que l'égalité des sexes et la justice ne sont pas possible dans le système judiciaire Islamique. Cette affirmation est en partie vraie et en partie fausse.

    En partie vraie concernant le recours au processus de l'ijtihad, le résultat et l’application duquel ne reflètent pas les besoins de changement et les conditions de vie de la Ummah Musulmane et n’est pas compatible avec les valeurs que le Coran soutient à plusieurs reprises en quatre mots: ‘adl (Justice), ihsan (Générosité), rahmah (Compassion) et hikmah (Sagesse).

    Ces valeurs Coraniques sont très proches des droits humains; elles sont en fait l'essence même des droits de l'homme. On ne peut penser aux droits humains, d'un individu quelconque ou d’un groupe dans le monde moderne sans ces valeurs. La justice est aussi fondamentale pour les droits de l'homme que la générosité, la compassion et la sagesse. L’on ne saurait avoir une société humaine sans qu’elle ne soit société juste.

    La notion est en partie fausse du fait que le concept de droits humains et son respect sont tout à fait intrinsèques aux enseignements du Coran et aux pratiques du Prophète. Le Coran ainsi que la Sounah demeurent pour les Musulmans le cadre de promotion et de protection de ces droits humains de l'individu et/ou du groupe.

    Et le Coran a reconnu et a soutenu les droits de la femme en particulier : la libre possession de biens, l'éducation, la succession, le libre consentement au mariage, le divorce, la garde d'enfant, au droit de vote et à la pleine capacité juridique. Cependant, il est nécessaire d'améliorer l'accès des femmes à la justice et de renforcer de manière pratique l'égalité des sexes dans les sociétés Musulmanes.

    La perspective Coranique de l’égalité des sexes

    On avait trouvé « l’expression perspective Coranique de l’égalité des sexes» comme étant le titre le plus approprié car elle nous oriente vers la découverte de ces principes de base du Coran même qui nous permettent de comprendre la marche des sociétés de notre monde musulman.
    Tous les musulmans aspirent à vivre dans une société qui fonctionne selon les principes du Coran, même si sans le savoir nous nous devions de ces principes.

    Nous devons travailler tous à la tenue de la conférence pour une société qui fonctionne selon les principes du Coran si nous voulons que les populations aspirent à un avenir radieux. Ce n’est pas la version indonésienne, pakistanaise, saoudienne, égyptienne, soudanaise ou nigériane de cette société que nous devons considérer comme la norme incontestable mais celle fermement basée sur les enseignements du Saint Coran. C’est seulement de cette façon que l’on pourra trouver une définition appropriée du rôle de la femme dans la société. Puisque ces enseignements constituent le sujet de ce sous titre, ce qui précède plus haut semblait être le titre le plus approprié.

    Par le choix de ce titre on a éprouvé le besoin de mettre l’accent sur le fait que les musulmans doivent considérer le Saint Coran comme notre guide dans tous les aspects de nos vies. Ce n’est pas seulement la première source de connaissances en ce qui concerne les pratiques, obligations et croyances religieuses, c’est aussi le guide, que cela soit spécifique ou implicite de tout aspect de la civilisation islamique.

    Dans cette dynamique, considérons d’abord ce que le Coran doit nous apprendre à propos de l’égalité des sexes dans la société à laquelle nous aspirons, et réfléchissons sur ses effets par rapport à la position des femmes. Quelles sont les caractéristiques de base d’une société Coranique qui affecte particulièrement les femmes ?

    Cinq caractéristiques qui semblent fondamentales, cruciales et indéniables d’une société Coranique sont à considérer. Bien que présentées en série, elles sont liées les unes aux autres. Cette interdépendance entre les 5 caractéristiques rend difficile toute possibilité de parler de l’une d’entre elles sans mentionner les autres et naturellement elles ne sont pas et ne peuvent pas exister séparément

    Les Caractéristiques comprennent les éléments suivants:

    Premièrement, le Coran reconnaît l’égalité de statut et de valeur des sexes, et les premières de ces confirmations Coraniques de l’égalité homme–femme sont contenues dans des déclarations ayant trait aux préoccupations religieuses comme les origines de l’humanité ou les récompenses et obligations religieuses.

    Deuxièmement, les musulmans acceptent une société double sexe plutôt qu’une société unisexe. Tout en maintenant la validité de l’égalité entre les hommes et les femmes, le Coran n’entend pas par cette égalité une équivalence ou une identité des sexes. La société qui fonctionne selon les principes du Coran est une société par contre double sexe dans laquelle les deux sexes ont leurs responsabilités propres. Cela assure le fonctionnement sain de la société dans l’intérêt de tous ses membres.

    Troisièmement, l’interdépendance entre tous les membres de la société est d’une importance capitale. Contrairement à la tendance actuelle mettant l’accent sur les droits de l’individu au détriment de ceux de la société, le Coran insiste de façon constante sur l’interdépendance entre l’homme et la femme de même que tous les membres de la société.

    Quatrièmement, la valeur de la famille élargie est synonyme d’Islam, puisqu’elle sert à améliorer les relations entre les hommes et les femmes. Ainsi les liens de famille qui dépassent le cadre nucléaire de l’unité familiale sont manifestes à travers de forts liens économiques, sociaux, psychologiques et même politiques.

    Cinquièmement la caractéristique de base d’une société Coranique est le patriarcat. Pour avoir la stabilité et la cohésion, dans l’islam, le patriarcat est de mise avec les hommes assumant la responsabilité du maintien de la société.

    L’analyse ci-dessus démontre que tout en étant différents, les hommes et les femmes sont toujours égaux et comme tel méritent un traitement équitable. Le Coran donne ainsi la base à partir de laquelle la femme doit être perçue dans les communautés musulmanes, pendant que le protocole assure la protection légale de toutes les femmes africaines y compris même celles vivant dans un contexte islamique.

    L’analyse précitée démontre que même s’il y a une différence entre les hommes et les femmes, ils restent cependant égaux et devraient par conséquent être traités comme tels. Le Coran constitue la base sur laquelle la femme doit être considérée dans les communautés musulmanes alors que le protocole donne la protection juridique à toutes les femmes africaines y compris celles qui vivent dans un contexte islamique.

    Conclusions et recommandations

    Il apparaît de l’analyse ci-dessus, qu’aussi bien le Protocole sur les Droits des Femmes en Afrique que l’Islam reconnaissent le rôle capital que jouent les femmes dans la préservation des valeurs familiales et de la société, et cherchent à promouvoir et protéger les droits des femmes en tant qu’être humains, citoyennes de leurs pays respectifs et comme membres d’un groupe vulnérable qui font l’objet de discrimination, de marginalisation et de violations dans toutes les sociétés humaines.

    Par ailleurs, la question de savoir comment les hommes et les femmes (en particulier ceux ou celles qui occupent des fonctions publiques, politiques, les leaders religieux et communautaires, les érudits neutres sur la question du genre, ceux qui formulent et mettent en œuvre les politiques) perçoivent les droits des femmes et dans quelle mesure leurs décisions et comportements reflètent une préoccupation de ces droits, sont de préoccupations qui nécessitent : une éducation permanente sur les droits humains, des campagnes de sensibilisation agressives , une recherche pluridisciplinaire et une approche interculturelle à la compréhension, à l’articulation et à la promotion des droits des femmes comme droits humains dans un contexte civique, politique, social, économique, culturel, environnemental et de développement.

    De même, puisque les reformes politiques et juridiques ainsi que les idées sur les droits humains ne peuvent que créer un contexte réceptif aux changements d’attitude et ne peuvent en elles mêmes produire ces changements, il est également important de prêter attention aux réalités pratiques qui peuvent, soit soutenir ou entraver ces reformes. Ces réalités concernent les infrastructures sanitaires et économiques, les modèles de formation et de dissolution des familles, ainsi que la diffusion des idées à travers l’éducation et l’échange. En d’autres termes, il s’agit de toutes ces conditions nécessaires à une protection efficace des droits des femmes et à une promotion de l’égalité et de la justice entre les genres.

    Les options viables pour les défenseurs des droits de la femme.

    De prime abord, les défenseurs des droits des femmes dans les pays qui n’ont pas encore ratifié le protocole, devraient faire du lobbying auprès de leurs gouvernements pour qu’ils le ratifient.

    Deuxièmement, il y a lieu de soutenir les objectifs du protocole. Tout Etat signataire du traité est soumis à l’obligation immédiate de soutenir les objectifs du traité : à savoir assurer la promotion et la protection des droits humains des femmes ; veiller à la mise en œuvre du protocole au plan national ; soumettre des rapports périodiques à la Commission Africaine des Droits Humains, et apporter les remèdes juridiques adéquats à toute femme dont les droits seront violés. L’adoption ou l’abrogation de certaines législations, la mise en œuvre de politiques et programmes, et l’application par les juridictions nationales et les autres mécanismes légaux peuvent répondre aux obligations prévues dans le présent protocole ;

    Troisièmement, les militants peuvent faire du lobbying auprès de leurs gouvernements pour reformer les lois et politiques nationales défavorables aux droits des femmes dans le cadre de ce protocole. Quatrièmement, les militants des droits des femmes doivent pousser les décideurs nationaux et locaux à faire appliquer les politiques et programmes visant à protéger les droits des femmes : par exemple violence faite aux femmes ; discrimination contre les femmes ; le droit de la femme au développement durable ; le droit de la femme à participer à la gouvernance, au processus décisionnel, à tous les niveaux, même en politique.

    Cinquièmement, les militants peuvent soumettre certains litiges aux juridictions nationales pour faciliter la résolution de questions liées à la violation des droits sexuels et des droits à la reproduction des femmes, de leurs droits à un environnement sain et durable etc.

    Sixièmement, les traités permettent aux militants d’exprimer clairement la nature et le contenu des droits humains des femmes. Le langage du protocole peut par conséquent être utilisé pour éduquer les femmes et les hommes, les décideurs politiques et autres militants sur le sens et l’importance des normes juridiques, des droits et obligations tels qu’ils s’appliquent aux droits des femmes en Afrique.

