• Le 2 septembre 2008, le chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza et le leader du Palipehutu-FNL, Agathon Rwasa, se sont retrouvés, à huis-clos, pour de nouvelles négociations sur le chemin de la paix au Burundi. Car après dix années d’un conflit civil déclenché en 1993, et d’une crise socio-politique qui dure depuis quatorze ans, la classe politico-militaire burundaise ne parvient toujours pas à mettre le pays sur les rails d’une paix définitive. L’espoir de paix repose sur des compromis fragiles, alors que la situation politique porte les germes d’une nouvelle explosion de violence, ainsi que le note l’International Crisis Group, dont des extraits sont publiés ci-dessus. Notamment avec l’entrée en scène du Palipehutu-FNL, le dernier mouvement armé encore en activité.

    « Burundi : renouer le dialogue politique »,* le dernier briefing de l’International Crisis Group, rappelle que le processus de désarmement au Burundi commence à peine et que l’intégration du mouvement rebelle dans les institutions politiques et sécuritaires n’est toujours pas réglée. Le pays ne peut pas se permettre d’avoir perdu trois années de blocage législatif puis de passer directement aux préparatifs d’un nouveau scrutin en 2010 sans travailler à redresser en priorité la situation économique du pays.

    « L’absence de dialogue constructif entre le CNDD-FDD et les partis politiques d’opposition est dommageable au bon fonctionnement des institutions et à terme à la stabilité du pays » affirme François Grignon, directeur du Programme Afrique à Crisis Group. « Il est urgent que les acteurs politiques nationaux et les partenaires extérieurs du Burundi prennent la mesure des risques existants à gouverner de façon unilatérale ».

    L’impasse politique trouve son origine dans la crise qui a divisé la direction du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) début 2007 et le refus du président Pierre Nkurunziza de conclure un accord de gouvernement avec le Front pour la démocratie au Burundi et l’Union pour le progrès national. A l’Assemblée nationale, les tensions entre partis politiques se sont aggravées sur fond d’insécurité grandissante au point de paralyser l’action gouvernementale.

    Début juin 2008, le CNDD-FDD a fait pression sur la Cour constitutionnelle pour qu’elle l’autorise, en violation de la Constitution, à remplacer 22 députés dissidents par des éléments fidèles au parti. Ce passage en force autoritaire illustre une volonté de mise au pas de l’ensemble des contrepouvoirs au gouvernement.

    Pour prévenir les risques de débordements violents à l’approche des échéances de 2010, il est essentiel que des consultations politiques soient menées pour décider de la composition de la Commission électorale nationale indépendante et procéder à toute révision du code électoral. De même, toute révision constitutionnelle devrait être menée sur la base des recommandations d’un Comité national de réflexion sur la réforme des institutions, rassemblant l’ensemble des sensibilités politiques et des réalités ethnico-régionales du pays.

    « Les tendances autoritaires du CNDD-FDD poussent les partis d’opposition à la radicalisation » avertit Daniela Kroslak, directrice adjointe du programme Afrique de Crisis Group. « Ils pourraient être tentés de chercher des alliances avec le Palipehutu-FNL lors du nouveau scrutin, ce qui pourrait déboucher sur une nouvelle ethnicisation du discours politique et la remise en cause des acquis d’Arusha ».

    En dépit des progrès enregistrés dans la mise en œuvre de l’accord de paix avec le Parti pour la libération du peuple hutu – Forces nationales de libération (Palipehutu-FNL), dernier mouvement rebelle en activité dans le pays, le Burundi traverse une crise politique dangereuse qui risque de compromettre la tenue d’élections libres et démocratiques en 2010 et d’affecter la stabilité du pays. Le retour du chef rebelle Agathon Rwasa à Bujumbura, et la signature de l’accord politique de Magaliesburg le 11 juin 2008 sont des pas importants pour le processus de paix burundais. Toutefois, le processus de désarmement commence à peine, et la question de l’intégration du mouvement rebelle dans les institutions politiques et les corps de défense et de sécurité n’est toujours pas réglée.

    Dans ce contexte, l’absence de dialogue avec les partis politiques d’opposition est dommageable à la bonne gestion du pays. Il est urgent que les acteurs politiques locaux et les partenaires extérieurs du Burundi prennent la mesure de ces risques et s’efforcent de les conjurer par un renouveau du dialogue national.

    L’impasse politique actuelle trouve son origine dans la crise qui a frappé la direction du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), début 2007, et le refus du président Nkurunziza de conclure un accord de gouvernement avec les leaders du Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu) et de l’Union pour le progrès national (Uprona). Suite à la mise à l’écart d’Hussein Radjabu de la tête du parti, le CNDD-FDD s’est divisé et le camp resté fidèle au président Nkurunziza a perdu sa majorité à la chambre basse.

    Le remaniement ministériel de novembre 2007, avec l’entrée de membres du Frodebu et de l’Uprona dans le gouvernement, n’a pas permis de régler durablement la crise. A l’Assemblée nationale, les tensions entre partis politiques se sont aggravées sur fond d’insécurité grandissante dans la capitale, d’attaques à la grenade contre des parlementaires de l’opposition et de recrutement continu du Palipehutu-FNL.

    Début juin 2008, le CNDD-FDD a fait pression sur la Cour constitutionnelle pour qu’elle l’autorise, en violation de la Constitution, à remplacer 22 députés dissidents par des éléments fidèles à la direction du parti. La Cour ayant cédé le 5 juin, le CNDD-FDD et ses alliés ont retrouvé une majorité des deux tiers à l’Assemblée nationale. Toutefois, ce passage en force ne règle pas durablement la crise. Au contraire, il illustre une volonté de mise au pas de l’ensemble des contrepouvoirs au gouvernement qui s’étend également aux médias et ONG de Droits de l’homme et de lutte contre la corruption. Cette ambition autoritaire pourrait provoquer une radicalisation des partis d’opposition, tentés alors de chercher des alliances avec le Palipehutu-FNL.

    Alors que la participation du Palipehutu-FNL aux futurs scrutins pourrait déboucher sur une nouvelle ethnicisation du discours politique, que l’unité au sein des corps de défense et de sécurité demeure fragile et que l’autorité de la loi fondamentale et celle de la Cour constitutionnelle sont atteintes, la rupture du dialogue politique interne fait courir le risque d’une perte prématurée de crédibilité et de légitimité du scrutin, menant à des débordements violents pendant la campagne électorale. Afin d’éviter un tel scénario, il faut renouer le dialogue politique interne, préparer de manière consensuelle les évolutions constitutionnelles nécessaires à la poursuite du processus de paix, et mettre en place un cadre adapté à la tenue d’élections libres, crédibles et démocratiques en 2010.

    Pour ce faire, il est essentiel que les partenaires régionaux et financiers du Burundi fassent pression sur l’ensemble de la classe politique afin que :

    • Un dialogue politique interne constructif et orienté vers le compromis reprenne. Le CNDD-FDD, le Frodebu et l’Uprona doivent notamment trouver un accord politique sur la résolution des conflits de compétences entre ministres et vice-ministres ; sur la représentation du Frodebu et de l’Uprona dans l’administration et la haute fonction publique et parapublique ; et sur un programme minimal de réformes économiques, fiscales et législatives à engager d’urgence afin de rattraper le temps perdu depuis trois ans et pouvoir enfin apporter à la population les dividendes de la paix. Les pressions, tentatives d’intimidation et tracasseries judiciaires exercées contre les médias et la société civile doivent également prendre fin, et l’exercice des libertés individuelles et publiques doit être garanti.

    • Un Comité national de réflexion sur la réforme des institutions soit créé. Rassemblant l’ensemble des sensibilités politiques et des réalités ethnico-régionales du pays, ce comité devrait auditionner les différentes parties prenantes ainsi que des experts nationaux et internationaux afin de dégager une série de propositions en vue d’une éventuelle révision de la loi fondamentale.

    • Des consultations politiques soient ouvertes afin de parvenir à un consensus national sur la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), la révision du code électoral et la rédaction d’un code de bonne conduite entre les partis politiques et les forces de sécurité.

    • Le bureau de l’Ombudsman, prévu par les accords d’Arusha et par la Constitution soit créé. Dirigé par une personnalité burundaise choisie par consensus et d’une autorité morale irréprochable, l’Ombudsman, destiné à recueillir les doléances des citoyens contre les agents de l’Etat, pourrait voir son mandat élargi à la recherche d’arbitrages et de compromis, en cas de crise politique au sein des institutions.

    • Une consultation soit ouverte avec les partenaires extérieurs du Burundi et les Nations unies sur les possibilités d’appui international à l’organisation du scrutin et la présence d’unités de police internationales, aux côtés des forces de sécurité locales, et, également, l’accélération de la réforme du service national de renseignement soutenue par le Bureau intégré des Nations unies au Burundi (Binub). Par ailleurs, les partenaires financiers du Burundi et les pays garants du processus de paix pourraient également mettre en place un groupe de contact afin de mieux coordonner et concerter l’action internationale vis-à-vis du gouvernement.

    * International Crisis Group est une Ong indépendante qui mène des analyses de terrain et une sensibilisation à haut niveau dans le but de prévention et de résolution des conflits.

    * Pour disposer de l’intégralité du rapport sur le Burundi, aller à l’adresse :

    * Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org

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  • Contributor | Gouvernance

    La Mauritanie vient de rendre à l'Afrique un bien triste service : celui de lui rappeler que l'ère des colonels et des généraux est un printemps bien têtu ! Je mets à dessein « colonels et généraux » en minuscules. La majuscule serait de trop, en plus qu'elle serait injuste et inappropriée pour des gradés ivres de leurs seules ambitions. Ils sont les meubles dorés du pouvoir. On ne les déplace pas. À défaut, ce sont eux qui choisissent leur place. La démocratie a bien mal ! Elle n'aura pas fini de si tôt son chemin de croix face à la subtilité des tyrannies.

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  • Beaucoup de gens n’ont jamais imaginé comment le viol peut être une arme utilisée dans la guerre. C’en est pourtant une des plus grandement utilisées, ciblant principalement les gens sans défense au sein des communautés qui sont pour la plupart des femmes et des enfants. Le Conseil de Sécurité de l’Onu a finalement reconnu ce fait et a fait passer une résolution qui classe le viol et les autres formes de violence sexuelle comme des armes de guerre. La résolution est certainement un fait historique devant la manière dont sévit le viol contre les femmes et les enfants dans les zones de conflit.

    Après avoir franchi le pas de cette résolution historique, le Conseil de sécurité de l’ONU est maintenant obligé d’analyser et de confronter la prévalence de la violence sexuelle dans tous les pays affectés par des conflits. Le viol, sous n’importe quelle forme, est une violation de droits humains. Beaucoup de femmes dans les zones de conflit sont des survivantes du viol. En République démocratique du Congo, au plus chaud du conflit, quarante femmes furent violées par jour. Durant le génocide rwandais, plus de 250 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles selon les rapports. Le viol dans les zones de conflit continue de poser une grande menace à la paix et à la sécurité internationales.

    Nous applaudissons le conseil de sécurité de l’ONU pour son action évidente de reconnaître le viol comme une arme de guerre, parce que non seulement l’acte laisse les femmes traumatisées, il les met dans un plus grande situation de risque de contracter le Vih et le sida. Désormais, il appartient au mouvement des femmes en Afrique de faire le suivi de cette résolution et de s’assurer que le Conseil de Sécurité de l’ONU est pleinement impliqué dans la recherche de solutions à cette horrible pratique qui a infligé la souffrance à beaucoup de femmes et filles dans les zones de conflit.

    * Carlyn Hambuba est la Chargée de Communications de Femnet

    * Dans sa résolution adoptée à l’unanimité le 19 juin 2008 considérant le viol comme une tactique de guerre et une menace à la sécurité internationale, le Conseil de sécurité des Nations Unies considère que :

    - Les violences sexuelles pendant et après un conflit font dorénavant partie des questions de paix et de sécurité dont peut être saisi le Conseil de sécurité ;

    - La résolution permet au Conseil de sécurité d'intervenir dans des situations où l'ampleur et le degré des violences sexuelles le requièrent;

    - la résolution exclut les crimes de violences sexuelles des accords d'amnistie dans le cadre des négociations de paix et met l’accent sur l'importance de mettre fin à l'impunité pour les crimes de violences sexuelles;

    - le Secrétaire général des Nations Unies devra soumettre un rapport au Conseil de sécurité d'ici 30 juin 2009 sur l'application de la résolution dans le cadre de situations de conflit dont est saisi le Conseil de sécurité.

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  • Ancien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan pour assister les protagonistes de la crise en Côte d’Ivoire dans le cadre des stratégies de mise en application des accords de paix, de 2003 à 2005, Pr Albert Tevoedjre donne son point de vue sur les négociations qui se mènent autour de la crise zimbabwéenne. Hostile aux perspectives de partage du pouvoir entre les camps de Mugabe et de Tsvangirai, il écarte toute similitude avec la solution kenyane. Et s’il s’accommode de la formule trouvée entre Odinga et Kibaki, ce qui se pressent à Harare lui semble une hérésie.

    La crise du Kenya a accouché d’une solution inventée par Kofi Annan, qui a permis de gérer une situation périlleuse par le biais d’un arrangement bancal sans doute, mais provisoirement efficace. La solution kenyane pouvait se comprendre et se défendre. Les élections avaient été menées à leur terme. Les résultats, contestables, affichaient des chiffres qu’il fallait vérifier plus minutieusement. Le climat des violences à responsabilité partagée ne permettait aucune décision électorale définitive et convaincante. Dans un tel schéma, l’ingénieuse trouvaille de Kofi Annan pouvait signifier « la raison » qui ne tourne pas le dos à la vérité politique. Le partage devenait l’unique issue acceptable par tous. Au Zimbabwe, les réalités sont totalement différentes.

    Il y a eu un premier tour de l’élection présidentielle, un premier tour clairement gagné par un opposant que beaucoup d’observateurs estimaient déjà élu. Devant cette situation, le parti au pouvoir qui impose un deuxième tour, déclenche une guerre atroce qui obstrue et empêche le processus électoral d’aller normalement à son terme.

    Pour tout observateur honnête, Mugabe ne peut être reconnu légitimement réélu président du Zimbabwe. C’est à une tragique farce que nous avons assisté, puisque le processus électoral a été violemment détourné au profit d’une grossière parodie de plébiscite. Dans les débats à huis clos au dernier sommet de l’Union Africaine à Charm el Cheikh, ce point de vue est clairement apparu. Et c’est bien aussi ce qui rend la communauté internationale particulièrement sévère.

