Des soldats malgaches, traditionnellement loyalistes, ont déclenché une mutinerie dimanche dans un important camp militaire situé aux portes d'Antananarivo, pour protester contre la répression par le gouvernement des militants de l'opposition depuis trois mois. "Nous ne répondons plus aux ordres de nos supérieurs, nous répondons à notre coeur. Nous avons été formés pour protéger les biens et les personnes, pas pour tirer sur les gens. Nous sommes avec la population," a déclaré un soldat.
Tagged under Gouvernance MadagascarAlors que les médiateurs nationaux et internationaux (Nations Unies, Union Africaine, SADC, Coopération Française, etc.) continuent leurs efforts en vue de la résolution de la crise à Madagascar, certains officiers généraux des forces armées ont laissé entendre : "Si la recherche d'une solution au conflit entre les deux protagonistes échoue, nous prendrons nos responsabilités en tant que dernier rempart de la République et de l'unité nationale" (« L’Express de Madagascar »). Quelles que soient les motivations de l’Armée, cet avertissement souligne la nécessité de prendre du recul par rapport à l’actualité immédiate, et de se rendre à l’évidence que la recherche de solutions alternatives et durables doit aller au-delà d’une analyse conjoncturelle, pour prendre en compte les causes structurelles qui sous-tendent la crise actuelle.
Depuis plusieurs semaines, Madagascar est confronté à une grave crise politique dont l’issue reste incertaine. L’attention des médias et des milieux diplomatiques reste focalisée sur la confrontation ouverte entre Marc Ravalomanana, le président élu, et Andry Rajoelina, le jeune maire destitué de la capitale, qui s’est autoproclamé « responsable suprême» du pays. Cette confrontation a mené à un déchaînement de violence qui a entraîné la destruction de nombreux outils de production et de nombreux biens, notamment des magasins appartenant à la société MAGRO de Marc Ravalomanana. En outre, la répression sanglante de la marche des partisans d’Andry Rajoelina sur le palais présidentiel dans la journée du 7 février 2009 a causé la perte de nombreuses vies humaines.
Parmi les causes structurelles se trouve la question des inégalités et des injustices sociales. Malgré un taux de croissance qui s’est maintenu à près de 6% en 2007, 70% de la population malgache vivent avec moins d’un dollar par jour, et plus de 59% souffrent de malnutrition chronique (ADB 2007), ce qui indique clairement l’exclusion croissante de la grande majorité de la population des bénéfices de cette croissance. Alors que les zones rurales étaient les plus touchées par la pauvreté auparavant, le phénomène a augmenté en milieu urbain, passant de 43.9% en 2001 à 52 % en 2005 (FMI 2007).
De surcroît, l’empressement du gouvernement de Marc Ravalomanana à suivre les prescriptions néo-libérales a mené à la marchandisation des services sociaux de base, les mettant ainsi hors de portée de la grande masse de ceux qui en ont le plus besoin. Le mécontentement populaire envers le régime en place est dû, pour une large part, à cette dégradation continue des conditions de vie, dans un contexte économique marqué par la hausse des prix du pétrole et des produits de base, et à la baisse de l’activité dans les zones franches d’exportation, importantes pourvoyeuses d’emplois, à la fin de l’Accord Multifibres.
La déception et la frustration à l’égard du pouvoir présidentiel ont été exacerbées par ses dérives dictatoriales - qui ont été dénoncées non seulement par ses opposants politiques mais aussi par des organisations de la société civile et des intellectuels -, et les graves erreurs qu’il a commises en matière de gouvernance économique. L’achat de l’avion présidentiel « Force One » pour 60 millions de dollars, et la location pour un bail de 99 ans de plus de la moitié des terres arables du pays à la compagnie Daewoo, sont les exemples les plus cités par les divers commentateurs. Cependant, le gel d’une aide de trente cinq millions de dollars par la Banque Mondiale et le FMI semble indiquer l’existence d’un problème récurrent, que l’Ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar a résumé ainsi : « Le moment est propice pour écouter ce que dit la population... Il faut réagir avec une meilleure gouvernance... Le choix des magasins brûlés était un message assez fort, il ne faut pas mélanger affaires privées et affaires d'Etat. » (RFI, 06/02/09)
Compte tenu de l’affaiblissement des partis politiques d’opposition, et du verrouillage des mécanismes institutionnels par le pouvoir, on peut penser qu’Andry Rajoelina a pu canaliser le mécontentement populaire et s’affirmer comme étant le porte-parole de l’opposition au régime en place. Les divers commentateurs ont aussi relevé la similitude entre son propre parcours et celui de son adversaire : tous deux ont réussi dans les affaires ; ont été maires et ont investi le pouvoir en s’appuyant sur un mouvement populaire. Dans un pays où la jeunesse constitue la majorité de la population, mais où l’ordre social continue dans une large mesure à maintenir la subordination des cadets sociaux, notamment les jeunes et les femmes, Andry Rajoelina symbolise l’espoir d’une ascension sociale et la réussite pour beaucoup de jeunes, tout comme l’actuel président au moment de son arrivée au pouvoir.
