Le rôle de Mwalimu Nyerere dans la promotion de l’art et du bien-être des artistes est analysé par Vincensia Shule, elle-même artiste. Elle note que le Mwalimu a produit différentes pièces de théâtre et que dans sa mission de décolonisation du théâtre, il a traduit Shakespeare en Kiswahili. Sans oublier qu’il a su lier sa philosophie Ujamaa avec les arts, comme ce fut le cas lorsqu’il a rebaptisé ‘Ujamaa’ la fameuse sculpture Dimoongo Makonde. Néanmoins, Vincensia constate que Mwalimu « n’a pas eu la chance de parvenir à persuader les autres politiciens, en particulier ceux de son parti, à apprécier l’art en dehors d’un discours de propagande» et lance un appel pour la revitalisation de l’idée de l’art du Mwalimu.
Tagged under PanafricanismeNg’wanza Kamata examine la vision de Nyerere sur les questions de la terre. Notamment le fait que la terre ne peut, sous aucun prétexte, être transformée en un objet qui se vend sur le marché. A partir de là, le Mwalimu a défendu un système de location plutôt que de possession de la terre qui créerait une classe de propriétaires fonciers et de locataires. Néanmoins, se désole Kamata, il n’a pas franchi le pas décisif pour abolir les termes de la Land Ordinance coloniale, qui prévoit que la terre appartient à l’Etat plutôt qu’au peuple. De sorte que les bureaucrates «ont été et sont toujours en mesure de chasser les gens de leur terre». Mais Kamata n’oublie pas les appels de Nyerere pour pousser les masses à résister à tout ce qui permet à quelques personnes de revendiquer la propriété de ce qui appartient à tous.
Tagged under PanafricanismeIl y a dix ans, le 14 Octobre 1999, un géant est mort et a laissé une caverne, dans notre être, si ce n'est dans notre conscience. Kambarage Julius Nyerere était un homme de réalisations extraordinaires aux niveaux national, continentale et international, écrit Firoze Manji, dans cette introduction au numéro spécial de Pambazuka News consacré à celui qui fut un des leaders les plus avisés que l’Afrique a connus dans son histoire.
Tagged under PanafricanismeJeudi 15 octobre 1987- jeudi 15 octobre 2009. Cela fait exactement 22 ans qu’une fusillade dans l’enceinte du Conseil de l’entente à Ouagadougou mettait fin non seulement à la vie du capitaine Thomas Sankara – et à celle d’une dizaine de ses compagnons d’infortune – mais aussi à la Révolution d’août 1983 qu’il avait déclenchée avec trois autres compagnons d’armes. Depuis cette date, le 15 octobre ne passe pas inaperçu surtout pour tous ceux qui se disent les héritiers de ses idées, de son combat. En ce 15 octobre 2009, sa sœur revient sur les événements.
Tagged under Panafricanisme Burkina FasoDans un monde qui fait face à des mutations de grande ampleur, le devoir des intellectuels africains, soutient Iba Der Thiam, est de s’impliquer dans tous les débats, au niveau de tous les cercles de réflexion, où se dessine l’avenir. Car il s’agit de porter la voix d’un continent dont on a cherché à nier l’histoire et à asservir le peuple, pour continuer encore aujourd’hui à l’exclure de tout ce qui détermine la marche du monde. Disant rejoindre en cela les préoccupations du président sénégalais Abdoulaye Wade, M. Thiam souligne que les intellectuels «doivent élaborer un plaidoyer pertinent, documenté, solide et articulé sur leur vision de la place que leur continent doit occuper dans le XXIe siècle qui commence et, dans le même mouvement, se demander ce qu’il convient de faire pour répondre à toutes les questions que leurs investigations posent».
Tagged under PanafricanismeLe 21 mars 2009, Kwame Nkrumah aurait eu 100 ans. La mort l’a frappé le 27 avril 1972 à Bucarest (Roumanie), dans la solitude de l’exil. Six ans plus tôt, le 24 février 1966, un coup d’Etat l’avait destitué. Le reste de sa vie, il le vécut en Guinée. Ce centenaire, l’Afrique le vit en étant toujours à la poursuite de ce rêve qui fut au cœur de la réflexion et de l’action politique de Nkrumah. Son idéal de panafricanisme reste un défi, une espérance. Au regard de ce qu’il représentait et voulait réaliser, de ce nouvel ordre qu’il désirait pour l’Afrique, Ama Biney en arrive à tracer des similitudes entre lui et Obama, dans la recherche de la justice pour la genre humain. Elle projette aussi le regard de Nkrumah sur le monde actuel, si ce dernier avait vécu pour atteindre ses cent ans.
Tagged under PanafricanismeCe lundi 21 septembre marque le centième anniversaire de la naissance de Nkwame Nkrumah. Aujourd’hui encore, l’idéal panafricaniste dont il a été un des porte-étendard continue d’irriguer les pensées et les débats, même si son aboutissement tarde à franchir le pas décisif attendu au niveau des peuples et des gouvernants africains. Dans le contexte du Ghana actuel, mais aussi sur le continent et dans la diaspora, Kofi Mawuli Klu rappelle ce que devraient être la stratégie, le rôle et l’action des nkrumahistes en vue d’organiser les masses afin qu’elles soient armées pour la régénération d’un développement mondial durable et la promotion de la justice globale.
Tagged under Panafricanisme GhanaLes restranscriptions en français des extraits du documentaire « Ombres africaines » de de Silvestro Montanaro, diffusé le 15 juillet à 23h55 (voir à l’adresse mais aussi à l’adresse http://www.jeuneafrique.com/ . Il nous a semblé nécessaire de revenir sur ces déclarations et d’en analyser le contenu. Ce sont ces réflexions que nous vous livrons ci-dessous. Il convient d’être prudent et nous avons voulu ici rassembler les éléments connus sur l’assassinat de Thomas Sankara pour permettre à nos lecteurs de mieux démêler le vrai du faux mais aussi faire gagner du temps ceux qui souhaitent poursuivre l’investigation sur cette affaire.
Tagged under Panafricanisme Burkina FasoUn documentaire de la chaîne publique italienne RAI3 met en cause Américains et Français aux côtés de Blaise Compaoré. « Ombres africaines », documentaire en trois parties de Silvestro Montanaro diffusé du 15 au 29 juillet en seconde partie de soirée a recueilli des témoignages de personnalités libériennes connues ou de l’ombre, qui restent sans équivoque. Le site dédié à la mémoire du révolutionnaire, a retranscrit les propos dans l´ordre où ils ont été montés pour le film par le réalisateur. Un texte que reproduit Pambazuka.
Tagged under Panafricanisme Burkina FasoKwame Nkrumah a amené le Convention People’s Party au pouvoir dans les deux ans qui ont suivi sa formation, créant ainsi le Ghana indépendant. Une victoire électorale écrasante lui a fourni une tribune pour une mobilisation anticoloniale massive dans toute l’Afrique. Accra était devenu le point de ralliement du mouvement anticolonial africain avec la All African People’s Conference qui a attiré les délégués de 62 organisations nationalistes, y compris des partis qui accéderont au pouvoir et des dirigeants post-coloniaux qui étaient vivement encouragés à lutter pour « l’indépendance maintenant ». En septembre prochain, on célébrera le centenaire de la naissance de Nkrumah. Aujourd’hui, le Ghana est devenu une icône du développement, mais les défis que son leader avait relevés n’ont pas trouvé leurs solutions. Pour son pays comme pour l’intégration africaine.
Tagged under PanafricanismePambazuka News, dans sa version anglaise, a publié régulièrement depuis 2004 les «Cartes postales» panafricaines hebdomadaires de Tajudeen Abdul Raheem, décédé dans un accident de voiture le 25 mai (http://www.pambazuka.org/fr/category/features/56651). Bien qu’en plaisantant à propos de ses écrits de Tajudeen nous disions qu’ils sont ‘’un cauchemar de rédacteur’’, il n’en reste pas moins qu’ils offrent un regard pénétrant et incisif sur les affaires panafricaines. Tajudeen s’exprime avec humour et optimisme, en plus d’être armé d’une foi inébranlable en la possibilité, en s’unissant et en s’organisant, de construire une Afrique bonne pour tous ses citoyens, quel que soit la dimension du défi auquel est confronté le continent. Pour célébrer l’engagement de Tajudeen et sa contribution au panafricanisme et la communauté de Pambazuka, nous avons choisi quelques-unes de ses cartes postales parmi les plus pertinentes, afin de les partager avec les lecteurs francophones de Pamabazuka. Elles démontrent la capacité mystérieuse de leur auteur à comprendre le cœur du problème et le fonctionnement du cœur humain, de clarifier des questions complexes et controversées et de donner aux gens l’élan pour oeuvrer au changement.
Tajudeen nous parle, dans ces morceaux choisis la Libération de l’Afrique, de la nécessité d’élever le statut de la femme, de l’abolition de l’esclavage et des esclavages des temps modernes, de la stigmatisation dont l’Islam et les musulmans sont l’objet de manière abusive.
1 - Se souvenir du jour de l’Afrique
Mardi dernier c’était le jour de l’Afrique. Malheureusement, nombre d’Africains seront surpris y compris les principaux journaux, politiciens, partis politiques et les milieux médiatiques, et même de nombreux gouvernements sur tout le continent, qui auront vécu cette journée sans aucune notion de sa signification historique. C’était le 25 mai 1963 que l’Organisation pour l’Union africaine a été fondée. Pour marquer cet évènement historique, le 25 mai est devenu le jour de l’Afrique pour tout le continent et la diaspora. Il fût une époque où ce jour servait à commémorer et à célébrer la libération de l’Afrique en solidarité avec la lutte en pays, principalement en Afrique australe, qui étaient toujours sous la botte des colonisateurs et de l’Apartheid.
Lorsque l’Afrique du Sud a été libérée, on a eu le sentiment de ’’enfin la victoire’’. Il apparaît qu’il n’y a pas de grandes luttes pour unir nos efforts et construire la solidarité sur le continent et dans la diaspora. Bien que l’Afrique soit maintenant sous dominance africaine, la libération de nos peuples de la pauvreté et de l’ignorance est aussi urgente aujourd’hui qu’en 1960, même plus urgente.
Dans de nombreux pays, le déclin officiel du statuts de la journée de l’Afrique remonte aux années 1970/80, lorsque plusieurs de ces pays sont devenus les forteresses de toutes sortes de régimes despotiques qui ne représentent même pas leur propre peuple, beaucoup moins l’Afrique. Il y avait aussi quelques pays aidés et trompés par les politiques opportunistes de la Guerre Froide, qui ont cru qu’ils pouvaient cheminer seul, sans leurs voisins, aussi longtemps qu’ils demeuraient les serviteurs fidèles de l’Occident ou des pays de l’Est.
Quelques pays ont tenté le non alignement, mais sans grande crédibilité, parce qu’en pratique ils étaient alignés sur l’une ou l’autre des puissances et courtisaient la partie rivale lorsque ceci s’avérait nécessaire. Donc le non alignement est devenu une promiscuité politique et idéologique utilisée par les dirigeants pour renforcer leur régime. Il semble loin le temps où la plus grave question qui occupait nos dirigeants était le choix de la puissance qu’il valait mieux soutenir, alors que prendre une position pro africaine était considéré avec suspicion.
Par exemple, les puissances occidentales et leurs substituts idéologiques parmi nos pères fondateurs, considéraient Nkrumah, en raison de son engagement panafricain, comme un ‘’ambitieux communiste’’ qui voulait être le président de toute l’Afrique ! Lumumba était ‘’ une dangereux communiste’’ qui devait être éliminé bien qu’il ait été élu par son propre peuple. Il en fut de même avec Nasser en Egypte et Ben Bella en Algérie. Même des panafricanistes comme Oginga Odinga, qui ne voulait pas devenir président, ont été visés. Je viens juste de relire le livre de William Atwood ‘’ The Reds and the Blacks in Africa’’, et celui qui veut savoir comment la Guerre Froide a enflammé et brûlé l’Afrique, devrait lire ce livre.
