La Fondation Mo Ibrahim, une organisation engagée à soutenir le leadership africain, a publié l'indice Ibrahim 2008, un classement complet des 48 pays de l'Afrique subsaharienne basé sur les performances de gouvernance. À peu près les deux tiers des pays de l'Afrique subsaharienne, 31 sur 48, ont enregistré une amélioration de leurs résultats en matière de gouvernance. Par ailleurs, la sixième conférence biannuelle des ministres africains de la fonction publique se tiendra du 13 au 15 octobre à Johannesburg sous le thème 'renforcement des capacités pour les futures aptitudes de la fonction publique africaine'. La réunion cherchera à renforcer des capacités pour les Etats membres de l'Union africaine (UA) au moment où la qualité du service public de la grande majorité des Etats africains laisse à désirer.
Dans les nouvelles de paix et de sécurité, le nouveau président de l'Afrique du Sud, Kgalema Motlanthe, s'est prononcé en faveur d'une nouvelle médiation de son prédécesseur Thabo Mbeki pour aider les protagonistes de la crise zimbabwéenne à former un gouvernement d'union nationale. De plus, le leader du principal parti d'opposition au Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, a demandé, dans une déclaration, une intervention urgente de l'UA et de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe pour mettre fin à l'impasse des négociations avec la Zanu PF, parti au pouvoir, sur la répartition des ministères clés et des postes de gouverneurs de province entre les partis rivaux. D'autre part, l'UA est à l'épreuve après que la junte mauritanienne ait refusé d'observer l'ultimatum lui est donné par cette institution panafricaine. L'UA, qui veut imposé des sanctions aux putschistes, cherche à améliorer son image qui est une fois de plus mise en doute dans le règlement des conflits sur le continent.
Dans d'autres développements, lors du quatrième séminaire interparlementaire, les députés de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) et l'Assemblée Législative de l'Afrique de l'Est ont recommandé dans leur grande majorité le rejet de l'accord cadre des Accords européens de partenariat économique (APE) proposés aux pays membres de l'EAC par l'Union européenne (UE). Cette décision des députés de l'EAC est survenue au moment où les chefs d'Etat et de gouvernement des pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique se rencontraient à Accra durant leur sixième sommet pour discuter sur l'augmentation des prix pétroliers et alimentaires sur fond de crise financière mondiale. Ce sommet devrait aussi étudier la conclusion d'accords intérimaires des APE avec l'UE, un dossier qui divise ces pays.
Parlant de la crise financière, le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a exprimé ses sérieuses inquiétudes sur l'impact néfaste de la crise mondiale économique sur l'Afrique, même si elle est actuellement moins exposée. Selon la Banque, le continent sera 'confrontée à terme à des risques économiques majeurs avec une baisse de la demande mondiale et un accès limité aux financements'.
Le gouvernement Kenyan, l'Union Africaine, le Forum Africain de Biotechnologie et d'autres partenaires ont organisé le premier Congrès Panafricain sur la Biotechnologie autour du thème 'exploiter le potentiel de la biotechnologie pour la sécurité alimentaire et le développement socioéconomique'. Finalement, la Convention de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest sur les armes légères et de petits calibres va entrer en vigueur d'ici la fin de l'année selon la déclaration du président de la Commission de cette communauté.
Tagged under GouvernanceLe 28 septembre 1958, la Guinée vote «Non» à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution proposé par le général Charles de Gaulle, pour l’établissement d’une Communauté franco-africaine. Elle est ainsi le seul territoire, parmi les colonies françaises d’Afrique, à prendre le chemin de l’Indépendance. Celle-ci sera prononcée le 2 octobre 1958. Cet acte de souveraineté internationale dont on fête le 50e anniversaire, avait été d’abord posé le 25 août 1958, dans un discours prononcé par Ahmed Sékou Touré, futur président de la Guinée indépendante. Une phrase restée dans la postérité en résume l’esprit : «Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage». A quoi de Gaulle avait répondu : «L’indépendance est à la disposition de la Guinée [mais] la France en tirera les conséquences’’.
Sékou Touré était alors président du Conseil du gouvernement et député-maire de Conakry. Il recevait le chef de l’Etat français dans le cadre d’une tournée dans les Territoires d’Outre-Mer pour faire la promotion de son projet de Constitution visant la création d’une Communauté franco-africaine. Le «Non» de la Guinée à cette union se traduira de manière écrasante lors du référendum du 28 septembre, avec 1 million 136 324 voix contre 56 981, sur un total de 1 millions 203 875 votants pour 1 million 408 500 inscrits.
La Guinée proclame ainsi son indépendance le 2 octobre 1958. Un an après le Ghana de Kwame Nkrumah, cet acte de rupture exalte les progressistes sur le continent africain et au sein de la diaspora. Ils sont nombreux à affluer en Guinée pour aider le jeune État sur la voie de la construction de son développement et l’affirmation de sa dignité.
Comme un symbole, le «Non» de la Guinée avait été prononcé 60 ans jour pour jour après l’arrestation, par les Français, de l’Almamy Samory Touré (1830-1900), un des plus grands résistants africains à la pénétration coloniale et dont Sékou Touré se présentait comme un descendant.