    On ne peut donc pas répéter, au Zimbabwe, la solution kenyane. Cela constituerait un précédent fâcheux et un risque majeur pour tout le continent. Imaginez, par exemple, un Sénégal ou un Bénin avec un Abdou Diouf ou un Mathieu Kérékou refusant le verdict des urnes, s’entourant d’une horde de miliciens et de mercenaires enragés pour contraindre Abdoulaye Wade ou Yayi Boni à se muer en « Premier Ministre », par le truchement d’arrangements internationaux médiocres. Qu’aurions-nous dit et qu’aurions-nous fait ? Or, ce scénario ne sera plus à exclure si la crise du Zimbabwe n’est pas davantage circonscrite et plus adroitement gérée.

    Alors, je pense qu’il faut sortir de l’impasse d’un mimétisme dangereusement mécanique et inventer un autre chemin qui soit à la fois intelligent, crédible et républicain. Dans le cas du Zimbabwe en effet, la vérité historique nous force à reconnaître que Robert Mugabe est le père légitime de la Nation, le fondateur incontesté de la République, l’unique vrai représentant vivant de tous ceux qui s’illustrèrent dans la longue lutte qui fit notre fierté. Il a combattu le bon combat de l’indépendance et de la dignité. Il a triomphé vaillamment d’Ian Smith et de sa raciste et meurtrière arrogance. Il a reconquis pour les siens la terre de leurs ancêtres. Le reconnaître n’a rien d’humiliant pour un démocrate sincère.

    En revanche, il est tout aussi clair que l’usure du pouvoir, les rides dissimulées ou non qu’inflige à chacun de nous l’irréparable outrage d’un calendrier parfaitement inexorable, la misère accusatrice d’un peuple accablé par l’inflation et des atrocités de toutes sortes, les dures vérités d’un suffrage universel absolument impitoyable, tout cela commande à Mugabe de ne plus trop insister, de ne plus chercher à se prévaloir des prérogatives d’un pouvoir qui lui a déjà échappé.

    A mon humble avis, la meilleure issue, dans ce cas, pourrait être soit une révision de la Constitution du Zimbabwe, soit l’adoption d’une loi spéciale consacrant l’existence d’un Président fondateur de la République, reconnu comme tel toute sa vie avec les privilèges, les honneurs et la considération qui lui sont dus. Cette fonction officielle et constitutionnelle lui permettrait de signifier l’Histoire, d’être le garant de la continuité de la lutte pour l’indépendance et l’inspirateur des meilleurs choix possibles pour l’avenir du pays et de l’Afrique.

    C’est le rôle non constitutionnalisé que joue aujourd’hui Nelson Mandela en Afrique du Sud. C’est ce rôle qu’il convient de faire accepter à Robert Mugabe, qui ne peut plus, qui ne doit plus exercer un pouvoir exécutif qu’il détient depuis bientôt trente années. Ce pouvoir exécutif doit être confié à un président de la République démocratiquement élu et chef d’un gouvernement qui gère le pays et le conduit selon les normes républicaines. Pourquoi ne pas tenter aussi une telle approche ?

    Mugabe, président à vie, comme fondateur de la République, sage reconnu, honoré et respecté de tous, cela durera le temps qu’il faudra. Mais l’aurions-nous oublié ? « Qu’est-ce que dix ans, qu’est-ce que vingt ans, puisqu’un seul instant les efface ! »

    Mieux, avec Aimé Césaire, je veux renchérir : « Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu’un temps et que les peuples demeurent ». La colonisation a passé. Le temps de Mugabe, hier révolution triomphante, aujourd’hui, langoureux crépuscule, ferme lentement une petite parenthèse dans l’histoire qui se poursuit.

    Vive donc le peuple du Zimbabwe à la tête ou au cœur d’une Afrique qui marche.

    Oui, il y a, pour ce douloureux pays, une autre solution, plus juste, plus courageuse et certainement plus digne de nous !

    * Albert Tevoedjre est un homme politique béninois, professeur de Sciences politiques. Le 1er juillet 1999, il avait été nommé Coordonnateur du Projet «Millénaire pour l’Afrique» qui fonctionne sous l’égide des Nations Unies à travers une Commission indépendante chargée de réfléchir et de présenter des propositions significatives, originales et efficaces dans le but d’aider l’Afrique à s’emparer réellement des nouvelles chances qu’elle peut découvrir en elle-même ou que la Communauté internationale peut encore lui offrir à l’orée du Troisième Millénaire.

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  • « Le commerce international peut jouer un rôle important dans la promotion du développement économique et la diminution de la pauvreté. Nous reconnaissons le besoin qu'ont tous les peuples de bénéficier de l'augmentation des opportunités et des progrès du bien-être que génère un système multilatéral du commerce. La majorité des membres de l'OMC sont des pays en développement. Nous prétendons mettre leurs besoins et intérêts au centre du programme de travail adopté dans la présente déclaration. » Déclaration ministérielle de Doha de l'Organisation mondiale du Commerce, 14 novembre 2001. C'est par ces paroles qu'a débuté le cycle de négociations de l'OMC, il y a sept ans. Mais en réalité, le développement économique, la réduction de la pauvreté, les besoins de tous nos peuples, l'augmentation des opportunités pour les pays en développement sont-ils réellement au centre des négociations en cours à l'OMC ?

    La première chose que je dois dire c'est que si tel était le cas, les 153 pays membres et surtout la grande majorité des pays en développement devraient être les principaux acteurs des négociations de l'OMC. Mais nous voyons en réalité qu'une poignée de 35 pays sont invités par le Directeur Général à des réunions informelles pour avancer dans l'essentiel de la négociation et préparer les accords de ce « cycle pour le développement » de l'OMC.

    Les négociations de l'OMC se sont converties en une lutte des pays développés pour ouvrir les marchés des pays en développement en faveur de leurs grandes entreprises.

    Les subventions agricoles du Nord, dont les principaux bénéficiaires sont les firmes agro-alimentaires des Etats-Unis et de l'Europe, non seulement vont se perpétuer, mais vont en augmentant, comme on peut le voir avec la Loi Agricole américaine “Farm Bill 2008”. Les pays en développement abaisseront les droits de douane des produits agricoles tandis que les subventions réelles des Etats-Unis et de l'Union Européenne à leurs produits agricoles ne diminueront pas.

    En ce qui concerne le volet des produits industriels des négociations de l'OMC, le but recherché est d'assurer que les pays en développement réalisent des coupes de leurs droits de douane de 40 % à 60 %, tandis que les pays développés diminueront en moyenne leurs droits de douane de 25 % à 33 %.

    Pour des pays comme la Bolivie, l'érosion des préférences douanières par la distribution généralisée des droits de douane aura des effets négatifs sur la compétitivité de nos exportations.

    La reconnaissance des asymétries, et le traitement spécial et différencié réel et effectif en faveur des pays en développement est limité et sa mise en œuvre est bloquée par les pays développés.

    Dans les négociations, on encourage la libéralisation des nouveaux secteurs des services, alors qu'il faudrait exclure définitivement les services de base que sont l'éducation, la santé, l'eau, l'énergie, et les télécommunications du texte de l'Accord Général sur le Commerce des Service de l'OMC. Ces services sont des droits humains qui ne peuvent être objet de commerce privé et de règles de libéralisation qui conduisent à leur privatisation.

    La déréglementation et la privatisation des services financiers, entre autres, sont la cause de l'actuelle crise financière mondiale. Davantage de libéralisation des services n'amènera pas plus de développement, mais plus de possibilités de crise et de spéculation dans des domaines aussi vitaux que l'alimentation.

    Le régime de la propriété intellectuelle établi par l'OMC a bénéficié surtout aux transnationales qui ont le monopole des brevets, renchérissant le prix des médicaments et d'autres produits vitaux, encourageant la privatisation et la marchandisation de la vie même, comme le prouvent les divers brevets sur les plantes, les animaux et même les gênes humains.

    Les pays les plus pauvres seront les principaux perdants. Les projections économiques d'un possible accord à l'OMC, effectuées y compris par la Banque Mondiale, indiquent que les coûts accumulés en terme de perte d'emplois, de réduction du champ des décision possibles dans la définition des politiques nationales et de perte de revenus douaniers seront plus importants que les « bénéfices » du « cycle de Doha ».

    Après sept ans, le cycle de Doha est ancré dans le passé et déphasé par rapport aux phénomènes les plus importants que nous vivons aujourd'hui : la crise alimentaire, la crise énergétique, le changement climatique et l'élimination de la diversité culturelle. On fait croire au monde qu'un accord est nécessaire pour résoudre un agenda mondial et cet accord ne représente pas cette réalité. Ses bases ne sont pas adéquates pour faire face à ce nouvel agenda mondial.

    Des études de la FAO signalent que les actuelles forces de production agricoles sont capables de nourrir 12 milliards d'êtres humains, c'est-à-dire, quasiment le double de la population mondiale actuelle. Et pourtant, il y a une crise alimentaire, car on ne produit pas pour le bien-être de l'humanité, mais en fonction du marché, de la spéculation et de la rentabilité des grands producteurs et des grands négociants d'aliments. Pour faire face à la crise alimentaire, il est nécessaire de renforcer l'agriculture familiale, paysanne et communautaire. Nous, pays en développement, devons récupérer le droit de réglementer nos importations et nos exportations pour garantir l'alimentation de nos populations.

    Nous devons en finir avec la consommation effrénée, le gaspillage et le luxe. Dans la partie la plus pauvre de la planète, des millions d'êtres humains meurent de faim chaque année. Dans la partie la plus riche de la planète, des millions de dollars sont dépensés pour combattre l'obésité. Nous consommons trop, nous gaspillons les ressources naturelles, et nous produisons des déchets qui polluent la Terre Mère.

    Chaque pays devrait consommer en priorité ce qu'il produit localement. Un bien qui traverse la moitié du monde pour arriver à destination est souvent moins cher que celui qui est produit chez soi, mais si nous tenons compte des coûts environnementaux du transport de cette marchandise, la consommation d'énergie et la quantité d'émissions de gaz carbonique que cela génère, alors nous arrivons à la conclusion qu'il serait plus sain pour la planète et l'humanité d'encourager la consommation de ce qui est produit localement.

    Le commerce extérieur doit être un complément de la production locale. Nous ne devons privilégier d'aucune façon le marché extérieur aux dépends de la production nationale.

    Le capitalisme veut tous nous uniformiser pour nous transformer en de simples consommateurs. Pour le Nord, il n'existe qu'un seul modèle de développement, le sien. Les modèles uniques sur le plan économique s'accompagnent de processus d'acculturation généralisée qui nous impose une seule culture, une seule mode, une seule façon de penser et de voir les choses. Détruire une culture, porter atteinte à l'identité d'un peuple, est le dommage le plus grave que l'on peut faire à l'humanité.

    Le respect et la complémentarité pacifique et harmonique des diverses cultures et économies sont essentiels pour sauver la planète, l'humanité et la vie.

    Pour que ce cycle de négociations soit effectivement un cycle du développement, ancré dans le présent et le futur de l'humanité et de la planète, il devrait :

    Garantir la participation des pays en développement à toutes les réunions de l'OMC, et mettre un terme aux réunions exclusives de la « salle verte » [*] ;

    Mettre en œuvre de véritables négociations asymétriques en faveur des pays en développement dans lesquelles les pays développés octroient des concessions conséquentes ;

    Respecter les intérêts des pays en développement en ne limitant pas leur pouvoir de définir et de mise en œuvre de politiques nationales dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie et des services ;

    Réduire effectivement les mesures protectionnistes et les subventions des pays développés ;

    Garantir le droit des pays en développement à protéger, le temps qu'il faut, leurs industries naissantes, comme l'ont fait les pays industrialisés par le passé ;

    Garantir le droit des pays en développement de contrôler et de définir leurs politiques en matière de services, en excluant de manière explicite les services essentiels de l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) de l'OMC ;

    Limiter les monopoles des grandes entreprises sur la propriété intellectuelle, promouvoir le transfert de technologie, et interdire le brevetage de toute forme de vie ;

    Garantir la souveraineté alimentaire des pays en éliminant toute limitation à la capacité des États à réglementer les exportations et les importations d'aliments ;

    Adopter des mesures qui contribuent à limiter la consommation et le gaspillage des ressources naturelles, à éliminer les gaz à effet de serre et la production de déchets qui portent préjudice à la Terre Mère.

    En ce XXIe siècle, un « cycle pour le développement » ne peut plus être un cycle de « libre échange ». Il doit au contraire promouvoir un commerce qui contribue à l'équilibre entre les pays, les régions et la mère nature, en établissant des indicateurs qui permettent d'évaluer et de corriger les règles du commerce en fonction d'un développement durable.

    Sur nous qui gouvernons, repose une énorme responsabilité à l'égard de nos peuples. Des accords comme ceux de l'OMC doivent être largement connus et débattus par tous les citoyens et non seulement par des ministres, des entrepreneurs et des « experts ». Nous, peuples du monde, devons cesser de n'être que des victimes passives de ces négociations, et nous devons devenir des protagonistes de notre présent et de notre futur.

    * Evo Morales Ayma, Président de la République de Bolivie

    [*] “Green room meeting” ou “réunion dans la salle verte” est le nom des réunions informelles de négociation à l'OMC auxquelles participe un groupe de 35 pays élus par le Directeur général.

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  • Le discours dominant attribue la seule responsabilité de la dette aux pays emprunteurs dont les comportements auraient été injustifiables (corruption, facilité et irrationalité des décideurs politiques, nationalisme outrancier, etc.). La réalité est tout autre. Une bonne partie des emprunts a été, en fait, le résultat de politiques systématiques mises en œuvre par les prêteurs cherchant à placer un excédent de capitaux qui – du fait de la crise économique profonde des vingt dernières années – ne trouvaient pas de débouché dans l’investissement productif ni dans les pays riches ni dans ceux censés pouvoir recevoir leurs capitaux. Des débouchés alternatifs factices ont donc été fabriqués pour éviter la dévalorisation des capitaux excédentaires. L’explosion des mouvements de capitaux « spéculatifs » placés à très court terme résulte de ces politiques, comme leur placement dans la « dette » du tiers monde et des pays de l’Est.

    La Banque mondiale, en particulier, mais tout également beaucoup des grandes banques privées des Etats Unis, d’Europe et du Japon, comme les transnationales, ont une part de responsabilité majeure dont on ne parle jamais. La « corruption » s’est greffée sur ces politiques, avec la double complicité des prêteurs (Banque mondiale, Banques privées, transnationales) et de responsables des Etats concernés du Sud et de l’Est. Un audit systématique des « dettes » s’impose en priorité. Il démontrerait qu’une grande partie des dettes en question est juridiquement illégitime.

