Le ministre conseiller chargé du Nepad à la présidence sénégalaise, a réaffirmé le 17 juin, l'engagement du gouvernement sénégalais de travailler à couvrir ses besoins de consommation intérieure tout en se passant de l'aide internationale. Selon lui, en remettant l'agriculture et la sécurité alimentaire au coeur des politiques économiques, le Sénégal s'est engagé à ne plus compter sur l'aide internationale pour nourrir ses populations. Cette aide alimentaire est aujourd'hui devenue hypothétique du fait de la rareté des surplus au niveau des pays traditionnellement donateurs, ajouté-t-il.
Tagged under Gouvernance SenegalLe ministre somalien de la Sécurité intérieure et une dizaine de personnes ont été tuées le 18 juin dans un attentat suicide perpétré dans leur hôtel dans la ville de Beledweyne (nord de Mogadiscio). Il s'agit du plus haut responsable somalien tué depuis l'élection, fin janvier, à la tête du pays, de l'islamiste modéré Sheikh Sharif Ahmed. L'attaque a été perpétrée par un kamikaze qui s'est fait exploser à bord de son véhicule dans l'enceinte de l'hôtel Medina. Cet hôtel abritait la délégation du ministre, composée d'autres hauts responsables gouvernementaux.
Tagged under Gouvernance MaliLa Banque mondiale a accordé le 16 juin un don de 8 millions de dollars à la Guinée-Bissau en vue d'une meilleure mise en œuvre du processus de la stratégie pour la réduction de la pauvreté (SRP) du pays. Cette aide vise à contribuer à la rupture du cercle vicieux de la faible croissance économique, de l'insuffisance de la gouvernance et de l'instabilité politique, dans lequel se trouve enfermée la Guinée-Bissau ces dix dernières années, depuis la guerre civile de 1998-99.
Tagged under Gouvernance Guinea BissauDes experts ouest-africains ont entamé la réflexion à Abidjan sur les perspectives d’une lutte efficace contre le blanchiment d’argent dans la zone Uemoa. Ces experts sont réunis du 17 au 19 juin, dans le cadre d’un atelier régional organisé par le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest. La rencontre a pour objectif principal le partage d’expériences en vue d’harmoniser et d’améliorer les différents outils et moyens pour mener une lutte efficace contre la criminalité financière.
Tagged under GouvernanceLa mort d’Omar Bongo est venue secouer le cocotier de la Françafrique. Ce réseau de relations mafieuses politico-financières entre l’Afrique et la France, le président gabonais décédé le 7 mai en était un des piliers. En quarante et un ans de pouvoir au Gabon, il avait pu tisser et consolider ses réseaux occultes entre la France et l’Afrique. Les ressources tirées du pétrole gabonais servaient à l’entretenir. Son passé d’élément des services secrets français lui permettait de se jouer avec malice des uns des autres. Avec sa mort, c’est comme si l’édifice se retrouve ébranlé. Mais les fondements avaient déjà commencé à chanceler.
Tout au long de ces dernières années, la Françafrique a subi des coups de boutoir. En Afrique comme en France, les dénonciations des organisations de la société civile et des intellectuels, ainsi que les initiatives prises pour porter devant la justice française le pillage et la prédation des ressources nationales organisés entre Paris et certaines capitales africaines, en passant par les sièges de quelques multinationales du pétrole ou de l’armement, ont porté de sérieux coups à cette nébuleuse qui s’est étendue sur des décennies.
Les derniers mois de la vie de Bongo ont été marqués par ces coups de boutoirs portés à cette Françafrique. Il est mort alors que pend devant la justice française une affaire portant sur des accusations de détournement de fonds publics pour s’offrir en France de luxueux biens, notamment immobiliers, qui le concernait autant les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema (http://tinyurl.com/raj3ta)
Bongo est mort, mais le monstre vit encore. Plusieurs réactions à la disparition du président gabonais ont porté sur cet aspect de son règne qui restera sans doute le côté le plus marquant de ses 41 ans de règne. Pambazuka vous en propose quelques-unes.
La mort d'Omar Bongo, pilier de la Françafrique
La France a perdu l'un des meilleurs analystes de sa vie politique. El Hadj Omar Bongo Ondimba connaissait mieux que personne les us et coutumes de la Ve République. Sa face lumineuse -celle des alliances et des grands rendez-vous électoraux- et sa face sombre -celle du financement occulte, des assassinats couverts et de la corruption pétrolière.
Mort de Bongo : «On ne va pas pleurer sur une crapule»
Les réactions sont de deux types en France, au lendemain de l'annonce de la mort d'Omar Bongo. Révérencieuses, comme celles de Sarkozy, Chirac ou Kouchner, qui saluent la mémoire d'un «sage», d'un «ami». Ou sans complaisance, comme chez Valéry Giscard d’Estaing qui rappelle que Bongo avait soutenu financièrement Chirac pendant la campagne présidentielle de 1981.? Plus tranchante encore, la réaction de Noël Mamère (député Verts) sur France Inter : «On ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de la planète. Tous ceux qui sont attachés à la démocratie ne pleureront pas la mort du président Bongo, symbole de tout ce que nous dénonçons depuis 30 ans, c’est-à-dire la Françafrique, ces relations incestueuses, mafieuses entre quelques gouvernements africains et la France, de gauche comme de droite d’ailleurs.»
Selon Eva Joly, nouvelle députée européenne et ancienne magistrate française1 qui a instruit des dossiers politico-financiers tel que l'affaire Elf, le système de la Françafrique « marchait encore récemment. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs rendu visite le 17 mars dernier au Président Bongo, juste avant son élection pour "demander des conseils.». Elle ajoute : « Si la France restituait les fonds indûment payé par Bongo pour des services imaginaires à nos hommes politiques, on pourrait construire au Gabon des hôpitaux, des maternités et faire baisser le taux de mortalité infantile".