    Septièmement, organiser des sessions de formation sur le système africain des droits humains et le rôle du protocole pour ceux qui protègent et œuvrent à la promotion des droits des femmes en Afrique.

    Enfin, les militants des droits des femmes doivent faire du lobbying auprès des États membres de l’Union Africaine de manière à s’assurer que les mécanismes de mise en application des droits humains en Afrique sont efficaces.

    *Cet article contient des extraits et un résumé d’une longue communication faite lors d’un symposium co-initié par l’Association Scientifique des Femmes de Babiker Badri, le Ahfad University for Women (Université Ahfad pour les Femmes) et organisé par la coalition Solidarity for African Women (Solidarité pour les femmes Africaines (SGAWR)) pendant le sixième sommet de l’Union Africaine en janvier 2006 au Soudan.

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  • Cet article, qui se veut une introduction à la question des droits des femmes dans l’Islam en Afrique, soutient que les deux ne s’excluent pas mutuellement. Et que les droits des femmes sont en fait prévus dans l’Islam. Même si cela a été peu compris. Il est de plus en plus reconnu que, ni l’Islam ni les droits des femmes ne sont statiques, et que le mouvement de protection des droits des femmes est en train de prendre de l’ampleur dans un cadre qui ne nuit pas aux aspects positifs et bénéfiques de la culture musulmane.

    Les questions relatives aux droits des femmes dans les milieux musulmans en Afrique sont souvent très contestées bien qu’elles soient le plus souvent peu comprises. Les discours sur les droits des femmes musulmanes en Afrique mettent l’accent très fréquemment sur le manque de responsabilisations à leur égard, ce qui peut paraître ironique surtout quand on sait que l’Islam est une religion très égalitaire à la base.

    Dévastés par le colonialisme, les guerres et la pauvreté, beaucoup de pays africains sont confrontés aux défis de reconstruction de leurs sociétés basées sur les croyances religieuses et les identités culturelles. En même temps la reconnaissance des droits des femmes légitimes et prévus par le Coran doit être prise en compte. IL en est de même pour les traités internationaux, les pressions de la démocratie et des droits humains au plan international.

    L'Islam et les droits des femmes ne s’excluent pas mutuellement, malgré le fait que les lois musulmanes comporte un fossé entre leur application et ce qu’elles stipulent sur le papier. L’introduction de la coutume dans le système juridique et le droit à la liberté de conscience (interprétation) sont entre autres deux exemples à travers lesquels les lois musulmanes ou la Sharia ont été résumées.

    Par ailleurs, il est difficile d'interpréter ou d’évaluer de manière critique le droit islamique sans une éducation islamique. Cette éducation islamique, a été d’ailleurs refusée à beaucoup de musulmans à travers le monde (à cause du colonialisme et du contrôle du pouvoir, entre d'autres). Pour cette raison, le Coran n’est généralement bien compris.

    Au cœur de l’Islam se trouve l’histoire de la création, qui affirme que l’homme et la femme ont été créés égaux, et qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les deux sexes. Il faudrait tenir compte des femmes musulmanes en cas de divorce. Elles doivent recevoir leur part d’héritage après le décès de l’époux ou du père.

    Dans le Coran, les femmes musulmanes ont le droit de travailler et de se garantir un revenu. Si les tâches ménagères et l’éducation des enfants sont, dans la plupart des cas, assignées en fonction du genre, les enfants doivent être éduqués par les deux parents qui se concertent sur les questions jugées importantes. Ce ne sont là que quelques exemples de droits reconnus à la femme par l’Islam, conformément au Coran, aux hadith et à la Sharia (lois islamiques).

    Cela est évidemment un aperçu superficiel d’une question complexe et historique mais qui montre qu’il y a un côté de l’islam non souvent représenté dans les médias et les discours classiques. Ces lois, si elles sont enregistrées et consignées par écrit, ne sont pas toujours mises en application. En réalité, beaucoup de femmes musulmanes n’ont accès à aucun de ces droits.

    Beaucoup de questions sont particulièrement importantes aux femmes musulmanes africaines et font partie de la perspective globale relative à la protection des droits humains essentiels.

    Les femmes représentent la moitié de la population de l’Afrique subsaharienne même dans les pays où l’Islam est pratiqué. Ce sont la Mauritanie (100% Islamique), les pays francophones :Burkina Faso (50%), Tchad (50%), Cameroun, Mali (90%), Niger (80%) et le Sénégal (92%) , et les pays anglophones Ghana et Nigeria ( 50% de musulmans). Dans ces États, l’Islam a une forte influence sur les rôles des femmes, leur accès à l’information et leurs droits. Pour les femmes musulmanes africaines, ces questions sont enracinées non seulement dans leurs croyances religieuses mais aussi dans les coutumes, traditions et cultures.

    Dans certains milieux, le respect accordé aux femmes est défendu. Sous d’autres cieux, les femmes se battent pour accéder à ces droits. La raison est que dans l’Islam (comme dans beaucoup d’autres religions) les femmes symbolisent une grande partie de la tradition et de l’identité culturelle. Le fait de changer quelque chose par rapport aux droits de la femme est perçu comme un changement qu’on opère au sein de l’Islam.

    Leurs protestations sont parfois interdites ou violemment réprimées mais rarement tolérées par ceux qui sont au pouvoir. Cependant, leur mouvement prend de l’ampleur : elles participent aux débats, aux conférences à des émissions à la radio et à la télévision. La plupart d’entre elles sont des intellectuelles (juristes, travailleurs sociaux et universitaires). Cette lutte contre les conservateurs religieux signifie que les critiques dont ils sont l’objet sont invoquées sur des bases théologiques et religieux, qu’elles soient valables ou non.

    Cela signifie que le travail qu’ils doivent faire pour les femmes doit être axé sur les droits civiques plutôt que sur les droits religieux parce que les efforts faits pour reformer l’Islam de l’intérieur ont toujours connu un échec. On ne peut cependant pas écarter le discours islamique des femmes dans la mesure où ce discours commence à marquer des points. Il est pourtant bloqué au plus haut niveau parce les femmes juristes ne sont pas autorisées à représenter les femmes dans les juridictions de la Sharia (droit islamique)

    Un bref aperçu des problèmes urgents auxquels sont confrontés les musulmanes en Afrique montre qu’il y a un manque de réforme dans les domaines traditionnellement régis par le droit coutumier et religieux. Les femmes font l’objet de discrimination dans le domaine des lois relatives au mariage, au divorce, à la propriété et à l’héritage (qui favorisent plutôt les hommes). Elles souffrent également des normes sociales qui tolèrent la violence faite aux femmes, de l’inaccessibilité de leurs droits à la santé reproductive et sexuelle et du manque d’éducation.

    Dans certains de ces pays, les femmes continuent de subir les mutilations génitales féminines. Par ailleurs, leurs rôles restent confinés aux tâches traditionnellement prescrites en fonction du genre. La plupart d’entre elles ne peuvent se permettre de violer ces frontières même si elles nourrissent le désir de vivre en dehors de ces rôles qui leur ont été assignés. L’absence de liberté de mouvement, d’une vie publique et l’incapacité de s’exprimer en public constituent une réalité pour beaucoup d’entre elles.

    La solution à ces problèmes complexes et vieux comme le monde ne sera pas aisée. Le comportement et les rôles assignés aux femmes constituent à maints égards l’essence même de ce que représente l’Islam. Changer la manière dont les femmes sont valorisées et traitées nécessite non seulement des changements aux niveaux politique, juridique, culturel mais aussi un changement d’attitude. Réaliser cet objectif sans porter atteinte à l’essence positive de la culture et de la tradition islamique serait certes difficile mais nécessaire à la protection des droits des femmes.

    Heureusement, il y a beaucoup d’organisations en Afrique qui œuvrent pour la réalisation des droits des femmes musulmanes. Leur participation politique et communautaire constitue en fait une part importante de l’Islam, et un devoir envers la société.

    Dans beaucoup de pays africains, il existe des groupes de femmes engagées qui travaillent pour des salaires dérisoires et dans des conditions parfois dangereuses pour promouvoir les droits des femmes musulmanes. Elles travaillent au renforcement des lois visant la protection des femmes dans le droit coutumier, juridique et religieux en faisant du lobbying au niveau local, régional et national. Les organisations communiquent leurs connaissances et sensibilisent les femmes vivant dans les milieux ruraux et urbains sur comment exercer et promouvoir leurs droits. Elles parlent aussi au nom de ces femmes dans les foras sociaux et législatifs.

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  • Pour ceux qui s'intéressent à l'évolution actuelle du monde et au destin de l'Afrique en particulier, l'Afrique du Sud constitue un terrain privilégié d'observation. Alors qu'une grande partie du continent est engouffrée dans la spirale de la corruption, de la brutalité et de l'autodestruction, l'on peut étudier, ici, les logiques paradoxales d'une société en pleine reconstitution. Pendant que s'amoncellent, dans maints autres pays, les signes d'une décadence certaine, l'on peut y voir, distinctement, en gestation, pour la première fois dans l'histoire de ce Continent Premier, la possibilité d'une modernité postcoloniale qu'il nous faut qualifier d'afropolitaine.

    Afropolitanisme et modernité

    On sait qu'au nom de la guerre contre la terreur, la grande politique mondiale prend désormais les allures d'un simple retour au militarisme. L'un des pendants de ce nouveau keynésianisme militaire est, entre autres, la nécessité d'identifier et de tuer l'ennemi, tandis que se multiplie, à peu près partout mais surtout en Occident, la traque des immigrants illégaux, la persécution des étrangers et le harcèlement quotidien de tous ceux qui sont différents de par la race et la religion.

    Dans une sorte de danse mimétique, l'humanité planétaire semble donc s'être donné une fois de plus rendez-vous avec sa propre violence. Au même moment, en Afrique du Sud s'esquisse, cahin-caha, la possibilité d'un vivre-en-commun sous-tendu non plus par la loi du talion, mais par les exigences moralement plus ardues de la réparation et du pardon, sur la base d'une liberté toujours plus élargie à l'ensemble des domaines de la vie (y compris les plus intimes) et d'un futur ouvert à tous.