Devant une France devenue hostile alors qu’elle lui tendait la main dans l’indépendance et l’égalité, Sékou Touré assume le nouveau destin de son pays. Le 4 novembre 1958, un mois après la souveraineté internationale acquise, il déclare : «Le paysan noir n’avait rien à perdre sinon une partie de la misère et de soin humiliation en accédant à l’indépendance (…) Le choix de la Guinée est donc un choix africain et il a traduit les aspirations profondes de nos populations. L’Afrique a vécu sur l’apport de la France. Elle demande à vivre avec l’apport de la France, mais si cet apport lui est refusé, elle saura vivre sans cet apport dans la dignité».
Le premier président de la Guinée est mort le 26 mars 1984, alors qu’il était au pouvoir. Ayant dirigé son pays d’une main de fer, il n’a pas su faire de ce qu’il appelait un «scandale géologique», du fait de son extraordinaire richesse minière et naturelle, un «miracle du développement». Pas plus que ses héritiers au pouvoir. La Guinée est encore aujourd’hui un des pays les plus en retard dans l’Indice de développement du PNUD.
Mais cinquante ans plus tard, le discours du 25 août de Sékou Touré ne brille pas seulement pour son symbole. Il continue d’interpeller un continent sur la voie de la dignité et de la liberté. Pambazuka News vous le propose.
* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambauka News
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Tagged under GouvernanceAvec le lancement du programme militaire américain AFRICOM, cette semaine, Beth Tuckey analyse les limites de ce plan conçu plus pour la protection d'intérêts militaires américains que pour le développement social en Afrique. Devant l’approbation, par Barack Obama et de John McCain, de cette initiative du président Bush, l'auteur démontre comment les démocrates et les républicains, en campagne pour la présidentielle, négligent cette question importante, et comment là où les sujets liés au Moyen-Orient et de à l’Asie souvent sont politisées, ceux relatifs à l’Afrique restent sans grand intérêt.
Tagged under GouvernanceAvec la fin du mois saint de Ramadan, Salma Maoulidi explore la perpétuation des inégalités spirituelles et séculaires éprouvées par les musulmanes de Tanzanie. A partir des écarts entre les objectifs spirituels et les réalités vécues, avec l'absence d'un système redistributif efficace de l'aumône et face aux réalités différentes vécues par les femmes et les hommes, l'auteur porte son analyse sur le point auquel un rituel symbolique de privation et de sacrifice a été transformé en opportunité calculée d’accumulation de richesse.
Tagged under GouvernanceLe sixième sommet des chefs d'Etats et de gouvernement des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) s'est ouvert le 2 octobre à Accra pour deux jours de travaux avec de nouvelles priorités.
Dans la décision rendue publique à l'issue du sommet, les chefs d'Etats et de gouvernement des pays ACP ont instruit le président du Conseil et du secrétariat général du Groupe ACP d'explorer, pour fin octobre 2008, les modalités d'organisation d'une rencontre de haut niveau engageant leurs homologues de l'Union européenne. Le Conseil des ministres ACP a aussi été mandaté pour poursuivre les réflexions en vue de la création d'une zone de libre échange pour l'ensemble des pays ACP.Outre les négociations d'accords commerciaux en cours entre les ACP et l'Union européenne, les chefs d'Etats et de gouvernements intervenant à la tribune officielle ont mis l'accent sur de nouveaux enjeux tels que la crise alimentaire, la crise de l'énergie, la crise financière, le changement climatique, la question de l'aide au développement ainsi que les objectifs du millénaire pour le développement.
Ce sommet intervient à un moment où les négociations entre l'Union européenne et les régions ACP se trouvent dans une phase assez délicate pour des régions comme l'Afrique de l'Ouest, mise sous pression par la signature des Accords de partenariat économique intérimaires qui constitue un sujet de controverse entre les pays ACP. Il s'agit d'accords commerciaux impliquant l'accès libre des produits ACP (sauf le riz et le sucre) au marché européen depuis le 1er janvier 2008, en échange d'une ouverture progressive d'au moins 80% des marchés ACP aux produits européens, paraphés par certains pays ACP devant l'impossibilité de parvenir à des accords complets avec l'Union européenne au 31 décembre 2007.
Pendant que les officiels soulèvent ces enjeux, ainsi que leur répercussions sur les pays ACP, appelant à une augmentation de l'aide de l'Union européenne en faveur de leurs pays, les représentants de la société civile présents à Accra exigent toujours l'exclusion de l'investissement et des questions dites de Singapour, des négociations d'accords commerciaux en cours entre l'Union européenne et les régions ACP.
Pour certains officiels, l'Afrique doit inclure la question de l'investissement au coeur de la coopération ACP-UE, pour créer des conditions propices à l'attrait des capitaux étrangers, les représentants de la société civile impliqués dans la « campagne arrêtez les APE », maintiennent que « les investissements doivent rester en dehors des APE pour permettre aux pays ACP de garder leur souveraineté sur la conception et la mise en oeuvre des mesures de politique en ce qui concerne l'investissement ».
Coordonnateur du « Programme commerce » de l'ONG Enda Tiers Monde, coordonnatrice de la Plate-forme ouest-africaine pour le suivi de l'Accord de Cotonou, Cheikh Tidiane Dièye estime que « les pays comme la Chine, qui ont attiré le plus l'investissement dans le monde, n'ont pas eu nécessairement recours à des législations laxistes en matière d'investissement ». Il estime que tout en acceptant de ne pas prendre en compte l'investissement comme chapitre à part entière dans l'APE, « l'Union européenne est en train d'utiliser les services pour faire passer la pilule de l'investissement ».