Ce qu’il y a de bien au jour d’aujourd’hui, c’est qu’après plusieurs décennies où nous avons tenté d’être comme les autres et avons dansé au son de leur musique, toutes tendances idéologiques confondues, nous avons finalement appris que nous ne pouvons être que nous-mêmes et que nous avons besoin les uns des autres afin de contrer la menace de la marginalisation, la globalisation rapace et assurer la consolidation des petites choses acquises et accomplies dans nombre de pays. Aucun pays ne peut être un miracle durable si ses voisins vivent l’enfer.
Ceci a motivé un nouvel enthousiasme pour l’intégration régionale et continentale au cours de ces dernières années. La meilleure expression en est l’Union africaine, inaugurée en 2002 à Durban en Afrique du Sud,, la conséquence de la transformation de l’OUA qui a vu le jour lors d’une réunion au sommet extraordinaire à Syrte, en Libye en 1999
Cette nouvelle union, en dépit des sarcasmes et des moqueries des afro pessimistes intérieurs et extérieurs, a fait des progrès constants. La commission de l’UA a travaillé d’arrache-pied depuis que le président Alpha Konaré, l’ancien président du Mali, et ses collaborateurs sont entrés en fonction l’année dernière. En mars, le parlement panafricain, où siègent cinq représentants de chacun des 53 pays membres de l’UA avec l’infatigable Béatrice Mongela de Tanzanie élue présidente, a été inauguré. Mardi dernier, le Peace and Security Council (Conseil pour la paix et la sécurité) a été formellement inauguré.
(…) L’Union africaine fournit de nouvelles opportunités pour remettre sur le métier un programme panafricaniste plus large unissant tous les Africains. Mais pourquoi tant d’Africains demeurent-ils indifférents ? Ceci a beaucoup à voir avec la méfiance et la suspicion concernant toutes les initiatives provenant de dirigeants africains. Les cicatrices douloureuses sur nos corps physiques et nos institutions politiques qui résultent de notre manque d confiance en nos dirigeants, font que maintenant les gens généralement restent sur une réserve prudente. Le déficit en crédibilité ne peut être comblé que si les dirigeants africains démontrent qu’ils sont véritablement engagés et que cette fois c’est vrai.
Il est une chose qu’ils peuvent faire pour convaincre notre population que cette fois c’est sérieux, c’est abolir tous les règlements bureaucratiques anti peuple et les procédures qui restreignent les déplacements des personnes entre pays africains. C’est simplement ridicule que la plupart des Africains éprouvent de grandes difficultés à entrer dans un autre pays africains avec un passeport africain. Et il est honteux qu’il soit plus facile pour un Européen ou un Américain de visiter, travailler ou s’établir en Afrique que pour les Africains ! Si le 25 mai n’a plus de résonance historique, qu’en est-il du 9 juillet 2002 qui est la date de l’inauguration de l’Union africaine ?
Y a-t-il un meilleur moyen pour introduire dans la conscience de tous les Africains, en particuliers, nos jeunes à l’école, à l’université et généralement les forces populaires, qu’en déclarant dans tous nos pays, ce jour comme le jour de l’Union africaine ? Actuellement, il y a moins d’une douzaine de pays qui continuent d’honorer la journée de l’Afrique. Les dirigeants de l’Afrique doivent prendre un nouvel engagement qui soit pratique et qui nous rende libre de circuler et nous établir, sans encombre du Cap au Caire. Ce droit doit s’étendre à tous les Africains de la diaspora qui choisiraient d’en bénéficier. Sinon, la journée de l’Afrique ou de l’Union africaine n’aura aucun sens pour nos peuples. Ce sera juste un autre jour dans la plantation en attendant ‘’ Uhuru’’
2 - Chaque jour devrait être le jour de la femme
Depuis le début de ce mois, il y a eu en Grande Bretagne toutes sortes de commémorations, de discours, de réunions de prières et toutes sortes d’autres activités publiques pour marquer le deux centième anniversaire de l’abolition du trafic d’esclaves transatlantique. Elles ont provoqué nombre de réactions et généré beaucoup d’intérêt, de débats, de reconstructions et de déconstructions.
Malheureusement ceci est plus le fait de la diaspora que des Africains en Afrique, à l’exception du Ghana, qui a réussi a incorporé cette douloureuse expérience dans une attraction touristique créative. Dans une année où le Ghana célèbre ces cinquante ans d’indépendance, et va faire la fête tout au long de l’année, les commémorations anti-esclavage sont devenues une autre valeur ajoutée à une hystérie de ’’soyez heureux’’ orchestrée par l’Etat.
Le Ghana n’est pas le seul pays où les esclaves ont été capturés et forcés, enchaînés, à bord de bateaux qui les ont transportés dans des conditions des plus inhumaines vers les plantations des Caraïbes et de l’Amérique du Nord, les autres Amériques et l’Europe. Les nations de
l’Afrique de l’Est, du Centre et du Sud et d’autres parties de l’Afrique de l’Ouest y compris l’actuel Sénégal et le Nigeria ont aussi fait partie de ce trafic honteux qui a duré 400 ans. Si cette histoire nous touche tous, comment se fait-il que tant d’Africains et de dirigeants africains ne sont pas intéressés par cette expérience barbare dont l’impact continue de se manifester au travers de l’image négative persistante de l’Afrique et des Africains dans le regard du reste du monde ?L’esclavage a été suivi par le colonialisme, ce qui est une distinction purement légale, dans la mesure où celle-ci n’a guère changé les aspects négatifs de la vie de nos peuples. Dans un certain sens, l’esclavage a pris fin en Europe mais a persisté dans les colonies. Peut-être qu’une des raisons pour laquelle les Africains ne sont pas particulièrement intéressés résident dans le fait que ceci réveille trop de douleurs, le souvenir de notre assujettissement et des outrages subis et rendent plus insupportables le fait que, aujourd’hui encore, la vie de beaucoup de gens en Afrique, et dans la diaspora, ressemble à celle des esclaves.
En dépit de l’histoire et des finesses légales, pour beaucoup de gens, l’esclavage n’est pas mort, il a seulement muté. Il a pris une autre forme d’exploitation et de domination qui nous met encore et toujours au bas de la liste selon la plupart des indices de progrès humains. Comme les rois et les empereurs et autres marchands d’esclaves des temps jadis, nos présidents et premiers ministres dominent un système de pouvoir qui continue à faire de nos gens ’’ des tailleurs de bois et des porteurs d’eau’’, cependant que les richesses de ce continent continuent d’être siphonnées par d’autres, satisfaits qu’ils sont d’être les partenaires mineurs aussi longtemps qu’eux et leur familles et tous les parasites qui s’accrochent à eux, peuvent maintenir leur style de vie de consommateurs grotesques et injustifiés. Ils vendront n’importe quoi ayant déjà troqué leur âme.
Le somnambulisme dont font preuve les dirigeants africains, dès lors qu’il est question de l’esclavage, tient peut-être au fait que le passé pèse trop lourdement sur le présent et aussi qu’ils craignent que d’aucuns tirent un parallèle inconfortable avec l’état d’esclavage des temps modernes auquel est réduit la population, en raison de leur collaboration au marché libre, à la privatisation, la modernisation et la globalisation.
Les esclaves étaient capturés lors des guerres ou des rafles et vendus de force, mais aujourd’hui nous finançons volontairement notre propre esclavage. Rendez-vous juste devant une ambassade occidentale n’importe où sur le continent et vous verrez des hordes de nos populations (surtout des jeunes) qui feraient n’importe quoi pour obtenir un visa pour se rendre à l’étranger. N’importe où fera l’affaire, aussi longtemps que c’est hors d’Afrique et même les anciens pays esclavagistes en Europe et en Amérique restent des destinations préférées.
(…) Même lorsque l’esclavage battait son plein, des millions de personnes ont résisté, résistance que beaucoup ont payé de leur vie et ce dans ce qui est nommé par euphémisme le Passage du Milieu. Nombreux sont ceux qui sont morts pour avoir été jetés par-dessus bord en raison de maladies ou parce qu’ils étaient ‘’trop difficiles à manier’’, cependant que d’autres ont plongé dans la mer, préférant se faire dévorer par des requins, des crocodiles et autres prédateurs marins, plutôt que d’être embarqués vers les plantations. Dans ces plantations, la résistance était rampante et prenait de nombreuses formes culturelles comme l’établissement d’église africaine, la musique, les tambours, etc.
En Haïti, la révolte des esclaves a été décisive puisqu’elle a abouti. Aujourd’hui, Haïti est cependant synonyme de toutes sortes d’actes d’inhumanité, étant le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental alors qu’il était un joyau de prix dans les économies esclavagistes pour être le principal producteur de cannes à sucre. Haïti a joué un rôle glorieux dans la résistance à l’esclavagisme que nous ne devons pas oublier. Dans la jungle brésilienne, des anciens esclaves ont établi le royaume de Zoumbi après avoir s’être affranchi de l’esclavage.
Il est important de se souvenir de ces luttes, parce que nos médias africains, intellectuellement paresseux et dépendant de la technologie, ne nous offre que des ‘’copier-coller’’ à partir de la presse occidentale qui affirme que l’abolition de l’esclavage est due aux sociétés abolitionnistes en Grande Bretagne, aux églises et aux missionnaires et aux bonnes gens d’Europe et d’Amérique.
L’islam remplace le communisme dans le panthéon des phobies occidentales
Tajudeen Abdul Raheem*
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Tagged under PanafricanismeEn hommage à Tajudeen Abdul Raheem qui vient de décéder, Pambazuka News dédie ce numéro à ce géant du panafricanisme dont la vie et les travaux en ont inspiré plus d’un. Suite à son décès tragique dans un accident de voiture le 25 mai, Pambazuka a reçu un déluge de courrier provenant de tous ceux qui veulent lui rendre hommage et saluer une dernière fois ce colosse de la libération africaine. En sa mémoire, le rédacteur en chef de Pambazuka, Firoze Manji, reproduit ici les innombrables messages qu’il a reçus suite au décès de Tajudeen.
Ce qui suit est un extrait des réactions de centaines de personnes à Tajudeen Abdul Raheem depuis la tragédie de sa mort accidentelle.
Tajudeen a été tué dans un accident de voiture à Nairobi, le 25 mai 2009, le jour où l’on commémore la libération de l’Afrique. Il se rendait à l’aéroport pour prendre l’avion à destination du Rwanda où il devait s’entretenir avec le président, pour discuter des campagnes concernant la mortalité maternelle. Il laisse derrière lui une famille, Munira et ses deux filles Aida et Aicha. Leur épreuve, et peut-être aussi leur réconfort, est qu’elles doivent partager leur perte avec des milliers d’autres qui considéraient Taju comme un membre de leur famille.
Comme l’écrivait Emmanuel Akwwetey dans son hommage :’’ La marque de Taju est gigantesque et il a choisi de non seulement nous marquer nous, mais de laisser son empreinte sur toute l’Afrique’’. ‘’L’Afrique a perdu un de ses plus grands géants impliqué dans la lutte pour les Droits de l’Homme, la justice et la démocratie sur tout le continent. Vous avez mené le bon combat et vous avez laissé une empreinte considérable’’, a déclaré Omano Edigheji du Human Sciences Research Council. ‘’ Il a été un géant quelque soit l’aune à laquelle on le mesure. Il a été véritablement engagé dans la libération de notre continent. Peut-être et après tout, ce n’est pas une coïncidence qu’il soit mort le jour commémorant la libération de l’Afrique’’, a dit Demba Moussa Dembélé.
‘’Tajudeen a maintenu la torche universelle du panafricanisme allumée’’ écrit Issa G. Shivji. ‘’Si je dis universel, c’est parce que pour Tajudeen le panafricanisme ne concernait pas seulement l’Afrique subsaharienne ou l’Afrique noir, ou musulmane ou chrétienne ou Yoruba ou Ogoni. Il était véritablement panafricaniste. Il ne voulait pas se soumettre au culturalisme ou à ce que Nyerere a décrit comme ‘’ ces divisions territoriales causées par les vautours impérialistes’’, poursuit-il.
Pour nous tous, il est difficile de croire à sa mort et nous errons dans un brouillard d’incrédulité.
‘’ J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots pour exprimer mon chagrin et le sentiment de perte que j’éprouve depuis que mon plus cher ami Tajudeen a quitté ce monde’’, confie Patricia Daley.
