Il reste moins d'une décennie aux pays pour atteindre les buts ambitieux étalés dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) -convenus par des dirigeants de la planète à un sommet en 2000. Les huit OMD se focalisent sur la réduction de moitié du nombre de personnes vivant dans la faim et l'extrême pauvreté, la réalisation de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de genre et la réduction de la mortalité infantile, tout ceci d'ici à 2015.
Tagged under GouvernanceAlors que la famine continue de ravager des parties du Kenya, une organisation non gouvernementale est en train de demander aux autorités de réduire le coût des produits alimentaires de base, en particulier la farine de maïs -l'aliment de base. Une étude réalisée par le groupe 'Bunge la Mwananchi' a indiqué que même si les vivres sont vendus dans des zones affectées, ils sont trop chers pour les gens qui vivent dans ces régions.
Tagged under Gouvernance KenyaInvité de l'émission "Le Grand Rendez-Vous" de TV5 Monde, le président Abdoulaye Wade a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Par ailleurs, il s'est prononcé sur différentes questions d'actualité . "Je serai candidat en 2007. C'est évident que je vais gagner, car vous savez bien que les élections se gagnent avant. Je n'ai pas d'alter ego". C'est en ces termes que le chef de l'État a annoncé sa candidature. Parlant de la situation intérieure au Sénégal, notamment ce qui est convenu d'appeler l'affaire Idrissa Seck, le président Abdoulaye Wade a précisé que l'ex-Premier ministre n'a été blanchi que sur deux chefs d'inculpation. Il reste deux autres.
Tagged under Gouvernance SenegalDe Dakar à Libreville, de Tunis à Nairobi, impossible pour le voyageur de passage, pour peu qu’il lise un journal national ou regarde la chaîne officielle de télévision, d’échapper aux activités de la première dame (ou de la First Lady) locale. Depuis une quinzaine d’années, parallèlement aux avancées de la démocratie formelle et à l’apparition de ce serpent de mer adulé de la communauté internationale qu’est la société civile, la fonction s’est peu à peu institutionnalisée, et la figure à la fois effacée, respectable et maternelle de l’épouse du chef a cédé la place à celle de l’actrice sous les feux de la rampe. Symptôme d’émancipation par le haut de la femme africaine ? Oui et non.
Tagged under GouvernanceAprès la vague d'arrestations pour corruption au Cameroun, les marches organisées pour soutenir le président Paul Biya dans sa "croisade" contre les pilleurs de fonds publics créent la polémique, leurs initiateurs n'étant eux-même pas toujours au-dessus de tout soupçon. Depuis le coup de filet qui a visé fin février une série d'anciens patrons d'entreprises publiques et le ministre de l'Eau et de l'Energie Alphonse Siyam Siwé, limogé pour l'occasion, pas un jour ne passe sans que le chef de l'Etat ne reçoive son lot d'encouragements.
Tagged under GouvernanceDes organisations paysanes et des ONG ont démandé, dans une déclaration pulbiée mercredi a Ouagadougou, aux décideurs de rejeter les accords du 10e Fonds européen de développement (FED). Cette déclaration a été publiée en marge du séminaire régional de programmation du 10è Fonds européen de développement (FED) qui s`est déroulé les 6 et 7 mars à Ouagadougou. Présentes en Afrique de l`Ouest, ces ONG ont préconisé aux Etats de revenir sur le Tarif extérieur commun (TEC) adopté pour la région, afin de préserver la souveraineté alimentaire des Etats.
Tagged under GouvernanceLe chef de l'Etat a dénoncé un projet de coup d'Etat. Il accuse, sans les nommer, trois hommes politiques, des militaires et des policiers.Fin de l'état de grâce? Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, arrivé démocratiquement au pouvoir en août dernier après avoir dirigé la rébellion du CNDD-FDD (essentiellement hutue), a dénoncé lundi soir un projet de coup d'Etat. L'annonce n'a pas manqué de tendre l'atmosphère dans un pays qui sort d'une guerre civile de 12 ans, déclenchée par l'assassinat du premier président hutu démocratiquement élu, Melchior Ndadaye.
Tagged under Gouvernance BurundiLe rapport, qui se nourrit des conclusions des recherches entreprises par l'Institut sur le genre et de plus de 60 études commandées spécialement, centre son analyse sur les réformes économiques et politiques des années 90. Si la plupart de ces réformes ne se sont pas attaquées directement aux inégalités entre hommes et femmes, leurs effets sur ces inégalités ont été cependant examinés de très près. Et quelles que soient leurs intentions, elles ont eu des répercussions importantes et contrastées sur les rapports sociaux entre les sexes et la condition des femmes. Le rapport, qui se nourrit des conclusions des recherches entreprises par l'Institut sur le genre et de plus de 60 études commandées spécialement, centre son analyse sur les réformes économiques et politiques des années 90.
Tagged under GouvernanceLa production des oléagineux au Mali est une longue tradition qui assure un revenu important au monde rural, plus particulièrement aux femmes. Le karité, le sésame et la gomme arabique constituent trois produits phares de cette production qui sont très sollicités sur le marché international et peuvent permettre à notre pays de diversifier ses produits d'exportation et d'augmenter les revenus des populations les plus démunies. La diversification des exportations pour financer lès programmes de développement et de lutte contre la pauvreté est aujourd'hui une volonté affichée du gouvernement.
Tagged under Gouvernance MaliD'après l'union inter-parlementaire de Genève, c'est paradoxalement dans les pays qui sont passés de la guerre civile à la paix qu'on voit le plus de changements. On peut citer des pays comme le Mozambique, l'Afrique du Sud, le Burundi et le Rwanda. Ces pays qui sont dans une sorte de période de transition, ont accordé une certaine attention aux problèmes féminins et ont fait en sorte que celles-ci puissent participer aux débats sur les lois et l'évolution de la société. Le parlement rwandais compte 49 % de femmes, proportion record non seulement en Afrique, mais aussi dans le monde.
Tagged under Gouvernance48 clandestins rescapés des eaux ont été acheminés ce week-end dans la ville de Nouadhibou dans le nord du pays, à 50 km de la frontière avec le Sahara occidental. Selon leur témoignage, plusieurs dizaines de leurs compagnons auraient disparus. Ce lundi les autorités locales ont également repêché 2 corps vers la plage de Laguerra, à quelques kilomètres de Nouadhibou. Dimanche dernier, un pêcheur mauritanien a sauvé 28 clandestins, retrouvés sur une pirogue en bois qui avait chaviré à environ 100 km de Nouadhibou. Il s’agit en majorité de Sénégalais, mais aussi de Bissau-guinéens, et de Gambiens. Les rescapés ont déclarés qu’ils étaient 62 au départ.
Tagged under GouvernanceTsosi oscarisé. L’œuvre du Sud-Africain a remporté la célèbre récompense américaine, dimanche, dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Lors de cette 78e édition de la cérémonie hollywoodienne, Tsotsi était en compétition avec quatre autres films : La bestia nel cuore de Cristina Comencini (Italie), Joyeux Noël de Christian Carion (France), Paradise Now de Hany Abu-Assad (Palestine) et Sophie Choll - The final days de Marc Rothermund (Allemagne).
Tagged under GouvernanceBien que la guerre civile libérienne se soit achevée il y a plus de deux ans, des milliers de personnes ayant trouvé refuge dans des camps situés en Guinée voisine n’ont aucune intention de rentrer chez eux, ni aujourd’hui, ni demain. « J’ai laissé quitté le Liberia. Je n’y retournerai jamais », déclare Betty Farngalo, une jeune femme de 21 ans, qui se tient à l’extérieur de sa maison de banco, dans le camp de réfugiés de Laine. Accueillant actuellement plus de 18 000 réfugiés libériens, ce camp qui a ouvert en 2002, est situé à 75 km à l’est de la ville de Nzérékoré, dans le sud de la Guinée, à un jour de marche de la Côte d’Ivoire ou du Liberia.
Tagged under Gouvernance LiberiaPour ceux qui s'intéressent à l'évolution actuelle du monde et au destin de l'Afrique en particulier, l'Afrique du Sud constitue un terrain privilégié d'observation. Alors qu'une grande partie du continent est engouffrée dans la spirale de la corruption, de la brutalité et de l'autodestruction, l'on peut étudier, ici, les logiques paradoxales d'une société en pleine reconstitution. Pendant que s'amoncellent, dans maints autres pays, les signes d'une décadence certaine, l'on peut y voir, distinctement, en gestation, pour la première fois dans l'histoire de ce Continent Premier, la possibilité d'une modernité postcoloniale qu'il nous faut qualifier d'afropolitaine.
