Ousmane Sembène nous a quittés le 9 juin 2007, sans avoir jamais assigné la moindre limite à son mépris du qu’en-dira-t-on. A quatre-vingt-cinq ans, il se sentait si bien dans sa peau, qu’il se faisait appeler par dérision, l’«Aîné des Anciens». Le fait est, cependant, qu’il a vécu très longtemps en réussissant à préserver sa jeunesse d’esprit. Il y a là quelque chose de magique et peut-être, ce miracle est-il précisément celui d’une liberté dont il a choisi, jusqu’ à son dernier souffle, d’être l’esclave. Le 9 juin dernier, premier anniversaire de sa mort, un hommage national et officiel lui a été rendu. L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop témoigne.
Dans les années trente, un adolescent de Ziguinchor (Ndlr : ville au sud du Sénégal) fait le désespoir de ses parents. Aux murs froids des salles de classe, il préfère la mangrove, les parties de pêche et les escapades sur les berges du fleuve Casamance. Bagarreur, il n’aime pas les embrouilles. Un certain Paul Peraldi, directeur de l’école Escale, l’apprendra à ses dépens : l’élève est exclu après l’avoir expédié au tapis d’un violent coup de poing à la tête. Que faire du fils de Moussa Sembène et Ramatoulaye Ndiaye ?
Il sait à peine tracer son nom sur une feuille de papier et à vrai dire, personne ne le voit devenir commis aux écritures, ce qui était alors une position assez enviable pour un jeune Sénégalais ambitieux. On l’envoie chez un de ses oncles, à Dakar, où il arrive précédé d’une sulfureuse réputation. Mais dans la capitale de l’Aof, il n’a même pas le temps de regretter ses bolongs du Sud. Le cancre a, en effet, au moins un don : celui d’entendre battre le cœur du réel, de dénicher la vraie vie partout où elle se trouve. S’il y parvient aussi aisément, c’est que déjà, il ne se reconnaît qu’un maître : son désir de liberté.
Et dans le quartier du Plateau où se concentrent les pulsations urbaines et les contradictions d’une société qui ne voit pas la guerre (Ndlr : La Première Guerre mondiale) lui foncer dessus, il y a certes mieux à faire que d’ânonner toute la sainte journée, des leçons de calcul et de grammaire à la rue de Thiong. Les plages de Gorée et de l’Anse Bernard sont toutes proches et il y passe le plus clair de son temps à batifoler dans l’eau et à griller du poisson et des fruits de mer. Le «docker noir» se souviendra-t-il, bien des années plus tard sur les quais de La Joliette à Marseille, comme il aimait, enfant, vagabonder entre les ruelles d’un autre port, celui de Dakar ?
Dans cet univers sans pitié, les caïds veillent sur leur territoire, putes et marins se font des signes de connivence et l’enfant se délecte du pétillement de mille langues surgissant de bouches inconnues. Là, entre les étals des marchandes de beignets et de cacahuètes, il est dans son monde, il est heureux. Se voulant lui-même un dur, il se saoule du spectacle des muscles bandés, des corps en sueur sous les tricots sales et déchirés, de la poussière et de la fumée. Ces prolétaires pleins de gouaille, à la clope coincée entre les lèvres et aux yeux troubles, comme ils sont différents des petits fonctionnaires instruits, que Sembène voyait trotter comme des chiots derrière leurs maîtres blancs.
Toute son œuvre montrera, par la suite, qu’il a très tôt éprouvé une répulsion instinctive pour “l’évolué”. Il lui est très vite apparu comme une chose à forme humaine, ce larbin en complet-veston gris ou beige, aux phrases fleuries et aux manières suaves. Il impressionne tout le monde, le soi-disant civilisé, car il cause bien. Pour Sembène, il est juste méprisable, car sa fausseté pue à plein nez. Sembène a plus de respect pour “l’héroïsme au quotidien” des gens ordinaires, qu’il observe de près en toutes occasions.
Du Plateau, il connaît par cœur les moindres recoins. Gambetta. Valmy. Carnot. Le marché Sandaga et la rue Jules Ferry. Autant de lieux aux noms étranges, qu’il arpente nuit et jour. Les bateaux qui croisent au large, le font rêver et en particulier, aux dires d’un de ses amis d’enfance, le “Médie II”… Dans l’attente du départ – car ce gamin partira un jour, c’est écrit dans ses yeux vifs et avides de tous les lointains – il rôde autour des salles de cinéma.
Les affiches à l’entrée du Plaza ou d’El Malick, tout près du quartier de Rebeuss, lui parlent. Elles lui font pressentir, au-delà de son horizon normal, bien d’autres univers. Ces films, il n’est pas question qu’il les rate. Puisqu’il est sans le sou – il est d’un milieu modeste – il fait le mur, à ses risques et périls. Et de fait, il lui arrive souvent d’être pris et malmené par le propriétaire du Rialto, un certain Maurice Jacquin.
En dépit de sa haine viscérale de l’école – ou peut-être grâce à elle ? – Sembène raffole de la lecture. Toujours aussi débrouillard, il se fait des amis chez les commerçants libano-syriens du Plateau. Ces gosses de riches l’approvisionnent en Zembla, Miki-le-Ranger et autres bandes dessinées célèbres de l’époque et qu’on appelait d’ailleurs, d’un mot magique, des « aventures » (1).
Celui qui allait devenir un des plus grands romanciers et cinéastes de son temps, s’est ainsi initié à ces deux expressions esthétiques par la resquille. Ce goût de l’effraction sera toujours au cœur de son éthique libertaire. De la même manière, en septembre 1946, il s’embarquera clandestinement pour Marseille à bord du Pasteur…
Sembène s’est élevé très haut par le culte de l’effort mais aussi, en faisant du passage en force, une règle de conduite. Que l’on ne compte pas sur lui pour en éprouver du remords : personne ne doit payer pour ce qui appartient à tous. Il ne faut donc pas s’étonner de le voir devenir un militant actif de la Cgt puis du Parti communiste français, peu de temps après son arrivée dans la cité phocéenne.
Il est tentant aujourd’hui, de chercher à sublimer son histoire personnelle, compte tenu de tout ce qu’on a fini par en savoir. Certains n’hésitent pas à en proposer une lecture quasi christique. Les souffrances et humiliations endurées ne l’auraient ainsi pas été pour de vrai, car elles étaient de simples moyens vers la réalisation d’une fin supérieure. C’est une façon comme une autre de gérer un désarroi bien naturel face à un parcours aussi peu ordinaire.