Ce serait cependant une erreur de penser que la population de la capitale est divisée entre les partisans d’Andry Rajoelina et de Marc Ravalomanana, quelles que soient les démonstrations de force des deux parties. Ainsi, malgré les appels à la grève d’Andry Rajoelina, dans les entreprises des zones franches qui emploient une proportion très importante des travailleurs non qualifiés - ou du « prolétariat urbain », selon l’expression de l’historien Jean Fremigacci - les employés des zones franches défendent eux-mêmes leurs usines et demandent à poursuivre le travail, en dépit des menaces et des pressions exercées par les partisans de la grève. La plupart le font parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de perdre leur salaire, si maigre soit-il, et non parce qu’ils soutiennent le président élu.
Dans une perspective historique, l’affrontement entre ces deux hommes ne constitue qu’un épisode d’une crise chronique qui dure depuis plusieurs décennies, et que les régimes politiques qui se sont succédés au pouvoir - qu’ils soient ‘révolutionnaires socialistes’ ou d’obédience néo-libérale - n’ont pas réussi à enrayer, ni même cherché à comprendre. Pour la quatrième fois dans l’histoire contemporaine du pays, un soulèvement populaire contre le régime au pouvoir a eu lieu à Antananarivo. Des crises similaires se sont produites en 1972, 1991 et 2002 et, d’après certains universitaires, « il faut noter que ces « révoltes » sont cycliques : en moyenne tous les 10 ans, mais apparemment la capacité d’endurance tend à se réduire actuellement à 7 ans. A chaque fois, ces mouvements de contestation sont réprimés par le pouvoir en place arguant de sa légalité tirée des urnes. » 2
Le fait que les événements ont eu lieu à Antananarivo, c’est-à-dire à l’épicentre du système politique, n’est pas innocent. Au-delà du fait que l’effet d’entraînement du soulèvement populaire sur les autres régions reste encore à voir – mis à part les pillages et des manifestations isolées -, la concentration de la crise dans la capitale révèle une fois de plus la fracture entre l’épicentre et la périphérie du système politique. Cette fracture, qui est restée ouverte depuis l’avènement de la Première République, devait être résorbée par le processus de décentralisation qui a été entamé sous les régimes successifs, et qu’il importe de rendre effectif aujourd’hui.
La fracture qui traverse le champ politique, entre les cercles du pouvoir réservés aux élites, qui monopolisent le discours et l’action politique, et ceux qui en sont exclus, pose la question de la nature des contre-pouvoirs à Madagascar. Il conviendrait notamment d’effectuer une analyse critique du rôle des Eglises et de la société civile dans cette crise, ainsi que de leur capacité à apporter des solutions alternatives et à impulser un changement véritablement démocratique.
La crise traversée par Madagascar offre une opportunité historique de redresser les injustices et de redonner tout leur sens aux notions de démocratie, de citoyenneté et de droits humains dans le pays. Les organisations de femmes l’ont bien compris, et ont pris des initiatives dans ce sens, en réclamant la tenue des Etats Généraux de la société Malagasy et d’un référendum constitutionnel, ainsi que la participation égale des femmes et des hommes à tous les processus politiques3 Ce sont des signes d’espoir, qui indiquent que les femmes sont déterminées à agir en vue de la résolution de la crise, et à ne pas se contenter d’une démocratie négociée. Et qui sait, à l’instar du Rwanda dans la période qui a suivi le génocide, le nombre de femmes dans les instances de prise de décision politique pourrait dépasser toutes les espérances.
NOTES
(1) L’accord multifibres permettait aux grands producteurs africains de textile d’exporter un certain quota de leur production vers les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest
(2) Voir les Déclarations du Centre d’Observation et de Promotion du Genre, et du VMLF
(3) Déclaration du 18 Février 2009 du Collège des Enseignants Chercheurs de la Faculté de Droit, d’Economie de Gestion et de Sociologie.* Zo Randriamaro est une sociologue malgache, activiste sur les questions relatives au genre et aux Droits humains.