    Qu'il en soit ainsi ne signifie absolument pas qu'hier Etat paria, l'Afrique du Sud serait devenue, aujourd'hui, le modèle universel d'une autre éthique du politique qu'il suffirait aux autres de copier. Mais il est évident qu'une extraordinaire expérimentation - la plus captivante sans doute de ce début de siècle - est en cours ici, et qu'elle s'accompagne d'un élargissement des frontières de la créativité sociale.

    Les dimensions purement politiques et économiques de cette expérimentation sautent aux yeux. Celles qui touchent à la culture et à l'éthique le sont malheureusement moins. Toujours est-il que l'une de ses particularités est d'être le résultat d'un compromis historique - celui qui, en 1994, a facilité le passage de l'État (racial) d'apartheid à une forme démocratique de gouvernement. Viendrait-elle à échouer, toute possibilité de développement du continent serait compromise pendant au moins quelques siècles.

    Par contre, son éventuel succès aurait des répercussions considérables non seulement en Afrique, mais aussi ailleurs dans le monde. Le statut de l'Afrique dans le monde en sortirait radicalement changé, tandis que la perception que les Africains ont d'eux-mêmes et de leurs capacités à fonder des sociétés modernes serait à jamais transformée.

    La fabrique du multiple

    De tous les facteurs qui ont contribué à faire de l'Afrique du Sud le lieu privilégié de cette expérimentation, citons-en trois. Et d'abord ceux qui relèvent de l'histoire - très complexe - de la formation des richesses dans cette partie du monde. Car, si bon nombre de sociétés du continent ont connu, à des échelles variées, la Traite des esclaves ou la colonisation - deux manières d'intégration à l'économie-monde selon le modèle de l'extraversion - l'Afrique du Sud est le seul pays africain à être passé par une véritable révolution industrielle.

    Fondée à l'origine sur l'exploitation des mines de diamants et d'or, cette révolution a permis de créer les bases d'une accumulation interne, certes étroitement déterminée par le capital et la technologie (à l'échelle mondiale) d'une part, et les rythmes de la demande mondiale de l'autre. Mais surtout, elle a accéléré la transformation de l'État sud-africain en un État transnational - dimension qui, au demeurant, était présente dès l es origines même de ce pays et qui, à l'ère de la mondialisation, ne peut être qu'un atout.

    Viennent, ensuite, les facteurs liés à ce que l'on pourrait désigner la fabrique de la multiplicité, c'est-à-dire, dans ce cas précis, la mise en place de mécanismes, de techniques et de dispositifs de toutes sortes visant à donner un semblant de cohérence à - et à gouverner politiquement et économiquement - une société disparate, composée d'une myriade d'entités raciales, religieuses, ethniques et culturelles plus ou moins distinctes, mais dont les généalogies elles-mêmes sont par ailleurs fort enchevêtrées.

    L'on sait qu'ici, le modèle longtemps utilisé pour formater une société aussi protéiforme fut celui de la " guerre des races ". Le propre de la guerre des races est de combiner, dans une seule et même figure de la violence, les caractéristiques d'une guerre de conquête, d'une guerre d'occupation et d'une guerre civile. En Afrique du Sud, la guerre des races prit des formes diverses.

    Au moment de la première occupation coloniale, elle consista d'abord à priver, autant que possible, les autochtones de leurs moyens de subsistance (cheptel et récoltes notamment), la conquête militaire allant de pair avec la destruction quasi-systématique des économies domestiques indigènes.

    Au moment de la révolution industrielle, elle prit la forme de la mobilisation et de l'administration, sur une échelle que d'autres régions du continent n'ont guère connue, d'une gigantesque force de travail régionale et d'une main-d'oeuvre internationale. Techniques de la guerre et techniques de la production furent associées. Au compartimentage de la force de travail s'ajoutèrent des mesures visant à restreindre et à contrôler la mobilité de la population autochtone, voire son confinement dans des " parcs humains ", le régime de la claustration se traduisant, ici, par la multiplication de véritables enclos territoriaux livrés à une abjecte pauvreté (homelands, compounds, hostels, bantustans et ainsi de suite).

    Ce labeur intensif de contrôle de la mobilité du travail et d'assignation territoriale de groupes de populations dans des enclaves aux frontières plus ou moins hermétiques aura été précédé de - et sera accompagné par - la formation d'une classe de grands fermiers blancs. Ces derniers ne devront leurs domaines qu'à la dépossession et la spoliation de larges secteurs de la population noire et sa transformation en squatters ou en main d'oeuvre quasi-servile sur les terres dont elle détenait autrefois la propriété. Le point culminant de ce travail de spoliation sera l'infériorisation juridique des Noirs et leur destitution civique, puis la transformation de millions d'autres en migrants saisonniers.

    L'un des résultats paradoxaux de cette prolétarianisation extrêmement poussée a été l'émergence d'un salariat doté d'une réelle conscience de classe, capable de se constituer en une véritable force sociale, de s'organiser dans de puissants syndicats et de soutenir des conflits de gran de ampleur. La mobilisation d'une violence sociale sans précédent dans le reste du continent, de formidables capitaux financiers et techniques et d'une forme de gouvernement toute ordonnée à la séparation des races - tout ceci aura donc permis à ce pays de faire l'expérience d'une accumulation réelle et d'une production de richesse sans commune mesure avec ce qui s'est passé ailleurs en Afrique. Il en est de même de la répartition inégalitaire des revenus selon les races.

    Mais on l'oublie trop souvent - le processus de constitution d'une société complexe ne passa pas seulement par l'aliénation des droits des Noirs et leur incorporation asymétrique dans l'ordre économique. Il prit également la forme d'une lente transformation de la population exogène blanche en " population endogène ". Cette transformation s'effectua par le biais de diverses techniques, à commencer par une certaine sacralisation du lien à la terre et au bétail en passant par l'assimilation des savoirs et des arts de faire autochtones, l'invention d'une langue hybride (l'Afrikaans), la co-habitation (sinon la fréquentation) prolongée entre Noirs et Blancs aussi bien dans les lieux de travail que dans les espaces domestiques, les incessants trafics culturels entre maîtres et serviteurs, voire des cas de métissage biologique.

    Le cas le plus évident, de ce point de vue, est celui des Afrikaners. L'un des résultats de l' " endogénéisation " des colons et immigrants européens est qu' aujourd'hui, la plus grande partie des citoyens blancs sud-africains ne constitue pas une population étrangère. Il s'agit, désormais, d'Africains d'origine européenne, comme il existe, aux Etats-Unis par exemple, des Américains d'origine africaine.

    Le troisième facteur ayant contribué à faire de l'Afrique du Sud un lieu privilégié de la créativité sociale contemporaine est la mise en place dès le début du dix-huitième siècle, des principales technologies, institutions et dispositifs de la société moderne, à commencer par un Etat relativement fort, une bureaucratie formelle relativement rationnelle et suffisamment enracinée dans le temps et dans la culture, des banques, des assurances, d'un droit de la propriété et des échanges, la construction de véritables villes dotées de plans, d'une architecture, bref, des institutions essentielles d'une économie capitaliste.

    Par ailleurs, si l'autre forme que prit la guerre des races fut l'érection du racisme en institution, loi et culture, la violence du racisme provoqua, en retour, l'émergence de l'un des mouvements de résistance les plus anciens et les plus sophistiqués du continent (African national congress), la formation d'une classe politique et d'activistes sophistiqués, la création d'une myriade d'organisations populaires et démocratiques, d'une véritable société civile et l'apparition d'une intelligentsia critique.

    Aujourd'hui, l'Afrique du Sud représente une puissance économique à l'échelle du continent. Sur la scène internationale, elle joue un rôle comparable à celui qu'exercent le Brésil et l'Inde en Amérique Latine et en Asie respectivement. Multiraciale, multi-religieuse et multi-ethnique, sa formation sociale est composée en majorité de Noirs. Mais elle compte également de très fortes minorités blanche et indienne et nombre de communautés diasporiques en provenance du reste du monde et, de plus en plus, du reste du continent.

    Ainsi, par exemple, des diasporas de l'Afrique francophone dans les grandes métropoles de Johannesburg et du Cap. Sans nécessairement relever du " miracle ", le passage de l'Etat racial à l'Etat démocratique est en train de s'accomplir. Il s'agit bel et bien, non pas d'une " décolonisation" dans le sens classique (ou comme on l'a vu sur le reste du continent), mais d'une profonde transition démocratique, sans doute l'une des plus réussies au monde, et qui pl ace l'Afrique du Sud dans la même ligue que l'Espagne au sortir du franquisme ou les Etats du Cône Sud (Brésil, Chili, Argentine), voire la Corée du Sud et maints pays de l'Est-européen.

    Aujourd'hui donc, le pays est une démocratie libérale qui repose sur une économie de marché en pleine expansion (bientôt 6 % de croissance annuelle), un Etat relativement fort ou, en tout cas, volontariste, une presse libre, des institutions universitaires fortes et une intelligentsia relativement critique.

    Disjonctions

    Se posent néanmoins un ensemble de défis qui détermineront sans doute le futur de cette expérience. Le premier est de savoir comment " faire nation" à l'âge de la globalisation. Une fois l'apartheid aboli, l'Afrique du Sud est entrée dans une phase de consommation accélérée que traduit bien la construction, à peu près partout, de gigantesques centres commerciaux (malls), la généralisation des casinos et autres jeux de hasard, l'expansion du secteur des services, de l'immobilier, du tourisme, de la publicité et des produits de luxe.
    Ce boom de la consommation est soutenu par une économie dont les taux de croissance annuelle atteindront bientôt 6 % et par l'émergence d'une classe moyenne noire dont les revenus ne cessent d'augmenter.

    De plus en plus, les différences de classe tendent à effacer celles héritées des années de fer du racisme officiel. En tout cas, déterminants de classe et déterminants de race désormais se superposent ou s'enchevêtrent de manière plus imprévisible que par le passé. Le marché devient le vecteur principal de la constitution des identités, voire du projet politique de dé-racialisation. Il est également le principal pourvoyeur des normes culturelles, des langages communs et des désirs partagés.