‘’ Je ne peux juste pas croire cela… Juste je ne peux pas. Je ne peux pas accepter qu’il nous ait quitté quand il reste tant à faire, tant de situations où son regard particulier et sa sagesse toujours inspirée par son orientation et sa volonté de voir l’Afrique reconquérir sa dignité, étaient essentiels. Sa voix ne doit pas quitter l’Afrique parce qu’elle n’a pas de substitut. Difficile de trouver un autre Tajudeen parmi nous. Mon frère, mon frère, mon frère… Tragique nouvelle insupportable et notre perte à nous tous, pas seulement à sa famille, mais à toute l’Afrique’’, écrit Mammo Muchie
Pauline Wynter et Jacques Depelchin : ‘’Trop douloureuse pour être décrite sera votre absence… Trop de choses vont nous manquer. Votre usage magique des mots à des moments comme celui-ci, lorsqu’il faut se battre pour des idées immortelles.’’
Onyekachi Wambu : ‘’Je ne peux toujours pas croire que quelqu’un d’une telle vitalité et si vivant soit parti’’.
David Johnson : ‘’ Du Cap au Caire, de Mombasa à Dakar, de Port of Spain à Londres et au-delà, notre douleur dit la magnitude de sa contribution’’
Mais au travers du rideau de nos larmes, nous commençons à reconnaître la dimension de l’homme que nous avons perdu. Une de mes anecdotes préférées concernant Tajudeen a trait à sa candidature de doctorant à l’université d’Oxford, dans le cadre des programmes de Rhodes Scholarship. Défiant sans faiblir le protocole universitaire, Tajudeen a insisté pour se présenter aux entretiens et aux examens en habit traditionnel et a défié ceux du comité de sélection de trouver quelque chose à redire à ses vêtements arguant qu’il n’avait pas être associé à une impérialiste aussi notoire que Cecil Rhodes !
Baba Aye du Socialists Workers Mouvement : ‘’La chute d’un tel colosse équivaut à la perte de milliers de généraux’’.
Gavin Williams : ‘’ Je suis choqué et attristé par la perte soudaine d’un ami et d’une homme intègre et engagé comme Taju l’a démontré dans sa pratique politique’’.
Godwin Murunga : ‘’ Un défenseur de l’Afrique dont la passion était empreinte d’humanité, un dirigeant dont la nationalité n’avait aucune importance, qui ne revendiquait que la nationalité panafricaine’’.
Walter Turner, Host, Africa Today, KPFA Radio : ‘’C’est un champion endurant de la libération africaine’’.
Ezra Mbogori, fondation Akiba Uhaki : ‘’ C’était une communicateur hors pair, un conteur, et là où le besoin se faisait sentir, un agitateur, le sympathisant et en dernier recours, l’Africain qui connaissait la solution à tous les problèmes. Il nous exhortait à ne pas nous tourmenter mais à nous organiser… Et comme nous le savons tous, il a organisé tout, jusqu’au terme de sa vie’’.
Mama Koité Doumbia (FEMNET) : « Je lui rend un hommage particulier pour son engagement et sa vison pour l'Afrique . Nous avons travaillé ensemble pour organiser le Forum de la Socéité Civile Africaine en 2007 à Addis Abeba. J'ai été impressionnée pour ces critiques mais aussi son ambition pour l'Afrique . C’est avec les larmes aux yeux que j'écris ce message. Il était un ami et un camarade de lutte surtout dans la promotion des OMD, engagés ensemble dans cette Campagne de lutte contre la pauvreté ».
Michael O. West : ‘’ Il avait le don d’ubiquité pour sa quête de la libération de l’Afrique. Son extraordinaire énergie, sa grâce sans faille, son optimisme contagieux vont nous manquer grandement. Beaucoup ont tenu des théories à propose du panafricanisme, et la théorie c’est bien mais sans actions, c’est inutile. Or la théorie et la pratique du panafricanisme a trouvé une synthèse parfaite en Tajudeen’’.
Yusuf Hassan : ‘’ Tajudeen était un personnage complexe ; un camarade, un père aimant, un unificateur et un intellectuel brillant et, par-dessus tout un panafricaniste engagé. Il a apporté de la vigueur et insufflé un sens de l’urgence dans toutes les causes progressistes qu’il a épousées. Un personnage hors norme et charismatique, il avait une présence forte et imposante, usant d’esprit décisif et de sa voix puissante pour formuler les droits des dépossédés et des miséreux en Afrique et dans la diaspora. Tajudeen était un optimiste né, un messager d’espoir. Il n’a jamais perdu sa foi en la capacité des peuples africains de transformer leur vie et contrôler leur destinée. Il était sur la ligne de front dans la quête africaine pour le changement politique, économique et social et a combattu sans peur pour une Afrique libre et unie’’.
Fatma Alloo : ‘’ Sa vivacité, sa joie, la clarté de ses pensée dans les circonstances les plus difficiles, son esprit de justice et sa volonté de combattre l’injustice’’.
Tajudeen a été un critique acerbe et sans peur de l’hypocrisie, quelque chose que beaucoup ont mentionné :
Ambassadeur Ahmed Haggag, secrétaire général de l’Union africaine : ‘’ Il a réussi à nous secouer, nous autres diplomates et politiciens pour nous extraire de la mentalité des salles de conférence lorsque discutons de questions africaines’’.
Nii Akuetteh : ‘’ L’homme a reçu en partage des dons prodigieux : une intelligence formidable, l’éloquence, la clairvoyance, une audace énergique, la confiance, le sens de l’humour et talents d’acteurs non négligeables. Sans omettre ses compétences en matière d’écriture et beaucoup d’autres choses’’.
David Johnson : ‘’ Il remplissait la pièce avec son énergie, son intelligence aiguisée et la plus redoutable des armes dans une lutte, l’humour’’.
Segun Adeyi : ‘’ Digne de confiance, responsable, audacieux et sans peur, le champion des opprimés et des humiliés, amical, humain, hautement intelligent, chaleureux et honnête dans ses opinions’’
Wangui wa Goro : ‘’ Un personnage hors norme, riant et parlant bruyamment en tous lieux’’.
Kumi Naidoo : ‘’ Il a déploré la ‘’ solidarité rémunérée’’ du Nord et la culture ‘’ des protestations au per diem’’ qui prenaient racine en Afrique et ailleurs dans le Sud’’.
Dani Wadada Nabudere : ‘’…Sa croisade en faveur du panafricanisme et de l’unité des peuples africains’’.
Ebrima Ceesay : ‘’ Chaleureux, éloquent, des talents oratoires, de l’intelligence, de l’énergie, du bon sens, de l’humour’’.
‘’ Nous avions invité Taju à prononcer un discours au centre de Basic Research’’, écrit Mahmood Mamdani titulaire de la chaire de Herbert Lehman en Gouvernance, à la Columbia University de New York. ’’ Il a ouvert les feux en lançant des accusations amères à l’encontre des dirigeants africains post indépendance.’’ ‘’Si un bateau américain abordait dans le port de Lagos aujourd’hui, avec une grande bannière annonçant que ceci est un bateau d’esclaves pour l’Amérique, il y aurait des queues sur les quais, formées par des millions de Nigérians qui voudraient prendre ce bateau’’, lança-t-il. Ceci était Taju tout craché : pas de temps pour les formalités ou les plaisanteries, le temps imparti est bref…
Mon souvenir le plus fort de Taju est son éternel optimisme, la détermination que c’est possible d’avancer quelque soit les obstacles et que la preuve du génie réside dans sa capacité de construire avec les matériaux à disposition, de passer de la théorie à la vie réelle. Il a rompu définitivement avec ‘’ la théorie d’abord’’ de ses vieux camarades. Taju ne respectait aucune règle, aucun commandement, aucune limite exceptés ceux dictés par le terrain. Il savait travailler avec tout le monde, que ce soit un gouvernement, les Nations Unies ou les ONG. La valeur de sa relation à l’autre ne reposait pas sur son identité mais bien plutôt de la réponse à la question ‘ Qui tire les ficelles ?’. Il est bon de se souvenir de tous ses discours qui finissaient avec ‘’ Ne vous tourmentez pas, organisez !’’
Nombreux sont les hommages qui témoignent de l’extraordinaire combinaison du personnel et du politique :
Roselynn Musa : ‘’Taju était toujours serviable, joyeux, et, juste il était bon. On pouvait dépendre de lui en tout temps. Nous nous souviendrons toujours de lui : audacieux, une personne heureuse qui nous a toujours faire réfléchir, rire et agir’’.
Sylvie Aboa-Bradwell, Centre for Democracy and Development : ‘’ Nous sommes fièrement perchés sur un rare baobab africain. Charisme, vivacité et intégrité jaillissent de lui comme l’eau de Mosi-oa Tunya. Sa présence inoubliable, sa sagesse et sa brillance sont nos guide pour toute la vie’’.
Georges Nzongola- Ntalaja : ‘’ J’en suis à avoir le plus grand respect pour lui, pour son intégrité intellectuelle, ses analyses brillantes de la situation fâcheuse de l’Afrique et de son engagement sans faille pour la cause du panafricanisme. Sa vie et son travail exemplaires doivent rester un phare pour les générations présentes et futures pour tous les Africains engagés à mettre les richesses naturelles de notre continent au service des aspirations les plus profondes de nos peuples’’.
Deborah Bryceson : ‘’Ses analyses incisives et son esprit aiguisé manqueront gravement au lecteur de Pambazuka. Taju était un de ces personnages qui illuminait toue les manifestations auxquelles il participait’’.
Alastair Roderick : ‘’Nombre de personnes ont cité son appel bien connu ‘’ Ne vous tourmentez pas !!! Organisez !!! (La ponctuation est délibérée). Même cette passion émerveillée, sa droiture et son refus d’accepter les épreuves de l’Afrique -ou les siennes propres- comme irrémédiables se résume pour moi dans une autre de ses phrases ‘ Rien pour moi sans moi’’.
Plusieurs personnes ont commenté son engagement pour la lutte des droits des femmes :
Solome Nakaweesi Kimbugwe, pour Akina Mama wa Afrika : ‘’ Son combat sans relâche et sa contribution pour la justice en Afrique et pour les femmes africaines dans un effort global de lutte contre la pauvreté et l’injustice mérite des louanges. On se souviendra particulièrement du Dr Tajudeen Abdul Raheem, de son franc parler et de son leadership affirmé lors des campagnes en faveur de la justice globale, de la bonne gouvernance et pour ce que nous représentons à Akina Mama wa Africa. Les femmes africaines se souviendront toujours de celui qui les encouragées et soutenues dans leur lutte pour leurs droits lorsqu’elles cheminaient sur la voie de l’éradication des inégalités et les tenants du patriarcat sous toutes formes’’.
Stella Mukasa, Ouganda : ‘’ Taju avait compris qu’il ne pouvait y avoir de libération de l’Afrique sans libération des femmes. Il quitte la scène à un moment où nous avons besoin de plus de gens comme lui… et ils sont si difficiles à trouver’’.
Fatoumata Touré : ‘’ Merci Taju d’avoir pris la défense des femmes africaines. ‘’ Oui Jjaja’’ avait-il dit’’ les femmes ne devraient pas perdre la vie en donnant la vie’’ Même dans mes rêves les plus fous je n’aurais pu imaginer que notre conversation finale porterait sur la vie et les droits. Ô Taju que vous puissiez perdre votre vie en luttant pour le droit des femmes à la santé, rendre votre souffle dernier le jour qui commémore la libération de l’Afrique’’.
Doreen Lwanga : ‘’Il a été l’inspiration de la lutte pour la libération de l’Afrique et l’unité africaine et ma vie professionnelle’’.
Fatoumata Touré : ‘’ Il pensait toujours à une alternative lorsque la majorité nous avait poussé dans une impasse. Ne s’avouant jamais vaincu, il avait l’habitude de citer Amilcar Cabral : ‘’ ne revendiquez pas des victoires faciles, ne mentez pas’’.