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Tagged under Gouvernance MadagascarProtagonistes de la crise malgache, le président malgache Marc Ravalomanana et le maire destitué d'Antananarivo, Andry Rajoelina, ont franchi le Rubicond pour se rencontrer. Ainsi une crise politique, dont les débordements de violence ont causé une centaine de morts depuis le 26 janvier, tend vers une solution de dialogue. Mais pour l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana, qui passe en revue cet épisode de violence, Madagascar ne fait que vivre une répétition de l’histoire. Son souci, par contre, est que tout cela n’aboutisse pas à une nouvelle période faite de compromis, de jeu politique et de trahison. Mais que la «Grande Ile» tourne enfin la page des dérives observées depuis l’indépendance.
Comme un air de « déjà vu… » Un jeune entrepreneur, riche, beau, populaire, maire de la capitale. Une foule qui remplit toute la place du 13 Mai. Des revendications et un espoir immense pour une vraie démocratie. Des manifestations voulues pacifiques et une marche vers la présidence pour occuper les lieux symboliques du pouvoir. Un cordon militaire, des négociations sommaires et la tuerie. Les armes parlent et un peuple pleure encore ses morts…
Cela s’est passé ainsi en 1972. Le 13 mai de cette année, la foule dénonce le caractère néocolonial du régime Tsiranana et les militaires ouvrent le feu sur les manifestants. Cela s’est passé en 1991. Le 10 août, la marche s’ébranle vers le palais présidentiel de Lavoloha et le président Ratsiraka ordonne de tirer sur la foule. Cela s’est passé en 2002. Six mois de manifestations ‘pacifiques’ suivent des élections interrompues au premier tour et finalement un appel au ‘hazalambo’, à la chasse au sanglier ou hallali, et à l’extermination, est lancé par Ravalomanana, président autoproclamé. Cela se passe aujourd’hui, en 2009. Le 7 février, une marche s’ébranle vers Ambohitsirohitra, autre palais présidentiel. Une foule et des tirs à balle réelle comme dernière réponse.
Ravalomanana - Rajoelina, les faux jumeaux
Avant de continuer, précisons juste qu’avant d’accéder au pouvoir, Ravalomanana s’était enrichi sous la dictature de Ratsiraka. Condamné pour corruption en 1988, il est libéré par le même Ratsiraka et remporte dans la foulée l’appel d’offre de privatisation de l’entreprise pour laquelle il a été condamné… Là réside la base de l’empire Tiko. Financé par la Banque mondiale, protégé par Ratsiraka, Tiko bénéficiera de tous les passe-droits, ne paiera jamais d’impôts, faveur accordée par le gouvernement qui s’en rendra compte trop tard.
Ratsiraka pensait tenir en Ravalomanana un homme de paille, ce dernier visait toute la botte de foin, en l’occurrence le pouvoir, qu’il organisa au bénéfice net de son entreprise : exonération d’impôts, détaxation sauvage sur les intrants nécessaires à ses usines (taxes maximums pour ses concurrents), contrôle absolu des appels d’offres, paiements différés des paysans producteurs, achat à prix dérisoire des terrains domaniaux, confiscations de terres, monopole sur tous les secteurs de l’économie, contrôle des médias, emprisonnement des intellectuels et des opposants. Ajoutons à cela la complaisance des bailleurs de fonds et des puissances étrangères. Toute la panoplie du parfait dictateur…
(…) Les règnes de Ratsiraka et de Ravalomanana ont obligé les jeunes Malgaches à une culture de survie et de débrouille. L’Etat ne pouvant garantir un salaire décent. Beaucoup de ces jeunes se sont lancés dans l’entreprise privée, touchant à tout et à n’importe quoi, échouant dans telle branche et reprenant dans telle autre. Ainsi, des agronomes sont-ils devenus des informaticiens, des médecins des éleveurs de cochons. Ainsi Andry Rajoelina fut Disc Jokey et organisateur de spectacles, avant de monter sa boîte de publicité et de communications.
Contrairement à Ravalomanana sous Ratsiraka, Rajoelina n’a pas bénéficié des faveurs coupables du gouvernement. Au contraire, Ravalomanana n’a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues : l’affaire des panneaux publicitaires en 2004 est à l’origine de sa popularité actuelle. Ravalomanana, furieux de voir ses propres panneaux moins beaux que celui du jeune entrepreneur, les fit enlever. Rebelote lors des derniers jeux de l’Océan Indien. A chaque fois, Rajoelina se rebiffe.
