• Contributor | Gouvernance

    Les élections présidentielles ont été reportées quatre fois depuis 2005. Le 29 novembre, la nouvelle date fixée pour la présidentielle ivoirienne, «n’est pas une date fétiche mais une date sûre», a déclaré le président ivoirien Laurent Gbagbo. La cinquième réunion du Cadre Permanent de Concertation (CPC), tenue à Ouagadougou le 18 mai, en présence des principaux leaders politique ivoiriens, devait discuter avec Laurent Gbagbo des dispositions à prendre pour ne pas faire de cette présidentielle un autre rendez-vous manqué.

  • Contributor | Gouvernance

    Le Sénégal ne semble pas être intéressé par l'enveloppe de 4 millions d'euros que la Commission Européenne a mis à sa disposition pour financier des projets de migration. Cette proposition est considérée par certains observateurs comme un appât du moment qu'elle est assujettie à la signature d'un « partenariat pour la mobilité » que le pays doit signer avec l'Union européenne. Le Conseiller politique et commerce de la Délégation de la Commission européenne auprès du Sénégal qui a prôné le dialogue dans la gestion des flux migratoires, a souligné qu’il n'a pas encore trouvé de réponse tangible du Sénégal.

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  • Contributor | Gouvernance

    Le baril de pétrole est passé le 20 mai au-dessus de la barre des 62 dollars à New York, après la forte baisse des stocks américains en produits pétroliers. Elles ont chuté de 2,1 millions de barils, à 368,5 millions de barils. Les analystes avaient anticipé une baisse bien moins importante, de 700.000 barils. Les cours sont en outre soutenus par la faiblesse du dollar, tombé au plus bas depuis le 8 janvier face à l'euro, à 1,3792 dollar pour un euro, après l'annonce des premiers rachats d'actifs toxiques des banques sous six semaines.

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  • Contributor | Gouvernance

    L'envoyé de l'Union Africaine (UA) pour la Guinée-Bissau a défendu le 20 mai, à Luanda, l'endurcissement de sanctions contre les gouvernement qui accèdent au pouvoir par des voies inconstitutionnelles. L'ancien ministre angolais des Relations Extérieures, maintenant au service de la plus haute instance politique africaine, souligne que ceux qui aspirent au pouvoir doivent y parvenir à la lumière des lois en vigueur, conseillant les acteurs politiques africains à respecter les principes approuvés par l'UA, condamnant fermement et sans équivoque ceux qui prennent le pouvoir par la voie anticonstitutionnelle.

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  • Contributor | Gouvernance

    La commission de Guinée pour l’UNESCO a remis un certificat au président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), le 16 mai. Le capitaine putschiste a également été décoré. A l’image de l'Union Européenne, de l'Union Africaine et des Etats-Unis, les Nations Unies avaient condamné le coup d’Etat de Moussa Dadis Camara, dénonçant une atteinte à la démocratie. Comment expliquer, alors, la distinction de celui qui a pris le pouvoir fin décembre, au lendemain de la mort de Lansana Conté, a reçu de l’institution onusienne ? Les Nations Unies auraient-elles retourné leur veste ?

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  • Merci pour tous les messages que vous m'adresser. A partir du 8 juin 2009, vos news seront exploitées par notre radio et télévision FRTDH qui sera inaugurée à Brazzaville. Nous émettons actuellement en phase expérimentale sans commencer le journal. Radio FM 105.8 ; TV= 831.25
    J'espère que nous allons étendre notre collaboration par des échanges d'information pouvant faire échec à la désinformation en Afrique.

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  • Gabriel Ash | Gouvernance

    Comme Israël leur référence, les organisations sionistes ont une tendance à gagner les guerres, sauf chaque victoire les affaiblit et les perturbe davantage. La conférence Durban II (du 20 au 24 avril 2009) a été une victoire sioniste de cette nature. Cette bataille a été longue à préparer. Depuis que des ONG les ont accusés de racisme lors de la conférence de Durban du 2 au 9 septembre 2001, les organisations sionistes ont commencé à préparer méticuleusement leur assaut. Leur cible était constituée par quelques organisations des Nations Unies, des ONG ainsi que des mouvements sociaux qui ont utilisé la perte de légitimité du racisme en Occident afin de faire valoir le droit des victimes.