    Mais le marché crée aussi, par son travail, de nouvelles inégalités et se trouve à l'origine de nouvelles formes de souffrance sociale. Par ailleurs, il apparaît clairement qu'il ne peut, à lui tout seul, constituer le noeud du nouveau lien social dont le pays a besoin au sortir de la guer re des races. La nécessité d'un nouvel imaginaire politique commun se pose donc avec acuité, et ce d'autant plus que l'idéologie du non-racialisme et la rhétorique de la réconciliation ne pourront pas jouer éternellement les fonctions pacifiantes qu'elles jouaient encore il n'y a pas longtemps - la création d'une société conviviale.

    D'autre part, le déploiement spectaculaire des signes extérieurs de la richesse dans un contexte de chômage de masse relance le débat autour de la question de la précarité. Si tout dépend désormais du jeu des espèces monnayées, comment prendre soin de ceux qui sont délaissés ? Les efforts du gouvernement visant à alléger la pauvreté sont notables : plus d'un million de logements construits depuis 1994 ; une généralisation de l'accès à l'eau potable et à l'électricité et aux soins de santé primaire ; mise en place d'un revenu minimum d'existence pour les plus démunis (vieillards et enfants notamment).

    Mais la crise - très grave - des administrations locales et des municipalités risque de compromettre ce bel effort. Et surtout, il n'est pas évident que l'allocation d'un revenu minimum aux plus démunis constitue en soi une arme efficace de lutte contre la pauvreté. Elle semble avoir renforcé, chez les Sud-Africains les moins nantis, une attitude d'assistés qui ont des droits, ma is presque pas de devoirs, réduisant ainsi la portée potentiellement radicale de l'idée de citoyenneté.

    Par ailleurs, trois nouvelles formes de violence aux conséquences sociales incalculables ont vu le jour. Il s'agit de la violence criminelle (notamment dans les grandes métropoles), de la violence de la maladie (comme le montre bien la mort de masse provoquée par l'épidémie du Sida) et de la violence morale générée par des niveaux de corruption relativement élevés, même s'ils se situent encore bien en deçà de ce que l'on observe au Brésil, en Corée, en Inde, voire dans les pays occidentaux.

    Finalement, malgré de réels progrès en matière de cohésion sociale, l'Afrique du Sud reste un pays aux citoyennetés enclavées. Citoyennetés enclavées : " appartenir ", " posséder ". Luttes pour la propriété et luttes pour l'appartenance.

    *Achille Mbembe est historian et il est actuellement Chercheur au Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) (Afrique du Sud).

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  • Babacar Diop Buuba | Arts

    Il y a vingt ans de cela disparaissait Cheikh Anta Diop, le grand savant africain aux thèses révolutionnaires sur l’antériorité des civilisations nègres.
    Babacar Diop Buuba, historien Sénégalais, revient dans cet articles sur les grandes lignes de la contribution de son œuvre monumentale. Mais il fait surtout ressortir l’actualité des thèses de Cheikh Anta Diop lorsqu’il s’agit de poser le débat sur la renaissance de l’Afrique et sur la marche vers un État fédéral Africain car déjà en 1948, il avait posé la question suivante : >?

    En 1948, Cheikh Anta DIOP avait formulé une question géniale "Quand pourra-t-on parler d'une renaissance africaine" ? (Article paru dans la Revue le Musée Vivant, n° spécial 36 - 37, novembre 1948, Paris pp 97 - 65, republié dans Alerte sous les Tropiques, articles de 1946 - 1960 - Culture et Développement en Afrique noire, Présence Africaine, 1990, pp 33 - 44).

    Il est vrai que sur ce thème l’apport du Président Thabo Mbeki de la République Sud Africain est assez connue, surtout à travers son fameux texte « the African Renaissance » (Tafel berg publishers, Capetown 1998).

    Il est toutefois utile de rappeler les contributions de James Africanus Beale Horton de la Sierra Leone à travers son ouvrage West African Countries and Peoples… A vindications of the African Race, 1868), celle de Kwame Nkrumah développée dans son ouvrage le Consciencisme celles de leaders arabo-africains comme Jamal Abdel Nasser ou Moamar Khadafi, et surtout Cheikh Anta Diop comme le Président Mbéki a cité nommément Cheikh Anta Diop qui articule les dimensions cultuelles et idéologique, politique et scientique, économique et sociale, panafricaine et humaniste de ce combat prométhéen. La réussite de ce combat est un des grands défis du nouveau millénaire. Sa réussite serait une contribution à l’avènement d’une nouvelle civilisation qui tournerait le dos à la barbarie.

    Pour le savant sénégalais la réalité (culturelle) africaine des années 40 est double : Il y a d'une part "la tradition qui est restée intacte et qui continue de vivoter à l'abri de toute influence moderne, d'autre part une tradition altérée par une contamination européenne". Dans les deux cas on ne peut parler de renaissance. Pour l'auteur la condition préalable d'une vraie renaissance africaine est le développement des langues africaines.

    L'auteur qui, à l'époque ne semblait pas être informé de la prodigieuse inventivité africaine en matière l'écriture(1), est conscient des difficultés de l'entreprise : multiplicité apparente des langues, acclimation des termes scientifiques et techniques. DIOP est d'avis que l'action qu'il préconise concerne à peine quatre langues importantes, le reste n'étant que des variantes parlées par un petit groupe. Pour lever le défi scientifique, les Africains doivent s'essayer dans les principales langues de leur pays avec toutes les facilités inventives et leur esprit d'initiative. Leur tâche est facilitée par l'apparition de "nouveaux moyens de diffusion de la pensée imprimerie, radio, cinéma. A cause de tous ces nouveaux moyens de diffusion qui sont propres au monde moderne, il y'a plus de possibilités de s'instruire, par conséquent plus de possibilités d'action efficace" (op article cité, Présence Africaine p. 37). Et DIOP de développer les grandes lignes de la renovation culturelle qui passe par une véritable révolution de la conscience psychologique.

    La création littéraire devrait concerner tous les genres : satires, épitres, poèmes historiques, narrations etc. L'expression plastique doit bannir l'imitation des formes occidentales ; la peinture, la sculpture doivent être revigorées et refuser le passéisme. L'architecture africain millénaire est susceptible d'une adaptation nouvelle. La nouvelle musique africaine "doit exprimer le chant de la forêt, la puissance des ténèbres et celle de la nature, la noblesse de la souffrance, avec toute la dignité humaine" (article cité p. 43).

    "Cette musique sans cesser d'avoir quelque chose de commun avec le jazz dans le domaine de la sensibilité, aura quand même je ne sais quoi de plus fier de plus majestueux, de plus complet de plus occulte" (ibidem).

    Cheikh Anta avait identifié comme acteurs de la révolution africaine depuis le citadin (ouvrier, artisan, notable, fonctionnaire) jusqu'au paysan, depuis le Musulman jusqu'au Chrétien, en passant par les disciples des religions paléonigritiques (cf vers une idéologie politique africaine, 1952 in Alerte sous les Tropiques Présence Africaine, 1990, p. 44). Mais le texte précise bien les Africains dont il est question vivent depuis le Sahara jusqu'au Cap (article cite, ibidem), il est donc un question d'Afrique Noire. Cheikh Anta dans une grande lucidité pose le problème de l'apartheid en Afrique du Sud, la situation des pays de culture arabe en Afrique (Egypte, Soudan, Libye) celle de l'Ethiopie, pays à l'époque tous caractérisés par des régimes racistes ou monarchistes et féodaux (article cité p., 56 - 61). Il était conscient de l'immextion américaine et des coalisations impérialistes (Europe capataliste, fauteuil électrique américain, féodalité arabe).

    La Fédération Africaine dont rêvait C. Anta devrait être indépendante démocratique et anti-raciste. Dans un autre texte publié en 1955 et intitulé Alerte sous les Tropiques" titre qui a été repris comme celui du recueil d'articles publié par Présence Africaine en 1990, Cheikh Anta DIOP revient longuement sur les relations entre le monde arabe et l'Afrique Noire. Il dit explicitement que c'est "après l'Occident la deuxième force qui cherche à diriger le Monde noir" (op cit p. 95). "Aussi longtemps, dit il, que les Arabes qui vivent en Afrique se sentiront plus attachés à leurs frères de race du Proche Orient qu'au reste de l'Afrique Noire, nous aurons le devoir et le droit de nous défendre devant leur attitude raciste ... Si, au contraire, les Arabes qui vivent en Afrique ne sont pas racistes, et s'ils n'ont aucune pensée impérialiste, rien ne s'oppose à leur Fédération avec le reste de l'Afrique noire au sein d'un Etat multi national. En tout cas on souhaite qu'il soit ainsi (op ci p. 95).

    L'auteur est d'avis que le Sahara est essentiellement composé de Nègres et de Négroïdes, que l'Afrique Noire doit avoir un débouché sur la Méditérranée, à travers la Libye (article cité, p.97. Signalons que l'auteur s'est mobilisé correctement pour la cause du peuple algérien et qu'il a gardé jusqu'à sa mort, en 1986, des relations suivies avec le FNL algérien. Ses amis algériens n'ont pas manqué de lui rendre un hommage mérité.

    Cette question des relations entre l'Afrique au Sud du Sahara et l'Afrique septentrionale ne pouvaient pris donc être éludées, ni par C. Anta ni par NKRUMAH, encore mois par Gamal Abdel NASSER. En écrivant son article "Vers une idéologie politique africaine" (Février 1952), C. Anta avait lancé un appel au peuple égyptien pour une révolution sociale qui démocratiserait son régime politique (Présence Africaine, 1990 p. 61), NASSER et son organisation secrète des "Officiers Libres" prit le pouvoir le 23 Juillet 1952. L'Egypte s'engage à partir de ce moment et surtout après l'agression occidentale de 1956, dans une politique progressiste en Afrique et dans le monde arabe.

    Cette revue de quelques des jalons du panafricanisme et de l'appel à la Renaissance permet de constater qu'il y'a eu dans l'effort de théorisation non seulement des aspects politiques, idéologiques, culturels, scientifiques technologiques, économiques, mais aussi des angles d'attaque particuliers suivant que la formulation venait d'un militant hors (C. Anta DIOP) ou à l'intérieur des structures d'Etat ; les différences des positions et de focalisations (NKRUMAH, NASSER) sont à tenir en compte pour saisir les contre points dans le débat sur la Renaissance.