Cette rébellion, les Tananariviens, particulièrement les jeunes et les entrepreneurs subissant la prédation de l’empire Tiko, l’ont suivie de très près. Ce n’est pas étonnant qu’ils ont adhéré en masse à sa candidature à la mairie d’Antananarivo. La mairie acquise (janvier 2008), l’on pourrait faire le parallèle avec Ravalomanana, maire de la capitale aussi en son temps. Si Ravalomanana a eu les coudées franches en sa mairie, ce ne fut pas le cas de Rajoelina. A peine élu maire, il subit les foudres de l’Etat : coupure de l’électricité dans les locaux administratifs de tous les arrondissements de la capitale, nomination officieuse d’une autre ville (Toamasina) comme capitale administrative de Madagascar, enlèvement de la gestion de la voirie à la commune, impossibilité pour le maire de nommer les chefs « fokontany » (administrateurs des petites communes, des cités, des villages). La situation actuelle découle de ce refus de Ravalomanana de partager le pouvoir, la fermeture de la radio Viva étant la goutte de trop.
Andry Rajoelina avait le choix : se soumettre ou se révolter, entrer dans le cercle de la corruption du système Ravalomanana ou réveiller la révolte latente de la population malgache. On sait aujourd’hui quel a été son choix ! Bilan provisoire : une centaine de morts depuis le 26 janvier. Tentative de putsch d’un jeune loup financier assoiffé de pouvoir ou révolte populaire incarnée par une figure héroïque de résistance ? Ou les deux à la fois ?
Une histoire qui bégaie…
(…) Les violences observées à Madagascar résident dans la nature même des Etats qui y ont été mis en place. Si on peut résumer un Etat démocratique à la symbiose d’une terre, d’un peuple et d’un pouvoir, alors, depuis l’indépendance, Madagascar n’a jamais eu d’Etat… Une terre pour un peuple, un pouvoir pour un peuple et un peuple qui reconnaît la légitimité d’un pouvoir. Oui, ça a l’air d’un slogan, oui, ça a l’air d’un propos simpliste, mais cela semble être le problème majeur de la nation malgache depuis longtemps.
Comme le souligne Ndimby (Madagascar Tribune, 2 février 2009), « Il est effarant de constater qu’après presque 50 ans de retour à l’indépendance, l’alternance politique cherche encore, et une fois de plus, des voies non prévues par la Constitution en vigueur. Le mode d’accès au pouvoir a rarement été par la voie des urnes, même si une fois arrivés au pouvoir, certains ont par la suite fait confirmer leur poste par une ou plusieurs élections (…)
« Aucun Malgache n’est devenu chef d’Etat en se présentant à une élection dans des conditions plus ou moins normales, à l’exception peut-être de la première élection de Philibert Tsiranana (1959), mais elle ne s’est pas faite au suffrage universel, et a eu lieu dans le contexte particulier de la décolonisation. On constate également que l’histoire de Madagascar, à ce jour, a permis de tester la plupart des modes existants de départ du pouvoir : un assassinat (Ratsimandrava), une démission (Ramanantsoa), un empêchement (Zafy), une transmission (Andriamahazo) et deux départs suite à une crise politique majeure : Tsiranana en 1972 et Ratsiraka en 1991 et en 2002.
« Seul le départ de Norbert Lala Ratsirahonana, parti démocratiquement suite à une défaite à des élections qu’il avait pourtant organisées (1996), peut être considéré comme démocratique. Didier Ratsiraka (1993) et Zafy Albert (1997) furent vaincus en tentant de récupérer le poste qu’ils venaient de perdre. »
Terre/peuple/pouvoir, les bases d’un Etat démocratique
Ainsi dans leur histoire, les Malgaches n’ont jamais réussi l’équation Terre/Peuple/pouvoir… Avant la période coloniale, les rivalités territoriales et les luttes politiques entre les royaumes étaient bien connues, nous n’y reviendrons pas. La période coloniale voulut bien nous faire croire à cette équation : l’Etat français (…) décréta que ces terres incultes et vacantes revenaient de plein droit à celui qui l’exploitait : le colon ! Mais, évidemment, la supercherie était trop grossière : rébellion en 1947, avec l’un des plus effroyables massacres de la France coloniale : 89 000 morts selon l’armée française et des polémiques mémorielles infinies. L’Etat colonial n’a pas eu pour objectif de consacrer son pouvoir aux bienfaits du peuple indigène, ce fut un Etat pour la seule exploitation des terres.