    Pour des raisons évidentes la plupart, sinon tous ceux qui sont engagés à combattre le racisme soutiennent les droits des Palestiniens. Ceci pose problème pour le Sionisme. A Durban, en 2001, le document officiel, rédigé dans l’acrimonie, contenait quatre paragraphes inoffensifs faisant état du droit des Palestiniens et réaffirmant l’engagement en faveur de la partition de la Palestine. Le document a même affirmé le droit à la sécurité pour Israël. Il n’était aucunement fait mention de racisme bien que ce soit là le thème de la conférence. Néanmoins les Israéliens n’ont pas apprécié que l’on mentionne la souffrance des Palestiniens dans un document pourtant consacré au racisme.

    Le forum concomitant des ONG, qui rassemblait plus de 2000 participants et dont la déclaration finale, écrite dans un langage plus fort (et généralement plus vrai) à propos d’Israël, a été un problème important à Durban. A n’en pas douter, le forum a vécu des difficultés internes. Mais de ça, Israël n’a rien voulu savoir. Il ne s’agissait pourtant pas d’antisémitisme. Sans doute du matériel antisémite a été distribué à Durban au cours des manifestations en ville ; peut-être, mais vraiment peut-être, y en a-t-il eu aussi dans un coin du forum des ONG. Mais combien ?

    Cecilia Surasky de Muzzlewatch déclara après la conférence à Genève : « En venant ici moi-même, je me suis mise à douter pratiquement à propos de tout ce qui a été rapporté de Durban I. Déjà, je vois dans les medias des termes comme ‘’ la fête de la haine’’ et ‘’ la conférence raciste des anti-racistes’’. Je ne doute pas qu’il y ait eu des propos et de la littérature antisémite à Durban I. Mais est-ce que ceci représentait 90% de la conférence ou seulement 0,9% ? Je n’ai aucun moyen de savoir. Par contre, ce que je sais, c’est que la session de Sharansky, Voight, Dershowitz, en principe consacrée à l’antisémitisme, a été un tour de force dans la mesure où ils ont insulté et dénigré les Musulmans et les Arabes en usant de force stéréotypes teintés d’islamophobie. Et aucun media n’a appelé les choses par leur nom ». (Muzzelwatch).

    Le problème c’est qu’Israël est indéniablement raciste et que la majorité des 2000 ONG rassemblées à Durban étaient prêtes à le dire malgré de fortes pressions. Ce qui a été sur le point de se perdre à Durban c’était le pouvoir de façonner le discours, en un mot, la perte d’une hégémonie. Bien qu’insuffisamment démocratique, le forum des ONG à Durban a été trop démocratique, trop ouvert aux perspectives des pays du Sud, trop représentatif de la vraie opinion publique mondiale et trop irrespectueux des puissants intérêts qui alimentent le racisme, en Palestine et ailleurs dans le monde. Ainsi, le droit international, le langage des Droits de l’Homme et la perte de légitimité du racisme pourraient devenir des instruments efficaces.

    Ceci était malvenu non seulement pour Israël, mais aussi pour les pays du Nord dont l’opulence est largement le fruit de l’exploitation coloniale et du racisme. La conférence officielle à Durban a discuté de l’esclavage et a brandi le spectre de la réparation, non seulement en faveur des Afro-américains, mais aussi des Africains. Une conversation consacrée au racisme est devenue celle de la disparité de la richesse entre le Sud et le Nord. Parler de race pourrait s’avérer être l’antidote au paradigme néo-libéral qui blâme les pauvres pour la pauvreté. Ce qui est inquiétant pour les intérêts de certains, en particulier parce que le Forum social a appris à parler le langage du droit des systèmes internationaux.

