Le 31 décembre 2007, le processus de négociation sur les Accords de Partenariat Economique (APE) avec l’Union Européenne aboutit à un échec. Mais les solidarités régionales africaines qui ont permis de s’y opposer au niveau des différentes entités (CEDEAO, CEMAC, etc.), volent aussi en éclats. En Afrique de l’Ouest, par exemple, le Ghana et la Côte d’Ivoire signent des «accords intérimaires». Même chose pour le Cameroun en Afrique centrale. Depuis lors, une nouvelle date-butoir a été fixée au 9 juin 2009 pour la signature des APE et les rencontres se multiplient afin de remettre le processus sur les rails. Mais la société civile, qui s’est longtemps mobilisée contre les APE dans leur formulation initiale, se tient aussi en alerte.
Dans cet agenda fourni, Bamako a été par deux fois, dans l'intervalle de moins d'un mois, la capitale de rencontres internationales de haut niveau sur les négociations commerciales en Afrique de l'Ouest. L'Union européenne y a organisé, les 29 et 30 mai 2008, un séminaire d'information qui a permis aux parties d'exposer leurs positions sur les différents aspects et enjeux actuels des négociations. Notamment en ce qui concerne l'offre d'accès au marché pour les marchandises, les services et les questions liées au commerce. De même, la capitale malienne a abrité, du 11 au 13 juin derniers, la deuxième rencontre des Comités nationaux de négociations commerciales (OMC, APE etc.) de l'UEMOA sur la politique commerciale de l'union et les négociations d'accords commerciaux (avec les Etats-Unis, le Maroc, l'OCI, etc.).
Pour les négociateurs européens (pour certains en Afrique aussi), l’urgence est de passer des accords intérimaires signés par la Côte d'Ivoire et le Ghana à un APE global pour l'ensemble de la région Afrique de l'Ouest. Un processus que la société civile entend contrôler. Pour elle, il ne saurait être question d’aller vers un partenariat signifiant la destruction économique des pays africains et conduire à des désordres sociopolitiques. Dans cette perspective, la Plate-forme régionale de la société civile ouest-africaine sur l’Accord de Cotonou, qui participe aux négociations APE au titre de la société civile, organise, les 8 et 9 juillet 2008 à Abuja (Nigeria), un large dialogue régional pour partager toute l’information sur les travaux menés depuis le Comité Ministériel de Suivi (CMS) de Nouakchott, tenu du 18 au 21 février 2008.
Cette rencontre, dans capitale mauritanienne, était la première après le «choc» du rejet des APE au 31 décembre 2007. A Abuja, les organisations de la société civile, les organisations de producteurs, les syndicats, les parlementaires et les représentants du secteur privé vont se retrouver pour s’informer de l’évolution des dossiers depuis cette réunion, échanger, se situer et structurer leur mobilisation. Car les choses ont évolué sur le dossier des APE.
A niveau de la CEDEAO, la réunion du CMS avait été l’occasion de rebâtir un agenda régional commun, de se déterminer par rapport à un APE porteur de développement, mais aussi d’«encadrer et accompagner» la Côte d’Ivoire et le Ghana qui se sont engagés dans des «accords intermédiaires», plutôt que les rejeter, de les isoler. Il avait aussi été reconnu «la nécessité d’un régime commercial régional unique, préalable à la signature de tout accord », avec la finalisation des travaux sur le tarif extérieur commun (TEC) régional. De même, puisque l’échec des négociations à la date du 31 décembre 2007 n’avait pas signifié, de la part des différents pays, un rejet total des APE, les ministres avaient réaffirmé l’ancrage des pourparlers avec l’UE dans la vision stratégique de l’intégration et du développement régional.
Mais pour la société civile ouest-africaine qui va se réunir à Abuja, ces orientations méritent d’être suivies et contrôlées. Dans le document provisoire préparatoire de la réunion, on note : «Pour rassurante qu’elle soit, cette position n’en laisse pas moins apparaître toute l’étendue des difficultés auxquelles l’Afrique de l’ouest pourrait faire face dans conduite simultanée des chantiers de l’intégration et du développement en même temps que ceux de l’ouverture et de la libéralisation commerciale réciproque avec l’Union européenne. Ces deux processus ne sont pas toujours compatibles, surtout pour une région dont la caractéristique principale est la faiblesse économique, la vulnérabilité et les déficits de tous ordres, en particulier en matière de ressources humaines, institutionnelles, financières, etc.»
Après s’être mobilisées pendant des années contre l’APE, ou pour des accords de partenariat plus équilibrés, les organisations de la société civile entendent donc continuer à assurer la même veille et alerte. D’autant que, poursuit le document de la réunion d’Abuja, les engagements de Nouakchott «ne dissipent que partiellement les préoccupations de nombreux acteurs. Si tous s’accordent sur l’importance de ces mesures, il y a cependant peu de clarté sur leur séquence chronologique par rapport à la poursuite de la négociation de l’APE : ces éléments fondamentaux de l’intégration régionale sont-ils des préalables incontournables à toute signature d’un accord commercial ? Seront-ils mis en œuvre concomitamment ? Seront-ils au contraire mis en œuvre après la signature de l’APE ?».