A la question de savoir que faire en fin juin 2009, si l'Afrique de l'Ouest ne parvient pas à la signature d'un APE global, la plupart des représentants de la société civile reconnaissent que la région serait face à un dilemme qui se pose ainsi : signer dans la précipitation un accord commercial peu satisfaisant pour sauvegarder l'intégration régionale avec la Côte d'Ivoire et le Ghana (deux pays qui ont paraphés les accords intérimaires), ou ne pas signer un accord commercial avec l'Uion européenne et poursuivre la consolidation de l'intégration régionale sans ces deux pays.
Venus à Accra à la tête d'une caravane de la société civile qui a sillonné les frontières Niger-Bénin, Bénin-Togo et Togo-Ghana pour évaluer la mise en oeuvre du protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des biens et des personnes, Sébastien Dohou et Ernest Pédro du Bénin, Laoual Sayabou du Niger, et Ema Esso du Togo ont montré que « l'Afrique de l'Ouest n'est pas pas prête et ne sera pas prête en juin 2009 », nouvelle date-butoir pour la signature de l’APE avec l’Union européenne. Pour eux, tous les indicateurs de l'état de préparation de la région qui ont justifié la non signature le 31 décembre 2007 demeurent intacts. « L'Afrique de l'ouest est encore dans une situation de déficit de capacité et sans combler ces insuffisances, il ne sert à rien de se précipiter dans une aventure », estiment-ils.
Avec ce sommet des chefs d'Etats et de gouvernement des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique, Accra a été trois fois en six mois, la capitale de rencontres internationales de haut niveau sur les enjeux mondiaux de développement. Il y eut d’abord la douzième session de la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (CNUCED XII) et ensuite la troisième rencontre de haut niveau sur l’efficacité de l’aide publique au développement,
La douzième Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED XII) tenue du 20 au 25 avril 2008, avait débouché sur un document de consensus baptisé “Accord d'Accra” et une déclaration. La plupart des délégués, y compris les africains, ont estimé en ce moment là que l'accord offre une “feuille de route pour accroître l'efficacité de la Cnuced au cours des quatre prochaines années”.
Déjà à ce rendez-vous l'essentiel des sujets objet de discussion dans le cadre de ce sixième sommet ACP étaient au coeur des préoccupations. Il s'agit notamment des négociations d'accords commerciaux (APE et multilatéral), de la crise alimentaire et de la situation des produits de base sur le marché international, de la problématique des investissements dans le commerce, de la crise énergétique et des opportunités et menaces liées à la production des biocarburants.
Le troisième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide, organisé du 2 au 4 septembre derniers, est survenu après Rome en 2003, Paris en 2005. Il s'agit ici de rencontres de haut niveau qui interviennent à un moment où l'Afrique se trouve au coeur des grandes interrogations en ce qui concerne les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés par les Nations-Unies pour l'horizon 2015. La réduction de la pauvreté étant l'enjeu majeur des OMD, il convient de se demander en quoi la tenue de ces différentes rencontres de haut niveau sur le développement dans une capitale africaine permet au continent de mieux se positionner sur l'échiquier mondial de l'amélioration du bien-être de ses populations ?
De nombreuses interrogations persistent également quant à la vision globale de politique économique qui guide la participation des pays africains à ces différents processus de dialogue. Une fois encore, la nécessité d'une analyse de cohérence s'impose pour assurer une efficiente participation de l'Afrique aux grands fora mondiaux de réflexion sur les enjeux de politique de développement. Il y va de la crédibilité des chefs d'Etat et de gouvernement qui constituent la caution morale et politique des engagements et options de développement pris pour le continent.
En refusant de se concentrer exclusivement sur les négociations d'Accord de partenariat économique (APE) entre l'Afrique de l'Ouest et l'Union européenne (actualité la plus brûlante de la coopération ACP-UE), le Sommet des ACP n'a fait que replacer à une échelle moindre le décor de la CNUCED XII centrée sur les mêmes questions de crise alimentaire, de crise énergétique, de négociations d'accords commerciaux et de la problématique de l'investissement dans le commerce.
A cela on pourrait ajouter d'autres grandes messes multilatérales à Genève, à Rome (pour ne citer que celles là) focalisées sur les mêmes questions où les chefs d'Etat africains jouent souvent le rôle de « Grande vedette » défendant la cause des plus pauvres.
N'est-on pas en droit de se demander ce qui a changé fondamentalement dans le vécu quotidien des ces millions d'être humains qui croupissent chaque jours sous le poids de famine, entre la fin de la douzième session de la CNUCED et l'ouverture de ce sixième sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ACP ? Quelles heureuses implications a-t-on dégagées, dégage-t-on et dégagera-t-on de la multiplication des grandes messes régionales, bilatérales, plurilatérales et multilatérales focalisées plus ou moins sur les mêmes questions sans qu'aucune réponse réelle ne se pointe à l'horizon ?
Répondre à ces interrogations, c'est aussi veiller à la cohérence entre les réflexions sur l'efficacité de l'utilisation des ressources publiques et les autres dynamiques de dialogue politique et de coopération internationale visant l'amélioration du bien-être des citoyens africains.