Afropolitanisme et modernité
On sait qu'au nom de la guerre contre la terreur, la grande politique mondiale prend désormais les allures d'un simple retour au militarisme. L'un des pendants de ce nouveau keynésianisme militaire est, entre autres, la nécessité d'identifier et de tuer l'ennemi, tandis que se multiplie, à peu près partout mais surtout en Occident, la traque des immigrants illégaux, la persécution des étrangers et le harcèlement quotidien de tous ceux qui sont différents de par la race et la religion.
Dans une sorte de danse mimétique, l'humanité planétaire semble donc s'être donné une fois de plus rendez-vous avec sa propre violence. Au même moment, en Afrique du Sud s'esquisse, cahin-caha, la possibilité d'un vivre-en-commun sous-tendu non plus par la loi du talion, mais par les exigences moralement plus ardues de la réparation et du pardon, sur la base d'une liberté toujours plus élargie à l'ensemble des domaines de la vie (y compris les plus intimes) et d'un futur ouvert à tous.
Qu'il en soit ainsi ne signifie absolument pas qu'hier Etat paria, l'Afrique du Sud serait devenue, aujourd'hui, le modèle universel d'une autre éthique du politique qu'il suffirait aux autres de copier. Mais il est évident qu'une extraordinaire expérimentation - la plus captivante sans doute de ce début de siècle - est en cours ici, et qu'elle s'accompagne d'un élargissement des frontières de la créativité sociale.
Les dimensions purement politiques et économiques de cette expérimentation sautent aux yeux. Celles qui touchent à la culture et à l'éthique le sont malheureusement moins. Toujours est-il que l'une de ses particularités est d'être le résultat d'un compromis historique - celui qui, en 1994, a facilité le passage de l'État (racial) d'apartheid à une forme démocratique de gouvernement. Viendrait-elle à échouer, toute possibilité de développement du continent serait compromise pendant au moins quelques siècles.
Par contre, son éventuel succès aurait des répercussions considérables non seulement en Afrique, mais aussi ailleurs dans le monde. Le statut de l'Afrique dans le monde en sortirait radicalement changé, tandis que la perception que les Africains ont d'eux-mêmes et de leurs capacités à fonder des sociétés modernes serait à jamais transformée.
La fabrique du multiple
De tous les facteurs qui ont contribué à faire de l'Afrique du Sud le lieu privilégié de cette expérimentation, citons-en trois. Et d'abord ceux qui relèvent de l'histoire - très complexe - de la formation des richesses dans cette partie du monde. Car, si bon nombre de sociétés du continent ont connu, à des échelles variées, la Traite des esclaves ou la colonisation - deux manières d'intégration à l'économie-monde selon le modèle de l'extraversion - l'Afrique du Sud est le seul pays africain à être passé par une véritable révolution industrielle.
Fondée à l'origine sur l'exploitation des mines de diamants et d'or, cette révolution a permis de créer les bases d'une accumulation interne, certes étroitement déterminée par le capital et la technologie (à l'échelle mondiale) d'une part, et les rythmes de la demande mondiale de l'autre. Mais surtout, elle a accéléré la transformation de l'État sud-africain en un État transnational - dimension qui, au demeurant, était présente dès l es origines même de ce pays et qui, à l'ère de la mondialisation, ne peut être qu'un atout.
Viennent, ensuite, les facteurs liés à ce que l'on pourrait désigner la fabrique de la multiplicité, c'est-à-dire, dans ce cas précis, la mise en place de mécanismes, de techniques et de dispositifs de toutes sortes visant à donner un semblant de cohérence à - et à gouverner politiquement et économiquement - une société disparate, composée d'une myriade d'entités raciales, religieuses, ethniques et culturelles plus ou moins distinctes, mais dont les généalogies elles-mêmes sont par ailleurs fort enchevêtrées.
L'on sait qu'ici, le modèle longtemps utilisé pour formater une société aussi protéiforme fut celui de la " guerre des races ". Le propre de la guerre des races est de combiner, dans une seule et même figure de la violence, les caractéristiques d'une guerre de conquête, d'une guerre d'occupation et d'une guerre civile. En Afrique du Sud, la guerre des races prit des formes diverses.
Au moment de la première occupation coloniale, elle consista d'abord à priver, autant que possible, les autochtones de leurs moyens de subsistance (cheptel et récoltes notamment), la conquête militaire allant de pair avec la destruction quasi-systématique des économies domestiques indigènes.
Au moment de la révolution industrielle, elle prit la forme de la mobilisation et de l'administration, sur une échelle que d'autres régions du continent n'ont guère connue, d'une gigantesque force de travail régionale et d'une main-d'oeuvre internationale. Techniques de la guerre et techniques de la production furent associées. Au compartimentage de la force de travail s'ajoutèrent des mesures visant à restreindre et à contrôler la mobilité de la population autochtone, voire son confinement dans des " parcs humains ", le régime de la claustration se traduisant, ici, par la multiplication de véritables enclos territoriaux livrés à une abjecte pauvreté (homelands, compounds, hostels, bantustans et ainsi de suite).
Ce labeur intensif de contrôle de la mobilité du travail et d'assignation territoriale de groupes de populations dans des enclaves aux frontières plus ou moins hermétiques aura été précédé de - et sera accompagné par - la formation d'une classe de grands fermiers blancs. Ces derniers ne devront leurs domaines qu'à la dépossession et la spoliation de larges secteurs de la population noire et sa transformation en squatters ou en main d'oeuvre quasi-servile sur les terres dont elle détenait autrefois la propriété. Le point culminant de ce travail de spoliation sera l'infériorisation juridique des Noirs et leur destitution civique, puis la transformation de millions d'autres en migrants saisonniers.
L'un des résultats paradoxaux de cette prolétarianisation extrêmement poussée a été l'émergence d'un salariat doté d'une réelle conscience de classe, capable de se constituer en une véritable force sociale, de s'organiser dans de puissants syndicats et de soutenir des conflits de gran de ampleur. La mobilisation d'une violence sociale sans précédent dans le reste du continent, de formidables capitaux financiers et techniques et d'une forme de gouvernement toute ordonnée à la séparation des races - tout ceci aura donc permis à ce pays de faire l'expérience d'une accumulation réelle et d'une production de richesse sans commune mesure avec ce qui s'est passé ailleurs en Afrique. Il en est de même de la répartition inégalitaire des revenus selon les races.
Mais on l'oublie trop souvent - le processus de constitution d'une société complexe ne passa pas seulement par l'aliénation des droits des Noirs et leur incorporation asymétrique dans l'ordre économique. Il prit également la forme d'une lente transformation de la population exogène blanche en " population endogène ". Cette transformation s'effectua par le biais de diverses techniques, à commencer par une certaine sacralisation du lien à la terre et au bétail en passant par l'assimilation des savoirs et des arts de faire autochtones, l'invention d'une langue hybride (l'Afrikaans), la co-habitation (sinon la fréquentation) prolongée entre Noirs et Blancs aussi bien dans les lieux de travail que dans les espaces domestiques, les incessants trafics culturels entre maîtres et serviteurs, voire des cas de métissage biologique.
Le cas le plus évident, de ce point de vue, est celui des Afrikaners. L'un des résultats de l' " endogénéisation " des colons et immigrants européens est qu' aujourd'hui, la plus grande partie des citoyens blancs sud-africains ne constitue pas une population étrangère. Il s'agit, désormais, d'Africains d'origine européenne, comme il existe, aux Etats-Unis par exemple, des Américains d'origine africaine.
Le troisième facteur ayant contribué à faire de l'Afrique du Sud un lieu privilégié de la créativité sociale contemporaine est la mise en place dès le début du dix-huitième siècle, des principales technologies, institutions et dispositifs de la société moderne, à commencer par un Etat relativement fort, une bureaucratie formelle relativement rationnelle et suffisamment enracinée dans le temps et dans la culture, des banques, des assurances, d'un droit de la propriété et des échanges, la construction de véritables villes dotées de plans, d'une architecture, bref, des institutions essentielles d'une économie capitaliste.
Par ailleurs, si l'autre forme que prit la guerre des races fut l'érection du racisme en institution, loi et culture, la violence du racisme provoqua, en retour, l'émergence de l'un des mouvements de résistance les plus anciens et les plus sophistiqués du continent (African national congress), la formation d'une classe politique et d'activistes sophistiqués, la création d'une myriade d'organisations populaires et démocratiques, d'une véritable société civile et l'apparition d'une intelligentsia critique.