La presse ouest-africaine commente la mort de Bongo
Dans la presse africaine, les commentaires alternent déférence et dénonciation d’un système de gouvernement d’un autre temps. Le quotidien privé malien Le Républicain titre ainsi : ‘’Décès de Oumar Bongo : La tour de contrôle ne répond plus’’. Au Burkina, le quotidien gouvernemental Sidwaya parle de ‘’la fin d’une époque’’. Fraternité du Bénin, évoque « le spécialiste de la diplomatie de coulisse qui a prodigué de très bons conseils à tous les chefs d’Etat qui se sont succédé à la tête du Bénin’’.
[email protected] ou commentez en ligne surTagged under GouvernanceOmar Bongo a vécu une seule fois. Mais il est mort deux fois.
Dimanche 7 juin des médias français annoncent le décès du président gabonais. Le lendemain, dans la matinée, les autorités gabonaises démentent l’information. Le Premier ministre gabonais, Jean Eyeghe Ndong, s’étant rendu dans la clinique espagnole Quiron à Barcelone, où le doyen des chefs d'Etat africains était hospitalisé depuis le 11 mai, déclare : «nous avons constaté que le président de la République (...) Omar Bongo Ondimba est bien en vie ». La confirmation officielle du décès intervint dans l’après midi de la journée du lundi 8 juin 2009 avec un communiqué remis en main propre à la presse par le même Premier ministre Jean Eyeghe Ndong.
«C'est à 14H30 (12H30 GMT) que l'équipe médicale m'a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, chef de l'Etat Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l'âme des suites d'un arrêt cardiaque. » Deuxième mort. La vraie. L’officielle.
Né sous le nom d'Albert-Bernard Bongo dans la province du Haut-Ogoué, Omar Bongo fait ses études au Congo voisin. Après son service militaire, le voici au compte des services secrets français et travaille officiellement comme commis des postes. Il intègre l’entourage de Léon Mba, futur président du Gabon. Après l'indépendance, en 1960, il fut vice-président et bras-droit de Léon Mba, avant de lui succéder après sa mort en 1967. En 1968, il fonde le Parti démocratique gabonais, socle du monopartisme jusqu'en 1990. Franc-maçon depuis 1965, il se convertit en 1973 à l'islam et devient El Hadj Omar Bongo.
Pour certains, cette conversion n'est qu'un moyen de se faire bien voir des pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, en majorité musulmans, le Gabon étant producteur de pétrole. En 1990, Bongo est poussé à organiser une conférence nationale à l'issue de laquelle il accepte la restauration du multipartisme. Il ajoute le nom de son père au sien et devient donc en 2004 Omar Bongo Ondimba. A la présidentielle du27 novembre 2005, il est réélu avec 79,18 % des suffrages selon les résultats officiels.
Le décès de son épouse Edith Lucie Sassou Bongo Ondimba, fille aînée de Denis Sassou Nguesso, le Président du Congo, le 14 mars 2009, des suites d’une longue maladie, l’a « profondément marqué ». Le 6 mai, il « suspend momentanément ses activités », pour se reposer et faire le deuil de son épouse. Le 11 mai 2009, Omar Bongo est admis, dans un état grave mais stationnaire, à la clinique Quiron à Barcelone en Espagne, en Espagne. Il a préféré ce pays à la France en raison de l'affaire dite des biens mal acquis qui lui vaut des démêlés avec la justice. Omar Bongo faisait simplement un bilan de santé, selon la présidence gabonaise, alors que plusieurs sources l'annonçaient atteint d'un cancer des intestins.
Sa mort, intervenue officiellement le 8 juin 2009, plonge son pays le Gabon dans l’incertitude, l’Afrique dans la nostalgie et la « Françafrique » pourrait accusé un sévère coup. « L’Afrique sans la France c’est comme une voiture sans chauffeur. La France sans l’Afrique c’est une voiture sans carburant » a dit qui souhaitait qu’on souvienne de lui comme « celui qui a œuvré pour la paix et l’unité nationale au Gabon.
* Oussouf Diagola est le directeur de Farafina, un magazine africain pour la diaspora publié en France
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Tagged under GouvernanceQuelle que soit la politique des Etats Unis envers l’Afrique, le continent doit mettre sur pied ses propres principes idéologiques par rapport à l’exercice du pouvoir, et surtout mettre à jour sa stratégie politique, économique, éducative et professionnelle de développement.
A la longue, on se demande ce qui se passe dans la tête des élites africaines si celles-ci, sans plan et sans principes directeurs réalistes et ambitieux, se lancent ouvertement dans la confrontation actuelle de convivialité internationale, face à des cultures opportunistes et depuis des siècles nettement plus évoluées.Cette vacance de concept, ce manque d’objectifs discutés et éprouvés a des conséquences qui désorientent autant qu’elles pervertissent, notamment en créant et en entretenant des courants et des tendances tribalistes ou en laissant libre cours à la corruption et à l´exercice cabalistique ou roturière du pouvoir.
Or si le pouvoir est malade, c´est toute l´orientation sociale qui en souffre. Ce qui ne profite qu´à ceux qui aiment le chaos et le désordre et qui en profitent pour piller les ressources d’un pays.
Une chose est certaine : si elle ne forme pas l´esprit et les conditions dialectiques et critiques objectives de sa situation actuelle, de même si elle n’élabore pas les nécessités qu´il faut entreprendre pour en sortir, l´Afrique continuera à voguer de défaites en illusions sans parvenir à comprendre que le moteur de toute évolution sociale se trouve dans l´économie, la créativité scientifique et technique et leur mise au service de la société.
Ne pas apprendre aujourd´hui aux enfants la beauté du savoir, les avantages de la discipline et l´amour de la précision, par exemple, c´est se priver demain de montres, de machines précises et sophistiquées. Parce que, notamment, leur création nécessite non seulement l´intelligence, mais aussi un amour particulier de l´infiniment petit précis et fonctionnel.