    Le poids du service de la dette est rigoureusement insupportable non seulement pour les pays les plus pauvres du Sud, mais même pour ceux qui ne le sont pas. Doit-on rappeler ici que, lorsqu’aux lendemains de la première guerre mondiale l’Allemagne fut condamnée à payer des réparations qui s’élevaient à 7 % de ses exportations, les économistes libéraux de l’époque concluaient que cette charge était insoutenable et que l’appareil productif de ce pays ne pourrait s’y « ajuster » ? Aujourd’hui, les économistes de la même école libérale n’hésitent pas à proposer « l’ajustement » des économies du tiers monde aux exigences du service d’une dette qui est cinq ou parfois dix fois plus lourde. Deux poids, deux mesures.

    Rarement le discours libéral aura-t-il été autant cynique. En réalité donc, le service de la dette est aujourd’hui une forme de pillage des richesses et du travail des peuples du Sud (et de l’Est). Une forme particulièrement juteuse puisqu’elle est parvenue à faire des pays les plus pauvres de la planète des exportateurs de capitaux vers le Nord. Une forme particulièrement brutale qui libère les capitaux dominants des soucis et des aléas de la gestion d’entreprises et des forces de travail que celles-ci mettent en œuvre. Le service de la dette est dû, c’est tout. Il appartient aux Etats concernés (et non aux capitaux des « prêteurs ») de l’extraire du travail de leurs peuples. Le capitalisme dominant est libéré de toute responsabilité et souci : indice de sénilité ?

    Un « classement » des dettes s’impose. Celles-ci peuvent être rangées sous l’une des trois rubriques suivantes :

    * Les dettes indécentes et immorales : Un bel exemple de celles-ci est fourni par les emprunts du gouvernement de l’apartheid de l’Afrique du Sud de l’époque, emprunts destinés à l’achat d’armes pour faire face à la révolte de son peuple africain. Pourquoi celui-ci devrait-il aujourd’hui « rembourser » cette dette ou en subir la charge ? Que les vendeurs d’armes en question se retournent contre leurs propres gouvernements qui ont toléré leur engagement actif au service de l’apartheid.

    • Les dettes douteuses : Il s’agit de ces emprunts qui ont été largement suggérés par les puissances financières du Nord (Banque mondiale incluse) et rendus possibles par des procédés de corruption dont les créanciers ont été les acteurs autant que les débiteurs. La plupart de ces emprunts n’ont pas été investis dans les projets qui en déguisaient l’octroi (et le fait était connu des prêteurs complices). Dans ces cas, les dettes sont purement et simplement illégales aux yeux d’une justice quelconque digne de ce nom. Dans quelques cas, les emprunts ont bien été investis, mais dans des projets absurdes imposés par les prêteurs (et notamment par la Banque mondiale). Ici aussi, c’est le procès de la Banque qui mériterait d’être fait. Mais cette institution n’est pas « responsable » financièrement, s’étant placée elle même au dessus des lois et des discours du libéralisme sur les « risques » !

    Ces dettes comme les précédentes doivent être répudiées après constatation par des audits appropriés de leur caractère douteux pour le moins qu’on puisse dire.

    • Enfin les dettes acceptables : Lorsque les emprunts ont été effectivement utilisés aux fins auxquels ils étaient destinés la reconnaissance de la dette n’est pas discutable.

    La stratégie que nous avons proposée aux Etats du Tiers monde et de l’Afrique en particulier est fondée sur le classement dessiné ci-dessus. Non seulement les dettes indécentes et douteuses doivent être unilatéralement répudiées (après audit), mais encore les paiements opérés à leur titre doivent être remboursés par les « créanciers », après leur capitalisation aux taux d’intérêts qui furent ceux que les débiteurs ont dû supporter. On verrait alors que c’est le Nord qui, en fait, est largement débiteur de ses victimes du Sud.

    La gestion de la dette proposée aux « Pays Pauvres Très Endettés » (PPTE) relève d’une toute autre logique. L’ensemble de la dette est considéré comme parfaitement « légitime » sans examen ni audit. La proposition, analysée dans ce qui suit, relève du seul principe – inacceptable – de la « charité ». Il s’agit « d’alléger » la charge pour les « peuples très pauvres », mais par la même occasion, de leur imposer des conditions draconiennes supplémentaires qui les placent définitivement dans une catégorie proche de celle de « colonies administrées directement par l’étranger ».

    Les principaux mécanismes de gestion de la dette des PMA avant l’Initiative des PPTE sont les suivants.

    * Les rééchelonnements : ce sont des aménagements négociés des échéances de remboursement au Club de Paris. Des délais de grâce sont alors accordés sans que les intérêts ne continuent de courir.

    • Les rachats de dettes “ debt buy backs ” : l’emprunteur rachète la dette en profitant d’une décote qu’elle subit sur le marché secondaire des dettes. Il évite à l’avenir d’avoir à verser les intérêts afférents à la dette et à rembourser la totalité du capital emprunté. En revanche, cet achat s’opère dans des devises car le prêteur souhaite que le remboursement se fasse dans la monnaie d’emprunt ou tout au moins en monnaie convertible. C’est l’importance du coût en devises pour le pays endetté qui limite le nombre de ces rachats. Plus la décote est élevée, moins l’effort demandé à l’emprunteur est grand. Ainsi, la banque créancière qui récupère de “ l’argent frais ” assainit son bilan mais subit une perte d’actifs équivalant à la décote.

    • Le rachat-conversion en actifs réels “ debt equity swap ” : L’emprunteur échange une créance contre une participation dans une entreprise publique ou, plus généralement, il rachète en monnaie locale et, avec la somme reçue, la banque investit dans le pays ou prend des participations dans des établissements financiers locaux. Cette opération met en relation une banque, un pays emprunteur et un investisseur.

    • Les conversions en obligations “ exit bonds ” : Ce sont des obligations échangées sur la base d’une décote contre un titre généralement libellé dans la même devise que la dette. Leur durée est longue, de l’ordre d’une vingtaine d’années. Ces titres sont souvent négociables c’est-à-dire qu’ils peuvent être vendus librement sans l’accord de l’émetteur à toute personne morale ou physique désireuse de les acquérir.

    • La réduction des intérêts ne s’applique en général que sur les dettes non concessionnelles. Elle s’opère si les pays du Nord consentent à octroyer des subventions aux banques qui acceptent de réduire leurs intérêts.

    • L’annulation des créances : cette solution à la crise de l’endettement international n’est pas nouvelle. En effet, dès 1978, les premières annulations de dettes sont opérées par l’Allemagne (1,8 milliards $ US) et la Grande-Bretagne (228 millions $ US) à l’initiative de la CNUCED. Dix ans plus tard, 12 pays annulèrent un peu plus de 3 milliards $ US qui ont essentiellement profité aux pays d’Afrique subsaharienne mais ne représentent que 3 % du volume de la dette en 1988. Si une telle solution est souhaitable, il convient de remarquer que les annulations de dettes restent marginales lorsqu’on pose le problème de manière globale (2,3 milliards $ US entre 1980 et 1988). Même si les annulations ne constituent pas une solution idéale, elles représentent une bouffée d’oxygène pour les pays les plus endettés et les plus pauvres de la planète, notamment les PMA d’Afrique Subsaharienne.

    La plupart des PMA ont exploité ces possibilités de désendettement pour obtenir au moins des annulations partielles. Entre 1978 et 1986, 33 des PMA ont bénéficié des mesures rétroactives de l’ajustement des conditions de la part des 15 pays du CAD, portant sur des dettes d’une valeur nominale totale de 4,1 milliards de dettes, dont 3 milliards de dollars sous forme d’annulation de la dette (CNUCED, 1986 : 128-134). Entre 1988 et 1998, presque tous les PMA ont bénéficié des remises de dettes dont le montant total nominal est 7,2 milliards $ US.

    Durant les années 1990, les PMA ont entrepris un rééchelonnement dans le cadre du Club de Paris, et pour la plupart ce n’était pas le premier. En 1998, 12 PMA se sont adressés au moins cinq fois au Club de Paris pour une restructuration de leurs dettes. Dix PMA ont bénéficié d’une réduction de leur dette commerciale grâce au fonds de désendettement de l’IDA. Le montant total de la dette commerciale des PMA annulée au moyen d’opérations de rachat financées par ce fonds a atteint 620 millions de dollars, avec une forte décote (87 à 92 %) (CNUCED, 2000 : 140).

    En 1998 pourtant, 27 des 42 PMA ploient sous le poids d’une dette extérieure jugée insoutenable. Or une lourde dette extérieure pèse de différentes manières sur l’investissement interne, moteur de la croissance et du développement. D’abord, les ressources versées au titre du service de la dette sont en concurrence directe avec la capacité des pays à importer des biens d’équipement et celle des pouvoirs publics à satisfaire les besoins de base des populations. Ensuite, une dette extérieure jugée insoutenable est source d’incertitudes pour les investisseurs nationaux et étrangers, elle nuit à la cote crédit du pays et donc à la perception du risque-pays pénalisant des entreprises potentiellement rentables d’accéder aux marchés financiers internationaux.

    Comme on peut le constater, ces mécanismes “traditionnels” permettent sans doute d’alléger l’endettement de nombre de PMA, mais ils ne constituent pas une solution durable au problème de l’endettement extérieur excessif des pays. Pour déterminer l’ampleur de l’allégement de la dette, les créanciers évaluent le montant minimum à consentir afin que le service de la dette soit assuré sans renouvellement de l’annulation de dettes (Killick et Stevens, 1997 : 154). Compte tenu des conditions non favorables dans lesquelles se font les rééchelonnements, les pays débiteurs le répètent plusieurs fois et donc augmentent le stock de la dette. Pour que les rééchelonnements se fassent dans des conditions favorables, apparaissent les termes de Toronto (1988), de Londres (1991), de Naples (1995) et de Lyon (1998), décrétés par le G7 et mis en œuvre par les Institutions de Bretton Woods.

    * Abdourahmane Ndiaye est économiste ; Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde – Cet article, dans une version plus longue comprenant également une analyse de l’Intiative Pays Pauvres très endettés est paru sur le site

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  • La sécurité des personnes doit occuper une place de choix dans le règlement des conflits dans la Corne de l’Afrique. Il faut favoriser les partenaires qui protègent leur peuple – qu’il s’agisse d’acteurs étatiques ou non étatiques – et non ceux qui prétendent protéger les intérêts de l’Occident. Et il faut demander à tous les Etats de la région de se conformer aux « conventions internationales ». Telles sont les conclusions d’un nouveau rapport de Chatam House élaboré par Sally Healey, intitulé « Occasions ratées dans la Corne de l’Afrique : Comment les conflits se nouent et les accords de paix se dénouent ».

    Les conclusions, malgré leur formulation diplomatique, se résument en une critique à peine voilée de l’extérieur et, surtout, de la politique occidentale dans la région. Mais l’analyse sous-jacente fournit une boîte à outils conceptuelle qui permet de mettre en cause les concepts utilisés plus généralement pour comprendre les conflits.

    Le rapport porte sur trois processus de paix dans la Corne de l’Afrique – l’accord d’Alger de décembre 2000 entre l’Ethiopie et l’Erythrée ; le processus national de paix et de réconciliation d’octobre 2004 en Somalie, et l’accord global de paix de janvier 2005 au Soudan.

    Chacun de ces trois processus est unique en son genre, mais la caractéristique commune la plus évidente est que les résultats sont mitigés. L’accord d’Alger n’a pas débouché sur un règlement définitif entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Les deux instruments créés à Alger pour aider à parvenir à une paix définitive – la commission des frontières et la force des Nations Unies – se sont essoufflés. Les deux côtés ne sont pas allés jusqu’à la guerre ouverte, mais l’hostilité persiste et se manifeste par procuration ailleurs dans la région, surtout en Somalie.

    Le gouvernement fédéral de transition, créé pour la Somalie, par le processus de paix de Mbgathi, continue d’exister et « jouit » de la reconnaissance et de la légitimité internationales, mais s’est révélé incapable d’imposer son autorité à l’intérieur du pays. Et l’intervention de l’Ethiopie pour instaurer son autorité par la force a simplement provoqué une sédition, en partie anti-Ethiopienne et en partie islamiste. Le résultat, pour reprendre les termes de Healey, a été de créer des « conditions qui sont pires que celles qui prévalaient avant le démarrage du processus de paix ».

    Par conséquent, en comparaison, l’accord de paix du Soudan se révèle être un grand succès. Le sud a réussi à mettre en place son propre gouvernement avec son armée autonome, de même qu’il a pu participer au gouvernement à Khartoum, et les deux parties comptent sur le texte de l’accord pour gérer leurs relations. Mais la délimitation des frontières, surtout dans les régions riches en pétrole, objet de la convoitise des uns et des autres, n’augure pas de lendemains enchanteurs.

    Les réactions au recensement qui vient de s’achever seront déterminantes et pourraient retarder le processus devant déboucher sur le référendum ou l’indépendance du sud prévu pour 2011. L’absence de confiance, de volonté et de capacité a donné naissance à des dérapages dans le passé et pourrait, encore une fois, être aggravée par le conflit au Darfour.

    Mais, malgré ces différences, des thèmes communs sont apparus. Le premier, c’est ce que Healey a identifié comme « La prévalence de la politique de l’identité et des processus de formation et de désintégration de l’Etat ». Bien que cela puisse sembler évident, ce thème mène à un autre point commun plus spécifique ; la manière dont les « interactions entre les Etats de la région appuient et maintiennent les conflits à l’intérieur de manière systémique ».

    Cette interaction devient particulièrement complexe, si l’on tient compte du contexte mondial de la « guerre contre le terrorisme » comme un prisme souvent déformant à travers lequel les pouvoirs extérieurs perçoivent les conflits qui ont d’autres causes plus complexes.

    L’institution régionale la plus susceptible de prendre la direction des affaires en matière de règlement des conflits [IGAD] est handicapée, pour dire le moins, par le fait d’être composée d’Etats dont la rivalité ou l’incapacité constitue le problème. Healey conclut qu’ « à long terme, le changement économique et une interdépendance économique croissante... semblent être les facteurs de stabilité les plus probables ». Mais le changement économique a peu de chance de se produire sans la stabilité qui est censée en être la conséquence.