Aujourd'hui, l'Afrique du Sud représente une puissance économique à l'échelle du continent. Sur la scène internationale, elle joue un rôle comparable à celui qu'exercent le Brésil et l'Inde en Amérique Latine et en Asie respectivement. Multiraciale, multi-religieuse et multi-ethnique, sa formation sociale est composée en majorité de Noirs. Mais elle compte également de très fortes minorités blanche et indienne et nombre de communautés diasporiques en provenance du reste du monde et, de plus en plus, du reste du continent.
Ainsi, par exemple, des diasporas de l'Afrique francophone dans les grandes métropoles de Johannesburg et du Cap. Sans nécessairement relever du " miracle ", le passage de l'Etat racial à l'Etat démocratique est en train de s'accomplir. Il s'agit bel et bien, non pas d'une " décolonisation" dans le sens classique (ou comme on l'a vu sur le reste du continent), mais d'une profonde transition démocratique, sans doute l'une des plus réussies au monde, et qui pl ace l'Afrique du Sud dans la même ligue que l'Espagne au sortir du franquisme ou les Etats du Cône Sud (Brésil, Chili, Argentine), voire la Corée du Sud et maints pays de l'Est-européen.
Aujourd'hui donc, le pays est une démocratie libérale qui repose sur une économie de marché en pleine expansion (bientôt 6 % de croissance annuelle), un Etat relativement fort ou, en tout cas, volontariste, une presse libre, des institutions universitaires fortes et une intelligentsia relativement critique.
Disjonctions
Se posent néanmoins un ensemble de défis qui détermineront sans doute le futur de cette expérience. Le premier est de savoir comment " faire nation" à l'âge de la globalisation. Une fois l'apartheid aboli, l'Afrique du Sud est entrée dans une phase de consommation accélérée que traduit bien la construction, à peu près partout, de gigantesques centres commerciaux (malls), la généralisation des casinos et autres jeux de hasard, l'expansion du secteur des services, de l'immobilier, du tourisme, de la publicité et des produits de luxe.
Ce boom de la consommation est soutenu par une économie dont les taux de croissance annuelle atteindront bientôt 6 % et par l'émergence d'une classe moyenne noire dont les revenus ne cessent d'augmenter.De plus en plus, les différences de classe tendent à effacer celles héritées des années de fer du racisme officiel. En tout cas, déterminants de classe et déterminants de race désormais se superposent ou s'enchevêtrent de manière plus imprévisible que par le passé. Le marché devient le vecteur principal de la constitution des identités, voire du projet politique de dé-racialisation. Il est également le principal pourvoyeur des normes culturelles, des langages communs et des désirs partagés.
Mais le marché crée aussi, par son travail, de nouvelles inégalités et se trouve à l'origine de nouvelles formes de souffrance sociale. Par ailleurs, il apparaît clairement qu'il ne peut, à lui tout seul, constituer le noeud du nouveau lien social dont le pays a besoin au sortir de la guer re des races. La nécessité d'un nouvel imaginaire politique commun se pose donc avec acuité, et ce d'autant plus que l'idéologie du non-racialisme et la rhétorique de la réconciliation ne pourront pas jouer éternellement les fonctions pacifiantes qu'elles jouaient encore il n'y a pas longtemps - la création d'une société conviviale.
D'autre part, le déploiement spectaculaire des signes extérieurs de la richesse dans un contexte de chômage de masse relance le débat autour de la question de la précarité. Si tout dépend désormais du jeu des espèces monnayées, comment prendre soin de ceux qui sont délaissés ? Les efforts du gouvernement visant à alléger la pauvreté sont notables : plus d'un million de logements construits depuis 1994 ; une généralisation de l'accès à l'eau potable et à l'électricité et aux soins de santé primaire ; mise en place d'un revenu minimum d'existence pour les plus démunis (vieillards et enfants notamment).
Mais la crise - très grave - des administrations locales et des municipalités risque de compromettre ce bel effort. Et surtout, il n'est pas évident que l'allocation d'un revenu minimum aux plus démunis constitue en soi une arme efficace de lutte contre la pauvreté. Elle semble avoir renforcé, chez les Sud-Africains les moins nantis, une attitude d'assistés qui ont des droits, ma is presque pas de devoirs, réduisant ainsi la portée potentiellement radicale de l'idée de citoyenneté.
Par ailleurs, trois nouvelles formes de violence aux conséquences sociales incalculables ont vu le jour. Il s'agit de la violence criminelle (notamment dans les grandes métropoles), de la violence de la maladie (comme le montre bien la mort de masse provoquée par l'épidémie du Sida) et de la violence morale générée par des niveaux de corruption relativement élevés, même s'ils se situent encore bien en deçà de ce que l'on observe au Brésil, en Corée, en Inde, voire dans les pays occidentaux.
Finalement, malgré de réels progrès en matière de cohésion sociale, l'Afrique du Sud reste un pays aux citoyennetés enclavées. Citoyennetés enclavées : " appartenir ", " posséder ". Luttes pour la propriété et luttes pour l'appartenance.
*Achille Mbembe est historian et il est actuellement Chercheur au Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) (Afrique du Sud).
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Tagged under Gouvernance« ci au Faso, la vie est dure ». Cette expression n'est pas de nous, mais du groupe burkinabè de RAP, K-Ravane qui, à travers son morceau fétiche « Viima ya kanga », raconte les souffrances et autres misères auxquelles sont soumises les populations du "Pays des hommes intègres". Et si la vie est dure dans notre Faso frappé de plein fouet par la sécheresse et bien d'autres maux sociaux, tels la mal gouvernance, en Guinée-Conakry, la situation est encore plus explosive. En effet, pas plus tard que le lundi 27 février dernier, une grève générale y a été lancée contre « la cherté de la vie ».
Tagged under GouvernanceContes et légendes d’Afrique s’inscrit dans une volonté de lutter contre l’appauvrissement de l’identité africaine, noyée dans le quasi-monopole culturel américain et asiatique, sur les programmes télévisés destinés aux enfants. Un retour aux racines et une école de la vie pour les petits et les grands. Des animaux parleurs, des villages africains coutumiers, des contes fantasmagoriques plein de morales, c’est tout un paysage culturel original que propose le site Contes et légendes d’Afrique. Dans le souci d’offrir, à la télévision, une représentation identitaire aux enfants africains et de conscientiser les plus grands, ce site propose un retour aux sources, où l’Afrique s’éveille pour crier son âme.
Tagged under GouvernanceA un moment donné, on avait cru que les pillages des ressources naturelles de la République démocratique du Congo allaient cesser pour ne plus appartenir qu’au passé comme un vieux mauvais souvenir, surtout avec la publication du fameux rapport du panel des experts des Nations Unies. Malheureusement, on s’était lourdement trompé. Aujourd’hui, l’alerte donnée en son temps par les Nations Unies sonne comme une fausse alerte, pire comme une manœuvre de diversion car les pillages du patrimoine congolais ont repris de plus belle. Sur fond d’une forte complicité des institutions financières internationales au nombre desquelles la Banque mondiale. Elle vient, elle aussi, d’emboucher la même trompette du pillage des richesses de la Rdc, sans se soucier le moins du monde de dénonciations qui sont faites à son encontre par un certain nombre d’ongs internationales.
Tagged under Gouvernance« Toute personne vivant dans un des pays qui bordent l’Atlantique, porte en elle l’empreinte de la traite des Noirs, comme un gène non reconnu. Nous sommes tous des descendants de ceux qui en ont souffert et de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, en ont profité. La traite des Noirs atlantique est le fondement sur lequel a été construit l’imposant édifice de la mondialisation.»
« N’est-il pas temps que l’Afrique mette sur place sa propre commission qui serait consacrée à la condition de la Diaspora africaine et chargée d’identifier et d’exposer toute forme de discrimination à l’encontre de personnes d’origine africaine, quels que soient leur pays de résidence et leur nationalité, ainsi que d’éliminer ces discriminations? »
Ama, histoire de la traite des Noirs atlantique, le premier roman de Manu Herbstein, a récemment paru en Afrique du Sud chez Picador Africa. Ce livre a remporté le prix du meilleur roman débutant des Ecrivains du Commonwealth pour l’année 2002. Situé vers la fin du 18e siècle, il raconte l’histoire d’une jeune femme qui se fait capturer, est réduite à l’esclavage dans la savane de l’Afrique occidentale avant d’être transportée au Brésil. Ci-dessous, Herbstein médite sur le contexte historique de son roman et sur certaines implications contemporaines qu’il sous-entend.