Sembène a été mécanicien et apprenti-maçon à Dakar, tirailleur au 6e Régiment d’Artillerie coloniale dans le désert nigérien, pendant la Seconde guerre mondiale, et docker à Marseille. Avec le recul, on est tenté de s’extasier : «Quelle vie aventureuse ! Il n’a eu qu’à la raconter pour devenir le puissant écrivain que l’on connaît !» Est-ce vraiment si simple ? La misère, à elle seule, n’a jamais transformé personne en artiste de génie.
Rien ne serait pire que de frustrer Ousmane Sembène des épreuves de ses années marseillaises et dakaroises. Elles lui ont fait connaître l’oppression, la misère et le sentiment de son propre néant. Il n’avait pas choisi d’être en première ligne dans la guerre des autres : pendant dix-huit mois, il a risqué d’y être tué chaque jour ; de même, il n’était devenu docker que faute de mieux, car il savait à quel point ce métier était dégradant et pénible. Il n’a d’ailleurs pu cesser de l’exercer qu’à la suite d’une fracture de la colonne vertébrale – dont il a gardé jusqu’à la fin, de lourdes séquelles.
Il ne s’attendait sans doute pas à une vie de farniente en prenant le chemin de l’exil. Mais il était loin de s’imaginer une existence aussi minable, rue des Dominicaines, parmi la lie de la société marseillaise. Lui, le jeune homme fier, a dû souvent garder la tête baissée quand, tel petit chef lui hurlait des insanités. C’était ça ou crever de faim. Né pour être de ces “hallucinés de l’azur” dont parle Rabemananjara, seul le grand large pouvait contenir son cœur fou : il est resté des années confiné dans un taudis, comme un rat dans son trou.
Jusque-là, rien que de très normales anomalies de cette société de classes, que Sembène voue aux gémonies : ses camarades dockers et lui – tel Chaïba, l’Algérien, le compagnon de bardée qui a donné son nom à une nouvelle de Voltaïque - souffraient de n’être pas du bon côté de la barrière. Dans le cas de Sembène, il s’agissait aussi de payer au prix fort son rejet d’un certain modèle de réussite sociale, impliquant un renoncement à soi qu’il n’a jamais pu, ni supporter ni même comprendre. Raser les murs, acquiescer en toutes circonstances à l’ordre établi, n’avoir jamais son mot à dire, cela revenait pour lui à “vivre comme un tube digestif”, selon une expression qu’il utilisera souvent par la suite, avec bonne humeur.
Ousmane Sembène, “un célèbre inconnu” ? L’expression, de toute beauté, est de son biographe. Samba Gadjigo a voulu ainsi souligner le paradoxe – un de plus – d’un homme dont chacun sait tant de choses, mais que personne ne peut se targuer de vraiment connaître. En effet, bien avant sa mort en juin 2007, Sembène était devenu une importante figure publique. Les événements les plus marquants de sa vie nous restent aujourd’hui encore, aussi familiers que son visage massif et goguenard, son regard rieur, sa pipe et sa casquette.
Mais il ne suffit pas de rappeler la singularité de son itinéraire ni même d’en souligner les douloureuses aspérités pour en être quitte avec l’énigme Sembène. Après tout, quelques-uns avant lui - le tirailleur Bakary Diallo par exemple – avaient réussi à se faire un nom en dehors du cercle restreint des élites formatées par l’école coloniale. Mais Sembène est le seul qui, sans être passé par Ponty, Maisons-Alfort ou la Sorbonne, a pu se prévaloir de ce qu’on peut appeler, sans réticence ni moue dubitative, une œuvre tant au cinéma que dans la littérature.
Seule une prodigieuse volonté a pu lui permettre de se jouer ainsi du destin. Il sait, en débarquant à Marseille, qu’il n’est plus seulement question de grimper le long d’un mur pour s’assurer une place au Rialto. Cela, c’était au propre comme au figuré un jeu d’enfant. Désormais, il a presque le choix entre réveiller le grand homme qui sommeille en lui ou se résigner à être une épave humaine. Il s’agit donc de franchir la ligne. C’est une entreprise bien plus périlleuse et complexe que tout ce qu’il avait connu auparavant. Il s’en donne pourtant les moyens, avec l’obstination silencieuse des âmes supérieures.
La misère est déjà, à travers les souffrances qu’elle lui inflige, sa meilleure école. Et c’est elle qui lui ordonne dans les moments d’abattement : lève-toi et marche ! Lucide, Sembène sait qu’il a tout à apprendre. Il dévore les livres à la bibliothèque du Parti et s’intéresse au Septième Art, au point de faire une brève apparition dans « Le rendez-vous des quais » du réalisateur communiste Paul Scarpita. Plus tard, dans sa quarantième année, il n’hésitera pas à être, sous la férule de Mark Donskoï, le plus vieil étudiant de cinéma de l’Académie Gorki de Moscou.
Tout en gardant les yeux ouverts sur le monde, il décrypte patiemment les mécanismes de création des romanciers qui le fascinent : Jack London, Richard Wright, Claude Mac Kay et Émile Zola. (2) D’être occupé à acquérir du savoir ne l’empêche pas de continuer à se battre et de se montrer solidaire de toutes les luttes anticoloniales de l’époque (Guinée dite portugaise, Indochine et Algérie.) D’une formidable énergie, cet émigré décidément pas comme les autres, suscite l’admiration de ses camarades. Mais seuls les plus fins, les vrais connaisseurs de l’âme humaine, devinent l’extraordinaire complexité du personnage.
Cet ouvrier discipliné, combatif, studieux et en plus, venu des colonies, n’est-ce pas trop beau pour être vrai ? Ses mentors ont bien raison de penser parfois que la mariée est, pour ainsi dire, trop belle… Malgré les apparences, Sembène ne peut en effet être réduit à l’image d’Épinal dans laquelle, on voudrait l’enfermer un peu trop hâtivement. Il n’est pas seulement le courageux travailleur s’arrachant aux griffes empoisonnées du Capital par la lecture des œuvres complètes de Lénine… Et cette méprise initiale est peut-être une première clef pour comprendre pourquoi, rien n’a pu faire sombrer son écriture dans un manichéisme grossier.