    Les quatre principales conclusions auxquelles Healey est parvenu sont stimulantes et leur champ d’application plus large. D’abord, soutient-elle, il y a lieu de tenir compte de « la longue tradition d’amitié et d’hostilité » dans la région, étant donné que les conflits actuels sont considérés par les participants comme faisant « partie intégrante d’un long continuum de guerre ». Les personnes venues de l’extérieur doivent donc reconnaître que leur influence est limitée, et leurs objectifs doivent être modestes.

    Mais il est tout aussi important de reconnaître que c’est l’Etat lui-même qui est souvent le problème. L’analyse traditionnelle en termes d’Etats « faibles » et « forts » et l’approche familière de la « construction étatique » peuvent ne pas suffire pour rendre compte réellement des principales caractéristiques d’Etats comme le Soudan et l’Ethiopie. Ces deux Etats sont bâtis autour de pouvoirs centraux qui ne sont sûrement pas faibles et qui ont des origines historiques, mais qui ont été dans une situation de contestation et de lutte, d’une manière ou d’une autre, pendant plus d’un siècle, avec les populations à la périphérie ; et dans des zones frontalières instables avec une longue tradition de résistance à l’incorporation.

    D’où les mérites de l’approche de « complexe de la sécurité régionale » qui souligne la manière dont les problèmes de sécurité de chaque pays entrent en interaction avec et parfois exacerbent ceux des voisins d’une manière qui rend difficile la distinction entre les considérations d’ordre interne et la politique « étrangère ».

    Le même processus bidirectionnel peut être perçu comme étant à l’oeuvre dans l’influence des programmes mondiaux. Puisque les grandes puissances de l’extérieur perçoivent les problèmes de la région à travers le prisme déformant de leurs propres préoccupations, les acteurs locaux sont souvent enclins à présenter leurs propres rivalités internes en des termes susceptibles de bénéficier de l’appui des acteurs mondiaux.

    Les fluctuations notées dans les relations entre l’Ethiopie et la Somalie, qui rappellent celles des superpuissances rivales au moment de la guerre froide dans les années 70, peuvent être citées à titre d’exemple. Plus récemment encore, l’insistance avec laquelle les Etats-Unis perçoivent les conflits dans la région, quelle que soit la complexité de leurs causes et de leur dynamique, à travers le prisme réducteur de la « guerre contre le terrorisme » n’a poussé qu’à faire empirer la situation. Healey conclut : « Elle a polarisé les parties et réduit l’espace de médiation. Les étrangers qui s’intéressent à la médiation ont besoin de répondre judicieusement aux allégations de terrorisme portées contre les diverses parties prenantes au conflit dans la Corne de l’Afrique et de chercher à développer un espace de dialogue ».

    D’où ces autres conclusions : impartialité envers tous plutôt que de faire deux poids deux mesures en faveur des amis et ennemis supposés de l’Occident ; sécurité des personnes et priorité aux partenaires qui la respectent, plutôt qu’une conception militaire et étatique de la sécurité et de la légitimité.

    De bonnes conclusions – mais à qui sont-elles adressées? Ici nous sommes confrontés à la même circularité paradoxale identifiée par Healey dans le processus de paix en Somalie. Cela peut paraître raisonnable de rechercher la paix en emmenant autour d’une table les diverses parties prenantes au conflit et de classer le collectif qui en résulte comme « gouvernement provisoire ».

    Quelque répugnants que puissent être certains ou tous les participants, la realpolitik dicte sûrement leur inclusion puisque ce sont des acteurs qui ont de l’influence sur le terrain où les choses se font. Mais puisqu’ils constituent en même temps le problème, de telles « solutions » imposées de l’extérieur ne font que rendre le problème plus ardu – moins violemment si vous êtes chanceux.

    Mais une approche basée sur la sécurité des personnes et sur la société civile, pour attrayante qu’elle soit, est à peine susceptible d’être acceptable aux acteurs étatiques ou prétendus tels qui tirent leur pouvoir du rejet ou du travestissement d’une telle approche.

    Il n’y a pas de réponse théorique à ce dilemme et la réponse pratique ne peut venir que des organisations et mouvements de la société civile elles-mêmes, étayant l’idée d’une approche réellement basée sur la sécurité des personnes tout en la promouvant avec l’appui d’éléments bien disposés à l’intérieur des structures du pouvoir d’Etat. Dans ce processus, le rapport de Healey sera une ressource précieuse.

    * « Les occasions ratées dans le Corne de l’Afrique : Comment les conflits se nouent et les accords de paix se dénouent ». Le rapport d’un groupe d’étude sur la Corne de l’Afrique par Sally Healy peut être téléchargé à l’adresse suivante :

    ° Le Groupe d’étude sur la Corne de l’Afrique comprend l’Institut Royal des Affaires Internationales [Chatham House], l’Université des Londres, le Centre des Etudes Africaines, la Royal African Society et le Rift Valley Institute.

    * Stephen Marks, coordinateur et chercheur associé au projet Pouvoir émergeants en Afrique de Fahamu

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  • Les actions du président Nelson Mandela ont été bâties sur de fortes valeurs d’humanisme, de démocratie et de tolérance. Il avait la forte conviction que son pays pouvait et devait se construire dans la diversité et le respect de chacun. Fort de cet idéal, il a pu supporter, avec patience et abnégation, les épreuves que le pouvoir de l’apartheid lui a fait endurer. Avec cette foi, devenu chef d’Etat, il a pu diriger son pays dans la tolérance et le dialogue vers la paix et le développement.

    Alors qu’il aurait pu solliciter et obtenir de son peuple un nouveau mandat de président de la République, il a montré son respect des principes démocratiques et de la volonté du peuple. Il a adhéré aux principes constitutionnels établis et n’a voulu rester au pouvoir plus longtemps. Il fait partie de l’histoire de l’Afrique et du monde.

    Les chefs d’Etat africains devraient s’inspirer des vertus de tolérance du président Mandela, de son sens profond du respect, à la fois, de la diversité des opinions, de la liberté d’association et de la liberté d’expression. Le monde entier l’honore.

    Au président Mandela, digne fils de l’Afrique, je transmets toute ma reconnaissance pour les enseignements qu’il nous a donnés. Je le remercie de nous avoir montré la voie pour contribuer, dans la paix, la concorde et l’intégrité, au développement de l’Afrique.

    * Gbossa Lambert, est directeur Général d’EurAfrik, Directeur régional adjoint honoraire du Bureau international du travail (BIT) pour l’Afrique

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  • Le parcours de Nelson Mandela est exemplaire. Enfermé pendant vingt-sept ans entre quatre murs, il en est sorti pour devenir président de la République d’un des plus puissants pays africains. Ne restant au pouvoir que pour un seul mandat, il a renoncé à sa charge. L’exemple est fort, pour l’ancienne comme pour la nouvelle génération de dirigeants africains. Son prestige lui permettait de s’accrocher au pouvoir, mais il a sans doute compris qu’on ne peut pas faire son époque et vouloir régenter la génération de ses fils. Mieux, il est rare de voir un homme quitter ainsi le pouvoir et le laisser entre d’autres mains sans que cela ne crée des heurts pour son pays.

    Malheureusement, Nelson Mandela est un exemple qu’on oublie d’évoquer dans les instances où l’on parle d’unité africaine. Ce n’est pas étonnant. Car ce qu’il représente ne peut s’illustrer dans le syndicat de chefs d’Etats qu’est l’Union africaine. Ceux qui nous gouvernent ne défendent que leurs intérêts, pas ceux de leurs peuples.

    Mandela est un modèle de démocrate gênant pour des dirigeants africains accrochés au pouvoir, dans une Afrique où le temps des élections est révolu ; on n’assiste qu’à des farces électorales. On s’autoproclame élu parce qu’on peut frauder allègrement là où le pouvoir de l’argent et l’illettrisme permettent n’importe quelle manipulation.

    Mandela a cependant laissé un lourd héritage aux Sud Africains, aujourd’hui confrontés à des problèmes complexes de coexistence de races, avec des conflits violents et sanglants, engendrant la haine. La manière dont les Sud Africains vont régler la question nationale, dans un pays qui est un concentré fascinant de trois mondes (un monde développé, un monde sous-développé et un monde qui présage de l’avenir) intéresse tous les Africains qui ne sont pas encore arrivés à ce degré de complexité. Surtout qu’il s’agit d’un pays recelant des possibilités que beaucoup d’autres en Afrique n’ont pas, avec l’étendue de son territoire, son poids démographique et ses énormes ressources.

    * Amady Aly Dieng est économiste, ancien fonctionnaire de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

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  • Si Robert Mugabe conserve le pouvoir, ce n’est pas seulement grâce à une machinerie auto élective qui permet aux dictateurs de rester aux commandes quel que soit l’avis du peuple. C’est aussi par le fait qu’il a habilement utilisé les sanctions internationales prises à son encontre pour se bâtir une légitimité d’hyper nationaliste contre l’impérialisme occidental incarnée dans l’imaginaire populaire subsaharien par les anciennes puissances coloniales.

    En effet, si, sur le plan international, l’unanimité est établie sur Mugabe une fois pour toute typifié comme un dictateur sans scrupules, dangereux et infréquentable, tel n’est le cas ni au Zimbabwe, ni en Afrique Noire. Ceci résulte du fait qu’en post colonies subsahariennes, autant la légitimité internationale des Chefs d’Etats est très souvent parrainée par les anciennes métropoles alors que les populations locales la contestent, autant la même légitimité internationale peut aussi tomber en discrédit auprès de la même population subsaharienne lorsque, à tort ou à raison, elle se convainc qu’un leader africain n’est plus soutenu par l’ancienne puissance coloniale parce qu’il est contre le néocolonialisme.

    Aussi, la dualité de postures (pour ou contre Mugabe) qu’on observe au Zimbabwe en particulier, et en Afrique Noire en général, prouve que l’enfer c’est les autres comme le disait Jean Paul Sartre. En effet, en dehors de l’Africain politiquement neutre ou politiquement médian, le cas Mugabe divise les Subsahariens politiquement engagés. D’un côté, se dressent ceux qui épousent l’avis de la communauté internationale et qui font de Mugabe la réincarnation du diable (les anti Mugabe). De l’autre, s’érigent ceux pour qui Mugabe est un héro africain contre l’impérialisme occidental et le néocolonialisme inhérent (les pros Mugabe). Les pros Mugabe et les anti Mugabe réactualisent et incarnent ainsi les conflits idéologiques au sein d’un continent noir où certains Africains sont pour la continuité de la lutte anticoloniale quand d’autres estiment qu’il est plus que jamais temps de laisser tomber la victimisation pour emprunter le train démocratique et les règles de jeu qu’il implique dans l’acquisition, l’exercice et la transmission du pouvoir politique.

    En conséquence, si le discrédit international qui frappe le président zimbabwéen a du sens pour les anti Mugabe, il est jugé nul et de nul intérêt pour les pros Mugabe qui pensent qu’il est une pure orchestration de l’Angleterre qui n’a jamais digéré la réforme foncière initiée par Mugabe au détriment de nombreux fermiers blancs, et au profit des populations noires autochtones et sans terres. En dehors de la lutte d’indépendance, cette réforme foncière est l’acte fondateur de la symbolique politique de Robert Mugabe. C’est elle qui permet la naissance d’une communauté de similitudes et d’une communauté de circonstances entre lui et plusieurs Africains toujours en « guerre silencieuse » contre les anciens colons et la communauté internationale qui, d’après eux, en constitue la reproduction systémique.

    Donc, autant Mugabe se maintient au pouvoir par une machinerie auto élective au service de la perpétuation de son régime, autant les sanctions internationales lui permettent de se présenter à une partie d’Africains et de Zimbabwéens comme une victime de l’impérialisme occidental. Il s’ensuit inéluctablement que les sanctions internationales prises contre lui ne font que renforcer une légitimité locale d’anti-Occident, d’anti colons et d’anti impérialistes qui, à côté des contestations, lui vaut aussi des ovations dans de nombreux sommets où il est invité. D’où la question de savoir si les sanctions internationales sont toujours bien réfléchies et indiquées étant donné qu’elles entraînent, dans le cas d’espèce, non seulement une hypertrophie symbolique de Robert Mugabe comme figure anticoloniale, mais aussi une sanction des populations pauvres plus exposées à leurs effets que les dirigeants. Si les dirigeants peuvent très bien vivre avec les sanctions internationales, les populations qui les subissent de plein fouet peuvent se résigner et développer un comportement anti-politique qui laisse le champ libre à la dictature.

    Remédier à ce genre d’effets contreproductifs des sanctions internationales en postcolonies subsahariennes semble impliquer au moins trois dispositions indispensables en amont des instances de décisions :

    1 / Réfléchir sur l’impact des sanctions internationales sur le régime d’historicité de la postcolonie subsaharienne. C’est à dire sur un ensemble de faits subjectifs et objectifs à travers lesquels des groupes humains interprètent des faits en liant ainsi leur présent, leur passé et leur future. L’analyse du régime d’historicité subsaharien aurait permis à ceux qui prennent les sanctions internationales contre un régime postcolonial de remarquer que celles-ci allaient renforcer la proximité affective entre Mugabe et de nombreux Africains qui gardent une longue mémoire des méfaits l’Etat-colonial.

    2/ Toujours privilégier le choix des peuples à celui des idéologies, des Etats, des institutions et des hommes qui les incarnent.

    3/ Renoncer aux sanctions et laisser faire le temps en travaillant sur le long terme si l’analyse prouve que les souffrances sociales seront supérieures aux objectifs visés par les embargos.

    Ne pas faire ce genre de réflexions préalables entraîne que le populisme nationaliste d’un dictateur puissent toujours trouver un ancrage local en instrumentalisant les sanctions internationales pour le renforcement de sa légitimité d’anti système international. La preuve, Robert Mugabe a prêté serment en déclarant : « Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie ». Dénonciation hyperbolique à dominante contestataire au service de sa légitimité anti-colons. Ça marche parce que le moment colonial reste un puissant structurant mental en Afrique Noire.

    * Thierry Amougou est doctorant et assistant de Recherche à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique

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  • Contributor | Gouvernance

    Le coup de force de Mugabe a du mal à passer dans la presse africaine. La « complicité » des chefs d’Etat et de gouvernement qui l’ont accueilli et avalisé son forfait, lors du 11e sommet de l’Union africaine à Sharm-el-sheik, est tout aussi décriée. Mais dans le flot de critiques, un constat revient : les chefs d’Etat africains ont les mains liées. Tous ont pêché, tous ou presque ont été mal élus et se trouvent mal placés pour jeter la pierre à Mugabe. Mais après le cas kenyan et l’épisode zimbabwéen, la crainte est plutôt de voir se développer une nouvelle forme de conservation du pouvoir par la terreur électorale.