Toute l´Afrique passe à côté de ce problème que je considère comme fondamental ; et je me demande pourquoi. Car il n´existe pas de liberté qui soit importable ou qui soit faite à l´étranger en prêt-à-porter ou à consommer pour réaliser les attentes et les rêves de ceux que cette liberté ne connaît pas. Cela n´existe pas. L´importation irraisonnée et sans contrôle appauvrit plutôt, parce qu´elle dévore les accumulations économiques d´un pays et l´empêche donc de créer l´emploi ou financer et employer les hauts techniciens nécessaire au développement !
A propos des Etats Unis, et même de Barack Obama, il ne faut pas oublier qu´il est Américain malgré tout. Croire que le progrès nous serait fait par d´autres ou que ceux-ci viendraient nous relever des efforts intellectuels et rationnels qu´il nous faut pour aller de l´avant... c´est une bien belle illusion qui, à la longue, tue bien certainement en étouffant notre développement.
La confiance, dit-on, ne se donne pas ; elle se mérite. Notre histoire nous a donné plus d´une raison d´être regardant quant à tous ceux qui se disaient nos amis. Aussi, quel que soit l´étranger ou l´ami qui nous côtoie, notre amour envers les nôtres et notre sens incessible et profond des devoirs que nous avons envers nous-mêmes ne doivent jamais être ni sous estimés, ni un seul instant perdus de vue. En aucun cas.
* Musengeshi Katata - Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"
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Tagged under GouvernanceOfficiellement l’esclavage a été aboli au Niger depuis 1960. Mais la pratique persiste aujourd’hui encore. Il s’observe dans toutes les régions du pays sous la forme active ou passive. Le cas de Hadijatou Koraou Mani, une jeune dame de 24 ans détenue dans des conditions d’esclavage pendant neuf ans, avant de recouvrer définitivement sa liberté grâce à la Cour de justice de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), est emblématique à ce sujet.
Hadijatou Koraou Mani est native de Louhoudou, un petit village dans le centre est du Niger. Elle a été vendue en 1996, à l’âge de neuf ans, par un chef de tribu esclavagiste, à un homme de 46 ans. Le prix de la transaction : 240.000 francs. Quand elle intègre le domicile de son nouveau maître, celui fait d’elle une «Wahaya» (1), une sorte d’esclave sexuelle. Koraou Mani était soumise à des violences sexuelle, s’occupe des travaux champêtres et des corvées domestiques. Elle est aussi à la disposition des quatre femmes «légales» de son maître.
A travers les « relations sexuelles forcées» auxquelles elle est soumise, la jeune esclave se retrouve avec trois enfants de son maître. Le 18 août 2005, celui-ci décide de l’affranchir. Munie de son papier d’affranchissement, elle regagne dans son village natal où elle convole en justes noces avec un homme de son choix.
Lorsque l’ancien maître apprend la nouvelle du mariage, il décide d’intenter un procès contre Hadijatou Koraou Mani pour bigamie, prétextant ne l’avoir pas divorcé. Et en dépit des preuves qu’elle fournit pour expliquer qu’elle était dans une situation d’esclavage chez le plaignant, le tribunal la condamne, en même temps que son frère, à des peines d’emprisonnement ferme.
Timidria, une association nigérienne luttant contre les pratiques esclavagistes dans le pays, s’empare alors du dossier et saisit la Cour de justice de la CEDEAO basée au Nigeria. La Cour s’est déplacée à Niamey pour le besoin du procès, en vue d’épargner à la plaignante des déplacements incessants et coûteux entre le Niger et le Nigeria. Elle a rendu finalement rendu son verdict le 27 octobre 2008.
La sentence prononcée est qu’Hadijatou Koraou Mani a effectivement été victime d’esclavage et l’Etat du Niger n’a rien fait pour la tirer de cette situation, en dépit de l’existence d’une loi nationale réprimant sévèrement cette pratique. La cour a condamné l’Etat à lui verser une indemnité forfaitaire de 10 millions de francs CFA.
Cette affaire, qui a été fortement médiatisée, a jeté une lumière crue sur une pratique en cours aujourd’hui encore dans le pays mais dont l’existence a toujours été niée par les autorités. Ce comportement des autorités n’est guère surprenant. «Malgré la loi criminalisant l’esclavage, le phénomène est là ; il est présent, on peut même le toucher des doigts sur le terrain puisqu’il existe actuellement de nombreuses personnes victimes d’esclavage. L’Etat continue de fermer les yeux sur le pratiques esclavagistes parce qu’il n’a pas le courage d’aller à l’encontre des maîtres. Et pour cause, ce sont des gros bonnets. Si vous en parlez ouvertement, vous risquez d’être interpellé au motif que vous cherchez à tenir l’image du pays», confie Moustapha Kadi.
Timidria a déjà fait les frais de cette attitude des autorités. En 2005, cette association a voulu en effet organiser une cérémonie de libération de quelque 7000 présumés esclaves à Inatès, une localité dans l’ouest du Niger, avec le soutien financier d’Anti-Slavery, une ONG britannique luttant contre les survivances esclavagistes. Les autorités ont interdit la cérémonie, niant l’existence des esclaves annoncé. Ils ont ensuite interpellé et emprisonné le président de Timidria, accusé de chercher à ternir l’image du Niger pour s’enrichir sur le dos des populations.
Les pratiques esclavagistes touchent toutes les régions du Niger, mais sous deux formes différentes. Il y a une forme active pratiquée dans les régions de Tahoua, Agadez, et nord Maradi. Et il y a la forme passive qu’on rencontre dans les régions du fleuve et un peu vers Filingué toujours dans l’ouest du pays. Sous la forme passive, les esclaves ne sont plus sous la responsabilité de leurs maîtres qu’ils reconnaissent tout de même comme tels. Ils n’ont pas de champs mais exploitent ceux des maîtres. En contrepartie de leur travail, ils reçoivent une part de la récolte. «Dans l’ouest du pays où elle a cours, les hommes de métiers (tisserands, cordonniers, forgerons, artistes traditionnels) sont considérés comme des esclaves et sont, du fait de leur statut professionnel, victimes de discrimination au sein de la communauté», note M. Kadi.