La puissance créatrice de Sembène s’exprime autant dans sa volonté de dépasser son statut de prolétaire-colonisé que par son aptitude à garder intactes son identité et sa sensibilité personnelle. Il a réalisé d’une certaine façon, l’idéal de Rabindranath Tagore dont le poème Ekla cha lore (Walk alone, que l’on se permettra ici de traduire librement par Éloge de la solitude) invite l’artiste à être au cœur de la mêlée sociale, sans jamais y aliéner son indépendance d’esprit.
Cette double exigence - la nécessité de préserver son individualité tout en étant fortement présent au monde – remonte assez loin dans l’expérience de Sembène. Bien avant ses camarades marseillais, ses compagnons de jeu du Plateau avaient été frappés par sa capacité de dédoublement. Ils devinaient derrière le Sembène de tous les jours – exubérant, fouteur de bordel, peut-être un peu fanfaron – un autre Sembène, le vrai sans doute, qui en était l’exact opposé. Celui-là, très secret, prenait la vie au sérieux et, apparemment tendu vers un but, se montrait bien plus désireux de capter les vibrations de l’univers que de s’agenouiller devant un maître d’école.
On pouvait aussi pressentir l’autre moi du futur écrivain, à la mélancolie qui voilait parfois son regard, à ses silences obstinés et à son goût de la solitude. Peu le croyaient capable d’une opinion personnelle, au moment même où il était hanté nuit et jour par de vastes visions. En somme, cachant bien son “Je”, il voguait à l’insu de tous, en une dérive maîtrisée, sur ce que Césaire aurait appelé sa «caravelle des lointains intérieurs». Sur quel rivage voulait-il aborder ? Il n’en avait, certes, aucune idée. On peut même penser qu’il s’était livré pieds et poings liés à sa propre errance.
Sembène Ousmane a dû avoir bien souvent le sentiment que sa vie lui échappait par tous les bouts. Mais il est un point sur lequel il ne s’est jamais montré prêt à céder : le refus d’une existence étriquée. Sa vocation artistique, désir de conquête du monde, est née de cette haine précoce de la médiocrité. De ce point de vue, purement négatif, le singulier parcours de Sembène fut moins un accident qu’un projet.
On a souvent souligné, à juste titre, la cohérence de son univers romanesque. Elle ne doit pas étonner. Même s’il veille à ce que ses personnages débordent parfois leur position sociale, celle-ci finit toujours par s’avérer déterminante. Isnard le contremaître blanc de la Régie et Doudou l’ajusteur nègre symbolisent deux conceptions du monde et il n’est pas un seul de leurs gestes ou de leurs mots qui n’en témoigne (Ndlr : dans « Les Bouts de bois de Dieu ». Il en est de même dans « Xala » pour Abdel Kader Bèye et son frère le mendiant aveugle incarné, en une éblouissante composition, par Douta Seck.
Leur affrontement est celui des principaux acteurs des Indépendances des années soixante. Dans chacun de ces deux cas, Sembène indique clairement son camp. La fameuse scène finale de Xala montre, du reste, à quel point son parti-pris peut être à la fois violent et jubilatoire.
Mais le politically correct, même sous le généreux habillage du réalisme-socialiste, n’a jamais suffi à faire de quiconque, un bon romancier ou cinéaste. C’est surtout la richesse intérieure de Sembène qui lui a permis de pallier les lacunes de la curieuse doctrine littéraire jdanovienne. Dans un contexte où tout le prédisposait au simplisme, il a réussi à donner à Oumar Faye et Bakayoko, mais aussi au « Borom Saret » et à « La Noire de… » une réelle épaisseur psychologique.
Si son œuvre réussit à exprimer avec aisance, le meilleur des êtres et leur part la plus ténébreuse, c’est que la perspective humaine n’en est jamais absente. Il lui suffit d’une légère inflexion du récit pour faire entrevoir, derrière les certitudes militantes de Bakayoko, un simple mortel qui doute, le clair-obscur d’une conscience, bien plus en souffrance qu’il ne veut le laisser voir dans la fureur de la bataille.
« Les bouts-de-bois-de-Dieu » c’est, comme chacun sait, une saga de la lutte ouvrière. Mais ce roman serait-il un tel chef-d’œuvre, sans quelques personnages apparemment peu décisifs : la vieille Niakoro, Adjibi’dji la fillette à l’esprit si vif, Penda la prostituée ou Sounkaré ? La touche Sembène, c’est aussi le choix de réduire au silence le Conseiller blanc de « Xala », pour souligner son pouvoir occulte. Et le simple fil tendu de « Moolaade » marque, avec plus de force que des bataillons en armes, l’inviolabilité d’un territoire…
Ousmane Sembène n’oublie, toutefois, jamais que le vrai justicier est avant tout un chroniqueur et que le simple fait de nommer le monde, vaut parfois les plus radicales subversions. Dans ses films comme dans ses romans, il s’attarde pour décrire avec finesse et précision des scènes de la vie quotidienne. Celles-ci peuvent paraître de vaines digressions, parfois intéressantes, sans plus. En fait, bien que situées à la marge du récit, elles lui infusent toute sa sève. Pris en lui-même, chaque détail du tableau reste muet, mais l’ensemble est une fresque vivante, sans quoi l’histoire aurait moins d’allure et de rythme.
Sembène se livre d’ailleurs à ce jeu avec une telle gourmandise que, souvent, la peinture de mœurs envahit tout l’espace narratif. « Le mandat », par exemple, est censé brosser le portrait d’une société sénégalaise où «l’honnêteté est un délit». Pourtant Sembène y instruit, en creux, le procès de la polygamie. Cette institution a tout pour horrifier un marxiste comme lui. Et de fait, il la juge avec sévérité. Mais a-t-on vu avec quelle infinie tendresse, il filme le tyran domestique Ibrahima Dieng au milieu de ses deux épouses ? Son déjeuner solitaire, par lequel tout commence, est un grand moment de cinéma. Rien ne nous est épargné : le lavage des mains, les solides bouchées de ceebu jën (Ndlr : plat de riz au poisson) hâtivement avalées, les arêtes coincées entre ses gencives, le dessert, le “croquage” de cola et surtout ses rots mémorables.