La nouvelle date-butoir pour signer l’APE a été fixée au 9 juin 2007. Six mois après le premier échec, le contexte économique n’a pas réellement évolué pour permettre aux pays africains de s’engager différemment dans cet accord avec l’UE. La crise alimentaire qui frappe le monde aujourd’hui, avec des impacts encore plus lourds en Afrique, est venue plutôt fragiliser davantage ces pays. La rencontre d’Abuja permettra donc aux OSC de déterminer les priorités nouvelles, objectifs et stratégies d’action, mais aussi de continuer à réfléchir sur les alternatives à partager avec les acteurs concernés et les opinions publiques, souvent guère informées de l’évolution de ces négociations que les Etats mènent à leur nom.
Cette rencontre qu’organise la Plate forme de la société civile ouest africaine sur l’Accord de Cotonou, sous l’égide d’Africa Trade network, en collaboration avec Enda Tiers Monde et la National Association of Nigerian Traders (NANTS) et Réseau ouest-africain des paysans et des producteurs agriccoles, devrait aboutir à la mise en place d’un observatoire régional sur le suivi de l’application des décisions, choix et résolutions de la Cedeao dans le cadre des APE.
(Sources : Afriperf, document d’orientation de la réunion d’Abuja)
* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceDepuis 2005, le Réseau d’Appui à la Citoyenneté des Femmes Rurales d’Afrique de l’Ouest et du Tchad (RESACIFROAT) s’active. Son objectif, «briser les stéréotypes quant à la capacité des femmes en milieu rural de parler pour eux-mêmes» et les amener à s’affirmer dans l’espace public et à s’investir dans les postes de décisions. A sa tête, Mme Rosalie Ouaba. Pour elle, une mutation décisive dans les sociétés implique des changements dans les rôles et statuts des femmes, en particulier des femmes rurales, là où vivent quelque 80%.
Pambazuka : Qu’est-ce qui est à l’origine de la création de votre réseau ouest-africain des femmes rurales ?
Beaucoup de formations ont été faites pour renforcer les capacités des femmes, en vue de leur permettre de s’investir dans les activités de développement. Aussi bien au niveau de leur communauté qu’au niveau national. Ces initiatives ont aussi conduit à des synergies. C’est ainsi qu’on a eu à mettre sur pied des structures permettant aux femmes rurales d’échanger et de partager leurs expériences, comme l’Union des femmes rurales ouest-africaines, créé en 2000. De là est aussi venue, chemin faisant, l’idée de mettre sur pied un Réseau d’Appui à la Citoyenneté des Femmes Rurales d’Afrique de l’Ouest et du Tchad (RESACIFROAT), fondé en 2005.
L’initiative coïncidait avec la l’instauration de politiques de décentralisation dans les différents pays africains. En profitant de cette évolution, il s’agissait d’aider les femmes rurales à prendre place dans les structures décentralisées, mais aussi dans les cercles de décision au niveau de leur pays. Et progressivement, au niveau de la sous-région ouest-africaine, on voulait aider à l’émergence de structures de femmes assez fortes pour se faire entendre par les politiques au moment des prises de décision sur des questions essentielles pour elles et pour la communauté.
Pambazuka : On sait que le chantier est vaste pour les femmes. Est-ce qu’il y a des domaines prioritaires ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup de domaines où les femmes sont en marge de tout. Mais il faut engager les processus par étape, encore que tout tient au statut de la femme dans nos sociétés. Prenons le cas de la gestion des ressources naturelles. Les femmes en sont les premières utilisatrices, mais quand il s’agit de les gérer, on ne prend en compte ni leurs idées ni leurs besoins spécifiques. Cette mise à l’écart, les femmes la vivent en toute conscience de ce qu’il leur en coûte. Elles l’expriment au cours des réunions. C’est pour prendre en charge tous ces questionnements, unir les volontés, chercher des solutions, arriver à une expression commune des idées aux niveaux national et régional, mais aussi se positionner en force de proposition et d’influence sur les politiques et sur les agendas des gouvernants et autres décideurs, que notre réseau est né.
Pambazuka : Y a-t-il des voies pour y parvenir ?
On a vu, en milieu rural, que les femmes ne peuvent s’exprimer dans l’espace publique mixte que quand elles sont en nombre. Il suffit que l’une d’elle prenne la parole au nom des autres, pour que d’autres osent en profitant de cette ouverture. Malheureusement cela ne suffit pas toujours à briser leur silence. Il est encore fréquent de les voir entendre déléguer les hommes pour parler à leur place. L’exercice de prise de parole en leur nom, au nom de leur groupe et au nom de leur communauté est donc devenu une dimension essentielle dans la formation des femmes rurales.
On s’est rendu compte que la transformation commence dans le milieu même des femmes. C’est en commençant à maîtriser les ressorts de l’expression publique au milieu de leurs semblables, que les femmes se donnent les forces et les repères qui les pousseront à monter à la «tribune des hommes», à prendre la parole dans des cercles de décision plus élevés.
Pambazuka : Est-ce que vous avez noté le développement d’un leadership féminin en milieu rural ?