En attendant, le président soudanais Omar el-Béchir, président sortant du groupe ACP, a transmis le flambeau au chef de l'Etat ghanéen John Kufuor, président entrant du groupe ACP. Ce dernier a insisté sur la volonté des ACP de réduire l'impact de la flambée des prix alimentaires en développant localement des unités de transformation des produits agricoles.
Créé en 1975, le groupe ACP comprend 79 pays, dont 48 d'Afrique sub-saharienne, 16 des Caraïbes et 15 du Pacifique. Depuis 1997, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres du Groupe ACP est prévu pour se tenir tous les deux ans afin de fixer les grandes orientations de la politique générale du Groupe et donner au Conseil des ministres ACP des directives relatives à sa mise en œuvre.
* Abel Gbêtoénonmon est le directeur exécutif Agence Afrique Performance
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Tagged under GouvernanceLa Guinée-Bissau, un pays d’environ 1,5 millions d’habitants et de la dimension de la Suisse, comptait, dans les années 1970, parmi les pays ayant le plus grand indice d'aide au développement par habitant. L'énorme prestige dont il jouissait au sein de la communauté internationale reposait sur des options assumées par les autorités politiques d'alors et qui pouvaient servir d'exemple à plusieurs titres. Bien qu’ayant adopté une orientation fidèle au non-alignement et à la pensée d'Amílcar Cabral, les dirigeants du pays ne sont jamais allés jusqu’à déclarer le marxisme-léninisme comme idéologie d'État, ainsi que l’ont fait leurs «compagnons de lutte» d'Angola et du Mozambique.
Jusque dans la première moitié des années 1980, et malgré des insuffisances enregistrées ici et là, le pays a donné des preuves d'utilisation judicieuse de l’aide internationale. Des progrès significatifs avaient été ainsi atteints dans les domaines sociaux, notamment en matière de scolarisation et d'alphabétisation, d’espérance de vie à la naissance et par rapport au taux de mortalité maternelle et infantile.
Plus de trente ans après ces glorieuses années, le pays semble avoir régressé à tous les niveaux. Pratiquement tous les secteurs de la vie nationale se trouvent plongés dans la crise et sans perspectives de solutions, malgré les efforts et l'attention que la communauté internationale lui accorde. La Guinée-Bissau d’aujourd'hui ne semble plus cheminer sur les sentiers de l’Etat de droit et ressemble à ces pays où les institutions, notamment celles liées à l'administration judiciaire, éprouvent de sérieuses difficultés de fonctionnement. Ces pays où les institutions qui constituent les piliers de la souveraineté de l'État ont du mal à coordonner leurs actions.
Plus préoccupant encore, les derniers développements indiquent qu’on se dirige vers une crise sociale et politique aux conséquences imprévisibles. Parmi ces développements négatifs, deux éléments semblent jouer un rôle central : le développement du trafic de drogue et le malentendu entre les structures de l'État, notamment entre la présidence de la République et les hauts gradés des forces armées.
Quelques observateurs internationaux se sont précipités pour qualifier la Guinée-Bissau de narco-Etat. Cette appréciation est loin de correspondre à la réalité, dans la mesure où ce pays ne se réunit pas les conditions pour le devenir. Les possibilités en termes d'organisation, de coordination et d'efficacité des structures et des institutions, pour aller vers un narco-Etat, sont loin d’être réunies. Par ailleurs, l’implication de hautes personnalités de l'État dans des affaires liées à la drogue ne peut être perçu comme un engagement des institutions dans de telles entreprises.
Il reste que si la Guinée-Bissau n’offre pas les conditions pouvant mener aul’établissement d’un narco-Etat, le trafic de drogues et la criminalisation de certaines sphères de l'État commencent à faire effet. Le pays est désormais considéré par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) comme « la principale porte d'entrée de la cocaïne en Afrique de l’Ouest». Ce qui a contribué à détruire le peu de crédibilité étatique dont le pays disposait encore. Une des meilleures illustrations réside dans les malentendus entre la police et les forces militaires, qui aboutissent parfois à des confrontations directes.
Un autre facteur aggravant commence à se faire sentir au niveau de la santé et le bien-être des populations. Récemment, le Mouvement national de la société civile guinéenne estimait que le crime organisé autour du trafic de drogue avait «de graves répercussions sociales sur le quotidien des citoyens, en particulier sur la corruption, l'insécurité et la santé mentale des jeunes». Initialement qualifié de simple pays de transit, la Guinée-Bissau commence en effet à révéler des indices croissants et préoccupants de consommation de stupéfiants par les populations.
La désarticulation des structures de l'État, à laquelle on assiste, a été un des facteurs ayant conduit à la guerre civile de 1998. Aujourd'hui elle est en train de rendre difficile la stabilité politique dont a besoin le pays, rendant incertain tout pronostic quant à son développement. Cette désarticulation est surtout notoire dans les relations entre le président de la République, constitutionnellement reconnu comme le garant de la stabilité du pays, et la hiérarchie des forces armées qui, de par la loi fondamentale, sont considérées comme les garants de la sécurité intérieure et de l'ordre public du pays (Art. 20).