Prenant tout son temps, Sembène ne lâche pas Ibrahima Dieng jusqu’au moment où il ressort de la maison, pauvre diable fauché mais majestueux, quasi impérial. Dans l’intervalle, nous l’avons vu se faire masser par sa plus jeune épouse, avant de plonger dans un sommeil profond, ponctué de très graves ronflements. Il aura également raté, pour cause de repas trop copieux, sa prière du vendredi sans paraître du reste en faire un drame… On aurait cependant tort de déplorer ici des longueurs : aucun coup de pinceau n’est de trop dans cette description qui révèle, surtout, la relation privilégiée entre Sembène et son personnage.
Le romancier-cinéaste n’est pas en quête d’un héros prolétarien “positif”. Le sien n’est pas un Surhomme, il est plutôt un brave type écrasé par les forces aveugles de l’Histoire. Sembène invite Ibrahima Dieng à se regarder dans le miroir, à oser affronter ses faiblesses pour se corriger. Le cinéaste peut le faire en maniant l’humour et l’ironie, car il n’est pas dans la position arrogante de celui qui dispense ses lumières à un individu ignare. Non, Ibrahima Dieng est de son cercle d’amis, il est un copain déconneur et avec qui il ne va surtout pas se gêner.
Ce coté entre-nous-on-peut-bien-se-dire-la-vérité donne un sens particulier à l’engagement de Sembène. Tirant sa force de l’authenticité d’un vécu, il est aussi un engagement de proximité. Sembène ne parle pas à l’humanité en général, mais à des êtres de chair et de sang autour de lui. Il les exhorte à se libérer tout à la fois de leurs chaînes et des pesanteurs parfois criminelles – comme il le montre dans « Vehi Ciosane » – de leur société.
Au fond, ce dialogue entre l’ancien docker et les siens ne nous regarde pas. Loin d’être de ces intellectuels délicats qui disent se mettre au service des opprimés par élégance morale, Sembène ne prétend pas être le porte-parole du peuple : cela aurait signifié qu’il est au-dessus ou en dehors de lui. Et si ses descriptions sont d’une si saisissante vérité, c’est que de Boudody (Ndlr : quartier de Ziguinchor) au Vieux-Port, en passant par Marsassoum (Ndlr : village de Casamance) et Teeru Baay Sóogi (Ndlr : plage de Dakar), des personnes réelles ont précédé dans sa mémoire, les personnages de toutes ses oeuvres.
Ce souci de rester au plus près du réel explique d’ailleurs, l’absence du fantastique dans une si riche production. Il lui interdit également de se mettre lui-même au centre de sa création (3). Il importe à cet égard de noter qu’à l’exception de Diaw Falla du « Docker noir » et d’Oumar Faye de « O pays, mon beau peuple ! », très peu de ses héros lui ressemblent. En chacun d’eux, on trouvera certes tel ou tel trait de caractère de Sembène, un tic ou une particularité physique, mais l’essentiel est toujours pour lui de restituer, avec soin, une dynamique collective, de celle qui donne une allure si épique à son maître-livre, « Les bouts-de-bois-de-Dieu ». On y est aux antipodes des angoisses métaphysiques du quasi desaxé Ahmed Nara de Mudimbe ou de Diouldé, «le jeune homme de sable» de Sassine. Généreux – ou naïf ? – au point de ne voir dans son art qu’un levier du changement social, Sembène considère une certaine littérature existentielle, comme un mensonge typiquement petit-bourgeois sur soi-même.
Parti du bas de l’échelle sociale, il a eu la pudeur de ne jamais présenter son ascension comme un exploit. Un autre en aurait fait pendant des années, de livre en film, le récit émerveillé. Il était, en vérité, plus fier des épreuves que la vie lui avait imposées et de sa capacité à les surmonter que de son statut d’homme célèbre. Même si celui-ci lui a ouvert les portes d’un autre monde, il s’y est toujours comporté en insider, l’observant avec soin pour mieux en dire la lente décomposition.
Lorsque Ousmane Sembène revient au Sénégal en 1960, il n’a plus rien à voir avec le jeune homme qui en était parti une quinzaine d’années plus tôt. On imagine les regards ébahis de la plupart de ses amis du Plateau et la perplexité de ceux qui n’avaient pas deviné qu’il était promis à une destinée exceptionnelle. La France leur a bien changé leur Ousmane, hein ! Il a publié des livres et à ce qu’on raconte, il prépare « Borom saret » ; il ose tirer à boulets rouges sur l’agrégé de grammaire Sédar Senghor et sur Maître Lamine Guèye «le premier avocat africain». Il ne respecte même pas nos hommes de Dieu… Serait-il devenu fou là-bas chez les Tubaab, comme le Sarzan de Birago à son retour de la guerre ?
A Dakar, Sembène ne crée pas de parti. Il était déjà membre du Pai et avait implanté à Marseille une section du Paigc d’Amilcar Cabral. Et de toute façon, il n’a jamais fait confiance aux politiciens, quel que soit leur bord. Selon une expression qui lui est chère il «préfère militer à travers [son] art». Cela ne veut pas dire qu’il va s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Le pays connaît une grande effervescence idéologique et il assume une fonction critique dans sa création et dans les médias. Il n’apprécie pas les choix politiques de Senghor et le dit haut et clair. Entre ces deux hommes que tout sépare, les passes d’armes ne sont pas rares et leurs querelles prennent souvent un tour personnel.
A l’époque, le journal Afrique-Asie était la Bible des milieux progressistes du Tiers-Monde et Sembène s’y fendit un jour d’un court poème au vitriol, “Le prix Nobel cherche son Nègre”. On connaît l’épisode de « Ceddo », interdit par Senghor pour manquement à l’orthographe. Il faut aussi se souvenir que Sembène avait lancé avec le linguiste Pathé Diagne, le journal Kàddu, voué à la défense des langues nationales du Sénégal.
Mais le plus important reste l’impact très fort de ce retour au pays sur sa production littéraire et cinématographique. « Le dernier de l’Empire » est d’une certaine manière, son chant du cygne. J’ai été furtivement - et par pur hasard - témoin de la gestation de ce livre. Un vieux compagnon marseillais de Sembène, rentré lui aussi au Sénégal, était en difficulté et nous étions allés, mon frère et moi, demander à l’écrivain de se porter à son secours. Nous sommes arrivés à Gàlle Ceddo au crépuscule et l’homme paraissait heureux d’une journée d’écriture bien remplie. Je l’ai senti à sa gaieté, à son ton badin et à quelques autres petits détails de ce genre. Il était en short kaki et il se dégageait de toute sa personne, une impression de sérénité et de force.