Par exemple, illustre-t-il, «un noble ne peut pas se marier dans ces familles. C’est pourquoi, lors des mariages ou des baptêmes, ce sont eux-mêmes qui sortent pour dévoiler leur statut d’esclave qu’ils sont fiers de clamer haut et fort. Même du point de vue de l’occupation de l’espace, il y a des quartiers réservés aux hommes de métiers et aux esclaves». Le plus choquant dans cette forme passive, aux yeux du militant de droit l’homme, c’est que même dans la mort cette discrimination est observée. «A Bonkoukou (NDLR : un village de l’ouest du pays), jusqu’à une date récente, on n’enterrait pas les nobles et les esclaves dans le même cimetière. Comme quoi cette forme passive d’esclavage est parfois plus choquante que la forme active», estime-t-il.
Sous sa forme active, l’esclavage au Niger s’observe dans l’est, le nord et les zones nomades. L’esclave vit dans la maison du maître qui prend en charge ses besoins alimentaires, vestimentaires et autres. En retour, il s’occupe de tous les travaux domestiques et champêtres du maître. «Dans ces zones, il y a des cas où les esclaves jouissent de certains privilèges. Ils ont des responsabilités. Pour voir un chef traditionnel, par exemple, il faut souvent passer par un esclave et il y a même des chefs coutumiers qui responsabilisent des esclaves par rapport à la gestion de leurs biens». Moustzpha Kadi y voit une avancée.
«Dans la forme passive, les nobles s’éloignent des esclaves, personne ne veut mélanger son sang à celui d’un esclave, alors que dans la forme active les esclaves sont assimilés. Les chefs se marient avec eux ; c’est ce qu’on appelle le Wahaya où cinquième femme. L’enfant issu de ce mariage peut hériter du trône, alors que dans l’ouest du pays c’est une hypothèse inimaginable ».
Les débats qui ont eu cours ces dernières années sur l’esclavage au Niger ont beaucoup porté sur les statistiques. En 2002, Timidria avait fait mener une enquête quantitative pour dénombrer le nombre exact d’esclaves dans le pays, avec le concours de son partenaire l’ONG Anti-Slavery. Cette enquête, qui a suscité beaucoup de controverses, a fait état de l’existence de quelque 800.000 personnes dans cette situation, sur une population totale estimée à l’époque à environ 11 millions d’habitants.
Par la suite, deux autres spécialistes, Ali Chékou Maïna de l’ONG nigérienne Démocratie 2000 et Dr. Souley Adji, sociologue, enseignant chercheur à l’université de Niamey ont effectué une enquête similaire pour le compte du Bureau international du travail, qui a permis de dénombrer environ 180 000 personnes en situation d’esclavage dans le pays.
Devant ces chiffres jugés exagérés par les activistes des Droits de l’homme et certains universitaires ayant travaillé sur la question, Moustapha Kadi a procédé, dans le cadre de la collecte de données pour l’élaboration de son livre, à une enquête de terrain dans les huit régions du pays. Ce travail lui a permis de recenser un peu plus de 8500 esclaves effectivement en activité dans les huit régions du pays. «J’ai adopté une démarche pragmatique, en listant d’abord toutes les chefferies du Niger et j’y suis allé moi-même. Il m’a été plus facile qu’autres de mener ce genre d’enquête, étant moi-même fils de chef traditionnel », estime-t-il.
«Partout où je suis passé, les chefs n’ont eu aucune crainte pour me dresser la situation par rapport à l’esclavage dans leurs régions et j’ai pu entrer en contact avec des personnes qui sont effectivement dans cette situation. Les autres esclaves dénombrés par les enquêtes de Timidria et du Bureau international du travail, je ne les ai pas vu et on ne m’a pas parlé d’eux», ajoute-t-il. Mais Moustapha Kadi pense que le nombre d’esclaves importe peu dans le cadre du combat à mener pour éradiquer cette pratique rétrograde. «Le plus important c’est que même s’il y a un seul esclave il faut l’identifier pour le sortir de cette situation», estime-t-il.
Note
1) Wahaya : C’est l’appellation d’une femme de condition servile prise comme cinquième femme par un homme qui a déjà quatre épouses « légales ». Cette pratique reconnue par l’islam s’observe surtout dans les régions du Niger où la forme active de l’esclavage a toujours cours.* Ousseini Issa est journaliste nigérien
* Moustapha Kadi, militant des Droits de l’homme, expert national en travail forcé, lui a consacré un livre intitulé «Un Tabou Brisé», traitant de l’esclavage en Afrique et au Niger en particulier (Harmattan, en 2005)
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Tagged under Gouvernance NigerLe 30 juin 2009, la Cour Communautaire de la CEDEAO basée à Abuja, au Nigeria, qui instruit l'affaire de Musa Saidykhan, le journaliste gambien qui aurait été torturé dans les locaux de l'Agence Nationale des Renseignements (NIA), statuera sur une objection préliminaire formulée par le gouvernement gambien, le défendeur dans cette affaire. Après avoir boycotté deux audiences de la Cour, le gouvernement gambien a, dans un document de 20 pages, fait appel à la Cour Communautaire pour qu'elle rende une fin de non-recevoir puisque l'affaire de Saidykhan ne relève pas de sa juridiction et que le plaignant n'a pas épuisé tous les moyens de recours locaux.
Pour le gouvernement gambien, «l'action du plaignant (Saidykhan)... outrage la souveraineté locale du défendant/requérant et viole l'article 39 du protocole... sur la démocratie et la bonne gouvernance aussi bien que l'article 26, et 56 (5) de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples ». Quant aux moyens de recours locaux, le gouvernement gambien a affirmé que «le défendeur/requérant est une nation souveraine qui dispose d'une constitution démocratique basée sur l'état de droit qui prévoit la protection des droits et libertés fondamentaux de ses citoyens » et que «le défendeur/requérant dispose des tribunaux nationaux compétents en matière (d'abus présumé) des droits humains ».