    Depuis que Herzl a prononcé sa célèbre phrase (‘’… le rempart de l’Europe contre l’Asie, un avant poste de la civilisation opposée à la barbarie’’) les organisations sionistes savent qui sont leurs alliés naturels. Les puissances du Nord voulaient rabaisser le processus de Durban d’un cran. Un groupe d’organisations s’est créé dans ce dessein, dont le centre Simon Wiesenthal, UN Watch, NGO Monitor, Human Rights First, l’AJC, l’Association Juive des Juristes et des Avocats et d’autres. Leur but : couper les financements des ONG qui défendent les droits des Palestiniens, discréditer et perturber les processus des Nations Unies qui mettent en péril le droit d’Israël à être raciste et miner les exigences pour une justice globale et la nécessité de rendre des comptes, processus qui inévitablement inclurait Israël.

    Le NGO Monitor a formulé les choses de la manière suivante :

    Il convient d’abord de reconnaître les ‘’réussites’’ des sionistes. Les organisations anti-racistes honnêtes ont perdu beaucoup de financement au profit des sionistes. Les Nations Unies et la Fondation Ford se sont retirés de l’organisation officielle du Forum des ONG à Genève. Un effort officieux a produit une petite réunion d’environ 150 ONG. Les organisateurs ont fait tout ce qu’ils ont pu afin d’exclure la question palestinienne. Elles n’ont toujours pas d’argent. Malgré les meilleurs efforts des sionistes et des organisateurs, la déclaration finale a maintenu un ton juste. Mais les medias l’ont à peine relevé, s’étant fait embobiner par un grand spectacle concernant la Shoa avec pour vedettes Elie Wiesel, Bernard Henry- Levy, Alan Dershowitz et d’autres.

    La conférence officielle a aussi été perturbée. Neuf pays, menés par ceux dont les premiers colons sont coupables de génocide (les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande) se sont joints à Israël afin de boycotter la conférence par crainte d’un antisémitisme imaginaire. Néanmoins, et afin d’éviter le désistement des pays européens, la déclaration officielle a fait l’impasse sur la question palestinienne, hormis la répétition de ce qui a été dit dans la déclaration de Durban (2001). Comme si, 8 ans plus tard, il n’y avait rien à revoir en Palestine.

    Il est allégué que le document évitait de mentionner des victimes spécifiquement. En réalité, les Roms sont nommément cités, comme il se doit, ainsi que les Juifs en relation avec la Shoa et l’antisémitisme. Les populations d’origine africaine sont spécifiquement et correctement désignées, mais les musulmans ne sont mentionné que de façon incidente - en passant- dans le discours sur l’islamophobie. Cependant, ni le nouveau ni l’ancien document ne reconnaissent que les Palestiniens sont victimes du racisme. Ce qui, au vu de la situation horrible qui prévaut en Palestine et qui va s’aggravant, est franchement absurde. Pire encore, le document a été adopté tôt durant la conférence sans avoir été discuté et sans avoir intégré les contributions des milliers d’ONG qui travaillent quotidiennement sur les questions du racisme.

    Avec des excuses ridicules, le secrétariat des Nations Unies a banni les manifestations en marge de la conférence aux Nations Unies pour la durée de la conférence. Sauf qu’il ne les a pas toutes bannies. Seules l’ont été celles qui voulaient représenter un point de vue palestinien anti-raciste. Les Nations Unies ont permis les manifestations de Sionistes qui avait une coloration anti-islam et anti-arabes. Pour vous donner une idée, il y a les 10 minutes de Deshowitz qui expliquent pourquoi les Palestiniens sont les ‘’héritiers de Hitler’’. Quelle ironie ! Mais le mot qui, le mieux, décrit la discrimination par les représentants des Nations Unies, des victimes du racisme qui doivent écouter des discours racistes sans droit de réponse, est ‘’racisme’’.

    La presse s’est faite l’écho des points de vue des Ssonistes. Obama lui-même a décrit le document originel de Durban comme inacceptable. Les éditeurs du « New York Times », d’une ignorance aussi profonde que honteuse, ont écrit qu’‘’ Israël était le seul pays montré du doigt dans le communiqué final de la conférence’’ (NYT, 20 avril 2009). En effet, dans cette déclaration finale, Israël a été le seul pays nommément cité comme ayant droit à la sécurité. Le discours d’Ahmedinejad a largement alimenté les journaux qui ont adopté les points de vue des sionistes pour qualifier la conférence de Durban II de ‘’fête de la haine’’ et ont refusé les corrections les plus élémentaires qui auraient contré la campagne de désinformation des sionistes. C’était en effet une fête de la haine, une fête de la haine dirigée contre les Palestiniens et les Musulmans en général.