A un moment donné, il a dit avec un geste significatif, vers les feuilles dispersées sur sa table de travail : «Nous autres, nous écrivons, nous écrivons et nous laissons cela ici pour les jeunes !» Plus tard, je saurai qu´il parlait du « Dernier de l´Empire ». Ambitieux et volumineux roman à clés, ce texte de politique-fiction a probablement déçu les énormes attentes de Sembène. Trop tributaire du contexte de l’époque, l’ouvrage est une sorte de déclaration d’amour de l’auteur à son public sénégalais. Il était, justement, un peu trop dans l’air du temps. Ce temps est vite passé et avec lui une œuvre terriblement datée, où on reconnaît si aisément Léopold Senghor sous les traits de Léon Mignane et où défilent, entre autres, Babacar Bâ, Abdou Diouf et Jean Collin (4).
On peut aussi se demander si, au contraire, « Le dernier de l´Empire » n’était pas arrivé avec un léger retard. Redigé du temps de Senghor, il a été publié peu de temps après son retrait volontaire du pouvoir. Cela a fait perdre au roman son mordant. Il ne rimait plus, littéralement, à rien. Il est donc normal qu’il soit passé inaperçu en dépit de son potentiel explosif.
Au début des années 80, un nouveau cours politique s’annonce et, pour des raisons à élucider, on note l’éloignement progressif de Sembène de la scène publique. Il est vrai que c’est l’époque où il est au sommet de sa gloire. Membre de tous les jurys de cinéma qui comptent, honoré dans le monde entier, il n’en reste pas moins productif et reçoit prix sur prix. Pourtant après ses nombreux voyages, il s’emmure dans le silence à Gàlle Ceddo. A-t-il décidé de se consacrer exclusivement à son art ? Peut-être en a-t-il juste assez de faire semblant de supporter les feux de la rampe.
En 1993, il reçoit le prix du président de la République du Sénégal pour l’ensemble de son œuvre littéraire. C’était une belle occasion de retrouvailles entre l’artiste et un public qui n’avait jamais cessé de le vénérer. Las, Sembène n’est pas preneur d’effusions sentimentales : au moment où la salle se lève pour l’applaudir, il a disparu depuis longtemps. Accès soudain de timidité ou lassitude ? On aurait toutefois tort de voir dans cette prise de distance, un brusque désintérêt pour l’actualité politique.
J’ai été très surpris de constater dans cette période, lors de quelques rencontres, que Sembène était pratiquement au courant de tout et qu’il lisait avec une grande attention, les titres les plus significatifs de la presse nationale. Le projet sur lequel il a travaillé jusque sur son lit de mort, « La confrérie des rats », devait, du reste, raconter l’émoi suscité dans un pays imaginaire par… l’assassinat d’un juge. On voit d’ici la mention au générique : «Toute ressemblance avec des faits réels serait une pure coïncidence.» Dommage, on se serait tous bien marrés avant même le début de ce thriller politique !
« Samory » est un autre film de Sembène que nous ne verrons pas. Pourtant il l’a porté si profond en lui qu’il n’a pas hésité à dire dans les années soixante dix à un journaliste de Jeune Afrique : «Si je meurs sans avoir réalisé Samory, je vous autorise à écrire qu’Ousmane Sembène a raté sa vie.» Cette forte déclaration montre surtout, qu’il considérait Samory comme son grand œuvre. Il m’en a montré le scénario dans son bureau de Gàlle Ceddo. C’était un travail colossal, effectué à partir de patientes et solides recherches et si je me souviens bien, il a longuement parcouru ce jour-là, avec ses croquis, la «Route de la Cola» au temps de l’Almamy… Sur cette route d’ailleurs, se trouvait Dierisso, le village burkinabé où il est allé tourner Moolaade. Comme par hasard… Il a dû renoncer à faire Samory pour une raison très simple : le cinéma africain, privé de moyens, l’est aussi du droit de choisir et ses sujets et leur traitement (5).
Samory aurait eu une place de choix dans cette période de sa vie où, à l’écart du tumulte national, Sembène a renoué (Guelwaar et Camp de Thiaroye) avec une vision panafricaine déjà présente dans « Les bouts-de-bois-de-Dieu ». « Moolaade », tourné en dioula au Burkina-Faso avec des acteurs maliens, ivoiriens et burkinabé, poussera jusqu’au bout cette logique.
Ousmane Sembène nous a quittés le 9 juin 2007, sans avoir jamais assigné la moindre limite à son mépris du qu’en-dira-t-on. A quatre-vingt-cinq ans, il s’habillait comme cela n’est même plus permis dès la quarantaine : blue-jeans, veston de cuir, casquette etc. Sa mise vestimentaire et sa vivacité physique n’étaient cependant pas destinées chez lui à dissimuler les atteintes, du reste quasi invisibles, de l’âge. Il se sentait si bien dans sa peau, qu’il se faisait appeler par dérision, l’«Aîné des Anciens». Le fait est, cependant, qu’il a vécu très longtemps en réussissant à préserver sa jeunesse d’esprit. Il y a là quelque chose de magique et peut-être, ce miracle est-il précisément celui d’une liberté dont il a choisi, jusqu’ à son dernier souffle, d’être l’esclave.
Notes
1- Ces deux anecdotes, sur le cinéma et la lecture, sont rapportées par le professeur Samba Gadjigo dans son ouvrage : Ousmane Sembène, une conscience africaine, Éditions Homnisphères, Paris 2007
2- Plus tard, au cours d’un entretien que j’eus avec lui pour le mensuel Afrique-Tribune, il relativisera lui-même l’influence de l’auteur de Germinal par un : «Zola, j’étais obligé de me le taper, parce que j’étais au syndicat !», suivi d’un grand éclat de rire.