    Nous pouvons tirer hors des enseignements majeurs de la relance du débat sur la Rennaissance africaine.

    I/ Ce debat donne une nouvelle dignité aux controverses philosophiques et idéologiques. Le triomphe insolent du libéralisme à la fin du Xxe siècle avait fait croire à la fin de l'histoire et celle des idéologies. L'Afrique qui apporte toujours du nouveau dans la marche de l'humanité va être le terrain de reflexions plus approfondies sur les rapports que l'être humain en général, africain en particulier, entretient avec son histoire, les religions, les langues et cultures, la science la technologie, l'économie, l'environnement. Il est illusoire de croire qu'on peut faire quelque chose de sérieux, de solide et durable dans ce monde sans un ancrage idéologique et philosophique bien assis ; les débats peuvent ne pas être stériles. Il n'y a que les idéologiques honteux et/ou confus qui refusent la nécessité de débats idéologiques. Et ils sont en réalité les premiers à profiter de la vacuité philosophique pour fair passer leur camelotte.

    II/ La réflexion sur la rénaissance africaine repose des questions de stratégies et de tactique dans un processus révolutionnaire. Quelles sont les différentes forces qui veulent transformer positivement la situation ? Quelles sont les forces alliées, les forces hostiles ? Croire qu'il est possible d'avancer dans un processus révolutionnaire sans identifier les forces progressistes, les forces réactionnaires, c'est faire preuve d'une naïveté coupable. Les ouvriers africains progressistes doivent tisser des liens solides avec les paysans qui partagent les mêmes idéaux de progrès et de dignité, ils doivent identifier parmi les hommes ou femmes d'affaires, ceux et celles qui sont les compradores ou de véritables entrepreneurs soucieux de la qualité des produits et conscients du pouvoir d'achat des Africains. Ils ne peuvent pas ne pas établir des liens de partenariat, d'alliance solide avec les intellectuels acquis à la cause de la libération et du progrès de l'Afrique. Quelles fractions de la bourgeoisie au niveau international ont intérêt à investir en Afique ? Les débats sur la stratégie et la tactique que les communards parisiens, les bolchéviks russes, les révolutionnaires maoïstes n'ont pas pu éviter, il est bon que les Africains s'en imprègnent sérieusement, non pas pour réediter des NEP ou des communes populaires, mais pour voir, comment, à la lumière de leur propre histoire et celle des autres peuples du monde, apporter une contribution décisive à la gestion et au renouvellement du capital humain, scientifique et technique.

    III/ Enfin le débat a ceci d'utile qu'il permet de bien situer les responsabiltés des différents acteurs engagés dans la voie de la rebellion contre la situation désastreuse africaine. Ceux ou celles qui savent ce qu'ils, elles, doivent faire, doivent se mobiliser, s'organiser pour bien accomplir leur missions. Les Etats progressistes savent ce qu'ils ont à faire, les acteurs sociaux, culturels, scientifiques etc de même. Des mécanismes de coordination, des observatoires, des évaluations doivent être établis ou affinés, des priorités stratégigues dégagées. Alors l'idéal va nourrir constamment des projets et programmes qui mettront l'Afrique debout, la rendront épanouie et humaines.

    Des pistes d’actions générales et spécifiques sont ainsi ouvertes.

    1. Les forces socio politiques et mouvements culturels du panafricanisme devraient dans leur agenda, prendre en charge l'approfondissement et le média des idéaux de la Renaissance Africaine dans leur propre pays et à l'extérieur.

    2. Les enseignants devraient se battre pour que le thème de la Renaissance Africaine figure en bonne place dans les programmes d'enseignement surtout en histoire et en philosophie, aussi bien dans les programmes du secondaire que de l'enseignement supérieur.

    3. Les Universités et instituts supérieurs de recherche devraient accorder une place importante, au moins à une langue africaine de grande diffusion, haoussa, pulaar, mandinka, yoruba, etc et au swahili ;cette dernière devrait progressivement devenir la langue principale de la Renaissance africaine.

    Son enseignement dans les établissements scolaires des autres régions d'Afrique devra être planifié, de même que dans le secteur non formel, par le biais des ONG par exemple. C'est par des actions de ce genre que la Renaissance africaine cessera d'être une utopie. Ce sont des rêves qui ont frayé la voie aux grandes causes et ont permis le progrès de l'humanité.

    La graine de la nouvelle Afrique est dans le fumier, la Renaissance est possible. Le soleil qui a bronzé les Africains est une source d'énergie qui fera tourner en Afrique les industries les laboratoires, éclairera les esprits et les rues et sentiers, demeures et villes, si les Etats, les Universités, les médias les citoyens y mettent les moyens à la hauteur des enjeux.

    Les articulations entre questions économiques, politiques et culturelles doivent être assurées. C’est heureux qu’au début du millénaire des plans soient proposés comme celui du Millenium Africain Plan (MARP) à l’initiative du Président Mbéki de la République Sud Africaine, soutenu par Obansago du Nigeria et Boutiflika d’Algérie, celui dit Omega proposé par le Président Sénégalais Abdoulaye Wade. La CEA (Commission Economique pour l’Afrique) a assuré à travers un document intitulé compact une articulation et mise en œuvre des deux (2) plans. Ce document unique a été présenté à l’occasion du sommet de l’OUA de Juillet 2001 à Lusaka d’abord sous une appellation provisoire « Nouvelle Initiative Africaine puis « Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique ». C’est au processus qui a conduit au NEPAD, programme ambitieux, complexe, controversé

    L’Université de Dakar a décidé de célébrer cette année le 20e anniversaire de l’hommage à Cheikh Anta Diop de manière tout à fait particulière :

    1. en participant à la commémoration de la journée de sa disparition le 7 Février 1986 sur le thème de la reconstruction de l’Afrique

    2. en donnant un cachet particulier à la journée du 30 Mars (la journée du parrain de l’Université publique de Dakar appelée depuis 1989 Université Cheikh Anta Diop, donc trois (3) ans après la disparition. Le thème retenu est l’Etat fédéral africain.

    3. en contribuant de manière significative au colloque que veut organiser l’Union Africaine à Dakar sur le thème vingt après : l’héritage intellectuel et scientifique de Cheikh Anta et les défis de la construction de l’Afrique au 21e siècle.

    4. enfin en contribuant à mettre en relief l’apport du savant sénégalais dans le processus de la préparation de la prochaine grande rencontre des intellectuels d’Afrique et de la diaspora prévue au Brésil en 2006.

    * Veuillez envoyer vos commentaires à

    * Babacar DIOP Buuba, Historien, Maître de Conférences, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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  • « Toute personne vivant dans un des pays qui bordent l’Atlantique, porte en elle l’empreinte de la traite des Noirs, comme un gène non reconnu. Nous sommes tous des descendants de ceux qui en ont souffert et de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, en ont profité. La traite des Noirs atlantique est le fondement sur lequel a été construit l’imposant édifice de la mondialisation.»

    « N’est-il pas temps que l’Afrique mette sur place sa propre commission qui serait consacrée à la condition de la Diaspora africaine et chargée d’identifier et d’exposer toute forme de discrimination à l’encontre de personnes d’origine africaine, quels que soient leur pays de résidence et leur nationalité, ainsi que d’éliminer ces discriminations? »

    Ama, histoire de la traite des Noirs atlantique, le premier roman de Manu Herbstein, a récemment paru en Afrique du Sud chez Picador Africa. Ce livre a remporté le prix du meilleur roman débutant des Ecrivains du Commonwealth pour l’année 2002. Situé vers la fin du 18e siècle, il raconte l’histoire d’une jeune femme qui se fait capturer, est réduite à l’esclavage dans la savane de l’Afrique occidentale avant d’être transportée au Brésil. Ci-dessous, Herbstein médite sur le contexte historique de son roman et sur certaines implications contemporaines qu’il sous-entend.

    Il y a une quarantaine d’années que le Britannique Hugh Trevor-Roper, professeur d’histoire de grande renommée, dit au public de la BBC : « Peut-être qu’à l’avenir il y aura de l’histoire africaine à enseigner. Mais, à présent, il n’y en a pas: à part l’histoire des Européens en Afrique, il n’y a que l’obscurité…»
    Vers 1772, Ama s’occupe paisiblement de ses propres affaires chez elle dans la savane de l’Afrique occidentale. Elle est sur le point d’être submergée par les vagues, les tsunamis, de l’histoire, de l’histoire africaine et européenne, qu’elle connaît à peine. Résidente d’une société préindustrielle paisible et rurale, on pourrait excuser son ignorance. Or, étant donné la profession et le statut de Trevor-Roper, l’ignorance de ce dernier est injustifiable. Aujourd’hui, sauf chez les spécialistes, cette ignorance de l’histoire demeure hélas très répandue.

    Je ne suis pas historien. En effet, je ne suis pas universitaire. Je vous demanderais donc d’aborder sous toutes réserves le résumé du contexte historique que je vais vous proposer. Vous pourriez accéder d’un seul coup aux textes dont j’ai fait usage en consultant le site qui accompagne le livre : www.ama.africatoday.com . Il vous faut aussi vous rappeler qu’une bonne partie de notre connaissance de l’histoire de l’Afrique occidentale a des sources européennes qui pourraient être dénaturées par leur héritage idéologique involontaire.

    Pour revenir à la métaphore du tsunami, je vais vous décrire brièvement la terre aride sur laquelle Ama (ou Nandzi, pour lui donner son prénom d’origine) se trouve au début du roman, ainsi que chacune de ces multiples vagues de l’histoire qui menacent de l’engloutir : les histoires, si l’on peut les dissocier, du Dagbon, de l’Asante et de l’Europe ; de l’or, du kola et du sucre.

