• Contributor | Gouvernance

    En tentant de rejoindre les zones au climat plus clément, certaines espèces d'oiseaux migrateurs ont connu quelques problèmes. Cela s’est passé en Afrique du Sud. En effet, les oiseaux ont été pris au piège par une vague de froid… En pleine traversée d’une province d’Afrique du sud, des hirondelles n’ont pas pu tenir le rythme de vol et sont mortes en plein ciel. Les habitants de la région de Limpopo ont alors assisté à une véritable pluie de cadavres de volatiles et ont tout de suite pensé que ces derniers avaient été empoisonnés.

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  • Contributor | Gouvernance

    Le président kényan Mwai Kibaki a annoncé, le 13 avril, la nomination du chef de l'opposition Raila Odinga au poste de Premier ministre, en rendant publique la composition d'un gouvernement de coalition devant régler la sanglante crise post-électorale qui a ébranlé le pays. Le président de la Commission nationale kényane sur les Droits de l'Homme a dénoncé la taille du gouvernement de coalition, regrettant le "prix élevé à payer" pour les contribuables kényans.

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  • Contributor | Gouvernance

    Au moins douze personnes ont été tuées, lundi 14 avril, dans des violences impliquant des membres de la secte interdite Mungiki qui protestaient contre le meurtre de l'épouse du leader de ce gang actuellement en prison. "Six membres présumés des Mungiki ont été tués par la police et trois personnes tuées par les Mungiki", a indiqué un haut responsable policier précisant que ces violences s'étaient déroulées dans les environs de Nairobi et dans la province centrale.

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  • Contributor | Gouvernance

    L'opposition et le pouvoir zimbabwéen se sont lancés dans une bataille de procédures autour des résultats des élections du 29 mars, dont la publication rapide a été demandée par les pays de la région lors d'un sommet extraordinaire qui s'est achevé le 13 avril à Lusaka. L'impasse était totale au Zimbabwe, quinze jours après les élections générales. La Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) a annoncé dans la presse d'Etat, le 13 avril, qu'un recomptage des suffrages dans 23 des 210 circonscriptions serait organisé samedi prochain, en raison de soupçon d'erreurs dans le décompte.

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  • Du commerce, encore du commerce toujours du commerce: voilà la formule qui assure une vie épanouie. Mais quelle est sa signification pour les femmes de l’Afrique de l’Est ? Dans quelle mesure le commerce reflète-t-il leurs intérêts ? Salma Maoulidi mène l’enquête.

    Faire du commerce implique une série d’activités économiques et de transactions. Le commerce, pour beaucoup de ceux qui se débattent pour améliorer leur situation économique dans le Sud Global, signifie une nouvelle planche de salut. C’est l’équation magique qui mène à la prospérité économique : faites davantage et votre Produit National Brut augmente et vous gagnez des points en termes de performance économique.

    Mais comme dans toutes les formules économiques en vigueur il y a un piège : pour qu’un gain économique puisse être enregistré dans le régime prévalant, le commerce extérieur doit être supérieur au commerce intérieur. En terme pratique, ceci signifie que l’économie importe plus qu’elle n’exporte ce qui se fait au détriment de la production locale, celle-ci devenant plus coûteuse et donc moins compétitive en raison d’un coût de production supérieur.

    Par ailleurs, les rentrées d’argent liées à l’exportation pour les pays sont moindres suite à la dévaluation des devises locales, celles-ci devenant alors trop faibles pour entrer dans la compétition des marchés mondiaux L’autre élément préjudiciable est le statut inférieur des produits locaux dépréciés parce que « de la matière première » qui a une valeur moindre que les produits finis.

    Pourquoi le genre est un élément de l’équation du commerce.

    En terme simplifié, ceci constitue la base du fonctionnement du régime commercial en vigueur. Sous-jacent à cette simplicité, il y a toutefois un réseau de relations qui influence fondamentalement aussi bien les conditions que les acteurs des transactions commerciales sans excepter les femmes. Universellement, le monde des affaires est un monde dont les femmes sont exclues. Dans la foulée des idéologies religieuses et culturelles dominantes, qui ont nié aux femmes le droit à la propriété avec persistance, le monde des affaires a bien voulu concéder aux femmes le rôle de productrice et de consommatrice mais pas celui de propriétaire et de gestionnaire d’entreprises productives.

    L’indépendance politique a eu un effet minimal sur le profil national et global de la répartition de la richesse. En Afrique de l’Est, pendant la période coloniale, la classe des commerçants était composée surtout d’Indiens et de quelques Arabes qui possédaient aussi bien le commerce de détails que celui de grossiste. Toutefois, les principales activités économiques étaient contrôlées par les fermiers coloniaux et l’administration coloniale, des Européens pour la plupart.

    A l’heure où les grandes compagnies se rendent maître des activités économiques, le monopole du commerce n’est plus défini le long de lignes ethniques ou raciales. Ainsi le petit commerçant indien ou arabe en Afrique de l’Est est remplacé par le Chinois qui est aussi bien grossiste que commerçant de détail ; la main d’œuvre expérimentée provenant d’Inde et de l’Asie du Sud Est accapare l’industrie et le secteur du service. Peu d’entrepreneurs autochtones peuvent se prévaloir d’une part dans le commerce local ou régional et les Africains constituent la majeure partie de la main d’œuvre non qualifiée tout en restant les principaux consommateurs.

    La composition du monde des affaires a connu peu de changement du point de vue du genre, les femmes n’ayant que faiblement pénétré dans les marchés locaux, régionaux et mondiaux. Les femmes sont toujours sous représentées dans les organes commerciaux et économiques. En Tanzanie par exemple, les femmes sont sous représentées dans pratiquement toutes les chambres de commerce. La bourse locale et les industries locales ne comptent que peu de femmes. Les accords commerciaux locaux offre des opportunités commerciales au-delà des frontières nationales, mais le plus souvent omettent d’y intégrer des femmes.

    Des accords commerciaux tel le NEPAD ou le marché commun de l’Afrique de l’Est, en apparence progressistes, sont rendus inefficace par des cadres constitutionnels qui préservent l’inégalité en terme de genre au niveau national. A beaucoup d’égard, les femmes demeurent les vendeuses utiles pour l’avancement d’objectifs matérialistes et l’obtention de gains. Il leur reste à devenir les sujets d’un régime de commerce et d’investissements.

    Le miracle de programmes économiques favorisant les femmes.

    Au vu de l’exclusion persistante des femmes de l’entreprise économique et fort de la croyance que le pouvoir économique conféré aux femmes est un élément crucial dans l’amélioration de leurs statuts, des pionniers individuels ou des organisations de développement ont tenté de créer un meilleur équilibre entre les acteurs économiques. Nombre d’entre eux gèrent des programmes dont le but est l’amélioration de la situation économique des femmes, programmes qui varient peu dans leur approche et qui sont basés sur le micro-crédit.

    La théorie de l’amélioration des conditions économiques des femmes a toutefois une faille dans ce qu’elle ne voit pas la femme comme un investisseur économique indépendant ou comme marchand. En effet, bien que le modèle impérialiste des affaires se concentre sur l’accumulation ainsi que l’injection massive de capitaux dans le but d’un profit maximum, la doctrine qui prévaut pour les femmes limite leur possibilité d’entreprendre, hormis dans le cadre du petit commerce généré par le micro-crédit qui a cours en marge du véritable monde des affaires.

    Le concept de micro-crédit est essentiellement restrictif. Hormis suggérer qu’il est insignifiant et donc sans conséquences en terme de volume et de risque, il nie aux femmes les capacités d’accumuler du capital. Son objectif est plutôt de leur fournir une aide suffisante qui leur permette de survivre à elle et à leur famille. Cette perspective a influencé la façon dont les femmes s’engagent dans les affaires, leur motivation principale étant d’aider leur famille et non d’accumuler des richesses.

    En effet, les femmes mettent la plus grande partie des gains résultant d’une activité productive au service de leur famille plutôt que d’étendre et de diversifier leurs affaires. ( Un fait sur lequel la plupart des agences ont tablé pour introduire et intensifier les programmes de micro-crédit destinés aux femmes). Parce que les activités économiques des femmes visent principalement à améliorer les conditions de leur famille, celles-ci ne sont pas prises au sérieux. Peut-être que si les femmes n’assumaient pas la plus grande part de la responsabilité de leurs familles, elles pourraient s’engager dans du commerce lucratif comme le font déjà des femmes plus jeunes sans charge de famille. Elles rivaliseraient pour faire du profit plutôt que de gagner de l’argent juste pour survivre.

    Les conditions dans lesquelles les programmes de micro-crédit opèrent sont aussi limitatives dans le sens où elles exigent que les femmes s’organisent en une collectivité de 5 ou dix personnes si elles veulent obtenir un crédit. Il n’y a aucun doute qu’il est plus profitable pour les institutions de prêter de l’argent à des communautés de femmes et ainsi d’optimaliser leur chiffre d’affaires sans se préoccuper de savoir si les crédits octroyés contribuent à leur richesse: un recrutement soutenu ainsi que la pression exercée par les membres du groupe assure un taux de remboursement élevé. Donc avec un investissement minimal, les femmes deviennent de bons instruments générateurs et multiplicateurs de liquidités.

    Les femmes cibles du commerce ou actrices du commerce

    A beaucoup d’égard, les femmes deviennent les cibles du commerce, celui-ci utilisant à leur égard des techniques aussi bien traditionnelles que modernes. En Tanzanie, la libéralisation économique a vu un afflux d’objet de luxe, le plus important étant les cosmétiques. Les images de la femme moderne, propagées par les médias, résultent en une véritable inondation du marché par des cosmétiques bon marché comme les crèmes blanchissantes dont l’innocuité reste à démontrer. Les promoteurs et les principaux distributeurs sont des hommes cependant que les femmes sont les consommatrices assaillies ou complaisantes. De même, la maison qui demeure le bastion des femmes reste le point de vente le plus efficace, où il est possible de séduire les femmes en leur faisant miroiter des gadgets les meilleurs marchés et les plus récents.

    Ceci ne signifie pas pour autant que les femmes sont passives et n’ont cure des opportunités économiques offertes par les systèmes traditionnels ou nouveaux. Les femmes ont peut-être été exclues du commerce mais celui-ci ne les a jamais rebutées. En effet, dans nombre de pays africains les femmes sont respectées pour leur expertise commerciale. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, le commerce de l’alimentation et du textile est dominé par les femmes. Il est devenu habituel, même dans des régions conservatives, de voire des femmes qui font du commerce : des femmes qui gère un magasin ou un bar dans des centres urbains et régionaux ; des femmes qui vendent du poissons dans des régions côtières et celles des Grands Lacs ainsi qu’au Zanzibar ; des femmes qui font du commerce de denrées alimentaires et de céréales à Manyara et Mbey ; des femmes qui colportent des biens à Moshi et à Arusha ; des femmes qui font du transport à Tanga et Dar es Salam.

    Il y a aussi une augmentation du nombre des femmes qui participent aux foires nationales ou internationales avec nombre d’entre elles qui financent elles-mêmes leur participation. De plus en plus les femmes se construisent une niche pour elles-mêmes dans un monde jusque-là dominé par les hommes.

    Les femmes représentent un pourcentage important des 85% de Tanzaniens impliqués dans l’agriculture qui est le pilier de l’économie. Elle représente un pourcentage important de la population impliquée dans le secteur informel. L’engagement économique des femmes demeure confiné au secteur de la reproduction- la production et la préparation de la nourriture, l’hospitalité et les soins aux enfants, l’enseignement, la beauté, l’hygiène et l’artisanat- qui sont autant de domaines qui réaffirment leur rôle sexuel et reproductif. Elles restent exclues d’entreprises plus lucratives telles que l’horticulture ou l’agriculture à grande échelle ou encore de l’industrie.

    Même dans un secteur qui en Tanzanie accuse une croissance rapide telle l’exploitation minière, les femmes sont sous représentées. Bien qu’il y ait des associations de femmes mineurs de fond qui défendent les intérêts d’une population non négligeable de femmes mineurs de fond, rares sont celles qui sont mineurs de fond ou marchandes de pierres précieuses. La majeure partie de la population féminine qui travaille dans les mines vend de la nourriture ou du sexe.
    Les femmes dans l’industrie du tourisme ne font pas mieux. Là aussi les hommes occupent les créneaux les plus lucratifs en servant de chauffeur de taxi, de guide de voyage, en étant des propriétaires ou des gestionnaires d’hôtel ou encore sont à la tête d’une agence de voyage. Les femmes assument les fonctions subalternes en étant téléphoniste, serveuse, femme de chambre, nettoyeuse, vendeuse dans une agence de voyage ou hôtesse de l’air. Comme dans le cas des femmes impliquées dans la production de nourriture, les femmes dans l’industrie du tourisme sont contraintes à la prostitution afin de suppléer à leur faible revenu.

    A quel prix le succès économique des femmes ?

    Une insécurité croissante dans leur vie privée rend les femmes réticentes à s’engager dans le commerce. Les histoires de maris qui s’approprient les prêts ou les gains, exacerbant ainsi la pauvreté parmi les femmes, abondent dans les programmes de micro-crédit. Egalement le risque physique encouru par les femmes en raison de leur succès économique est passé sous silence.

    De toute évidence le succès économique ne protège pas les femmes de la violence. Nombre d’entre elles ont été agressées du fait de leur succès dans les affaires. Mama Terry, une marchande de poissons populaire du marché d’Arusha et qui a été volée dans sa maison, est un cas de figure. Un de ses proches, jaloux de son succès dans les affaires, a loué les services d’une bande de voyous pour « lui apprendre ». Fort heureusement elle avait une forte somme d’argent en sa possession le jour de l’attaque. Détournés de leurs objectifs par l’argent, les voyous sont repartis sans lui faire de mal. D’autres femmes ne s’en tirent pas aussi bien étant les victimes d’agressions sexuelles et d’autres actes de violence par des bandes de malfrats.

    Clairement les conditions dans lesquelles les femmes peuvent s’engager dans une activité lucrative doivent être en harmonie avec les normes sociales. A défaut, les familles et la société en général se réserveront le droit d’avoir recours à des sanctions qui neutraliseront la mobilité économique de la femme. Il est courrant que de jeunes commerçants, frustrés par une aliénation économique sévère, attaquent physiquement et verbalement les femmes qu’ils perçoivent comme ayant du succès. Ils estiment que ces femmes minent leurs chances « d’arriver » dans un environnement de commerce compétitif.

    Regrettablement, les modèles de femmes de substance dans le commerce et les affaires sont rares, même parmi celles qui sortent des écoles de commerce. Il est intéressant de noter que les femmes qui ont suivi un enseignement commercial finissent comme enseignantes ou supervisent des femmes moins fortunées dans des programmes de prêts et de micro-crédit. Peu d’entre elles se hasarde dans les affaires. De surcroît, plutôt que de se situer à l’avant- garde d’un programme d’émancipation du commerce et des affaires, les professionnels des affaires n’entreprennent pas grand-chose pour s’émanciper elle-même et d’autres femmes de l’asservissement économique.

    Plutôt, elles servent le courrant dominant, deviennent des intermédiaires pour des intérêts financiers, encourageant les pauvres et les moins scolarisées à solliciter des prêts et à souscrire à des modèles économiques qui contribuent à leur exploitation et les maintiennent dans la dépendance.

    Il y a toutefois quelques femmes qui ont plus de jugeote, qui prennent sur elles de promouvoir une justice économique pour les femmes. Elles surveillent avec vigilance les processus globaux qui dictent les conditions du commerce pour les hommes et pour les femmes du Sud Global. Néanmoins, elles communiquent par le biais d’un langage bien éloigné des réalités des femmes qu’elles représentent. Leur discours est trop technique et s’adresse aux politiciens et aux académiques.

    Ces femmes auraient pu servir de lien entre les professionnels et la créativité dans une entreprise locale ou dans un gouvernement local. Au lieu de quoi, elles alimentent la polémique et contribuent à tenir les femmes éloignées de toute entreprise qu’elles voient comme une aventure trop complexe et mystique.

    Finalement, il manque toujours aux femmes un modèle dans le monde des affaires. Il leur manque d’être formée par d’autres femmes qui ont une compréhension du concept et de la pratique du système. Elles sont confuses et intimidées par le jargon et les procédures qui restreignent leur élan à tenter l’aventure et à prendre le risque. Elles restent ignorantes des conditions et processus dont elles pourraient profiter parce que personne n’est intéressé à les familiariser et à les traduire pour elles.

    Aussi longtemps que l’encouragement au commerce dans la région reste microscopique, minimaliste et micro géré, les femmes resteront en marge des blocs commerciaux, gagnant juste suffisamment pour assurer leur survie et celle de leur famille Comment est-ce qu’une telle formule de développement du commerce peut contribuer de façon réaliste à l’indépendance économique des femmes ?

    Pour en savoir davantage

    - Society for International Development : The state of East Africa, Report 2006. Trends, tensions and contradictions : the leadership challenge

    - Khadija Mohammed Hijja, Women and tourism in Zanzibar 2005 (inédit)

    *Salama Maoulidi est la directrice exécutive de la fondation Sahiba? Sisters, un réseau de développement de femmes en Tanzanie dont le mandat est de construire des capacités d’organisation et de direction des femmes

    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News n° 268. Voir :

    * Veuillez adresser vos commentaires à [email][email protected] ou commenter en ligne sur : www.pamabazuka.org

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  • Mohau Pheko | Gouvernance

    La rupture des négociations de l’OMC à Doha est bénéfique pour l’Afrique et pour les femmes. Elle représente une opportunité pour se distancer du mythe que les négociations de Doha sont des discussions en faveur du développement. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Dès le début, l’objectif des pays développés était d’obtenir des pays en voie de développement de plus grandes ouvertures de leur marché tout en faisant des concessions minimales. Evoquer le développement était totalement cynique.

    La rupture des négociations est un tournant pour l’Afrique qui peut ainsi contribuer à développer un système de commerce multilatéral centré sur le développement de l’Afrique, les droits de la femme et du développement durable.

    Au cours du mois de juillet, en prévision de la réunion du 27-28 juillet du Conseil général de l’OMC, une opération de sauvetage de grande envergure a été mise sur pied afin d’éviter l’échec des négociations de Doha. L’effort le plus éminent a eu lieu à St Petersbourg où les chefs d’Etat des économies les plus puissantes ont lancé un appel pour l’aboutissement des négociations de Doha, les dépeignant comme « une opportunité historique de générer de la croissance, de créer du potentiel pour le développement et d’augmenter le niveau de vie dans le monde entier ».

    La rupture des négociations de Doha offre à l’Afrique une opportunité unique de revoir et de reconsidérer le système commercial multilatéral dans son entier et d’initier une approche nouvelle du système de commerce global qui doit promouvoir la justice sociale et des genres, la protection de l’environnement et conférer du pouvoir aux femmes. Cette rupture offre aussi à l’Afrique un répit qui lui permet de récupérer son espace politique confisqué au cours du processus de négociation.

    L’Afrique peut dénoncer l’hypocrisie des politiques commerciales bancales dans le domaine agricole. Même si les Etats-Unis avaient accepté les termes du compromis proposé par le directeur général de l’OMC, qui préconisaient une diminution des subside à leur agriculture, il leur aurait toujours été possible d’allouer des subsides pour le montant colossal de 20 milliards de dollars.

    De même, si la Communauté Européenne avait accepté de réduire graduellement les subsides à l’exportation, il lui serait resté la possibilité d’octroyer 55 milliards d’Euro sous une autre forme d’aide à l’exportation. En échange de leurs concessions minimales, les USA et la Communauté Européenne et d’autres pays développés tel le Japon, exigeaient des droits de douanes drastiquement réduits pour leurs produits agricoles d’exportations vers l’Afrique et d’autres marchés de pays en développement.

    Si ces discussions avaient abouti, ces conditions bancales auraient contraint les pays africains à couper les subsides à l’agriculture les empêchant du même coup de maintenir la sécurité alimentaire. Ceci est la recette pour une famine massive et la menace d’une paupérisation accrue pour des millions d’Africains

    L’impasse actuelle est le fait des pays développés, principalement les USA, qui ont refusé ou n’ont pas pu réduire substantiellement les subsides à l’agriculture. La rupture des négociations de Doha génère une dynamique qui permet à l’Afrique de revoir les négociations passées et d’analyser les défaillances du système de l’OMC dans son entier. L’approche des systèmes commerciaux multilatéraux du courant néo-libéral actuel subordonne les besoins des hommes et des femmes africains aux intérêts des grandes compagnies.

    Le biais des négociations de Doaha sert les intérêts particuliers des plus grandes compagnies au détriment de la majorité des Africains. Des études récentes de la Banque Mondiale et d’autres institutions comme la Carnegie Endowment Centre, mettent en évidence que le programme actuel de libéralisation du commerce ne sert pas la majorité des hommes et des femmes qui vivent dans des pays africains pauvres et que particulièrement les femmes tendent à être le plus vulnérables à ses effets pervers.

    Le commerce peut être un moyen de développement,mais la libéralisation du commerce n’est pas la panacée pour le développement, l’éradication de la pauvreté et l’égalité des genres. L’heure est venue pour l’Afrique de prendre l’initiative et d’entreprendre une approche nouvelle des systèmes commerciaux multilatéraux afin qu’ils assurent la promotion de sociétés équitables et viables, l’égalité des sexes et qu’ils bénéficient à tous les hommes et à toutes les femmes.

    A cette fin, les politiques commerciales internationales doivent être contenues et les traités internationaux qui promeuvent les Droits de l’Homme, la protection de l’environnement et la dignité humaine doivent être respectés. Elles doivent viser l’élimination de la pauvreté et promouvoir le bien-être.

    Les politiques commerciales ne peuvent être dictées plus longtemps par les intérêts des grandes multinationales. Les négociations futures dans le cadre de l’OMC ne doivent pas éroder les engagements des gouvernements en faveur du droit national et des conventions des Nations Unies.