Il y a une quarantaine d’années que le Britannique Hugh Trevor-Roper, professeur d’histoire de grande renommée, dit au public de la BBC : « Peut-être qu’à l’avenir il y aura de l’histoire africaine à enseigner. Mais, à présent, il n’y en a pas: à part l’histoire des Européens en Afrique, il n’y a que l’obscurité…»
Vers 1772, Ama s’occupe paisiblement de ses propres affaires chez elle dans la savane de l’Afrique occidentale. Elle est sur le point d’être submergée par les vagues, les tsunamis, de l’histoire, de l’histoire africaine et européenne, qu’elle connaît à peine. Résidente d’une société préindustrielle paisible et rurale, on pourrait excuser son ignorance. Or, étant donné la profession et le statut de Trevor-Roper, l’ignorance de ce dernier est injustifiable. Aujourd’hui, sauf chez les spécialistes, cette ignorance de l’histoire demeure hélas très répandue.Je ne suis pas historien. En effet, je ne suis pas universitaire. Je vous demanderais donc d’aborder sous toutes réserves le résumé du contexte historique que je vais vous proposer. Vous pourriez accéder d’un seul coup aux textes dont j’ai fait usage en consultant le site qui accompagne le livre : www.ama.africatoday.com . Il vous faut aussi vous rappeler qu’une bonne partie de notre connaissance de l’histoire de l’Afrique occidentale a des sources européennes qui pourraient être dénaturées par leur héritage idéologique involontaire.
Pour revenir à la métaphore du tsunami, je vais vous décrire brièvement la terre aride sur laquelle Ama (ou Nandzi, pour lui donner son prénom d’origine) se trouve au début du roman, ainsi que chacune de ces multiples vagues de l’histoire qui menacent de l’engloutir : les histoires, si l’on peut les dissocier, du Dagbon, de l’Asante et de l’Europe ; de l’or, du kola et du sucre.
La colonisation du Soudan en Afrique occidentale
Si l’on se fie à l’histoire classique, la colonisation de l’Afrique occidentale serait en termes paléontologiques assez récente. Ses débuts remonteraient à la dernière période glaciaire, époque où le Sahara était vert. La découverte récente de fossiles d’hominidés au Tchad pourrait exiger un réexamen majeur de cette partie de l’histoire.Quoi qu’il en soit, la pratique de l’immigration auraient été au début graduelle, se faisant en petit nombre.
Au cours des siècles, le Soudan occidental, cette région de la savane qui se trouve au sud du Sahara, se peuple. Bon nombre de personnes vivent dans des sociétés acéphales. Certaines de ces sociétés, qui passionnent les anthropologues, existent toujours. Les habitants de la communauté à laquelle appartient Ama, qui se nomment les Bekpokpam, connus généralement comme les Konkomba, en sont un exemple. Comme l’on pourrait s’y attendre, ils développent une culture en étroit rapport avec leur environnement. Pour n’en citer qu’un exemple, leurs pratiques religieuses traitent de la protection de l’homme face à un climat qui est souvent hostile ainsi que l’incitation à la fertilité, celle de la terre ainsi que celle de la femme.La tendance est que les événements historiques sont rapportés dans le but de refléter la gloire des dirigeants puissants. Puisque les Konkomba n’ont pas de tels dirigeants, ils retiennent peu de leur histoire. Ce dont ils se souviennent surtout est leur tsunami, le moment où ils furent écrasés par des envahisseurs montés venant du nord.
Le Dagbon
Les envahisseurs s’appellent les Dagomba ; leur état est connu sous le nom de Dagbon.
Au 16e siècle, ou peut-être même plus tôt, les ancêtres des Dagomba vivent aux environs du Lac Tchad. Les déprédations par les ‘Blancs du désert’, c’est à dire les pillards bédouins, les gênent et ils décident de fuir. Pendant au moins une génération, ils font le coude du fleuve Niger, et subsistent sur les recettes de leur brigandages occasionnels. Ils s’installent enfin aux alentours de ce que l’on connaît maintenant comme la ville de Tamale, au nord du Ghana et vers la frontière du Togo à l’est, où ils établissent leur capitale, Yendi. C’est le pays des Konkomba : certains d’entre eux capitulent et se font absorber par les envahisseurs alors que d’autres retiennent obstinément leur propre identité.
Au début du 18e siècle, influencé par les négociants hausa, le Dagbon embrasse l’Islam. Chaque année après la saison des pluies, les marchands hausa arrivent à la recherche du kola.Le kola
Au début la forêt tropicale barre la voie depuis la savane jusqu’à la côte atlantique et pose donc problème à l’immigration ; cependant le fleuve Volte ouvre un passage. Il existe donc une bande côtière peuplée, séparée de la savane par une superficie de forêt large de 200 km.
L’état naturel de la forêt tropicale est un facteur majeur déterminant comment et à quelle vitesse elle peut être pénétrée par l’homme. La voûte de la forêt est tellement épaisse que peu de lumière filtre jusqu’au sol. La végétation au ras du sol est par conséquent clairsemée. Des chasseurs audacieux à la recherche de gibier sont les premiers hommes à y pénétrer. A la longue, certains s’y installent. Les arbres sont énormes et étroitement espacés. Il faut une main-d’œuvre importante pour déblayer du terrain pour l’agriculture. La qualité peu productive des terres tropicales ne fait qu’augmenter les difficultés. A la suite de seulement trois ou quatre récoltes, les substances nutritives s’épuisent et les rendements décroissants contraignent l’agriculteur à dégager d’autres sites.De puissants intérêts économiques, tels l’or et le kola, sont essentiels pour rentabiliser la colonisation.
L’arbre du kola est indigène de ces forêts. Ses graines tombent au sol, où elles peuvent être ramassées. La ‘noix’ du kola, qui est de la taille d’un pouce, est une graine de couleur rose et blanche. Elle produit un léger effet narcotique et est censée couper la faim et la soif. Sa valeur économique provient du fait que l’Islam n’en interdit pas l’usage. Afin de réaliser cette valeur, il faut de la main-d’œuvre pour dégager le sol au dessous des arbres du kola, pour recueillir les graines, et les transporter dans des paniers portés sur la tête jusqu’aux entrepôts au delà de la partie nord de la forêt. Le marché du kola englobe le monde islamique.L’or
Depuis le 8e siècle de notre ère, les fournisseurs les plus importants d’or pour la région de la Méditerranée sont, dans un premier temps, les royaumes du Soudan occidental, le Ghana antique et par la suite le Mali et le Songhaï. Chaque année ils exportent en moyenne une tonne d’or à travers le Sahara. L’or de l’Afrique occidentale fait un apport vital à la monétisation de l’économie méditerranéenne à l’époque médiévale.Les écoliers de L’Afrique occidentale étudient la vie de Mansa Musa, roi du Mali décédé en 1337. Lors du pèlerinage du Hadj, Mansa Musa emporte 100 cargaisons d’or par chameau et en distribue une telle quantité au Caire et à la Mecque que le marché s’effondre.
Le commerce d’or trans-saharien atteint son apogée vers la fin du 17e siècle. Avec le temps, les gisements d’or s’épuisent et les Maliens lancent des missions exploratrices à travers l’Afrique occidentale à la recherche de nouvelles réserves d’or. Ils en découvrent une riche source dans la forêt de ce qui est actuellement le Ghana. A ce moment-là, il y a de la concurrence parmi les acheteurs européens se trouvant sur la côte.
Le commerce du kola ainsi que l’exploitation de l’or nécessitent une certaine main-d’œuvre, ce qui est vrai aussi pour le développement de l’agriculture, pour soutenir les mineurs, les porteurs et les nouveaux aristocrates, descendants des premiers colonisateurs. L’artillerie et la poudre à canon, achetées auprès des Européens vivant sur la côte, offrent le moyen d’obtenir cette main-d’œuvre.Vers la deuxième moitié du 17e siècle, le développement graduel de cette économie forestière a déjà atteint un niveau où l’établissement d’un grand état centralisé devient viable.