    La colonisation du Soudan en Afrique occidentale
    Si l’on se fie à l’histoire classique, la colonisation de l’Afrique occidentale serait en termes paléontologiques assez récente. Ses débuts remonteraient à la dernière période glaciaire, époque où le Sahara était vert. La découverte récente de fossiles d’hominidés au Tchad pourrait exiger un réexamen majeur de cette partie de l’histoire.

    Quoi qu’il en soit, la pratique de l’immigration auraient été au début graduelle, se faisant en petit nombre.
    Au cours des siècles, le Soudan occidental, cette région de la savane qui se trouve au sud du Sahara, se peuple. Bon nombre de personnes vivent dans des sociétés acéphales. Certaines de ces sociétés, qui passionnent les anthropologues, existent toujours. Les habitants de la communauté à laquelle appartient Ama, qui se nomment les Bekpokpam, connus généralement comme les Konkomba, en sont un exemple. Comme l’on pourrait s’y attendre, ils développent une culture en étroit rapport avec leur environnement. Pour n’en citer qu’un exemple, leurs pratiques religieuses traitent de la protection de l’homme face à un climat qui est souvent hostile ainsi que l’incitation à la fertilité, celle de la terre ainsi que celle de la femme.

    La tendance est que les événements historiques sont rapportés dans le but de refléter la gloire des dirigeants puissants. Puisque les Konkomba n’ont pas de tels dirigeants, ils retiennent peu de leur histoire. Ce dont ils se souviennent surtout est leur tsunami, le moment où ils furent écrasés par des envahisseurs montés venant du nord.

    Le Dagbon
    Les envahisseurs s’appellent les Dagomba ; leur état est connu sous le nom de Dagbon.
    Au 16e siècle, ou peut-être même plus tôt, les ancêtres des Dagomba vivent aux environs du Lac Tchad. Les déprédations par les ‘Blancs du désert’, c’est à dire les pillards bédouins, les gênent et ils décident de fuir. Pendant au moins une génération, ils font le coude du fleuve Niger, et subsistent sur les recettes de leur brigandages occasionnels. Ils s’installent enfin aux alentours de ce que l’on connaît maintenant comme la ville de Tamale, au nord du Ghana et vers la frontière du Togo à l’est, où ils établissent leur capitale, Yendi. C’est le pays des Konkomba : certains d’entre eux capitulent et se font absorber par les envahisseurs alors que d’autres retiennent obstinément leur propre identité.
    Au début du 18e siècle, influencé par les négociants hausa, le Dagbon embrasse l’Islam. Chaque année après la saison des pluies, les marchands hausa arrivent à la recherche du kola.

    Le kola
    Au début la forêt tropicale barre la voie depuis la savane jusqu’à la côte atlantique et pose donc problème à l’immigration ; cependant le fleuve Volte ouvre un passage. Il existe donc une bande côtière peuplée, séparée de la savane par une superficie de forêt large de 200 km.
    L’état naturel de la forêt tropicale est un facteur majeur déterminant comment et à quelle vitesse elle peut être pénétrée par l’homme. La voûte de la forêt est tellement épaisse que peu de lumière filtre jusqu’au sol. La végétation au ras du sol est par conséquent clairsemée. Des chasseurs audacieux à la recherche de gibier sont les premiers hommes à y pénétrer. A la longue, certains s’y installent. Les arbres sont énormes et étroitement espacés. Il faut une main-d’œuvre importante pour déblayer du terrain pour l’agriculture. La qualité peu productive des terres tropicales ne fait qu’augmenter les difficultés. A la suite de seulement trois ou quatre récoltes, les substances nutritives s’épuisent et les rendements décroissants contraignent l’agriculteur à dégager d’autres sites.

    De puissants intérêts économiques, tels l’or et le kola, sont essentiels pour rentabiliser la colonisation.
    L’arbre du kola est indigène de ces forêts. Ses graines tombent au sol, où elles peuvent être ramassées. La ‘noix’ du kola, qui est de la taille d’un pouce, est une graine de couleur rose et blanche. Elle produit un léger effet narcotique et est censée couper la faim et la soif. Sa valeur économique provient du fait que l’Islam n’en interdit pas l’usage. Afin de réaliser cette valeur, il faut de la main-d’œuvre pour dégager le sol au dessous des arbres du kola, pour recueillir les graines, et les transporter dans des paniers portés sur la tête jusqu’aux entrepôts au delà de la partie nord de la forêt. Le marché du kola englobe le monde islamique.

    L’or
    Depuis le 8e siècle de notre ère, les fournisseurs les plus importants d’or pour la région de la Méditerranée sont, dans un premier temps, les royaumes du Soudan occidental, le Ghana antique et par la suite le Mali et le Songhaï. Chaque année ils exportent en moyenne une tonne d’or à travers le Sahara. L’or de l’Afrique occidentale fait un apport vital à la monétisation de l’économie méditerranéenne à l’époque médiévale.

    Les écoliers de L’Afrique occidentale étudient la vie de Mansa Musa, roi du Mali décédé en 1337. Lors du pèlerinage du Hadj, Mansa Musa emporte 100 cargaisons d’or par chameau et en distribue une telle quantité au Caire et à la Mecque que le marché s’effondre.
    Le commerce d’or trans-saharien atteint son apogée vers la fin du 17e siècle. Avec le temps, les gisements d’or s’épuisent et les Maliens lancent des missions exploratrices à travers l’Afrique occidentale à la recherche de nouvelles réserves d’or. Ils en découvrent une riche source dans la forêt de ce qui est actuellement le Ghana. A ce moment-là, il y a de la concurrence parmi les acheteurs européens se trouvant sur la côte.
    Le commerce du kola ainsi que l’exploitation de l’or nécessitent une certaine main-d’œuvre, ce qui est vrai aussi pour le développement de l’agriculture, pour soutenir les mineurs, les porteurs et les nouveaux aristocrates, descendants des premiers colonisateurs. L’artillerie et la poudre à canon, achetées auprès des Européens vivant sur la côte, offrent le moyen d’obtenir cette main-d’œuvre.

    Vers la deuxième moitié du 17e siècle, le développement graduel de cette économie forestière a déjà atteint un niveau où l’établissement d’un grand état centralisé devient viable.

    Les Européens : Portugais, Hollandais et Britanniques
    Pendant la période 1400-1600, l’Europe, émergeant de la léthargie du Moyen Age, témoigne de la renaissance du nationalisme, ainsi que de la transformation politique du féodalisme en état des nations. L’exploration de l’Atlantique mène à l’emplacement d’empires commerciaux européens et, à la longue, à la révolution industrielle. La traite des Noirs atlantique joue un rôle important dans la croissance de l’économie européenne.

    Les Portugais savent qu’il y a de l’or en Afrique occidentale; leur objectif est de contourner le commerce saharien et d’accéder à l’or par la petite porte. En 1482, 5 ans avant que Bartolomeo Dias ne double le Cap, arrivent l’aristocrate portugais Dom Diego d’Azambuja et plusieurs navires à un village sur la côte de ce qui est aujourd’hui le Ghana. Ses navires sont chargés de matériaux de construction et, après avoir négocié avec le chef local, il se met à construire un château en pierre et en brique, que les Portugais nomment Elmina. Vers 1486, le Château Saint-Georges construit par Azambuja est en grande partie achevé.
    Le Château Saint-Georges à Elmina est le bâtiment européen le plus ancien toujours existant des régions tropicales. Il constitue un repère utile, symbolisant les débuts du processus d’expansion mondiale du pouvoir européen, que l’on connaît de nos jours comme la mondialisation.

    En 1637, 15 ans avant l’arrivée de Van Riebeeck au Cap, les Hollandais chassent les Portugais du Château Elmina. Ceux-là y restent pendant 235 ans jusqu'en 1872 où s’apercevant qu’il n’y a aucun avantage économique ou politique à gagner en y restant, ils vendent l’édifice, alors considérablement agrandi, aux Britanniques.

    J’ai visité le Château Elmina pour la première fois en 1961 ou 1962. A l’époque, il servait d’école de formation pour la Force Policière du Ghana et n’était pas ouvert au public. Je vivais et travaillais à Cape Coast, à environ 15km à l’est d’Elmina. L’un des enseignants sud-africains qui vivaient là-bas, Manilal Moodley (qui allait par la suite devenir le premier médiateur du Zimbabwe) entretenait de bonnes relations avec le Commissaire de l’Ecole de la Police. Mani m’a accompagné lors de ma première visite au Château. J’ignorais totalement les implications de l’existence du château ainsi que celles de plusieurs autres châteaux pour esclaves qui bordent la cote ghanéenne. Je dois avouer que je suis resté dans cet état d’ignorance pendant plusieurs années. Je suis réconforté par le fait que je n’étais pas seul à cet égard. Ma sœur Ama Ata Aidoola, romancière ghanéenne de renom, me dit beaucoup plus tard : « J’ai grandi à l’ombre de ces châteaux, mais personne ne m’a jamais dit ce qu’ils étaient ni ce qu’ils signifiaient. »

    Le premier chapitre de Ama se situe au Château Elmina ; il est basé sur une histoire que les guides touristiques racontent encore. L’histoire elle-même fait partie du chapitre 13. Contrairement au reste du roman, il a nécessité peu de recherche.

    L’Asante
    Revenons à la forêt.
    En 1700 Nana Osei Tutu établit la confédération de l’Asante, Asanteman, avec comme capitale Kumase. Son économie est basée sur l’export du kola et de l’or. Elle vend de l’or aux Hollandais en contrepartie d’artillerie. La Confédération s’en sert pour conquérir et faire agrandir son empire. La conquête des états avoisinants lui fournit la main-d’œuvre dont elle a besoin pour miner l’or ainsi que pour ramasser et exporter le kola. Elle vend la main-d’œuvre qui est en excès de ses besoins aux Hollandais et aux Anglais vivant sur la côte.