    Notes :

    1) Une série de rapports dévastateurs sur les issues potentielles des négociations de Doha ont été publiés par la Banque Mondiale, les Nations Unies et différents centre d’études et de recherche, dont le document de Kym Anderson et Will Martin et al « Agricultural trade reform and the Doha development agenda » (Rapport de la Banque mondiale Nov.1 2005)
    2) « Winners and losers : impact of the Doha round on developping countires » Sandra Polaski (Carnegie Endowment for International Peace, Washington DC, 2006)
    3) « Global overview trade sustainability assessment of the Doha development agenda » in the EU final draft report

    * Mohau Pheko est co-ordinatrice du Gender and Trade Network. Pour d’avantage d’informations veuillez écrire à : [email][email protected]

    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News n° 268. Voir :
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  • L’Afrique subit depuis dix ans les contre-coups d’une libéralisation sans ambages qui, selon Cheikh Tidiane Dièye, a fini de donner un coup de massue au continent. Plus que tout autre groupe, ce sont les femmes qui portent le lourd fardeau de la paupérisation résultant de ce commerce mondial inégal. Aussi, il revient à ces mêmes femmes de s’ériger en rempart contre ce système inégal et gagner le combat pour un système commercial meilleur à l’échelle mondiale.

    Bien que de nombreux pays africains aient adopté ces vingt dernières années des réformes économiques parfois draconiennes, les avantages de la libéralisation du commerce qui avaient été promis - hausse des investissements étrangers directs, ouverture des marchés du Nord et accroissement du transfert de technologies et de l'assistance technique - ne se sont pas matérialisés.

    Au contraire, les pays développés ont bénéficié de 70 % des richesses générées par la libéralisation des échanges. A certains égards, les réglementations du commerce mondial -- définies en grande partie par les pays industrialisés au cours des accords du Cycle d'Uruguay de 1986 à 1994 -- n'ont fait qu'accroître les difficultés économiques de l'Afrique.

    Avant l’obtention du « consensus ambigu (1)» de Doha qui est à la base du lancement du cycle de négociations multilatérales en cours à l’OMC, « La bataille de Seattle (2) » avait déjà révélé au monde l’insatisfaction grandissante des pays en développement quant à l’OMC dont le fonctionnement ne semblait pas répondre à leurs aspirations profondes de progrès économique et de développement. Soutenus par de puissants regroupements d’acteurs non gouvernementaux, ils avaient alors mis en pratique leur pouvoir de blocage des négociations en refusant de se soumettre à un éventuel consensus.

    Par cet acte inédit, les pays en développement, ceux d’Afrique en particulier, avaient réussi à attirer l’attention de la communauté internationale et des représentants des institutions multilatérales sur les graves inégalités qu’une mondialisation inéquitable a engendrées, avec comme corollaire la réduction de milliards d’êtres humains au dénuement le plus total et la destruction quasi irréversible de l’environnement.

    C’est pourquoi à Seattle, alors que les Etats-Unis et l'Europe souhaitaient entamer un « cycle du millénaire » de négociations de grande envergure, portant sur de nouvelles questions complexes, et notamment sur les politiques d'investissement, la concurrence, le commerce électronique, et les normes en matière de droit du travail et d'environnement, bon nombre de pays africains préconisaient « un cycle de développement », qui permettrait d'examiner la mise en oeuvre des réglementations du Cycle d'Uruguay concernant directement les pays en développement, et de pousser les pays industrialisés à respecter leurs engagements.

    Ces pays espéraient ainsi réussir, finalement, à ouvrir à leurs exportations les marchés des pays développés, à éliminer d'autres déséquilibres structurels défavorables aux pays en développement, à supprimer les barrières tarifaires, non tarifaires et techniques imposées aux exportations des pays les moins avancés et à développer et officialiser les programmes d'assistance technique et de renforcement des capacités de l'OMC.

    Le groupe africain proposait, dans cette perspective, de renouveler et de faire appliquer les dispositions « spéciales et préférentielles» des accords d'Uruguay visant à faciliter l'intégration des pays en développement au système du commerce mondial.

    Après l’échec de Seattle, la quatrième conférence ministérielle de l’OMC fut tenue à Doha, au Qatar, en novembre 2001 avec une volonté commune des membres de corriger les dysfonctionnements du système commercial multilatéral. Les pays développés y firent les promesses entre autres, de réduire ou d’éliminer les subventions qui entraînent des distorsions sur les marchés internationaux ; de lever les obstacles à l’accès des produits des pays en développement à leurs marchés, de reconnaître et de rendre effectif un traitement spécial et différencié, de faciliter l’accès des pays pauvres aux médicaments essentiels et de créer les conditions d’une participation accrue de ces pays aux négociations commerciales par l’assistance technique et le renforcement des capacités.

    Au contraire, la volonté farouche des pays développés de défendre les intérêts de quelques uns de leurs citoyens privilégiés et de leurs multinationales a tout de suite pris le dessus sur les considérations éthiques et les préoccupations de survie des populations africaines : l’accès aux médicaments essentiels reste encore bloqués pour des millions de malades africains à cause des intérêts mercantilistes ; des millions d’agriculteurs s’enfoncent chaque jour dans la pauvreté à cause des subventions illégales (3) du Nord et les pressions pour une libéralisation accrue des services sociaux de base comme l’eau, l’éducation, l’énergie, la santé sont sur le point de déstructurer ce qui restait des économies africaines.

    L’une des caractéristiques les plus tangibles de la pauvreté africaine est sa « féminité ». Les statistiques indiquent que les femmes africaines subissent plus que toutes autres catégories les méfaits de la pauvreté et de toute sorte de contraintes engendrés par la structure actuelle des relations économiques et commerciales mondiales. Aussi bien dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’accès à la terre, aux ressources économiques etc., les femmes africaines sont restées bien en deçà des moyennes mondiales.

    Il n’est pas difficile dans un tel contexte d’établir un lien entre la situation des femmes en Afrique et le système commercial mondial qui, s’il n’en est pas le seul facteur explicatif, en est au moins un facteur important. Et pour cause. La faillite des agricultures et des industries africaines occasionnée par l’effet conjugué des politiques libérales imposées par les institutions financières internationales et des règles de l’OMC impacte davantage sur les femmes rurales comme urbaines, les exposant à une insécurité alimentaire chronique, à la mendicité ou à la précarité du secteur informel dans les villes africaines.

    Une libéralisation croissante qui n’engendre pas un développement humain

    D’abondants travaux ont tenté d’établir une corrélation entre le degré d’ouverture au commerce et l’augmentation de la croissance économique et du développement humain. Mais vus de près, les arguments avancés par la plupart de ces travaux sont loin d’être convaincants. Il n’y a en effet aucune preuve que la libéralisation des échanges induit automatiquement la croissance économique et le développement humain. Dans un ouvrage (4) consacré aux relations entre le commerce et le développement humain durable, le PNUD a fait une intéressante comparaison entre deux pays, selon leur niveau d’ouverture au commerce mondial, pour démontrer une telle assertion. Ces pays sont le Viet Nam et Haiti.

    Depuis le milieu des années 80, le Viet Nam a entrepris une démarche progressive de réforme. Il n’est pas membre de l’OMC. Il a organisé un commerce international d’Etat, maintenu le monopole des importations, conservé des restrictions quantitatives et des droits de douane élevés (30 à 50%) sur les importations des produits agricoles et industriels. Pourtant, malgré ces mesures contraires aux « recettes» couramment préconisées par les tenants de la doctrine néolibérale, le Viet Nam a obtenu des succès spectaculaires en réalisant un taux de croissance supérieur à 8% par an depuis le milieu des années, ce qui lui vaut une augmentation de son commerce de 12%, un réduction considérable de la pauvreté, y compris en milieu rural et dans les couches vulnérables (les femmes et les jeunes) et a attiré des flux d’investissement étrangers directs considérables.

    Haïti par contre s’est engagé dans une ambitieuse voie de libéralisation et d’ouverture tous azimuts depuis 1994/1995. Il a ramené ses tarifs douaniers à un maximum de 15% et éliminé toutes ses restrictions quantitatives. Son économie n’a pas pour autant évolué. Les indicateurs sociaux se sont même détériorés et la pauvreté a atteint par endroit des niveaux préoccupants. Bien qu’il soit membre de l’OMC, sont intégration dans le commerce mondial est des plus marginales.

    L’analyse de l’évolution du commerce mondial sur les vingt dernières années montre que l’Afrique n’a malheureusement pas tiré profit des avantages (5) accordés et qu’en dépit de tous les accords et régimes préférentiels, la part du commerce africain dans le commerce mondial a significativement reculé, passant de 6 % en 1980 à 2% en 2004. En effet, depuis 1980, les exportations africaines ont progressé à un rythme annuel moyen de 1.5% alors que le monde progressait de 5.8% par an. Donc chaque année, l’Afrique a perdu des parts de marché par rapport au reste du monde. Si l’Afrique avait maintenu la même part du marché mondial qu’en 1980, elle aurait eu pour 140 milliards de dollars d’exportation additionnelle par année sur la période, soit près de douze fois ce que la région reçoit en aide étrangère.

    Les conséquences sociales d’une telle régression économique ne sont plus à démontrer. Et les exemples ne manquent malheureusement pas. Dans le domaine agricole, l’Afrique connaît une double pression qui résulte à la fois de la concurrence des produits subventionnés du Nord sur les marchés africains et des obstacles qui entravent l’accès des produits africains aux marchés du Nord. Ces deux aspects concourent à déstabiliser les filières agricoles et à exposer les agriculteurs à une insécurité alimentaire quasi chronique.

    En Afrique sub-saharienne les femmes produisent jusqu'à 80% des produits alimentaires de base dans certaines zones et jouent ainsi un rôle décisif dans la sécurité alimentaire familiale et nationale. Et dans les zones où les cultures de rente prédominent, la baisse des revenus consécutive à la baisse des protections tarifaires et à l’entrée massive de produits importés sur les marchés nationaux a exacerbé la vulnérabilité des femmes dans la mesure où elles n’ont eu d’autres choix que d’aller grossir les populations des bidonvilles pour s’y adonner à des petits emplois informels ou au petit commerce de survie.

    Dans le domaine industriel, les accords de l’OMC relatifs aux règles sur l’accès aux marchés pour les produits non agricoles ont imposé une réduction drastique des droits de douane qui étaient les seuls instruments de protection des industries africaines. Cela a exposé l’industrie africaine naissante, donc vulnérable, à une confrontation directe avec les grandes firmes des pays développés qui a tourné très vite à l’avantage de ces dernières. Le secteur le plus édifiant est aujourd’hui le secteur textile africain où des pays qui avaient un avantage comparatif certain se sont vu obliger de supprimer des centaines de milliers d’emplois avant même la fin de l’accord sur les quotas en décembre 2004.

    Et depuis 2005, l’entrée en force de la Chine dans le marché mondial des textiles a resserré les pressions dans ce secteur. Aujourd’hui le Nigeria, la Tunisie, la Maroc, le Ghana, le Sénégal entre autres, subissent de plein fouet les crises de ce secteur à très forte potentialité de main d’œuvre, y compris féminine.

    Au Nigeria par exemple, le textile était en 1993 la deuxième source d’emplois, après le gouvernement. La plupart des emplois étaient occupés par des femmes. Mais en 1997, 60% d’entre elles se sont retrouvées au chômage suite à l’entrée en vigueur des accords de l’OMC. Ces ex-travailleuses se sont ainsi pour la plupart reversées dans l’économie informelle où elles ont commencé à accepter des contrats de couture à domicile, sans sécurité ni avantages sociaux, avec un revenu inférieur pour le même travail.

    Même si libéralisation du secteur textile a augmenté et diversifié l’offre du produit dans les marchés africains où les prix ont aussi connu une tendance à la baisse, un tel fait ne peut compenser les pertes qu’occasionnera à long terme une désindustrialisation de l’Afrique. Elle n’a fait qu’augmenter l’informalisation de l’économie en développant le commerce autour de produits fabriqués ailleurs.

    Plus récemment, les fortes pressions des navires de pêche de l’UE sur les ressources halieutiques sénégalaises, qui ont bien du mal à se régénérer, ont engendré des drames sociaux qui se sont manifestés par l’émigration de milliers de jeunes issus en majorité du secteur de la pêche artisanale qui ont, par vagues successives, pris d’assaut les côtes espagnoles et italiennes. Les femmes qui occupent encore le secteur de la vente du poisson au Sénégal comme dans de nombreux pays africains ont quant à elles vu leurs revenus baisser de façon très significative. Un drame d’une telle ampleur que l’Etat Sénégalais a dû suspendre la négociation de l’accord de pêche qui devait le lier avec l’Union européenne jusqu’en 2010.

    L’OMC dix ans après : opportunités économiques ou risques nouveaux ?

    Dix années de libéralisation sous l’égide de l’OMC mérite un bilan. Au-delà des doctrines et des querelles d’écoles, il a été communément admis que pour les pays africains, la libéralisation commerciale n’a pas produit les résultats escomptés.

    Le moins que l’ont puisse dire, c’est que les politiques commerciales nationales comme multilatérales n’abordent la question des femmes qu’en pointillé. Pourtant, une analyse sous la perspective du genre pourrait permettre de mieux évaluer l’incidence des règles commerciales multilatérales de l’OMC sur le vécu quotidien des populations.

    Des études réalisées dans de nombreux pays africains sur la libéralisation du secteur de l’eau ont montré que ce sont essentiellement les femmes qui portent le fardeau des nouvelles contraintes engendrées par les privatisations de ces secteurs stratégiques.

    Dans le domaine de l’emploi, certes la libéralisation a augmenté les opportunités d’emploi pour les femmes dans certains pays, mais ceux-ci se font toujours dans de très mauvaises conditions et sont souvent moins bien payés. Cela s’explique à la fois par la déréglementation des normes du travail et à la nature des structures institutionnelles qui limitent la capacité des femmes à négocier de meilleurs salaires et conditions de travail. L’emploi (6) féminin devient de plus en plus incertain (en raison de l’instabilité et caractère imprévisible des marchés mondiaux), de plus en plus intense et de plus en plus dangereux.

    Même si l’OMC a affirmé sans ambages dans ses principes que sa vocation est de libéraliser le commerce international par l’établissement de règles multilatérales, il semble qu’elle soit devenue aujourd’hui plus qu’une simple instance neutre de négociation de ces règles. Son influence n’épargne aucun espace de la réalité économique et sociale des pays qui en sont membres ou non.

    Une analyse fine de son fonctionnement révèle explicitement une grande insatisfaction des africains quant à la distribution du pouvoir au sein de l’organisation, aux mécanismes de prise de décision et à l’opérationnalité des « flexibilités » prévues pour les pays pauvres. Un rapport (7) produit en 2005 pour évaluer les dix années de fonctionnement de l’OMC a d’ailleurs démontré cette caractéristique et a indiqué qu’une réforme de l’organisation est nécessaire.

    Il ne fait aucun doute que le « programme de Doha pour le développement » en cours de négociation à l’OMC est façonné par les intérêts des pays riches sous la conduite des Etats-Unis, de l’Union Européenne, du Japon, du Canada et de l’Australie. Les préoccupations des pays africains et de leurs populations en quête de développement sont largement ignorées. Les règles du jeu proposées sont asymétriques dans leur structure et inéquitables dans leurs résultats.

    Tout dans l’architecture actuelle des négociations dans le programme de Doha pour le développement tend à faire du commerce fin. Ce qui est une erreur grossière dans la mesure où le commerce ne saurait être qu’un moyen au service au développement humain durable et autogéré et ne peut être profitable que s’il est encadré par un cadre institutionnel et réglementaire efficace. .

    Les résultats médiocres obtenus après dix ans de libéralisation sous l’égide l’OMC pour les pays africains n’a point amené les pays développés à remettre en question leurs positions et leurs objectifs. Si les négociations se sont aujourd’hui enlisées dans de profondes divergences au point d’être « suspendues » par le Directeur de l’OMC pour une durée indéterminée, ce n’est pas parce qu’on cherche à mieux prendre en compte les intérêts des pays en développement, des africains en particuliers.

    La crise actuelle est essentiellement due à la bataille entre les Etats-Unis et l’Union européenne d’un côté et le G20 (8) de l’autre autour de la question du parallélisme (9) des formes. Les pays développés demandent aux pays en développement d’opérer une réduction drastique des droits de douane sur les produits industriels et de prendre des engagements en matière de libéralisation du commerce des services tandis que ces derniers demandent aux premiers de réduire leurs subventions agricoles. Vaste programme !

    Au regard de la crise actuelle et des sombres perspectives à l’OMC la conclusion logique à une évaluation des dix ans de fonctionnement devrait être « mission non accomplie ».

    Et la question serait dès lors de savoir quelle serait l’alternative à l’OMC ? Quelles seraient les conséquences d’une crise durable de l’OMC sur les populations africaines, en particuliers sur les femmes ?

    La tentation est bien grande de répondre par la simplicité en disant qu’un échec des négociations à l’OMC ne serait que bénéfice pour le pays africains en raison de l’inéquité des règles actuelles. Cette position est aussi celle d’un nombre de plus en plus grand d’acteurs qui militent la diminution ou le rétrécissement du pouvoir de l’OMC.

    Un regard sur les relations de pouvoir à l’OMC et dans le système de la gouvernance mondiale montre cependant qu’une telle position résiste difficilement à une analyse lucide. L’échec des négociations commerciales consacrerait définitivement le statu quo et renforcerait les relations commerciales actuelles largement en défaveur des pays africains.

    La spécialisation africaine dans le commerce des matières premières et des produits à faible valeur ajoutée est largement déterminée par les crêtes tarifaires et la progressivité des droits appliqués dans les pays développés ; la réduction des droits de douane sur les produits industriels réduit l’espace politiques des Etats africains et exposent les industries à une concurrence directe des multinationales ; le maintien des subventions agricoles illégales du Nord dans les secteurs comme le coton ou d’autres secteurs importants pour l’Afrique enfonce les producteurs africains dans la misère ; la décision sur l’accès des pays pauvres aux médicaments génériques n’est toujours pas opérationnel ; etc.

    Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Dans un tel contexte prôner l’arrêt des négociations multilatérales revient à plaider pour le maintien d’une telle situation. Il faut donc au, contraire, relancer les négociations multilatérales et se battre pour que le principe d’un traitement spécial et différencié pour les pays africains soit effectif, opérationnel et obligatoire, conformément à l’esprit du mandat de Doha dans tous les domaines de négociation.

    Même si les négociations ne font pas encore vraiment avancer la cause africaine, elles permettent au moins de maintenir l’intérêt des populations africaines pour celles-ci ; renforcent la pression populaire sur les gouvernements et les négociateurs, offrent une tribune aux Etats africains et aux organisations de la société civile (ONG, organisateurs de producteurs, syndicats, associations de femmes etc.) pour dénoncer les régimes et les règles commerciaux actuels et atténuent les pressions des gouvernements du Nord et des institutions multilatérales qui prônent une libéralisation au services des riches.

    Conclusion

    La façon dont le commerce international est régi aujourd’hui engendre des résultats forcément inéquitables. Peut-il n être d’ailleurs autrement dans une partie où les joueurs ne sont pas égaux ?

    Alors que les règles établies ne permettent pas au pays africains de développer des moyens pour compenser ceux qui sont lésés par les échanges internationaux, les pays développés on quant à eux mis en place des mécanismes qui les protège des dangers induits par la libéralisation.

    Dans ce contexte, le programme de Doha pour le développement ne pourrait réellement atteindre sa mission de créer un cadre favorable au développement que s’il permet la création d’un environnement international qui garantit aux pays africains suffisamment de flexibilités pour la mise en place de politiques et de normes nationale. Cela devrait avoir pour effet d’aider ces pays protéger leurs populations, leurs marchés et leurs institutions des effets du marché.

    Une telle démarche interpelle cependant la responsabilité des dirigeants africains. S’il est convenu que le système de gouvernance du commerce international devrait plus prendre en compte la voix des populations vulnérables, il faut aussi reconnaître que ce travail doit d’abord se réaliser au niveau national.

    Une participation accrue de diverses catégories d’acteurs incluant les parlementaires, les ONG, les organisations de producteurs, de femmes, de consommateurs, le secteur privé etc. dans l’élaboration des politiques commerciales est un pré requis incontournable pour faire valoir les intérêts nationaux dans les négociations à l’OMC. Dans une perspective genre (10), ceci reste cependant une lacune sérieuse qui entrave les stratégies de négociations africaines même si des efforts sont fait depuis quelques années.

    (1) Voir Passerelles n° 2 vol 3, novembre 2001 – janvier 2002.
    (2) Du titre de l’ouvrage de Maude Barlow et Tony Clarke qui relate les manifestations des mouvements citoyens mondiaux qui ont empêché le lancement du « Cycle du millénaire » de l’OMC.
    (3) D’intéressantes études menées par des ONG comme Enda Tiers Monde, Oxfam, ICSTD ont prouvé l’impact désastreux des subventions américaines sur le coton africain. A lire à ce propos le « Livre blanc sur le coton », Enda Diapol, 2005.
    (4) « Mettre le commerce international au service de tous », PNUD 2003.
    (5) Parmi ces avantages relatifs ont peux notamment citer les préférences commerciales non réciproques UE /ACP qui étaient la caractéristiques des accords de Lomé, les flexibilités offertes aux PMA à l’OMC et plus largement au système de préférences généralisé.
    (6) Pnud, op. cit. p.33
    (7) L’OMC a commandité une évaluation de ses dix années de fonctionnement qui a été publié en 2005 à l’occasion du 10ème anniversaire. Ce rapport émet des recommandations en faveur de la réforme de l’OMC. Il est disponible sur
    (8) Le G20 est un grand groupe de négociations bâti autour de grands pays en développement exportateurs de produits agricoles comme l’Inde, du Brésil, de l’Argentine, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Il a émergé peu avant la Conférence de Cancun en 2003 et se bat contre les subventions du Nord.
    (9) Notion défendue en particulier par l’UE sur les engagements. Chaque groupe campe sur ses positions et demande aux autres de prendre des engagements en premier.
    (10) Peu de délégations africaines à la conférence ministérielle de l’OMC à Hong Kong avaient des femmes à leur sein.