L’indépendance aurait pu faire croire que ces questions étaient réglées, la terre revenant aux Malgaches désormais. Malheureusement, le déséquilibre de développement entre les provinces, ainsi que la mainmise de la France sur les grandes décisions économiques et diplomatiques amenèrent à la révolution de 1972 : chute du régime Tsiranana, instabilité du pouvoir jusqu’en 1975 où, parvenu au pouvoir, Didier Ratsiraka installa les «fivondronana », les « firaisana » et les « fokontany ». Ces découpages territoriaux se transformèrent très vite en découpages régionaux (ethniques ?), chaque « fivondronana », « firaisana » ou « fokontany » refusant de fait à un non originaire de leurs territoires un exercice réel de pouvoir.
Les terres morcelées, l’enclavement pouvait alors s’installer. Les « fivondronana » qui se trouvaient hors du champ d’influence du pouvoir s’enfonçaient alors dans une misère de plus en plus profonde. De plus, en créant un Front national de la révolution où les partis politiques se partageaient territoires, ministères et fonctions publiques, sur un équilibre ethnique fragile, Didier Ratsiraka avait accentué cette faiblesse de l’Etat, chaque branche du pouvoir étant désormais sous la coupe d’une oligarchie ethniquement marquée. L’enclavement est là, dans le système étatique, et non dans l’absence ou pas des infrastructures routières.
Avec un Etat ne fonctionnant plus comme tel, une Fonction publique inefficace, le respect de l’Etat inexistant, un sentiment déficient d’appartenance à un Etat, la terreur devint la seule possibilité de maintien au pouvoir. La dictature prit le pas sur le rêve révolutionnaire. Ratsiraka tint ainsi pendant deux septennats, avant que le peuple ne se réveille en 1991. Son pouvoir centralisé vola en éclats, malgré le massacre du 10 août où il ordonna de tirer sur la foule.
De février à avril 1992, mille quatre cents représentants des forces politiques et de la société civile élaborent une nouvelle Constitution dans des forums régionaux, puis un forum national. La nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Dans la foulée, Zafy Albert est élu président de la République. Ayant chassé un dictateur, élu un président, élaboré une nouvelle Constitution pour un régime dit d’Assemblée, donné une place primordiale à la décentralisation, on peut penser que le peuple malgache allait enfin s’en sortir. Mais c’était sans compter sur l’immaturité des politiques : un exercice de pouvoir se limitant à des courses aux portefeuilles ministériels, une mentalité à considérer les postes politiques et administratifs comme sources d’enrichissement personnel. Une motion de censure est déposée contre Zafy Albert qui refuse de faire le jeu des parlementaires. Il fait l’objet d’un « empêchement » et doit quitter le pouvoir (1996).
Si le peuple malgache est bien parvenu à un consensus pour une véritable Constitution, les politiques, eux, n’auront pas adopté la même attitude. Les élections qui s’ensuivirent (1997) verront le retour du nouveau Ratsiraka avec son fameux programme « Humanisme écologique », salué par le Grand Prix européen Umberto Blancamano, et financé comme il se doit par la Banque mondiale même. Ratsiraka s’empresse d’effacer de la Constitution le régime dit d’Assemblée et revient à un régime présidentiel qui empêche l’empêchement… Pour la forme, il cède sur l’autonomie des provinces, revendication très forte d’une grande partie de la population, mais tout le long de son nouveau mandat, il n’ira jamais effectuer les transferts de pouvoir prévus. Avec la préservation de la terre comme programme politique, l’humanisme du peuple malgache comme source de démocratie, un pouvoir respectueux de la terre et du peuple, Ratsiraka a compris l’équation, mais il camoufle par son discours son pouvoir oligarchique.
L’entrée de Ravalomanana en politique coïncidera au retour des revendications nées en 1991. La population, soutenue par la société civile et les Eglises, va trouver en lui l’homme idéal pour exposer à nouveau ses aspirations démocratiques. Un mandat plus tard, elle se rend compte que leur champion était entré en politique, non pour un idéal de développement, mais pour étendre son empire. Ravalomanana n’a pas révisé, comme promis, le régime présidentiel, mais l’a au contraire renforcé, supprimant les régions autonomes, s’arrogeant le droit de nommer et de révoquer à loisir des Pds (Président délégué spécial) ou des chefs région.