Aujourd’hui, l'interférence des officiers dans la gestion des affaires a atteint un niveau tel qu’ils pèsent dans la nomination des membres du gouvernement, en se prévalant, à cet effet, de la tacite approbation du chef de l'Exécutif qui, à son tour, semble intéressé, pour des raisons que la raison d’Etat ignore, à maintenir une alliance douteuse avec cette hiérarchie militaire. L'existence de deux types de pouvoir antagoniques, entre le pouvoir constitué et le pouvoir parallèle des militaires, reste la cause principale de l'instabilité chronique que connaît la Guinée-Bissau.
Au cours de ces deux dernières années, cette dualité du pouvoir a été personnifiée par le chef d'Etat-major des Forces armées qui, paradoxalement, se considère comme le défenseur des règles de fonctionnement d'un État démocratique. Une telle interférence des militaires dans des sphères normalement réservé aux élus ou à des personnes dûment mandatées, de même que leur implication dans le trafic de drogue, tendent à se transformer en menace à la stabilité político-militaire du pays. A cela s’ajoute la constitution d'alliances au sein des forces armées elles-mêmes et le développement d’un type de relations, entre hommes politiques et militaires, qui, loin de se baser sur des principes républicains, tendent à privilégier des soubassements ethniques.
L'approche des élections législatives, prévues le16 novembre 2008, ouvre de nouvelles perspectives au développement du pays. Notamment le retour à la stabilité politique, à la pacification sociale et à la croissance de l'économie. Mais ces perspectives peuvent se heurter à des obstacles. Le spectre d'une bipolarisation des candidatures, avec d'un côté le PAIGC, représenté par l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior, et de l'autre le PRS de Kumba Yala (même si ce dernier a déclaré ne pas être candidat) préfigure trois scénarios électoraux.
Le premier scénario porte sur une victoire du PAIGC avec une majorité absolue qui lui permettrait de gouverner seul et d’aller vers sa réunification. Le pays connaîtrait alors une certaine stabilité politique, facilitée entre autres par la réduction du pouvoir parallèle des militaires, qui perdraient l’influence qui leur permet de peser sur le gouvernement, dans un contexte d'approfondissement de la restructuration des Forces armées, avec des promesses de bonnes retraites. Ce scénario s’accompagnerait d’une amélioration de la situation économique du pays, facilté, entre autres facteurs, par la crédibilité internationale dont jouit le Premier ministre et les opportunités, pour le pays, de mobiliser des financements extérieurs.
Le deuxième scénario verrait le PRS, soutenu par l'actuel chef d'État major des armées et par des subordonnés appartenant à la même ethnie que Kumba Yala, exercer le pouvoir sur la base d'une majorité parlementaire absolue. Cette éventualité pourrait être facilitée par une alliance tacite entre deux ex-candidats à l’élection présidentielle de 2005, à savoir Malam Bacai Sanhá, originaire de l'ethnie beafada, et Kumba Yala, président du PRS, récemment converti à l'Islam. Un tel scénario ferait revenir, peut-être avec plus de force encore, le danger d'un gouvernement basé sur des affinités ethniques, tel qu'il est arrivé dans le dernier mandat présidentiel de Kumba Yala (2000-2003). Et il n'exclurait pas un processus de chasse aux sorcières.
Par ailleurs, l'intervention des militaires dans les affaires politiques continuerait d’être une réalité, du fait du renouvellement des alliances basées sur les réseaux et les affinités ethniques. Tout serait donc propice à la perpétuation de l'instabilité politique, à l’aggravation de la récession économique, à la cessation de l’appui des partenaires économiques du fait d’une mauvaise gouvernance.
Le troisième scénario serait celui où aucun des partis en lice ne sortirait de ces élections avec une majorité absolue et que, face à l’équilibre des voix, les deux plus grandes formations politiques ne se retrouvent obligés de constituer un gouvernement d'union nationale. Le pays connaîtrait une certaine stabilité politique, mais on serait loin d’avoir un gouvernement compétent, à la hauteur des défis que la situation socio-économique et politique impose.
Vu les expériences du passé, le Premier ministre appelé à constituer un tel gouvernement aurait tendance à privilégier non pas la compétence des membres du gouvernement, mais la recherche d’un équilibre dans la distribution des postes entre les différentes forces politiques. On se retrouverait avec un gouvernement à la compétence technique limitée et en conséquence incapable de trouver les solutions aux problèmes du pays. Ses membres obéiraient plus à des orientations et à des stratégies partisanes, qu'aux intérêts du pays et aux directives du Premier ministre élu. Une telle situation a été vécue avec le Pacte de stabilité politique nationale signé en 2007 entre le PAIGC, le PUSD et le PRS. Prévu, en principe, pour garantir la stabilité politique, il avait fini par être mis en cause par le PAIGC. Ce schéma est le meilleur moyen de continuer dans l’errance sans prendre en charge les problèmes de fond.
Le chemin le mieux indiqué pour la patrie d'Amilcar Cabral tarde à être trouvé et le spectre de la crise qui continue de planer sur la Guinée-Bissau démontre, encore une fois, que l’avenir du pays continue de dépendre des caprices et des agendas des élites politique et militaire qui, au détriment des règles institutionnelles, cultivent les relations personnelles et le clientélisme.