    Pambazuka vous propose quelques extraits d’analyse de la presse en Côte d’Ivoire, au Burkina et au Sénégal

    Nord-Sud (Côte d'Ivoire)
    Le fauteuil présidentiel n’est pas un banc

    Par Dembélé Al Seni

    L'Afrique vient d'innover. Désormais, il faudra inscrire en lettres d'or la démocratie par terreur dans les chapitres des sciences politiques. Le grand maître de cette nouvelle façon de conserver le pouvoir a pour nom Robert Mugabe. L'homme qui a perdu les élections législatives et le premier tour du scrutin présidentiel a réussi à sortir son adversaire du jeu. Morgan Tsvanguiraï a été en effet contraint de jeter l'éponge. Avant le second tout prévu le dimanche 27 juillet, son bras droit, le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a été écroué. Il est accusé de trahison et risque la peine de mort.

    Ce fut le point culminant d'une campagne de terreur sans nom. Dans les rues, dans les cités et les campagnes, les partisans de l'opposition ont été traqués. Les biens brûlés, les maisons saccagées. Beaucoup fuient le pays pour ceux qui le peuvent et tentent de se réfugier dans les pays voisins. La politique de la terre brûlée et des massacres a permis d'éloigner l'opposition du terrain électoral. Il faut être serein et bien vie pour parler élection.

    (…) Mugabe est désormais seul en lice. En roue libre pour un autre mandat. Son voeu de ne jamais voir le MDC aux affaires tant qu'il sera en vie prend une dimension concrète, lui qui se sent investi pour une mission divine. N'a-t-il pas affirmé « que seul Dieu peut lui arracher le pouvoir » ?Il ne s'agit ici ni d'une expression de foi, ni d'une envie de se battre loyalement et laisser la providence faire le reste. Mugabe s'inscrit, avec sa touche particulière, dans le mouvement des dénis de la liberté et de l'exercice du pouvoir souverain par les peuples africains.

    Il y a eu dans cette mouvance les bourrages d'urnes, puis les tripatouillages des résultats. Dans un cas comme dans l'autre, les résultats étaient identiques. Les princes aux commandes organisaient les consultations, juste pour la forme. Montrer à l'extérieur que la démocratie a droit de cité, et que les dirigeants sont aimés par les leurs. Les résultats pouvaient être donnés de longs mois avant la tenue des élections. Mugabé montre une voie qui intéressera beaucoup de ses pairs au pouvoir sur le continent. Il y aura pluralité des candidats ; mais chacun devra retenir que le fauteuil présidentiel qui n'est pas un banc ne peut accueillir qu'un seul : celui qui tient le gouvernail.

    Le Pays (Burkina Faso)
    Quelle légitimité pour Mugabe?

    Les chefs d'Etat africains sont bien embarrassés par ce dossier zimbabwéen. Cèderont-ils pour une fois à la pression internationale alors que par le passé ils n'ont jamais monnayé leur soutien à leur pair zimbabwéen? Quelle formule trouver pour préserver leur image tout en contentant d'une part Tsvangirai et ses alliés occidentaux, et, de l'autre Mugabe et l'Afrique du Sud?

    Une chose est sûre, la candidature unique en elle-même n'est pas un scandale en Afrique. Bien des dirigeants présents à Charm-El-Sheick (Ndlr : au XIe sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine) ont, à un moment ou à un autre, dû faire face à la politique de la chaise vide de leurs opposants. Cela ne les a nullement empêchés de se présenter et de se faire élire.

    Pour des raisons diverses, des opposants ont souvent appelé au boycott d'élections présidentielles, législatives ou communales. En général, ils protestent contre le caractère irrégulier du scrutin. Même le président Wade, qui se montre virulent contre Mugabe, a été longtemps désavoué par son opposition qui avait déclaré sa réélection illégitime. Au Kenya, le Premier ministre a été contraint, en raison du parti pris des grandes puissances, de cohabiter avec un président qui lui a volé sa victoire.

    Dans le cas zimbabwéen, l'opposition justifie surtout son retrait par les actes de violences perpétrés contre ses militants. Parce que sur la légalité de la décison de la commission électorale de convoquer le second tour de la présidentielle, il y a matière à débats. Sans se lancer dans du juridisme, on peut cependant noter que, sauf erreur, c'est la commission qui a déclaré le MDC vainqueur aux législatives et au premier tour de la présidentielle, qui a également donné son feu vert pour le second tour. C'est aussi elle qui a proclamé les résultats donnant Mugabe victorieux.

    Au regard de tous les contentieux électoraux en Afrique, peu de chefs d'Etat africains peuvent se targuer d'avoir une légitimité que confèrent des élections sans taches. Ce n'est pas pour dédouaner Mugabe, mais il est temps d'appliquer la même rigueur démocratique à tous les pays. L'Union africaine devra prendre date à partir de son sommet en Egypte, en définissant une conduite claire à tenir, en cas de boycott des élections par l'opposition ou de prise en otage du scrutin par le parti au pouvoir.

    Les suggestions de Wade à Mugabe

    Avec l’Agence de Presse Sénégalaise

    De retour du sommet de l’Union africaine en Egypte, le chef de l’Etat sénégalais est revenu, devant la presse, sur les élections au Zimbabwe. «J’ai dit à Mugabe : vous devez faire face à vos militants, le monde entier est contre vous. Dites à vos militants que lors des dernières élections Tsvangirai a eu 47% des suffrages (...) On n'ignore pas un parti qui a 47% des voix", a indiqué à la presse le président Wade, à son retour du sommet de l’Union africaine. Mais selon iui, Mugabe a justifié son rejet des solutions de gouvernement d'union qui lui avaient été proposées avant, par la désapprobation de ses militants.

    "J'avais proposé Mugabe comme président et Tsvangirai comme vice-président", avant les élections, s'est souvenu le président Wade, ajoutant que la proposition du président sud-africain Thabo Mbeki consistait en ce qu'il garde son fauteuil pendant deux ans, avec son rival comme vice-président exécutif. "Mugabe n'a pas accepté mais Tsvangirai a accepté", selon le président Wade. La constitution du Zimbabwe prévoit que le vice-président succède au président de la République en cas de vacance du pouvoir, a relevé le chef de l'Etat sénégalais.

    Il a ajouté avoir dit aux deux protagonistes avant les élections : "Si vous gagnez les élections vous ne pouvez pas gouverner seuls", tout en soulignant qu'il savait que "Mugabe ne pouvait pas perdre". Evoquant son expérience personnelle, il a fait cependant remarquer au président zimbabwéen qu'il ne pouvait pas gouverner en ayant la moitié des électeurs "de l'autre côté".

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  • Le mouvement international paysan s’est retrouvé à Djakarta (Indonésie) du 20 au 24 juin 2008. à l’occasion de la Conférence internationale sur les Droits Paysans. Venus de 26 pays à travers le monde, ses membres ont posé le diagnostic d’un monde où la crise alimentaire s’est exacerbée pour rendre pires encore les violations massives et systématiques des droits des paysans. Profitant de l’opportunité offerte par le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, petits paysans et paysannes du mouvement international la Via Campesina ont proposé l’instauration d'une Convention des Nations Unies sur les Droits Paysans. Il s’agira de poser, à travers ce texte, la pierre angulaire d’un mode de vie durable pour l’ensemble des habitants de la planète. La conférence de Djakarta s’est terminée par cette déclaration finale que vous propose Pambazuka News.

    Déclaration finale de la Conférence internationale sur les Droits Paysans

    Nous, délégués représentant les petits paysans et paysannes du mouvement international La Via Campesina, venus de vingt-six pays, nous sommes réunis à Djakarta, en Indonésie, du 20 au 24 juin 2008, à l’occasion de la Conférence internationale sur les Droits Paysans. Après sept années de discussion soutenue tant sur le contenu que sur les stratégies, c’est avec sérénité et confiance que nous augurons la réalisation prochaine d’une Convention des Nations Unies sur les Droits Paysans. Cette Convention sera la pierre angulaire d’un mode de vie durable pour l’ensemble des habitants de la planète.

    Nous, paysans et paysannes, sans-terre, travailleurs agricoles, agriculteurs de petite et moyenne échelle, peuples indigènes et jeunes ruraux, représentons près de la moitié de la population mondiale et sommes la colonne vertébrale des systèmes alimentaires. La crise alimentaire a mis en évidence les violations massives et systématiques des droits des paysans.

    Nous sommes expulsés violemment, et de plus en plus fréquemment, de nos terres et dépossédés de nos moyens d’existence. Les « méga » projets de développement tels les grandes plantations destinées à la production d’agro-carburants, les grands barrages, les infrastructures, le développement industriel, celui de l’industrie extractive et du tourisme ont déplacé de force nos communautés et détruit nos vies. Plusieurs conflits armés et guerres se déroulent au cœur des zones rurales. La saisie des terres et la destruction des récoltes sont souvent utilisées comme une arme à l’encontre de la population civile rurale.

    Nous n’arrivons plus à avoir un revenu qui nous permette de vivre dignement. Politiques nationales et conditions imposées dans le cadre international nous mènent à l’extinction. Sont particulièrement notables parmi ces politiques : les processus de privatisation des terres, qui ont conduit à une re-concentration de la propriété foncière ; le démantèlement des services publics en milieu rural et de ceux venant soutenir la production et la commercialisation par des petits et moyens producteurs ; l’incitation des productions destinées à l’agro-exportation exigeantes en capitaux et en intrants ; la poursuite de la libéralisation du commerce agricole et de politiques de sécurité alimentaire basées sur le commerce international.

    Dans nombre de pays, la dépossession de nos semences s’accélère, notre savoir agricole disparaît et nous sommes forcés d’acheter des semences aux sociétés transnationales pour qu’elles augmentent leurs profits. Ces entreprises créent des OGM et des semences destinées aux monocultures, conduisant à la perte de nombreuses espèces et à la diminution de la biodiversité en général.

    Par ailleurs, nous, paysannes, souffrons d’une double marginalisation : en tant que productrices et en tant que femmes. La responsabilité de s’occuper de la famille nous incombe ; le manque et la précarité des services de soins et d’éducation pour les enfants nous conduisent à travailler de longues heures pour de faibles salaires. Les femmes qui travaillent comme manœuvres dans les champs sont forcées d’utiliser des engrais chimiques et sont par conséquent exposées à un risque élevé pour leur santé.

    Qui plus est, nous expérimentons quotidiennement de violentes formes d’oppression. Des centaines de leaders paysans sont arbitrairement arrêtés, détenus, terrorisés, torturés, tués et criminalisés parce qu’ils luttent pour leurs droits. Nous, paysannes, subissons également la violence de nos maris, compagnons ou employeurs. Cette violence peut être tant physique que psychologique et menace parfois nos vies.

    Nous sommes les héritiers d’une longue histoire de luttes paysannes pour la défense de nos droits. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les principaux traités relatifs aux droits humains sont des instruments majeurs de nos luttes contemporaines. Néanmoins, nous ressentons, à l’image d’autres groupes oppressés comme les peuples indigènes et les femmes, que le temps est venu d’expliciter clairement quels sont nos droits tant individuels que collectifs. Le temps de la souveraineté alimentaires est arrivé.

    Il y a des manquements majeurs dans l’interprétation et la mise en œuvre des principaux traités relatifs aux droits humains lorsqu’ils sont appliqués aux paysans. De plus, nous faisons face à des exemples spécifiques de violations de nos droits, par les crimes commis par les sociétés transnationales et pour les accords de libre-échange. Afin de répondre à ces types de violation, nous avons besoin de dispositions et de mécanismes spécifiques nous permettant de protéger effectivement nos droits.

    Une future Convention sur les Droits Paysans comportera les valeurs spécifiques aux droits paysans – et devrait particulièrement renforcer les droits des paysannes – qui devront être respectés, protégés et réalisés par les gouvernements et les institutions internationales.

    A cet effet, nous nous sommes impliqués pour développer une stratégie à plusieurs échelles, travaillant simultanément aux niveaux national, régional et international, afin d’accentuer la prise de conscience, de mobiliser les soutiens et de créer des alliances non seulement avec les paysans mais aussi avec les travailleurs ruraux, les travailleurs migrants, les pasteurs, les peuples indigènes, les pêcheurs, les environnementalistes, les femmes, les experts juridiques, les experts en matière de droits humains, les jeunes, les organisations religieuses, urbaines et de consommateurs…

    Nous chercherons également l’appui de gouvernements, de parlements, d’institutions de défense des droits humains pour développer cette Convention sur les Droits Paysans. Nous appelons la FAO et le FIDA à conserver leurs mandats en contribuant à la protection des droits paysans. Nous demandons au département des affaires juridiques de la FAO de recenser tous les instruments de la FAO utiles à la protection des droits paysans, comme premier pas allant en ce sens. Nous porterons notre Déclaration sur les Droits Paysans auprès du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies.

    A la lumière des menaces que font peser les attaques actuelles du modèle néo-libéral et capitaliste sur les paysans et les systèmes alimentaires locaux, nous appelons tous les peuples à se rassembler pour l’avenir de l’humanité.

    Nous appelons tous nos membres et nos alliés à rejoindre notre Convention sur les Droits Paysans, le 10 décembre prochain, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

    Globalisons la lutte, globalisons l’espoir !

    * Via Campesina est un mouvement international de paysans, de petits et moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du milieu rural, de peuples indigènes et de travailleurs agricoles. Ses membres viennent de 56 pays d'Asie, d'Afrique, d'Europe et des Amériques.

    * Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org

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  • Il faut « éviter les « experts » étrangers. Si vous rencontrez des « consultants » ou des « conseillers » officiels du Fmi et de la Banque Mondiale , de l'OMC, de l'OCDE, dans les ministères de vos gouvernements ou dans les Banques centrales communautés régionales, cachez-vous, ou mieux, fuyez ». Pr Yash Tadon (1)

    Les économistes socialisants ne se font pas prier pour réciter les leçons et slogans éculés de la Banque mondiale et du Fmi, du genre : « La crise est un phénomène mondial, elle n'épargne aucun pays». Relayant les entreprises de désinformation mondiales, les « médiamensonges », pour reprendre les termes et le titre du livre de Michel Collon, ils n'ont cessé d'être des caisses de résonance des « thèses » creuses de ces institutions financières, dans le contexte de nos pays pauvres très endettés (PPTE). La thèse des « avantages comparatifs » : ( importez du riz à bon marché au lieu de le cultiver », en faisait partie. Nous avons vu ce que nous a coûté le fait d'appliquer sans «discussion ni murmure » ces bêtises économiques. Actuellement les conséquences sont là. Nous dépendons de l'extérieur pour nourrir les populations. Alors que nous avons l'expérience et disposons Des mêmes facteurs de productions que ces pays qui cultivent le riz.