Le territoire est désormais divisé en 22 régions - ce qui n’est pas loin des réalités malgaches et de ce souhait tant cherché de décentralisation et de désenclavement, mais la dotation en budget, malgré les textes, dépend entièrement de l’humeur de la présidence. Des villes tombées dans l’opposition (Toamasina sous Roland Ratsiraka, Fianarantsoa sous Pety Rakotoniaina, Antananarivo sous Andry Rajoelina) perdent soit leurs budgets de fonctionnement soit leurs prérogatives.
Jamais un président malgache n’aura tourné à son avantage personnel l’équation Terres/peuple/pouvoir, pas même Ratsiraka… Lors des élections législatives de 2007, le rapport de l’Assemblée nationale souligne que « le Tim a remporté 105 des 125 sièges. Dix-neuf sièges sont allés à de petits partis et à des candidats indépendants pro-Tim. Le siège restant a été obtenu par M. Prezaly, du Leader fanilo, qui est donc devenu le seul membre de l’opposition de la nouvelle Assemblée nationale ». Décidant de tout, l’homme d’affaires Ravalomanana a le monopole de tous les secteurs économiques de l’île.
Reformant la propriété foncière, il met en porte-à-faux les milliers de propriétaires analphabètes de l’île. Ces derniers, ne connaissant ni cadastres ni propriétés privées, fonctionnent toujours selon le code traditionnel : une notion de propriété excluant l’administration, basée sur l’entente villageoise et familiale. Sans que lesdits « propriétaires traditionnels » soient au courant, ces terres déclarées domaniaux sont bradées aux entreprises gravitant autour du président ou aux grandes multinationales exploitant le sous-sol, les richesses de la terre ne revenant plus alors à la population. (…)
Quelle transition ?
Alors, Rajoelina a-t-il eu raison de se soulever ? Probablement oui. S’est-il bien pris en lançant le peuple à l’assaut d’un pouvoir aveugle ? Probablement non. La centaine de morts est là pour témoigner de son action. L’ordre donné par Ravalomanana de faire tirer sur la foule est criminel, mais Andry Rajoelina a-t-il bien appréhendé la situation avant de marcher vers le palais présidentiel ? Mettre les deux personnalités sur le même plan serait injuste. Ravalomanana a endossé depuis longtemps le costume du dictateur, Rajoelina, pour l’instant, n’a fait qu’incarner une légitime aspiration à la liberté. Peut-on lui imputer la responsabilité de ce carnage du samedi 7 février ? Ravalomanana se dit respectueux de la légalité et de la démocratie, mais est-ce légal ou démocrate de tirer à balle réelle sur une manifestation ?
Rajoelina réclame un régime transitoire, mais si c’est juste une transition pour des chaises musicales au niveau du gouvernement à venir, ce n’est pas la peine… (…) Pour lever toute ambiguïté, Rajoelina doit affirmer haut et fort ce qu’il a déjà dit : « Que la présidence ne l’intéressait pas » et que ce qui l’importait, c’était l’instauration d’une réelle démocratie à Madagascar. Il est impensable que Ravalomanana reste en place, impensable que Rajoelina occupe ce poste. Il est nécessaire de mettre en place un gouvernement neutre de transition et chaque membre de ce gouvernement de transition devra promettre de ne briguer aucun mandat lors des élections anticipées. Ceci pour éviter que la période de transition ne soit qu’une période de jeu et de trahison politiques. La transition serait alors un moment où le peuple malgache reprendrait tout à la base, la notion d’Etat, les limites à l’exercice de pouvoir, la création des outils ne permettant plus ces dérives observées depuis l’indépendance, car l’île ne peut plus faire comme si de rien n’était…
L’ONU, l’UA, la France et les Etats-Unis prônent le dialogue. C’est bien beau, mais c’est placer les Malgaches devant ce dilemme : dialoguer avec le bourreau… C’est ainsi qu’on grandit, dit-on : regarder le bourreau en face… Et c’est ainsi qu’on respecte la démocratie, dit-on toujours… Aux Etats-Unis, le clan Bush n’avait-il pas déclenché deux guerres (au moins) pour leurs petites entreprises ? En Russie, Poutine n’est-il pas encore le roi du pétrole et du gaz ? En Italie, Berlusconi ne règne-t-il pas sur l’audiovisuel et autres babioles économiques ? En France, Sarkozy ne se prélasse-t-il pas sur un yacht tandis que ses milliardaires d’amis remportent à tour de bras les appels d’offre ?
* Jean-Luc Raharimanana est écrivain malgache.