Même ceux qui n’avaient jamais eu la bonne fortune de rencontrer Tajudeen en personne, parlaient de ce géant en terme élogieux :
Henning Melber : ‘’ Bien que je n’aie pas eu le privilège de le rencontrer personnellement, il a été une étoile fixe dans mon firmament personnel’’
Sokari Ekine : ‘’Un grand homme a disparu, mais il nous laisse des milliers de mots avec lesquels réfléchir sur notre Mère Afrique : AGIR, FAIRE et PARLER. C’est ce que Tajudeen faisait et nous devrions suivre le chemin qu’il a tracé, maintenant plus que jamais. »
Tumusiime Kabwende Deo : ‘’ Je ne connais pas Tajudeen personnellement, mais je suis un admirateur silencieux du charisme qui lui permettait de garder un doigt sur la clavier pour informer, éduquer et distraire les lecteurs ougandais en particulier et d’Afrique et dans le reste du monde en général’’.
Comment honorer sa mémoire ?
‘’ Que pouvons-nous faire en mémoire de ce grand patriote de notre Afrique ? Nous allons le pleurer pendant longtemps. Mais quand nos larmes auront séché, pourrions-nous entreprendre quelque chose en son nom ?’’, demande Akwasi Aidoo de TrustAfrica.
L’ambassadeur Ahmed Haggag, Secrétaire général de l’Union africaine : ‘’…Puis-je humblement proposeer de créer un prix annuel africain ‘’ Tajudeen’’ qui pourrait être décerné à une personne dont un comité estimerait qu’elle a rendu de grands services à la cause du panafricanisme’’.
Baba Aye, Socialist Workers' Movement : ‘’ … l’immortaliser en rassemblant tous ses écrits afin de les rendre largement accessibles pour la génération montante des socialistes et des militants panafricains. »
‘’Sun re o, egbon Taju…sun re.'’Nii Akuetteh : ‘’ Que chaque ONG recrute de nouveaux militants (au moins un ou autant que la capacité le permet) qui serait les Tajudeen Fellows. Les enseigner et les former afin qu’ils deviennent des militants brillants. Au cours de leur formation, il est essentiel que chacun découvre un des défis majeurs de l’Afrique globale. Toutefois, ayant découvert problèmes et défis, ils ne doivent pas se tourmenter mais organiser’’.
Nana Busia : ‘’…commencer à réfléchir à une stratégie afin qu’au sommet de l’UA et d’ECOWAS, Taju soit déclaré un héros africain de notre temps’’.
Ronald Elly Wanda : ‘’ Ses efforts infatigables pour promouvoir la justice sociale et politique en Afrique seraient le mieux honorés en continuant à exposer les injustices existantes et faire appel à tous les Africains pour un renouveau de leur citoyenneté’’.
Salma Maoulidi, Sahiba Sisters Foundation, Tanzania : ‘’Le prof a fait sa part, vivant sa vie intensément et inspirant des multitudes d’Africains. Maintenant la balle est dans notre camp.’’
Patricia Daley : ‘’ Il ne voudrait pas d’un deuil prolongé. Plutôt il voudrait que nous nous souvenions de ses propos lors de chaque commémoration de la libération de l’Afrique-‘’Ne vous tourmentez pas, organisez’’ jusqu`à ce que le continent soit libre’’.
Emira Woods, Institute for Policy Studies : ‘’Vous me manquerez cher ami, mais nous savons bien que comme pour Biko, Nkrumah, Lumumba, Cabral, Rodney, l’esprit ne meure jamais’’.
Michael O. West : ‘’ Tajudeen a conduit, maintenant nous devons suivre ».
Mildred Kiconco Barya : ‘’ J’ai une certitude. Si on avait demandé à Taju en quel jour lointain il voudrait quitter cette terre, je suis sûre qu’il aurait souhaité que ce soit le jour de la commémoration de la libération de l’Afrique. Et aussi longtemps que la libération de l’Afrique sera célébrée, aussi longtemps nous nous souviendrons de lui. Des années durant, Tajudeen s’est engagé pour la libération et aujourd’hui, il est lui libéré de toutes ses responsabilités terrestres et embrasse étroitement la liberté qui ne l’abandonnera jamais. En un geste triste et symbolique, la libération a frappé sa propre effigie en la personne de ce géant qui s’est identifié à elle tout au long de ces années passées. Je me sens un tout petit peu consolée du fait que la mémoire de Tajudeen sera préservée, immortalisée en ce jour significatif qui reviendra chaque année. Et je prie ‘’ Va ton chemin gracieusement Taju et continue de nous éclairer. Amen ‘’.
Hakima Abbas : ‘’ Selon les mots de Thomas Sankara, Tajudeen ‘a osé inventer le futur’. Il avait une vision de l’Afrique comme elle doit être et nous a offert, avec amour, de le rejoindre afin de réaliser sa vision. Puissions-nous poursuivre sa tâche. En avant, toujours !’’
Pambazuka News est fier d’avoir eu la responsabilité d’héberger la page où les hommages à ce grand camarade, ami, combattant et chef ont afflué pour être partagé entre tous. Nous sommes heureux de continuer à recevoir vos hommages, sachant que nombreux sont ceux qui voudront écrire lorsqu’ils auront un peu maîtrisé la douleur que nous ressentons tous.
Je suis dévoré par le chagrin mais aussi par la colère : Tajudeen était célèbre pour s’élever contre l’incurie de l’élite néocoloniale. Peut-être que leur plus grave manquement a été de n’avoir rien entrepris pour juguler l’épidémie croissante des accidents de route qui sont responsables des millions de blessés et de mort en Afrique chaque année. Je ne peux pas me défaire de ce sentiment d’indignation à l’idée que leur négligence a contribué à la mort de ce héros de l’Afrique.
Pour célébrer ses écrits au cours des années, le prochain numéro de Pambazuka va republier une sélection de ses cartes postales panafricaines hebdomadaires et prévoit aussi de publier une collection imprimée en collaboration avec Justice Africa et d’autres. Nous espérons que toutes les institutions voudront bien considérer la réalisation des initiatives, afin que le combat auquel Tajudeen croyait si profondément puisse continuer. J’hésite à user d’une phrase bien connue : ‘’ A luta continua’’.
Lorsque nous nous rencontrions Taju et moi, nous déplorions le fait que nos élites avaient travesti le slogan en ‘’The looting continues’’ (ceci est une jeu de mot pour luta (portugais) qui signifie la lutte et to loot (en anglais) qui signifie piller. Note de la traduction)
Nous sommes tous incrédules, nous nous sentons même trahis, Taju, que tu nous aies quitté. Comme on le dit à propos de Hôtel California, ‘’Vous pouvez régler votre note quand vous voulez, mais vous ne pourrez jamais vous en aller’’.
* Firoze Manji est le rédacteur en chef de Pambazuka News
* Veuillez adresser vos remarques et commentaires à [email protected] ou http://www.pambazuka.org/
Tagged under PanafricanismeOn dit, souvent, que notre monde bouge. C’est, certes vrai. On y ajoute presque toujours que tout change sous nos yeux. Je ne le crois pas. Change-t-il, véritablement et suffisamment, par exemple par rapport à la vision qu’il a de l’homme noir, de son passé et de sa destinée présente et future ? Je ne le pense pas. A la vérité, qu’il soit d’Afrique ou de la Diaspora, le Noir continue d’être traité, avec condescendance et quelquefois même, avec mépris.
Le simple fait que l’on veuille imposer à notre Continent, des accords dits de partenariat économique, qui hypothéqueraient, durablement, notre ambition à la prospérité et au bien-être matériel et moral ; la volonté de nous exclure (mise à part l’Afrique du Sud) de la réunion que le G 20 avait organisée à Washington et qu’on a reconvoquée, en avril, à Londres, avec, seulement, le président de la Commission de l’Union Africaine, celui ayant en charge le NEPAD et le président de la BAD, en plus, pour réfléchir sur la crise économique en cours, réformer le système capitaliste actuel et reprofiler la gouvernance mondiale, à partir de paradigmes nouveaux (…) ne constitue-t-il pas une preuve établissant, de manière indubitable, que, pour beaucoup de pays du monde développé, nous demeurons, à leurs yeux, quantité négligeable, comme c’était le cas pendant l’ère coloniale ?
Cette situation ne doit plus durer. C’est à nous et à nous seuls, qu’il incombe d’y porter la hache. Dans le combat pour inverser cette tendance, il est temps que chaque Noir se persuade que nous ne disposons pas d’armes plus efficaces et plus libératrices que le recours à notre histoire. Tous les peuples conscients des enjeux de la cohabitation avec leurs pairs et de la compétition qui se mène à l’échelle mondiale, ont en effet, élevé leur Histoire au rang d’une mythologie nationale, pour armer moralement leurs citoyens.
Je ne prendrai qu’un seul exemple.
C’est M. Alain Gresch, dans un article récent, publié par le « Monde Diplomatique » de janvier 2009, qui rappelle, avec beaucoup de pertinence, en se fondant sur les travaux de John M. HOBSON, tout ce que le monde occidental doit à la civilisation orientale et que nombre d’entre-nous savaient déjà. Il y signale, en particulier, « qu’après l’an 500, l’Orient avait, déjà, connu son propre développement économique et qu’en l’An 900, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, musulmane, étaient le berceau de la civilisation, la région la plus avancée du monde », située au centre de l’économie mondiale, avec une croissance économique considérable, fondée sur « la paix, le commerce de longue distance, des marchands musulmans, qui n’étaient pas seulement des commerçants, mais des investisseurs capitalistes » avisés , le tout secondé par des institutions rationnelles, « une comptabilité à double entrée, la pratique des contrats légaux et des partenariats ayant pour soubassement, une pensée scientifique de développement constant depuis l’an 800 ».
Dans le même article, M. Gresch signale, en s’appuyant sur les mêmes sources, qu’au XIème siècle, la Chine des Song avait déjà amorcé sa révolution industrielle, en produisant 125 000 tonnes de fer en 1078, alors qu’il a fallu attendre 1788, pour que la Grande- Bretagne en produise 76.000 tonnes. Il ajoute, sans détours, que « l’Orient a contribué, de manière active et importante, à l’émergence de l’Occident, en inventant et exportant, en Europe, ses technologies, ses institutions, ses idées ».
Evoquant, ensuite, Marcel Détienne, il rappelle que, depuis Ernest LAVISSE, la France a décidé que son Histoire commencerait avec les Grecs, c’est-à-dire, « avec un peuple admirable, puisqu’il a inventé la liberté et la démocratie » et que la notion de Renaissance, si capitale dans l’Histoire de ce pays, n’a été, en effet, inventée qu’au XIXème Siècle et non, avant, par Michelet.
Il s’agit, donc, dans le cas qui nous concerne, de choix nets et précis, d’un acte conventionnel, délibéré, d’une décision politique et idéologique sur laquelle on a articulé et bâti toute la mythologie historique nationale française, fondée sur la conception « d’une Europe exceptionnelle », « d’une généalogie directe entre l’Antiquité classique et l’Europe actuelle, en passant par la Renaissance ».
Marcelle Détienne, une fois ces précisions apportées, déclare vertement : « que l’Histoire de France commence avec les Grecs, voilà, écrivait Lavisse, dans ses Instructions, ce qu’il faut apprendre aux élèves des écoles secondaires et sans qu’ils s’en aperçoivent. Notre Histoire commence avec les Grecs, qui ont inventé la liberté et la démocratie et qui nous ont apporté le beau et le goût de l’Universel. Nous sommes les héritiers de la seule civilisation qui a offert au monde, l’expression parfaite et comme idéale de la liberté ». Voilà pourquoi, notre Histoire doit commencer avec les Grecs. A cette première croyance, est venue s’en ajouter, une autre, aussi forte que la première : « Les Grecs ne sont pas comme les autres ». « Comment, d’ailleurs, le pourraient-ils, alors qu’ils sont au commencement de notre Histoire ? ». Deux propositions essentielles pour une mythologie nationale, qui fait le plein des humanistes traditionnels et des historiens férus de nation », conclut Détienne.
Aveu ne peut être plus clair, plus catégorique.