    La crise est mondiale, certes. Mais il ne suffit pas de s'arrêter au constat. Ne faudrait-il pas en chercher les causes, les tenants et les aboutissants ? Sur ce plan, nos ministres, nos statisticiens économistes, cafouillent, balbutient lorsqu'ils communiquent sur la question.

    Le prix du baril de pétrole flambe, mais qui est responsable de ce phénomène ? Depuis la découverte du pétrole en Arabie Saoudite vers les années 1930 , c'est le gouvernement des Etats-Unis, à travers la Société pétolière Aramco, qui, pour l'essentiel, régente la production dans le Royaume. Qui en parle ?

    Le cours du baril flambe ? Mais que le gouvernement des Etats-Unis arrête les guerres qu'il mène ou fomente à travers le monde (Irak, Afghanistan, menaces sur l'Iran, la Syrie , la Corée etc.) dans le but de faire main basse sur les richesses des autres pays pauvres. Sans doute que les cours des prix du pétrole ne vont plus monter, l'indice de la misère et de la pauvreté ne vont plus chuter d'un cran. Voila les véritables questions que nos grands économistes se gardent de souligner.

    Cela dit, pourquoi le président de l'Oci, ne cherche t-il pas à demander à l'Emir du Koweït, au Roi d'Arabie Saoudite, d'user de leur influence auprès de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et de l'OPAEP (Organisation des Pays arabes exportateurs de pétrole), pour obtenir des prix préférentiels en faveur des PPTE, comme l'a fait le Venezuela pour Cuba et Haïti.

    C’est ainsi qu'en 2004 le prix du baril a été cédé à Cuba à 27 dollars. C'est dans cette optique qu'au Venezuela, dès que le prix du baril dépasse 70 dollars sur le marché mondial, le surplus est affecté à un fonds pour les investissements sociaux. La position du Président Chavez, lors de la récente conférence de l'OPEP, allait dans le sens de cette forme de solidarité envers les pays pauvres, se conformant à la pratique dans le cadre de l'Accord Bolivarienne des Amériques (ALBA).

    Quand les « experts », de la BM et du FMI s'érigent en donneurs de leçons de bonne gouvernance, on peut se demander où est-ce qu'ils étaient, ainsi que leurs chefs, quand les décisions folles induisant des dépenses folles, de la part des chefs d’Etat africains, se multipliaient. Où est ce qu'ils étaient, lorsque l'ex-président Abacha, volait les 40 millions de livres sterling sur le point d'être rapatriés par le gouvernement britannique ?

    Aujourd’hui, les discours sur la pauvreté et les « soins économiques palliatifs » de « ces grands illuminés » ne manqueront pas de faire retourner dans leurs tombe Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara, et faire sourire nos amis Samir Amin, Casonava, Demba Moussa Dembélé, Makhtar Diouf , Chomsky , Eric Toussaint, Casanova, Amady Aly Dieng, Stieglitz, Michel Chossudovsky, Yash Tandon, Fidel Castro et autres économistes d'Europe, d'Asie, d'Amérique Latine qui, depuis plusieurs décennies, n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme, refusant d'être des complices de ces exploiteurs mondiaux, et montrant que le capitalisme, dans les excroissances de ses euphémismes que sont « mondialisation » et « néolibéralisme », ne peut mener le monde qu'à la catastrophe.

    Après le rugissement des affamés, des «damnés de la terre », ces messieurs ont commencé à s'agiter pour donner l'impression que personne n'a eu à chercher à prévenir la tragédie que le monde est en train de vivre. En tout cas en Afrique, Cheikh Anta Diop, avait déjà, très tôt, sonné le tocsin dans « Les fondements économiques et culturels d'un Etat Fédéral d'Afrique noire » (2), avant que Sankara ne dise : « L'impérialisme est dans notre bol de riz ». Récemment, au Sommet présidentiel sur la « Souveraineté et sécurité alimentaire. Aliments pour la vie », tenu à Managua (Nicaragua), le 7 mai dernier, Esteban Lazo Hernandez, vice-président du Conseil d'Etat de la République de Cuba, rappelait : « Dès 1996, au Sommet mondial de l'alimentation, Fidel avait lancé un cri d'alerte : « La faim, compagne inséparable des pauvres, est la fille de la distribution inégale des richesses et des injustices dans le monde. Les riches ne connaissent pas la faim. […] Des millions de personnes sont mortes dans le monde en luttant contre la faim et l'injustice.».

    Nous considérons que le directeur de la FAO, Jacques Diouf, se prononçant sur la crise mondiale lors de la dernière conférence de cette organisation, n'a fait que marcher sur les pas de ces devanciers lorsqu'il soulignait : « En fait, le problème de l'insécurité alimentaire est de nature politique (…) les déchets alimentaires annuels atteignent 100 milliards de dollars auxquels il convient d'ajouter 100 milliards de coûts indirects, résultats de morts prématurés et de maladie dérivées (…) enfin, en 2006, 1204 milliards de dollars ont été dépensées en armement. Est-il possible dans ces conditions, d'expliquer aux personnes de bons sens et de bonne foi, que l'on ne peut pas trouver 30 milliards de dollars par an pour permettre à 862 millions d'affamés de bénéficier du droit humain le plus fondamental, celui à la nourriture, donc à vie. »

    En réalité les riches s'enrichissent de la pauvreté des peuples qu'ils continuent d'exploiter depuis des siècles. Dans tous les sommets, colloques, séminaires et symposiums, il est question de développement avec un grand « D ». Mais on constate, dans le même temps, le manque de volonté politique d'aller dans ce sens du vrai développement. Par exemple, depuis nos indépendances, dans la zone de l'Afrique de l'ouest, il n'a été implanté ni en Mauritanie, ou se trouve la MIFERMA (Mines des Fers de la Mauritanie) ni au Sénégal avec la MIFERSO (Mines des Fers du Sénégal Oriental), des industries lourdes industrialisantes de la métallurgie et la sidérurgie. Or, sans industries lourdes comment peut-on parler d'emplois pérennes ?

    Il n'est pas exagéré de dire qu’en Afrique tout se fait contre la recherche du bien-être des populations qui deviennent de plus en plus pauvres. Au lieu de s'élever contre, et faire pièces des thèses saugrenues de compétitivité de l'Occident qui subventionne son agriculture, l’UEMOA, la CEDEAO et même l’UA acceptent son diktat. A y regarder de près, on se rend compte que c'est la même logique qui a prévalu au moment de la conférence de Berlin sur le partage de l'Afrique qui se perpétue, par rapport aux visées sur les richesses de l'Afrique. Chacun des pays occidentaux ne se veut l’ami et « l'avocat » de l'Afrique que pour l'exploiter. Au lieu de s'unir, s'organiser à l'instar de ce qui se dessine en Amérique latine, l'élite africaine préfère continuer à « piailler et ricaner dans les salons de la condescendance ». (3)
    Tant qu'existera le système des « 20/80 »% (20% d'individus qui accaparent 80% des richesses), le monde connaîtra toujours des crises. C'est ce système, qu'est le capitalisme, qui génère les guerres, charrie le marasme économique (chômage, misère, pauvreté) et les anti-valeurs (banditisme, corruption, trafic en tout genre), qu’on appelle de nos jours ; néolibéralisme, mondialisation.

    (1) Economiste ougandais, membre dirigeant du Réseau International des Groupes du Sud
    (2) Ed. Présence africaine
    (3) David Diop, Coup de pilon, Ed. Présence africaine

    * Ababacar Fall-Barros est membre du Groupe de Recherche et d’Initiative pour la Libération de l’Afrique

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  • C’était le 30 juin 1960, il y a de cela quarante-huit ans. Patrice Lumumba prononçait ce discours à l’occasion de l’accession du Congo à l’indépendance. Au moment où l’Union africaine vient de terminer son 11e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, en Egypte, sans parvenir à asseoir ce panafricanisme achevé qui était le combat du héros national congolais, pendant que les dirigeants africains se vautrent dans une «dictature démocratique» et parasitent l’avenir du continent, alors que le sous-développement a atteint des niveaux tels que le quotidien de l’Africain est une lutte pour la survie, la voix de Lumumba sonne comme un cri d’aujourd’hui. Pour la dignité africaine et l’indépendance enfin.

    «Congolais et Congolaises,

    Combattants de l’Indépendance aujourd’hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960, une date illustre que vous garderez ineffablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

    Car, cette Indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant, que c’est par la lutte qu’elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

    Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.

    Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait «tu», non certes comme à un ami, mais parce que le «vous» honorable était réservé aux seuls Blancs ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

    Nous avons connu les souffrances atroces de relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe. Qui oubliera enfin les fusillades dont périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation?

    Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini.

    La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la Justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo, le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière.

    Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens puissent jouir pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l’Homme. Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays. Nous allons faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés.

    Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter, non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque jour qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu’elle soit. Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance, est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants.

    Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis. Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces.

    Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger.

    Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise. Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays. L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent Africain.

    Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine Notre gouvernement, fort, national, populaire sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

    Hommage aux combattants de la liberté nationale!

    Vive l’indépendance de l’Unité Africaine!

    Vive le Congo indépendant et souverain !»

    * Patrice Émery Lumumba, assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga est le premier Premier ministre du Congo (de nos jours République démocratique du Congo) de juin à septembre 1960. Il est une des principales figures de l'indépendance du Congo ; le premier « héros national ».

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  • Le 31 décembre 2007, le processus de négociation sur les Accords de Partenariat Economique (APE) avec l’Union Européenne aboutit à un échec. Mais les solidarités régionales africaines qui ont permis de s’y opposer au niveau des différentes entités (CEDEAO, CEMAC, etc.), volent aussi en éclats. En Afrique de l’Ouest, par exemple, le Ghana et la Côte d’Ivoire signent des «accords intérimaires». Même chose pour le Cameroun en Afrique centrale. Depuis lors, une nouvelle date-butoir a été fixée au 9 juin 2009 pour la signature des APE et les rencontres se multiplient afin de remettre le processus sur les rails. Mais la société civile, qui s’est longtemps mobilisée contre les APE dans leur formulation initiale, se tient aussi en alerte.

    Dans cet agenda fourni, Bamako a été par deux fois, dans l'intervalle de moins d'un mois, la capitale de rencontres internationales de haut niveau sur les négociations commerciales en Afrique de l'Ouest. L'Union européenne y a organisé, les 29 et 30 mai 2008, un séminaire d'information qui a permis aux parties d'exposer leurs positions sur les différents aspects et enjeux actuels des négociations. Notamment en ce qui concerne l'offre d'accès au marché pour les marchandises, les services et les questions liées au commerce. De même, la capitale malienne a abrité, du 11 au 13 juin derniers, la deuxième rencontre des Comités nationaux de négociations commerciales (OMC, APE etc.) de l'UEMOA sur la politique commerciale de l'union et les négociations d'accords commerciaux (avec les Etats-Unis, le Maroc, l'OCI, etc.).

    Pour les négociateurs européens (pour certains en Afrique aussi), l’urgence est de passer des accords intérimaires signés par la Côte d'Ivoire et le Ghana à un APE global pour l'ensemble de la région Afrique de l'Ouest. Un processus que la société civile entend contrôler. Pour elle, il ne saurait être question d’aller vers un partenariat signifiant la destruction économique des pays africains et conduire à des désordres sociopolitiques. Dans cette perspective, la Plate-forme régionale de la société civile ouest-africaine sur l’Accord de Cotonou, qui participe aux négociations APE au titre de la société civile, organise, les 8 et 9 juillet 2008 à Abuja (Nigeria), un large dialogue régional pour partager toute l’information sur les travaux menés depuis le Comité Ministériel de Suivi (CMS) de Nouakchott, tenu du 18 au 21 février 2008.

    Cette rencontre, dans capitale mauritanienne, était la première après le «choc» du rejet des APE au 31 décembre 2007. A Abuja, les organisations de la société civile, les organisations de producteurs, les syndicats, les parlementaires et les représentants du secteur privé vont se retrouver pour s’informer de l’évolution des dossiers depuis cette réunion, échanger, se situer et structurer leur mobilisation. Car les choses ont évolué sur le dossier des APE.

    A niveau de la CEDEAO, la réunion du CMS avait été l’occasion de rebâtir un agenda régional commun, de se déterminer par rapport à un APE porteur de développement, mais aussi d’«encadrer et accompagner» la Côte d’Ivoire et le Ghana qui se sont engagés dans des «accords intermédiaires», plutôt que les rejeter, de les isoler. Il avait aussi été reconnu «la nécessité d’un régime commercial régional unique, préalable à la signature de tout accord », avec la finalisation des travaux sur le tarif extérieur commun (TEC) régional. De même, puisque l’échec des négociations à la date du 31 décembre 2007 n’avait pas signifié, de la part des différents pays, un rejet total des APE, les ministres avaient réaffirmé l’ancrage des pourparlers avec l’UE dans la vision stratégique de l’intégration et du développement régional.

    Mais pour la société civile ouest-africaine qui va se réunir à Abuja, ces orientations méritent d’être suivies et contrôlées. Dans le document provisoire préparatoire de la réunion, on note : «Pour rassurante qu’elle soit, cette position n’en laisse pas moins apparaître toute l’étendue des difficultés auxquelles l’Afrique de l’ouest pourrait faire face dans conduite simultanée des chantiers de l’intégration et du développement en même temps que ceux de l’ouverture et de la libéralisation commerciale réciproque avec l’Union européenne. Ces deux processus ne sont pas toujours compatibles, surtout pour une région dont la caractéristique principale est la faiblesse économique, la vulnérabilité et les déficits de tous ordres, en particulier en matière de ressources humaines, institutionnelles, financières, etc.»

    Après s’être mobilisées pendant des années contre l’APE, ou pour des accords de partenariat plus équilibrés, les organisations de la société civile entendent donc continuer à assurer la même veille et alerte. D’autant que, poursuit le document de la réunion d’Abuja, les engagements de Nouakchott «ne dissipent que partiellement les préoccupations de nombreux acteurs. Si tous s’accordent sur l’importance de ces mesures, il y a cependant peu de clarté sur leur séquence chronologique par rapport à la poursuite de la négociation de l’APE : ces éléments fondamentaux de l’intégration régionale sont-ils des préalables incontournables à toute signature d’un accord commercial ? Seront-ils mis en œuvre concomitamment ? Seront-ils au contraire mis en œuvre après la signature de l’APE ?».