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Tagged under Gouvernance MadagascarLes médias malgaches sont au cœur de la crise qui secoue l'île depuis plus d'un mois. Trop partisans, ils suscitent la méfiance des citoyens et font du coup le lit des rumeurs. Peu de gens acceptent de parler aux journalistes qui cherchent encore à faire leur métier en conscience. D’autant que la désinformation et les rumeurs vont bon train dans un pays secouée par plus d'un mois de crise. Les informations, fausses ou tronquées, désorientent et inquiètent les Malgaches.
Tagged under TICs e Inovação MadagascarDepuis le 26 janvier, des milliers d'emplois ont été perdus à Madagascar, en raison de la crise. Selon les données fournies par le ministère de la Fonction publique, du Travail et des Lois sociales, 3500 emplois ont été supprimés au niveau des boutiques et sociétés victimes de pillage. Outre les entités saccagées, d'autres sociétés, notamment les entreprises franches et les complexes hôteliers ont eu recours au chômage technique.
Tagged under Gouvernance MadagascarL’opposant Andry Rajoelina a indiqué que « les discussions sont terminées » avec le président malgache Marc Ravalomanana. Le maire déchu d’Antananarivo avait prévu, le 16 février, de prendre les ministères pour y installer les 12 ministres de son "gouvernement de transition". « Les discussions sont terminées, car une de nos conditions est la démission du président, mais il ne veut pas partir », a déclaré Andry Rajoelina. Des négociations avaient été entamées le 11 février, sous la pression de la communauté internationale, entre le président malgache Marc Ravolomanana et son opposant.
Tagged under Gouvernance MadagascarMalgré les violences, malgré les appels au dialogue, le maire déchu d'Antananarivo, Andry Rajoelina, poursuit son bras de fer avec le pouvoir. Il a annoncé la nomination de quatre « ministres » sensés remplacer, selon lui, les actuels titulaires des portefeuilles de la Sécurité intérieure, de la Décentralisation, de l'Intérieur et des Finances. Dans ce contexte, l'envoyé spécial de l'ONU a décidé de prolonger sa mission. Sans doute a-t-il été encouragé par l'accord qu'il a décroché des deux protagonistes sur le principe d'une sortie de crise négociée. L'ancien ministre ivoirien des Affaires étrangères, Amara Essy, envoyé par l'UA, était aussi attendu.
Tagged under Gouvernance MadagascarUn dialogue, sous les auspices des Nations Unies, se profile entre le président Ravalomanana et le maire d’Antananarive, Rajoelina. Mais si ce dernier a déjà fait savoir ses conditions, le chef de l’Etat garde les siennes secrètes. Après les premières tentatives ratées par les diplomates en poste à Antananarivo et par le Conseil Oecuménique des Eglises chrétiennes (FFKM), il s’agit d’une nouvelle chance de dialogue entre les deux protagonistes de la crise. Mais rien ne permet de croire qu’une rencontre puisse réellement avoir lieu.
Tagged under Sécurité humaine MadagascarAndo Ratovonirina, journaliste de Radio et Télévision Analamanga (RTA), est mort le 7 février 2009, à Antananarivo, alors qu’il couvrait les manifestations qui ont fait plusieurs dizaines de morts Le journaliste, âgé de 25 ans, a été tué par balle devant le palais présidentiel. Pour Reporters Sans Frontières, il est absolument insupportable que ce journaliste ait payé de sa vie son effort pour informer ses concitoyens », a déclaré l’organisation.
Tagged under TICs e Inovação MadagascarMadagascar s'est enfoncée dans la crise, le maire d'Antananarivo promettant de continuer la "lutte" contre le pouvoir au lendemain d'une manifestation de ses partisans réprimée par la garde présidentielle, qui a tué au moins 28 personnes le 7 février. Cette journée de samedi a sans doute marqué un tournant dans la crise ouverte depuis mi-décembre entre les deux hommes. La garde présidentielle a en effet tiré sur des partisans d'Andry Rajoelina qui marchaient, à l'appel du maire, sur le palais abritant le bureau du président dans le centre d'Antananarivo.
Tagged under Gouvernance MadagascarLe maire de la capitale malgache Andry Rajoelina, engagé dans un bras de fer avec le président Marc Ravalomanana, entend prendre la tête d'une "transition démocratique" dans la Grande Ile, afin d'organiser de nouvelles élections d'ici deux ans après des émeutes qui ont fait des dizaines de victimes. Il s'est toutefois dit prêt à rencontrer le chef de l'Etat pour discuter d'une sortie de crise. Au moins 68 personnes sont mortes à Madagascar depuis le 26 janvier lors d'émeutes et de pillages provoquées par le bras de fer entre les deux leaders politiques, dont les rapports sont tendus depuis 2007.