Le mouvement reste à renforcer et à consolider, mais un leadership féminin commence à se développer en milieu rural. Il s’exprime dans les structures décentralisées et les administrations territoriales. Des femmes se positionnent dans les élections. Les exemples sont certes rares, mais l’intention est de plus en plus forte et des prises de décision positives s’opèrent ici ou là. Ces femmes ont besoin d’appui. Nous cherchons à les repérer et à les appuyer en les aidant à former des coalitions autour d’elles.
La démarche consiste à mobiliser les associations de femmes évoluant dans leur entourage pour les impliquer dans une cause commune. Une telle force aide à franchir le pas pour aller vers une candidature, pour battre campagne et peut-être pour acquérir des postes de décision. Le cas échéant, on continue à soutenir ces élues. Car il faut les former à la gestion de leurs nouvelles responsabilités en tant que forces de propositions et de changements, pour faire avancer la société à travers la prise en compte de tous les enjeux liés à l’affirmation des femmes.
Pambazuka : Ne pensez-vous pas que cette évolution pourrait être freinée par la faiblesse du pouvoir économique des femmes ?
Le processus d’implication, de responsabilisation et d’accès à des postes de décision a longtemps été lié au pouvoir économique. Il est parfois nécessaire, mais pas toujours indispensable. On se rend bien sûr compte que le statut de la femme, aussi bien dans son environnement familial que dans la communauté, change en fonction de son pouvoir économique, de sa capacité à contribuer à la gestion financière du ménage, voire à sa prise en charge. Mais ces moyens prennent souvent du temps à se mettre en place. Quand ils existent, on voit également que le changement des mentalités pour aller vers plus de responsabilités se heurte encore à des pesanteurs liées à la société et aux femmes elles-mêmes.
C’est ce qui conduit à la nécessité de mener le combat pour l’affirmation d’un leadership féminin naturel. Non pas basé a priori sur les capacités économiques et financières, mais sur une affirmation de soi à travers des idées, à travers une attitude. Les plus important est que les femmes connaissent et comprennent le sens de leurs droits à côté de leurs devoirs, qu’elles maîtrisent les stratégies à mettre en place pour une affirmation de ces droits et leur acceptation par les autres.
Pambazuka : On voit un début de changement en milieu urbain par rapport au statut des femmes. En quoi cela est profitable dans vos actions en direction des femmes rurales ?
Pour une mutation décisive dans la société, il faut que les changements chez les femmes et vis-à-vis des femmes s’opèrent en milieu rural, là où vivent quelque 80% des Africaines. De même, partant du fait que les économies de nos pays sont essentiellement rurales et que les femmes sont fortement impliquées dans les circuits de production et de commercialisation, c’est à ce niveau que les mutations porteuses peuvent s’opérer. Elles doivent cependant être appuyées par les réflexions des élites intellectuelles féminines, dans une dynamique de convergence. Les réseaux de mobilisation ne doivent plus être parallèles entre «femmes des villes» et «femmes des champs». Nous cherchons aujourd’hui à mettre ensemble les compétences en matière de réflexion et d’action pour aller de l’avant. Il s’agit d’un combat commun qui appelle des synergies positives.
Pambazuka : Comment jugez-vous les réactions des hommes devant les mutations que vous cherchez à promouvoir en milieu rural ?
Dans cette approche, les hommes sont à considérer comme des alliés. Il faut leur faire comprendre et voir que ces changements les concernent et leur sont bénéfiques. Il ne s’agit pas d’adopter à leur endroit une démarche conflictuelle, mais d’entrer dans une logique d’harmonie et de complémentarité pour faire évoluer la société. Renforcer les capacités des femmes signifie aussi leur donner des éléments leur permettant d’avoir les discours et les arguments qu’il faut en direction des hommes. L’action que les Ong mènent dans ce sens doit être ouverte. Il ne s’agit pas de se cacher des hommes, mais de leur ouvrir la discussion, de chercher à les impliquer, surtout quand nous sommes en communauté.
La stratégie fonctionne. Quand elles doivent participer à des rencontres dans le cadre du réseau, les femmes harmonisent souvent leurs positions avec les associations d’hommes qui leur sont proches pour mieux défendre les intérêts de leur collectivité. En fait, nous ne visons pas une société de rupture, mais une société de dialogue et de communauté d’actions. Ceci à tous les niveaux.
Pambazuka : Pensez-vous que cette mutation puisse se faire de manière naturelle ?
Certainement. Beaucoup de choses ont évolué dans les rapports hommes-femmes parce que les temps changent. Certaines images commencent à dater d’une autre époque, qui montraient par exemple le couple revenir des champs avec l’homme devant, les bras ballants, la femme derrière portant sur la tête la fagot de bois et au dos son enfant. Aujourd’hui on voit plutôt l’enfant ou le fagot de bois sur le vélo, poussé par le père. Le changement est bien sûr dans la possession de moyens de locomotion, mais aussi dans les mentalités.
Il faut cependant aller plus loin, plus vite, pousser la révolution des mentalités. Le fardeau domestique qui pèse sur les femmes à partir du partage des taches qui fonde les relations domestiques les empêche d’exprimer tout le potentiel qu’elles ont en elles. Il ne s’agit pas de transférer le fagot de bois sur la tête des hommes, mais d’amener ces derniers à développer des attitudes positives dans la compréhension et la gestion de leurs rapports avec les femmes, à valoriser le travail et les apports de ces dernières.