Les Européens : Portugais, Hollandais et Britanniques
Pendant la période 1400-1600, l’Europe, émergeant de la léthargie du Moyen Age, témoigne de la renaissance du nationalisme, ainsi que de la transformation politique du féodalisme en état des nations. L’exploration de l’Atlantique mène à l’emplacement d’empires commerciaux européens et, à la longue, à la révolution industrielle. La traite des Noirs atlantique joue un rôle important dans la croissance de l’économie européenne.Les Portugais savent qu’il y a de l’or en Afrique occidentale; leur objectif est de contourner le commerce saharien et d’accéder à l’or par la petite porte. En 1482, 5 ans avant que Bartolomeo Dias ne double le Cap, arrivent l’aristocrate portugais Dom Diego d’Azambuja et plusieurs navires à un village sur la côte de ce qui est aujourd’hui le Ghana. Ses navires sont chargés de matériaux de construction et, après avoir négocié avec le chef local, il se met à construire un château en pierre et en brique, que les Portugais nomment Elmina. Vers 1486, le Château Saint-Georges construit par Azambuja est en grande partie achevé.
Le Château Saint-Georges à Elmina est le bâtiment européen le plus ancien toujours existant des régions tropicales. Il constitue un repère utile, symbolisant les débuts du processus d’expansion mondiale du pouvoir européen, que l’on connaît de nos jours comme la mondialisation.En 1637, 15 ans avant l’arrivée de Van Riebeeck au Cap, les Hollandais chassent les Portugais du Château Elmina. Ceux-là y restent pendant 235 ans jusqu'en 1872 où s’apercevant qu’il n’y a aucun avantage économique ou politique à gagner en y restant, ils vendent l’édifice, alors considérablement agrandi, aux Britanniques.
J’ai visité le Château Elmina pour la première fois en 1961 ou 1962. A l’époque, il servait d’école de formation pour la Force Policière du Ghana et n’était pas ouvert au public. Je vivais et travaillais à Cape Coast, à environ 15km à l’est d’Elmina. L’un des enseignants sud-africains qui vivaient là-bas, Manilal Moodley (qui allait par la suite devenir le premier médiateur du Zimbabwe) entretenait de bonnes relations avec le Commissaire de l’Ecole de la Police. Mani m’a accompagné lors de ma première visite au Château. J’ignorais totalement les implications de l’existence du château ainsi que celles de plusieurs autres châteaux pour esclaves qui bordent la cote ghanéenne. Je dois avouer que je suis resté dans cet état d’ignorance pendant plusieurs années. Je suis réconforté par le fait que je n’étais pas seul à cet égard. Ma sœur Ama Ata Aidoola, romancière ghanéenne de renom, me dit beaucoup plus tard : « J’ai grandi à l’ombre de ces châteaux, mais personne ne m’a jamais dit ce qu’ils étaient ni ce qu’ils signifiaient. »
Le premier chapitre de Ama se situe au Château Elmina ; il est basé sur une histoire que les guides touristiques racontent encore. L’histoire elle-même fait partie du chapitre 13. Contrairement au reste du roman, il a nécessité peu de recherche.
L’Asante
Revenons à la forêt.
En 1700 Nana Osei Tutu établit la confédération de l’Asante, Asanteman, avec comme capitale Kumase. Son économie est basée sur l’export du kola et de l’or. Elle vend de l’or aux Hollandais en contrepartie d’artillerie. La Confédération s’en sert pour conquérir et faire agrandir son empire. La conquête des états avoisinants lui fournit la main-d’œuvre dont elle a besoin pour miner l’or ainsi que pour ramasser et exporter le kola. Elle vend la main-d’œuvre qui est en excès de ses besoins aux Hollandais et aux Anglais vivant sur la côte.L’Asante impose des restrictions sévères aux activités des étrangers exerçant le commerce au sein dans leur territoire. Les Européens sont confinés dans des zones spécifiques autour de leurs châteaux et de leurs forts situés sur la côte. Les marchés du kola se trouvent sur la rive nord du fleuve Volte que les négociants hausa n’ont pas le droit de traverser. Afin de renforcer son contrôle des routes commerciales du kola, l’Asante envahit le Dagbon, d’abord en 1744, et de nouveau en 1772. L’Asante poste un consul à Yendi, capitale dagomba, pour assurer la livraison d’un tribut annuel. Celui-ci comprend un certain nombre de moutons et de chèvres, un certain nombre de tissus de coton et de soie, ainsi que 500 esclaves. L’Asante accepte qu’aucun de ces esclaves ne soit dagomba. Alors chaque année le Ya Na, dirigeant dagomba, envoie des troupes de pillards afin de capturer des esclaves pour les livrer à Kumase. Bon nombre de ces captifs sont konkomba. Nandzi, qui sera plus tard connue comme Ama, en fait partie.
Le travail des esclaves contribue considérablement à l’économie de l’Asante. Pourtant l’esclavage qui est pratiqué par l’Asante diffère fondamentalement de la pratique ‘possessive’ de l’esclavage à l’européenne, à tel point qu’il est absurde d’utiliser le même terme pour décrire les deux pratiques. En Asante, les esclaves s’assimilent à la population dans l’espace d’une génération et deviennent quasiment citoyens. En effet, la législation en Asante encourage l’intégration en interdisant la divulgation publique des origines des citoyens.
Vers la fin du 18e siècle l’Asante a déjà établi une suprématie politique sur les territoires qui comprennent la majeure partie du Ghana contemporain ainsi que les régions de l’est central et du sud-est de la Côte d’Ivoire. C’est un état riche, sophistiqué et complexe. Il entretient de grandes réserves monétaires qui incluent le ‘Grand Coffre’ de la trésorerie qui contient quelques 200,000 onces d’or (à savoir 5 ou 6 tonnes) à son plein.
L’Europe et l’Afrique
Il peut être instructif de considérer certains aspects de la situation européenne des 25 dernières années du 18e siècle. La Grande Bretagne, émergeant comme pouvoir prééminent, sert d’exemple.
En 1775 Georges III signe un ordre libérant du servage femmes et enfants (beaucoup d’entre eux ayant moins de 8 ans) qui travaillent dans des mines de charbon et de sel en Grande Bretagne, dans des conditions peu différentes de celles de l’esclavage. L’année suivante, le Parlement britannique débat et rejette le premier projet de lot visant à interdire l’esclavage en Grande Bretagne et dans ses colonies. 32 ans passent avant que le commerce des esclaves ne soit interdit, et encore 27 ans avant que la pratique de l’esclavage elle-même ne devienne illégale.Roy Porter affirme qu’à cette époque en Grande Bretagne, les criminels sont publiquement fouettés, mis en pilori, et pendus ; jusqu’en 1777 les têtes des Jacobins sont embrochées au Temple Bar. En 1800 il y a quelques 200 délits capitaux en Grande Bretagne. Plusieurs exigent la pendaison pour des délits mineurs tels que le vol à la tire des biens d’une valeur de plus d’un shilling. La peine pour le braconnage est souvent la transportation.
A cette époque les Britanniques se lavent rarement. Avant que le coton ne devienne bon marché, il se trouve que le lavage vestimentaire pose un inconvénient. Les enfants en particulier sont souvent cousus à l’intérieur des mêmes habits tout l’hiver durant. Le port de sous-vêtements est nouveau et la pratique n’est pas très répandue. Les riches gardent des pots de chambre dans les buffets de la salle à manger pour éviter d’interrompre la conversation des messieurs. L’état de l’hygiène alimentaire est au même niveau que celui de l’hygiène personnelle. Les routes débordent d’excréments humains et de chevaux. C’est un monde à la bougie et à la chandelle à la mèche de jonc.
En 1800 il n’y a aucune douche publique à Londres. En 1945 Thomas Astley en écrivant sur les Noirs de la Côte-de-l’Or, leurs Physiques, Personnalités et Tenues Vestimentaires, constate par contre qu’ « ils se donnent beaucoup de peine en se lavant matin et soir et [qu]’ils s’oignent à l’huile de palme ».En 1771, 107 vaisseaux négriers partent de Liverpool avec à bord 50,000 esclaves de l’Afrique. Le commerce colonial de cette époque constitue un tiers du commerce britannique. Dans les années 1780, les négriers britanniques sont en tête de liste au niveau international, transportant plus d’esclaves de l’Afrique qu’aucune autre nation. Vers 1790, les capitalistes britanniques ont déjà investi quelques 70 millions de livres sterling dans l’économie sucrière antillaise, économie qui dépend presque exclusivement du travail fait par les esclaves. Pendant le 18e siècle, les négriers britanniques transportent un million et demi d’Africains. La traite des Noirs est un pilier essentiel de l’économie de la ville portuaire de Liverpool au 18e siècle, étayant la croissance du commerce et des transports maritimes. Il n’est guère surprenant que les marchands de Liverpool s’opposent avec tant de ferveur à la législation qui en 1807 déclare illégale la traite des Noirs.