    * Cheikh Tidiane DIEYE est Socio-anthropologue de formation. Il est chargé du programme Commerce et Négociations Multilatérales de Enda Tiers Monde. Il est membre du Réseau Africa Trade Network (ATN) et a pris part à toutes les réunions importantes et aux conférences ministérielles de l'OMC depuis Cancun. Il est co-éditeur de "Passerelles entre le commerce et le développement durable" bulletin d'information sur les négociations commerciales. Cheikh est aussi Doctorant en Etudes du Développement à l'Institut Universitaire d'Etudes du développement ( IUED), Genève, Suisse.

    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News n° 268. Voir : www.pamabazuka.org

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  • Concernant les universités africaines, il y a deux hypothèses communément répandues : la première consiste à dire que les universités ont été introduites en Afrique par les Européens et la seconde que celles-ci connaissent un déclin depuis l’indépendance. Selon Paul Zeleza, les deux sont fausses. L’enseignement supérieur, y compris celui dispensé par les universités, est antécédent à l’institution d’universités de style occidental au XIXe siècle et la période qui a suivi l’indépendance a vu une prolifération sans précédent d’universités africaines.

    Le discours concernant l’Afrique continue d’être infecté par ce qu’il était convenu de nommer dans les années 80 et 90, l’afro-pessimisme, une croyance qui fait de l'Afrique le lieu irrémédiablement condamné au chaos et à l’arriération. L’afro- pessimisme est l’expression de deux tendances : d’une part le dénigrement de l’expérience africaine et la valorisation de l’engagement des Européens et des Américains, et d’autre part, du postulat que l’Afrique est incapable par elle-même de progresser et que le progrès qu’il peut y avoir est nécessairement le résultat de l’intervention des Européens ou des Américains.

    Le discours concernant l’enseignement supérieur en Afrique n’a pas échappé à cette logique. Il y a deux hypothèses communément répandues concernant l’enseignement supérieur en Afrique : premièrement que ce sont les Européens qui l’ont introduit et deuxièmement que cet enseignement a décliné depuis l’indépendance. Les deux sont fausses. L’enseignement supérieur, y compriscelui dispensé par les universités, est antécédent à l’institution d’universités de style occidental au XIXe siècle et la période qui a suivi l’indépendance a vu une prolifération sans précédent d’universités africaines.

    En ma qualité d’historien profondément engagé dans la transformation sociale et dans le développement de l’Afrique, je crois que l’histoire- dans une perspective à long terme, est un antidote puissant au fatalisme souvent induit par le flux des évènements actuels et qui veut que l’afro-pessimisme soit une tendance irrémédiable. Dans ce cas, en ma qualité d’intellectuel intéressé autant par l’histoire des idées que par les institutions dispensatrices de savoir, je suis naturellement intéressé par le débat global concernant le futur de l’enseignement supérieur et le besoin d’une réelle compréhension de l’histoire longue et compliquée de l’enseignement tertiaire me paraît impérative. Je propose ici une brève réflexion sur l’histoire et les défis qui attendent les universités africaines contemporaines.

    L’origine des universités africaines, y inclus les communautés de savants et d’érudition, remontent à trois traditions institutionnalisées : premièrement le musée et la bibliothèque d’Alexandrie, deuxièmement les premiers monastères chrétiens et troisièmement les universités des mosquées musulmanes. Le musée et la bibliothèque d’Alexandre ont été établis en Egypte au IIIe siècle avant notre ère. Il s’est développé jusqu’à devenir le plus grand centre d’érudition de l’ancien monde. Ce complexe - selon les estimations- a abrité plus de 200 000 volumes et hébergé jusque 5000 savants et étudiants.

    Clairement, ce lieu était un grand centre d’étude et nombreux sont les érudits qui, à un moment ou un autre de leur vie, qu’ils soient Africains, Grecs, Romains ou Juifs, ont étudié ou travaillé à Alexandrie. La bibliothèque a décliné dès lors qu’elle a été pillée au cours de guerres, qu’un incendie l’a détruite et que les savants sont partis en raison de l’instabilité politique qui a prévalu lors de la fin de l’empire romain. Néanmoins, Alexandrie laissait un riche héritage couvrant des domaines aussi variés que les mathématiques et les sciences, la philosophie et la religion.

    C’était également en Egypte, l’un des premiers centre du christianisme du monde, que les monastères se sont d’abord développé au IIIe siècle de notre ère. Des dizaines de milliers de Chrétiens ont rejoint les monastères du désert, non seulement pour fuir les exactions des Romains, mais également pour se consacrer à une vie de contemplation.

    Les monastères et les ordres monastiques qui les ordonnaient ont fourni un important espace pour la réflexion, l’écriture et l’acquisition de savoir. Les idées et l’institution même des monastères se sont répandus largement dans d’autres parties de l’Afrique et dans d’autres parties du monde aussi loin que l’Angleterre et la Géorgie en Europe et en Perse ainsi qu’en Inde en Asie, qui ont donné naissance aux universités qui se sont développés par la suite.

    L’Ethiopie, où le christianisme a été introduit au IVe siècle de notre ère et où il est devenu religion d’Etat, a introduit très tôt l’enseignement dans les monastères. Depuis la période de la dynastie de Zagwe au XIIe siècle, le système comprenait également un enseignement supérieur réservé au seul clergé et à la noblesse. Au bas du système il y avait Qine Bet (Ecole des hymnes), puis venait Zema Bet (l ‘Ecole de Poésie). Au sommet il y avait Metsashift Bet (Ecole des Livres Sacrés) qui dispensait un enseignement plus large et plus spécialisé dans les études religieuses, la philosophie, l’histoire, la computation du temps et l’établissement de calendrier, ces sujets parmi d’autres.

    Mais c’est la troisième tradition, l’Islam, qui a donné à l’Afrique la première institution prodiguant un enseignement supérieur qui a persisté jusqu’à nos jours. En effet, l’Afrique revendique l’honneur d’avoir sur son sol les plus anciennes universités islamiques du monde dont certaines existent encore de nos jours. Celles-ci comprennent Ez-Zitouna madrassa à Tunis fondée en 732. En 859 une jeune princesse, du nom de Fatima Al Fihri , émigrée de Quairawan (Tunisie), fonda à Fez l’université de Al Qarawyyin.

    Cette université de l’Afrique de l’Ouest attirait les étudiants et les savants de l’Espagne andalouse. En 969, l’université de la mosquée Al Azhar était établie au Caire, l’année même de la fondation de la ville par la dynastie des Fatimides du Maghreb. Ce centre acquit une grande réputation et devint un lieu prestigieux d’érudition qui a attiré les plus grands intellectuels du monde musulman, y cmpris Ibn Khaldun le célèbre historien qui y a enseigné. Sankore a été une autre université islamique, située à Tombouctou, qui a été fondée au XIIe siècle et qui dispensait une vaste palette de disciplines qui couvrait la théologie, la logique, l’astronomie, l’astrologie, la grammaire, la rhétorique, l’histoire et la géographie.

    L’héritage des anciennes universités islamiques pour l’Afrique moderne a trois aspects.

    Premièrement nombre de ces universités islamiques ont survécu à travers les siècles et sont toujours en existence, bien qu’elle aient subi d’importants changements au cours du temps, en particulier par l’introduction de disciplines plus séculaires faisant la part belle aux domaines techniques et professionnels. La seule exception est l’université de Sankore.

    Deuxièmement, dans la mouvance de la privatisation de l’enseignement supérieur, qui fait suite à la diminution du contrôle de l’Etat, de nombreuses universités islamiques ont vu le jour récemment, réparties dans différents pays d’Afrique, souvent reproduisant le modèle des anciennes universités islamiques.

    Troisièmement, les universités de type occidental que les Européens ont introduites en Afrique au XIXe siècle portaient la marque de l’influence de l’Islam. L’Europe a hérité des Musulmans un immense corpus de savoir, une construction élaborée du savoir, la notion d’étude individuelle, le concept de collège, toutes choses qui devinrent des aspects centraux des universités européennes et que les Européens ont exportés dans le reste du monde au cours de la montée de l’impérialisme de l’Europe.

    Les missionnaires européens et africains, y inclus ceux de la diaspora, ont initialement entrepris d’introduire en Afrique les universités de style occidental. Le processus était principalement concentré dans les colonies d’Afrique du Sud, d’Algérie ainsi que dans la Sierra Leone et le Libéria qui étaient les terres nouvellement destinées à accueillir les Africains de la diaspora.

    La première université était le collège de Fourah Bay fondé en Sierra Leone en 1826 suivie plus de trois décennies plus tard, en 1862, par la fondation de Liberia College. Ces deux institutions sont devenues des centres rayonnant dans toute l’Afrique de l’Ouest qui ont attiré l’intelligentsia coloniale et ont été le berceau du nationalisme émergent. Edward Blyden, le célèbre savant cum activiste panafricain, était activement impliqué dans ces deux écoles. De surcroît, il y avait une série de plus petits collèges au Liberia.

    Pendant ce temps, des institutions obéissant aux normes de la ségrégation étaient établies en Afrique du Sud dès 1829, avec le South African College au Cap (qui est devenu plus tard l’université du Cap) et qui accueillait principalement des colons anglais. En 1866, une école à l’intention des immigrés Afrikaners a été créée du nom de Stellenbosch Gymnasium qui, en 1918 est finalement devenu l’université de Stellenbosch.

    Une petite école pour les Africains, l’institut de Lovedale a été créé en 1841 et a été graduellement façonné sur le modèle des collèges industriels et professionnels afro-américains des Etats-Unis. Puis en 1873, l’université of the Cape of Good Hope (renommée the university of South Africa en 1916) a été établie, initialement comme centre d’examens avant de devenir une des principales sources africaines et mondiales d’enseignement à distance.

    Comme en Afrique du Sud, l’enseignement supérieur dans l’Algérie française était l’apanage quasi exclusif des colons. Au commencement, en 1857 vint la création d’une école de médecine suivie en 1879 par l’établissement de quatre facultés spécialisées respectivement en médecine, pharmacie, sciences, ainsi qu’une faculté de lettres et de droit, lesquelles ont fusionné en 1909 pour former l’université d’Alger. Madagascar, une autre colonie française, a vu la création à la fin du XIXe siècle – en 1896 - la fondation de l’Académie Médicale d’Antananarivo.

    Ce n’est qu’au XXe siècle, dans la mouvance de la conquête coloniale européenne que les universités coloniales ont commencé à se répandre sur le reste du continent. Deux pays ont échappé à la colonisation, le Libéria et l’Ethiopie, mais tous deux ont cherché à moderniser leurs systèmes d’enseignement.

    Au Liberia, où le modèle américain était populaire, Cuttington university College a été créée en 1949 avec l‘aide de l’Eglise Episcopale et le Liberia College, détruit par un incendie à la fin des années 40, a été reconstruit en 1951 pour constituer l’université du Libéria. La brève occupation italienne de l’Ethiopie (1935-1941) a stimulé les Ethiopiens à moderniser leur système d’enseignement. En 1949, le gouvernement a fondé Trinity College qui est nommé dans la charte octroyée en 1950, University College of Addis-Ababa, et qui en en 1961 est devenu l’université de Hailé Selassie.

    Dans l’Afrique coloniale, le développement de l’enseignement supérieur est resté limité jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale, les autorités coloniales craignant les élites africaines modernes et leurs revendications nationalistes pour l’égalité et la liberté. Par ailleurs, les fonctionnaires coloniaux redoutaient la compétition. Les Africains qui voulaient accéder à un enseignement supérieur devaient le plus souvent l’acquérir à l’étranger, en particulier dans les métropoles impériales. Au cours de cette période, l’enseignement supérieur n’avait cours que dans les empires français et anglais. Ni les Portugais ni les Belges n’ont fourni de telles prestations.

    La première université coloniale en Afrique du Nord a été le Gordon Memorial College, fondée au Soudan en 1902, qui est devenue Khartoum University College en 1951 avant de devenir Khartoum University à l’indépendance en 1956. 1912 voit la fondation de l’Institut Islamique qui devient un collège en 1924 avant que d’être renommé l’Omdurman Islamic University en 1965. En Egypte, l’université du Caire a été fondée en 1908 malgré l’opposition véhémente du gouverneur colonial. Elle s’est développée au point de devenir une des plus grandes universités africaines avec une population estudiantine de 155 000 et plus 5500 enseignants.

    En 1938, elle essaime à Alexandrie et pose ainsi le fondement de ce qui allait devenir en 1942, l’université d’Alexandrie. En Afrique du Sud, une nouvelle ère commence en 1916 pour l’enseignement supérieur avec l’établissement du Inter State Native College plus tard renommé l’University College de Fort Hare. Fort Hare est devenu un aimant attirant non seulement les étudiants noirs d’Afrique du Sud mais également des étudiants en provenance d’autres pays d’Afrique australe comme le montre les registres et qui ont inclus des chefs nationalistes comme Nelson Mandela, Seretse Khama et Robert Mugabe.

    Ailleurs, avant la guerre, quelques institutions ont vu le jour qui fonctionnaient le plus souvent comme des écoles secondaires ou comme collège technique avant d’être convertis - après la guerre - en universités. Les exemples de l’époque coloniale incluent Makerere Government College établi en Ouganda en 1949.

    Au Nigeria, Yaba Higher College a été établi en 1932 a servi des années durant comme la principale institution dispensant un enseignement supérieur. Au Ghana, il y avait le Government Training College qui a été formellement inauguré en janvier 1927 avant que de devenir le Prince of Wales School and College, Achimota. Parmi ses enseignants les plus illustres on compte le Dr Kwegyir Aggreey, l’éminent éducateur et, parmi ses étudiants, on retrouve le nom de Kwame Nkrumah qui a obtenu son certificat d’instituteur en 1930. Ces écoles étaient souvent affiliées à des universités britanniques qui s’employaient à fournir les cours, la matière des examens et octroyaient l’accréditation.

    Dans les colonies françaises, le développement de l’enseignement supérieur a été entravé par la préférence marquée, tant des autorités coloniales que des élites africaines, pour un enseignement suivi en métropole ce qui est le résultat de l’idéologie et de la politique d’assimilation. Par ailleurs, l’enseignement fourni par les missionnaires était limité ce qui a partiellement empêché le développement de l’enseignement primaire et secondaire dans lequel un enseignement supérieur aurait pu s’enraciner.

    Les institutions, fournissant un enseignement supérieur, établies avant la guerre incluent l’Ecole française d’enseignement médical pour l’Afrique de l’Ouest, fondée à Dakar en 1918, l’Ecole William Pontee établie à Gorée en 1903 qui dispensait un certain enseignement en matière de médecine et formait des enseignants, comprenait une école d’ingénieurs nautiques ainsi qu’une école de médecine vétérinaire, respectivement à Gorée et à Bamako, et une école polytechnique également à Bamako.

    Ce n’est qu’à la fin de la 2ème Guerre Mondiale que des efforts plus systématiques ont été entrepris par les gouvernements coloniaux afin d’établir un système d’enseignement supérieur. Dans les colonies britanniques, l’ère nouvelle a commencé avec la fondation d’université au Nigeria (Ibadan 1947), Ghana (Legon 1948), Soudan (Khartoum 1949 qui est le résultat de la fusion du Gordon Memorial College et de la Kitchener Medical School) et en Ouganda, Makerere dont le niveau a été rehaussé en 1949.

    Par ailleurs, au Kenya, le Royal Technical College a été établi à Nairobi, cependant, que plus au sud le University College of Salisbury a été fondé en 1953 et renommé deux ans plus tard le University College of Rhodesia and Nyasaland. Fourah Bay College est devenue University College de la Sierra Leone.. La plupart de ces nouvelles universités ou d’institutions améliorées ont servi d’universités régionales, affiliées à l’université de Londres dont provenaient les diplômes et autres crédits académiques

    Après la guerre, les universités françaises ont aussi essaimé vers les colonies. Ainsi l’université de Paris a établi un institut d’enseignement supérieur à Tunis en 1945, et conjointement avec l’université de Bordeaux, un autre à Dakar en 1950, devenu l’université de Dakar en 1957, et à Antananarivo en 1955 – devenu l’université d’Antananarivo en 1960. En Algérie, l’accès à l’université d’Alger a été légèrement assoupli pour les Algériens. Toutefois au moment de la révolution en 1952, il n’y avait guère plus de 1000 Algériens diplômés de cette université. Dans le reste de l’empire français, l’enseignement supérieur a dû attendre l’indépendance pour prendre son essor.

    Les Belges au Congo ont adopté la politique française et l’Université Catholique de Louvain a établi le Centre universitaire de Lovanium (Petit Louvain) en 1949 avec lequel elle a maintenu une filiation en 1954, cependant que l’Etat fondait l’université officielle à Lubumbashi. Lovanium recevait également des étudiants du Rwanda et du Burundi.

    Dans les colonies portugaises l’enseignement supérieur n’as guère évolué jusqu’au début des années 60. En Angola des séminaires pour la formation des prêtres ont été mis sur pied en 1958 à Luanda et à Huambo, suivis de l’établissement d’universités générales en Angola et au Mozambique comme branche du système universitaire portugais, lesquelles ont été converties en 1968, respectivement en l’université d’Angola et l’université de Lourenço Marques.

    Au cours de cette période, le régime d’Apartheid fût établi en Afrique du Sud en 1948 avec pour corollaire le déni de l’enseignement supérieur sur des bases de ségrégation raciale. La population noire ne pouvait plus suivre les cours d’une université « blanche » à moins d’une autorisation spéciale du gouvernement et des universités séparées furent créées à l’intention des Africains dans les territoires autonomes ainsi que dans les villes principales pour les « Colorés » et les « Indiens ».

    En 1994, l’année de l’avènement de la démocratie dans le pays et du premier gouvernement élu, il y avait 36 institutions dispensant un enseignement supérieur dont 21 universités et 15 technicum, desquels 19 étaient réservés aux Blancs, 2 aux « Colorés », 2 pour les Indiens et 13 pour les Africains. Inutile de dire que les ressources allouées à l’enseignement supérieur destiné aux Blancs étaient beaucoup plus importantes que celles pour les écoles fréquentées par les autres « races », les Africains obtenant la part la moindre.

    En Namibie, pays sous occupation sud-africaine depuis la fin de la 1ère guerre mondiale jusqu’à l’indépendance en 1990, l’enseignement supérieur n’a été disponible qu’à partir de 1980 avec la fondation de l’Academy for Tertiary Education, suivie par la création du Technicum de Namibie ainsi que le College for Out-Of-School Training.

    La décolonisation a été un processus échelonné qui a vu les pays africains accéder à l’indépendance à des périodes différentes. Mais la majorité d’entre eux y a accédé dans les années 50 et 60. La période coloniale n’a laissé que peu d’université et la majorité des pays n’en n'avait pas une seule, tant et si bien qu’un des principaux défis auquel les nouveaux Etats ont été confrontés, a été la mise sur pied ou le développement d’un système d’enseignement supérieur.

    De plus, et compte tenu que les rares universités existantes étaient calquées sur le modèle européen et plutôt élitistes, il a été nécessaire de les adapter aux besoins du développement de l’Afrique et à son contexte socioculturel afin de les rendre plus accessibles aux étudiants de provenance sociale diverse.

    A travers toute l’Afrique, la croissance du système d’enseignement supérieur après l’indépendance a été phénoménale. Les nouveaux Etats ont entrepris d’ambitieux projets de développement de leur système d’enseignement supérieur dans lesquels les universités jouent un rôle prépondérant dans la formation d’une force de travail hautement qualifiée, créant et reproduisant une élite nationale qui rehausserait le prestige national. Les modèles et structures des nouvelles universités nationales étaient divers et flexibles.

    Dans l’ensemble, elles étaient beaucoup plus importantes que les universités qui les ont précédées, avec une mission de plus grande envergure et une multiplication des disciplines et programmes à disposition, offre qui allait de l’art aux sciences sociales sans omettre la médecine, l’économie et l’enseignement technique. Ces universités offraient également un enseignement post-grade.

    En 1960, l’année où la plupart des pays africains ont acquis l’indépendance, le nombre des étudiants enrôlés dans les universités africaines était estimé à 120 000 ; ce chiffre a bondi pour atteindre 782 503 en 1975 et 3 461 822 en 1995 pour se situer probablement autour des 5 millions au jour d’aujourd’hui. Egalement, le nombre des universités est passé de moins de trois douzaines en 1969 à plus de 400 en 1995 et plusieurs centaines d’autres se sont peut-être ajoutées à ce nombre depuis l’émergence et la prolifération des universités privées.

    Aujourd’hui l’enseignement tertiaire existe dans toute l’Afrique même si les systèmes diffèrent énormément en terme de dimension, de degré de développement et de différenciation interne. Par exemple, en 1995 la plus forte concentration d’étudiants universitaires était en Egypte (850051), suivie par l’Afrique du Sud (617 897), Nigeria (404 969) Algérie (347 410) et du Maroc (294 502) (Banque Mondiale 2000 :11). Ceci en contraste avec 23 autres pays avec moins de 10 000 étudiants à l’université.

    On remarque des différences importantes en terme de genre dans l’accès à l’enseignement supérieur. Cependant que plusieurs pays ont réussi à atteindre la parité des genres pour l’accès à l’enseignement primaire et secondaire, rares sont ceux qui ont atteint cette parité en ce qui concerne l’enseignement tertiaire. Seuls le Botswana, le Lesotho, le Swaziland, la Namibie et l’Afrique du Sud y sont parvenus.

    Le fossé entre les genres est également manifeste du point de vue des disciplines et des facultés. Les femmes se concentrent sur les humanités et les sciences sociales et sont grandement sous représentées dans le domaine des sciences et des formations professionnelles.

    En tant que sociétés stratifiées, parfois multiethniques, multiraciales, l’accès à l’université dans les pays africains est de surcroît filtré selon des critères ethniques, raciaux, de classe sociale et parfois, selon des critères religieux ou d’affiliation culturelle.

    Après l’indépendance, l’appartenance à une classe sociale est graduellement devenu un élément déterminant du fait de la croissance rapide d’une classe moyenne et ce, dans une bonne mesure, grâce à l’établissement ou à l’extension de l’enseignement supérieur.