* Carlos Cardoso est philosophe, chercheur et directeur exécutif du Codesria
* La version originale de ce texte est parue dans l’édition portugaise de Pambazuka News. Elle peut être consultée à l’adresse suivante :
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Tagged under Gouvernance Guinea BissauMonsieur le président du gouvernement de la République française,
Dans la vie des nations et des peuples, il y a des instants qui semblent déterminer une part décisive de leur destin ou qui, en tout cas, s'inscrivent au registre de I'Histoire en lettres capitales autour desquelles les légendes s'édifient, marquant de manière particulière au graphique de la difficile évolution humaine, les points culminants, les sommets qui expriment autant de victoires de l'Homme sur lui-même, autant de conquêtes de la société sur le milieu naturel qui l'entoure.
Monsieur le président, vous venez en Afrique précédé du double privilège d'appartenir à une légende glorieuse qui magnifie la victoire de la liberté sur l'asservissement et d'être le premier chef du gouvernement de la République française à fouler le sol de Guinée. Votre présence parmi nous symbolise non seulement la «Résistance » qui a vu le triomphe de la raison sur la force, la victoire du bien sur le mal, mais elle représente aussi, et je puis même dire surtout, un nouveau stade, une autre période décisive, une nouvelle phase d'évolution. Comment le peuple africain ne serait-il pas sensible à ces augures, lui qui vit quotidiennement dans l'espoir de voir sa dignité reconnue, et renforce de plus en plus sa volonté d'être égal aux meilleurs ?
La valeur de ce peuple, monsieur le président, vous la connaissez sans doute mieux que nul autre, pour en avoir été juge et témoin aux heures les plus difficiles que la France ait jamais connues. Cette période exceptionnelle à l'issue de laquelle la liberté devait resurgir avec un éclat nouveau, une force décuplée, est marquée par l'homme d'Afrique d'une manière toute particulière, puisqu'il a, au cours de la dernière guerre mondiale, rallié, sans justification apparente, la cause de la liberté des peuples et de la dignité humaine.
A travers les vicissitudes de l'Histoire chaque peuple s'achemine vers ses propres lumières, agit selon ses caractéristiques particulières et en fonction de ses principales aspirations sans qu'apparaissent nécessairement les mobiles réels qui le font agir.
Notre esprit, pourtant rompu à la logique implacable des moyens et des fins, ainsi qu'aux dures disciplines des réalités quotidiennes, est constamment attiré par les grandes nécessités de l'élévation et de l'émancipation humaines. L'épanouissement des valeurs de l'Afrique est freiné, moins à cause de ceux qui les ont façonnées, qu'à cause des structures économiques et politiques héritées du régime colonial en déséquilibre avec ses aspirations d'avenir.
C'est pourquoi nous voulons corriger, non par des réformes timides et partielles, mais fondamentalement, ces structures afin que le mouvement de nos sociétés suive la ligne ascendante d'une constante évolution, d'un perpétuel perfectionnement.
Le progrès est en effet une création continue, un développement ininterrompu vers le mieux, pour le meilleur. Etape après étape, les sociétés et les peuples élargissent et consolident leur droit au bonheur, leurs titres de dignité, et développent leur contribution au patrimoine économique et culturel du monde entier.
L'Afrique noire n'est pas différente en cela de toute autre société ou de tout autre peuple. Selon nos voies propres, nous entendons nous acheminer vers notre bonheur et cela avec d'autant plus de volonté et de détermination que nous connaissons la longueur du chemin que nous avons à parcourir.
La Guinée n'est pas seulement cette entité géographique que les hasards de l'Histoire ont délimitée suivant les données de sa colonisation par la France, c'est aussi une part vive de l'Afrique, un morceau de ce continent qui palpite, sent, agit et pense à la mesure de son destin singulier. Mais aussi vaste que soit notre ère d'investigation, aussi étendu que soit notre champ d'action, cela est insuffisant en regard de nos propres exigences d'évolution.
Pour y répondre, nous devrons engager non seulement l'ensemble de nos potentialités propres, mais encore tout ce qui constitue les biens et les connaissances universels, lesquels chaque jour se développent et s'accroissent de manière inappréciable.
A travers le désordre moral dû au fait colonial et à travers les contradictions profondes qui divisent le monde, nous devons taire les pensées idéales afin de serrer au plus près les possibilités réelles, les moyens efficaces et immédiatement utilisables ; nous devons nous préoccuper des conditions exactes de nos populations afin de leur apporter les éléments d'une indispensable évolution, sans laquelle le mieux-être qu'elles prétendent légitimement obtenir ne pourrait être créé. Si nous ne nous employions pas à cette tâche, nous n'aurions aucune raison de vouloir remplir les fonctions dont nous avons la charge, aucun droit à la confiance de nos populations. C'est parce que nous nous interdisons de confisquer à notre profit la souveraineté des populations guinéennes, que nous devons vous dire sans détour, monsieur le président du Conseil, les exigences de ces populations pour qu'avec elles, soient recherchées les voies les meilleures de leur émancipation totale.
Le privilège d'un peuple pauvre est que le risque que courent ses entreprises est mince, et les dangers qu'il encourt sont moindres. Le pauvre ne peut prétendre qu'à s'enrichir et rien n'est plus naturel que de vouloir effacer toutes les inégalités et toutes les injustices. Ce besoin d'égalité et de justice nous le portons d'autant plus profondément en nous, que nous avons été plus durement soumis à l'injustice et à l'inégalité. L'analyse logique et une connaissance de plus en plus grande de nos valeurs particulières, de nos moyens potentiels, de nos possibilités réelles nous laissent cependant exempts de tout complexe et de toute crainte : nous sommes uniquement préoccupés de notre avenir et soucieux du bonheur de notre peuple.