Paul Valéry enfonce le clou, en assenant, à son tour, sans aucun complexe, que la civilisation occidentale, dans sa globalité, tire son originalité des trois sources que sont :
- Dans le domaine moral, le christianisme et plus précisément le catholicisme ;
- Dans le domaine du droit, de la politique et de l’Etat, de l’influence ininterrompue du droit romain ;
- Dans le domaine de la pensée et des arts, de la tradition grecque.L’Apport de l’Egypte ancienne, c’est-à-dire, de l’Afrique, celui de l’Asie et de l’Islam sont, ainsi, délibérément, évacués. A partir des paradigmes ainsi posés, on a façonné l’homme occidental, tel que nous le connaissons, de nos jours. Pour défendre ces valeurs, chaque fois qu’il les croit menacées, il est prêt à tous les sacrifices. C’est au nom de ces idéaux qu’il a conquis le monde et cherche, aujourd’hui, encore, à le formater à son image.
Or, chaque fois que nous, Africains, évoquons notre passé glorieux et la geste de nos ancêtres, ainsi que l’articulation, pourtant prouvée et réelle, de notre Histoire à celle de l’Egypte Ancienne, nous voyons des doutes s’exprimer, des incertitudes fleurir et quelquefois, une honte mal dissimulée se lire dans certains regards.
Tout se passe comme si on avait oublié que l’Histoire n’est pas un produit aseptique, une discipline innocente. Dans le choix des sujets, des acteurs, des faits et des forces en mouvement, dans celui des idées, des valeurs, des concepts, des symboles, des jugements et des références, qu’il convoque, tout historien, qu’il le veuille ou non, projette, toujours, peu ou prou, une partie de son moi, de sa culture, de ses a priori conscients ou inconscients, de sa vision du monde, de l’homme et de la société.
C’est cette démarche-là, qui a inspiré tous les grands peuples du monde et tous les pays qui se sont forgés une identité, dont ils ont fait leur crédo intra, comme extra muros.
Parce qu’il était conscient de cette contrainte majeure, le regretté Professeur Joseph KI-ZERBO avait dénoncé les prétendus savants « qui regardent l’Histoire comme un liquide incolore, inodore et sans saveur de laboratoire, au lieu de la reconnaître comme un fleuve vivant ».
Si bien, qu’il n’y a qu’en Afrique, que l’on voit des régimes accéder à la souveraineté internationale, sans aborder cette grave problématique et s’accorder sans débat approfondi, pour former leur peuple et leur jeunesse dans les écoles et les universités, sur des programmes d’Histoire au contenu ambivalent, au nom d’un universalisme de mauvais aloi, manifestement mal compris.
Le même Ki-ZERBO avait, avec humour et fantaisie, décrit ce mouvement en ces termes. : « Ayant brisé la barrière coloniale, ces pays ressemblent, un peu, à l’esclave libéré, qui se met à rechercher ses parents, à l’origine de ses ascendants. Il veut, aussi, en informer ses enfants. D’où la volonté d’intégrer l’Histoire africaine dans les programmes scolaires », avant d’ajouter, plus loin, avec agacement et indignation : « Nous disons que nous en avons assez de l’Histoire raciste, sous quelque forme que ce soit. Nous n’admettons pas d’être considérés comme des instruments perpétuellement passifs, ni d’extrapoler à partir du capitalisme triomphant du XIXème siècle, pour faire de toute l’Histoire africaine, un reflet scabreux de l’Univers, un cul de sac où viennent s’éteindre les influences civilisatrices de tous les continents ».
Notre monde actuel, faut-il le rappeler, est parcouru, depuis l’aube des temps par un processus de compétition dans lequel chaque nation met en avant ses modes d’identification, les manifestations de son génie inventif, la valeur de ses hommes et femmes, la pertinence de ses idées, la sagesse de ses jugements, la beauté de sa culture, l’extraordinaire attraction de sa langue, de ses croyances, de sa philosophie morale, sociale, économique, culturelle et politique, sans se préoccuper du qu’en dira-t-on. Dans tous les contextes coloniaux identifiés à travers le monde, le vainqueur a imposé, sans le moindre complexe, ses codes, ses valeurs, sa culture et ses institutions, au nom de la prétendue supériorité de sa civilisation.
Il en découle une situation dans laquelle, la pesanteur des traumatismes socioculturels hérités du système colonial corrompt les consciences et asservit les mentalités, à un point tel que les élites en général, produit parfait de la colonisation, beaucoup plus préoccupées par le regard que porte sur eux le monde extérieur que les intérêts spécifiques de leurs concitoyens, s’installent dans une perplexité paradigmatique, qui finit par sacrifier leur moi, pour rester fidèles aux archétypes fixés par leurs Maîtres.
La conséquence de tout cela, c’est, évidemment, l’existence d’esprits complexés, qui ont, d’eux-mêmes, de leur société, de leur race, une vision si dérisoire qu’ils sombrent dans la résignation, la honte de soi, l’auto flagellation, la glorification de leur dominateur et le mimétisme de leurs modèles, les moins dignes d’intérêt.
Facteur aggravant, le Révisionnisme historique, s’il a, pendant longtemps, été un mouvement plus ou moins latent selon les rapports de force des acteurs en présence, a connu, ces dernières décennies, une vigueur renouvelée avec l’apparition d’une génération de négationnistes arrogants de la réalité historique africaine, organisés en réseaux puissants, relayés par des médiats influents, solidaires, complaisants et agressifs, pour chloroformer les esprits et manipuler les opinons, aux fins de les rendre perméables à leurs idées.
A l’heure où la combinaison de l’Informatique, de l’Audiovisuel et du Multimédia permet de transporter, en temps réel, toute information, d’un bout à l’autre de la planète, les ravages que la propagation des idées révisionnistes peut provoquer dans le monde noir sont incommensurables. Si les intellectuels d’Afrique et de la Diaspora ne se dressent pas pour conjurer ce fléau, l’Histoire de notre continent et celle de l’Homme Noir, en général, seront travesties, à tout jamais.
C’est, pour répondre à ce défi, que le président de la République du Sénégal a pensé que le 3e FESMAN devait inscrire au nombre de ses préoccupations, pour bien cerner le concept de Renaissance Africaine et celui des Etats-Unis d’Afrique, deux thématiques de la plus haute importance :
- Problématique de la résistance des peuples noirs
- Apport de l’Afrique et de sa diaspora à la science et à la technologie.1 - Problématique de la résistance des peuples noirs
Si la résistance consiste en un effort de volonté s’exprimant par des actes, des attitudes, des comportements , des paroles, des modes de vie, des manifestations existentielles de refus individuel ou collectif, aux fins de réduire, de rejeter, de contrecarrer, ou d’annihiler les effets d’une action d’oppression, d’injustice, ou d’inégalité, conduite délibérément, pour atteindre des objectifs précis de domination, on peut, sans courir le risque d’un désaveu, considérer que cette réalité a, toujours, été présente tout au long de l’Histoire des peuples noirs.
Elle n’a, jamais disparu dans les manifestations de la vie des populations, depuis l’aube des temps, qu’il s’agisse de la période précoloniale, de la période de la traite négrière, de celle de la colonisation ou de l’ère post-indépendance.
Pour ne prendre que l’exemple de la partie occidentale du continent, elle se manifeste très nettement, à la conquête du Royaume du Ghana par les Almoravides, en 1076 et sans aucun doute, bien avant. On en trouve trace, également, dans tous les royaumes successeurs de Diara et de Sosso, de même qu’au Tékrour, au Mandé, au Songhoï (qu’on pense à l’épopée de la rébellion du Balama Sadiq contre l’Askia Mohamed Bano), au Macina, dans les royaumes Bambara, comme dans tous ceux du Walo, du Cayor, du Baol, etc., dans les communautés Mendè, Ashanti, Akan, Baoulé, Mossi, Haoussa, Djerma, Peul, Maures, Touareg, etc.
Evidemment, les régimes précoloniaux, tout comme le système colonial, ainsi que les gouvernements post-coloniaux ont, toujours, imaginé des mécanismes de répression subtile et diversifiée, qui n’ont, certes, ni la même nature, ni les mêmes moyens, ni les mêmes procédés, selon le cas considéré, mais des mécanismes destinés, toujours, à réprimer, avec la dernière énergie, tous ceux qui ont osé se dresser devant eux, pour contrecarrer leur projet d’absolutisme brutal ou refuser leur autorité, en résistant contre leur volonté hégémonique.
Avant l’implantation européenne, par exemple, le savant Ahmed Baba, reconnu comme étant la « Lumière de son temps », disposant d’une bibliothèque de 1 700 volumes, avait été exilé à Marrakech, même s’il ne semble pas y avoir été très malheureux, en raison de son statut d’intellectuel hors du commun, au lendemain du désastre de Toudibi de 1591, consécutif à l’invasion conduite par le Pacha Djouder, au Soudan nigérien.
Pour ce qui concerne, en particulier, l’administration coloniale, qui atteignit, dans ce processus, une férocité extrême, elle avait, bien avant la tenue du Congrès de Berlin de 1884-1885, institué un système visant à déporter, loin du pays, dans des terres aussi inhospitalières que la Guyane, les Antilles, le Congo, la France, ou l’Afrique du Nord, tous ceux qui avaient osé s’opposer à sa domination, dans les colonies françaises, par exemple.
Ce fut le cas de :
- Toussaint LOUVERTURE, arrêté dans un Guet-apens et déporté, en 1802, au Fort de Joux, en France, où il mourut en 1803 ;
- Sidya Léon DIOP, fils de la Reine Ndaté Yalla, qui, bien qu’adopté par Faidherbe et envoyé au Lycée d’Alger, s’était rebellé contre la France. Exilé au Gabon, à Ningué, il y perdit la vie. Il y a, là, l’échec le plus éclatant de la politique d’assimilation au Sénégal, au milieu du XIXème Siècle.
- Houmbo, 2ème Chef de Cotonou, transféré en 1886 au Castel de Gorée et mis aux fers avant sa déportation ;
Le 30 septembre 1887, Paris avait publié le Code de l’Indigénat, corpus juridique qui était une sorte d’adaptation du Code Noir de 1685, reprenant quelques-uns des principes de répression coloniale, qui avaient été expérimentés, aussi bien aux Amériques, que dans les colonies allemandes d’Afrique Orientale, Australe, Centrale et Occidentale.Au nom de ce texte, Niokhobaye DIOUF, Roi du Sine fut exilé au Gabon en 1891, pour une période de 17 longues années. Béhanzin, Roi du Dahomey, sera, lui aussi, envoyé en Martinique, d’abord, en 1894, à Blida, en Algérie, ensuite, en 1906, où il mourut, alors qu’il venait, à peine, d’avoir 65 ans. Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la Mouridya, sera, lui aussi, exilé à Mayombé, au Gabon, en 1895, puis à Saout-El-Ma, en Mauritanie, en 1903, avant d’être assigné en résidence surveillée, à Thiéyène, dans le Djoloff, en 1907 et à Diourbel, en 1912. Samory TOURE connaîtra le même sort, en 1898, avant de mourir, deux années plus tard, en 1900, etc.
Cette résistance admirable contre la domination, l’oppression et l’injustice, n’a jamais, connu de répit véritable. Sous des formes diverses elle se poursuit, encore, aujourd’hui, sous nos yeux, dans tous les pays africains, au nom d’idéaux de démocratie, de liberté, de justice, d’égalité, de solidarité, de participation, de refus de l’exclusion, de dignité, de défense de l’identité noire, etc.
Voilà pourquoi, il faut rendre un hommage mérité au Président Abdoulaye WADE, pour avoir, dans « Un Destin Pour L’Afrique », attiré l’attention des Historiens africains sur cette notion de « résistance permanente » des Peuples Noirs, si vitale, pour une bonne compréhension et une intelligibilité correcte du passé de nos ancêtres, mais aussi de notre présent. Si cette idée fondamentale était parfaitement intériorisée, le monde noir aurait fait de la tolérance et du dépassement, son étendard emblématique. Notre rapport à la démocratie s’en trouverait substantiellement modifié.
Evidemment, cette résistance a été multiforme. Elle peut être active, passive, violente, physique, morale, spirituelle, linguistique, vestimentaire, architecturale, axiologique, mystique, pour tout dire, culturelle, ou autre. Elle peut s’exprimer dans les consciences individuelles, dans le cadre familial, local, associatif, villageois ou urbain, national ou régional.