Pambazuka : Comment arriver donc à ces changements fondamentaux et pérennes dont vous parlez ?
Quand des mutations s’opèrent d’elles-mêmes, il faut en faire des acquis consolidés. D’où l’importance de la dimension juridique dans le travail que nous faisons. Il faut aussi revoir les textes pour changer un environnement souvent bâti sur l’exclusion des femmes. L’Association des femmes juristes opère un travail important dans ce sens. Leur appui nous est constant dans le travail d’information pour une meilleure connaissance de leurs droits par les femmes et pour une plus grande sensibilisation sur les enjeux en vue de les mobiliser. L’Association offre aussi un recours quand il s’agit de faire face à des situations conflictuelles qui nécessitent une prise en charge. Car les textes ont beau exister, la dimension genre a beau figurer dans les discours, l’application laisse à désirer. Pour schématiser, on peut dire que la veuve et l’orphelin continent de souffrir dans nos sociétés.
L’éducation joue aussi un rôle important pour l’émergence d’une autre femme demain. Que ce soit avec la scolarisation et le maintien des filles à l’école, ou avec les nouvelles valeurs qui se développent dans le cadre familial en vue de briser les stéréotypes qui font grandir les garçons et les filles différemment, avec une mentalité de domination d’une part et de soumission d’autre part. En somme tout ce qui fait qu’au moment où le garçon regarde la télé, la fille lave le linge. Dans ce domaine, il appartient surtout aux femmes d’opérer les ruptures qu’il faut, d’autant plus qu’elles jouent un rôle fondamental dans l’éducation des enfants.
Pambazuka : Où intervient votre réseau ?
Nous intervenons dans les pays où les femmes sont constituées en associations nationales et ont intégré le réseau sous-régional. A savoir, le Bénin, Burkina, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Tchad et le Togo. Le RESACIFROAT appuie aussi l’association régionale des femmes rurales. Au niveau des différents pays il y a des associations fort actives, reste à structurer le niveau régional pour que le réseau puisse s’asseoir à la table de Cedeao et de l’Uemoa pour plaider la cause des femmes. En mars 2007, lors de notre assemblée à Bamako, nous avons profité de l’occasion pour parler des Accords de partenariat économiques. Les femmes rurales n’étaient pas informées. Aujourd’hui elles ont relayé l’information et les organisations à la base cherchent à en savoir plus.
* Ces propos ont été recueillis par Tidiane Kassé, rédacteur en chef de l'édition française de Pambazuka News
* Rosalie Ouoba dirige le Réseau d’Appui à la Citoyenneté des Femmes Rurales d’Afrique de l’Ouest et du Tchad (RESACIFROAT). Elle a été directrice du Centre d’études économiques et social pour l’Afrique de l’ouest (Bobo Dioulasso, Burkina)
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceUn Comité de défense et de protection des journalistes sénégalais a été mis sur pied. C'est suite à une réunion qui a mobilisé les différentes composantes de la presse, le 25 juin, afin de discuter sur le plan d'actions à mettre en branle pour protester contre l'agression violente ont été victimes deux journalistes pris à parti, le 21 juin, par la police.
Tagged under Gouvernance SenegalLa Chine va aider le Togo à installer à Lomé un centre d’étude et de traitement du paludisme. « La Chine et le Togo vont mettre en place très bientôt un centre de paludologie et nous allons pouvoir étudier le paludisme », a annoncé le ministre togolais de la Santé. Pour ce dernier, il ne s’agit pas seulement de soigner le malade, mais il faut penser à l’éradication du paludisme qui constitue le plus lourd fardeau dans le domaine de la santé.
Tagged under Gouvernance TogoLa principale association de producteurs de cacao de Côte d'Ivoire, premier exportateur mondial, a exigé le 25 juin la libération des dirigeants de la filière café-cacao récemment incarcérés pour "détournements de fonds" et mis en cause plusieurs ministres en exercice. "Nous exigeons la libération de nos leaders sans délai si les vrais coupables que sont les ministres et les membres du Comité d'examen sont en liberté", a déclaré le porte-parole de l'Association des producteurs de cacao.
Tagged under GouvernanceLe chef de l'opposition au Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, a imploré le continent africain d'agir "maintenant" pour favoriser une solution négociée dans son pays, et des dirigeants d'Afrique australe ont appelé au report du second tour de la présidentielle. Morgan Tsvangirai, réfugié depuis dimanche à l'ambassade des Pays-Bas, a fait une brève apparition dans sa demeure d'Harare, le 24 juin le temps d'une conférence de presse, avant de retourner dans la chancellerie occidentale.
Tagged under GouvernanceLes chefs d'Etat et de gouvernements des pays de l'Afrique australe se sont réunis le 25 juin au Swaziland avec pour objectif de trouver une solution à la crise au Zimbabwe Toutefois, le président sud-africain Thabo Mbeki ne participe à cette réunion de la Communauté pour le Développement du Sud africain. Mbeki avait été désigné par le bloc pour servir de médiateur entre le président du Zimbabwe Robert Mugabe et le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai.
