Les urgences pour la gauche africaine

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L’année qui s’achève a été celle de nombreux soulèvements populaires à travers le continent. Les démocraties artificielles ayant fini de faire illusion, les populations ont exprimé leur quête de justice sociale à travers des révoltes qui ont déstabilisé ou secoué des pouvoirs. C’est dans ce contexte que Le Forum du Réseau de la gauche africaine s’est retrouvé à Bamako pour se définir de nouveaux engagements.

Les luttes politiques en Afrique à la veille des indépendances, qu’elles soient armées ou non, ainsi que les luttes sociales syndicales de cette même période, ont été menées sous la bannière ou l’influence idéologique du marxisme léniniste. Les indépendances africaines ne se sont pas déroulées au même moment et n’ont pas pris la même forme sur le continent.

La plupart des pays africains ont accédé à l’indépendance dans les années 1960, laissant derrière d’autres en guerre ouverte contre le colonisateur. Les pays ayant choisi l’idéologie marxiste-léniniste ont activement participé au combat pour l’accession à l’indépendance des autres. Le mouvement marxiste-léniniste est resté vivace dans les luttes qui regroupaient les progressistes, les révolutionnaires et des communistes.

Au pouvoir, ces régimes progressistes ont entrepris des actions salvatrices dans leur pays, avec le soutien des pays socialistes et communistes de l’époque. Mais leurs limites idéologiques et les rapports de forces des impérialistes eurent raison de leur lutte pour les destituer du pouvoir ou vider leur lutte de son contenu politique et économique profitables au peuple.

Ces régimes progressistes, nationalistes, ayant chuté ou ayant tourné le dos à leur programme anti impérialistes, ont été supplantés par des régimes libéraux, totalitaires réprimant systématiquement les mouvements et partis véritablement révolutionnaires marxistes-léninistes. Ces organisations furent contraintes à la clandestinité ou à la semi clandestinité. L’organisation des masses est devenue difficile, mettant à l’ordre du jour le combat pour les libertés démocratiques bourgeoises. Cette lutte fut longue opiniâtre et complexe. Les différentes répressions qui s’abattaient prioritairement sur les militants marxistes-léninistes et le marxisme, devenaient progressivement aveugles s’étendant aux différents courants de la bourgeoisie compradore au pouvoir lié à l’impérialisme.

Le champ de la lutte pour les libertés démocratiques bourgeoises s’élargit également, renforcé par le laxisme des régimes en place qui s’adonnaient au détournement des deniers publics, à la liquidation des secteurs stratégiques des économies, à la mise des Etats sous tutelle de l’oligarchie financière, des multinationales à travers le fameux programme d’ajustement structurel du couple FMI/BM. Les conséquences dramatiques de ces politiques ont été des ferments aux coups d’Etat, à l’éveil des mouvements syndicaux et sociaux prônant l’idéologie marxiste-léniniste comme seule capable de libérer les masses laborieuses. Une véritable effervescence s’emparait de l’Afrique au moment où la trahison des dirigeants du mouvement communiste international en Union soviétique et dans les pays de l’Est poussait les peuples dans la rue. L’impérialisme venait de triompher dans ces pays, balayant ainsi ce qui restait du socialisme.

En Afrique, prenant la mesure des contestations politiques et sachant le rôle joué par les activistes de gauche dans l’éveil des consciences populaires, l’impérialisme somma ses suppôts à accepter les revendications populaires et les cadrer dans les libertés bourgeoises et la démocratie-bourgeoisie. Les conférences nationales, les fora se multiplièrent, aboutissant partout à l’instauration du multipartisme, à la ténue d’élections pluralistes, à la multiplication des journaux et des associations, bref à ce qui est appelé désormais Société Civile.

Cette ouverture politique ou cet élargissement de la démocratie bourgeoise permit à l’impérialisme et à la bourgeoisie compradore à lui asservie de reprendre l’initiative, de se donner une nouvelle virginité sans que le fondement de la démocratie impérialiste soit remis en question. C’est dans ce contexte que les élections sont organisées, marquées par la toute puissance de l’impérialisme qui, à travers le FMI /BM, l’OMC et ses multinationales, imposent le PAS qui exige aux Etats africains de libérer les mouvements des capitaux, baisser les impôts sur les sociétés étrangères à l’importation, réduire les interventions publiques dans l’économie, miser sur les investissements privés en flux pour assurer le développement des infrastructures, etc.

Les conséquences de ces politiques ont anéanti l’industrialisation des pays africains, assujetti l’agriculture, extraverti complètement l’économie africaine pour les intérêts du capital international. Ces politiques sont alors responsables du chômage endémique, de la précarité de l’état nutritionnel, sanitaire et de l’accroissement de l’obscurantisme et de l’analphabétisme en Afrique.

Les partis compétissent dans une telle atmosphère. Les élections sont contrôlées par les puissances financières, internationales et locales qui ont pignon sur les programmes politiques. Les partis font recours à l’argent, chacun avec sa ruse, son compromis voire sa compromission. Pour les partis de gauche, la clarté du programme, l’adhésion des masses à un tel programme ne suffisent plus pour assurer la victoire. D’ailleurs les masses désaffectent les urnes, convaincues que les élections n’apporteront pas la réponse attendue. En cas de sursaut des masses populaires pour assurer la victoire d’un parti aux idées et comportements de gauche, trois situations au moins se présentent :

- Les fraudes massives des pouvoirs dégénérant en affrontements plus ou moins meurtriers,

- Le parti une fois au pouvoir, est contraint par les forces étrangères et le jeu interne à tourner dos à son programme. Il devient un instrument de répression de son peuple,
- Le parti reste fidèle à sa ligne, les puissances financières le bloquent et il finit par perdre le pouvoir car incapable de réaliser son programme.


L’impérialisme qui signifie le monopole, donc antithèse de la démocratie, prétend donner des leçons de démocratie aux peuples et régimes qui veulent vivre hors de leur exploitation et de l’exploitation de l’homme par l’homme. Il viole ses principes démocratiques et républicains annoncés.

LA NECESSITE DE L’ORGANISATION

Prenant la mesure de la situation, la gravité des interventions impérialistes, les initiatives des fondateurs du Forum du réseau de la gauche africaine visent à répondre à ces préoccupations. Les expériences menées par la rencontre de la gauche africaine tenue à Ouagadougou en 2008-2010 renforcent la première rencontre d’ALNEF (African Left Network Forum – Forum du Réseau de la Gauche Africaine) tenue à Johannesburg. Les partis ayant décidé de regrouper ces expériences dans un seul forum, conçoivent l’ALNEF comme une « plateforme de concertation et de mobilisation des partis de la gauche africaine, dans l’objectif de mieux assurer le succès de leur combat pour de meilleures conditions de vie des peuples africains ».

Dans ces conditions l’ALNEF œuvrera pour :

- Développer un lien efficace et efficient de structuration avec les progressistes africains ;

- Partager avec les uns et les autres ce que nous faisons et comment nous le faisons ;
- S’informer mutuellement sur les activités et programmes ;

- Se conseiller ou se concerter sur les voies et moyens d’appui mutuel ;

- Construire un réseau progressiste africain en Europe

- Explorer toutes les possibilités pour développer des projets de coopération avec les progressistes en Afrique.

* Ce texte est introductif à la 3ème Conférence du Forum du réseau de la gauche africaine (ALNEF), organisé à Bamako (http://bit.ly/vAohfm)

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