Le sucre et la traite des Noirs
Quelle est l’origine de la traite des Noirs? En voici une explication simple, peut-être incomplète. Pendant leurs voyages explorateur, les Européens découvrirent et rapportèrent chez eux 3 boissons, toutes amères : le cacao, le café et le thé, ce qui explique la hausse spectaculaire dans la consommation européenne du sucre (en Grande Bretagne, par exemple, 200,000 livres en 1690 ; 5, 000,000 livres en 1760). Ajoutez-y le tabac, le riz et le coton, et la main-d’œuvre nécessaire pour cultiver ces produits agricoles sous les tropiques, et voilà.Ama et l’héritage de la traite des Noirs
L’historien John Hunwick se dit désireux de «voir l’esclavage vu dans la perspective des Africains qui en étaient victimes. » Mais ces Africains sont décédés depuis longtemps, et il n’y a presque aucune preuve écrite de leur expérience. Qui pourrait parler à leur nom?
L’historien français Claude Meillassoux écrit : « Alors que la traite des Noirs détruisait la paysannerie qui voyait leurs enfants et surtout leurs filles se faire emporter par des bandits armés pour être vendus aux marchands, cela enrichissait les agents et les marchands dans les villes ainsi que la noblesse, les soldats endurcis par les combats et les flagorneurs associés aux cours royales. Par un travestissement de la mémoire, la somptuosité des rois pillards a laissé son empreinte sur la région dans sa façon de se rappeler la traite des Noirs florissante et les gloires du passé, alors que la mémoire des paysans qui en étaient victimes a été oblitérée par leur misère. »Dans le roman Ama, j’essaie de recréer une telle mémoire.
Lord Hugh Thomas écrit : « Tout historien qui étudie la traite des Noirs est conscient de ce grand fossé qui existe dans l’histoire. L’esclave demeure un guerrier inconnu de tous mais qui est invoqué par les moralistes des deux côtés de l’Atlantique. Même si la mémoire de celui-ci est conservée dans des musées qui étaient autrefois des ports négriers, depuis Liverpool jusqu’à Elmina, elle demeure muette et, par conséquent, lointaine et insaisissable. »Dans Ama j’ai essayé de donner une voix à ce guerrier inconnu.
Ce n’est pas à moi de juger si j’ai réussi. A l’avis du feu Paul Hair, lui aussi historien de la traite des Noirs : « Les sentiments et les souffrances des esclaves sont en partie inimaginables ... Les descriptions standard qui privilégient les aspects que la classe moyenne contemporaine imagine sans difficulté, ne peuvent raconter toute l’histoire. » Peut-être eut-il raison.Quatre cents ans dans l’histoire de humanité nous paraissent longs. Cela fait moins de quatre cents ans que le débarquement en Afrique du Sud de Jan Van Riebeeck changea le cours de l’histoire de ce pays.
La traite des Noirs trans-atlantique durait quatre cents ans.La vente d’esclaves africains à Lisbonne remonte aussi loin qu’à 1441. Il fallut attendre 1850 avant que la traite des Noirs ne devînt illégale au Brésil, et 1888 avant que l’esclavage lui-même ne fût enfin aboli dans ce pays. Pendant ces 400 ans, des vaisseaux américains et européens transportaient de force quelques 12 millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains vers les côtes lointaines de l’Atlantique. Encore des millions mouraient pendant le trajet vers la côte, dans les cachots ou baraques où ils étaient rassemblés, ainsi que durant le cours du fameux ‘Passage central’ ou ‘Middle Passage’.
Par hasard ou par chance, les marchands négriers de l’Atlantique contournèrent l’Afrique du Sud : ils prirent beaucoup d’esclaves de l’Angola et certains du Mozambique mais aucun, à ma connaissance, de l’Afrique du Sud. Nous avons, bien sûr, notre propre version de la traite des Noirs mais celle-ci est une histoire différente.A mon avis, Ama est un roman important. En l’affirmant je ne fais aucune prétention quant à sa valeur littéraire : c’est aux autres de la juger. Or, à l’exception peut-être de deux autres textes peu connus qui sont tous deux épuisés, ce livre est, à ma connaissance, la seule tentative de raconter cette histoire du point de vue d’un esclave africain, tout en employant les données des recherches historiques qui nous sont maintenant disponibles. C’est une histoire qui aurait peut-être dû être écrite par un Ghanéen. Mais l’Afrique occidentale ne commence qu’émerger maintenant d’une longue période d’amnésie collective en ce qui concerne l’esclavage. Les dégâts qui ont été faits par la traite des Noirs au niveau de la psyché sont profondément fichés dans le subconscient individuel et collectif. Selon un historien, la corruption institutionnalisée endémique en Afrique de occidentale remonterait aux pratiques développées durant la période de la traite des Noirs.
La situation de l’autre côté de l’Atlantique est tout autre. Lorsque les pèlerins noirs venant des Amériques visitent les cachots d’esclaves aux châteaux d’ Elmina et de Cape Coast, ils sont souvent accablés par l’expérience et en sortent épuisés et en larmes. Ils sont nombreux à porter dans leur for intérieur la souffrance de leur histoire familiale. Elle est transmise de génération en génération. Et la raison n’est pas difficile à trouver.
Depuis l’Argentine jusqu’au Canada - au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Pérou, en Uruguay, et même au Venezuela, et, disent certains, même à Cuba, les descendants des esclaves africains sont défavorisés sur le plan social et économique. Ils sont nombreux à souffrir de la misère chronique et connaissent la discrimination dans tous les domaines. Aux Etats-Unis, l’esclavage est un sujet qui en général n’est pas librement discuté entre les Blancs et leurs compatriotes noirs. Cela ne représente que l’un des symptômes d’un malaise profond et à peine reconnu dans ce pays. Jusqu’à ce que les Etats-Unis, et en particulier le système éducatif, reconnaissent que le pays fut construit sur des fondements d’abus flagrants envers des générations d’Africains, immigrants et travailleurs de force, sans parler du génocide infligé aux autochtones, ce pays ne dormira pas tranquille.
Et qu’en est-il alors de l’Europe ? Toute personne vivant dans un des pays qui bordent l’Atlantique, porte en elle l’empreinte de la traite des Noirs, comme un gène non reconnu. Nous sommes tous des descendants de ceux qui en ont souffert et de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, en ont profité. La traite des Noirs atlantique est le fondement sur lequel a été construit l’imposant édifice de la mondialisation.
Nous sommes rabaissés pour avoir manqué à faire face à cette histoire. Tant qu’une seule personne d’origine africaine souffre de la discrimination en raison de son héritage, tous les Africains en sont rabaissés, Nelson Mandela est rabaissé, Thabo Mbeki l’est aussi, John Kuffour, président du Ghana, l’est autant. Et ce ne sont pas seulement les Noirs, les Africains qui sont rabaissés: tous les êtres humains le sont, nous sommes tous rabaissés.
Un Britannique a eu l’audace d’établir une Commission africaine. N’est-il pas temps que l’Afrique mette sur place sa propre commission qui serait consacrée à la condition de la Diaspora africaine et chargée d’identifier et d’exposer toute forme de discrimination à l’encontre de personnes d’origine africaine, quels que soient leur pays de résidence et leur nationalité, ainsi que d’éliminer ces discriminations? Peut-être avons-nous besoin d’une Commission pour la vérité et la réconciliation internationale qui serait chargée d’exposer le grand mal que les Européens et leurs descendants à travers le monde ont infligé à d’autres nations dans le courant de leur conquête de la planète. Cela pourrait mener à une certaine catharsis, qui nous amènerait peut-être à un monde meilleur qui serait fondé sur la solidarité humaine plutôt que sur l’avarice, le patronage et la charité.
En mars 2007, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’abolition de la traite des Noirs, je prévois que le rythme auquel se congratuleront les pouvoirs établis britanniques, atteindra des proportions épidémiques. Serait-il trop ambitieux de viser à célébrer en 2034, 200 ans après l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, l’élimination totale de tous ses effets matériels et psychologiques? J’espère que la publication de ce roman fera une petite contribution à cette fin.