Ce bonheur peut revêtir des aspects multiples et des caractéristiques diverses selon la nature de nos aspirations, de nos désirs, selon notre état propre ; il peut être aussi bien une chose unique qu'un faisceau de mille choses, toutes également indispensables à sa réalisation. Nous avons, quant à nous, un premier et indispensable besoin, celui de notre dignité. Or, il n'y a pas de dignité sans Liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d'Homme et en fait arbitrairement un être inférieur.
Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l'esclavage. Ce qui est vrai pour l'homme l'est autant pour les sociétés et les peuples. C'est ce souci de dignité, cet impérieux besoin de Liberté qui devait susciter aux heures sombres de la France les actes les plus nobles, les sacrifices les plus grands et les plus beaux traits de courage. La Liberté, c'est le privilège de tout homme, le droit naturel de toute société ou de tout peuple, la base sur laquelle les Etats africains s'associeront à la République française et à d'autres Etats pour le développement de leurs valeurs et de leurs richesses communes.
Monsieur le président, vous me permettrez de rappeler un passage du discours que j'ai prononcé à l'occasion de la visite récente d'un représentant du gouvernement français, M. Gérard Jacquet, ancien ministre de la France d'Outre-Mer.
Notre option fondamentale qui, à elle seule, conditionne les différents choix que nous allons effectuer, réside dans la décolonisation intégrale de l'Afrique : ses hommes, son économie, son organisation administrative, et, en vue de bâtir une communauté franco-africaine solide et dont la pérennité sera d'autant plus garantie qu'elle n'aura plus dans son sein des phénomènes d'injustice, de discrimination ou toute cause de dépersonnalisation et d'indignité.
En effet, le monde évolue rapidement et les impératifs de la vie moderne posent avec brutalité le problème du choix entre la stagnation et le progrès, entre la division des peuples et leur union fraternelle, entre l'esclavage et la liberté, enfin entre la guerre et la paix.
Pour l'Afrique noire d'influence française, ces problèmes doivent être abordés avant tout avec un esprit réaliste, compréhensif. Notre coeur, notre raison, en plus de nos intérêts les plus évidents, nous font choisir, sans hésitation, l'interdépendance et la liberté dans cette union, plutôt que de nous définir sans la France et contre la France. Et c'est en raison de cette orientation politique que nos exigences doivent être toutes connues pour que leur discussion soit facilitée au maximum.
D'aucuns, en parlant des rapports franco-africains, situent leur raisonnement dans le domaine économique et social exclusivement, et concluent fatalement, compte tenu du grand retard des pays sous-développés d'Afrique, par l'apologie de l'action coloniale de la France. Ces hommes oublient qu'au-dessus de l'économique et du social il y a une valeur autrement plus importante, qui oriente et détermine le plus souvent l'action des hommes d'Afrique ; cette valeur supérieure réside essentiellement dans la conscience qu'apportent les hommes d'Afrique à la lutte politique, tendant à sauvegarder leur dignité et leur originalité et libérer totalement leur personnalité. Qui ne sait aujourd'hui que les drames douloureux enregistrés dans l'histoire coloniale française en Indochine et en Afrique du Nord sont interprétés aussi différemment selon que l'on donne la suprématie à l'économie, ou que le droit à l'indépendance, le respect de la dignité des peuples sont considérés comme les bases les plus solides de toute association de peuples différents !
Aujourd'hui, en raison de l'évolution de la situation internationale et surtout du gigantesque progrès du mouvement de décolonisation dans les pays dépendants, nous pouvons affirmer que la force militaire dirigée contre la liberté d'un pays ne peut plus garantir ni le prestige, ni les intérêts d'une métropole. Le rayonnement de la France, la garantie et le développement de ses intérêts en Afrique ne sauraient désormais résulter que de l'association libre des pays d'Outre-Mer. L'action économique et culturelle de la France demeure encore indispensable à l'évolution harmonieuse et rapide des Territoires d'Outre-Mer.
C'est en fonction de ces leçons du passé et des impératifs de cette évolution nécessaire, de ce progrès général irréversible déjà accompli, de la ferme volonté des peuples d'Outre-mer à accéder à la totale dignité nationale excluant définitivement toutes les séquelles de l'ancien régime colonial, que nous ne cessons, dans le cadre d'une Communauté franco-africaine égalitaire et juste, de proclamer la reconnaissance mutuelle et l'exercice effectif du droit à l'indépendance des peuples d'Outre-Mer. Certains attributs de souveraineté qui seront exercés au niveau de cette Communauté devront se résumer en quatre domaines :
• Défense
• Relations diplomatiques
• Monnaie
• Enseignement supérieurUn pays qui exclut toute interdépendance dispose de quatre pouvoirs essentiels:
1. La défense
2. La monnaie
3. Les relations extérieures et la diplomatie
4. La justice et la législationNous acceptons volontairement certains abandons de souveraineté au profit d'un ensemble plus vaste, parce que nous espérons que la confiance placée dans le peuple français et notre participation effective au double échelon législatif et exécutif de cet ensemble sont autant de garantie et de sécurité pour nos intérêts moraux et matériels.