    Je reviendrai sur la question du discours d’Ahmedinejad plus tard ; je veux me focaliser d’abord sur d’autres résultats de la conférence.

    Tout n’a pas été négatif dans cette conférence.

    Premièrement, à cause du sabotage des sionistes, la lutte importante et concrète contre le racisme dans le monde entier, que cette conférence devait promouvoir, a été laissée dans l’ombre et ignorée. Personne n’y a prêté attention et hormis une référence diluée à la persécution religieuse peu d’avancée a été accomplie. Le texte de la déclaration a aussi été considérablement dilué. Ce résultat, soutenu par les gouvernements et les médias occidentaux, est honteux. Mais, par ailleurs, rien n’a été rejeté. La déclaration de Durban a été réaffirmée et les différents mécanismes des Nations Unies vont continuer à y travailler et à promouvoir des recommandations spécifiques, ce qui est l’essentiel.

    Deuxièmement, les organisations sionistes se sont exprimées comme jamais auparavant dans leur animosité, non seulement envers les Palestiniens, mais aussi envers le Sud dans sa globalité et les victimes du racisme partout dans le monde. Leur sabotage de la conférence, leur mépris pour le travail qu’elle représente, pour les principes qu’elle incarne et les buts qu’elle s’efforce d’atteindre, a laissé un goût amer dans la bouche de toutes les organisations et de tous les militants pour les Droits de l’Homme qui étaient venus dans un but honnête.

    Navil Pillay, le Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, qui présidait la conférence, a parlé d’une ‘’ d’une large campagne de désinformation très organisée… déterminée à tuer la conférence’’ Les militants sionistes ont envahi, perturbé les sessions, manipulé des groupes d’Africains non avertis et exploité le Darfour et le Rwanda (où ils ont échoué) dans le but de semer la discorde et d’empêcher l’adoption de résolutions. Leur malhonnêteté et leur volonté de détruire les Nations Unies et tout l’édifice des Droits de l’Homme, sans aucun scrupule, resteront dans les mémoires. On pourrait souhaiter que ce souvenir génère une certaine réaction. Mais il y a peu de chance. Comme le disait Malaak Shabazz, la fille de Malcolm X qui avait été physiquement attaqué par des sionistes imbéciles ‘’ Les sionistes engendrent la haine du Juif…Je ne connaissais pas les tactiques des sionistes. Mais là, j’ai eu droit à un cours intensif’’ (JTA, le 28 avril)

    La tentative de perturbation orchestrée par les sionistes la plus remarquée a été l’organisation d’une table ronde par UN Watch, en marge de la conférence, qui incluait deux survivants de génocide du Darfour et du Rwanda ainsi qu’un cinéaste indien homosexuel, Parvez Sharma. Sharma a rapidement compris qu’il était instrumentalisé dans une démarche islamophobe et devait tenir le rôle de la victime de l’Islam. Et il a explosé ! Plus tard, deux délégués israéliens lui ont craché dessus. Son compte rendu des évènements mérite d’être lu.

    Alors que M. Ahmedinejad, comparé à quelque chose d’analogue à Hitler, venait de commencer son discours, les délégations de l’UE, toutes caucasiennes (23 membres), ont quitté la salle cérémonieusement. Mais, au même moment, les représentants africains et asiatiques ont applaudi. Je me demande si les discussions sur la race en terme de couleur de peau, et plus particulièrement le racisme institutionnalisé dans nombre de pays européens, est même perçu par le Club des Blancs qui généralement représentent les nations européennes aux Nations Unies…

    Lorsque M. Ahmedinejad s’est rendu à sa conférence de presse, il a été confronté à un groupe hétéroclite de protestataires d’une vingtaine de personnes, tous Blancs, qui l’ont sifflé en brandissant des pancartes fabriquées à la hâte, insistant sur le sifflement (comme un serpent) ‘’ Racccissst’’. Un citoyen britannique d’origine pakistanaise et moi-même avons été les seuls à leur demander s’ils avaient fait l’expérience du racisme comme nous en faisons l’expérience dans la plupart des pays occidentaux, simplement en raison de nos peaux foncées ou de nos noms musulmans.