3- On notera toutefois une incursion fugace dans Le dernier de l’Empire, sous sa véritable identité. De même apparaît-il, comme pour se moquer de lui-même, dans nombre de ses films. Ce qui peut aussi être perçu comme une façon de les signer…
4- Un de mes aînés journalistes m’a rapporté que Jean Collin (Ndlr : ancien ministre et homme fort du régime sous Abdou Diouf) s’est vanté auprès de lui, de n’avoir pas fait interdire « Le dernier de l’Empire », ajoutant : «Votre ami Sembène voulait nous pousser à faire la même erreur qu’avec « Ceddo ». Cette fois-ci on a laissé l’ouvrage en librairie. Résultat : personne ne l’a lu et personne n’en a parlé.» Le plus dur, c’est qu’il a bien eu raison.
5 - Faute de volonté politique des Etats, le cinéma africain existe grâce aux subsides de la Coopération française, dont on peut dire aussi qu’elle l’empêche d’exister !
° Boubacar Boris DIOP est un écrivain sénégalais.
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Tagged under GouvernanceDes observateurs africains des élections présidentielles du Zimbabwe ont recueilli des récits "horribles" de violences politiques dans le pays, a rapporté leur porte-parole le 17 juin. Marwick Khumalo, qui dirige une mission d'observation de 64 membres du Parlement panafricain, placée sous l'égide de l'Union africaine, a notamment décrit le meurtre épouvantable de la femme d'un chef de l'opposition, apparemment tuée par des partisans de Robert Mugabe, et évoqué le sort d'une autre femme, "décapitée". Et ces incidents ne sont pas uniques en leur genre.
Tagged under GouvernanceJacob Zuma, chef de l'ANC au pouvoir à Prétoria, a déclaré ne pas s'attendre à ce que le second tour de l'élection présidentielle zimbabwéenne du 27 juin soit libre et équitable. Zuma, qui s'est fait élire en décembre à la tête de l'ANC aux dépens de Thabo Mbeki, s'est montré beaucoup plus ferme que ce dernier dans ses critiques à l'encontre de Mugabe. "Je pense nous aurons de la chance si les élections sont libres", a déclaré Zuma .
Tagged under Gouvernance South AfricaAu moins deux policiers ont été tués et des dizaines de personnes blessées le 17 juin à Conakry lors d'affrontements entre des policiers, en grève pour une augmentation de leurs salaires, et des militaires. Selon une source militaire, une centaine de policiers ont été arrêtés par des militaires et emmenés au camp Alfa Yaya Diallo, le plus grand du pays, situé près de l'aéroport international. Des militaires avaient donné l'assaut en fin de matinée, le 17 juin contre les locaux de la Cmis, où s'étaient regroupés les policiers grévistes.
Tagged under GouvernanceLa Suisse ne sait plus très bien ce qu'elle doit faire des 8 millions de francs suisses (environ 5 millions d'euros) de l'ex-dictateur congolais Mobutu Sese Seko décédé en 1997 et qui dorment toujours dans ses banques. Berne se dit prête à restituer cet argent à la République démocratique du Congo (RDC), mais Kinshasa ne semble pour l'instant pas vraiment intéressée. L'an dernier, les autorités suisses avaient invité le gouvernement de la RDC à désigner un plénipotentiaire afin qu'une solution puisse être rapidement trouvée et que cet argent soit restitué au peuple congolais, mais Kinshasa ne semble pas encore avoir entrepris de démarches en ce sens
Tagged under GouvernanceL’Assemblée nationale de la RD Congo a connu une fin de session parlementaire laborieuse le 14 juin. La motion portant séquestration de trois députés par un ressortissant libanais suscite désormais plusieurs interrogations sur les valeurs intrinsèques de certains élus, au-delà de toute la classe politique. Car avec cette affaire la magouille est mise à nu, jetant ainsi le discrédit sur les institutions nationales.
Tagged under GouvernanceLes Rwandais s'habituent peu à peu à porter des chaussures depuis que le gouvernement les a rendues obligatoires, il y a deux ans, pour des raisons d'hygiène. L'obligation pèse depuis la signature, en 2006, des contrats de performance entre le président de la République et les maires des districts. Lutter contre les maladies résultant de la saleté, les chiques, les blessures des pieds causés par les cailloux ou les objets tranchants… très répandues dans les villages. Mais tous ne s'y font pas.
Tagged under Gouvernance RwandaComment utiliser les nouvelles technologies pour faire avancer la cause de la démocratie et des droits de l'homme en Afrique ? Cette question est au cœur de la réflexion de nombreux militants, activistes et membres de la société civile. La récente crise politique kenyane a été un "laboratoire " intéressant. C'est ainsi que le site Ushahidi est né, dont les visiteurs pouvaient localiser, sur une carte du Kenya, les régions les plus explosives. Dès lors, il devenait plus difficile de massacrer à huis clos. Lors des dernières violences à caractère xénophobe en Afrique du Sud, Ushahidi a fait un petit: le site United For Africa.
Tagged under GouvernanceLe président Kadhafi a critiqué les communautés régionales notamment la CEDEAO (pour l'Afrique de l'ouest) et la SADC (pour l'Afrique australe), dont il constate "l'échec" et appelle à "l'élimination", à l'ouverture du 10e sommet des chefs d'Etat de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (Cen Sad), le 17 juin à Cotonou, en présence d'une dizaine de chefs d'Etat membres. "Il est une urgence de mettre en place le gouvernement de l'Union pour trouver les mécanismes d'application des conventions qui sont restées jusque-là dans les tiroirs", souligne le dirigeant libyen.
Tagged under GouvernanceL'intensification des mesures de répression contre les leaders de l'opposition et des organisations non-gouvernementales est une preuve de plus que le deuxième tour de la présidentielle du 27 juin ne sera pas libre et transparent, a déclaré, le 14 juin, Human Right Watch. Les observateurs électoraux internationaux de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et de l'Union africaine doivent surveiller et rendre publique les abus du parti au pouvoir au Zimbabwe, l'Union nationale africaine du Zimbabwe- Front patriotique (ZANUF-PF0).
Tagged under GouvernanceUn collectif de journalistes ivoiriens a "exhorté" le président Laurent Gbagbo à ne pas "banaliser" la disparition en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, estimant qu'il est de "son devoir" d'aider à le retrouver. Ce collectif "prend acte des engagements" du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui a affirmé avoir parlé "au moins dix minutes" du dossier Kieffer, lors de son entrevue samedi 14 juin avec le président Gbagbo.