Toutefois, la Cour sous-régionale ouest-africaine est, conformément à son protocole, habilitée à instruire des affaires dont elle est saisie par les citoyens des Etats-membres sans que ceux-ci soient contraints d’épuiser tous les moyens de recours des tribunaux nationaux locaux. Le gouvernement gambien s'était déjà montré irrespectueux envers la Cour Communautaire au sujet d'une affaire précédente en refusant d'exécuter l'ordonnance de celle-ci, qui lui demandait de libérer Chief Ebrima Manneh, le journaliste gambien détenu en 2006 par la redoutable Agence Nationale des Renseignements (NIA). La Cour a cité le gouvernement gambien à comparaître plusieurs fois au sujet de cette affaire, mais il a refusé de le faire.
En novembre 2007, la Fondation pour les Médias en Afrique de l'Ouest (MFWA) a engagé des poursuites au nom de Saidykhan pour lui rendre justice et procurer du soulagement à beaucoup d'autres journalistes gambiens qui ont subi le même sort et ont dû partir en exil de peur de faire l'objet de répression.
Saidykhan, rédacteur en chef du journal The Independent, une publication bimensuelle interdite basée à Banjul, a fui en exil après qu'il a été libéré de sa détention illégale. Il figure parmi les vingtaines de victimes qui ont été illégalement détenues et ont fait l'objet de toutes sortes de traitements cruels, y compris la torture par des agents de sécurité du Président Yahya Jammeh, suite à un coup d'état présumé en mars 2006. Pendant la nuit du 27 mars 2006, un groupe de militaires et de policiers armés ont arrêté Saidykhan chez lui et l'ont conduit au quartier-général de la NIA. Il a été gardé au secret pour 22 jours sans qu'aucune charge ne soit portée contre lui. Pendant cette période, il a été torturé jusqu'à ce qu'il perde connaissance. La torture continue qu'il a subie lui a laissé des cicatrices au dos, aux jambes, aux bras et à la main droite qui a été cassée
en trois endroits. « J'ai été complètement dévêtu, tandis que des décharges électriques ont été administrées à tout mon corps, y compris mes organes génitaux. Mes bourreaux m'ont dit que les décharges électriques appliquées à mes organes génitaux étaient censées me rendre impuissant », a rappelé Sadykhan dans l'assignation.Ceci a été suivi de l'arrestation de tout le personnel du journal, y compris une réceptionniste. Les locaux de l'Independent ont été saccagés et fermés sans raison apparente.
* Pr Kwame Karikari est directeur exécutif de Media Foundation West Africa, une organisation régionale, indépendante, non-gouvernementale à but non lucratif basée à Accra. Elle a été fondée en 1997 pour défendre et promouvoir les droits et libertés des médias ainsi que toutes formes d'expression.
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Tagged under GouvernanceLe 27 mai à Londres, SOS Esclaves, une organisation qui lutte contre la pratique de l’esclavage en Mauritanie remportait un prix international pour sa lutte contre cette pratique. A cette occasion, son président a prononcé un discours qui campe la sens de son combat et présente la situation de l’esclavage en Mauritanie.
Je viens d’un pays situé entre l’océan atlantique, le sahel et le désert Saharien, creuset du savoir religieux en Afrique de l’Ouest. Je vous parle d’un pays marqué par une forte pénétration, berbère, arabe, et noir et dont les pères fondateurs ont prétendu assumer son rôle de trait d’union entre l’Afrique noire et le Maghreb. Les différentes communautés ethniques, linguistiques et raciales se côtoient, selon un lien fort par l’Islam, supposé les unir dans la tolérance, l’égalité et l’acceptation du prochain, conditions majeures à la paix. C’est la République Islamique de Mauritanie, une contrée de paradoxes, aujourd’hui jalouse de son attachement aux valeurs de démocratie et de liberté, sans manquer d’assumer, en même temps, une histoire où domine la guerre, la soumission de l’autre, la préférence tribale et la pratique séculaire de l’esclavage par ascendance.
Le système de servitude conséquent relève d’une survivance de codes de préséance multiséculaires dont s’imprègne la relation entre les hommes au point de façonner la société mauritanienne dans son ensemble à des degrés divers, sur la base du constat que les hommes ne naissent pas libres ni égaux, pour paraphraser, à l’envers, l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 en France.
L’institution se présente sous des formes et des justifications identiques, aussi bien dans les communautés arabo-berbères qu’en pays Négro mauritanien (Soninké, Halpulaar et Wolof) ; certes les degrés, la visibilité et l’actualité diffèrent d’un milieu à l’autre. Parmi les noirs africains, le phénomène perdure, surtout dans les codes sociaux, en clivages de de caste. Chez les arabo-berbères ou bidhane, il garde sa forme traditionnelle, un statut d’assujettissement d’homme, de femmes et d’enfants à une classe de privilégiés qui se prévaut, dans ce rapport, de sa supériorité raciale.
L’esclavage arabo-berbère est d’abord un racisme ; sa motivation puise, pourtant, dans la lettre et l’exégèse d’une religion universaliste dont les promesses révolutionnaires vont à contre-courant de toute idée d’oppression. Le paradoxe se double, ici, du détournement réussi de la référence à Dieu. Vous imaginez, alors, la difficulté d’en émanciper des multitudes ignorantes, dans un contexte de confusion des normes, au cœur d’une même matrice mentale.
A l’heure de la mondialisation techno médiatique, de la vitesse dans la transmission de l’information les pratiques demeurent tenaces dans mon pays et il s’y trouve des esprits suffisamment candides, pour croire encore possible l’occultation ou le déni.
Vous me direz mais, comment cela peut encore exister ?Pour apporter une réponse, je vais surtout insister sur la gradation de d’asservissement de l’esprit auquel l’esclave est soumis au point de s’acquitter de tâches pénibles sans broncher au moment ou ses maîtres se reposent à l’ombre ; de la sorte, annihile-t-il, en lui, toute velléité d’émancipation, de liberté et jusqu’à la nécessité de la révolte que soutient l’orgueil consubstantiel à l’espèce humaine. Ce processus d’abdication de la dignité, préalable au travail indigne et gratuit, passe par le lavage de cerveau permanent par le biais d’une interprétation de l’Islam, que précède, comme un nivellement, la destruction psychologique du moi. Ainsi, plus besoin de chaînes, le maître aura fini d’avoir la certitude que toute forme de révolte ou de soustraction au statut d'infériorité et de dépendance, en somme toute sortie du cadre social équivaudrait à une apostasie de la foi islamique ; le raccourci le plus courant, auquel les maîtres et anciens maîtres recourent, en substance, se résume en ceci : la clé du Paradis se trouve, pour l'esclave, aux pieds de son propriétaire. Le temps, le bâton et la répétition confirment, consolident et structurent l’inégalité.