    L’extension massive de l’enseignement sur tout le continent n’a pas seulement contribué à une amélioration des ressources humaines africaines, mais a également contribué à l’expansion des capacités intellectuelles et communautaires de l’Afrique. Néanmoins l’Afrique demeure le continent où l’enseignement tertiaire est le moins répandu avec moins de 5% d’inscription dans les universités, cependant que les pays pauvres et moyennement pauvres enregistre 10% et les pays riches 58%.

    Dans les années 80 et 90, les pays africains ont dû affronter des défis additionnels dans le domaine de l’enseignement supérieur en raison des ajustements structurels draconiens réclamés par les institutions financières internationales, parmi lesquelles la Banque Mondiale. Les réductions budgétaires subséquentes ont affecté les dépenses sociales, y inclus l’enseignement et plus particulièrement l’enseignement supérieur, ce dernier étant estimé par les néo-libéraux d’être d’un bénéfice moindre que l’enseignement primaire.

    Ainsi, dès les années 80, alors que le nombre de collèges et d’universités était toujours entrain de croître, il devint de plus en plus apparent que le système d’enseignement supérieur dans nombres de pays était en crise, ce qui s’est manifesté par une diminution de la contribution financière étatique et du niveau d’enseignement, de bibliothèques et de laboratoires sous-équipés, des réductions de salaire et la démoralisation des enseignants.

    Le personnel académique s’est de plus en plus orienté vers des fonctions de consultants à moins qu’il ne participe à « l’exode des cerveaux » en s’engageant dans d’autres secteurs d’activité, dans leur pays ou à l’étranger. Les conséquences, pourtant prévisibles, ont été que l’enseignement et la recherche ont payé un lourd tribut sans parler de l’impact fâcheux sur la capacité africaine à produire des ressources humaines hautement qualifiées.

    En réaction à la crise engendrée par un exode académique croissant, ont surgi des réseaux de recherche régionaux qui ont véritablement proliféré. Le secteur d’ONG à caractères académiques s’est également étoffé. On citera le « Council for the Development of Social Science Research in Africa » (CODESRIA) basé à Dakar ainsi que l’ « International Institute for Insect Physiology and Ecology » (ICIPE) à Nairobi. Ces organisations ont fourni un soutien crucial dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, aussi bien à des individus que dans le cadre de projet de coopération, en offrant de la formation, des postes d’interne et des bourses à des étudiants post-grade.

    L’explosion du nombre d’universités privées, la privatisation des programmes et des sources de financements des universités publiques est non seulement la conséquence de la perte de la manne étatique mais également de la libéralisation de l’enseignement supérieur en Afrique. Les universités privées se distinguent par des traits institutionnels typiques (leur statut- à but lucratif ou non ; identité –religieuse ou séculaire ; leur focalisation, business, musulman ou chrétien), par leurs programmes et leur niveau, leurs ressources humaines et financières, leurs structures institutionnelles et leur règle.

    Bien que ces universités aient eu à faire face à d’énormes défis, au début de l’an 2000 elles ont commencé, dans certains pays, à devenir plus nombreuses que les universités publiques, une évolution qui a profondément et pour toujours altéré le terrain de l’enseignement supérieur en Afrique.

    Dès la fin des années 90, les chefs africains, les éducateurs, chercheurs ainsi que les donateurs extérieurs ont graduellement pris conscience du défi devant lequel l’enseignement supérieur africain se trouvait et du besoin de renouveau si le continent devait atteindre un plus fort taux de croissance et de développement et pouvoir entrer dans la concurrence dans le cadre d’une économie globale de plus en plus axée sur des savoirs pointus.

    Un programme de réforme comprenant cinq grands thèmes a été établi pour lequel, au-delà du discours, il n’y a guère eu d’allocation de ressources adéquates.

    Premièrement le besoin d’examiner systématiquement le fondement philosophique des universités africaines a été reconnu. Y sont incluses des considérations sur la question des principes qui sous-tendent l’enseignement supérieur public dans une ère de privatisation ainsi que la question de la conception, du contenu et des conséquences des réformes actuellement entreprises sur tout le continent. L’interface entre le secteur public et privé dans le domaine de l’enseignement supérieur fait également partie des thèmes abordés.

    Le deuxième groupe de thèmes concerne la question de l’administration qui est également un terrain difficiles: contrôle de qualité, financement, gouvernance et gestion face à de nouveaux règlements, à une pression croissante pour la recherche de financement alternatif, d’une démographie changeante et de la culture des masses, d’une demande accrue d’accès et de parité pour des groupes sous représentés, en particulier les femmes, l’émergence de nouvelles formes de politique estudiantine et académique alors que la démocratisation gagne du terrain.

    Troisièmement, il y a la question conceptuelle et pédagogique qui va de la question de la langue d’enseignement dans des universités africaines et dans le système scolaire dans son entier à la dynamique de la production du savoir- la pertinence sociétale du savoir produit par le système d’enseignement supérieur africain, la diffusion de ce savoir et sa « consommation » par les étudiants, la communauté académique et le grand public.

    Quatrièmement, le rôle des universités dans la poursuite du projet nationaliste africain est également examiné, à savoir : la décolonisation, le développement, la démocratisation, la construction de la nation et l’intégration régionale. Par ailleurs, les relations inégales et changeantes entre les universités et l’Etat, la société civile et l’industrie ainsi que le rôle de l’université dans la gestion et la résolution des diverses crises qui confrontent le continent africain, des guerres civiles aux épidémies y compris le VIH/SIDA, font partie du débat.

    Le rôle que les universités africaines ont joué et peuvent jouer dans le futur dans la promotion ou le torpillage du projet panafricain est d’un grand intérêt au moment où les Etats africains, au travers de l’Union africaine, font de nouveaux efforts pour réaliser une coopération plus étroite des Etats africains entre eux ainsi qu’entre l’Afrique et les diasporas.

    Enfin, il y a lieu d’aborder la question de la globalisation et d’examiner l’impact des tendances associées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’expansion de l’enseignement supérieur par-delà les frontières et les nations ainsi que le commerce de services d’enseignement tel que prévu dans les accords du GATS (General Agreement on Trade in Services). Dans ce contexte, le rôle changeant des donateurs extérieurs est critique, qu’il s’agisse de fondation philanthropique ou de la Banque Mondiale, d’institutions financières ou de services multilatéraux. L’impact de ces tendances sur l’enseignement supérieur africain- et inversement- est de la plus haute importance et fournit une aire de collaboration fructueuse entre les chercheurs africains et ceux d’autres régions du monde.

    Les défis auxquels les universités africaines ont à faire face sont sérieux et inquiétants. Mais l’enseignement supérieur africain a une longue histoire et aura un long futur. La responsabilité pour assurer ce futur productif incombe d’abord aux chefs africains, aux éducateurs et aux académiques qui ne peuvent se permettre de se complaire dans un afro pessimisme morbide.

    * Paul Tiyambe Zeleza est Professeur d'Etudes Africaines et d'Histoire, Pennsylvania State University. Il est l'auteur de plus de 20 livres et lauréat du Noma Award en 1994 et de la Récompense Spéciale en 1998 du Noma Award pour deux de ses livres. Cet article a été publié pour la première fois sur http//zeleza.com, le site web de l’auteur qui a gracieusement permis sa reproduction par Pambazuka News.

    * Cet article a d'abord paru dansl'édition anglaise de Pambazuka News n° 263. Voir :

    * Vos commentaires peuvent être envoyés à [email protected] ou commentez en ligne sur : www.pamabazuka.org

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  • Contributor | Gouvernance

    Point d’information sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique

    Par Egalité Maintenant, avril à juin 2006

    Introduction

    Ci-après figurent les dernières mises à jour trimestrielles (d’avril à juin 2006) adressées à Egalité Maintenant par les membres du Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines (Solidarity for African Women’s Rights, SOAWR) qui travaillent sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. On trouvera également dans le présent document des informations sur l'état des ratifications, les réunions auxquelles des membres de SOAWR ont participées, et les événements à venir susceptibles d’intéresser les membres de SOAWR.

    Au cours de ce trimestre, le comité directeur a accepté une nouvelle demande d’adhésion d’une organisation ougandaise, le Centre for Justice Studies and Innovations (CJSI), ce qui porte à 22 le nombre de membres de SOAWR. Deux autres demandes émanant du Libéria et de la Somalie sont en cours d’examen.

    Campagnes nationales

    Burkina Faso

    Voix de Femmes a signalé que le chef de l’Etat burkinabé avait signé le 31 mars 2006 le décret promulguant la loi qui autorise la ratification du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. La dernière étape reste le dépôt de l’instrument de ratification auprès de l’Union africaine. Ce document a été préparé et envoyé au Secrétariat du gouvernement, et il a été signé par le chef de l’Etat le 16 juin 2006. Actuellement, le document se trouve au ministère des Affaires étrangères qui est chargé de l’envoyer à la Commission de l’Union africaine par l’intermédiaire de l’ambassade du Burkina Faso à Addis-Abeba.

    Par ailleurs, Voix de Femmes poursuit ses activités d’information sur le Protocole, qui sont maintenant intégrées à son programme sur les droits des femmes et les violences faites aux femmes. L’association organise trois fois par mois, les jeudis après-midi, des séances d’information de 2 heures pour les femmes qui souffrent de problèmes domestiques, de mariage, divorce et héritage. Les jeunes et les étudiants profitent aussi de ces séances.

    Ethiopie

    Le Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (IAC) prévoit d’organiser deux ateliers. Le premier, qui se tiendra en septembre 2006, sera ciblé sur les législateurs et les parlementaires et portera sur la transposition en droit national du Protocole et d’autres instruments juridiques. L’IAC attend 56 participants de 28 pays membres de l’IAC. L’objectif est de former les participants au travail de promotion de la ratification et de l’application, dans leurs pays respectifs, du Protocole et d’autres instruments juridiques protégeant les femmes et les enfants. Le second atelier sera un forum régional de la jeunesse qui aura lieu du 21 au 25 novembre 2006 et accueillera 56 jeunes de 28 pays de l’IAC. Le but est de renforcer les réseaux de jeunes créés en 2000 pour combattre les mutilations génitales féminines, en leur fournissant une formation en communication et en validant un manuel de formation des jeunes élaboré par l’IAC. Une séance spécifiquement a propos du Protocole et son application est aussi prévue.

    Gambie

    En avril, l’ACDHRS (African Center for Democracy and Human Rights Studies) a signalé que la Gambie avait levé les réserves qu’elle avait précédemment émises sur quatre articles du Protocole. La Commission de l’Union africaine n’a toutefois pas officiellement reçu du gouvernement gambien cette version révisée. L’ACDHRS continue de suivre l’affaire.

    L’ACDHRS a organisé et accueilli le forum des ONG lors de la 39e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Ce forum, qui a réuni près de 135 participants et animateurs au total, a relevé que cette année était le 25e anniversaire de la CADHP. Les discussions du forum ont tourné autour de différents thèmes, notamment sur l’évolution de la situation des droits humains et de la démocratie en Afrique. Bien que l’Afrique ait enregistré des progrès importants dans ces deux domaines, des améliorations restent attendues dans le champ des droits fondamentaux de l’individu, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit.

    Les participants au forum ont loué les organisations de la société civile de toute l’Afrique à encourager l’Union africaine à agir pour améliorer et promouvoir les droits humains. Ils ont pris acte de l’entrée en vigueur du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique et de l’importance de cet événement, félicité les pays l’ayant ratifié, et exhorté les autres à le faire sans délai. Dans la perspective de travailler ensemble, les participants ont exposé leurs stratégies pour favoriser la ratification et l’application du Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique.

    Les ONG présentes au forum ont souligné la nécessité de collaborer pour promouvoir la ratification, la transposition en droit national et l’application du Protocole. Dans une allocution prononcée par Madame Hannah Forster au nom des ONG participant au forum, lors de l’ouverture de la 39e session de la CADHP, les ONG ont félicité la Gambie d’avoir levé ses réserves sur le Protocole, et invité instamment les pays membres à mettre en œuvre à l’échelon national la Déclaration solennelle de l’Union africaine sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique.

    Première réunion de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples
    Les services juridiques de la Commission de l’UA ont organisé une réunion lors du sommet de l’UA avec l’objectif d’assermenter les juges qui viennent d’être élu, et de leur mettre au courant du travaille de la Commission de l’UA, en particulier ses relations avec la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. La cour n’a pas encore élu un président, ce procès a été remis à septembre 2006 à Addis-Abeba.

    Guinée Conakry

    Bien que la Guinée ait été parmi les premiers pays dont le parlement a voté la ratification du Protocole — grâce à l’important travail de mobilisation de la CPTAFE et de ses partenaires sur le terrain — elle n’a pas encore à ce jour déposé officiellement son instrument de ratification auprès de la Commission de l’Union africaine. Ce retard est attribué à la crise politique actuelle et à la mauvaise santé du président depuis plusieurs mois.

    Convaincue que le Protocole doit d’abord être pleinement accepté par la collectivité dans son ensemble et par les femmes en particulier, la CPTAFE a lancé une immense campagne de sensibilisation. Elle a sélectionné dans tout le pays 60 femmes et 60 hommes, dont la moitié de la jeune génération, qui ont suivi une journée entière de formation sur le Protocole. De retour dans leurs communautés, ces 120 personnes ont entrepris une vaste campagne d’information sur le Protocole axée sur les aspects suivants : son origine et sa genèse, son contenu, son importance pour les droits fondamentaux de la femme, son caractère régional, et la nécessité pour les femmes de s’engager personnellement dans le combat pour faire valoir leurs droits. Des émissions de radio interactives ont été organisées sur des stations locales dans quatre régions du pays.

    La CPTAFE a intégré l’information du public sur le Protocole dans tous ses projets sociaux en Guinée. Parallèlement à ce travail sur le terrain, les équipes de la CPTAFE et des bénévoles ont fait campagne auprès des décideurs pour obtenir le dépôt de l’instrument de ratification. L’année dernière, la Guinée a changé trois fois de gouvernement, et le ministre des Affaires étrangères, qui est spécifiquement responsable du Protocole, a changé quatre fois. La CPTAFE a rencontré les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, de la Santé, de l’Intérieur et des Affaires sociales, afin de les sensibiliser à la nécessité d’appuyer la transposition du Protocole en droit national.

    Le 12 mai 2006, la radiotélévision guinéenne a organisé un grand débat sur le thème de la ratification et de l’application du Protocole en Guinée et en Afrique. Cette émission, qui a réuni des spécialistes guinéens du gouvernement et de la société civile, a permis d’informer largement le public sur les progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme en général, et des droits de la femme en particulier.

    Suite à la dernière réunion du Conseil de la CPTAFE et de ses partenaires, qui s’est tenue le 29 juin 2006, il a été proposé que la CPTAFE utilise le théâtre pour faire connaître le Protocole au public. Cette méthode de popularisation a donné en effet de très bons résultats dans la lutte contre les MGF.

    * Cliquer sur pour lire l'article dans son intégralité.

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  • Au moment où la République Démocratique du Congo (RDC) d’approche des élections, l’expert en sciences politiques Georges Nzongola – Ntalaja s’entretient avec Pambazuka News à propos de l’importance stratégique de la RDC. Un Etat puissant au Congo constituerait une menace pour le contrôle des pays riches en ressources dans la sous-région, à savoir le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Guinée Equatoriale, le Gabon et Sao-Tomé et Principe. Bien plus, soutient-il, la RDC a suffisamment de terres cultivables, une pluviosité, des lacs et des rivières lui permettant de devenir le grenier de l’Afrique, et ce pays a suffisamment de puissance hydroélectrique pour éclairer la totalité du continent du Cap au Caire.

    Pambazuka News : Quelle est l’importance stratégique et économique de la RDC, tant pour l’Afrique que sur le plan international ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : la meilleure réponse à cette question est une citation du Feu Jacques Foccart, l’Eminence grise de la politique gaulliste pour l’Afrique sous les Présidents Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Jacques Chirac, lorsque ce dernier était Premier Ministre sous le Président François Mitterand. A la question d’un journaliste qui était en train d’écrire les mémoires de Foccart à propos de ses idées concernant la RDC, le vieil homme répondit de la manière suivante : Vous m’avez demandé en quoi consistait l’intérêt de la France. A ce sujet, il n’y a pas d’ambiguïté. Le Congo – Léopoldville, l’actuel Zaïre, est le pays le plus vaste de l’Afrique francophone. Il a des ressources naturelles considérables. Il possède les moyens d’être une puissance régionale. L’intérêt de la France à long terme et celui de ses alliés africains est évident (Mon propre accent.) Jacques Foccart et Philippe Gaillard, Foccart parle : entretiens avec Philippe Gaillard, Fayard / Jeune Afrique, Paris, 1995, P.310)

    Ce qui est évident c’est que la France et ses alliés, aussi bien africains que non-africains, ne souhaitent pas voir la RDC devenir une puissance régionale en Afrique Centrale et constituer donc une menace à l’hégémonie française et aux intérêts occidentaux dans la sous-région. Un Etat puissant au Congo ne va pas seulement menacer le contrôle français sur les pays riches en ressources dans la sous-région, à savoir le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo - Brazzaville, la Guinée Equatoriale, le Gabon et Sao-Tomé et Principe.

    Bien plus, la RDC a assez de terres cultivables, une pluviosité, des lacs et des rivières lui permettant de devenir le grenier de l’Afrique, et ce pays a suffisamment de puissance hydroélectrique pour éclairer la totalité du continent du Cap au Caire. Alors que ses ressources minérales sont si abondantes qu’un jeune géologue belge a déclaré que le pays est un scandale géologique au début du siècle dernier, le véritable scandale du Congo inclut les faits que son uranium fut utilisé dans la construction des premières bombes atomiques dans le monde et que sa richesse a été utilisée, depuis l’époque du Roi Léopold II, non au profit de son peuple mais dans l’intérêt de ses dirigeants et leurs alliés de l’extérieur.

    Pambazuka News : Vu une telle importance, comment ceci compte-t-il vis-à-vis de l’élection en vue ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : L’élection en vue a plus de signification pour la communauté internationale, qui est en train de dépenser lourdement sur cette élection et même d’envoyer des forces de l’Union Européenne pour appuyer la MONUC en vue de s’assurer qu’elle a lieu, que pour le peuple congolais. Les grandes puissances du monde et les organisations internationales sous leur contrôle voudraient légitimer leur actuel régime client à Kinshasa afin qu’elles continuent, sans aucun obstacle, d’extraire toutes les ressources dont elles ont besoin du Congo.

    Pambazuka News : Quel est le rôle de la RDC en termes d’émancipation pour le développement de l’Afrique et que signifie auto-détermination dans le cadre de cette élection ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : La RDC ne peut pas jouer un rôle positif dans le développement de l’Afrique aussi longtemps qu’elle reste un territoire dépendant avec approximativement 60 pour cent de son budget national, plus de 400 millions de dollars US, pour ses élections nationales et que, virtuellement, toutes ses décisions en politique de développement viennent des sources extérieures. Les élections, dans ce contexte, ne sont pas un exercice d’auto - détermination mais un rituel visant à justifier le contrôle externe à travers des éléments faibles et non-patriotiques de la classe politique. Pour jouer un rôle émancipatif dans le développement de l’Afrique, la RDC doit terminer sa transition du colonialisme à l’indépendance réelle en tant que nation souveraine avec son propre projet de société et la capacité d’élaborer et mettre en œuvre ses propres politiques de développement.

    Pambazuka News : Historiquement, du moins depuis l’indépendance, la RDC a eu une importance stratégique pour les USA, et ce comme une conséquence de la Guerre Froide. Les nouveaux paramètres associés à la guerre contre le terrorisme ont-ils changé ceci, et comment ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : Au contraire, l’obsession des USA face au Fondamentalisme Musulman en tant que source potentielle de terrorisme fait que la RDC occupe une position importante sur le plan stratégique à cause de sa proximité avec le Soudan, avec sa population petite mais significative, à cause de ses liens avec l’Afrique de l’Est, et le fait que l’instabilité persistante au nord-est est susceptible d’ouvrir la porte au trafic de drogues, à la prolifération des armes portables, au blanchissement de l’argent et à d’autres activités criminelles susceptibles d’être exploitées par des groupes terroristes dans leur propre intérêt. Les intérêts des USA en RDC sont clairement évidents à travers l’implication de Washington dans la gestion de l’actuelle transition par l’entremise du Comité International chargé d’Accompagner la Transition (CIAT).

    Pambazuka News : Quel est l’impact de l’héritage historique de Léopold 11 et du colonialisme belge sur le pays ?

    Georges Nzongola - Ntalaja : Pour le moment, Georges Forrest, un homme d’affaires belge, exploite un grand empire minier dans la province de Katanga, avec un soutien évident de la part de l’Etat belge. Louis Michel, Commissaire de l’Union Européenne pour le Développement et ancien Vice - Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique, est l’un des décideurs les plus puissants sur le sort du Congo. Même si ce serait une exagération de les mettre au même niveau que les agents soit du Congo du Roi Léopold ou ceux du Congo Belge, l’héritage de la domination belge est ravivée à travers leur influence énorme sur l’économie et la politique du Congo.

    Pambazuka News : Quels sont les liens entre la loi coloniale, Mobutu et la loi du Feu Kabila et maintenant son fils ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : Le lien principal entre la loi coloniale, Mobutu et les deux Kabila a été déjà souligné plus haut, dans le sens qu’ils représentent un régime charognard dans lequel la richesse énorme du pays est en train d’être monopolisée par les dirigeants et leurs alliés externes au lieu de servir les besoins élémentaires du peuple congolais.