Tagged under GouvernanceUn ressortissant mozambicain a été brûlé vif le 14 juin par une foule dans un township de Pretoria, un mois après une vague de violences xénophobes en Afrique du Sud. "La victime, un homme de 30 ans de nationalité mozambicaine, a reçu des pierres avant d'être brûlé vif par des résidents du quartier de Brazzaville dans le township d'Atteridgeville", a déclaré à la police.
Tagged under GouvernanceAu moins 40 personnes ont péri et près de 100 sont portées disparues après le naufrage d'un bateau transportant des immigrés clandestins de la Libye à l'Italie,. Ce navire a sombré le 7 juin peu après son départ du port libyen de Zouweira. Les autorités libyennes ont informé l'ambassade égyptienne de ce drame le week-end passé, des ressortissants égyptiens faisant partie des naufragés.
Tagged under GouvernanceUn juge a rejeté, le mardi 17 juin, la demande de mise en liberté de Tendai Biti, numéro 2 du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), principal parti d'opposition au Zimbabwe. "Je ne suis pas satisfait par les arguments du demandeur qui estime que la détention continue est illégale", a déclaré le juge Samuel Kudya. Le MDC avait déposé une demande urgente pour que son secrétaire général Tendai Biti soit relâché, alors qu'il n'a pas encore été officiellement inculpé de trahison et que sa détention a dépassé le délai légal de 48 heures.
Tagged under GouvernanceLe chef de la mission d'observation de l'Union africaine a mis en garde le 17 juin contre la violence au Zimbabwe et les menaces de "guerre" du président Robert Mugabe à l'approche du second tour de l'élection présidentielle, le 27 juin. "La violence est maintenant en tête de l'ordre du jour de ce processus électoral", a déclaré Marwick Khumalo, du Parlement panafricain, organe de l'Union africaine (UA), dont le groupe d'observateurs commençait à se déployer au Zimbabwe.
Tagged under GouvernanceCHRONIQUE : Les responsabilités du capitalisme mondial dans la crise alimentaire.
COMMENTAIRES ET ANALYSES : Le prix du pétrole ne pourra pas monter inexorablement.
COURRIER : Burkina : Lettre ouverte au Premier ministre au ministre de l’Agriculture
ARTS & LIVRES : Angola : Le gouvernement institue une pension pour les musiciens.
ZIMBABWE : La justice rétablit le droit de rassemblement du MDC.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Le Japon déçu par le silence de l’Afrique sur le Conseil de sécurité
FEMMES & GENRES : Burkina : L’armée se féminise un peu plus.
DROITS HUMAINS : Burundi : Mobilisation contre le travail des enfants.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique du Sud : 2000 étrangers demandent de l’aide pour partir.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Bénin : Polémique autour de la non installation de 22 conseils communaux.
AFRIQUE & CHINE : Afrique : La Chine entend aider sans ingérences sur les droits humains.
CORRUPTION : La BM suspend une entreprise sénégalaise pour pratiques frauduleuses.
DEVELOPPEMENT : Afrique : L’ONU projette de lancer une révolution verte.
SANTE ET VIH/SIDA : Ouganda : Les idées fausses et les relations extraconjugales propagent le sida.
EDUCATION : Guinée : Le ministre de l’Education appelle à sauver l’année scolaire..
ENVIRONNEMENT : Gabon : La campagne de collecte des sachets plastique crée la ruée.
MEDIAS & LIBERTE D’EXPRESSION : Cameroun : Six journalistes interpellés, une émission suspendue.
CONFLITS ET URGENCES : Afrique : L’’Ouganda, le Soudan et la Rd Congo se liguent contre la LRATagged under GouvernanceUn an après la disparition de Sembène Ousmane le 9 juin 2007, le Sénégal lui a rendu un hommage national. Clarence Delgado, qui a été son assistant pendant un quart de siècle, parle de ses relations assez particulières avec le défunt cinéaste, de la confiance qui prévalait dans cette relation de père à fils. Il évoque aussi l’œuvre littéraire et cinématographique de Sembène, en mettant l’accent sur son caractère exceptionnel et sur le fait que Sembène est unique en son genre.
Tagged under Gouvernance SenegalLa Banque mondiale (BM) a suspendu le 11 juin, de ses projets financés au Sénégal, une société locale spécialisée dans la construction et l'équipement accusée de "pratiques frauduleuses", une première au Sénégal. "La Banque mondiale a annoncé ce jour qu'elle a rayé Générale de l'ingénierie des travaux et de l'équipement (GENITE) de la liste des sociétés et personnes autorisées à participer à des projets qu'elle finance (...) pour pratiques frauduleuses", déclare l'institution. "C'est la première fois qu'une société sénégalaise est sanctionnée par la BM" qui a approuvé son premier projet au Sénégal en 1966.
Tagged under Gouvernance SenegalLa flambée des prix alimentaires qui a donné lieu à des "émeutes de la faim" constitue un véritable drame humain. Le prix mondial du blé a presque triplé en trois ans, doublé en un an ; celui du riz a pu augmenter de plus de 50 % depuis janvier. Le coût d’un repas a été surenchéri de 40 % en un an dans les pays pauvres. Là où l’alimentation représente jusqu’à 75 % du budget d’un ménage, ces hausses de prix s’avèrent catastrophiques. Elles pourraient refaire passer des millions de gens sous le seuil de pauvreté et effacer des années d’efforts de développement. Quelles raisons peuvent expliquer cette situation ?
Si l’on prend en compte que l’économie est constituée d’interconnexions complexes, il faut alors aller chercher les causes réelles de la crise un peu plus loin que ce que l’on peut lire ou entendre habituellement. La crise peut être lue comme l’effet pervers plus général de politiques empêchant la responsabilité de bien des décideurs.
Notons avant tout qu’il est vrai que le fait que chaque année des millions de gens sortent de la pauvreté grâce à l’intégration de leur économie dans la mondialisation a induit une hausse de la demande alimentaire notamment de viande (et le bétail consomme des céréales). Mais alors il faudrait que l’offre alimentaire suive, ou plutôt qu’on lui permette de suivre. Car s’il faut tenir compte des aléas du climat (baisse de la production en Australie du fait de la sécheresse par exemple), il faut surtout insister sur tous les éléments politiques, directs ou indirects, qui empêchent les marchés de s’ajuster par les quantités pour maintenir des prix relativement stables là où cela est possible.