Dès lors, le maître cesse de percevoir sa propriété quadrumane comme un être humain ; entre l’animalité et l’inhumanité, il subit le faix de la bête de somme, la lucidité en plus. L’esclave n’hérite pas de ses ascendants ; c’est le maître qui en bénéficie, à sa place. L’esclave, homme ou femme ne se marie pas sans l’assentiment de son maître ; s’il y parvient, son union est réputée adultérine, avec la déconsidération que cela implique pour les futurs enfants. Dans un environnement aussi marqué par la conservation morale et la différenciation des individus selon des critères figés et irrationnels, les esclaves peuvent se multiplier hors union légale, un peu comme du bétail de croît. Leur infériorité confère la liberté sexuelle, preuve d’une exception dévalorisante, une défaveur congénitale qui découle de l’épiderme et de la fatalité de l’ordre divin.
Chez les victimes par ascendance, la malédiction vient par la mère. Cette identification à contrario des usages d’une société si patriarcale, se perpétue de génération en génération du fait du retard de la prise de conscience et de l’enracinement de l’aliénation ; y concourent, au détail, des facteurs essentiellement métaphysiques en plus de l’analphabétisme, du modèle tribal gardien de la tradition. Lequel bride le projet d’Etat, voire le contourne. Malgré la formalité de l’Etat, son influence cède à l’idéologie culturelle et raciste ; les mythes fondateurs de l’arabité aristocratique et l’interprétation erronée de l’islam en faveur des maîtres s’insinuent avantageusement sur le terreau de la pauvreté qui affectent ces parias chaque jour et les incline à se résigner pour survivre.
En dépit de leur supériorité numérique, les localités à peuplement d’origine esclave - dit Adwabas - ne bénéficient pas du minimum d’infrastructures en comparaison des hameaux de leurs anciens maitres, souvent d’une densité démographique moindre. Le clientélisme tribaliste produit une allocation et un partage des ressources publiques, au profit prioritaire des moins nécessiteux ; les investissements en écoles, dispensaires et forages d’eau à usage domestique, répercutent et enracinent à cette hiérarchie, au bénéfice des maîtres. Ils participent à renforcer l’assise matérielle de la discrimination.
Malgré ces obstacles, une prise de conscience s’opère depuis la fin des années, 70 grâce à l’implication de différents acteurs, principalement l’élite alphabétisée parmi les Haratine, c'est-à-dire les descendants d’esclaves affranchis ou non ; presque toutes les associations politiques et de défense des Droits de l’Homme contribuèrent, à un moment donné de leur développement, aux dynamiques successives de contestation, d’abolition puis de pénalisation de l’esclavage.
L’éveil a été amplifiée par le travail de mobilisation du mouvement El-Hor, lorsque Mbarka, une femme esclave, a été exposée à la vente publique au marché d’Atar en 1979. Vous me donnez, ici, l’occasion de rendre un hommage mérité à tous ces hommes et femmes qui ont été les pionniers du combat abolitionniste dans mon pays. Je citerai parmi eux ceux qui ne sont plus de ce monde : Mahmoud Ould Saïd, ouvrier-syndicaliste, Sidi Ould Jaber, professeur de mathématique, Ahmed Salem Ould Demba, attaché d’administration, Mohamed Lemine Ould Ahmed, Boudi Mint M’Bareck, Pr. Saidou Kane, Ethmane Ould Souelim et Housseïn Ould M'Boïrick jardinier-pépinièristes.
Créé clandestinement le 5 mars 1978 à Nouakchott, le mouvement El-Hor a été laboratoire politique d’avant-garde dont l’impact poussera les autorités mauritaniennes à reconnaître l’existence officielle du phénomène de l’esclavage, par l’adoption de la loi 81-234 du 9 novembre 1981. El Hor a contribué à la reconstruction d’une identité propre haratine. Désormais, la victime se plaint de son sort, revendique mieux et ne s’identifie plus forcément à la tribu de ses maîtres. Elle se reconnait, progressivement, de plus en plus, acteur passif d’une réalité communautaire autour de sa condition de cadet social.
Ainsi, SOS-Esclaves procède-t-elle de cette filiation militante.
L’association SOS-Esclaves a été créée, formellement, en février 1995, par des camarades - dont moi-même - issus d’El Hor, des démocrates de nos différentes communautés, des fils d’anciens maîtres et des militants de Droits de l’Homme. Son credo tenait à « souligner et faire connaître les situations d’esclavage, afin de lutter contre leur perpétuation et de contribuer à casser le carcan psychologique de la domination».
Notre action s’inscrit dans la lutte pour l’avènement d’une société moderne égalitaire et apte à dépasser toutes les pratiques inégalitaires, par la collecte et la publication du maximum d’informations objectives et précises sur toutes les violations des droits élémentaires des personnes au travers de leur biens et familles ; dans une seconde détape, nous usons de recours juridiques, desmanifestations pacifiques et de campagnes de dénonciation pour y remédier. L’appui et l’assistance de nos partenaires et militants, aussi bien à l’intérieur qu’hors de Mauritanie, vient en appoint à la mobilisation de l’opinion.
C’est le lieu de saluer le soutien infaillible d’Anti-Slavery International, de son appui inlassable, durant les moments d’épreuve, lorsque nous poursuivais la police de la dictature dans un concert d’invective et de délation par la foule.