Tagged under GouvernanceLe régime au pouvoir au Zimbabwe a maintenu le 24 juin qu'un second tour du scrutin présidentiel aurait lieu ce vendredi 27 juin, ignorant l'appel de l'ONU à annuler l'élection, tandis que le chef de l'opposition a demandé l'envoi "d'une force militaire" avec un rôle de "maintien de la paix". Les députés européens ont appelé quant à eux les Etats de l'UE à ne pas reconnaître le pouvoir de Robert Mugabe si ce dernier est réélu.
Tagged under GouvernancePrès de 700 FCFA pour l’essence ! Plus de 600 FCFA pour le gasoil ! Les prix enflent, la pression devient insupportable autant pour le consommateur malien, que pour l’Etat et les opérateurs. ‘’Au rythme où évolue la flambée des prix des hydrocarbures, nous ne sommes pas à l’abri d’une pénurie’’, confie un haut fonctionnaire des Finances. L’Etat malien a renoncé à presque tous ces énormes avantages qu’il tirait des importations d’hydrocarbures pour amoindrir les coûts. Les opérateurs économiques ont aussi renoncé à presque toutes leurs marges bénéficiaires.
Tagged under Gouvernance MaliDans un contexte économique mondial caractérisé par le renchérissement du coût des énergies traditionnellesle développement des Énergies Renouvelables s’impose face à cette situation de crise qui compromet les efforts déployés par les Etats et les entreprises depuis des décennies. Pour contribuer au développement des énergies alternatives et au renforcement des mesures de préservation de l’environnement au Sénégal en Afrique un Salon International des Énergies Renouvelables et de l’Environnement en Afrique, du 21 au 25 avril 2009, à Dakar au Sénégal
Tagged under GouvernanceLe père d'un enfant de 11 ans a été expulsé le 21 juin par Paris vers son pays natal, la Côte d'Ivoire. Joris, mineur de nationalité française, se retrouve ainsi seul en France. Depuis le suicide de sa mère en 2005, c'est son père qui s'occupait de lui. Cette expulsion fait suite à une interdiction de territoire, prononcée à l'encontre de ce dernier en 2001 et 2006 pour "des faits graves" selon la préfecture.
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireLe gouvernement ivoirien a décidé de mettre en oeuvre un programme d'urgence estimé à 17,93 milliards de FCFA, en vue de réaliser l'autosuffisance alimentaire à l'horizon 2012. Selon le communiqué issu du conseil des ministres le 19 juin, ce programme devra permettre la création d'environ 6000 nouveaux emplois. Il vise la mise en oeuvre de nouvelles stratégies de développement durable de la filière riz en Côte d’Ivoire et de relance du secteur coton.
Tagged under GouvernanceL'Union des journalises de l'Afrique de l'ouest (UJAO) vient de lancer un concours de presse doté du Prix d'excellence dans le domaine de la promotion de la paix et des droits humains. Ce concours est ouvert aux journalistes des 16 pays de l'Afrique de l'ouest. Selon le président de l'UJAO, Ibrahima Famakan Coulibaly, ce concours n'a d'autre but que de renforcer les capacités des journalistes.
Tagged under GouvernanceL’Organisation de la conférence islamique (OCI) veut s’investir dans la promotion de l’alimentation et de l’agriculture en Afrique, a déclaré le secrétaire général de l’organisation. Cette nouvelle initiative, amorcée par l’OCI et qui se veut collective, devrait, à terme, favoriser une meilleure autosuffisance des populations africaines. Le Secrétaire général de l’OCI a également révélé que l’organisation va convoquer, une rencontre des ministres de l’agriculture pour explorer les possibilités de conjurer l’insécurité alimentaire sur le continent.
Tagged under GouvernanceMme Eva Joly, spécialiste des questions de lutte contre la corruption et la délinquance financière internationale, a entamé le lundi 23 juin, au Mali, une visite qui sera exclusivement consacrée à la lutte contre la corruption et la délinquance financière. La conseillère spéciale du gouvernement norvégien dans la lutte contre la corruption, arrive à Bamako au moment où ce pays s’apprête à organiser, en septembre prochain, les Etats généraux de la corruption.
Tagged under Gouvernance MaliLe directeur général du Cirad, la directrice générale de l’Institut nationale de recherche agronomique (INRA) et le directeur général de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont signé, pour une durée de cinq ans, un nouvel accord-cadre de coopération avec le directeur du Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO). Ce partenariat vise à accroître la productivité et la rentabilité du secteur rizicole.
Tagged under GouvernanceLa campagne présidentielle au Zimbabwe a pris un tournant dramatique le week-end dernier, avec l'annonce du retrait de l'opposant Morgan Tsvangirai face aux violences politiques des partisans de Robert Mugabe. Mais le régime zimbabwéen a appelé ses partisans à continuer de faire campagne pour le second tour de l'élection présidentielle, en mettant en doute le retrait du chef de l'opposition Morgan Tsvangirai.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe sommet de la FAO a pris fin le jeudi 5 Juin à Rome. Il faisait suite à une grave crise alimentaire qui a frappé nombre de pays en développement. Pourtant les 2 000 délégués de la conférence sur la sécurité alimentaire mondiale n’ont rien proposé comme solution si ce n’est une piètre déclaration comme à leur habitude. Il est temps quel’Afrique se tourne vers les varies solutions, celles qui passent par la souveraineté alimentaire.