    La nouvelle date-butoir pour signer l’APE a été fixée au 9 juin 2007. Six mois après le premier échec, le contexte économique n’a pas réellement évolué pour permettre aux pays africains de s’engager différemment dans cet accord avec l’UE. La crise alimentaire qui frappe le monde aujourd’hui, avec des impacts encore plus lourds en Afrique, est venue plutôt fragiliser davantage ces pays. La rencontre d’Abuja permettra donc aux OSC de déterminer les priorités nouvelles, objectifs et stratégies d’action, mais aussi de continuer à réfléchir sur les alternatives à partager avec les acteurs concernés et les opinions publiques, souvent guère informées de l’évolution de ces négociations que les Etats mènent à leur nom.

    Cette rencontre qu’organise la Plate forme de la société civile ouest africaine sur l’Accord de Cotonou, sous l’égide d’Africa Trade network, en collaboration avec Enda Tiers Monde et la National Association of Nigerian Traders (NANTS) et Réseau ouest-africain des paysans et des producteurs agriccoles, devrait aboutir à la mise en place d’un observatoire régional sur le suivi de l’application des décisions, choix et résolutions de la Cedeao dans le cadre des APE.

    (Sources : Afriperf, document d’orientation de la réunion d’Abuja)

    * Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News

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  • Nous sommes entrés dans l’âge de la rareté. Dans de nombreux pays, nous avons assisté à des émeutes de la faim pour protester contre la hausse des prix des denrées de premières nécessité. La hausse des prix des produits pétroliers engendre une inquiétude généralisée face à laquelle les politiques gouvernementales restent sans solution. Cette crise intervient dans un monde dominé par de fortes inégalités. Les chiffres sont parlants. Près d’un milliard d’hommes et de femmes vivent avec moins de 365 dollars par an. Et pourtant, chaque année, l’économie globale engendre 9 500 dollars de biens et de services pour chaque homme, femme et enfant.

    Selon les Nations unies, il faudrait 300 milliards de dollars chaque année pour ramener tout le monde au-dessus du seuil d’extrême pauvreté (fixé à 1 dollar par jour). Cette somme est énorme certes, mais elle ne représente que le tiers de la dépense militaire mondiale.

    C’est le portrait désolant d’un monde fracture ou l’inégalité grandit sans cesse, esquissée dans “L’Urgence de l’heure”*, ouvrage de référence sur la pauvreté publié en ce mois de juin 2008 par Oxfam. Dans ce monde inégal, ceux qui sont du côté des perdants font tous les jours l’expérience de l’impuissance, de la frustration, de la vulnérabilité et de l’exclusion. Chaque minute, quelque part dans le monde en développement, 20 enfants succombent à des maladies évitables comme la diarrhée ou le paludisme. Chaque minute, une femme meurt en couches. Parmi les trois milliards de personnes vivant aujourd’hui dans ses villes, un milliard d’entre elles vivent dans des bidonvilles, en marge des société et sous la menace des maladies et de la violence. L’Organisation Mondiale de la Santé affirme que le changement climatique a cause, durant les 30 dernières années, plus de 150 000 morts par an.

    Ce constat est inacceptable et appele une urgente réaction de tous les acteurs du développement. Les solutions préconisées jusqu’ici ont souvent montré leurs limites. Historiquement, l’accent a été souvent mis sur la croissance économique. Cependant, le bien-être va au-delà de cette croissance et les Etats négligeant souvent d’importants aspects non-monétaires. Cette négligence est à la base de l’impuissance et de l’exclusion d’un nombre important de personnes des opportunités économiques et de l’accès aux services sociaux de base dans bien des pays.

    Que faire pour changer les choses ? Il faut un “Nouveau Deal”. Cet arrangement ne sera pas seulement axé sur la hausse de l’aide au développement. Il devra être bâti avec de nouveaux acteurs : des citoyens actifs et des Etats efficaces. L’action des citoyens peut inciter, voire obliger les gouvernements à changer leur manière de faire. Dans un pays comme le Guatemala, l’Observatoire des Dépenses Sociales s’attaque au secret entourant le processus de formulation du budget de l’Etat et publie des analyses des dépenses gouvernementales. En Ouganda, des programmes de contrôle identifient et rendent compte de la corruption publique. Dans certains pays, les gouvernements eux-mêmes financent des organisations non-gouvernementales qui fournissent un contrôle et un contrepoids à leur pouvoir et à leurs décisions.
    Dans le même temps, cet engagement citoyen doit être accompagné par des politiques gouvernementales sur l’éducation, la santé, les Droits de l’Homme. Ces politiques peuvent modifier fondamentalement l’attitude, les croyances et les comportements des citoyens. C’est parfois nécessaires pour empêcher la violation des droits des minorités. Le défi est de rendre ces tensions productives, et de faire en sorte que les Droits de l’Homme et l’égalité soient au centre des préoccupations des uns et des autres.

    Nous pouvons entrer dans une sorte de cercle vertueux : les gouvernements encouragent les citoyens à être informés et actifs et les citoyens encouragent les gouvernements à être comptables, responsables et efficaces. C’est autour de ce cercle que le changement décisif qui va permettre à notre région Ouest-africaine de sortir du cercle vicieux de la pauvreté et de l’inégalité. II est donc de notre devoir, Etats comme société civile, d’encourager ce dialogue pour une citoyenneté active et des politiques responsables. C’est l’urgence du moment. Les générations ne nous pardonneraient pas notre apathie.
    Par Mamadou BITEYE

    *Mamadou Bitèye est directeur de Oxfam America au Sénégal

    (1) “L’Urgence du moment” a été publié par Oxfam International en ce mois de juin 2008

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  • Le problème de certains journalistes français, lorsqu’ils abordent les relations entre leur pays et l’Afrique, est de savoir dans quel (s) sens orienter leurs articles et comment dire les choses pour atteindre ces objectifs qui sont à la fois d’informer sur une réalité et fournir des renseignements qui permettront aux politiques de leur pays de se faire une idée de ce que les Africains attendent d’eux, surtout que maintenant les Chinois sont apparemment en train de prendre leur place en Afrique et dans le cœur des Africains. En même temps, il s’agit, pour ces journalistes, d’influencer et de manipuler une certaine opinion africaine que l’on tente encore de regagner à la sympathie française.

    Tout le monde sait que les notions de neutralité et d’objectivité parfaites des journalistes relèvent de la pure utopie. Je prendrai l’exemple d’un reportage du journaliste du « Monde », M. Philippe Bernard à Yaoundé et Douala, publié le 3 juin 2008. Le titre en est : «Les jeunes Camerounais déçus par une France timorée sur les Droits de l'homme en Afrique». On s’aperçoit bien vite, à la lecture de l’article, que les sentiments que M. Bernard décrit vont bien au-delà de la simple déception et qu’il ne s’agit pas seulement de l’attitude de la France face au respect ou plutôt au non-respect des droits de l’Homme en Afrique. Les termes récurrents qui décrivent ces sentiments, termes auxquels le journaliste du « Monde » ne résiste pas sont : dépit, procès, réquisitoire, griefs ordonnés, aigreur, hostilité antifrançaise, colère, attaque, rogne, animosité, les jeunes Camerounais enragent, etc. Tous ces sentiments et attitudes sont nourris et tournés contre la France, bien sûr.

    Je ne peux croire que l’article de M. Bernard soit hors sujet. Plus grave, ce qui frise la contradiction, c’est que, oubliant peut-être son titre, il ait écrit dans le même article : «Mais c'est dans le domaine économique, ultrasensible pour une jeunesse massivement condamnée au chômage, que l'aigreur est la plus marquée...» L’information est certainement juste. Les Français, à qui elle est destinée, ne manqueront pas de la remarquer et de changer d’attitude : il n’y est pas seulement question d’exploitation économique, mais il est question aussi de rapports entre Français et Camerounais. Les premiers se comportant comme s’ils étaient encore dans leur colonie ; les seconds, frustrés, ne supportant pas le rang auquel ils sont réduits. Si l’on devait parler de Droits de l’homme sur ce plan, les violations seraient alors du côté, non pas des autorités camerounaises contre lesquelles, bien sûr, les citoyens ont bien des raisons de se plaindre, mais du côté des Français installés au Cameroun, même si c’est un pouvoir camerounais corrompu qui favorise cet état de choses. M. Bernard le dit sans le dire.

    La réalité de ce sentiment antifrançais est là, que l’on veuille le dire ou non : l’idée qu’étant en Afrique, dans un pays indépendant, l’on subisse la loi de la France et des Français, n’est pas plus supportable au Cameroun qu’au Togo, au Sénégal ou ailleurs. Le soutien apporté par la France officielle aux dictateurs (si elle ne les a pas simplement installés au pouvoir), les interventions des chefs d’Etat français, qui se sont succédé à l’Elysée, de l’armée française dans les anciennes colonies, nourrissent ce sentiment. Et tôt ou tard, si les Français veulent vraiment regagner la confiance et la sympathie des Africains, ils doivent accepter que l’on discute de ces questions à tête reposée.

    Mais, voilà, comme toujours, certains Français ont besoin d’un faux-fuyant, mieux, de justifier leur comportement. Et il leur semble facile d’aller dénicher leurs justifications là où ils le peuvent et de les diffuser grâce à leurs médias qui écrasent par leur puissance ceux dont disposent les Africains. C’est à ce réseau de rhétorique qu’appartiennent les propos du genre : De façon inattendue, Nicolas Sarkozy a plutôt bonne presse parmi ces jeunes en rogne contre la France. Ils sont nombreux à le créditer d'une énergie inépuisable dont il ne peut sortir que du bien. «Il a demandé aux Africains de se prendre en main. Mais certains trouvent plus commode d'accuser la France», affirme une étudiante.
    «Ils sont nombreux... Et combien sont-ils ?»

    Combien de jeunes Camerounais M. Bernard a-t-il interrogés au cours de son reportage ? Déjà un sondage d’opinion chiffré est bien loin d’être parole d’évangile. Quelle valeur peut-on alors donner à ce «nombreux» ? Pour écrire ce «nombreux», il n’est pas besoin de faire une enquête, il n’est pas besoin d’aller au Cameroun, il n’est même pas besoin d’être journaliste. On ne peut pas, pour tenter de comprendre ce reportage et ses motivations, ne pas se souvenir que ce M. Bernard s’était livré à un commentaire sur «L’Afrique répond à Sarkozy», l’ouvrage collectif des intellectuels africains qui ont critiqué le discours de Sarkozy à Dakar.

    Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’agissait beaucoup plus de dénigrer l’ouvrage et ses auteurs que d’en faire une véritable critique. Cela, bien sûr, est facile. Aux yeux de M. Bernard, ce n’était qu’un «étalage souvent atterrant d'absurdités, d'approximations et de conformisme intellectuel..., outrance grandiloquente...et délire» [Des intellectuels africains en colère“ par Philippe Bernard, Le Monde du 28 février 2008]. Il faut tout de même avouer que lorsqu’on parle en ces termes du travail de vingt trois intellectuels, on est bien loin de la critique crédible (celle que l’on enseigne même dans les écoles françaises) et l’on tombe dans le véritable «délire»... Parmi les auteurs de l’ouvrage, un seul avait trouvé grâce aux yeux de M. Bernard, celui qui «voit dans la provocation de M. Sarkozy une invitation à construire une politique de l'universel-concret que "nulle“ (sic) autre que la France n'est mieux placée (...) pour inspirer».

    La France, même si elle n’est pas le centre du monde est en tout cas le passage obligé de l’Afrique vers le développement, ou même le bonheur, selon M. Bernard!

    Il fallait donc que M. Bernard ait la confirmation, du moins à ses propres yeux, de ce qu’il avait avancé, et qu’il puisse, à cette nouvelle étape de son cheminement, proclamer que le discours de Sarkozy avait atteint son but, malgré les protestations qui se sont élevées ça et là. Et qui sait si la véritable mission de son voyage au Cameroun n’était pas juste dans la suite logique de celui de Sarkozy en juillet 2007 ? Ce qu’il oublie, c’est qu’«ils sont nombreux» aussi les Africains qui sont au courant de l’actualité en France et qui pourraient se demander quel est le bien que les Français tirent depuis plus d’un an de l’énergie débordante de Sarkozy. Serait-ce l’ennui, comme l’exprime un numéro du Canard Enchaîné qui «célèbre» ce « bien » en termes de «Premier Ennuiversaire» ?

    Au fond, dans le reportage de M. Bernard, tout est dans ce «contre toute attente» qui ne trompe que qui veut être trompé, qui n’apporte d’illusions qu’à celui qui veut être bercé d’illusions. Il exprime au moins le doute chez ceux qui ont rédigé et prononcé le discours du 26 juillet 2007 et chez ceux qui tentent de le défendre, même si Guaino [1] clame haut et fort qu’il «l’assume ligne à ligne, mot à mot, à la virgule près.» S’il était si sûr, aurait-il eu besoin de le crier sur tous les toits ? Et si on était si convaincu à l’Elysée, pourquoi n’est-ce pas Sarkozy lui-même qui réclame la paternité de son discours, puisque c’est lui qui l’avait prononcé ? Si les deux hommes étaient si tranquilles après le tollé que le discours avait provoqué dans la presse sénégalaise surtout, pourquoi ne se taisaient-ils pas simplement après le 26 juillet 2007 ? Et, M. Bernard lui-même n’avait-il pas alors écrit, comme s’il craignait la chose, «Le faux pas africain de Sarkozy» ? [2]

    Nul ne peut nier que politiciens et hommes de médias français sont préoccupés de connaître l’état de l’image du président en Afrique et je doute fort que les vrais résultats d’une enquête commandée sur ce sujet soient publiés dans un journal comme Le Monde, qui a par ailleurs refusé de publier le droit de réponse des auteurs de «L’Afrique répond à Sarkozy». Cette fameuse étudiante camerounaise (sans nom dans le reportage) dont M. Bernard fait le porte-parole de Sarkozy ou qui, en tout cas, se livre à une si laborieuse explication de texte du discours de Dakar, si elle existe, cette étudiante, poursuit parfaitement le boulot entrepris par le journaliste.