    La conférence de Durban II et les organisations sionistes, totalement soutenu par les par les pays du Nord, ont orchestré la ‘’fête de la haine’’ et ont mis en évidence les limites de la conversation consensuelle, amicale et globale sur les questions raciales. Les Etats de colonisateurs blancs ont boycotté la conférence dès le départ. La sortie théâtrale, planifiée à l’avance, des Européens blancs ,a souligné encore un peu plus la force globale du racisme et sa présence dans les institutions de gouvernance globale dont la tâche est pourtant de l’éliminer. Les divisions selon la couleur étaient en évidence à Genève. La presse des Blancs occidentaux et de la cohorte des experts n’ont, pour la plupart, pas remarqué que la majorité des gens de couleur sont restés dans la salle à applaudir. Quant ils disent ‘’ le monde’’ ils veulent vraiment dire l’Europe.

    Le diplomate russe, qui a négocié la plus grande part de la déclaration de Durban II, a accusé les Etats européens qui ont quitté la salle lors du discours d’Ahmedinejad de vouloir affaiblir intentionnellement la conférence. En cela, les Etats européens ont continué le travail destructeur commencé par l’administration de Obama. Le prof Vernellia R. Randall décrit précisément la position d’Obama lors des négociations. Il a obtenu ce qu’il voulait et malgré tout, il a boycotté la conférence.

    Malheureusement, la conférence Durban II a été prise en otage par les gouvernements et des membres de la société civile, y inclus l’administration Obama, pour qui l’élimination du racisme et de la discrimination raciale - en particulier pour les Africains et ceux d’origine africaine- n’est nullement une priorité. En effet, dans la semaine précédent la conférence et en réponse à l’ultimatum de l’Administration Obama, le comité de préparation a :

    - enlevé toute référence à des réparations
    - retiré le paragraphe qui proposait de faire de la traite des esclaves un crime contre l’humanité
    - supprimé le paragraphe qui demandait un renforcement du groupe d’experts pour la question des populations d’origine africaine
    - et ont généralement dilué les efforts qui ont trait aux populations d’origine africaine

    Ceci est dévastateur.

    Il ne fait aucun doute qu’il y a un consensus officiel et global contre le racisme et ceci ne devrait pas être minimisé. C’est une victoire durement acquise. Le Nord participe et soutient des institutions internationales et les instruments des Droits de l’Homme. L’engagement anti-raciste n’est pas complètement fallacieux. Aujourd’hui, la majorité des Blancs voit le racisme primaire avec détestation et, au moins dans le discours, souhaite l’élimination de la discrimination raciale. Ceci est précisément la raison pour laquelle l’Administration Obama, les sionistes et les Européens, bref les Blancs voulaient camoufler leur soutien au racisme sous un vernis anti-raciste. Mais cet engagement a des limites et le processus de Durban les a mise en évidence. Réparation, redistribution, en effet n’importe quelle démarche qui porterait atteinte aux coupables et bénéficiaires du racisme n’a aucune chance d’aboutir ni en Palestine ni, certainement aux Etats-Unis.

    La conférence de Durban II a donc été un moment de vérité. Les masques sont tombés et les principales lignes de fractures sont réapparues.

    * Gabriel Ash, un ex-Israélien né en Roumanie, co-édite le blog anti-sioniste ‘’ jewssanfrontières’’

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  • Samedi 9 mai : Comment accéder au pouvoir

    Ça y est. Jacob Zuma est le nouveau président de l’Afrique du sud. Ils sont nombreux, ceux que son élection n’a pas beaucoup rassuré. Mais l’Afrique du sud est un pays démocratique et la majorité a décidé. Elle a estimé qu’un homme, bien fait physiquement, qui a beaucoup de femmes et d’enfants, qui sait chanter et danser lors des meetings, a toutes les qualités pour être le chef. C’était comme cela dans la plupart de nos sociétés traditionnelles. Personnellement je doute que cela soit suffisant en 2009 dans un pays aussi compliqué que l’Afrique du sud.