1 - Effets pervers des mécanismes de subventions et du protectionnisme
En premier lieu, les mécanismes de subvention dans les pays riches, qui distordent les marchés, sont montrés du doigt. Et à juste titre. Il y a deux types d’effets ici. Le premier est que les subventions détournent les producteurs vers des cultures subventionnées. Et lorsque les Etats subventionnent la culture destinée aux biocarburants, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou en Europe, cela se fait au détriment de cultures alimentaires non subventionnées. L’offre de cultures alimentaires étant artificiellement amoindrie, leurs prix augmentent. Et lorsque l’on subventionne le fait de ne pas produire, c’est la même chose (jachères en Europe jusqu’en 2007).
Le deuxième effet est que les subventions dans les pays du Nord (payées par leurs contribuables) empêchent les pays du Sud d’être compétitifs sur les marchés du Nord. Du fait de ce protectionnisme du Nord (en Europe – et la France en tête !), les pays du Sud ne peuvent se spécialiser là où ils pourraient avoir un avantage comparatif et accéder aux marchés du Nord. Cependant, il faut aussi rappeler que le protectionnisme des pays du Sud, notamment des pays d’Afrique entre eux, empêche souvent la constitution de grands marchés régionaux. La responsabilité des politiques dirigistes et protectionnistes doit donc être mise en cause.
2 - Le besoin de propriété foncière agricole
Ensuite, les arrangements institutionnels en matière de propriété foncière agricole sont fondamentaux pour comprendre les problèmes alimentaires aujourd’hui. L’offre déficitaire de certains pays n’est pas simplement due à des causes exogènes. Et on ne peut blâmer le marché là où il ne peut pas se développer. En Afrique, le problème majeur de l’agriculture est bien souvent la non-définition des droits de propriété agricole, d’où l’incitation faible à investir dans ce secteur. Le défi majeur des politiques de développement pour favoriser l’essor agricole de certains pays est ainsi de permettre des arrangements institutionnels (intégrés aux coutumes locales) permettant la responsabilité des « entrepreneurs agricoles". C’est seulement avec de telles incitations que l’offre agricole dans certains pays pourra, d’une part, réellement émerger, et d’autre part, suivre la demande. A cet égard, la Chine a tout récemment protégé les droits de propriété de ses paysans pour justement remédier aux problèmes de sa production agricole. Cet engagement doit être pris dans d’autres pays.
3 - Le rôle des institutions financières internationales
Par ailleurs, l’interventionnisme de la Banque mondiale et du FMI depuis des années n’a pas porté ses fruits en dépit des sommes colossales englouties dans les programmes de développement. En revanche, il a rendu durablement dépendantes de nombreuses économies. En effet, l’endettement initié par les politiques contreproductives de « Big push » dans les années 60 et 70, a été suivi logiquement par des politiques d’ajustement structurel. D’où, dans de nombreux cas, l’obligation de développer des cultures non vivrières "rentables à l’exportation" (comme le coton) pour rembourser les prêts. Ces politiques d’aide ont pu donc perturber la sécurité alimentaire de certains pays pauvres. De plus, elles ont été bien souvent accompagnées du maintien de gouvernements irresponsables. Ces derniers, à qui l’on continue de prêter, empêchent le développement de leurs populations en refusant la liberté économique.
4 - L’impact de la crise financière
La crise financière s’est reportée sur le marché alimentaire, le riz ou le blé représentant des "valeurs refuges" pour les spéculateurs. Il faut donc chercher une partie de l’explication – indirecte - de la crise alimentaire du côté de la crise financière. Rapidement, qu’y trouve-t-on ? Des banques américaines qui ont prêté de manière risquée à des gens qui ne peuvent pas rembourser. Mais peu de gens semblent conscients que cela est lié à la politique de la Fed (la banque centrale américaine). Ce qui est parfois appelé la "doctrine Greenspan" a induit un effet pervers majeur : le fait que la Fed assure en quelque sorte les perdants (qui ont délibérément pris des risques) lors de l’éclatement d’une bulle financière. C’est une incitation forte pour les banques à adopter un comportement risqué et peu responsable en matière de prêt, et donc à générer des crises. Il y a ici un parallèle saisissant avec la Banque mondiale et le FMI : des organisations haut placées rendent irresponsables d’autres organisations sous leur coupe. Or, les marchés comme les Etats ne fonctionnent que lorsque la responsabilité des décideurs est sanctionnée.
5 - La hausse du prix du pétrole
Enfin, la hausse du cours du pétrole a aussi une incidence sur le coût de transport des denrées et donc in fine, sur leur prix. L’augmentation du prix du baril s’explique d’abord par la hausse de la demande mondiale qui fait face à une offre rigide cartellisée qui n’a pas investi pour adapter sa production. Par ailleurs, le pétrole constitue une valeur refuge pour les spéculateurs, surtout en période de crise : la hausse des cours peut donc être imputée en partie aux responsables de la crise financière.
Une aide d’urgence est nécessaire pour aider les populations en détresse. Cependant, après avoir traité le symptôme, il faudra s’attaquer aux causes profondes de ces déséquilibres. Et il ne semble pas que les discours des "responsables" des Etats ou des institutions internationales aillent toujours dans le bon sens. Les références au New Deal et à des aides supplémentaires durables par le président de la Banque mondiale, à de nouvelles distorsions du marché, et l’enfermement du ministre français de l’Agriculture dans le protectionnisme, tout cela n’est pas de bon augure. Cette crise devrait être l’occasion de remettre à plat les politiques de développement, et ce au sens large : c’est-à-dire non seulement l’attitude des institutions internationales sensées aider au développement, mais aussi celle des gouvernements des pays pauvres, et bien entendu de ceux des pays riches.
* Emmanuel Martin est Docteur-chercheur en économie (cette analyse est déjà parue dans le quotidien burkinabé Le Pays)
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Tagged under GouvernanceUne vive polémique s’est installée entre les partis politiques de l’opposition et les membres du gouvernement béninois autour de la non installation de 22 conseils communaux sur les 77 que compte le pays. La discorde est intervenue au lendemain du délai légal de l’installation des conseils communaux, le 5 juin. Dans la plupart des localités où l'installation n'a pas eu lieu, certaines formations politiques ont estimé que les résultats de ce scrutin local des 20 avril et du 1er mai derniers, publiés par la CENA, ne sont pas fiables.
Tagged under Gouvernance Benin
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