L’une des actions majeures de SOS-Esclaves dans ce combat se matérialise par l’obtention, enfin, d’une loi criminalisant l’esclavage en 2007. Ceci, cinquante ans après l’indépendance de la Mauritanie, alors que les textes de droit interdisaient, théoriquement, un tel crime sans pour autant l’expliciter, le nommer, avec la volonté politique de l’éradiquer.
Si l’adoption de la Loi 2007-048 comporte une vertu, c’est surtout la reconnaissance tacite de cette réalité, par le sommet de l’Etat. Le demi aveu, quoique éloquent en comparaison de la conspiration du silence antérieur, reproduit, néanmoins, une hypocrisie institutionnelle. En effet, les autorités censées incarner la loi rechignent à l’appliquer, au prétexte, inavouable, d’une solidarité de corps entre descendants de maîtres, ligués, en ultime ressort, par l’esprit de corps d’une résistance commune à l’insoutenable menace de l’égalité. Du coup, dans les zones reculées, dans les commissariats ou postes de gendarmerie, auprès des autorités religieuses ou administratives, l’esclave en fuite ou plaignant ne trouve pas de refuge mais, plutôt, le regard de la suspicion, facteur d’une caution à la parole des maîtres.
Il est regrettable que certaines autorités administratives et judiciaires cherchent sinon à blanchir les auteurs, du moins les couvrir du bouclier de l’impunité dont le scepticisme, la complaisance et parfois la fraude et le faux témoignage renforcent l’armure. A cause de l’intimidation des victimes par les représentants de l’autorité légitime, l’esclave, finalement, renonce, recule, se dédit et reprend sa place dans l’ordre traditionnel de la vie ; par peur d’un retour de bâton, il déserte l’antichambre du juge de crainte de se faire accuser de vol ou de diffamation.
Les magistrats, parfois, vont jusqu’à plaider la mésalliance et dissoudre une union conjugale entre un descendant d’esclave et une fille d’extraction libre. Ce faisant, ils se prévalent du droit musulman, en violation flagrante de l’esprit du Coran. Quand le couple scandaleux dédaigne ou outrepasse ce genre de décision, la tribu de la mariée use assez souvent de violence et de séquestration jusqu’à obtenir la séparation des deux. L’autorité se mure ensuite dans le silence ou la cécité volontaire ; l’impunité sélective épaissit le voile de complicité derrière quoi, sans cesse, la société conçoit et génère sa monstruosité esclavagiste.
La loi 2007 criminalise l’esclavage et prévoit des sanctions pénales et pécuniaires mais le nombre de cas que nous avons traités depuis l’adoption de ce texte historique démontrent combien la réalité se perpétue.
La loi de 2007 est née dans un contexte politique favorable marqué par le retour de la Démocratie en Mauritanie. De par son processus d’élaboration et la précision de sa teneur, elle dépasse toute la législation en vigueur alors. Cependant, malgré la démarche inclusive, avec l’implication des ONG antiesclavagistes dont SOS-Esclaves, l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), l’Association des Femmes Chefs de Familles (AFCF) et les autres organisations membres du FONADH, le mouvement politique Conscience et Résistance (CR), des partis politiques engagés, à l’instar de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), dans la lutte contre l’esclavage et l’effort de sensibilisation, il subsiste des faiblesses.
(…) La nouvelle norme ne tient pas compte de l’aliénation religieuse et de l’environnement social. SOS-Esclaves et les organisations sœurs continuent de se battre pour lever l’impossibilité de se porter partie civile. La restriction entretient une brèche béante sur le chantier de l’abolition par l’acte concret ; en bien des cas, la victime craque et cède sous la pression de la tribu des maîtres. Soumise au chantage et à l’offre de faveur, soit elle retire la plainte, soit elle se retourne contre SOS-Esclaves (cf. Affaire Jabhalla).
La faiblesse de la loi, c’est aussi la corruption qui alimente le manque de volonté de la part des autorités administratives et judiciaires. Enfin, elle ne prévoit aucune mesure d’accompagnement pour mettre fin à la dépendance économique de l’esclave au maître. Un homme qui a faim n’est pas un homme libre. Des décennies de privatisation de l’Etat au profit des tribus maures, par le pillage des finances publiques, le trafic d’influence, les prêts bancaires jamais remboursés et la fraude permanente sur les diplômes, les attestations et le bulletin de vote, ont fossilisé l’espérance d’un avenir citoyen ; la résignation, parce qu’elle se renseigne à la source même d’une inégalité matérielle si écrasante, devient fatalité, démission, acceptation de son sort.Le Mauritanien, en général, compte sur sa tribu pour le protéger dans la jungle d’un rapport de forces aléatoire au sein de sa propre communauté ; le Mauritanien de filiation servile sait qu’un tel système ne ménage, à son profit, que des marges de sécurité variables. En attendant l’explosion de rage dévastatrice, il se suffit de ce peu et survit en conséquence. C’est cette latence conflictuelle, c’est ce risque d’insurrection que nous espérions endiguer, canaliser, pourquoi pas différer, faire volatiliser dans le consensus d’une refondation sociale sous l’égide d’une simple mise en œuvre de la Constitution et des lois.
A notre manière, nous jouons un rôle de prévention et d’alerte. Au lieu de comprendre l’utilité sociale, les pouvoirs successifs nous reprochent de tirer la sonnette d’alarme. A leurs yeux, une difficulté tue, ignorée, sans publicité, cesse d’exister.
Contre la tentation du démenti et de l’étouffement et de la censure, SOS – Esclaves poursuivra son effort par la diversification des méthodes de persuasion tels que le plaidoyer et le lobbying a tous les niveaux, mais également devant les cours et tribunaux afin que le droit s’impose à l’égoïsme.
SOS - Esclaves est convaincu qu’il faut également porter assistance aux victimes à travers la création de projet d’insertion et des activités génératrices de revenus ; dans bien des cas, les esclaves libérés retournent chez les maîtres pour quémander le viatique quotidien contre la pauvreté, la maladie, l’exclusion et l’arbitraire socio-administratif.