    J’ai du mal à faire confiance à un homme qui est poursuivi en justice pour viol et corruption, qui couche avec une femme qu’il sait séropositive, sans mettre de préservatif, et qui se contente de prendre une douche après. Et une petite voix me susurre que dans quelques années, l’Afrique du sud risque d’être comme tous les autres pays au sud du Sahara, c’est-à-dire n’importe quoi. Mais ne répétez à personne ce que je viens de dire. On me taxera d’afro-pessimiste. C’est très mal élevé, en Afrique, d’être afro-pessimiste. Le politiquement correct sur ce continent veut que l’on répète tous les jours « ça va aller. » Même quand tout est mis en œuvre pour que ça n’aille pas.

    Dimanche 10 mai : Comment s’y maintenir

    Le président du Niger a décidé de changer la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir. Ses supporters estiment qu’il a commencé un bon boulot qu’il doit achever. Lorsqu’il arrivait à la tête du Niger, il était classé 165ème en matière de développement. Dix ans après, il est 174ème . Il a effectivement fait du très bon boulot. Et puis surtout le groupe français Areva va exploiter au Niger la plus grande mine d’uranium du monde. Beaucoup d’argent emplira forcément les poches de quelques boubous. Ce serait trop bête que ce soient les poches des autres.

    Nos dirigeants n’ont qu’une seule obsession lorsqu’ils arrivent au pouvoir : s’y maintenir à vie. Il y a plusieurs méthodes pour ça. La plus en vogue en ce moment est la modification de la Constitution. Une autre consiste à ne pas organiser d’élection. Mais pour appliquer cette méthode, il faut avoir une petite rébellion, pas très méchante, mais assez futée pour occuper une partie du territoire. Cela permet d’invoquer la Constitution qui dit qu’on ne peut pas organiser d’élection quand le pays est en danger. Et, pour être à l’abri de tout mauvais coup de cette rébellion, on nomme son chef Premier ministre, et quelques uns de ses amis ministres. On donne aussi quelques ministères à l’opposition et on laisse tout ce monde manger. Il est connu qu’on ne parle pas la bouche pleine. Et l’on peut ainsi prolonger son mandat indéfiniment.

    Mais la meilleure méthode à mon avis est celle de Kadhafi. Chez lui, il n’y a jamais eu d’élection présidentielle. Parce qu’il n’y a pas de président en Libye. Non, chez lui, Kadhafi est le « Frère guide. » On n’élit pas un frère, surtout lorsqu’il est guide. Un frère, on l’a pour la vie.

    Lundi 11 mai : Histoire

    Mon ami le peintre sénégalais Viyé Diba est venu faire une exposition à Abidjan. Nous nous sommes retrouvés à commenter les discours de Sarkozy et de Ségolène à Dakar. Et nous sommes arrivés à la conclusion que Sarkozy n’avait fait que redire ce que nous disons tous les jours. Seulement ça ne devait pas venir de lui. Nous savons que nos pays sont très mal gérés, que nos élites sont corrompues, que nous ne travaillons pas beaucoup. Mais lorsque ça vient d’un Blanc, cela nous rappelle l’époque coloniale où les Blancs bottaient les fesses de nos parents en les traitant de fainéants et de couillons.

    Cela dit, j’ai relu ce que nos intellectuels ont répondu à Sarkozy. J’y ai vu que notre passé fut glorieux. Mais je n’y ai vu aucune ligne sur notre présent qui est loin d’être brillant, ni aucune clef pour en sortir, afin d’offrir aux prochaines générations d’autres rêves que celui de trouver une place dans la première pirogue en partance pour les îles Canaries ou Lampedusa. Tout compte fait, je crois que Sarkozy s’est planté à Dakar lorsqu’il a dit que nous ne sommes pas assez entrés dans l’histoire. Nous sommes bel et bien entrés dans notre histoire. Et nous n’en sommes plus ressortis.