    L’Asante impose des restrictions sévères aux activités des étrangers exerçant le commerce au sein dans leur territoire. Les Européens sont confinés dans des zones spécifiques autour de leurs châteaux et de leurs forts situés sur la côte. Les marchés du kola se trouvent sur la rive nord du fleuve Volte que les négociants hausa n’ont pas le droit de traverser. Afin de renforcer son contrôle des routes commerciales du kola, l’Asante envahit le Dagbon, d’abord en 1744, et de nouveau en 1772. L’Asante poste un consul à Yendi, capitale dagomba, pour assurer la livraison d’un tribut annuel. Celui-ci comprend un certain nombre de moutons et de chèvres, un certain nombre de tissus de coton et de soie, ainsi que 500 esclaves. L’Asante accepte qu’aucun de ces esclaves ne soit dagomba. Alors chaque année le Ya Na, dirigeant dagomba, envoie des troupes de pillards afin de capturer des esclaves pour les livrer à Kumase. Bon nombre de ces captifs sont konkomba. Nandzi, qui sera plus tard connue comme Ama, en fait partie.

    Le travail des esclaves contribue considérablement à l’économie de l’Asante. Pourtant l’esclavage qui est pratiqué par l’Asante diffère fondamentalement de la pratique ‘possessive’ de l’esclavage à l’européenne, à tel point qu’il est absurde d’utiliser le même terme pour décrire les deux pratiques. En Asante, les esclaves s’assimilent à la population dans l’espace d’une génération et deviennent quasiment citoyens. En effet, la législation en Asante encourage l’intégration en interdisant la divulgation publique des origines des citoyens.

    Vers la fin du 18e siècle l’Asante a déjà établi une suprématie politique sur les territoires qui comprennent la majeure partie du Ghana contemporain ainsi que les régions de l’est central et du sud-est de la Côte d’Ivoire. C’est un état riche, sophistiqué et complexe. Il entretient de grandes réserves monétaires qui incluent le ‘Grand Coffre’ de la trésorerie qui contient quelques 200,000 onces d’or (à savoir 5 ou 6 tonnes) à son plein.

    L’Europe et l’Afrique
    Il peut être instructif de considérer certains aspects de la situation européenne des 25 dernières années du 18e siècle. La Grande Bretagne, émergeant comme pouvoir prééminent, sert d’exemple.
    En 1775 Georges III signe un ordre libérant du servage femmes et enfants (beaucoup d’entre eux ayant moins de 8 ans) qui travaillent dans des mines de charbon et de sel en Grande Bretagne, dans des conditions peu différentes de celles de l’esclavage. L’année suivante, le Parlement britannique débat et rejette le premier projet de lot visant à interdire l’esclavage en Grande Bretagne et dans ses colonies. 32 ans passent avant que le commerce des esclaves ne soit interdit, et encore 27 ans avant que la pratique de l’esclavage elle-même ne devienne illégale.

    Roy Porter affirme qu’à cette époque en Grande Bretagne, les criminels sont publiquement fouettés, mis en pilori, et pendus ; jusqu’en 1777 les têtes des Jacobins sont embrochées au Temple Bar. En 1800 il y a quelques 200 délits capitaux en Grande Bretagne. Plusieurs exigent la pendaison pour des délits mineurs tels que le vol à la tire des biens d’une valeur de plus d’un shilling. La peine pour le braconnage est souvent la transportation.

    A cette époque les Britanniques se lavent rarement. Avant que le coton ne devienne bon marché, il se trouve que le lavage vestimentaire pose un inconvénient. Les enfants en particulier sont souvent cousus à l’intérieur des mêmes habits tout l’hiver durant. Le port de sous-vêtements est nouveau et la pratique n’est pas très répandue. Les riches gardent des pots de chambre dans les buffets de la salle à manger pour éviter d’interrompre la conversation des messieurs. L’état de l’hygiène alimentaire est au même niveau que celui de l’hygiène personnelle. Les routes débordent d’excréments humains et de chevaux. C’est un monde à la bougie et à la chandelle à la mèche de jonc.
    En 1800 il n’y a aucune douche publique à Londres. En 1945 Thomas Astley en écrivant sur les Noirs de la Côte-de-l’Or, leurs Physiques, Personnalités et Tenues Vestimentaires, constate par contre qu’ « ils se donnent beaucoup de peine en se lavant matin et soir et [qu]’ils s’oignent à l’huile de palme ».

    En 1771, 107 vaisseaux négriers partent de Liverpool avec à bord 50,000 esclaves de l’Afrique. Le commerce colonial de cette époque constitue un tiers du commerce britannique. Dans les années 1780, les négriers britanniques sont en tête de liste au niveau international, transportant plus d’esclaves de l’Afrique qu’aucune autre nation. Vers 1790, les capitalistes britanniques ont déjà investi quelques 70 millions de livres sterling dans l’économie sucrière antillaise, économie qui dépend presque exclusivement du travail fait par les esclaves. Pendant le 18e siècle, les négriers britanniques transportent un million et demi d’Africains. La traite des Noirs est un pilier essentiel de l’économie de la ville portuaire de Liverpool au 18e siècle, étayant la croissance du commerce et des transports maritimes. Il n’est guère surprenant que les marchands de Liverpool s’opposent avec tant de ferveur à la législation qui en 1807 déclare illégale la traite des Noirs.

    Le sucre et la traite des Noirs
    Quelle est l’origine de la traite des Noirs? En voici une explication simple, peut-être incomplète. Pendant leurs voyages explorateur, les Européens découvrirent et rapportèrent chez eux 3 boissons, toutes amères : le cacao, le café et le thé, ce qui explique la hausse spectaculaire dans la consommation européenne du sucre (en Grande Bretagne, par exemple, 200,000 livres en 1690 ; 5, 000,000 livres en 1760). Ajoutez-y le tabac, le riz et le coton, et la main-d’œuvre nécessaire pour cultiver ces produits agricoles sous les tropiques, et voilà.

    Ama et l’héritage de la traite des Noirs
    L’historien John Hunwick se dit désireux de «voir l’esclavage vu dans la perspective des Africains qui en étaient victimes. » Mais ces Africains sont décédés depuis longtemps, et il n’y a presque aucune preuve écrite de leur expérience. Qui pourrait parler à leur nom?
    L’historien français Claude Meillassoux écrit : « Alors que la traite des Noirs détruisait la paysannerie qui voyait leurs enfants et surtout leurs filles se faire emporter par des bandits armés pour être vendus aux marchands, cela enrichissait les agents et les marchands dans les villes ainsi que la noblesse, les soldats endurcis par les combats et les flagorneurs associés aux cours royales. Par un travestissement de la mémoire, la somptuosité des rois pillards a laissé son empreinte sur la région dans sa façon de se rappeler la traite des Noirs florissante et les gloires du passé, alors que la mémoire des paysans qui en étaient victimes a été oblitérée par leur misère. »

    Dans le roman Ama, j’essaie de recréer une telle mémoire.
    Lord Hugh Thomas écrit : « Tout historien qui étudie la traite des Noirs est conscient de ce grand fossé qui existe dans l’histoire. L’esclave demeure un guerrier inconnu de tous mais qui est invoqué par les moralistes des deux côtés de l’Atlantique. Même si la mémoire de celui-ci est conservée dans des musées qui étaient autrefois des ports négriers, depuis Liverpool jusqu’à Elmina, elle demeure muette et, par conséquent, lointaine et insaisissable. »

    Dans Ama j’ai essayé de donner une voix à ce guerrier inconnu.
    Ce n’est pas à moi de juger si j’ai réussi. A l’avis du feu Paul Hair, lui aussi historien de la traite des Noirs : « Les sentiments et les souffrances des esclaves sont en partie inimaginables ... Les descriptions standard qui privilégient les aspects que la classe moyenne contemporaine imagine sans difficulté, ne peuvent raconter toute l’histoire. » Peut-être eut-il raison.

    Quatre cents ans dans l’histoire de humanité nous paraissent longs. Cela fait moins de quatre cents ans que le débarquement en Afrique du Sud de Jan Van Riebeeck changea le cours de l’histoire de ce pays.
    La traite des Noirs trans-atlantique durait quatre cents ans.

    La vente d’esclaves africains à Lisbonne remonte aussi loin qu’à 1441. Il fallut attendre 1850 avant que la traite des Noirs ne devînt illégale au Brésil, et 1888 avant que l’esclavage lui-même ne fût enfin aboli dans ce pays. Pendant ces 400 ans, des vaisseaux américains et européens transportaient de force quelques 12 millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains vers les côtes lointaines de l’Atlantique. Encore des millions mouraient pendant le trajet vers la côte, dans les cachots ou baraques où ils étaient rassemblés, ainsi que durant le cours du fameux ‘Passage central’ ou ‘Middle Passage’.
    Par hasard ou par chance, les marchands négriers de l’Atlantique contournèrent l’Afrique du Sud : ils prirent beaucoup d’esclaves de l’Angola et certains du Mozambique mais aucun, à ma connaissance, de l’Afrique du Sud. Nous avons, bien sûr, notre propre version de la traite des Noirs mais celle-ci est une histoire différente.

    A mon avis, Ama est un roman important. En l’affirmant je ne fais aucune prétention quant à sa valeur littéraire : c’est aux autres de la juger. Or, à l’exception peut-être de deux autres textes peu connus qui sont tous deux épuisés, ce livre est, à ma connaissance, la seule tentative de raconter cette histoire du point de vue d’un esclave africain, tout en employant les données des recherches historiques qui nous sont maintenant disponibles. C’est une histoire qui aurait peut-être dû être écrite par un Ghanéen. Mais l’Afrique occidentale ne commence qu’émerger maintenant d’une longue période d’amnésie collective en ce qui concerne l’esclavage. Les dégâts qui ont été faits par la traite des Noirs au niveau de la psyché sont profondément fichés dans le subconscient individuel et collectif. Selon un historien, la corruption institutionnalisée endémique en Afrique de occidentale remonterait aux pratiques développées durant la période de la traite des Noirs.

    La situation de l’autre côté de l’Atlantique est tout autre. Lorsque les pèlerins noirs venant des Amériques visitent les cachots d’esclaves aux châteaux d’ Elmina et de Cape Coast, ils sont souvent accablés par l’expérience et en sortent épuisés et en larmes. Ils sont nombreux à porter dans leur for intérieur la souffrance de leur histoire familiale. Elle est transmise de génération en génération. Et la raison n’est pas difficile à trouver.