Tagged under GouvernanceLe G8 avait promis de doubler son aide au développement durable de l’Afrique d’ici 2010, un objectif qui semble s’éloigner comme l’a constaté le comité de mise en oeuvre des résolutions du sommet du G8 à Gleneagles (Écosse). La crise actuelle du pétrole ainsi que la flambée de prix des denrées alimentaires en seraient parmi les causes majeures. Tony Blair, l’ex-premier ministre britannique et membre de ce comité de suivi a présenté un rapport intermédiaire au président américain George Bush lors de sa visite au Royaume-Uni.
Tagged under GouvernanceLe problème de certains journalistes français, lorsqu’ils abordent les relations entre leur pays et l’Afrique, est de savoir dans quel (s) sens orienter leurs articles et comment dire les choses pour atteindre ces objectifs qui sont à la fois d’informer sur une réalité et fournir des renseignements qui permettront aux politiques de leur pays de se faire une idée de ce que les Africains attendent d’eux, surtout que maintenant les Chinois sont apparemment en train de prendre leur place en Afrique et dans le cœur des Africains. En même temps, il s’agit, pour ces journalistes, d’influencer et de manipuler une certaine opinion africaine que l’on tente encore de regagner à la sympathie française.
Tout le monde sait que les notions de neutralité et d’objectivité parfaites des journalistes relèvent de la pure utopie. Je prendrai l’exemple d’un reportage du journaliste du « Monde », M. Philippe Bernard à Yaoundé et Douala, publié le 3 juin 2008. Le titre en est : «Les jeunes Camerounais déçus par une France timorée sur les Droits de l'homme en Afrique». On s’aperçoit bien vite, à la lecture de l’article, que les sentiments que M. Bernard décrit vont bien au-delà de la simple déception et qu’il ne s’agit pas seulement de l’attitude de la France face au respect ou plutôt au non-respect des droits de l’Homme en Afrique. Les termes récurrents qui décrivent ces sentiments, termes auxquels le journaliste du « Monde » ne résiste pas sont : dépit, procès, réquisitoire, griefs ordonnés, aigreur, hostilité antifrançaise, colère, attaque, rogne, animosité, les jeunes Camerounais enragent, etc. Tous ces sentiments et attitudes sont nourris et tournés contre la France, bien sûr.
Je ne peux croire que l’article de M. Bernard soit hors sujet. Plus grave, ce qui frise la contradiction, c’est que, oubliant peut-être son titre, il ait écrit dans le même article : «Mais c'est dans le domaine économique, ultrasensible pour une jeunesse massivement condamnée au chômage, que l'aigreur est la plus marquée...» L’information est certainement juste. Les Français, à qui elle est destinée, ne manqueront pas de la remarquer et de changer d’attitude : il n’y est pas seulement question d’exploitation économique, mais il est question aussi de rapports entre Français et Camerounais. Les premiers se comportant comme s’ils étaient encore dans leur colonie ; les seconds, frustrés, ne supportant pas le rang auquel ils sont réduits. Si l’on devait parler de Droits de l’homme sur ce plan, les violations seraient alors du côté, non pas des autorités camerounaises contre lesquelles, bien sûr, les citoyens ont bien des raisons de se plaindre, mais du côté des Français installés au Cameroun, même si c’est un pouvoir camerounais corrompu qui favorise cet état de choses. M. Bernard le dit sans le dire.
La réalité de ce sentiment antifrançais est là, que l’on veuille le dire ou non : l’idée qu’étant en Afrique, dans un pays indépendant, l’on subisse la loi de la France et des Français, n’est pas plus supportable au Cameroun qu’au Togo, au Sénégal ou ailleurs. Le soutien apporté par la France officielle aux dictateurs (si elle ne les a pas simplement installés au pouvoir), les interventions des chefs d’Etat français, qui se sont succédé à l’Elysée, de l’armée française dans les anciennes colonies, nourrissent ce sentiment. Et tôt ou tard, si les Français veulent vraiment regagner la confiance et la sympathie des Africains, ils doivent accepter que l’on discute de ces questions à tête reposée.
Mais, voilà, comme toujours, certains Français ont besoin d’un faux-fuyant, mieux, de justifier leur comportement. Et il leur semble facile d’aller dénicher leurs justifications là où ils le peuvent et de les diffuser grâce à leurs médias qui écrasent par leur puissance ceux dont disposent les Africains. C’est à ce réseau de rhétorique qu’appartiennent les propos du genre : De façon inattendue, Nicolas Sarkozy a plutôt bonne presse parmi ces jeunes en rogne contre la France. Ils sont nombreux à le créditer d'une énergie inépuisable dont il ne peut sortir que du bien. «Il a demandé aux Africains de se prendre en main. Mais certains trouvent plus commode d'accuser la France», affirme une étudiante.
«Ils sont nombreux... Et combien sont-ils ?»Combien de jeunes Camerounais M. Bernard a-t-il interrogés au cours de son reportage ? Déjà un sondage d’opinion chiffré est bien loin d’être parole d’évangile. Quelle valeur peut-on alors donner à ce «nombreux» ? Pour écrire ce «nombreux», il n’est pas besoin de faire une enquête, il n’est pas besoin d’aller au Cameroun, il n’est même pas besoin d’être journaliste. On ne peut pas, pour tenter de comprendre ce reportage et ses motivations, ne pas se souvenir que ce M. Bernard s’était livré à un commentaire sur «L’Afrique répond à Sarkozy», l’ouvrage collectif des intellectuels africains qui ont critiqué le discours de Sarkozy à Dakar.
Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agissait beaucoup plus de dénigrer l’ouvrage et ses auteurs que d’en faire une véritable critique. Cela, bien sûr, est facile. Aux yeux de M. Bernard, ce n’était qu’un «étalage souvent atterrant d'absurdités, d'approximations et de conformisme intellectuel..., outrance grandiloquente...et délire» [Des intellectuels africains en colère“ par Philippe Bernard, Le Monde du 28 février 2008]. Il faut tout de même avouer que lorsqu’on parle en ces termes du travail de vingt trois intellectuels, on est bien loin de la critique crédible (celle que l’on enseigne même dans les écoles françaises) et l’on tombe dans le véritable «délire»... Parmi les auteurs de l’ouvrage, un seul avait trouvé grâce aux yeux de M. Bernard, celui qui «voit dans la provocation de M. Sarkozy une invitation à construire une politique de l'universel-concret que "nulle“ (sic) autre que la France n'est mieux placée (...) pour inspirer».
La France, même si elle n’est pas le centre du monde est en tout cas le passage obligé de l’Afrique vers le développement, ou même le bonheur, selon M. Bernard!
Il fallait donc que M. Bernard ait la confirmation, du moins à ses propres yeux, de ce qu’il avait avancé, et qu’il puisse, à cette nouvelle étape de son cheminement, proclamer que le discours de Sarkozy avait atteint son but, malgré les protestations qui se sont élevées ça et là. Et qui sait si la véritable mission de son voyage au Cameroun n’était pas juste dans la suite logique de celui de Sarkozy en juillet 2007 ? Ce qu’il oublie, c’est qu’«ils sont nombreux» aussi les Africains qui sont au courant de l’actualité en France et qui pourraient se demander quel est le bien que les Français tirent depuis plus d’un an de l’énergie débordante de Sarkozy. Serait-ce l’ennui, comme l’exprime un numéro du Canard Enchaîné qui «célèbre» ce « bien » en termes de «Premier Ennuiversaire» ?
Au fond, dans le reportage de M. Bernard, tout est dans ce «contre toute attente» qui ne trompe que qui veut être trompé, qui n’apporte d’illusions qu’à celui qui veut être bercé d’illusions. Il exprime au moins le doute chez ceux qui ont rédigé et prononcé le discours du 26 juillet 2007 et chez ceux qui tentent de le défendre, même si Guaino [1] clame haut et fort qu’il «l’assume ligne à ligne, mot à mot, à la virgule près.» S’il était si sûr, aurait-il eu besoin de le crier sur tous les toits ? Et si on était si convaincu à l’Elysée, pourquoi n’est-ce pas Sarkozy lui-même qui réclame la paternité de son discours, puisque c’est lui qui l’avait prononcé ? Si les deux hommes étaient si tranquilles après le tollé que le discours avait provoqué dans la presse sénégalaise surtout, pourquoi ne se taisaient-ils pas simplement après le 26 juillet 2007 ? Et, M. Bernard lui-même n’avait-il pas alors écrit, comme s’il craignait la chose, «Le faux pas africain de Sarkozy» ? [2]
Nul ne peut nier que politiciens et hommes de médias français sont préoccupés de connaître l’état de l’image du président en Afrique et je doute fort que les vrais résultats d’une enquête commandée sur ce sujet soient publiés dans un journal comme Le Monde, qui a par ailleurs refusé de publier le droit de réponse des auteurs de «L’Afrique répond à Sarkozy». Cette fameuse étudiante camerounaise (sans nom dans le reportage) dont M. Bernard fait le porte-parole de Sarkozy ou qui, en tout cas, se livre à une si laborieuse explication de texte du discours de Dakar, si elle existe, cette étudiante, poursuit parfaitement le boulot entrepris par le journaliste.
«Paris éternelle (sic) responsable ?», se demande ou nous demande M. Bernard. Et il donne la parole à un député camerounais pour répondre : «Voilà une rhétorique du passé dont il est difficile de se passer, tranche Jean-Jacques Ekindi, député de l'opposition. Le véritable problème du Cameroun, ce sont les Camerounais.» Qui dit le contraire ? Seulement, je compléterai le jugement du député camerounais par ceci, dans le cadre des relations entre la France et l’Afrique : maladie éternelle de certains Français (pas tous pour ne pas faire de l’anthropologie à la Guaino [3]) qui n’arrivent pas à se défaire de cette prétention à être servis et suivis partout en Afrique comme les maîtres, comme les donneurs d’ordres et de leçons : voilà un type de comportement du passé dont il faut guérir.
Le véritable problème des Français en Afrique et face aux Africains, ce sont les Français eux-mêmes. M. Bernard devrait d’ailleurs être d’accord avec moi sur ce point, puisqu’il nous fournit un précieux témoignage de certains Camerounais sur ce genre de comportement : «Le réquisitoire est récurrent. Les Français exploitent notre port, notre bois, nos bananes. Ils se réservent les postes de direction... Ils donnent des ordres, mais ne vont jamais sur le terrain, ils ne construisent rien de visible.»