Elle se manifeste, souvent, dans les mythes ésotériques, dans les narrations verbales, écrites, imagées ou symboliques, dans des contes ou proverbes, dans des récits épiques, dans des systèmes de computation endogène, dans l’invention d’un langage codé, dans des signaux ou des gestes particuliers, dans des danses conventionnelles, dans une tradition orale normative, dans la Théologie, dans l’Archéologie, dans l’enfouissement volontaire des valeurs sacrées, dans les modulations comportementales, tout comme dans le camouflage à travers les antonymes, les toponymes, ou bien dans la fonction assignée à l’Art, dans les mystères de la Pharmacopée, dans le recours à l’ethnobotanique, ou à l’éthnogéologie, ou encore dans les variations des sonorités d’un simple instrument de musique, sans parler des particularités culinaires, etc, etc. Cette énumération n’épuise, nullement, le sujet.
L’histoire, ayant pour objet l’homme et la société dans leurs interrelations avec les autres et avec l’environnement, pour paraphraser Fustel de COULANGES , est, à ce titre, toujours, présente, partout, où l’humain a déployé son activité. Elle est connaissance des hommes, explication de leur démarche, formatage de leur conscience, parce qu’elle permet, en faisant recours au passé, de comprendre le présent et quelquefois, de préparer l’avenir.
A partir de cette dimension-là, la place qu’elle occupe dans les consciences des peuples et des individus, dans leur manière de se concevoir et de se voir, d’être et d’apparaître, est quelquefois, si déterminante qu’elle conditionne le mental collectif de toute une nation, au point de moduler son comportement, dans chacun des moments de l’activité existentielle, selon les matériaux qu’elle utilise, la manière dont elle les combine et l’usage qu’on en fait. C’est, sans doute, en pensant à tout cela, que Paul VALERY disait « qu’elle était le plus dangereux produit que la Chimie de l’intellect ait pu élaborer».
Le monde noir a connu une trajectoire historique complètement irriguée par l’action de forces endogènes, dynamiques et créatrices, mais, hélas, totalement déformées par celle des forces exogènes. La traite négrière, la domination coloniale, l’Apartheid, ont provoqué des pathologies socioculturelles, dont les conséquences n’ont pas, encore, été complètement identifiées, quantifiées, étudiées et décrites dans leur mode d’expression et leurs conséquences multiformes.
La colonisation, j’ai l’habitude de le dire, n’a pas seulement été un simple processus d’occupation territoriale, d’exploitation économique et de domination politique. Elle a, surtout, été un processus lent, pesant, profond et massif d’aliénation culturelle, opérant selon un mode de dé-cérébration et de re-cérébration.
Si, dans l’esprit des élites de l’Afrique contemporaine, ne subsistent, presque, plus des idées aussi sottes et saugrenues, que « nos ancêtres étaient les Gaulois », le formatage colonial n’a pas moins macéré celui-ci, avec une telle prégnance et une si forte intensité, que 50 années après les indépendances africaines, les générations aussi bien actuelles, que celles qui les ont devancées, demeurent, encore, l’otage, le plus souvent inconscient, des préjugés des écoles de pensée et du corpus axiologique du monde colonial et post colonial.
Immergées dans cette confusion paradigmatique, nombre d’élites ont, encore, beaucoup de mal à trouver leurs repères. Elles nagent dans le magma informe d’une identité mal maîtrisée, qui les fait agir et parler, beaucoup plus en fonction des influences, qu’elles ont subies, que des intérêts fondamentaux de leur peuple.
Victimes du brouillage idéologique et culturel dans lequel, les populations africaines ont été durablement exposées, elles sont devenues les victimes inconscientes d’un processus de conditionnement psychologique, qui les manipule à sa guise. L’une des conséquences de cette situation a fait de beaucoup d’intellectuels africains, des êtres sans âme, en quête perpétuelle de leur moi intrinsèque, devenus, par la vigueur des traumatismes socioculturels encourus, d’authentiques étrangers à leurs semblables. Nehru, dans « Toward Freedom », a décrit ce drame avec des accents inégalables.
Ceux qui sont parvenus, par un effort personnel, à sortir de cette aliénation destructrice, ne sont, hélas, qu’une minorité.
Voilà pourquoi, notre continent a du mal, parmi d’autres facteurs, à rompre avec le passé colonial et ses prolongements néocoloniaux, pour concevoir et définir des stratégies de rupture, qui sont, pourtant, autant de pré-requis, pour l’avènement dans notre continent, d’une indépendance véritable, lui permettant de dialoguer à égalité de dignité et de respect avec tous ses interlocuteurs, sans complexe d’aucune sorte et de marcher, résolument, vers les Etats-Unis d’Afrique.
C’est le Professeur M. Théophile OBENGA, théoricien brillant et réputé de la Nouvelle Histoire, qui nous apprend que « tout enseignement neuf est, nécessairement, une mise en évidence des refus, voire des audaces et des ferveurs ». Et il précise : « Ce n’est pas illogique ». J’ajoute qu’aussi longtemps que nous manquerons de confiance en nous-mêmes et que nous chercherons le salut de nos populations dans le mimétisme servile de modèles étrangers, en tournant le dos à notre passé, à notre culture, à nos valeurs et au génie de notre race, nous irons de désillusion en désillusion, d’échec en échec. Nous serons, toujours, les laissés pour compte du développement, la lanterne rouge des nations. Nous n’oserons, jamais, exploiter d’autres itinéraires avec la volonté de parcourir le chemin que d’autres pays, que d’autres continents ont mis des siècles à couvrir.
Qu’on me comprenne bien !
Je ne préconise pas qu’on réinvente l’Histoire. Je demande, seulement, que nous partions de l’axiome fondamental, selon lequel, notre continent n’a aucune honte de son passé. Il renferme des gisements de prospérité, de bien-être, de bonheur et de paix insoupçonnés. Sa contribution au patrimoine de l’Universel a été irremplaçable et n’eussent été les siècles obscurs de la traite négrière, de la domination coloniale et néocoloniale et des pesanteurs de l’Apartheid, il ne fait aucun doute que l’Afrique, qui avait pu soutenir, avantageusement, la comparaison avec le reste du monde, jusqu’aux XVème - XVIème siècles, en gros, compterait, aujourd’hui, indubitablement, parmi les Leaders les plus respectés et les plus prospères de la planète.
Si les colonisateurs ne se gênent plus pour réécrire l’Histoire de la colonisation, sous des oripeaux d’Humanisme flatteur et d’autosatisfaction exubérante, avec une volonté intense de révisionnisme, qui proclame, sans détours, qu’elle « rejette la repentance », pourquoi devrions-nous nous abstenir, au nom de je ne sais quelle lamentable pudeur de mauvais aloi, de proclamer, haut et fort, à la face du monde, notre opinion sur nos rapports avec nous mêmes et avec le reste du monde.
Si Toussaint Louverture, Marcus Garvey, Cheikh Anta Dop, etc., ont marqué, durablement, les consciences de millions d’Africains et de la Diaspora ; si Aimé Césaire, Frantz Fanon, Abdoulaye Ly, Kwamé Nkrumah, Ahmet Sékou Touré, Patrice Lumumba, Modibo Keïta, Julius Nyerere, Samora Machel,, et bien d’autres, ont dit non à la domination, non à l’esclavage, non à la colonisation, en des termes ou sous des formes qui gonflent le cœur de chaque noir de fierté et d’admiration, c’est parce qu’ils avaient foi en leur race, en sa capacité à relever les défis. C’est parce qu’ils avaient foi en la grandeur et en l’avenir de leur Continent.
Bien avant les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, des Noirs se sont dressés dans le continent africain, lors des expéditions consacrées à la capture et à la vente des esclaves (…), pendant leur entassement provisoire, dans les esclaveries d’Angola, de Ouidah ou de Gorée, pendant la traversée de l’Atlantique, comme dans les territoires d’implantation de la Caraïbe ou des Amériques. Malheureusement, la recherche historique n’a pas, encore, recensé, totalement, l’ensemble de ces manifestations de résistance, dont le rôle, dans la prise de conscience de la domination et de l’oppression est, pourtant, capital.
J’ose espérer que les Historiens africains du Continent et de la Diaspora, ainsi que leurs gouvernements, prendront, le plus rapidement possible, toutes les initiatives idoines, en termes de volonté politique et de moyens financiers, pour que les éléments épars de cette précieuse saga soient défossilisés, connus et reconnus, au profit de toute l’Humanité.
Combien de Noirs connaissent les noms de Anthony Amo de Guinée, d’Ignatino Soncho, de Otobah Cuguano, de Alaudah Equiano, de James Somerset, pionniers, pourtant admirables, de la résistance africaine ? Combien de manuels d’Histoire, en Afrique et dans la Diaspora, mentionnent ceux de Crummel Alexander, de Delany Martin, de Blyden, de Volney, de Horton, de Africanus Wilmot, de Weindorf C.C, de Abbé Moussa, Abbé Fridoil, Abbé Boilat, de Samuel Johnson, de Caseley-Heyford, d’Anténor Firmin, de Benito Sylvain, champions de la réhabilitation du passé Africain et de la dignité de l’Homme Noir ?
A la vérité, les résistances du monde noir ont été, non seulement, très très nombreuses pendant les guerres esclavagistes dans toutes les zones concernées, mais aussi, pendant plus de 3 siècles de traversées de l’Atlantique. Elle se sont, en plus, développées, également, dans les territoires actuels du Brésil, de Panama, de la Nouvelle Grenade, du Venezuela, de la Colombie, du Mexique, de la Bolivie, du Pérou, de Haïti, des Etats-Unis, où des Etats noirs autonomes ont, parfois, vu le jour. Dans « Un Destin pour l’Afrique », Abdoulaye WADE en dresse une liste impressionnante « Capitaine Cudjo, Colonel Johson, Mme Nanny, le chef Tacky, le colonel Montague, le capitaine Léonard Parkinson, Jack Manson, Charles Shaw, Sam Sharp ».
Lorsque la colonisation fut lancée, les résistances à la pénétration étrangère ont impliqué à l’intérieur du continent des figures aussi illustres qu’El Hadji Oumar Foutiyou Tall, le chef Hendrik Wittbois de Namibie, le chef Makomba de Mozambique, le Moro-Naba de Haute-Volta, Ménélik II, et bien d’autres chefs, ou simples citoyens, ouvriers, paysans, ou autres, qu’il serait long d’évoquer.
A l’extérieur du Continent, des noirs comme Booker Washington, Du Bois, Price-Mars, Henry Sylvester, nombre d’animateurs des congrès pan noirs , les sociétaires du comité de défense de la race nègre et de la ligue universelle de défense de la race noire, tous ceux de l’Union Inter coloniale, les organisateurs de la Conférence de Bruxelles de 1927 contre le colonialisme et l’impérialisme, les animateurs du Mouvement de la Négritude, les étudiants des colonies françaises, britanniques, portugaises et arabes, les leaders politiques, les écrivains et artistes noirs, réunis en 1956 à la Sorbonne et en 1959 à Rome, participent aux mouvements de résistance, selon des moyens, des styles et des enjeux variés.
(…) Le rôle de la plupart d’entre eux sera déterminant dans la tenue du Congrès Panafricain de Manchester de 1945, dans celle du VIe Congrès Panafricain de Kumasi, dans la participation de notre continent à la Conférence de Bandoeng d’avril 1955, tout comme dans les premières Conférences d’Accra d’avril 1958 et dans celle de décembre 1958.
Le distingué Professeur Elikia Mbokolo,dont on ne dira jamais assez, le rôle incommensurable dans le combat pour la réhabilitation de l’Histoire africaine, nous rappelle fort à propos, dans une page célèbre du Mouvement Panafricaniste du XXème siècle, que déjà : « Dès la 2ème moitié du XIXème siècle l’histoire, comme discipline scientifique allait occuper une place de premier plan dans les préoccupations des activistes engagés, aussi bien aux Nations-Unies, qu’en Afrique Occidentale et Australe, dans la défense et l’illustration de l’Afrique et de ses populations,
Si certains d’entre eux réfutent les thèses d’Arthur Gobineau et de Hegel, d’autres, dès cette époque matinale, évoquent, déjà, l’idée de l’Afrique, berceau de l’Humanité, celle de l’antériorité des civilisations nègres, l’exemplarité de l’Ethiopie, à travers sa longue histoire, l’éclat de la vie politique, économique, culturelle et scientifique des Etats africains, au Moyen-Âge, les fastes étincelants de Tombouctou, les ravages de la traite négrière et de l’esclavage, la capacité de survie des sociétés africaines, confrontées aux intrusions les plus destructrices, les résistances africaines à l’esclavage et aux dominations étrangères, la proximité entre l’islam et les cultures africaines.