    Pambazuka News : Vous avez écrit un livre « Le Congo de Léopold à Kabila : L’Histoire d’un Peuple »[traduction] dans lequel vous dites que le peuple congolais a lutté à travers son histoire d’oppression pour établir des institutions démocratiques dans le pays et pour se libérer de l’exploitation étrangère. Ceci est peut-être quelque chose qui manque souvent dans un débat sur le Congo, l’accent étant mis sur la guerre et l’extraction des ressources et ceci donnant l’impression que le peuple de la RDC est impuissant devant ces forces. Pouvez-vous expliciter votre argument et décrire en détail comment cette lutte a été menée ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : En janvier 1959, les masses populaires se sont soulevées contre la loi coloniale à Kinshasa et à la fin de cette année, certaines parties du pays étaient devenues totalement ingouvernables, ce qui a amené les Belges à conclure qu’ils devaient respecter l’appel du peuple congolais pour « l’indépendance immédiate. » En 1963, confrontés à l’évidence comme quoi l’indépendance ne satisfaisait pas leurs aspirations les plus profondes à la liberté et au bien-être matériel, les paysans de la partie ouest-africaine du pays ont introduit le nouveau slogan, celui d’une « deuxième indépendance », et ceci devint un cri de ralliement des insurrections populaires dirigées par les adeptes de l’ancien Premier Ministre assassiné Patrice Lumumba, insurrections qui ont réussi à saisir à peu près trois quarts du territoire national.

    Ces insurrections furent défaites par un effort de contre-attaque coordonné par les Etats-Unis et la Belgique, effort qui incluait l’usage de mercenaires blancs en provenance de l’Europe et de l’Afrique Australe. En 1990, le rejet du régime Mobutu à travers les consultations populaires que le dictateur lui-même avait initiées pour un verdict sur sa gouvernance a ouvert le processus de transition à la démocratie multipartiste. N’eût - été l’érosion du pouvoir de Mobutu à travers sa répudiation par le public que la Conférence Nationale Souveraine a endossée en 1992 à travers l’élection d’Etienne Tshisekedi comme Premier Ministre d’un gouvernement de transition, Laurent Kabila et ses alliés rwandais n’auraient pas été capables de marcher de Goma à Kinshasa en 7 mois sans aucun défi militaire significatif de la part de l’armée de Mobutu.

    Malheureusement, toutes ces épisodes de résistance populaire à la tyrannie en quête de la démocratie et du progrès social se sont terminées par un échec suite au manque d’un leadership politique qui placerait les intérêts du peuple devant les intérêts de la petite classe de politiciens égoïstes et corrompus.

    Pambazuka News : Pas de pronostics sur les résultats de l’élection ?

    Georges Nzongola – Ntalaja : Puisque l’actuel gouvernement de transition n’a pas rempli les conditions formulées dans l’accord de Sun City / Pretoria pour les élections libres et justes, le rituel du 30 juillet est susceptible de confirmer Joseph Kabila comme Président, mais cela ne va pas changer positivement la situation politique du pays. La violence continuera au nord-est, et la corruption et l’incompétence resteront les caractéristiques les plus saillantes d’un gouvernement poursuivant un programme imposé de l’extérieur.

    * Cette interview a été réalisée par e-mail. Le livre de Georges Nzongola – Ntalaja, « Le Congo de Léopold à Kabila : L’Histoire d’un Peuple », est publié par Zed Books, 2002. Georges Nzongola Ntalaja est Modérateur pour Africa Governance Institute (Institut Africain de Gouvernance), un projet du Bureau Régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à New York. Il a également servi auprès du PNUD comme Directeur d’Oslo Governance Centre à Oslo, Norvège, du 1er août 2002 au 31 juillet 2005, et comme Senior Advisor en Gouvernance au Gouvernement Fédéral du Nigeria à Abuja, Nigeria, de mars 2000 à mai 2002.

    * Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org

    * Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 261.
    Voir :

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  • On se rapproche vite du jour où l’eau, les soins de santé et tout autre service essentiel deviendront commercialisables – avec d’énormes implications sur les vies des pauvres et des personnes vulnérables. Oduor Ongwen, directeur national de SEATINI Kenya, fait une description de l’accord international qui va réglementer le commerce des services (AGCS), tout en notant que c’est un instrument dangereux pour l’extériorisation des ressources des pays sous-développés tels que ceux se trouvant en Afrique».

    L’Industrie des services est en train de remplacer rapidement le commerce des biens en tant que moteur de l’activité économique mondiale. Du tourisme aux services d’audit et du transport à l’assurance, les frontières de la domination économique sont progressivement en train de se déplacer de l’industrie – produits fabriqués et produits de base – au commerce de services.

    Les services sont actuellement la composante avec la croissance la plus rapide du commerce et de l’investissement direct étranger (IDE) qui compte pour à peu près 25% du commerce mondial et plus de 76% des cours d’IDE). C’est pour cette raison qu’on s’est mis d’accord, lors du lancement du Round de l’Uruguay des négociations commerciales en 1986,d’inclure le commerce des services dans les négociations, dans l’espoir que ceci allait améliorer le système commercial mondial.

    Mais la libéralisation du commerce des services pourrait être un domaine incontrôlé pour la déréglementation aveugle des investissements, la privatisation des services publics vitaux ainsi que l’enracinement des intérêts étrangers au niveau de la Procure des gouvernements, et ainsi un instrument dangereux pour l’extériorisation des ressources des pays sous-développés tels que ceux se trouvant en Afrique.

    Extériorisation des Ressources de l’Afrique

    Alors que ceux qui ont le contrôle de la haute direction de l’économie mondiale voudraient nous convaincre que la mondialisation est un nouveau phénomène rendu inévitable par le développement qualitatif des forces productives, nous en savons mieux. L’Afrique et le reste du tiers-monde ont été intégrés dans le système économique mondial depuis le milieu du 15ème siècle. Sans le vouloir, l’Afrique faisait partie du système commercial international dominant à l’époque où son rôle dans la division internationale du travail était de fournir au monde « développé » des ressources naturelles sous forme d’or, d’ivoire, de clous de girofle et des ressources humaines sous forme d’esclaves.

    La deuxième vague de la mondialisation fut la Conférence de Berlin en 1884 où la « bousculade pour avoir un morceau de l’Afrique » fut conclue avec le continent divisé parmi les puissances coloniales dirigeantes. La division du travail assigna alors à l’Afrique le rôle de fournir les principaux produits de base - des produits des agricoles, des minéraux, des ressources naturelles – pour des intérêts de traitement et de fabrication dans les soi-disant « pays - mères. »Presque un demi – siècle après la défaite formelle du colonialisme, la division du travail non seulement persiste, mais elle a été révisée et renforcée à travers une mondialisation dirigée par les entreprises.

    Nous pouvons identifier treize cadres d’extériorisation des ressources de l’Afrique, et ces derniers incluent les cadres suivants mais ne s’y limitent pas : Paiement de la dette ; différence du niveau des taux d’intérêts entre le Nord et le Sud ; des termes commerciaux injustes ; privatisation des entreprises que l’Etat possédait ; droits relatifs à la propriété intellectuelle ; dette écologique ; transfert de capitaux ;fuite des cerveaux ; les lois sur l’immigration ; et la fixation des prix de transfert. La libéralisation du commerce des services facilite tous ces treize cadres où l’hémorragie des ressources de l’Afrique se produit.

    Commerce des services

    Défini en termes généraux, un service est un produit de l’effort humain visant à satisfaire un besoin humain, mais qui ne peut être catégorisé en tant que bien. Ailleurs on définit un service comme « un produit qui ne peut pas heurter votre pied ». Cependant, l’Accord Général sur le Commerce des Services ( AGCS) ne définit pas ce qui constitue un « service » ; au lieu de cela, un guide relatif à l’AGCS dresse la liste de 12 catégories majeures couvrant plus de 160 services distincts. Ces services couvrent la gamme de la naissance à la mort. La compréhension du terme « Services » évoquée ci-dessus peut prêter à confusion puisqu’en réalité les services peuvent être incorporés dans des produits tangibles. Par exemple, un magazine est un produit tandis qu’un message publicitaire apparaissant dans le magazine est un service. La publication d’un magazine est aussi un service.

    L’AGCS est le premier et le seul ensemble de règles internationales à ouvrir le commerce des services à la compétition de la part des firmes étrangères. Signée en 1994, il n’a rien à faire avec l’aspect de savoir si le service est efficacement délivré ou pas. C’est une vente collective de services essentiels qui vont de l’eau à l’électricité et aux médias.

    L’Accord, comme relevé plus haut, couvre douze grandes catégories : les communications ; la construction et l’ingénierie ; la distribution, la vente en gros et le commerce de détail ; l’éducation ; l’énergie ; l’environnement ; les services financiers ( compris les banques et les sociétés d’assurance) ; la santé et les services sociaux ; le tourisme et les voyages ; le sport, la culture et les loisirs ; le transport ; et au cas où la chose n’est pas couverte par les catégories qui viennent d’être évoquées, elle rentre dans la catégorie « autres ».

    Mais les critiques préviennent que les dimensions de l’AGCS pourraient même s’étendre aux services essentiels telles que l’éducation et la Santé, ce qui résulte en leur commercialisation par les entreprises transnationales (ETN). La vérité nue est que dans le lexique de l’AGCS, « service public » est une aberration. L’article I de l’AGCS commence avec une proclamation selon laquelle l’Accord ne s’applique pas aux « services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale. » Ceci serait formidable si ce n’était pas neutralisé par la disposition selon laquelle de tels services gouvernementaux ne doivent être fournis « ni sur une base commerciale ni en compétition avec un ou plusieurs fournisseurs de services. »

    Dans le monde réel, c’est peut-être seulement au Cuba ou en République Démocratique de Corée qu’il y aurait certains services publics qui ne se délivrent pas sur une base commerciale ou en compétition avec d’autres fournisseurs. La logique et la signification de l’AGCS sont faciles à appréhender. Toutes les activités humaines vont devenir, en fin de compte, des produits de base orientés vers l’intérêt et dans lesquels on peut investir, qui peuvent s’acheter et se vendre. Et l’[accord rend ceci irréversible puisqu’il ne s’agit pas d’un traité fini mais un accord à cadre ouvert qui donne le mandat aux « rounds successifs des négociations » le but d’atteindre des niveaux de libéralisation « progressivement plus élevés ».

    Ceci signifie que ce qui n’est pas ouvert maintenant sera traité demain jusqu’à ce que, assume-t-on, tous les services soient ouverts à tous les consommateurs par tous les pays dans tous les « modes » de livraison. L’Article IV est même plus alarmant. Il donne à l’AGCS les pouvoirs de s’ingérer, via le Dispute Settlement Body ( DSB) de l’OMC, dans les efforts des gouvernements d’adopter des « mesures –lois, règles, réglementation, procédures, actions administratives ou toutes autres formes – qui sont jugées comme étant « des barrières non nécessaires au commerce des services. » En d’autres termes, ne laissez pas vos sales normes nationales barrer le passage aux intérêts des entreprises étrangères.

    En guise d’exemple, l’un des secteurs qui ont été présentés comme étant d’un grand intérêt pour les pays africains est le tourisme. Il a été assumé qu’avec une libéralisation totale ou substantielle du tourisme, les plages africaines, les parcs naturels et les attractions culturelles regorgeraient de vagues de visiteurs d’outre-mer qui amèneraient une abondance des devises étrangères « rares mais pourtant si nécessaires. Ces bénéfices sont tout au mieux exagérés et au pire non-existants.

    On encourage les situations de faire eau grâce à la dominance de la propriété étrangère dans l’industrie du tourisme. « Faire eau » est décrit comme un processus à travers lequel une partie des gains des devises étrangères générés par le tourisme, plutôt que d’être retenue par les pays recevant les touristes, est soit retenu par les pays générateurs de touristes ou remise à ces mêmes pays. Cette domination étrangère du secteur du tourisme en Afrique s’est intensifiée sous le cadre de l’AGCS.

    La libéralisation des Services Financiers : Economie des casinos

    Une leçon typique du Tiers-Monde en libéralisation financière pourrait être distillée à partir du cas de Uganda Commercial Bank (UCB). Après avoir succombé à la pression de la part des Institutions Financières Internationales
    (IFI), le Gouvernement de l’Ouganda a vendu ce bien national à Stanbic Bank. L’UCB avait un grand réseau partout dans le pays, servant les fermiers ruraux, les enseignants et les agents de l’Etat. La plupart des branches menaient leurs activités dans des locaux-même de l’UCB.

    Aussitôt que l’accord de vente fut conclu, Stanbic ferma toutes ses branches rurales, vendit les bâtiments (réalisant dans ce processus plus de quatre fois ce qu’il avait payé comme prix d’achat) et rapatria l’argent. Personne ne se souciait de ce que les enseignants, qui d’habitude gagnaient leurs salaires à travers la banque, devaient maintenant passer deux jours chaque mois et plus d’argent pour atteindre la banque la plus proche. Ceci est fait aux dépens de leurs élèves.

    Un bon nombre de Membres de l’OMC ont fait des engagements en services financiers. Ces derniers couvrent les opérations bancaires, l’assurance, les valeurs et les comptes capitaux. Un nombre plus petit de gens ont fait des engagements en ce qui concerne la sous-traitance en assurance et le transfert de l’information financière. Moins de gens ont fait des engagements dans le cadre du commerce des dérivés. Les pays africains et la Chine ont été prudents. L’explication de cela pourrait se trouver dans ce qui suit.

    En date du 2 juillet 1997, on a dû laisser flotter la monnaie thaïlandaise, le baht. Loin d’être une question isolée d’un seul pays, cette mesure a fait éclater une crise financière et de monnaie qui devait atteindre la sous-région de l’Asie Orientale. Cette crise a projeté des millions de travailleurs, de petites entreprises d’affaires, des enfants et d’autres catégories vulnérables de la race humaine dans l’extrême pauvreté et le désespoir. La crise se répandit rapidement au-delà de la sous-région.

    La Russie a virtuellement succombé à la chute financière ; la République d’Afrique du Sud a dû intervenir avec un rehaussement de taux d’intérêt en vue de défendre sa monnaie. En succession rapide, le Brésil a rejoint les rangs des pays frappés par la crise. La crise et sa propagation semblable à celle du feu d’incendie ont forcé certaines questions à tomber dans le domaine du langage international. La question se pose de savoir dans quelles mesures les cours inhérents dans l’ordre économique actuel dominant sont responsables de la tendance de ralentir le développement économique et d’empirer la distribution du revenu mondial. Cette question alimente le présent débat sur l’architecture financière mondiale.

    Le débat se mène à partir de deux pôles. D’un côté, il y a le pôle du consensus de Washington ou Wall Street qui maintient que la crise – et en fait la croissance économique mondiale en général – est mieux traitée par un commerce plus ouvert, orienté vers les exportations, une plus grande déréglementation, et des marchés financiers plus libéralisés. Selon cette école de pensée, tout ce qu’il faut c’est un petit rajustement du système financier international. De l’autre côté, il y a l’ « alternative de la grande rue » qui pense que le modèle du Consensus de Washington est irréparablement défectueux et en faillite. Ce point de vue défend la position selon laquelle la question n’est pas celle de rajuster le modèle, mais plutôt de concevoir un nouveau modèle qui soit stable, équitable et pro-pauvre.

    Lorsqu’il s’agit de l’architecture financière, les différences fondamentales entre l’alternative de la grande rue et le Consensus de Washington deviennent claires. Ce dernier promeut et utilise les institutions qu’il contrôle pour imposer l’ouverture des marchés financiers locaux, de meilleures normes comptables, plus de transparence et de révélation financières et une surveillance plus grande du Fonds Monétaire International (FMI).

    Pour sa part, l’alternative de la grande rue soutient qu’au moment où des normes comptables, une transparence et des révélations financières sont nécessaires, il y a une nécessité aiguë de réduire la spéculation et de faire un investissement à long terme, donnant au risque l’attention qu’il faut. Ceci exige des taxes sur l’achat et la vente des monnaies pour réduire le commerce spéculatif, de même que l’exigence aux investisseurs d’engager leur investissement à une période minimale de temps.

    Pour l’Eau ou le Profit ?

    L’une des préoccupations clés est qu’à travers les programmes de libéralisation l’eau est traitée comme toute autre commodité qui doit se vendre à profit. Pourtant nous savons que l’eau est essentielle pour la vie et pour la nature. En effet, l’eau est notre héritage commun et elle est placée sous la responsabilité publique. Selon un rapport se trouvant dans un journal de l’Afrique de l’Est, la fourniture d’eau dans la ville portuaire de Dar-es-Salaam ne s’est pas améliorée depuis qu’elle fut privatisée, pourtant la firme britannique Biwater financée par la Banque Mondiale a augmenté les prix plusieurs fois.

    Aujourd’hui, l’industrie mondiale de l’eau est dominée par moins de 10 compagnies – les deux menant le jeu étant des firmes françaises, Vivendi et Suez (avec le revenu provenant de l’eau de 11,9 et 8,84 milliards de dollars américains respectivement en 2001). En 2001, Vivendi et Suez étaient classées aux 51ème et 99ème places respectivement chez Global Fortunes 500. Les deux compagnies françaises font face à un défi épineux de la part d’une compagnie allemande, RWE, qui a récemment acheté Thames Water du Royaume-Uni et American Water Works des USA.

    RWE se classe 53ème chez Global Fortunes 500 avec 2,8 milliards de dollars américains de revenu provenant de l’eau en 2001. Les autres acteurs clés dans la privatisation des services d’eau incluent Bouygues (France), Bechtel (USA), Severn Trent, Anglican Water et Kelda (toutes du Royaume-Uni). La hausse des prix de l’eau n’est pas la seule préoccupation. La plupart des compagnies enracinées dans le secteur de l’eau ont de mauvais antécédents.

    En 1999, le service britannique Drinking Water Inspectorate a déclaré la filiale de Suez, Northumbrian Water, l’avant-dernière parmi les compagnies en termes de performance opérationnelle en Angleterre et en pays de Galles. La raison principale était le mauvais état de la qualité – des niveaux élevés fer et de manganèse ont été trouvés dans l’eau que Northumbrian délivrait. Au Royaume-Uni, on a réussi à porter des plaintes 128 fois, entre 1989 et 1997, contre cinq compagnies d’eau – Anglian, Severn Trent, Northumbrian, Wessex, et Kelda Group. Face à un chef d’accusation en août 2001, Thames Water a plaidé coupable et elle fut condamnée à payer une amende de 26.000 Livres Sterling pour avoir permis des eaux usées de polluer un cours d’eau se trouvant à quelques mètres d’une propriété résidentielle.

    Libéralisation et Soins de Santé.

    Progressivement mais de façon stable, il y a eu un changement majeur dans la stratégie mondiale en matière de santé au cours de ces dernières années. Grâce au consensus de Washington, la responsabilité de la fourniture des soins de santé a passé de l’Etat aux « forces du marché ». Le trait définissant ce passage est le grand nombre de décès occasionnés par des maladies qu’on peut autrement prévenir et traiter ; la recrudescence des maladies dont l’humanité pensait qu’elles ont été conquises comme la tuberculose et la détention des corps en décomposition dans les ghettos baptisés « cliniques privées » pour manque de paiements.

    David Werner, l’auteur du livre célèbre et best-seller intitulé « Where There is No Doctor » (Là où Il n’y a pas de Docteur), est très clair sur les raisons pour lesquelles le public devrait s’inquiéter à propos du renversement des stratégies sanitaires aux niveaux mondial et national. Il rappelle comment le concept célébré des soins de santé primaires universels avait été adopté virtuellement par tous les gouvernements représentés à l’historique conférence mondiale sur la santé qui a endossé la déclaration d’Alma Alta.

    Pour avancer vers « la Santé Pour Tous en l’An 2000, « la Déclaration promouvait les principes selon lesquels toutes les personnes sont attitrées à jouir des droits de santé de base et selon lesquels la société (et donc le gouvernement) a la responsabilité de s’assurer que les besoins des gens en matière de santé sont satisfaits, et ce sans considération du genre, de la race, de la classe, de la relative aptitude ou inaptitude. La pierre angulaire de la Déclaration était les soins de santé primaires, une stratégie générale qui incluait une approche équitable, centrée sur le consommateur dans le domaine des services sanitaires et aussi traitait les facteurs sociaux y afférant qui influencent la santé.

    Hong Kong : Le Dernier clou

    A la réunion de l’OMC conclue récemment en Hong Kong, les pays développés ont bulldozé un cadre pour les négociations de l’AGCS qui forcent les pays à négocier un nombre minimal de secteurs avec des cibles et des indicateurs. Ces propositions vont sérieusement éroder les flexibilités incorporées dans l’AGCS. Ces flexibilités étaient la raison même pour l’acceptation de l’GCS par les pays africains au cours du Round de l’Uruguay. En plus, ces propositions changeraient complètement l’architecture même de l’GCS et l’approche aux négociations comme convenu dans les Ligues Principales des Négociations.

    L’Annexe c introduit aux négociations des approches plurilatérales et sectorielles, ce qui forcerait les pays africains et d’autres pays en développement à entrer dans les négociations dans certains secteurs, même s’ils ne sont pas encore prêts à faire cela. Les secteurs qui ont été mentionnés pour des négociations sectorielles incluent l’énergie, l’eau (à travers les services environnementaux) et la santé (à travers les services financiers) – tous sont cruciaux et sensibles dans les pays africains. Etant donné le niveau de développement de l’Afrique, la vente de ces secteurs aux forces du marché poserait de sérieuses menaces à la capacité de payer et d’accéder à ces services chez les pauvres et les personnes vulnérables.

    * Oduor Ongwen est directeur national pour Southern and Eastern Africa Trade Information and Negociations Institute ( Seatini) au Kenya. Avant d’occuper ce poste, il était Directeur Exécutif de EcoNews Africa et présidait le Conseil National des ONG au Kenya. Il est détenteur d’une maîtrise en Politique économique pour les Pays en Développement.

    * Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
    ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/

    L’article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
    Voir :

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  • Contributor | Gouvernance

    Cette semaine on annonce que les premières élections en RDC depuis 40 ans sont maintenant prévues pour le 30 juillet. Joseph Kabila, précédemment chauffeur de taxi et président du pays depuis l'assassinat en 2001 de son père Laurent Kabila, sera parmi les 33 candidats à se présenter pour la présidence alors que 9,587 candidats se présenteront pour les 500 sièges à pourvoir au sénat et à l'Assemblée nationale. On espère que ces élections mettront un terme aux années de guerre qui, selon les statistiques, auraient coûté la vie à 3,9 millions de personnes. Pambazuka News a interrogé Ernest Wamba dia Wamba sur l'enjeu de ces élections.