    Mardi 12 mai : Résistance

    Hier soir la télé a montré notre président bien-aimé, Laurent Gbagbo, en Afrique du sud. Il était à l’investiture de Zuma. Je l’aime beaucoup, notre président. Lorsque la rébellion éclata en 2002, personne ne donnait cher de sa peau. Il y eut à cette époque des escadrons de la mort qui tuèrent des dizaines de personnes supposées proches de l’opposition. Des gens de mauvaise foi accusèrent notre président bien-aimé d’être derrière ces escadrons, et on parla même de le faire juger par une cour pénale internationale. Notre président bien-aimé nia tout en bloc. Un humaniste comme lui, derrière des escadrons de la mort ? Quelle idée !

    Ces escadrons disparurent aussitôt d’ailleurs. Mais c’était juste une coïncidence. En mars 2004, ses opposants voulurent organiser une marche. Il mit la police, la gendarmerie et l’armée dans la rue. On tira sur les manifestants. L’ONU dénombra plus de 120 morts. Le ministre de la Sécurité d’alors dit que c’étaient des bandes parallèles qui avaient tué. On n’a jamais su qui c’était.

    Notre président bien-aimé est en train de construire de beaux palais à côté de ceux que notre premier président avait construits et qui sont aujourd’hui laissés à l’abandon. Les députés français Jack Lang et Jean Marie Le Guen sont venus le féliciter, et ils ont dit publiquement que construire de nouveaux palais, c’est exactement ce qu’il faut faire, surtout en ce moment. Et notre président bien-aimé les a amené danser dans une boîte de nuit. Le lendemain la police a tiré sur les femmes qui manifestaient contre la vie chère. Il y eut deux morts.

    Il est vraiment fort notre président bien-aimé. Il a résisté à tout. A la rébellion, aux tentatives de coups d’Etat, à la France... Il faut dire qu’il avait eu une bonne formation. Rester marié à Simone pendant près de trente ans, ça aide à résister à tout.

    Mercredi 13 mai : L’Afrique brillera…

    Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine publiera bientôt un livre intitulé « Quand l’Afrique brillera de mille feux. » Il faut que je vous explique notre Union africaine. Au début de nos indépendances, nos chefs eurent l’idée de créer une organisation qui nous aiderait à nous développer plus vite. On l’appela l’Organisation de l’Unité Africaine. Mais quelque 40 ans plus tard, nous constatâmes que nous n’étions pas plus développés qu’avant. Alors, sous l’impulsion du Frère guide Kadhafi, nous décidâmes de faire comme l’Europe. Elle a son Union européenne qui marche très bien. Nous créâmes donc notre Union africaine, avec une commission et un président, des commissaires, vraiment comme l’Union européenne.

    Mais nous avions remarqué que l’Europe s’était faite lentement. Or nous étions pressés. Aussi notre Union engloba en une fois tous les pays du continent. On mit donc ensemble les pays fauchés (il y en a beaucoup), les pays riches (si, si, il y en a quelques uns), les dictatures (il y en a beaucoup), les pays démocratiques (si, si, il y en a quelques uns), les Arabes, les Zoulous, les Berbères, les Bantou, les Haoussa, ceux qui s’aiment, ceux qui se détestent, ceux qui se font la guerre, ceux qui font la guerre à leurs propres peuples, bref, on mit tout le monde ensemble, on secoua bien, et puis…Ben, ça ne marche toujours pas. J’y comprends plus rien. Et pourtant nous avons choisi cette année le très éclairé Frère guide Kadhafi pour diriger cette Union. Il doit y avoir de la sorcellerie en dessous.

    Jeudi 14 mai : …de mille feux de brousse

    « Quand l’Afrique brillera de mille feux », qu’il dit, Jean Ping. Et je vois les têtes de nos brillants guides. Bongo qui a bouclé 41 ans de pouvoir, Kadhafi qui se fait appeler Le roi des rois d’Afrique, Biya qui passe plus temps en Europe que dans son Cameroun qu’il est censé diriger, Laurent Gbagbo qui rigole tout le temps et fait rigoler tout le monde quand il pleure à la télé, Yayah Jammeh toujours attifé comme un clown, Omar El Béchir et Mugabe qui ne font rire personne, le président bissau-guinéen découpé à la machette, le roi du Swaziland qui épouse chaque année une nouvelle femme, il doit en être à la 13ème ou 14ème (lui, il a bien compris que l’important sur cette terre de misère, c’est l’amour. Make love, no war.).