Tout au long de l’Histoire du Panafricanisme, conclut le brillant chercheur, la protestation intellectuelle et la créativité culturelles allaient, ainsi, accompagner les luttes proprement politiques. La naissance de Présence Africaine en porte témoignage, ainsi que la publication d’articles politiques, culturels, scientifiques ou historiques (…).
Il découle de ce qui précède, que la longue saga du peuple africain et de sa diaspora, au service de la résistance, est une série d’engagements, de combats, et d’expériences aussi obstinés, les uns que les autres, qu’aucun autre peuple n’a connues dans le monde.
Si le peuple africain n’a pas sombré, c’est qu’il dispose d’une capacité de résistance, d’une force d’abnégation, d’un courage inoxydable, d’une ténacité et d’une volonté de survie hors du commun.Depuis l’accession des Etats africains et de ceux de la diaspora à la souveraineté internationale, le combat des populations, pour la dignité, la justice, la liberté, la démocratie, les droits humains, la paix, la sécurité et le bien-être matériel et moral n’a connu aucun répit. Dommage que certains historiens, en dépit de leurs immenses qualités, parlent, à tord, « d’Afrique pacifiée » ou bien « d’une conquête de l’Afrique », notions, à mon avis, excessives, qu’on retrouve, pourtant, jusque dans les programmes officiels enseignés dans nos écoles et dans nos universités.
A la vérité, pour celui qui va au fond des choses, l’Afrique et sa diaspora n’ont jamais été, véritablement, conquises et leurs populations n’ont, vraiment, jamais été totalement pacifiées, mis à part quelques îlots, ça et là, dispersés. Leurs combats continuent, encore, de nos jours, sous des formes variées, à s’exprimer dans les différents domaines de l’activité existentielle, au sein de chacun de nos Etats. Cette image d’un peuple héroïque, d’un peuple debout, qui n’a jamais baissé les bras, qui ne s’est jamais agenouillé, constitue, certainement, le viatique le plus sûr, pour conscientiser les générations actuelles et futures et pour libérer, définitivement, l’homme africain de la peur et du manque de confiance en soi et forger sa personnalité.
Le Colloque International, consacré à l’Afrique et à sa Diaspora sur cette thématique, a, précisément, pour mission, de fournir l’occasion aux chercheurs de revisiter, d’identifier toutes les formes de résistances, d’en dresser la typologie, de les étudier, avec précision, pour en tirer des motifs de fierté, des raisons de réarmement moral et des leçons pour le présent et pour l’avenir. Certes, tout récemment, le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA), a lancé un SOS et a tenu, du 27 au 29 octobre 2008, au Kenya, une conférence intitulée : « Relire l’Histoire et l’Historiographie de la domination et de la résistance en Afrique pendant la période d’avant indépendance », à laquelle, les historiens de 14 pays africains ont participé. Il a, même, adopté une déclaration importante, dite de Kampala, sur l’histoire africaine.
Les chercheurs présents, ont produit un important travail qui mérite d’être salué, un travail dont l’approche et la méthodologie présentent, évidemment, des similitudes avec notre démarche, mais également, de substantielles différences, en ce qui concerne, surtout, la séquence temporelle étudiée. Pour notre part, qu’elle soit violente, ou passive, ouverte ou camouflée, la résistance a précédé et dépassé la période d’avant les indépendances et a, chaque fois, entraîné des conséquences, dont on n’a pas, encore, fini d’évaluer tous les effets.
(…) Il est important de mettre un accent particulier sur le fait que, même dans les zones où le système colonial croyait s’être le plus solidement implanté, la contestation était permanente, les protestations courantes, les revendications incessantes, en faveur de l’égalité, de la justice et de la démocratie. Ces manifestations s’expriment sous tous les registres, y compris, à travers les religions du territoire et leurs rituels secrets, les cadres d’expression des religions révélées, dans les ethnies, dans les familles, dans les lieux de travail, dans les quartiers, etc.
C’est le cas du Sénégal, où, bien qu’établie à Saint Louis dés 1659, de manière rudimentaire, la France, devra végéter pendant prés de 2 siècles avant d’oser amorcer la tentative de conquête du pays, dont les populations avaient, pourtant, bénéficié à Saint Louis et Gorée du Code civil, dès 1830, de la citoyenneté, dès 1833 et de l’abolition de l’esclavage et du suffrage universel, du droit d’élire un député au Palais Bourbon, dès 1848, du Régime des Communes de Plein Exercice, dès 1872, sans parler du droit d’association, du droit de réunion, du droit de manifestation, de la liberté de presse, etc.
Quand la tentative de conquête commença en 1854, ce sont à quelques 248 actes de guerres et de belligérance, entre janvier 1955 et décembre 1956, que le gouverneur Faidherbe dut faire face, à cause de la résistance des chefs locaux.
(…) Ces figures emblématiques de la résistance développent, presque toujours, un argumentaire de rupture, un plaidoyer ouvrant des perspectives nouvelles articulées, pour l’essentiel, au passé de la région concernée.
Certes, tout le monde n’a pas été résistant. Il y a bien eu des collaborateurs et, même, des traîtres à leur race et à leur patrie, comme il en existe partout. Mais, ils ne sont jamais parvenus à renverser durablement le cours des choses
L’indépendance acquise, le mouvement, loin de s’arrêter, s’est poursuivi. Pourquoi ? Sous quelles formes et à quelles fins ? Selon quelles méthodes ? Chacune de ces questions mérite réponse. L’entrée en scène de nouveaux acteurs et de nouveaux contextes modifie tout naturellement la donne. Mais, la lutte n’en continue pas moins. Il apparaît, ainsi, que l’Homme Noir a, toujours, été debout pour faire face à la domination et l’oppression. Sa résistance a été, partout, omniprésente.
Il y a, là, une dimension fondatrice, articulée à des comportements, à des valeurs et à des références capables de libérer, totalement, l’homme africain, des fantasmes coloniaux et post-coloniaux, qui ont gangrené son esprit.
Il y a, là, une démarche capable de le décomplexer, de le réarmer moralement, de lui insuffler une volonté permanente de courage, de dignité, de liberté, un goût de la démocratie, de la justice et du droit, un refus systématique de baisser les bras, de s’agenouiller ou de se coucher. Le refus, en plus, de l’humiliation, de la honte de la soumission au plus fort, au plus riche, au plus puissant, au nom du droit de chaque être humain de s’élever contre ce que sa conscience abhorre.
Dans le contexte de la mondialisation actuelle, qui, en agissant par uniformisation et par standardisation , taille toutes les société sur le même patron et fait abstraction de leurs spécificités culturelles, si nous parvenons à élever ce message, au rang d’un viatique, dont chaque Africain s’armera, dans le combat pour sortir notre continent de l’aliénation, de la domination, de la sujétion, du mépris culturel, de la marginalisation économique, diplomatique, nous l’aurons sauvé du naufrage, qui le guette et des velléités de reconquête impériale.
Il faudra, pour cela, que les enseignants d’Histoire, leurs associations professionnelles, leurs instituts de recherche, leurs chercheurs, leurs communicateurs traditionnels s’organisent en réseaux, repensent le contenu des programmes et des enseignements, créent de nouveaux outils d’apprentissage.
Il faudra une politique vigoureuse dans laquelle, les traditionnistes, les archivistes, les instituts, les musées, les archéologues, les linguistes, les anthropologues, les sociologues, les historiens, les groupements de jeunes, s’impliquent dans ce combat, qui nécessitera des moyens et des soutiens politiques et financiers, capables de les transformer en synergies positives.
L’histoire africaine sera, alors, investie, dans les magazines, dans les bandes dessinées, dans le cinéma africain. Des pages d’Histoires seront, régulièrement ouvertes, dans les journaux, dans les radios, dans les télévisions, dans les cybercafés et sur Internet. Des clubs d’Histoire seront créés dans toutes les écoles élémentaires, moyennes, secondaires et universitaires. Des pièces de Théâtre à caractère historique, des chansons, des poèmes, des manuels de vulgarisation seront produits, pour toucher le plus grand nombre. Des olympiades d’Histoire, à l’échelle nationale et continentale et à celle de la Diaspora, avec des prix et des distinctions honorifiques, seront encouragées. Des historiens africains seront honorés, mieux écoutés et plus respectés, qu’ils ne le sont actuellement.
Ainsi, une conscience historique nouvelle verra le jour, pour prendre en main, le destin de notre Continent, dans la continuité de tout ce que nos prestigieux devanciers ont entrepris, depuis l’aube des temps. Or, quand la conscience est éclairée, le combat au service de l’Afrique ne peut que sourire d’espoir et de réconfort, car la conscience, a dit quelqu’un, est, toujours, un pouvoir.
Tel doit être le sens véritable de notre combat.
A suivre : Apport des Noirs à la science et à la technologie
* Iba Der Thiam est agrégé d'Histoire. Il a fait partie du Comité scientifique de l'UNESCO chargé de rédiger l'histoire générale de l'Afrique. Actuellement, il est président d'honneur du comité scientifique du FESMAN
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under PanafricanismeLes Nouvelles technologies de l'information et de la communication (Ntic) peuvent être un excellent moyen pour permettre à la diaspora de participer au développement socio-économique de l'Afrique. C'est ce que pensent universitaires, experts et partenaires au développement réunis à Dakar dans le cadre de la 3e conférence biennale «Knowledge Management Africa (Gestion du savoir africain)». Pour eux, il s'agit de peaufiner une stratégie qui permettra à la diaspora scientifique africaine de produire, diffuser et partager ses connaissances au profit du continent.
Tagged under PanafricanismeLe ministre des PME a saisi l’opportunité de la tribune de « Congo-Event 2009 » à Bruxelles pour inviter les Congolais de la diaspora à investir au pays pour sa reconstruction et son développement. Invité le 7 mai à Bruxelles, à cette Conférence-Rencontre dont l’objectif était de rendre visibles les opportunités de vivre, travailler et entreprendre en Rd Congo. Parmi les secteurs prioritaires, il a cité la filière dépendant des entreprises de construction et de génie civil, l’agro-alimentaire et tous les secteurs qui en dépendent, la gestion des immondices, de la consommation, du transport, de l’éducation, la publicité, les soins de santé... Autant de secteurs qui ont besoin de l’expertise que l’on peut trouver parmi les Congolais vivant à l’étranger, note le ministre.
Tagged under PanafricanismeNous acteurs de la diaspora, militants et artistes, intellectuels et entrepreneurs, hommes et femmes de Culture, de l'Education et du Sport, étudiants et élèves, venant d'horizons divers et de conviction philosophique différente, mais tous vibrant pour une Afrique debout et conquérante, avons montré notre volonté de mutualiser nos ressources afin de mieux garantir la force de nos propositions, de nos initiatives et actions à venir. Mais comment donner un puissant écho à nos démarches et faire déboucher nos doléances si nous ne prenons pas nos responsabilités vis-à-vis de nous-mêmes, des États, des partis et autres structures civiles ou religieuses ?
Comment rompre cet isolement dévastateur et créer des liens salvateurs qui pourraient faire émerger ces nécessaires points de convergence en phase avec la défense de ces Droits qui font l’Homme si nous ne participons pas, au-delà de nos opinions politiques et convictions philosophiques diversifiées à la sécurisation des espaces démocratiques, en défense de l’expression et de la pratique démocratique républicaines, du respect de leurs règles? Comment tordre le cou au sectarisme impubère et nouer, avec des initiatives qui fédèrent des actions productives dans leur mise en œuvre, si nous ne mettons pas en place des structures citoyennes dans leur organisation, démocratiques dans leur fonctionnement et indépendantes dans leurs activités?