    Pambazuka News : La date du 18 juin prévue pour les élections a été repoussée à la fin de juillet prochain. Compte tenu des circonstances que connaît la RDC, ces élections auront-elles enfin lieu?

    Ernest Wamba dia Wamba : La dernière date fixée pour ces élections est le 30 juillet mais elle sera très probablement modifiée. La plupart des acteurs politiques sont insatisfaits de la manière dont le calendrier électoral a été établi car tous ceux qui sont concernés ne sont pas encore d’accord. Certains disent que ces élections n'auront pas lieu comme prévu.

    D'autres pensent que des problèmes vont surgir le 30 juin – date de la fin de la Transition. L’UPDS de Tshisekedi (ndlr : Tshisekedi - ancien premier ministre ; UPDS - l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social) et d'autres encore sont maintenant d'avis que seulement un mini dialogue entre les Congolais pourra sauver la situation. Ce dialogue serait censé mener à un consensus sur la manière dont les élections seront organisées après le 30 juin.

    Pambazuka News : On souhaite que la réalisation de ces élections apporte un souffle nouveau à la République Démocratique du Congo. Le fait que 33 candidats se présentent à la présidence et presque 10,000 pour les sièges à l'Assemblée nationale, reflète, à première vue, un pas positif vers la démocratie. Mais dans quelle mesure ce scrutin sera-t-il démocratique ? Combien de risques ces élections comportent-elles pour des perturbations futures liées aux résultats du scrutin ?

    Ernest Wamba dia Wamba : À aucun moment depuis l'indépendance les Congolais ne se sont mis d'accord sur les idéaux ou intérêts nationaux fondamentaux (ni comment articuler ceux-ci ou les intérêts des pays voisins devant les pouvoirs mondiaux) sans arbitrage extérieur.

    Bien qu'une vraie mise au point de la mission congolaise de l'Organisation des Nations Unies (ONU) des années 60 ne se soit pas produite, le pays se trouve de nouveau soumis à une mission de la part de l’ONU.Le Traité ICD (ndlr : Dialogue Inter Congolais suite au Traité de Lusaka en 1999, qui a officiellement mis fin au conflit armé) a nommé comme dernier recours le CIAT (ndlr : Le Comité International d'Accompagnement de la Transition).

    En fait, le processus électoral lui-même n’ « appartient » vraiment pas aux Congolais, non seulement parce qu’il est pour la plupart financé par la communauté internationale mais aussi parce que le concept du genre de démocratie dont nous avons besoin, semble être influencé par l'extérieur – d'où la tendance à promulguer des lois en ayant certaines personnes en tête.

    Au fait, lors du référendum les gens ont voté pour une Constitution qu'ils n'avaient pas vue. Et puisque, la veille du référendum, il y avait quatre textes constitutionnels différents, ceux qui en avaient vu un, ne savaient pas lequel ils approuvaient.

    Il y a chez le peuple la volonté et l’enthousiasme d’aller aux urnes dans le but de régler la crise de la légitimité. Pourtant, il devient de plus en plus évident que l'état actuel des choses rendra hors de question des élections libres et justes. Ceux qui se voient gagnants sont d'avis que la qualité des élections n'a aucune importance – à l'avenir, les choses iront mieux.

    À l'heure actuelle, ce qui importe est de démarrer. En raison de la nature manipulatrice de la Politique congolaise, qui est basée sur le concept de gagner « sur » plutôt que « avec », il est difficile de parvenir à un accord sur le besoin d'établir une atmosphère politique positive, qui serait acceptable à tous et qui favoriserait un processus électoral acceptable et donc crédible.

    Les résultats seront certainement contestés. L'institution pour aplanir les conflits, la Cour Suprême de Justice, a déjà été discréditée aux yeux de plusieurs acteurs. Le nombre élevé de candidats est, en grande partie, dû à la conception – et au fonctionnement – de la politique comme seul moyen d’avoir accès à des revenus.

    Pambazuka News : On sait pertinemment que la participation de puissances étrangères – régionales et internationales, alimente la crise en RDC ; dans quelle mesure les intérêts de ces dernières vont-ils influer sur ce scrutin ?

    Ernest Wamba dia Wamba : Le point le plus important est que, pour la première fois, il paraît exister un consensus international sur l’importance de tenir des élections, même si cela ne sera qu’un geste symbolique. Les peuples respectifs des pays qui financeront les élections, pourraient exiger des éclaircissements si les élections n’aboutissent pas.

    Il semble donc, de par le caractère précipité des procédures électorales, que certaines puissances souhaitent que certaines personnes bien précises soient élues, des personnes qui puissent garantir leurs intérêts qui seraient donc sauvegardés même en cas d'instabilité. On souhaite que ces puissances aient la volonté de discipliner les pays alliés voisins du Congo.

    Pambazuka News : Le potentiel énorme de la RDC est souvent évoqué. Pourtant, le pays fait face à de très grandes difficultés : ses infrastructures sont détruites ; il y a encore des combats généralisés, et j’en passe. Y a-t-il quelqu'un qui puisse pourvoir un projet viable de redressement, ou bien après les élections les affaires seront-elles conduites comme à l'accoutumée?

    Ernest Wamba dia Wamba : Nous sommes plusieurs à nous poser la même question. Le gouvernement transitoire ne s'est même pas rendu compte de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays ; ainsi il n'en a pas fait part au monde extérieur.

    Le pays a donc été privé d'une solidarité générale qui aurait mis l’accent sur la manière de sortir le pays de cette situation de crise et qui aurait élaboré un projet dans ce sens. Non seulement les candidats qui semblent être conscients de cet impératif sont-ils peu nombreux mais ils sont aussi loin de savoir quels efforts promouvoir après les élections.

    Je voulais me porter candidat aux élections présidentielles pour m'assurer que cet aspect-là soit inclus dans les débats sur la campagne électorale. Ma candidature figure parmi les 40 à être rejetées pour refus de payer la caution de 50,000 dollars, (taxe ou tarif trop élevé pour exercer son droit d'être candidat : cela encourage évidemment les pillards - présents et passés – ainsi que les fantoches). Nous militons toujours ensemble dans ce sens et ferons bientôt une déclaration publique à ce sujet.

    Pambazuka News : Quelles devraient être les cinq premières priorités de tout gouvernement nouvellement élu ?

    Ernest Wamba dia Wamba : Je crois que le cadre général devrait inclure deux tâches globales essentielles : d’abord déclarer que le pays se trouve dans une situation de crise, et formuler un projet pour s'en sortir, projet qui serait fondé sur la participation collective ; et puis commencer dès le niveau de base la construction de l’État qui serait différent de celui – maintenant décomposé – qui avait été bâti selon le modèle colonial.

    Les priorités devraient inclure : l'amélioration dramatique des structures fiscales (il est facile de dépenser de l'argent, mais difficile de le trouver, surtout quand le pays se trouve dans les conditions actuelles) ; aborder avec urgence la réhabilitation des infrastructures liées à l'économie, avec pour but d'intégrer les divers secteurs du pays ; stopper toutes les fuites, surtout les structures de pillage (mines, pétrole, bois et ainsi de suite) ; reconstruire des appareils étatiques, en faisant participer les gens (réduire les effectifs en matière de gouvernement et d’administration) ; faire des efforts considérables liés à la création d'emplois pour mobiliser les gens.

    De plus – là où il s’avère être possible – les gens doivent être déplacés depuis les villes surpeuplées vers la campagne, où ils pourront mettre à l'épreuve la politique agricole et les structures étatiques locales qui sont actuellement en phase de construction. On espère que l'appel à la solidarité pourrait mener à un arrêt temporaire du remboursement de dettes.

    Pambazuka News : En informant la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU en mars 2006, Marie-Madeleine Kalala, Ministre des Droits de l'Homme en RDC, a déclaré qu'une Commission pour la Vérité et la Réconciliation avait été établie, ainsi qu'un institut national de surveillance pour les droits de l'homme. Cela avait pour but d'identifier les gens responsables des violations des droits humains. Quelle est l'importance de ces processus dans la « guérison » de la RDC ?

    Ernest Wamba dia Wamba : On dit souvent que la seule valeur de ces institutions est leur existence. Non seulement sont-elles mal équipées, avec des incompétents ou des gens qui ne savent guère en quoi consiste la réconciliation mais elles comprennent aussi des personnes qui s'avèrent être les fantoches des forces qui craignent la vraie réconciliation. Rien de concret ne s'est produit qui témoignerait d'une vraie tentative de réconciliation chez les Congolais. Aucune cérémonie –même au niveau présidentiel, ni même seulement symbolique – n’a eu lieu.

    Pour être efficace, la réconciliation doit impliquer, tout d'abord, les dirigeants eux-mêmes qui devront être prêts à taire leurs propres doutes, à pardonner et à prêter l'oreille à toutes sortes de griefs. La réconciliation ne peut pas se faire à huis clos. Tout le processus de guérison est encore à se mettre en marche et à se faire.

    Au fait, la plupart des Congolais comptent sur les audiences de la Cour de Justice Internationale pour faire juger les criminels. Il n'est pas facile d'identifier ceux qui sont responsables d’avoir violé les droits de l'homme, lorsque ces derniers sont au pouvoir.

    Je connais, en fait, des militants des droits de l'homme qui ont été menacés parce qu’ils avaient identifié certains violateurs des droits de l'homme ; certains ont dû quitter le pays. Si des archives peuvent être organisées discrètement pour être utilisées lorsque certains chutent du pouvoir, peut-être que cela sera une bonne chose ; pourtant, ceci n'aborde pas encore le vrai sujet de la guérison.

    Pambazuka News : En fin de compte, l'on pourrait dire que la situation de la RDC est unique, étant donné d’abord la nature complexe du pays ainsi que le rôle des acteurs internationaux et régionaux. Pourtant, la solution semble être de dire que si l’on organise des élections, tout ira bien. La nature complexe du pays a-t-elle été suffisamment prise en compte ?

    Ernest Wamba dia Wamba : Il est vrai que la communauté internationale étaye la thèse que si l’on tient des élections, tout s'arrangera. Cela semble être la seule façon de justifier le néocolonialisme de nos jours. Aussi la plupart des recommandations ne sont-elles pas précises. Tout ce qui se fait ailleurs, y compris les soi-disant mesures économiques post-conflit, est considéré comme étant la mesure clé qu’il faut appliquer partout et n’importe où.

    On ne peut s'attendre à grande chose dans un pays complexe dont les dirigeants ne savent presque rien sur l'histoire du pays et où les conseillers ne pensent qu'à s'enrichir. Ceux qui détiennent actuellement le pouvoir, sont en fait hostiles à tout intellectuel congolais qui pourrait contribuer d’une autre façon. Les universités sont vouées à la pourriture.

    Les étrangers (de tendance politique partisane) ne font pas non plus attention au caractère complexe du pays, même pas aux besoins à long terme du pays. Le résultat est que le pays se retrouve dans une situation catastrophique. Il faut absolument transformer la manière de diriger qui a prévalu dans le passé.

    Il nous faut l'émergence d'intellectuels sincèrement dévoués, suffisamment patriotes, voulant vraiment présenter un programme contenant une vision pour s'attaquer pleinement aux problèmes du pays, tout en spécifiant les intérêts à court et à long termes par rapport aux intérêts de puissances et de pays étrangers.

    Pour donner priorité aux détails d’un programme gouvernemental, il faut un projet sérieux. Il faut une cellule de réflexion qui s'adonne à la tâche de déterminer ce qu’il conviendra de savoir et d’entreprendre par la suite si l’on veut redonner au pays sa place réelle sur le continent africain et dans le monde. Je me ferais un plaisir de participer à ce travail.

    * Professeur Ernest Wamba dia Wamba est historien ; il a enseigné au sein de plusieurs universités dont Harvard et l'Université de Dar-Es-Salaam.

    * Entrevue réalisée par voie électronique. Veuillez faire parvenir vos commentaires à :

    Texte français traduit en anglais sous la direction de Vanessa Everson de l’Université du Cap par Kesini Murugesan et Frances Chevalier

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  • Amy Niang | Gouvernance

    Amy Niang, étudiante en Doctorat, a rencontré l'éminent Historien africain Joseph Ki-Zerbo dans sa maison, au Burkina Faso. Elle nous livre ici les points saillants de sa pensée et de son oeuvre intellectuelle en général.

    L’abîme qui sépare la jeune génération d’africains de la vieille est incommensurable et semble se creuser chaque jour d’avantage. Nous -jeunes africains- avons grandi avec l’idée que tout ce qui est ‘traditionnel’ est nécessairement rétrograde et souvent d’authenticité douteuse.

    Les Africains, en particulier ceux issus de la deuxième et troisième génération de la diaspora n’ont pas l’opportunité de communiquer avec leur passé, un handicap qui occulte toute tentative d’étude corrective de l’histoire du continent tout en approfondissant leur incapacité à prendre leur destinée en main. Le vieux dicton dirait : ‘est perdu celui qui ne sait pas d’où il vient’.

    J’ai eu l’immense honneur de rencontrer le premier africain agrégé en histoire et premier professeur d’histoire du continent, en l’occurrence Joseph Ki-Zerbo, dans sa maison de Ouagadougou au Burkina Faso. Aujourd’hui à 84 ans, diminué par l’age et la maladie, il n’en puise pas moins une force et une vitalité étonnantes ancrées dans ses convictions profondes.

    Son histoire est celle d’un sage mal compris à bien des égards et combattu pour ses idées. Il a peut être longtemps prêché dans le désert mais les hommes comme lui vivent de la sève de leur conviction. Ses appels trouvent résonance chez des intellectuels en Afrique et à travers le monde, qui n’ont que trop compris son message.

    K-Zerbo déplore l’extinction grandissante de l’identité africaine. Selon lui, la malédiction de l’Afrique ne réside pas dans sa pauvreté économique chronique mais dans l’ignorance par ses enfants de l’histoire du continent. A moins que les africains ne se décident à retrouver la mémoire du continent, à comprendre son système de pensée, à aller à la rencontre d’eux-mêmes et à se poser les questions essentielles : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? », ils resteront enfermés dans le carcan de l’identité culturelle.

    Selon lui, il est grand temps que les Africains se libèrent de l’asphyxie culturelle, grand temps qu’ils deviennent attentifs à leur mode de fonctionnement et fassent bon usage de leur héritage traditionnel et culturel afin d’appréhender le futur avec plus de sérénité et de confiance. L’approche consistera, pour le continent dans son entièreté, à reconquérir son identité confisquée pour la simple raison que ‘sans identité, dit-il, nous sommes un objet de l'histoire, un instrument utilisé par les autres. Un ustensile."

    Les Africains ont découvert le monde, ils connaissent et maîtrisent la science de l’occident ; ils ont assimilé son histoire, sa philosophie et ses systèmes de pensée. Il est temps qu’ils s’intéressent à leur propre histoire pour qu’enfin leur présent soit celui d’un passé compris et maîtrisé.

    Ki-Zerbo relate le passé du continent non pas à la manière d’un chroniqueur nostalgique d’un passé glorieux ou ressassant l’imaginaire d’un monde merveilleux de l’Afrique précoloniale. Il dit la vraie histoire de l’Afrique, celle que ses professeurs de la Sorbonne ne lui ont pas enseignée.

    Il fait remarquer qu’à travers l’histoire du continent, la croyance en des valeurs saines, des principes simples tels que la centralité de l’unité familiale, la primauté du groupe sur l’individu, le respect des aînés, l’esprit de solidarité, d’entraide et de bon voisinage, la communion humaine dans la joie et dans la peine, etc., ont constitué les bases de l’existence des Africains.

    Malheureusement, la dégradation de ces principes compromet les perspectives d’un panafricanisme réel. Mais Ki-Zerbo nous met en garde : ‘la libération sera panafricaine ou ne sera pas’.

    Aujourd’hui malheureusement, le débat sur le panafricanisme est empêtré dans des chamailleries de légitimité de pseudo-démocraties et se repaît d’un caquetage aussi éloigné des questions vitales qu’il occulte la pertinence de l’unité dans la recherche de solution contre l’abattement. Ki-Zerbo affirme que ‘la conception et la gestion du pouvoir en Afrique moderne n’ont rien d’africain’.

    En effet, les formations politiques de l’Afrique traditionnelle sont riches d’enseignements et offrent des exemples de gestion saine du pouvoir, ceci étant en contradiction avec l’image souvent véhiculée d’une Afrique précoloniale similaire à un champ de bataille où les Africains passaient leur temps à s’entretuer, ce qui justifierait l’argument selon lequel la colonisation a été un processus de pacification de l’Afrique.

    “Les Africains, dit-il, pensent que le pouvoir doit être divisé entre ses tenants. Ils pensent aussi que partager le pouvoir, c’est aussi le multiplier’’. Il fustige les théories dominantes sur l’Afrique qui s’évertuent à confiner l’histoire du continent à l’esclavage et à l’expérience coloniale. Il ajoute que la connaissance de l’histoire est une condition à la libération collective.

    En effet, Le lien entre la connaissance de l’histoire, le savoir, la production et la consommation du savoir et l’impact sur l’estime de soi est indéniable. En Afrique, l’absence de cette connaissance a largement contribué au misérabilisme, à la contre-performance et au sous-développement mental.

    Selon lui, Il ne s’agit pas d’aller se vautrer sur la natte des autres (titre d’un de ses livres) encore moins d’aller la tisser en délaissant la sienne, ou encore d’aller ‘s’installer dans la place publique en tendant sa sébile dans la main en attendant d’être développé’.

    Il ne s’agit pas non plus d’occulter les questions essentielles qui interpellent le continent, notamment la dégénérescence des valeurs africaines. Il s’agit de panser les blessures à venir en les évitant, de rêver et d’inventer l’Afrique, de se connaître pour mieux se prendre en charge.

    Le professeur, comme on l’appelle souvent, est certainement un homme de vision et un prophète mais il est loin de vouloir lire le futur de l’Afrique dans le sable flou de ses terres asséchées, il use de la démarche dialectique de l’histoire comme méthode d’investigation pour fouiller le vrai passé du continent afin d’en mieux saisir les fondements et de comprendre la dynamique des interactions entre passé et présent.

    Et de nous dire ce qu’il adviendra d’une société déstructurée : l’import et l’application de valeurs impropres à sa cosmologie et à son peuple, ce qui mènera inexorablement à la destruction de l’identité culturelle.

    Son analyse incisive et impitoyable des relations du continent avec le reste du monde à travers les siècles, la pertinence de son regard ainsi que sa compréhension subtile et exhaustive de l’histoire et des systèmes de pensée africains font de lui un historien et un intellectuel hors pair, le héraut des voix de la connaissance préventive.

    Son écriture prolifique a produit une importante liste de monographies et d’articles dont Histoire générale de l’Afrique Noire (1972) qui a jeté les fondements d’une vie d’engagement à doter le continent noir d’une histoire propre, écrite par des Africains. Il a aussi dirigé la publication de deux volumes de l’ambitieux projet de l’UNESCO de compiler une histoire générale de l’Afrique (Méthodologie et Préhistoire Africaine, 1981) en tant que membre de son Comité Scientifique.

    Ki-Zerbo sillonne et interroge le passé du continent en s’inspirant de la tradition orale, source par essence de l’histoire du continent, utilisée par beaucoup d’écrivains à l’instar du Malien Amadou Hampaté Bâ, qui dira un jour : ‘‘un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle’’

    Le combat de sa vie ainsi que son engagement politique et social n’est pas seulement ‘un message d’espoir dans un océan de malheur’. C’est la conviction profonde d’un homme qui sait que le développement, pour l’Afrique, ne peut continuer à être qu’une notion vague, une promesse chimérique ; il y aura développement et il sera africain de conception et d’application ou ne sera pas du tout.

    Cette ultime connaissance est ce qu’il exhorte les jeunes africains à opposer au déterminisme et à l’immobilisme inacceptable, à l’ignorance institutionnalisée et à la rhétorique creuse.

    *Amy Niang est une doctorante sénégalaise à l’Université Tsukuba au Japon. Vous pouvez lui écrire à l’adresse suivante : [email][email protected]

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    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News numéro 256. Voir :

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  • Contributor | Gouvernance

    Lors d'une réunion qui s’est tenue à Johannesburg pour discuter des droits de la femme et du VIH/SIDA, 54 femmes venant de 21 pays d'Afrique ont exprimé leur inquiétude sur le déroulement du procès pour viol intenté à Jacob Zuma. Ce dernier, vice président de l'Afrique du Sud, avait été accusé de viol suite à des allégations d'une femme séropositive de 31 ans. Le procès a été marqué par des actes obscènes commis à l'extérieur du bâtiment abritant la Cour de Justice : Khwezi, car la victime est ainsi surnommée par ses sympathisants, a été malmenée et insultée par les partisans de Zuma. Ces 54 femmes venant de 21 pays d'Afrique ont redigé la déclaration qui suit.

    Nous qui sommes 54 femmes de 21 pays d'Afrique et qui représentons 41 organisations nationales, régionales et internationales y compris des associations de femmes, de défense des droits de l’homme et de lutte contre le VIH / SIDA, nous sommes réunies à Johannesburg en Afrique du Sud, les 6 et 7 avril 2006 pour plaider en faveur des droits des femmes séropositives ou atteintes du SIDA. Nous sommes scandalisées par la façon dont se déroule le procès de viol intenté à Jacob Zuma, vice président du Congrès National Africain. Pour nous, les avocats de la défense, les médias, les Cours de Justice ainsi que la police se comportent de façon déplorable.