© Manu Herbstein* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected]
* Texte traduit de l’original sous la direction de Vanessa Everson (maître de conférences à l’Université du Cap) par Frances Chevalier et Kesini Murugesan
Tagged under GouvernanceSavons-nous exactement combien l’Afrique perd chaque année en termes de richesses ? Les remboursements du Tiers Monde, de l’ordre de 340 milliards de dollars par an, prennent la direction des trésors des pays du Nord pour servir une dette de 2,2 trillions de dollars, cinq fois plus le budget d’aide au développement du G8, selon Patrick Bond. En outre, les citoyens africains connaissent un épuisement des ressources forestières et minières et souffrent des méfaits de la pollution à cause de l’exploitation nocive des mines. Dans ce contexte, Bond soutient que ceux qui disent que l’Afrique bénéficie de l’intégration internationale ont tort.
Il y a dans l’ouvrage de Walter Rodney Comment l’Europe a sous-développé l’Afrique, publié en 1973, un ensemble d’arguments toujours actuels sur la question. L’auteur dit : « On peut trouver une réponse à la question de savoir qui et quoi est responsable du sous-développement de l’Afrique à deux niveaux. Premièrement, c’est le système impérialiste qui est le principal responsable du retard économique de l’Afrique, en drainant ses richesses et en contribuant à la lenteur latente de tout développement des ressources du continent. »
Et l’auteur de poursuivre : « Deuxièmement, on devrait aussi s’intéresser à ceux qui manipulent le système et ceux qui sont soit des agents soit des complices passifs de ce même système. »
L’Afrique au sud du Sahara souffre jusqu’à présent de l’expropriation de ses richesses, suivant deux trajectoires : les flux de ressources dans la direction Sud-Nord et une formation de classe interne défavorable. Dans le premier cas, tout est lié à une exploitation des pays du Sud par la dette et les finances, un fantôme d’aide, l’évasion des capitaux, un commerce injuste, des investissements mal servis, une exploitation écologique et « la fuite des cerveaux ».
Dans le dernier cas, en lieu et place de l’accumulation et de la formation de classes par le biais d’une classe moyenne et une classe capitaliste productive, l’Afrique a vu la formation d’un comprador excessivement puissant, qui est une élite dont les revenus proviennent d’une accumulation financière parasitique et sont facilités par leur pouvoir politico-bureaucratique de patronage, qui à son tour favorise l’évasion des capitaux.
Même si les remises provenant de la Diaspora financent présentement le développement et même une petite partie de l’accumulation de capitaux, l’évasion des capitaux demeure toujours un grand problème. A plus de 10 milliards de dollars par an depuis les années 70, les citoyens du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, de la RDC, de l’Angola et de la Zambie ont été collectivement et particulièrement vulnérables à la fuite de leur richesses nationales vers l’étranger. L’un des facteurs majeurs de ce fléau vers la fin des années 90 était le changement de la résidence principale des actions émises par les grandes sociétés sud-africaines, de Johannesburg à Londres.
A Washington, le plus reconnu dans les élites africaines est peut-être le ministre sud-africain des finances Trevor Manuel, qui était jusqu’au mois dernier seulement le chef du Comité du Développement de la Banque Mondiale et du FMI. Après avoir échoué, pendant quatre ans, à faire ajouter la démocratisation, même partielle, des Institutions de Bretton Woods au programme de son comité, Manuel ne s’est pas gêné pour combler d’éloges le retour à l’attention de l’Afrique : « Les conditions macroéconomiques en Afrique en ce moment n’ont jamais été meilleures. On a une inflation à un chiffre. On a une croissance à un rythme de 4,7% sur l’étendue du continent. La plupart des pays a également une très forte balance fiscale. »
Ces déclarations ne sont vraies que si on prend au sérieux des statistiques économiques de nature trompeuse. Heureusement, nous n’avons pas à le faire parce que même la Banque est parfois obligée de reconnaître que l’Afrique se fait toujours déposséder de son « épargne véritable » à travers la réductions de ses minerais et forêts et d’autres facteurs éco-sociaux que les économistes pratiquant la politique de l’autruche ignorent tout simplement.
Les déclarations de Manuel paraissent impressionnantes. En vérité, à cause de l’austérité imposée par les ajustements structurels, les Etats africains ont réduit leurs déficits, de 6% environ de sorties annuelles au début des années 90 à moins de 4% aujourd'hui. Cependant, les économies qui ont la croissance la plus rapide ont en réalité augmenté leurs déficits d’un point de pourcentage durant la décennie écoulée, ce qui revient à dire que le Keynésianisme marche toujours aussi bien pour les élites africaines que pour Georges Bush.
Dans le même temps, la politique monétaire était resserrée, les taux d’intérêt en hausse et les banques centrales africaines – dont la gestion est généralement confiée au FMI ou à des anciens du FMI – étaient découragées d’imprimer de l’argent (ce qui parfois participe à l’inflation). Les hausses de prix étaient réduites des taux à deux chiffres avant 2004 à une moyenne de 9% cette année. Cependant, ce niveau est trop bas pour une trajectoire de développement, a soutenu Joseph Stilglits, ancien chef économiste à la Banque Mondiale, dans sa critique de l’orthodoxie économique intitulée « Post Washington ».
Le président de la Banque Paul Wolfowitz, architecte de la Guerre en Irak, était d’excellente humeur à la conférence de presse du Comité du Développement que dirige Manuel tenue le 25 septembre : « Le chemin a été balisé pour réaliser l’allégement de la dette, et au risque d’utiliser une métaphore dangereuse, je crois que Trevor nous a passés la balle devant la cage vide du gardien et il ne reste plus qu’à la pousser là-dedans. »
Une métaphore assez dangereuse en réalité, car Manuel a vite noté un obstacle de plus : « Un défi juridique parce que certains pays pourraient se sentir lésés. Ma compréhension est qu’aussi bien Rodrigo (Rato, directeur du FMI) que Paul retourneront à leurs conseils respectifs avec la ferme intention de définir ce que le principe de l’égalité de traitement devrait être dans chaque cas, et veilleront à ce qu’il y ait égalité de traitement. »
Il semble qu’InterAmerican Development Bank et Asian Development Bank ne vont pas participer au pantomime de l’allégement de la dette. Au finish 14 pays africains choisis par le G8 et quatre autres en Asie et en Amérique Latine auront des miettes d’allégement, ce qui coûtera moins de 2 milliards de dollars seulement au G8, sur une dette totale de 40 milliards.
Mais puisque les dirigeants de ces pays ont cessé de se faire entendre, la dette de ces 18 nations en est donc réduite : pas à rien, mais à des niveaux qui permettent à la Banque et au FMI de garder leur contrôle macroéconomique, afin que l’évasion des capitaux et le bradage des matières premières continuent de profiter aux pays du Nord.
Aucun des reformes commerciales proposées à l’occasion de la réunion de l’OIC à Hong Kong en décembre ne changera le calcul de base du déclin à long terme des produits de premières nécessité, en dehors du pétrole. Christian Aid a récemment estimé à 272 milliards de dollars le préjudice causé aux pays africains par la libéralisation du commerce depuis 1980.
Même face à de telles « contradictions et conflits internes » - c’est-à-dire une grande surcapacité, les guerres, les bulles immobilières, les réparations dues aux cyclones, les crises dues à la dette et les problèmes causés la balance des paiements – des gens comme Wolfowitz peuvent se permettre de faire de petites concessions. Après tout, les remboursements annuels du Tiers Monde, de l’ordre de 340 milliards, vont dans la direction Nord pour servir la dette de 2,2 trillions de dollars. C’est cinq fois plus le budget d’aide au développement du G8 (et dix fois plus le niveau des dons du Nord une fois qu’on soustrait « le fantôme d’aide » qui n’atteint jamais les masses).
Comme le conclut Eric Toussaint, un activiste contre la dette basé à Bruxelles : « Depuis 1980, plus de 50 plans Marshall coûtant plus de 4,6 trillions de dollars ont été envoyés par les gens de la Périphérie à leurs créanciers du Centre ».
Pensez aussi au Sud comme créancier écologique. Selon l’écologiste Joan Martinez-Alier : « La notion de dette écologique n’est certainement pas radicale. Pensez au passif environnemental subi par des entreprises sous la législation américaine dénommée Superfund. Bien qu’il ne soit pas possible de faire un calcul exact, il est nécessaire d’établir des ordres de magnitude afin de stimuler la discussion. »
Joan Martinez-Alier et Jyoti Parikh, tous les deux membres du Panel des Nations Unies sur l’évolution du climat, soutiennent qu’en se fondant sur le rôle du Tiers Monde, qui sert d’évier à carbone, une subvention annuelle estimée à 75 milliards de dollars quitte le Sud pour aller vers le Nord. Les africains sont les plus exploités parce que les économies non-industrialisées n’ont même pas encore commencé à utiliser la plus petite fraction de ce qui leur devrait être dû sous n’importe quel cadre juste d’allocation des ressources globales telles que les émissions de carbone.