Nous avons décidé de répondre à ces questions en affirmant notre volonté de créer le Rassemblement de la Diaspora Africaine dont le sigle est « RDA ».
Le Rassemblement de la Diaspora Africaine n’est pas un parti politique ni un concurrent des partis politiques et refuse en tant qu’organisation citoyenne d’être des béquilles pour les pouvoirs, aujourd’hui ou demain et une arme aux mains des oppositions, maintenant ou ultérieurement, ici et là-bas.
Toutefois, des partenariats restent possibles selon les intérêts du Rassemblement qui est disposé à garantir une totale transparence dans sa construction selon la disponibilité, le sérieux et l’implication des un(e)s et des autres, des besoins et de la réalité du terrain, mais où tout (e) démocrate sincère doit et sera à l’aise, quelle que soit son appartenance ou pas à une organisation politique, syndicale, associative ou professionnelle.
Participons à la construction d’une entité d’un genre nouveau qui permet de penser librement, de décider utilement et d’agir collectivement, ici et là-bas!
Mettons nos expertises à profit pour soulever ou répondre sans langue de bois, avec le droit de nous tromper, aux véritables défis de notre société qui ne sont pas souvent abordés par les politiciens, à nos dépens, ici et là-bas !
Arrêtons ces discours dithyrambiques et stériles qui empêchent de rendre lisibles et visibles d’autres choix possibles à cause de la dictature de la pensée unique, du défaut de partage équitable des richesses, de la coopération internationale pipée, des détourneurs de conscience et autres apprentis sorciers qui sèment la haine, produisent l’intolérance et l’exclusion, nourrissent la discrimination et le racisme, accentuent le réflexe communautaire et piétinent impunément les fondamentaux de la République, ici et là-bas !
Cessons, sans avoir essayé de poser nos problèmes de conclure facilement que la coloration politique des détenteurs des pouvoirs politiques ne nécessite pas une démarche pragmatique pour les résoudre, ici et là-bas !
Tapons aux portes où il est indiqué que se trouve la solution à nos problèmes et agissons dans le respect de la légalité à trouver une issue positive aux difficultés qui nous assaillent, avec des moyens démocratiques acquis ou à gagner par l’implication militante, ici et là-bas !
Créons ou renforçons des espaces de débats et d’actions qui portent de manière responsable nos interrogations et inquiétudes, nos espoirs et besoins immédiats ou à venir, dans le respect, peut-être même avec des approches contradictoires, mais sans violence verbale, physique ou politique, ici et là-bas !
Provoquons des débats avec ces intellectuel ( le)s fort(e)s en bouche qui, dans le confort des bureaux ou des salons glosent et planifient nos vies à des années-lumière de nos préoccupations et qui, dès fois, par couardise ou pour des raisons alimentaires ne pensent plus ou bottent en touche sur les questions essentielles, participant ainsi à aggraver l’inquiétante fracture culturelle qui accompagne le délabrement économique et social de la masse grandissante des démunis, ici et là-bas !
Dénonçons ces machines politiciennes qui ne s’intéressent à nos conditions qu’à la veille d’élections et n’arrêtent pas de nous prendre pour une masse de manœuvre dont les doléances pourtant vitales sont oubliées après coup, profitant à cette catégorie de citoyens dits transhumants, sans principe et sans vergogne, ici et là-bas !
Donnons leur chance à ces complexé(e)s aux théories toutes faites qui ont toujours raison, ne font jamais leur autocritique et ne se donnent pas la peine de se mobiliser à nos côtés ou pour défendre les droits au moins pour tester par la praxis et sans disposition de voyou, les thèses de leurs Maîtres, ici et là-bas !
Actionnons des dynamiques critiques qui permettent la rupture d’avec ces pratiques sales et malsaines qui détournent les citoyen(es) des choses de la Cité, dans les périmètres d’activités politique, économique, socioculturel et environnemental, ici et là-bas !
Rompons avec ces situations puériles de préséance et de « leadersheapisme » grégaires qui abâtardissent les actions décisives et empêchent de mieux faire œuvre utile, ici et là-bas ! Osons (re)inventer et explorer l’immense ressource de cette masse de compétences anesthésiées ou obstruées dans les services publics et les organismes à intérêt général, pour défaut de modernisation et des raisons politiciennes ou sectaires, ici et là-bas !
Revisitons sans arrogance ni mépris, sans heurter ni blesser inutilement les bases qui fondent le substrat même de notre société en permettant de délimiter clairement le champ d’intervention des pouvoirs et de participer à y apposer les contre-pouvoirs nécessaires qui garantissent la cohésion sociale et stabilisent les boussoles de nos environnements dont les indicateurs sont en dérèglement avancé, par une nette séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ici et là-bas.
Oui, le Rassemblement de la Diaspora Africaine se voudrait à la fois un esprit, une méthode et un outil pour comprendre afin de mieux agir que tout(e) citoyen(ne) devrait s’approprier au nom de la Démocratie et du Développement de l’Afrique, pour un monde ouvert et solidaire, plus fraternel et plus juste, ici et là-bas !
Alors, ensemble, dans la discipline et le respect, participons à donner à la politique son sens premier, d’engagement désintéressé et de participation active, orienté vers la satisfaction des besoins élémentaires de première nécessité en matière de santé, d’Éducation, d’amélioration des conditions du quotidien par l’accès à des services de qualité pour toutes et tous : la vie et le bien-être de millions de citoyen(ne)s en dépendent ici et là-bas.
* Sékou Diabaté est initiateur du RDA, Président de Initiatives et Actions Citoyennes pour la Démocratie et le développemetnt (IACD International), E-mail : [email][email protected]
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur
Tagged under PanafricanismeAu moment où Dar es-Salaam est sur le point d'accueillir la semaine du Festival intellectuel Julius Nyerere, à partir du lundi 13 avril, Issa G. Shivji propose ses réflexions sur la lutte pour le pan-africanisme. Si l'Afrique a souffert de la vague néolibérale au cours des deux dernières décennies, le panafricanisme comme une idéologie progressiste est désormais de retour à l'ordre du jour de l’histoire, constate Shivji, unifiant dans le processus la double quête de l'unité et la libération.
Tagged under PanafricanismeForce est de reconnaître que le président Moussa Dadis Camara est plus pragmatique que son prédécesseur pour avoir demandé lors de sa rencontre avec les Forces vives de la Nation de ne pas marginaliser la Diaspora. Une première en Guinée où on s’est toujours contenté de culpabiliser et de mépriser le Guinéen qui a décidé par contrainte ou nécessité d’émigrer. Les Guinéens de la Diaspora sont de loin les premiers bailleurs de fonds de la Guinée mais ils sont les premières victimes de la ségrégation civique qui fait de l’épicentre de la Diaspora des non-guinéens voire des traîtres. Il est grand temps de réparer cette terrible injustice. Un drame national.
Tagged under PanafricanismeC’est connu que lorsque les choses vont mal, c’est d’abord l’étranger qui est pointé du doigt. Si quelqu’un doit payer le prix fort, c’est d’abord celui qui vient d’ailleurs. Mais si seulement les choses pouvaient se limiter à une simple difficulté du moment au niveau de chaque individu. Ce qui inquiète, c’est la montée de la xénophobie. Partout en Europe, les bruits de la chasse aux étrangers refont surface et sont même officielles devant la crise financière qui se développe en crise économique profonde.
Tagged under PanafricanismeLe grand rêve de suivre
Le tortueux chemin de vie et de mort
Parcouru, l’épée dans l’âme
Les ancêtres brutalement arrachés
De leur terre pour le service commandé
De l’homme se croyant dieu
Loin au lieu d’absolu inconnu---
Réalisé enfin….
Sera-ce un sentier sombre d’ombres
de la mort, parsemé des crânes humains
Interrogateurs pleins d’angoisse
Des trous d’yeux rivés au Ciel…
Pont sous-marin fait de squelettes
Voie lactée des chants des âmes tourmentées
Le remord de la responsabilité lointaine
Le Cain africain ou l’autre
Le jugement et le cœur en vacances
Quand l’âme cherche à retourner
A l’Eternel sa demeure…
Prodigieuses imaginations des souffrances
Des tortures physiques spirituelles morales
Les Zong répétés au plaisir des requins
Misères de kimbangumuna oh
Le grand miracle de survivre tout cela
Presque dieu ou traître absolu de soi
Livrer sa vie pour la recouvrer
Les cataclysmes ininterrompus aussi
Sur l’Afrique se déversant
Survivre ne peut être que miracle de Shango…
Survivants de fer génétique
Des ancêtres forcés de mourir prématurés
Pour faire mieux vivre l’homme-dieu ou
Forcés de survivre pour l’espoir trop futur
De l’Afrique et cet homme repentis.II
A la découverte d’un Brésil prenant
Ardemment conscience de
Son autre histoire
L’histoire africaine de ses
Fondements complexement divers et
Contradictoires antagoniques même
Un cri : l’histoire afro-brésilienne sinon
L’histoire méso-brésilienne-afro-européenne
Les cultures mêmes antagoniques inter-destructrices
Ne se détruisent pas complètement
Même inégalementElles s’inter-fécondent, s’interpénètrent
C’est la Samba hissée devant le Pilori
Des cauchemars des uns
L’élévation orgiaque des autres…
Surtout leur descendance plus enrichie
Dans l’absence des portraits des bâtisseurs forcés…
Leur invisibilité culturellement loquace
S’annonce la conscience culturelle d’éveil
Il faut gommer l’esclavage mental
Pour la démocratie raciale---Steve Biko Institut…
Les plaies seront guéries les cicatrices
Diront leurs exigences…
L’éveil ou l’envol de l’éveil
Réclamer et revendiquer cette diversité contradictoire
Dans toute sa personnalité
L’alliage ou la fusion
Par l’appartenance ancestrale commune lointaine
Ni le silence historique ni la haine d’incompréhension
Ni la trahison mutuelle ni la lâcheté ni le refus de repentir
Dans la vérité libératrice…
N’a pu l’effacer
Moi aussi je me suis reconnu
Dans tout brésilien…III
Partir de la fin relative…
La vie pétille, en saison festive
A Sâo Luis…
Au zagourat de Minas, le temple
Des Dieux de souche céleste africaine…
Reproduits des ancêtres africains
La prêtresse Céleste vigoureuse encore
De foi ardente malgré l’âge
Dépouillée de toute haine
Pas de haine du maître
Pas de haine de ses fistons
Le professeur disciple d’Ogun
Pas de haine
Pas d’angoisse
La joie de voir cet africain venu de loin
Jubilation des fêtes grandes
L’âme ré-habite le corps
Elle témoigne de sa présence
Les pieds, les fesses, les tétons
Les mamelles bougent et rebougent…
Les parties du corps de l’homme
On imagine…
Je reconnais la pétulance des walaseurs
Kongo
Sinon ici tout homme walase avec toute femme
En cercle à tour de rôle…
Fêtes pour la mémoire de Saint Jean…
On est loin de l’histoire à bannir
Même de l’instinct ou du subconscient où
Tout était refusé à l’esclave
Son corps même
Sa propre langue
Son esprit
Sinon ce souffle quittant le corps
La nuit pour être avec les Dieux
Les lourdes grosses chaînes
Ne pouvaient l’attacher
Il était avec Shango
Il était avec Oludumare
Il était avec Muanda Kongo
Il était avec Nzambi Mpungu Tulendo Dezo
Le corps avec lequel le maître couchait
Etait sans âme un mécanisme de sexe
Comme le jour du labeur
L’âme était ailleursLa visionnaire de Shango
Bien loquace des bouleversements à venir
Semer dans cette innocente Alexandra
Ignorante des Dieux des ancêtres auxquels
Il est impératif de retourner
Moi aussi je dois revenir rester plus longtemps
Les mêmes bouleversements prophétisés
Par Kimbangu Simon Diatunguna…(Dans l’avion de Salvador à Kinshasa)
* Pr Wamba Dia Wamba est sénateur honoraire et ancien vice-président de la Commission permanente du Sénat sur les affaires administratives et juridiques, de l’administration de transition de la République démocratique du Congo. ?
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