    1. Nous avons été et sommes toujours affectées par le double fléau frappant les femmes, d'une part victimes de la violence et d'autre part, atteintes du VIH/SIDA. Nous sommes plusieurs à vivre avec le VIH tout en subvenant aux besoins des membres de notre famille et des communautés atteints du VIH/SIDA .En tant que jeunes filles ou femmes adultes, nous avons été victimes d’actes de violence commis par des hommes dans des positions d’autorité au sein de notre famille ou dans la société .Certaines parmi nous se souviennent de ces femmes sauvagement assassinées lors d’actes de violence commis à la maison, au travail ou à l'école. Nous savons que les femmes sont souvent violées par des hommes connus d’elles.

    2. Nous saisissons l’occasion d’exprimer publiquement notre solidarité envers Khwezi. Nous saluons le courage dont elle a fait preuve en signalant sa mésaventure à la police et en déclarant devant la cour pour rapporter le viol dont elle a été victime. Khwezi a respecté les méthodes établies en Afrique du Sud pour signaler et résoudre tout acte criminel. Avoir à faire face à des hommes forts et haut placés est à la fois difficile et courageux. Nous souhaitons que toute l'Afrique du Sud, le monde entier et Zhwezi elle-même sachent qu’elle a toute notre affection et notre soutien.

    3. Nous sommes indignées par le traitement horrible, injuste et amoral accordé à Khwezi par la presse parlée et la presse écrite. Elle a été vilipendée de façon abusive dans des comptes-rendus à caractère foncièrement sexiste. Nous prenons note de ces secteurs médiatiques qui ne cessent d’être à la fois juge et jurés à travers la caméra des médias ; ainsi ils ont culpabilisé Khwezi en rapportant de façon inappropriée sa séropositivité, sa façon de se vêtir, son passé sexuel basé sur des viols dont elle a été victime lors de son enfance.

    4. Nous sommes outrées par l'inaction de la police qui, au lieu d'assurer un entourage sûr à Khwezi, a permis à des milliers de supporteurs de Zuma de mettre le feu à des sous vêtements et des photos de cette dernière à l'extérieur de la Cour de Justice, actes haineux et intimidants. Nous pensons que le Chef de la Police a agi de sorte que la violence publique s’est propagée aux alentours de la Cour de Justice. Dans un lieu où il aurait pu assurer une atmosphère paisible, il a, au contraire, accepté que Khwezi souffre de façon dramatique en étant bousculée alors qu'elle se rendait à ou sortait de la Cour de Justice.

    5. Nous sommes offusquées par la manière dont Jacob Zuma a manipulé les pratiques et coutumes traditionnelles zouloues. Nous sommes aussi indignées que Zuma ait reconnu avoir tenté d'abuser de la culture zouloue en essayant d’acheter le silence de Khwezi et de sa mère en leur offrant quelques vaches engraissées .Ainsi les femmes ont l'air d'un sac de viande avec qui on peut avoir des relations sexuelles et le problème est résolu par l'échange de bétail en guise d'accord de mariage. Cette tactique de référence à la coutume traditionnelle constitue un outrage malhonnête vis-à-vis d’un continent qui lutte au quotidien avec des notions barbares et primitives au sein d'un monde global bâti sur le racisme et les inégalités et qui croit que les Africains ne peuvent respecter les droits humains.

    6. Compte tenu des commentaires irresponsables et inexacts qu’a émis Jacob Zuma sur le risque de transmission du virus et la douche infâme, nous réclamons le démantèlement du SANAC, le Conseil National Sud-africain contre le Sida, qui représente évidemment un véhicule de fausses informations et de mauvaise éducation et qui est une institution qui accepte l'abus du pouvoir politique au lieu d'honorer son mandat légal réglementaire concernant la prévention, le traitement et les soins relatifs au HIV.

    7. Il n'est pas séant que les sévices sexuels dont fut victime Khwezi lorsqu'elle avait 5 ou 13 ans servent de référence à la Cour. Ces incidents se sont déroulés lorsque cette dernière était mineure et qu’elle avait besoin d'être protégée ; il est injuste qu'ils fassent partie du dossier juridique actuel.

    8. L'Afrique du Sud se vante d'être une démocratie dont la constitution protège les droits et les libertés de la femme contre les abus sexuels .Elle se vante de promouvoir et de protéger les droits des femmes et d’autres personnes atteintes du VIH et du SIDA. L'Afrique du Sud se défend d'avoir un système judiciaire sophistiqué, libre d'influences politiques et de tout autre influence importante. Nous voulons que ces principes audacieux soient respectés.

    Compte tenu du rôle essentiel que joue l'Afrique du Sud dans la politique régionale et internationale, la façon dont les différentes instances traitent de l'affaire Zuma envoie des signaux forts concernant les droits humains des femmes africaines au 21ème siècle. Sont concernés : les médias, les Cours de Justice, la police, l'ANC au pouvoir, les bureaux de la Présidence, le Parlement, la Commission des Droits de l'homme, la Commission pour l'Egalité des Sexes et chacun des services gouvernementaux.

    C'est un siècle où, sous l'égide de l'Union Africaine, l'Afrique du Sud et les 52 autres états du continent africain ont signé le Protocole de la Charte Africaine des Droits des femmes ainsi que la Déclaration Solennelle sur l'Egalité des Sexes en Afrique. De plus, la Déclaration sur les Sexes et le Développement avec l’addenda sur la Violence envers les Femmes, documents qu’a élaborés la SADC, portent la signature de tous les membres de cette association, y compris l'Afrique du Sud.

    Les femmes du continent africain méritent mieux. Les droits des femmes sont des droits humains et ne devraient, en aucun cas, être bafoués, que le mobile soit religieux, politique ou culturel. L'Afrique du Sud saura-t-elle agir en conséquence de ses déclarations en maintenant, au niveau régional et international, le respect de sa Constitution et de ses engagements vis-à-vis des droits des femmes?
    Signataires : Ama Kpetigo, Women in Law & Development (WILDAF), Amie Bojang-Sissoho, GAMCOTRAP, Amie Joof-cole, FAMEDEV, Beatrice Were, Uganda, Bernice Heloo, SWAA International, Bisi Adeleye-Fayemi, AWDF, Buyiswa Mhambi, Empinsweni Aids Centre, Caroline Sande, Kenya, Dawn Cavanagh, Gender AIDS Forum, Diakhoumba Gassama, Dorothy Namutamba, ICW, Ednah Bhala, Ellen Chitiyo, The Women's Trust, Ennie Chipembere, South Africa, Everjoice Win, South Africa, Faith Kasiva, COVAW - Kenya, Faiza Mohamed, Somalia, Flora Cole, WOLDDOF -GHANA, Funmi Doherty, SWAA - Nigeria, Gcebile Ndlovu, ICW, Harriet Akullu, Uganda, Helene Yinda, Switzerland, Isabella Matambanadzo, OSISA, Isatta Wuire, SWAA - Sierre Leone, Izeduwa Derex-Briggs, Nigeria, Jane Quaye, FIDA - Ghana, Joy Ngozi Ezeilo, Women's Aids Collective (WACOL), Ludfine Anyango, Kenya, Marion Stevens, South Africa, Mary Sandasi, WASN, Mary Wandia, Kenya, Matrine Chuulu, WLSA, Neelanjana Mukhia, South Africa, Sandasi Daughters, Zimbabwe, Olasunbo Odebode, Prudence Mabele, Positive Women's Network, Rouzeh Eghtessadi, Sarah Mukasa, Akina mama Wa Afrika, Shamillah Wilson, AWID, Sindi Blose, Siphiwe Hlophe, SWAPOL, Sisonke Msimang, OSISA, Tabitha Mageto, Africa, Taziona Sitamulaho, South Africa, Theo Sowa, Therese Niyondiko, Thoko Matshe, Vera Doku, AWDF, Oti Anukpe Ovrawah, National Human Rights Commission - Abuja

    * Ce texte a été traduit de l’anglais sous la direction de Vanessa Everson, Section de français de l’Université du Cap, par Kesini Murugesan.

    *Veuillez envoyer vos commentaires à :

    *La version anglaise de cette déclaration a d’abord paru dans Pambazuka News numéro 250. Voir :

  • Contributor | Gouvernance

    Immunodépresseurs, traitements contre le diabète, antibiotiques, antifongiques, traitements contre les infections, vaccins - tout ceci est disponible de façon naturelle en Afrique et a été utilisé depuis des siècles par les autochtones. Mais ces pratiques sont de nos jours menacées alors que les laboratoires Occidentaux pillent ces connaissances et ces ressources naturelles.

    La publication de « Out of Africa: Mysteries of Access and Benefit Sharing » (Hors d’Afrique: Les Mystères de l’Accessibilité et de son Partage Bénéfique) a éclairci quelque peu cette tendance croissante au bio-piratage qui se répand à travers le continent Africain. Beth Burrows, de l’Institut Edmonds, un organisme à but non lucratif spécialisé dans l’éducation environnementale, a répondu à quelques questions posée par Pambazuka au sujet de son rapport.

    PAMBAZUKA NEWS: Comment définissez-vous la bio-piraterie ?

    BETH BURROWS: Comme précisé dans l’introduction d’Hors d’Afrique, la définition retenue dans le contexte de cette œuvre était comme suit: « lorsqu’il y a un accès ou une acquisition concernant la biodiversité (s’accompagnant ou non des savoirs traditionnels s’y rattachant), ne comprenant pas au préalable un consentement éclairé y compris sur les bienfaits d’un tel partage de ces informations de la part de ceux dont les connaissances sur la biodiversité (ou les savoirs traditionnels) ont été «obtenus » ou «acquis », il y a bio-piraterie, c’est-à-dire, du vol. »

    PAMBAZUKA NEWS: Quelle est la relation entre le développement de l’Afrique et la bio-piraterie ? Quel est le rapport entre un développement durable et la protection de la biodiversité ?

    BETH BURROWS: L’Afrique jouit d’une biodiversité très riche. Elle devrait être en mesure de contrôler la manière dont cette «richesse» est utilisée et de s’assurer qu’elle sera toujours exploitée pour le plus grand bien (au présent comme au futur) de son peuple et d’autres biodiversités du continent. Il est au delà de ma compétence (ou de mon audace) de prétendre dire comment chaque pays et chaque groupe d’habitants envisage exactement son propre développement. Il faudrait poser cette question à tous ces différents groupes.

    Si la biodiversité ne peut être maintenue, de toute évidence elle ne sera pas « protégée» ou accessible aux générations futures. Très vraisemblablement, ce sont ceux qui ont su gérer la biodiversité des siècles durant -les personnes qui vivent au seun de cette dernière- qui sont les mieux à même de juger comment entretenir et protéger leur propre biodiversité.

    Se contenter de consommer la biodiversité dans le but de rendre plus aisée des projets de développement à court terme ne semble pas raisonnable en termes de conservation (et d’utilisation future). C’est ce qu’avaient compris ceux qui créèrent la Convention sur la Diversité Biologique (CDB). Ce traité était censé reposer sur trois piliers - conservation, usage durable et partage équitable des retombées positives provenant d’une utilisation durable.

    Comme l’avait écrit Hamdallah Zedan, ancien Secrétaire du CDB, au sujet d’un partage équitable de ces bienfaits: « Ce dernier objectif est d’une importance toute particulière pour les pays en voie de développement, car ils disposent de la plus grande partie de la diversité biologique mondiale mais perçoivent que, en règle générale, ils ne reçoivent pas une part équitable des avantages dérivés de l’emploi de leurs ressources utilisées pour le développement d’innovations telles que des cultures à haut rendement, des produits pharmaceutiques ou cosmétiques.

    Un tel système diminue la motivation que pourraient éprouver les pays nantis d’un point de vue biologique mais plus dépourvus économiquement à conserver et à utiliser de façon durable leurs ressources pour le bénéfice ultime de tous les habitants de notre Monde.

    PAMBAZUKA NEWS: Quelles sont les considérations éthiques sous-tendant la bio-piraterie, et quelles protections sont actuellement en place pour protéger la biodiversité en Afrique ?

    BETH BURROWS: Les considérations éthiques concernant la bio-piraterie, ou, de façon plus appropriée, concernant les objections à cette pratique, sont identiques à celles concernant le vol, le manque de respect et le colonialisme.
    Toute « protection » contre la bio-piraterie qui se pratique en Afrique devrait être établie au niveau national (bien que en quelques lieus ailleurs dans le monde, certaines communautés locales ont élaboré leurs propres règles et refusé l’accès à leur biodiversité à tout individu refusant de s’y conformer).

    Cette protection nationale devrait être reflétée dans des lois sur l’Accès et le Partage des bienfaits (APA) découlant de la biodiversité de chaque pays. Il serait également nécessaire d’avoir une réglementation gouvernant la reconnaissance des droits des communauté autochtones et locales à leur propre biodiversité.

    Quoique beaucoup de pays ont signé la Convention de la Diversité Biologique, beaucoup d’entre elles n’ont toujours pas mis en place de réglementations sur l’Accès et le Partage des Avantages (APA) , ou ne les ont pas mis en application. Qui plus est, le CDB n’a toujours pas accepté de se voir lié par des accords internationaux concernant l’accessibilité et le partage de ces bienfaits (les organisations du CDB s’affairent actuellement à négocier de tels accords).

    Malheureusement, un grand nombres de signataires n’ont toujours pas passé de lois à portée nationale visant à gouverner l’accès et le partage des bienfaits en ce qui concerne les ressources génétiques de leur pays (ainsi que celles d’une variété de peuples autochtones vivant à l’intérieur de leurs frontières).

    PAMBAZUKA NEWS: Quelles sont les répercussions, à la fois sur l’environnement et pour la société, qui résultent de la bio-piraterie ? Comment sont, en ce cas, lésées les cultures indigènes et leurs communautés ?

    BETH BURROWS: Il faudrait poser cette question à chaque groupe à qui on a enlevé des substances ou des connaissances traditionnelles (avec leur accord, l’attribution de leur contribution et / ou une rémunération). Chaque groupe n’a pas nécessairement ressenti ou pensé de la même façon cette situation. Toute privation (ou dégradation, ou encore sur-consommation de biodiversité) n’aurait pas le même effet dans chaque lieu.

    En règle générale, les répercussions humaines peuvent aller d’une impression d’avoir été dépouillé, ou d’avoir été victimes d‘un manque de respect, jusqu’à un sentiment d’avoir été complètement délaissé. Chaque peuple doit décider pour lui-même quelles ont été les répercussions. Ce n’est pas à un étranger au groupe de prendre cette décision.

    En ce qui concerne l’environnement, il est également difficile de donner une réponse générale à une question sur les conséquences de la bio-piraterie. C’est un thème demandant une enquête au niveau national (et local). Dans le pire des cas, il se peut que la bio-piraterie exerce une telle pression sur une ressource génétique que cette dernière puisse disparaître entièrement du lieu dont elle est originaire. La biodiversité pourrait devenir rare et chère et, finalement, entièrement inaccessible à ceux pour qui elle était autrefois abondante et utilisée librement.

    PAMBAZUKA NEWS: Pourriez-vous estimer, en termes financiers, les profits qui ont été réalisés grâce à la bio-piraterie en Afrique ?

    BETH BURROWS: Non. Il faudrait procéder à une telle enquête exaction par exaction. Alors que certains de ces « vols » n’ont pas donné lieu au moindre profit, d’autres se seraient soldés par des bénéfices de plusieurs milliards. Et, bien sûr, il y a toute la question de déterminer qu’est-ce qui constitue un « profit » et qui tient les comptes.

    PAMBAZUKA NEWS: Que faudrait-il faire, à un niveau tant international que local, pour se préminir contre la bio-piraterie ? Quelles politiques devraient être mises en place, et que doivent mettre en œuvre les communautés afin de protéger la biodiversité de leur territoire ?

    BETH BURROWS: Les communautés doivent, à tous les niveaux, décider sous quelles conditions elles donneront accès à leur biodiversité et à leurs connaissances traditionnelles. Il leur faut mettre en place un système leur permettant de traiter avec ceux qui viendraient accèder à leur biodiversité. Ce système devrait être connu de tous.

    Au niveau national, ce système doit être inscrit dans la loi, et également au niveau international, où, il nous faut l’espèrer, un niveau minimal d’APA (Accès et Partage des Avantages (APA) sera rendu obligatoire, niveau au dessous duquel il serait inacceptable d’obtemperer. Il faudra peut-être construire une armature juridique en certains endroits pour s’assurer que de telles lois soient établies et appliquées. Dans certaines parties du monde, il s’agirait d’une armature légale. Dans d’autres endroits, une armature éthique.
    Pour que ce système fonctionne, il faudrait que les chercheurs universitaires comprennent que les temps ont changé et que les conditions leur permettant d’accéder à la biodiversité ont changé également.

    Qui plus est, il faudrait également des changements parallèles dans les lois régissant les brevets, au niveau national comme international, pour s’assurer que nul ne puisse breveter aucune trouvaille quel qu’elle soit sans révéler la source de tout matériel biologique utilisé dans son « invention », et sans annexer une copie de l’accord correspondant à l’accès et au partage des avantages afférents à la demande de brevet.

    Il me faut noter à ce sujet que ceci serait encore plus compliqué que je l’ai décrit. Par exemple, beaucoup de personnes estiment qu’un brevet portant sur des substances biologiques serait ni éthique ni désirable. En ce qui les concernent, tout accord CAPA devrait inclure une clause interdisant de breveter le matériel, la connaissance et tout ce qui en dériverait.

    La nécessité de résoudre ces questions nombreuses et épineuses explique pourquoi les nations du monde, à part quelques exceptions; comprennent l’intérêt de négocier un traité APA dans le contexte du CDB.

    *Veuillez envoyer vos commentaires à :

    *Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 244. Voir :

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  • Contributor | Gouvernance

    Un nombre important de votants ont approuvé la Constitution par voie référendaire en décembre dernier. Ceci va conduire vers des élections générales, selon des résultats officiels. Les résultats rendus publics Mercredi par la Commission Indépendante Electorale, montrent qu’il y a eu 84.31 pour cent de OUI contre 15.69 de NON.

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  • Contributor | Gouvernance

    Le SACP et le COSATU ont mis fin à leur désaccord dans l’alliance tripartite à propos de l’affaire Jacob Nzuma par des appels pour voter en faveur de l’ANC aux élections municipales. Ils ont présenté un front uni lors du lancement dimanche de la campagne électorale de l’ANC par le Président Thabo Mbeki au stade Athlone plein à craquer. Les deux associés ont ouvertement apporté leur soutien au numéro 2 de l’ANC, cerné, après avoir été destitué de la vice-présidence du gouvernement.

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  • Contributor | Gouvernance

    Malgré l’assurance donnée aux Ougandais qu’il partirait s’il était battu aux élections, le Président Yoweri Museveni a dit qu’il ne se retirerait pas du pouvoir si le peuple et son parti le NRM ne le désirent pas proprement. Il a déclaré en substance au cours d’un meeting de campagne que “vous ne pouvez pas chasser un combattant de la liberté comme si vous chassez un voleur de poulet dans une maison”.

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  • Les accords commerciaux ne sont jamais faciles à comprendre. Ils sont caractérisés par un jargon complexe et une analyse économique détaillée qui est loin d’être l’apanage du grand public. Les négociations actuelles portant sur les Accords de Partenariat Économique (APE) entre un groupe d’États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et l’Union Européenne (UE) n’échappent pas à la règle. Quelle est toutefois la nature de ces négociations et des accords qui en découleront éventuellement ? Qu’en est-il des relations entre l’Afrique et l’Union Européenne ? Et quel impact ces accords commerciaux auront-t-ils sur le tissu socio-économique de nos sociétés ? Suite à notre numéro spécial sur les APE en juillet, nous avons décidé de faire une série d’articles sur la question, en commençant par le présent numéro, et ce jusqu’à la fin de l’année. Dans le premier article, Stephen Hurt analyse les relations de pouvoirs entre les pays ACP et l’Europe au sujet du commerce international et le tournant décisif qu’elles sont en train de prendre. En effet, pour comprendre les clauses actuelles des APE, il faut creuser dans l’histoire des relations entre ces groupes, en mettant l’accent surtout sur les ambitions de l’UE des années 1970 à nos jours.

    L’Union Européenne (UE) est un partenaire commercial majeur de l’Afrique sub-saharienne. Les pro aussi bien que les anti-Accords de Partenariat Economique (APE) tendent à s’accorder sur l’éventuel impact des négociations actuelles sur les perspectives de développement de beaucoup de pays africains. L’importance particulière des APE, qui font partie de l’Accord de Cotonou entre l’UE et les Africains, les États des Caraïbes et du Pacifique, réside dans le fait qu’ils symbolisent le retour à la non-réciprocité dans les relations commerciales. Elles peuvent donc être perçues comme un changement substantiel dans la politique de développement de l’UE. La mise en exergue du commerce, associée à la baisse relative de l’aide de l’UE destinée à l’Afrique, est à l’opposé de l’approche adoptée à l’orée de leurs relations. L’accent était alors largement mis sur l’aide plutôt que sur le commerce. Pour comprendre de quoi est née la situation actuelle, il est nécessaire de mettre les APE dans leur contexte historique. En faisant cela, il devient clair que des précédents ont été créés dans le passé. En plus, la position actuelle de l’UE concernant ses relations avec l’Afrique semble trouver ses racines dans les années 80.

    Pour comprendre les dynamiques qui ont accompagné le développement historique des relations EU–Afrique, il est important de prendre en compte le contexte international des relations Nord-Sud. Comme je vais essayer de le démontrer dans cet article, ce sont les développements matériels et d’idées dans ce contexte structurel même qui conditionnent les décisions politiques qui sont prises par les élites gouvernementales et bureaucratiques aussi bien dans l’UE que dans les États Africains.

    La décolonisation et les Conventions de Yaoundé

    Les relations UE-Afrique sont formalisées à la création de cette organisation en 1957. Sur l’insistance de la France, le Traité de Rome comporte des articles relatifs à l’association de colonies Africaines. Ainsi, pour ce qui est des dispositions concernant le commerce et l’aide au développement, il y a un accord spécial entre l’UE et l’Afrique qui existe depuis presque cinq décennies. L’accord donne aux États membres et leurs colonies un accès préférentiel à différents marchés. C'est-à-dire que les États membres de l’UE bénéficient de termes préférentiels envers les États associés (Africains) et vice versa, par rapport à des États tiers. Ces débuts assez modestes sont à l’origine de la longue coopération entre l’UE, l’Afrique et les pays en développement en général. Comme le soutient Holland : « les liens historiques, plutôt que les besoins, ont été le critère de détermination des relations entre l’UE et l’Afrique en termes de commerce préférentiel et d’aide (2002 :27).