Tagged under Gouvernance MadagascarUn projet de réforme de l'éducation à partir du secondaire est en gestation à Madagascar. Il vise à faire coïncider les diplômes et le développement économique du pays. «L'enseignement post-fondamental à Madagascar est de qualité médiocre, coûte cher, est inefficace et produit peu de diplômés... Il ne produit pas des diplômés qualifiés pour participer à l'économie de demain», a expliqué un responsable local de la Banque mondiale. La première réforme de l'éducation à Madagascar date de 1970.
Tagged under Ressources MadagascarUn lémurien de Madagascar, de la taille d'un écureuil, a donné aux scientifiques de nouvelles preuves sur les origines du VIH et ouvert de nouvelles pistes de recherche prometteuses. L’on s’accorde généralement à dire que les deux souches de VIH susceptibles d’être contractées par l’homme (VIH-1 et VIH-2) lui ont été transmises par des primates d’Afrique, et que ces primates étaient porteurs de la maladie depuis un million d’années, tout au plus. Mais la découverte d’un virus semblable au VIH dans le patrimoine génétique du petit microcèbe, un lémurien minuscule, que l’on ne trouve qu’à Madagascar, est venue bouleverser cette conviction.
Tagged under Gouvernance MadagascarLa chaîne de télévision privée Viva, propriété du maire d’Antananarivo, a été fermée sur ordre des autorités dans la nuit du 13 au 14 décembre 2008, pour avoir diffusé des propos jugés susceptibles de “troubler l’ordre et la sécurité publique”. La chaîne venait de diffuser un publireportage de l’ancien président de la République, Didier Ratsiraka, en exil à Paris depuis 2002.
Tagged under TICs e Inovação MadagascarLe cauchemar de la maladie de la fièvre de la vallée du Rift reprend à Madagascar. Depuis trois semaines, une dizaine de zébus sont tombés. La maladie dite fièvre de la vallée de Rift (FVR), attaquant le cheptel bovin, sévit à Fianarantsoa. Depuis le moment où une vache laitière dans la ferme des religieux à Imandry Fianarantsoa est tombée, la terreur a gagné les éleveurs dans certains quartiers de la ville, il y a trois semaines. Une mort en série de vaches a été constatée.
Tagged under Alimentation & Santé MadagascarLes communautés côtières du sud de Madagascar, qui risquent leur vie en parcourant de longues distances en pirogue pour satisfaire une demande lucrative d’ailerons de requins, sont confrontées à un avenir incertain : les pratiques de pêche non durables menacent la pérennité des ressources marines dont elles dépendent.
Tagged under Environnement & Droits fonciers MadagascarLe Préfet de police de la capitale sonne l'alarme devant la menace d'épidémie de peste due aux ordures ménagères non enlevées par la Commune. Quelque 700 tonnes de déchets sont déversées par jour en moyenne dans la ville.Certains quartiers étouffent depuis longtemps sous l'odeur nauséabonde des bacs à ordures pleins à craquer qui débordent alentour. La putréfaction des détritus incommode et irrite l'ensemble du voisinage.
Tagged under Alimentation & Santé MadagascarMadagascar dispose de 22 chefs de régions -- dont trois femmes -- qui sont responsables du développement local et nommés par le Conseil des ministres. Pour l’une d’elle, la nomination à ce poste depuis deux ans est la réalisation d'une ambition et une réponse envers l'attachement qu'elle a pour sa région. C'est aussi un pas en avant pour la participation des femmes dans la prise des décisions. Beaucoup de femmes n'osent franchir le pas et certaines personnes découragent quelques fois la prise de pouvoir des femmes
Tagged under Genre & Minorité MadagascarDepuis quelques jours, les mères de famille ont du mal à trouver des vaccins adéquats pour leurs enfants. Un changement au niveau de la nature du vaccin recommandé est à l'origine de cette perturbation. L'inquiétude gagne la plupart des parents d’Antananarive en apprenant que le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite et l'hépatite B (DTCPHepB), n'existe plus en stock.
Tagged under Alimentation & Santé MadagascarMaurice et Madagascar ont signé le 26 juillet un accord bilatéral portant sur le transfert des prisonniers entre les deux pays. Aux termes de l'accord, les Mauriciens condamnés à Madagascar pourront dorénavant être rapatriés à Maurice pour y purger leur peine, de même que les Malgaches condamnés à Maurice pourront rentrer chez eux. Le document prône également la réinsertion sociale des prisonniers.
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