    «Paris éternelle (sic) responsable ?», se demande ou nous demande M. Bernard. Et il donne la parole à un député camerounais pour répondre : «Voilà une rhétorique du passé dont il est difficile de se passer, tranche Jean-Jacques Ekindi, député de l'opposition. Le véritable problème du Cameroun, ce sont les Camerounais.» Qui dit le contraire ? Seulement, je compléterai le jugement du député camerounais par ceci, dans le cadre des relations entre la France et l’Afrique : maladie éternelle de certains Français (pas tous pour ne pas faire de l’anthropologie à la Guaino [3]) qui n’arrivent pas à se défaire de cette prétention à être servis et suivis partout en Afrique comme les maîtres, comme les donneurs d’ordres et de leçons : voilà un type de comportement du passé dont il faut guérir.

    Le véritable problème des Français en Afrique et face aux Africains, ce sont les Français eux-mêmes. M. Bernard devrait d’ailleurs être d’accord avec moi sur ce point, puisqu’il nous fournit un précieux témoignage de certains Camerounais sur ce genre de comportement : «Le réquisitoire est récurrent. Les Français exploitent notre port, notre bois, nos bananes. Ils se réservent les postes de direction... Ils donnent des ordres, mais ne vont jamais sur le terrain, ils ne construisent rien de visible.»

    Tout le contraire des vertus prêtées aux «partenaires» chinois... «Je comprends que dans une situation économique pénible, le chômage soit la raison première de l’aigreur de la jeunesse. Ce qu’il m’est difficile de comprendre, c’est que M. Bernard lie les griefs des jeunes Camerounais contre les Français au problème du chômage. Cela relève peut-être de la haute psychologie, sinon, ces Camerounais auraient été plutôt contents de voir des expatriés, Français, Chinois ou Américains, créer des emplois dans leur pays, si toutefois les choses se passaient dans le respect des uns et des autres, le respect des intérêts de toutes les parties. La comparaison avec les Chinois à qui les Camerounais prêtent des vertus (imaginaires, peut-être) n'intervient que parce que les Français semblent ignorer ou oublier ces vertus, pour la simple raison qu’ils se sentent en Afrique comme en pays conquis».

    Sans le savoir, peut-être, M. Bernard, qui n’avait pas hésité à prononcer un jugement d’autorité sur l’ouvrage de 23 penseurs et scientifiques africains (c’est son droit), est parfaitement susceptible d’être rangé dans cette catégorie de Français jouissant du fait qu’ils viennent de Paris et lui, encore plus, en qualité de journaliste du Monde. C’est lui-même qui nous le dit : «Nul besoin d'orienter la conversation sur l'image de la France au Cameroun. La présence d'un journaliste blanc suffit à la déclencher, quitte, parfois, à forcer le trait...» Et lui, M. Bernard n’a même pas besoin de forcer la vérité qu’il détient exclusivement, puisqu’il vient de Paris et est journaliste au « Monde ».

    Que personne donc parmi les Camerounais qu’il aurait interviewés, ceux qu’il aurait cités ou simplement les lecteurs de son reportage ne s’avise de lui envoyer un droit de réponse : il ne le publiera pas. Là aussi, c’est son droit. Je ne formule donc pas de jugement de valeur, mais je laisse le lecteur juger lui-même des dimensions réelles de l’esprit de M. Bernard, de ses outils intellectuels pour faire de la critique et même pour faire du journalisme (même si l’objectivité n’est pas la qualité première qu’on attend de ceux qui exercent ce métier) sur des sujets sensibles, telles que les relations entre la France et l’Afrique. Et, ne sont-ils pas «nombreux» ces journalistes, ces reporters de la taille de M. Bernard que les grands journaux, les puissants médias de l’Occident chargent de traiter des sujets concernant l’Afrique ?

    Le reportage de M. Bernard est le symbole même de la gêne et de la confusion que l’on doit ressentir en tant que Français face à l’Afrique. Mais, comme toujours, maladie incurable oblige, on prendra les précautions pour que cette gêne ne soit pas perçue et surtout exploitée par des Africains qui seraient à l’affût d’arguments pour conclure qu’ils ont raison de critiquer la politique africaine de la France et tout particulièrement celle de Sarkozy. Il faut bien que l’image de marque du grand président français soit hors d’atteinte, malgré l’image négative de la France que M. Bernard a lui-même décrite dans son reportage au Cameroun. Ce n’est pas un paradoxe, puisque tout est clair, tout se comprend.

    Je ne crois pas que M. Bernard croit que lorsque la France interviendra, en gendarme, pour faire respecter les droits de l’Homme en Afrique, elle aura gagné le cœur de la jeunesse africaine, à l’assaut de laquelle Sarkozy semble parti depuis le 26 juillet 2007. Peut-être, ce reportage est-il une suggestion faite aux autorités françaises de lancer leur prochaine offensive en Afrique, dans un domaine où les Chinois ne pourront pas les battre : celui de la condamnation des violations des Droits de l’homme. Mais même dans ce domaine, nous les avons vues à l’œuvre, ces autorités françaises. Nous connaissons bien leurs formules, surtout quand ces violations sont le fait de ceux qu’elles aident elles-mêmes à conquérir et à conserver le pouvoir, avec qui elles sont en complicité sur plusieurs plans. Il ne faut pas trop charger les frêles épaules de Rama Yade d’un poids lourd de plusieurs décennies de colonisation et de pseudo-indépendance.

    Le mal est plus compliqué que le titre d’un article dont le développement s’éloigne complètement. Je suis tenté de paraphraser ici un proverbe mina qui exprime bien ce type de situation dans laquelle la France s’est mise en Afrique : le galeux prend des précautions pour ne pas se gratter au vu et au su de tous, mais c’est lui et lui seul que la plaie démange, surtout dans cette partie du corps qu’on ne nomme pas en public.

    [1] Guaino est le conseiller de Sarkozy qui a rédigé le discours de Dakar
    [2] Le faux pas africain de Sarkozy, par Philippe Bernard, Le Monde du 23 août 2007. Article paru dans l'édition du 24 août 2007
    [3] Guaino prétend avoir fait de l’anthropologie en décrivant l’homme africain comme il l’a fait dans le discours

    * Sénouvo Agbota Zinsou est un écrivain togolais

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  • La flambée des prix alimentaires qui a donné lieu à des "émeutes de la faim" constitue un véritable drame humain. Le prix mondial du blé a presque triplé en trois ans, doublé en un an ; celui du riz a pu augmenter de plus de 50 % depuis janvier. Le coût d’un repas a été surenchéri de 40 % en un an dans les pays pauvres. Là où l’alimentation représente jusqu’à 75 % du budget d’un ménage, ces hausses de prix s’avèrent catastrophiques. Elles pourraient refaire passer des millions de gens sous le seuil de pauvreté et effacer des années d’efforts de développement. Quelles raisons peuvent expliquer cette situation ?

    Si l’on prend en compte que l’économie est constituée d’interconnexions complexes, il faut alors aller chercher les causes réelles de la crise un peu plus loin que ce que l’on peut lire ou entendre habituellement. La crise peut être lue comme l’effet pervers plus général de politiques empêchant la responsabilité de bien des décideurs.

    Notons avant tout qu’il est vrai que le fait que chaque année des millions de gens sortent de la pauvreté grâce à l’intégration de leur économie dans la mondialisation a induit une hausse de la demande alimentaire notamment de viande (et le bétail consomme des céréales). Mais alors il faudrait que l’offre alimentaire suive, ou plutôt qu’on lui permette de suivre. Car s’il faut tenir compte des aléas du climat (baisse de la production en Australie du fait de la sécheresse par exemple), il faut surtout insister sur tous les éléments politiques, directs ou indirects, qui empêchent les marchés de s’ajuster par les quantités pour maintenir des prix relativement stables là où cela est possible.

    1 - Effets pervers des mécanismes de subventions et du protectionnisme

    En premier lieu, les mécanismes de subvention dans les pays riches, qui distordent les marchés, sont montrés du doigt. Et à juste titre. Il y a deux types d’effets ici. Le premier est que les subventions détournent les producteurs vers des cultures subventionnées. Et lorsque les Etats subventionnent la culture destinée aux biocarburants, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou en Europe, cela se fait au détriment de cultures alimentaires non subventionnées. L’offre de cultures alimentaires étant artificiellement amoindrie, leurs prix augmentent. Et lorsque l’on subventionne le fait de ne pas produire, c’est la même chose (jachères en Europe jusqu’en 2007).

    Le deuxième effet est que les subventions dans les pays du Nord (payées par leurs contribuables) empêchent les pays du Sud d’être compétitifs sur les marchés du Nord. Du fait de ce protectionnisme du Nord (en Europe – et la France en tête !), les pays du Sud ne peuvent se spécialiser là où ils pourraient avoir un avantage comparatif et accéder aux marchés du Nord. Cependant, il faut aussi rappeler que le protectionnisme des pays du Sud, notamment des pays d’Afrique entre eux, empêche souvent la constitution de grands marchés régionaux. La responsabilité des politiques dirigistes et protectionnistes doit donc être mise en cause.

    2 - Le besoin de propriété foncière agricole

    Ensuite, les arrangements institutionnels en matière de propriété foncière agricole sont fondamentaux pour comprendre les problèmes alimentaires aujourd’hui. L’offre déficitaire de certains pays n’est pas simplement due à des causes exogènes. Et on ne peut blâmer le marché là où il ne peut pas se développer. En Afrique, le problème majeur de l’agriculture est bien souvent la non-définition des droits de propriété agricole, d’où l’incitation faible à investir dans ce secteur. Le défi majeur des politiques de développement pour favoriser l’essor agricole de certains pays est ainsi de permettre des arrangements institutionnels (intégrés aux coutumes locales) permettant la responsabilité des « entrepreneurs agricoles". C’est seulement avec de telles incitations que l’offre agricole dans certains pays pourra, d’une part, réellement émerger, et d’autre part, suivre la demande. A cet égard, la Chine a tout récemment protégé les droits de propriété de ses paysans pour justement remédier aux problèmes de sa production agricole. Cet engagement doit être pris dans d’autres pays.

    3 - Le rôle des institutions financières internationales

    Par ailleurs, l’interventionnisme de la Banque mondiale et du FMI depuis des années n’a pas porté ses fruits en dépit des sommes colossales englouties dans les programmes de développement. En revanche, il a rendu durablement dépendantes de nombreuses économies. En effet, l’endettement initié par les politiques contreproductives de « Big push » dans les années 60 et 70, a été suivi logiquement par des politiques d’ajustement structurel. D’où, dans de nombreux cas, l’obligation de développer des cultures non vivrières "rentables à l’exportation" (comme le coton) pour rembourser les prêts. Ces politiques d’aide ont pu donc perturber la sécurité alimentaire de certains pays pauvres. De plus, elles ont été bien souvent accompagnées du maintien de gouvernements irresponsables. Ces derniers, à qui l’on continue de prêter, empêchent le développement de leurs populations en refusant la liberté économique.

    4 - L’impact de la crise financière

    La crise financière s’est reportée sur le marché alimentaire, le riz ou le blé représentant des "valeurs refuges" pour les spéculateurs. Il faut donc chercher une partie de l’explication – indirecte - de la crise alimentaire du côté de la crise financière. Rapidement, qu’y trouve-t-on ? Des banques américaines qui ont prêté de manière risquée à des gens qui ne peuvent pas rembourser. Mais peu de gens semblent conscients que cela est lié à la politique de la Fed (la banque centrale américaine). Ce qui est parfois appelé la "doctrine Greenspan" a induit un effet pervers majeur : le fait que la Fed assure en quelque sorte les perdants (qui ont délibérément pris des risques) lors de l’éclatement d’une bulle financière. C’est une incitation forte pour les banques à adopter un comportement risqué et peu responsable en matière de prêt, et donc à générer des crises. Il y a ici un parallèle saisissant avec la Banque mondiale et le FMI : des organisations haut placées rendent irresponsables d’autres organisations sous leur coupe. Or, les marchés comme les Etats ne fonctionnent que lorsque la responsabilité des décideurs est sanctionnée.

    5 - La hausse du prix du pétrole

    Enfin, la hausse du cours du pétrole a aussi une incidence sur le coût de transport des denrées et donc in fine, sur leur prix. L’augmentation du prix du baril s’explique d’abord par la hausse de la demande mondiale qui fait face à une offre rigide cartellisée qui n’a pas investi pour adapter sa production. Par ailleurs, le pétrole constitue une valeur refuge pour les spéculateurs, surtout en période de crise : la hausse des cours peut donc être imputée en partie aux responsables de la crise financière.

    Une aide d’urgence est nécessaire pour aider les populations en détresse. Cependant, après avoir traité le symptôme, il faudra s’attaquer aux causes profondes de ces déséquilibres. Et il ne semble pas que les discours des "responsables" des Etats ou des institutions internationales aillent toujours dans le bon sens. Les références au New Deal et à des aides supplémentaires durables par le président de la Banque mondiale, à de nouvelles distorsions du marché, et l’enfermement du ministre français de l’Agriculture dans le protectionnisme, tout cela n’est pas de bon augure. Cette crise devrait être l’occasion de remettre à plat les politiques de développement, et ce au sens large : c’est-à-dire non seulement l’attitude des institutions internationales sensées aider au développement, mais aussi celle des gouvernements des pays pauvres, et bien entendu de ceux des pays riches.

    * Emmanuel Martin est Docteur-chercheur en économie (cette analyse est déjà parue dans le quotidien burkinabé Le Pays)

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  • Le rôle d’investisseur et de donateur joué par la Chine auprès des pays africains suscite beaucoup d’attention. Alors que les investissements privés et les flux d’aide envoyés par la Chine peuvent profiter aux populations pauvres en Afrique, la contribution la plus importante sera sans doute les leçons que les pays africains peuvent tirer des succès de la lutte contre la pauvreté en Chine.Certains chercheurs ayant souligné le danger d’imposer des pratiques occidentales aux institutions africaines, un risque similaire est à prévoir lorsqu’il s’agit de transposer des idées en provenance de l’Asie.

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  • Alors que certains analystes pronostiquent un baril bientôt à 150 voire 200 dollars, Thierry Lefrançois, économiste au Département Global macro chez Natixis, continue de tabler sur un prix d'équilibre de 123 dollars en 2009. Pour lui, s'il y a un cercle vicieux entre la faiblesse du dollar et la hausse du pétrole, il ne faut pas oublier qu’une augmentation trop importante de ce dernier va peser sur l’activité économique. Le prix du pétrole ne pourra pas grimper inexorablement, souligne M. Lefrançois qui table sur un équilibre autour de 123 dollars le baril, en 2009.

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