Je ne voudrais pas terminer sans vous dire que nous avions certes gagné des combats, mais beaucoup reste matière à complément. Des choses ont changé : quelques années auparavant, de retour à Nouakchott, j’aurais demandé à ma famille de préparer ma couverture et de me chercher un avocat avant le retour certain en prison, au motif, cru, de dénoncer l’esclavage, circonstance aggravante, auprès d’interlocuteurs étrangers.
Leur patriotisme m’est étranger ; tandis qu’ils prétendent laver le linge sale en famille, je dis, haut, à la face du monde, qu’il ne s’agit plus de cela. Passé un certain seuil dans l’injustice, il n’y a plus de frontière qui tienne : il s’agit, là, d’une atteinte au genre humain et nul, par ailleurs, ne s’accommode d’une patrie qui le fait pleurer. A SOS Esclaves, nous nous réclamons de l’universalisme et de la laïcité. Notre foi en l’homme prime toutes considérations concurrentes.
Aujourd’hui, certains esclavagistes recourent au paiement en nature ou au travail rémunéré par un salaire de misère ; ils évitent l’accusation de travail forcé ou indécent. C’est dire que les fronts de notre vigilance se multiplient car l’adversaire s’adapte, se sophistique.
Je ne puis achever mon propos sans évoquer la forfaiture infligée, à mes compatriotes, après le viol des institutions démocratiques, sous le contrainte brute. Je veux parler du coup d’Etat du 6 août 2009, perpétré par une junte dirigée par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz avec le soutien des forces féodales, notables tribaux, affairistes et esclavagistes indistincts. Cette situation n’est pas sans risque pour nous, s’agissant de la conservation de nos acquis. Aujourd’hui, des hommes et des femmes, des partis politiques, des organisations de la société, à l’image de Sos –Esclaves, manifestent afin d’obtenir l’échec au putsch et la restauration de légitimité des suffrages.
Parce qu’il entraine des effets au centre du système d’hégémonie, notre combat ne saurait se dissocier de la sensibilité du citoyen à l’ensemble de son cadre de vie. Notre engagement pour la promotion de la liberté et de l’équité implique une citoyenneté assumée, donc exempte des complexes du neutralisme.
Se positionner en contrepoint de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la torture, de la spoliation et du racisme, nous commande, comme il coule de source, de défendre le pluralisme de la démocratie face au péril de la dictature. Nous revendiquons la dimension politique de la lutte en vue d’éradiquer l’esclavage en Mauritanie.
* Boubacar Messaoud est Président de SOS-Esclaves, une association qui lutte contre la pratique de l’esclavage en Mauritanie.
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Tagged under GouvernanceDepuis mon enfance, j’ai touché du doigt le phénomène de l’esclavage pour avoir grandi dans une famille esclavagiste. En effet, au sein de ma propre famille, l’esclavage est pratiqué et j’ai vécu avec des esclaves, j’ai joué avec les enfants des esclaves. Cela m’a toujours choqué de voir comment ces derniers étaient maltraités par rapport à moi-même, n’avaient pas la même alimentation, le même habillement, les mêmes soins. A tous les niveaux, c’était un traitement différent.
Les enfants esclaves avec qui je jouais me donnaient l’impression qu’ils étaient différents de moi. Cela m’a marqué. Mon adhésion à une organisation de défense des Droits de l’homme a été le point de départ de mon combat. Cet engagement n’a pas été facile. J’ai combattu ma propre famille, j’ai libéré mes propres esclaves au moment où personne ne pouvait l’accepter ou l’imaginer. C’était en 2003.
Quand j’ai annoncé mon projet de libérer les dix esclaves de ma famille, beaucoup ont cherché à m’en dissuader, ne comprenant pas pourquoi je voulais me débarrasser de nos « biens ». Mon combat est parti de là. Il n’est pas facile, car ceux qui détiennent encore des esclaves sont des chefs religieux, des chefs traditionnels, des commerçants influents et quelquefois des personnalités politiques. Ce n’est pas facile de toucher aux intérêts de ces catégories sociales, surtout dans un pays comme le Niger, où les pratiques féodales ont toujours cours.
Ecrire sur l’esclavage provient d’un déclic ayant résulté du décès de ma mère. Elle était la seule personne au sein de la famille à m’encourager dans mon combat. Même pour affranchir nos esclaves, il a fallu qu’elle s’impose.
J’ai écrit pour relater à l’opinion nationale et internationale l’histoire que j’ai vécue avec une de nos esclaves qui s’appelle Tchaoula. Elle avait disparu quand nous étions encore enfants. Comme on s’amusait dans la même cour, j’ai demandé une fois à ma mère où elle était partie. On m’a expliqué qu’elle a été dévorée par une hyène en brousse, alors qu’elle était partie ramasser du bois de chauffage. De tout temps, ce sont les esclaves qui sont affectés aux corvées domestiques et aux travaux champêtres. Quand Tchaoula est partie pour ne plus revenir, personne n’est allé chercher. Tout le monde a cru à l’histoire de l’hyène qui nous été racontée.
Mon village, Illéla, est à plus de 100 km de Konni. A l’époque, dans la région de Tahoua, tous les enfants de Illéla allaient à Konni pour faire le collège. Il en fut de même pour moi. Un jour où je partais à l’école, j’ai rencontrée Tchaoula. Quand je l’ai appelée, elle m’a répondu. Nous avons longuement discuté, me confiant avoir fui à cause du volume des corvées quotidiennes. Ensuite on est allé là où elle avait trouvé refuge depuis qu’elle avait fui notre maison.
Tchoula vivait dans une maison close. Elle m’a raconté l’existence difficile qu’elle menait dans son nouvel environnement.
Quand je suis retourné au village pour informer ma famille que Tchaoula était toujours en vie, personne n’est venue la chercher pour la sortir de l’enfer de la prostitution. J’ai voulu témoigner de tout cela.
* Moustapha Kadi, militant des Droits de l’homme, expert national en travail forcé, lui a consacré un livre intitulé «Un Tabou Brisé», traitant de l’esclavage en Afrique et au Niger en particulier (Harmattan, en 2005)
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