    Après l’indépendance de plusieurs États Africains dans les années 60, les relations UE-Afrique sont réorganisées par le biais des Conventions de Yaoundé de 1963 et 1969. Ces dernières, d’une certaine manière, reconnaissent l’indépendance politique des États associés ; des institutions communes voient le jour, y compris un Conseil d’Association et une Conférence Parlementaire. Cependant, comme le suggère Koutrakou, la vraie motivation derrière cette relation est la présence d’intérêts économiques en Afrique pour États membres de l’UE. Cet intérêt personnel de l’Europe est reflété par le fait que l’accès préférentiel au commerce est réciproque.

    Lomé I

    Vers le début des années 70, l’Afrique francophone voit déjà sa domination dans les relations entre l’UE et le continent s’amenuiser considérablement. En 1971, l’UE introduit son Système Généralisé des Préférences (SGP), qui réduit ses tarifs externes dans toutes ses relations commerciales avec les pays en voie de développement. Cela contribue à l’érosion des relatifs avantages commerciaux dont les signataires de la Convention de Yaoundé jouissaient jusque-là. Cependant, le développement le plus significatif durant cette période, et qui découle sur une réévaluation des relations avec l’UE, est la confirmation du Royaume Uni comme membre de l’UE en 1973. Les membres du Commonwealth, qui étaient dans une phase de développement similaire à celle des 18 États de l’accord de Yaoundé, se sont unis pour former le groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP).

    L’idée de négocier un nouvel accord avec un groupe élargi de pays en développement est l’initiative de la Commission Européenne. Les négociations commencent en juillet 1973 et font naître la Convention de Lomé. Malgré la relative hétérogénéité des pays ACP, ils s’entendent unanimement durant ces négociations (Holland 2002 : 33). L’unité des pays ACP est davantage renforcée avec le contexte mondial du début des années 70. Le système de Bretton Woods s’effondre et les États du Tiers Monde affirment de manière de plus en plus directe leur désir d’améliorer leur position dans l’économie mondiale. Ces développements résultent sur l’appel, notamment au sein de l’Assemblée Générale des Nations Unies, à la création d’un Nouvel Ordre Économique International (NOEI). Par conséquent, les pays ACP adoptent une stratégie de négociation avec l’UE sur la base de ce même NOEI.

    Quoique l’accord final de Lomé I reflète certaines de ces influences, les concessions faites aux pays ACP sont articulées de plusieurs manières. Par exemple, les clauses commerciales sont basées non pas sur la réciprocité, mais sur l’accès préférentiel, uniquement pour les pays ACP exportant vers l’UE. Cet accès au marché de l’UE est toutefois limité à l’exportation de produits agricoles, un des secteurs économiques clé de bon nombre de pays Africains, par la non-inclusion des produits couverts sous la Politique Agricole Commune (PAC) de l’UE. Ceci demeure une question problématique, trente ans après. En outre, des règles d’origine strictes et une clause de sauvegarde permettent à l’UE d’exercer un certain degré de contrôle sur les questions relatives au commerce.

    De Lomé à Cotonou

    Avec du recul maintenant, on peut voir en Lomé I le paroxysme de la volonté de l’UE de satisfaire aux exigences des gouvernements Africains. En réalité, selon Hurt, « l’histoire de la coopération Européenne pour le développement à partir de ce moment-là est le début d’une détérioration marquée de ces concessions limitées et l’adoption progressive de la pensée néo-libérale » (2004 :158). Ce processus en fin de compte mène à l’Accord de Cotonou de juin 2000 entre l’UE et les pays ACP.

    Les pays ACP ne font pas de progrès substantiel durant les années 80 au cours des deux renégociations de la Convention de Lomé. Cependant, l’influence croissante de la pensée libérale doublée de la crise de la dette du Tiers Monde change profondément le contexte des relations UE-Afrique. Ces mutations sont reflétées par l’introduction des ajustements structurels lors des accords de Lomé IV, signés en 1989. L’UE a dès lors une approche très similaire aux politiques mises en œuvre par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. En développant cette politique d’ajustement structurel, l’UE semble laisser entendre que son approche est plus pragmatique que celle adoptée par lesdites institutions financières internationales. Selon l’organisation européenne toujours, cette approche s’assumerait devant l’impact qu’elle aura sur les couches les plus vulnérables de la population des pays concernés. Cette thèse a été contestée par bon nombre d’experts (voir Brown 2002 et Parfitt 1996).

    La genèse de l’Accord de Cotonou commence en 1992 avec la publication par la Commission Européenne d’un document dénommé « Horizon 2000 ». Ce dernier prône l’accentuation des conditions relatives à l’aide au développement ainsi qu’une modification de la politique commerciale de l’UE en faveur d’une libéralisation du commerce multilatéral et au détriment des régimes préférentiels. Ces inquiétudes sont en partie abordées dans la révision à mi-terme de Lomé IV, mais les difficultés à travailler dans les limites d’application des clauses existantes rendent toute modification substantielle du pilier commercial quasi irréalisable. Ce qui a sans doute poussé la Commission Européenne à publier un Livre Vert en 1996, dans lequel les relations UE-ACP sont évaluées dans leur totalité et les raisons de leur restructuration énoncées (European Commission 1996). On a soutenu que la création de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et les pressions qui l’ont accompagnée, notamment la libéralisation du commerce multilatéral, ont mis en désuétude les régimes préférentiels de l’Europe envers les pays ACP. L’efficacité des préférences commerciales non-réciproques est aussi remise en question en raison de la baisse constante des exportations en provenance des pays ACP par rapport à la proportion totale des exportations vers l’UE. Les thèses mentionnées ci-dessus sont des opinions que la majorité des élites africaines a acceptées. Ce qui est par ailleurs le reflet du consensus grandissant autour de la pensée néo-libérale.

    Quelles sont les principales causes de l’abandon de la Convention de Lomé en faveur de l’Accord de Cotonou ? Durant les années 90, des changements significatifs arrivent et ont un impact sur la nature des relations UE-Afrique, aussi bien sur le plan géopolitique que dans économique, au niveau mondial. La fin de la Guerre Froide apporte d’importants changements dans la politique étrangère de l’UE, notamment en ce qui concerne les priorités de l’organisation. Son programme d’expansion vers les pays d’Europe Central et de l’Est, en particulier, a favorisé une direction des intérêts commerciaux et des fonds d’aides. Par conséquent, il y a eu une assez forte baisse en proportion de l’aide de l’UE aux pays ACP. En 1989, le groupe ACP reçoit 63,5 pour cent de l’aide totale de l’UE, mais cette proportion se voit réduite à 29,1 pour cent avant 1998 (ECDMP 2001).

    Dans l’économie mondiale, le néolibéralisme est, depuis le début des années 80 au moins, une idée qui continue à gagner du terrain. Ceci est d’autant plus significatif que quand les idées sont à la base d’une telle position, les débats sur la politique à adopter sont souvent déterminés d’office. L’influence de l’hégémonie de la pensée néo-libérale sur le développement est très présente dans l’assertion de l’UE selon laquelle il faut conformer l’Accord de Cotonou et les négociations sur les APE aux règles internationales sur le libre-échange suivant le règlement de l’OMC. Cette position néglige toutefois le fait manifeste que les règles de l’OMC ne sont ni « fixes » ni « immuables », mais sont plutôt mues par une certaine « volonté politique » (Hurt 2003 : 174). Si la politique étrangère de l’UE était vraiment axée sur le développement, elle aurait cherché à réformer ces mêmes règles qui sous-tendent le système de commerce multilatéral, qui, selon elle limiterait ses options.

    Les actions de l’UE relatives au développement des relations commerciales réciproques avec l’Afrique ont créé un précédant notable. Dès la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, l’UE entame des négociations avec le nouveau gouvernement dirigé par le Congrès National Africain (ANC), pour signer en octobre 1999 un accord bilatéral dénommé Accord sur le commerce, le développement et la coopération (ACDC), après quatre ans de négociations. Le pilier commercial de cet accord est la création de la Zone Libre Échange (ZLE) entre l’UE et l’Afrique du Sud. Bien que cet accord commercial comporte une clause relative à un calendrier asymétrique de libéralisation, auquel les deux parties souscrivent, « toute » transaction commerciale, d’ici 2012, devrait être exempte de droits de douane. Au tout début des négociations, les Sud-africains demandent à devenir membre de la Convention de Lomé. Ce que l’UE repousse en arguant du fait que l’Afrique du Sud est assez développée par rapport aux autres pays ACP pour supporter les coûts d’ajustement de la libéralisation commerciale réciproque (Hurt 2000 72-73). Ce qui est sans doute le résultat d’une évaluation contestable de la situation de l’Afrique du Sud. En outre, avec un regard en arrière, il est donné de voir que les relations commerciales réciproques, autrefois exclusivement accordées à l’Afrique du Sud, sont depuis devenues applicables au reste des pays africains.

    Conclusions

    Le groupe des pays ACP a occupé une place primordiale dans la politique étrangère de l’UE envers les pays en voie développement. La relative unité et la force de négociation de ce groupe se heurtent aux négociations actuelles sur les APE au niveau régional. Comme je l’ai démontré tout au long de cet article, ceci n’est qu’une des nombreuses différences majeures par rapport à la période des années 70, qui a vu l’avènement des négociations de Lomé I. La « normalisation » des relations de l’UE avec l’Afrique, contenue dans l’Accord de Cotonou, ne reflète en réalité que « les vœux de longues dates de l’UE qui date du début des années 70 et des négociations qui ont précédé Lomé I » (Hurt 2004 : 170). Il y a une grande différence entre l’instabilité de l’économie mondiale associée à la relative force de négociation des pays Africains d’il y a trente ans, et la prépondérance ces dernières années de la pensée néo-libérale sur le développement suivant les règles de l’OMC. Ce changement a permis à l’UE d’abandonner le commerce préférentiel en faveur de la négociation sur les APE, sur lesquels les pays africains statuent présentement.

    Le terme UE est utilisé tout au long de cet article pour représenter l’Union Européenne et l’organisation, avant le Traité Maastricht.

    Stephen Hurt est un Chargé de Cours en Relations Internationales à l’Université d’Oxford Brookes, au Royaume Uni. ([email protected])

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    Pour en savoir plus sur le sujet, veuillez visiter notre site Repression in Tunis and the World Summit on the Information Society -

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  • Cette semaine, deux évènements importants pour les Africaines auront lieu. Le 25 Novembre marquera le début des seize jours d’activisme contre la violence à l’égard des femmes, une campagne internationale créée dans le but de sensibiliser l’opinion sur la violence contre les femmes, de renforcer le travail des organisations locales et de démontrer la solidarité des femmes dans le monde entier.

    Incorporant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (le 25 Novembre) à la Journée internationale des droits humains (le10 Décembre), le but de cette campagne est de relier la violence à l’égard des femmes au fait qu’il s’agit d’une violation des droits humains. Le 25 Novembre possède également une signification importante pour les Africaines dans la mesure où il s’agit du jour ou le protocole relatif aux droits de la femme en Afrique entre en vigueur. Ayant été ratifié par les 15 pays africains nécessaires, ce traité extrêmement important et progressiste possède le potentiel d’émanciper les Africaines et de leur offrir la puissance que donne le fait de connaître et d’utiliser ses droits. C’est pourquoi A.N. Khitaka, se lance, dans l’article ci-dessous, dans un éloquent plaidoyer pour la ratification du traité par le Kenya. A.N.Khitaka vante les avantages que le traité offrira aux pays d’Afrique, elle assure que le travail effectué par de nombreux groupes dans le monde entier est d’une importance vitale pour les droits des femmes ainsi que pour faire de la violence contre les femmes une chose du passé. Au-dessous de l’article de A.N. Khitaka se trouve une liste de ressources sur les seize jours et sur le protocole : sites suggérés, lectures conseillées, blogs et évènements.

    Femmes d’Afrique, nous avons une raison de nous réjouir, en effet nous avions longtemps attendu la ratification du protocole relatif aux droits de la femme en Afrique par les 15 pays nécessaires d’Afrique : elle vient d’être annoncée. Le protocole entrera bientôt en vigueur (le 25 Novembre). Ceux des Etats qui ont déposé leurs instruments de ratification auprès du Conseil Exécutif auront la possibilité d’en incorporer les articles au sein de leur droit national.

    Ce fut un long voyage ; un voyage et une bataille bien menés par des groupes de défense des droits humains nationaux, régionaux et internationaux. La plupart d’entre nous l’ignoraient, mais nous sommes maintenant ravis que leurs pressions, cajoleries et démarchages aient fini par porter leurs fruits. Le second sommet des chefs d’états et de gouvernement se tenant à Maputo, au Mozambique, a finalement adopté le protocole comme supplément à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. La seule clause additionnelle était qu’il devait être ratifié par au moins 15 Etats sur les 53 Etats-membres possibles. Les 15 Etats à déposer leurs instruments de ratification auprès du Conseil Exécutif l’ont fait le 26e jour d’Octobre, ce qui signifiait alors que le traité devait entrer en vigueur à 30 jours de cette date ! Il a été correctement décrit de façon plaisante comme la « Carte Verte » qui inaugurera une ère nouvelle. Non content de nous garantir une palette élargie de droits humains répondant spécifiquement à nos besoins de créatures les plus lourdement opprimées et réprimées de l’ancien (et du nouveau !) millénaire, il nous permet de chercher réparation auprès de la future Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Malheureusement, le Kenya n’a pas encore ratifié le traité ; c’est peut-être dû à la préoccupation actuelle vis-à-vis du référendum. Cependant, pousser du coude le gouvernement dans la bonne direction ne devrait pas se révéler une tâche insurmontable : il a l’air influençable.

    La grande question est la vitesse à laquelle les femmes du Kenya viendront s’ajouter à la fière liste des pays qui ont choisi d’offrir à leurs femmes un cadeau de Noël avant l’heure en ratifiant le document. Combien de temps les femmes du Kenya devront-elles attendre de ce côté renégat de la mer Rouge que le mot magique de « ratification » ouvre les flots rageurs et les projette sur l’autre rive, là où la discrimination contre les femmes, la répugnante Mutilation Génitale Féminine (excision), les mariages forcés, la pratique du lévirat, la violence sexuelle et domestique sont des choses du passé ? Pas longtemps j’espère.

    Nous devons à tout prix unir nos efforts dans un lobbying visant à obtenir cette ratification. Alors seulement pourrons-nous nous lever et nous écrier « Euréka ! » Sans cela, nous pourrions tout aussi bien nous contenter de rester éternellement sur cette rive pour regarder nos sœurs du Cap-Vert, du Mali, de Malawi, du Lesotho, des Comores, de Libye, de Namibie, du Rwanda, du Nigeria, de Djibouti, de l’île Maurice, du Sénégal, d’Afrique du Sud, du Bénin, du Togo et de Gambie faire leurs premiers pas sur le fonds marin détrempé qui les mènera vers la liberté de l’individu.

    Après ratification et domestication nous devrons progresser vers la prochaine grande étape : celle de l’éducation des masses à ses bénéfices, sans oublier de prendre à bord nos chers pères, frères, époux et fils. Une partie de l’opposition au projet Wako de constitution vient du fait qu’il promet des droits d’héritage égaux aux femmes, surtout aux femmes mariées. C’est à croire que ce projet introduit de nouveaux concepts dans notre système juridique, et pourtant le « Succession Act » existe depuis 1981 !

    La plupart des femmes ont refusé de faire valoir leurs droits, même une fois assurées que la loi était de leur côté. D’autres ne veulent pas d’incessantes querelles au sujet de maigres ressources familiales avec des membres masculins de la famille. La perspective de se retrouver dans une sordide officine de province en fait reculer beaucoup. Celles-là préfèrent se réfugier derrière le masque des traditions en renonçant à leur part en faveur de leurs frères.

    Les hommes craignent de perdre le contrôle de leurs mères, sœurs, femmes et filles. Ils adhèrent à la croyance primitive selon laquelle on ne peut dompter et soumettre une femme qu’en la privant de ses droits et libertés essentiels ainsi qu’en appliquant une forme de violence spécifique à sa féminité, le viol et l’agression physique en étant les moyens d’expression les plus populaires aujourd’hui. Du temps de nos mères, leur arme de prédilection était le refus d’accorder aux femmes une éducation primaire et secondaire; elles étaient également contraintes à démissionner de leurs emplois rémunérés par des décrets du type « mère au foyer avec enfants ». Même l’homme éduqué d’aujourd’hui tente de confiner sa compagne dans cette pièce perpétuellement enfumée qu’on appelle la cuisine (après le travail, bien entendu).

    Les récalcitrantes sont abandonnées, attaquées, blessées et tuées en toute impunité. Celles qui ont la chance de s’en sortir et de subsister par leurs propres moyens sont traitées en parias par une société qui leur colle une étiquette de prostituées, de voleuses de maris et de rebuts de la société. Tout bien qu’elles acquièrent sous leur statut de célibataire sera saisi par les maris, frères, oncles et pères dont elles sont séparées ou leur sera offert en héritage. Tout enfant laissé derrière elles, sont maltraités, les petites filles surtout sont forcées à devenir servantes, ou bien l’on s’en débarrasse en les mariant à de parfaits inconnus se faisant passer pour un membre de la famille de leurs parents. Parfois on les expédie à la campagne où elles doivent subir d’odieux rites traditionnels. Ne vaudrait-il pas mieux que le gouvernement facilite l’adoption de tels enfants, de façon à ce qu’ils puissent continuer à vivre dans le style et la manière qui était les leurs du temps où leurs mères étaient encore en vie ?

    C’est la raison pour laquelle les groupes de défense des droits humains se doivent de faire davantage qu’exercer un simple lobbying pour l’adoption d’instruments légaux internationaux ; ils doivent aider les femmes des zones rurales à les faire appliquer afin d’améliorer leur lot quotidien ainsi que celui de leurs enfants. Il faut faciliter l’existence d’Atieno d’Ahero, de Wanjiku de waithaka, de Kaleyke, de Katse, de Naliaka et de Narok à la fois matériellement et intellectuellement pour qu’elles puissent prendre conscience de leurs droits de base en tant qu’êtres humains et en tant que femmes et de la façon dont il est possible de les faire respecter devant des tribunaux régionaux, nationaux et internationaux. Unissons nos forces afin d’appliquer une thérapie de choc qui obligera les hommes à renoncer à leurs préjugés les plus enracinés ; corrigeons-les de l’actuel état d’esprit rétrograde et phallocrate qui leur a été transmis de génération en génération.

    Dans sa pièce intitulée « Mesure pour mesure », Shakespeare introduit un nouveau personnage nommé Angelo, le régent qui rend de dures sentences en matière de justice. Il refuse de mêler la miséricorde à la justice et déclare que la loi doit être suivie à la lettre : au début de la pièce en tout cas. Nous laisserons aux curieux le soin de découvrir ce qui se passe ensuite. Lors d’une réplique célèbre, il pontifie sur le fait suivant : « l’on ne doit point faire de la loi un épouvantail, le préparant à attraper des oiseaux de proie, jusqu’à ce que l’habitude le leur faisant juger inoffensif ils en viennent à en faire leur perchoir au lieu de leur terreur ».

    Notre dextérité et nos efforts dans la défense d’une cause doivent se traduire par des changements visibles dans les existences des gens de notre peuple ; elles ne doivent pas rester un simple « Sésame » pour nos donneurs de fonds, militons pour la promulgation de lois, mais ne les laissons pas devenir de simples épouvantails à oiseaux de proies et ... à hommes !

    *A.N.Khitaka est défenseur des droits des femmes au Kenya

    *Prière d’envoyer vos commentaires à :

    Organisations soutenant la campagne pour la ratification du protocole relatif aux droits de la femme

    African Centre for Democracy And Human Rights Studies (ACDHRS) http://www.acdhrs.org/
    Akina Mama wa Afrika www.akinamama.org/
    Association des Juristes Maliennes http://www.justicemali.org/ajm.htm
    Cellule de Coordination sur les Pratiques Traditionelle Affectant la Santé des Femmes et des Enfants
    Coalition on Violence Against Women http://www.equalitynow.org/english/index.html
    FAHAMU http://www.fahamu.org
    FAMEDEV-Inter-African Network For Women Media, Gender and Development
    Feminist Africa http:/www.feministafrica.org
    FEMNET - African Women's Development and Communication Network http://www.oxfam.org.uk/
    Peace Women http://peacewomen.org
    Sister Namibia
    Union Nationale des Femmes de Djibouti
    University of Pretoria Center for Human Rights http://www.chr.up.ac.za/
    Voix de Femmes http://www.voixdefemmes.org/
    Women's Rights Advancement and Protection Alternatives
    Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) http://www.wildaf.org/
    Resources
    16 Days of Activism Against Gender Violence http://www.cwgl.rutgers.edu/16days/home.html

    Blogs
    Feminist African Sisters http://feministafricansisters.blogspot.com/
    Diary of a Mad Kenyan Woman http://madkenyanwoman.blogspot.com/
    Black Looks http://www.international-alert.org/publications/121.php
    Trafficking in Women and Children in Africa http://www.unicef-icdc.org/publications/
    African Experiences of Transnational Feminism http://www.feministafrica.org/2level.html

    Editions spéciales de Pambazuka News sur le protocole
    Protocol on the Rights of Women in Africa: A Pre-condition for Health and Food Security
    Challenges of Domestication: The Protocol To The African Charter on Human and People’s Rights on The Rights of Women in Africa

    Women and Sustainable Development -

    Female Genital Mutilation -

    Female Refugees -
    Baobab Women
    Afrique du Sud – Women’s Net
    Agenda à Durban, Contact Afrique du Sud [email][email protected]
    Kenya – COVAW
    Ghana – Ark Foundation
    Calendrier international

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