Nous ne renonçons pas et ne renoncerons jamais à notre droit légitime et naturel à l'indépendance car, à l'échelon franco-africain nous entendons exercer souverainement ce droit. Nous ne confondons pas non plus la jouissance de ce droit à l'indépendance avec la sécession d'avec la France, à laquelle nous entendons rester liés et collaborer à l'épanouissement de nos richesses communes. Le projet de Constitution ne doit pas s'enfermer dans la logique du régime colonial qui a fait juridiquement de nous des citoyens français, et de nos territoires, une partie intégrante de la République française une et indivisible.
Nous sommes africains et nos territoires ne sauraient être une partie de la France. Nous serons citoyens de nos Etats africains, membres de la Communauté franco-africaine. En effet, la République française, dans l'Association franco-africaine, sera un élément tout comme les Etats africains seront également des éléments constitutifs de cette grande Communauté multinationale composée d'Etats libres et égaux. Dans cette association avec la France, nous viendrons en peuples libres et fiers de leur personnalité et de leur originalité, en peuples conscients de leur apport au patrimoine commun, enfin en peuples souverains participant par conséquent à la discussion et à la détermination de tout ce qui, directement ou indirectement, doit conditionner leur existence.
La qualité ou plutôt la nouvelle nature des rapports entre la France et ses anciennes colonies devra être déterminée sans paternalisme et sans duperie. En disant NON de manière catégorique à tout aménagement du régime colonial et à tout esprit paternaliste, nous entendons ainsi sauver dans le temps et dans l'espace les engagements qui seront conclus par la nouvelle Communauté franco-africaine. En dehors de tout sentiment de révolte, nous sommes des participants résolus et conscients à une évolution politique en Afrique noire, condition essentielle à la reconversion de tout l'acquis colonial vers et pour les populations africaines.
Le nom de notre association nous importe peu, ce qui importe sera le contenu de notre association, la somme des possibilités nouvelles d'évolution qu'elle offrira aux Territoires africains actuellement engagés dans le grand mouvement d'émancipation qui exige la disparition totale du phénomène colonial et l'établissement d'une ère de liberté vraie, d'égalité et de fraternité agissante.
Monsieur le président, nous savons que vous vous êtes donné pour mission de sauver l'unité de la nation française. Cette noble ambition, l'effort qu'elle suppose seront à la mesure de votre pouvoir si elle comprend et sait respecter également les points de sensibilisation de l'action des peuples associés à la nation française.
En effet, les territoires actuels d'AOF et d'AEF ne doivent pas être des entités définitives.
L'immense majorité des populations intéressées veut substituer aux actuelles entités AOF-Togo et AEF deux Etats puissants fraternellement unis à la France.
Des considérations humaines et sociales autant qu'économiques et politiques plaident en faveur de la constitution de ces Etats qui seront dotés de parlements et de gouvernements démocratiques.
Ces grandes perspectives qui vont pouvoir accélérer l'histoire de nos pays, en leur permettant de transcender les particularismes et les égoïsmes ou plutôt leurs contradictions internes, demeurent pour notre génération la voie la plus sûre, la plus directe qui aboutit à la paix et au bonheur.
Ces mêmes perspectives, positives pour les Territoires d'Outre-mer et pour la grandeur de la France dans le monde, exigeront de nous, Africains, Malgaches et Français, des efforts plus grands, à la fois plus nobles et plus exaltants que ne l'aurait exigé la solution destructive d'une séparation.
Je rappelle souvent que la vie de l'homme va de zéro à cent alors que celle de nos peuples est éternelle.
Nous sommes quant à nous Africains de Guinée, sûrs que notre courage et notre loyauté, notre communion d'action créatrice de biens, et notre amour de la justice et du progrès sauront conduire, à travers le temps, notre future Communauté avec toujours plus de puissance, et dans la prospérité et la liberté. Pour résumer la position guinéenne vis-à-vis du projet de Constitution qui fera l'objet du référendum du 28 septembre, nous affirmons qu'elle ne sera favorable qu'à condition que la Constitution proclame :
1. Le droit à l'indépendance et à l'égalité juridique des peuples associés, droit qui équivaut à la liberté pour ces peuples de se doter d'institutions de leur choix et d'exercer dans l'étendue de leurs Etats et au niveau de leur ensemble, leur pouvoir d'autodétermination et d'autogestion ;
2. Le droit de divorce sans lequel le mariage franco-africain pourra être considéré, dans le temps comme une construction arbitraire imposée aux générations montantes ;
3. La solidarité agissante des peuples et des Etats associés afin d'accélérer et d'harmoniser leur évolution.
Dans l'intérêt bien compris des peuples d'Outre-mer et de la France, nous osons penser, monsieur le président, que votre gouvernement saura proposer au Référendum un projet de Constitution tenant compte, non pas des conceptions juridiques basées sur un régime impopulaire, mais seulement des exigences exprimées par des peuples mûrs, tous solidairement et fermement décidés de se construire un destin de liberté, de dignité et de solidarité fraternelle pour la communauté multinationale que sera l'association de nos Etats, pour l'unité et l'émancipation de l'Afrique.
VIVE LA GUINEE !
VIVE LA FRANCE !
* Ahmed Sékou Touré a été le premier président de la Guinée. Il est décédé en 1984.
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Tagged under Gouvernance Niger
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