    Depuis l’Argentine jusqu’au Canada - au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Pérou, en Uruguay, et même au Venezuela, et, disent certains, même à Cuba, les descendants des esclaves africains sont défavorisés sur le plan social et économique. Ils sont nombreux à souffrir de la misère chronique et connaissent la discrimination dans tous les domaines. Aux Etats-Unis, l’esclavage est un sujet qui en général n’est pas librement discuté entre les Blancs et leurs compatriotes noirs. Cela ne représente que l’un des symptômes d’un malaise profond et à peine reconnu dans ce pays. Jusqu’à ce que les Etats-Unis, et en particulier le système éducatif, reconnaissent que le pays fut construit sur des fondements d’abus flagrants envers des générations d’Africains, immigrants et travailleurs de force, sans parler du génocide infligé aux autochtones, ce pays ne dormira pas tranquille.

    Et qu’en est-il alors de l’Europe ? Toute personne vivant dans un des pays qui bordent l’Atlantique, porte en elle l’empreinte de la traite des Noirs, comme un gène non reconnu. Nous sommes tous des descendants de ceux qui en ont souffert et de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, en ont profité. La traite des Noirs atlantique est le fondement sur lequel a été construit l’imposant édifice de la mondialisation.

    Nous sommes rabaissés pour avoir manqué à faire face à cette histoire. Tant qu’une seule personne d’origine africaine souffre de la discrimination en raison de son héritage, tous les Africains en sont rabaissés, Nelson Mandela est rabaissé, Thabo Mbeki l’est aussi, John Kuffour, président du Ghana, l’est autant. Et ce ne sont pas seulement les Noirs, les Africains qui sont rabaissés: tous les êtres humains le sont, nous sommes tous rabaissés.

    Un Britannique a eu l’audace d’établir une Commission africaine. N’est-il pas temps que l’Afrique mette sur place sa propre commission qui serait consacrée à la condition de la Diaspora africaine et chargée d’identifier et d’exposer toute forme de discrimination à l’encontre de personnes d’origine africaine, quels que soient leur pays de résidence et leur nationalité, ainsi que d’éliminer ces discriminations? Peut-être avons-nous besoin d’une Commission pour la vérité et la réconciliation internationale qui serait chargée d’exposer le grand mal que les Européens et leurs descendants à travers le monde ont infligé à d’autres nations dans le courant de leur conquête de la planète. Cela pourrait mener à une certaine catharsis, qui nous amènerait peut-être à un monde meilleur qui serait fondé sur la solidarité humaine plutôt que sur l’avarice, le patronage et la charité.

    En mars 2007, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’abolition de la traite des Noirs, je prévois que le rythme auquel se congratuleront les pouvoirs établis britanniques, atteindra des proportions épidémiques. Serait-il trop ambitieux de viser à célébrer en 2034, 200 ans après l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, l’élimination totale de tous ses effets matériels et psychologiques? J’espère que la publication de ce roman fera une petite contribution à cette fin.
    © Manu Herbstein

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    * Texte traduit de l’original sous la direction de Vanessa Everson (maître de conférences à l’Université du Cap) par Frances Chevalier et Kesini Murugesan

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  • Contributor | Gouvernance

    La sixième réunion ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s’est terminée juste avant Noël, mais les résultats ne représentaient pas de cadeau pour l’Afrique. L’accord général était que le « projet de développement » n’a pas réussi à cacher des pertes dans les domaines de services, de l’agriculture et des subventions aux exportations. Dans cet article, Mohau Pheko et Liepollo Lebohang Pheko, du « Gender and Trade Network », montrent que l’assemblé à Hong Kong a créé un programme de « contre-développement » pour l’Afrique et ses habitants, surtout les femmes.

    L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ressemble à un jeu complexe dans un casino. Les participants parient, créent et recréent des équipes – le G90, le G33, le G20, le 11 NAMA (l’accès au marché non-agricole) et, bien sûr, les quatuors de pays les plus riches de l’Union Européenne (UE), le Canada et le Japon. Comme toujours dans les pourparlers entre les pays riches et les pays pauvres, les règles du jeu changent selon les caprices des riches. En fin de compte, les pays riches industriels, en conspirant et en faisant des gestes vides (voir le programme « aide pour commerce » par exemple), gagnent de plus en plus de concessions des pays pauvres africains. Encore une fois – ce sont les pauvres qui ont perdu.

    A Hong Kong, les riches ont consacré beaucoup de temps à préparer des programmes de « développement » - ceux qui visent à diviser et à conquérir. Ce programme était un cas de romance sans finance – il était vide, dérisoire et basé sur des prêts qui augmenteraient les problèmes financiers des pays africains les plus pauvres. Les pays les moins développés, qui ont essayé de résister à ces programmes nuisibles, étaient attaqués pour leurs efforts visant à « causer l’échec du sommet ».

    Le sommet a même fait la sourde oreille à l’audace extraordinaire des parlementaires africains, qui ont insisté pour « la résolution des inquiétudes concernant le développement des négociations élevées par les membres africains ». Les ministres de commerce africains n’étaient pas en accord, et ils ont soutenu le dernier texte, avec tous ses défauts. Après six journées d’acrimonie dans les négociations, tout le monde, même le trio de l’UE, les Etats-Unis et Pascal Lamy, le secrétaire général de l’OMC, est conscient de ce qui a eu lieu au sommet. Les problèmes auxquels l’OMC fait face ont été dissimulés pour éviter un troisième échec du sommet. La conclusion des négociations indique que le système de « commerce libre » est hypocrite, incohérent et inefficace, surtout pour les femmes africaines. Le sommet de l’OMC à Hong Kong a avec réalisme souligné ces contradictions.

    On ne peut pas rejeter toute la faute sur les pays riches ; ils avaient à coopérer avec des pays du Sud pour réussir à créer une compromission trompeuse. Les coupables sont les pays du groupe « G-20 », surtout ceux qui ont des économies émergentes – le Brésil, l’Inde, la Chine, le Pakistan et l’Afrique du Sud. Sous la direction de Celso Amorin (Brésil) et Kamal Nath (Inde), le groupe « G-20 » a dupé les pays en développement, en échange de l’accès au marché agricole pour le Brésil et de la délocalisation des services pour l’Inde. A la suite de ces affaires, les pays en développement auront à subir l’accès agressif au marché de services. Les pays africains devront accorder aux investisseurs étrangers les mêmes droits qu’aux fournisseurs locaux dans le domaine de services importants comme la distribution d’eau. Ceci représente une attaque contre les services publics, les services sur lesquels les femmes comptent pour leurs familles. En Afrique du Sud, ceci travaillera contre les efforts à promouvoir l’amélioration de la situation économique des noirs et des femmes. Ces groupes seront en compétition avec des investisseurs étrangers dans le tertiaire.

    D’après l’adoption d’une formule suisse sur l’accès au marché non-agricole (NAMA), les pays africains auront à casser les prix pour ce qui concerne leurs frais industriels. Ceci pourrait conduire à la chute de l’industrie locale, la diminution du développement industriel, et une importante perte d’emplois dans les domaines du minage, de la pêche et de l’industrie. On verra aussi la destruction de l’industrie artisanale des femmes et le remplacement des fabricants locaux.

    Quant à l’agriculture, les intérêts critiques de l’Afrique ont été ignorés. L’échéance de la subvention aux exportations en 2013, qui équivaudra à trois milliards d’euros, est insignifiante auprès des 55 milliards d’euros de dégâts que des fermiers africains auront à essuyer à cause des mesures de soutien domestique dans les pays occidentaux. Il est clair que les pays riches, surtout l’UE et les Etats-Unis, ont échappé à ce point de friction. Ce sont les femmes africaines qui ont perdu – elles seront déplacées par de grandes sociétés, comme Monsanto, qui produisent des graines génétiquement modifiées, et qui créent une crise de sécurité alimentaire pour le monde africain.

    L’opposition de certains pays, comme ceux du groupe « G90 » (essentiellement des pays en développement), ainsi que le Venezuela et la Cuba, était annulée grâce à cause de la forte pression exercée par les pays riches. Il est clair que ces pays se sont servis du Doha Development Round pour suivre leur engagement selon l’OMC à ouvrir leurs marchés, même si cette action ne soutenait pas de buts de développement nationaux. Le commerce libre se conduit comme l’idéologie d’un chef religieux dévoyé – faites ce que je dis, pas ce que je fais. Quand les pays africains ont exigé un traitement spécial, les pays riches les ont traités comme un cas de charité. Les pays riches ont aussi intimidé les pays en développement, en leur offrant deux options : à s’adapter à la libéralisation du commerce ou à se cacher derrière le protectionnisme du passé. Ceci représente une fausse dichotomie. La vraie dichotomie se trouve dans le combat entre le développement et les règles inégales du commerce libre tranchées par les pays riches.

    Le sommet à Hong Kong n’est pas devenu un jalon sur le chemin vers le « development round ». Il a plutôt créé un climat de « contre-développement » pour l’Afrique et ses habitants.

    Les gains économiques promis par l’OMC lors de son lancement il y a 11 ans n’ont jamais été matérialisés. Les conditions économiques pour la plupart des Africains se sont détériorées. Ceci évoque une chanson célèbre de Billie Holiday : « them’s that’s got shall get, them that’s not shall lose », qui veut dire « les riches continueront à gagner, les pauvres continueront à perdre ».
    Selon une étude récente réalisée par la Banque Mondiale, les pays pauvres subiront une perte nette si le programme actuel de Doha se prolonge. Il est cynique – même pour l’OMC – d’essayer de déclarer que ces négociations soutenaient le développement. Une perte nette sera subie par la plupart de l’Afrique, les Caraïbes, et la majorité des pays du Proche Orient. Le texte ministériel du sommet de Hong Kong en montre le vrai résultat. Malgré des journées de campagnes publicitaires sur l’importance du développement pour le programme de Doha, l’Afrique a été hypothéquée pour garantir la prospérité future des pays industrialisés les plus riches.

    * Les auteurs sont membres du secrétariat du « Gender & Trade Network in Africa » (GENTA) à Johannesburg. GENTA a participé au sommet ministériel à Hong Kong.

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