Les sommes débloquées devraient facilement couvrir les remboursements de dettes. Mais c’est plutôt l’escroquerie du G8 à Gleneagles qui enlise davantage les pays pauvres et de plusieurs manières. Selon Jubilee South : « L’annulation de la dette multilatérale qui est proposée est toujours liée à certaines conditionnalités y afférant. Ce qui ne fait qu’accentuer la pauvreté, ouvrir nos pays davantage à l’exploitation et à la rapine, et perpétuer la domination du Sud. Même si l’annulation de la dette était sans conditionnalités, la proposition est loin d’être alléchante, car n’étant pas assez entreprenant pour faire avancer la cause de la justice entre les peuples dans le bon sens. »
Cependant, presque par hasard, un autre document de la Banque, intitulé « Où est la richesse des nations », a commencé à circuler tout juste avant les rencontres annuelles de la Banque Mondiale et du FMI. Les employés de la Banque reconnaissent dans ce document au moins que les investisseurs étrangers sont susceptibles de diminuer la richesse globale et les ressources de ces pays, une fois que l’épuisement de ces dernières et la pollution sont pris en compte.
(Pour être sûr, la Banque adopte une définition minimaliste basée sur les prix actuels – non pas sur des valeurs potentielles futures lorsque la rareté deviendra un facteur crucial, particulièrement dans le secteur pétrolier. Les économistes de la Banque n’ont pas non plus daigné calculer les dommages causés aux environnements locaux, à la santé et la sécurité des travailleurs, et plus particulièrement aux femmes et aux personnes les plus vulnérables vivant dans des communautés établies autour des mines. Et le travail non rémunéré des ménages et des communautés est toujours oublié dans les statistiques comptables nationales, réduisant par là le travail des femmes à zéro.)
A quoi servent les investissements alors? A partir du milieu des années 90, les investissements étrangers directs se sont exclusivement concentrés sur les plates-formes pétrolières du Golf de Guinée en Afrique de l’Ouest et de l’enclave angolaise du Cabinda, hormis la privatisation avortée de certaines ressources sud-africaines en 1997.
Dans le même temps, les régimes corrompus les recevant ont fait la guerre à leurs propres peuples, non seulement en Angola (où le conflit a officiellement pris fin après que la guérilla de droite Unita a perdu toutes forces suivant la mort de Jonas Sawimbi). En outre, comme l’a noté Amnesty International le mois dernier, la Banque Mondiale devait financer un gazoduc Tchad-Cameroun dont la valeur est estimée à des milliards de dollars pour ajouter un peu de sensibilité sur la question des droits de l’homme, mais c’est la répression qui en a résulté.
D’autres africains de la République Démocratique du Congo (RDC), de la Guinée Équatoriale, du Gabon, du Nigeria et du Soudan souffrent aussi de l’épuisement de leur pétrole sous les coups de dictatures militarisées.
Les sud-africains sont aussi impliqués dans ce type de pillage du pétrole. À la conférence annuelle de l’Association de science politique du même pays au KwaZulu-Natal le mois dernier, un chercheur du gouvernement a changé sa position de 2003 selon laquelle la coopération non hégémonique était, en fait, l’option adoptée par le gouvernement post-apartheid de l’Afrique du Sud.
Après avoir fait le bilan de l’ANC (African National Congress) dans le secteur énergétique du continent, particulièrement au Soudan et en Guinée Equatoriale, il a reconnu que : « Le gouvernement de l’ANC a abandonné toute considération éthique et tous principes de droits de l’homme, lesquels devaient être le socle de sa politique étrangère. »
Big Oil a célébré cet état de relations de pouvoir le mois dernier au Congrès mondial du pétrole à Johannesburg. Les opposants, invités par l’excellente ONG groundWork, n’ont pas non plus manqué à l’appel. Les Ogoni ont, par exemple, demandé des réparations non seulement pour la destruction entière de leur Delta, mais aussi pour l’épuisement de ce que les économistes appellent « capital naturel ».
Quelle est la valeur exacte du capital naturel dont l’Afrique est expropriée? En Afrique du Sud, la valeur des minerais dans le sol est allée de 112 milliards de dollars pour tomber à 55 milliards de dollars en 2000, selon l’ONU, pendant que l’Afrique dans son ensemble se retrouve avec une épargne annuelle nette dans le rouge.
En ajoutant, pas seulement l’épuisement lié au pétrole mais aussi la valeur du sous-sol, les ressources ayant trait au bois, les ressources forestières ne comprenant pas le bois, les zones protégées, les zones de culture et de pâturage, la Banque Mondiale estime que les citoyens gabonais ont perdu 2.241 dollars chacun en 2000, suivis par les citoyens de la RDC (-727 dollars), ceux du Nigeria (-210), du Cameroun (-152), de la Mauritanie (-147) et de la Côte d’Ivoire (-100).
En plus de l’épuisement minier qui représente 1% du revenu national annuel, la Banque reconnaît que la perte de forêts coûte aux sud-africains 0,3% de leur épargne nationale, la pollution 0,2% et l’émission de CO2 1,6%. Au total, en ajoutant quelques autres facteurs, l’ « épargne véritable » de l’Afrique du Sud est réduite de 15,7% à 6,9%.
Ces analyses, documents et calculs sont tout neufs et tout frais et doivent faire la honte de ceux qui disent que l’intégration internationale peut enrichir l’Afrique. Le contraire est plus vrai.
À la différence de Trevor Manuel, les activistes pour la justice africaine comme ceux qui se sont rencontrés lors de la conférence de groundWork le savent bien. Ils ont écrit aux responsables du Congrès mondial du pétrole en ces termes : « À chaque niveau dans la chaîne de production de combustibles fossiles où vos membres « ajoutent de la valeur » et font des profits, des gens ordinaires, des travailleurs et leurs environnements en pâtissent et en sont plus qu’appauvris. Là où le pétrole est exploité, pompé, traité et utilisé, en Afrique et ailleurs, des écosystèmes ont été endommagés, la qualité de vie de leurs peuples détruite et leur aspirations démocratiques et leurs droits et cultures piétinés. »
Et la lettre de conclure : « Votre futur énergétique qui ne font que suivre le modèle des intérêts des classes riches qui surconsomment, utilisent de l’énergie sans retenue et brûlent des combustibles et dont leurs styles de vie, téméraires et égoïstes, non seulement appauvrissent les autres mais menacent l’environnement dans toute sa globalité, nous imposant par là le tumulte, l’incertitude quant au climat, la destruction et la violence de la guerre. Un autre futur énergétique est nécessaire : le vôtre a échoué ! »
En réalité, le Forum social de l’Afrique du Sud à Harare, tenu au début de ce mois, a étendu ce sentiment à tout l’ensemble des relations économiques qui ne font que déposséder l’Afrique de toutes sortes de richesses.
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* L’auteur de cet article est basé à l’Université du KwaZulu-Natal et sert au Centre de la société civile de la même institution. Le présent article fait partie d’une plus grande étude menée en collaboration avec le Centre sud-africain pour la justice économique basé à Johannesburg et Equinet basé à Harare. On remercie les participants à l’atelier de Harare pour leurs réactions.
Vous pouvez envoyer tous vos commentaires àTagged under GouvernanceIls sont vingt-six à briguer cette année la présidence du pays. Parmi les candidats, figurent deux femmes, Marie Elise Gbèdo, avocate et ancienne ministre du Commerce, déjà en compétition en 2001, et Célestine Wetohossou, ancienne directrice de cabinet du président, Mathieu Kérékou. L'on retrouve également dans les rangs, le président de l'Assemblée nationale, Antoine Kolawolé, le président du Conseil économique et social (CES), Raphiou Toukourou, l'ex-président de la Banque ouest-africaine pour le développement (BOAD), Yayi Boni, Richard Sènou, fonctionnaire à la Banque mondiale, et le fils aîné de l'ex-président Nicéphore Soglo, Léhady, premier adjoint au maire de Cotonou (le maire étant Nicéphore Soglo lui-même). Sans oublier Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji, deux poids lourds de la scène politique béninoise.
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