Tout le contraire des vertus prêtées aux «partenaires» chinois... «Je comprends que dans une situation économique pénible, le chômage soit la raison première de l’aigreur de la jeunesse. Ce qu’il m’est difficile de comprendre, c’est que M. Bernard lie les griefs des jeunes Camerounais contre les Français au problème du chômage. Cela relève peut-être de la haute psychologie, sinon, ces Camerounais auraient été plutôt contents de voir des expatriés, Français, Chinois ou Américains, créer des emplois dans leur pays, si toutefois les choses se passaient dans le respect des uns et des autres, le respect des intérêts de toutes les parties. La comparaison avec les Chinois à qui les Camerounais prêtent des vertus (imaginaires, peut-être) n'intervient que parce que les Français semblent ignorer ou oublier ces vertus, pour la simple raison qu’ils se sentent en Afrique comme en pays conquis».
Sans le savoir, peut-être, M. Bernard, qui n’avait pas hésité à prononcer un jugement d’autorité sur l’ouvrage de 23 penseurs et scientifiques africains (c’est son droit), est parfaitement susceptible d’être rangé dans cette catégorie de Français jouissant du fait qu’ils viennent de Paris et lui, encore plus, en qualité de journaliste du Monde. C’est lui-même qui nous le dit : «Nul besoin d'orienter la conversation sur l'image de la France au Cameroun. La présence d'un journaliste blanc suffit à la déclencher, quitte, parfois, à forcer le trait...» Et lui, M. Bernard n’a même pas besoin de forcer la vérité qu’il détient exclusivement, puisqu’il vient de Paris et est journaliste au « Monde ».
Que personne donc parmi les Camerounais qu’il aurait interviewés, ceux qu’il aurait cités ou simplement les lecteurs de son reportage ne s’avise de lui envoyer un droit de réponse : il ne le publiera pas. Là aussi, c’est son droit. Je ne formule donc pas de jugement de valeur, mais je laisse le lecteur juger lui-même des dimensions réelles de l’esprit de M. Bernard, de ses outils intellectuels pour faire de la critique et même pour faire du journalisme (même si l’objectivité n’est pas la qualité première qu’on attend de ceux qui exercent ce métier) sur des sujets sensibles, telles que les relations entre la France et l’Afrique. Et, ne sont-ils pas «nombreux» ces journalistes, ces reporters de la taille de M. Bernard que les grands journaux, les puissants médias de l’Occident chargent de traiter des sujets concernant l’Afrique ?
Le reportage de M. Bernard est le symbole même de la gêne et de la confusion que l’on doit ressentir en tant que Français face à l’Afrique. Mais, comme toujours, maladie incurable oblige, on prendra les précautions pour que cette gêne ne soit pas perçue et surtout exploitée par des Africains qui seraient à l’affût d’arguments pour conclure qu’ils ont raison de critiquer la politique africaine de la France et tout particulièrement celle de Sarkozy. Il faut bien que l’image de marque du grand président français soit hors d’atteinte, malgré l’image négative de la France que M. Bernard a lui-même décrite dans son reportage au Cameroun. Ce n’est pas un paradoxe, puisque tout est clair, tout se comprend.
Je ne crois pas que M. Bernard croit que lorsque la France interviendra, en gendarme, pour faire respecter les droits de l’Homme en Afrique, elle aura gagné le cœur de la jeunesse africaine, à l’assaut de laquelle Sarkozy semble parti depuis le 26 juillet 2007. Peut-être, ce reportage est-il une suggestion faite aux autorités françaises de lancer leur prochaine offensive en Afrique, dans un domaine où les Chinois ne pourront pas les battre : celui de la condamnation des violations des Droits de l’homme. Mais même dans ce domaine, nous les avons vues à l’œuvre, ces autorités françaises. Nous connaissons bien leurs formules, surtout quand ces violations sont le fait de ceux qu’elles aident elles-mêmes à conquérir et à conserver le pouvoir, avec qui elles sont en complicité sur plusieurs plans. Il ne faut pas trop charger les frêles épaules de Rama Yade d’un poids lourd de plusieurs décennies de colonisation et de pseudo-indépendance.
Le mal est plus compliqué que le titre d’un article dont le développement s’éloigne complètement. Je suis tenté de paraphraser ici un proverbe mina qui exprime bien ce type de situation dans laquelle la France s’est mise en Afrique : le galeux prend des précautions pour ne pas se gratter au vu et au su de tous, mais c’est lui et lui seul que la plaie démange, surtout dans cette partie du corps qu’on ne nomme pas en public.
[1] Guaino est le conseiller de Sarkozy qui a rédigé le discours de Dakar
[2] Le faux pas africain de Sarkozy, par Philippe Bernard, Le Monde du 23 août 2007. Article paru dans l'édition du 24 août 2007
[3] Guaino prétend avoir fait de l’anthropologie en décrivant l’homme africain comme il l’a fait dans le discours* Sénouvo Agbota Zinsou est un écrivain togolais
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance
Pagination
- Page précédente
- Page 424
- Page suivante