    Et je vois, les rebelles de mon pays, avec leurs amulettes aux poignets et leurs téléphones cellulaires accrochés au cou, les millions de morts du Kivu, nos femmes passant leurs journées à piler le mil ou le foutou, nos paysans courbés sous le soleil avec pour seuls instruments de travail la daba et la machette. Et je revois ces quatre charmantes chiottes construites au bord du lac Ahémé au Bénin. Il était écrit dessus « financement : coopération française. »

    Alors, en vérité, en vérité, je vous le dis, mes frères Africains, tant que nous n’aurons pas libéré nos femmes et nos paysans, et surtout, tant que nous attendrons que ce soient les Blancs qui nous construisent des chiottes, nous ne serons pas sortis de notre merde de si tôt. Et les feux dont parle M. Ping risquent de n’être que des feux de brousse.

    Vendredi 15 mai : Louche

    J’ai appris que le train qui relie Dakar et Bamako a déraillé. Je l’ai emprunté une fois, il y a quelques années. Il avait démarré à l’heure précise. « C’est louche, m’avait dit mon voisin de compartiment, un Sénégalais. Je prends ce train depuis plus de dix ans et c’est la première fois qu’il part à l’heure. » Et effectivement le train est tombé en panne en rase campagne et nous a planté sous le soleil pendant deux heures sans une petite gargote à côté pour boire une bière bien chaude.

    * Venance Konan est un écrivain ivoirien

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  • Le moins qu’on puisse dire c’est que les élections en Afrique du Sud en 2009, n’ont pas été ennuyeuses. Vibrantes, imprévisibles et peut-être la plus grande démonstration de confiance de l’électorat depuis 1994 ( taux de participation : 77.30%), il n’y a eu aucune place pour la complaisance entre les principaux partis politiques. Jusqu’à la fermeture des bureaux de vote, les partis politiques ont poursuivi leur campagne dans l’espoir de gagner encore quelques suffrages en dernières minutes.

    Dès que les premiers résultats ont été connus, le jeudi 23 avril, la question principale a été de savoir si l’ANC conserverait la majorité des deux tiers. Pour la plus grande partie de cette journée, les commentateurs ont été occupés à spéculer sur les sièges que pourrait prendre le Congress of the People (COPE) à l’ANC. Le vendredi, les jeux étaient faits : l’ANC était le grand vainqueur, malgré ses aller et retour dans la zone des deux tiers

    Il apparaît que quelques-uns des plus petits partis d’opposition ont souffert dans cette élection. Même si l’émergence de COPE n’a pas eu de grand impact sur les résultats de l’ANC, il a néanmoins coupé l’herbe sous les pieds des petits partis d’opposition qui peinent à garder une signification électorale

    Cependant, il ne faudrait pas minimiser la performance du COPE. Le parti n’existant que depuis 4 mois, sa performance est honorable même si les sondages d’opinions prédisaient un gain de 15 à 20%. ‘’Peut-être que, disait mon chauffeur de taxi, si nous connaissions mieux le COPE, si nous étions plus éclairés sur sa politique et ses dirigeants qui allaient le représenter au parlement, nous pourrions avoir plus confiance en eux et en leur politique’’. Ceci étant, le COPE a certainement marqué le paysage électorale sud-africain. Avec 30 sièges à l’Assemblée Nationale, il est maintenant plus à même de faire la démonstration de son intégrité politique qui a été sa plateforme électorale. Mais les dirigeants du COPE feraient bien de se souvenir qu’ils ont à faire leur preuve, bien plus que leurs opposants de l’ANC. Leur identité, leur héritage et leur loyauté discutable font d’eux les cibles privilégiées des dirigeants de l’ANC, des parlementaires et de leur électorat qui s’efforceront de les frustrer chaque fois que possible.

    Bien que le COPE souhaite être la principale force de frappe contre le gouvernement, il va devoir prendre en compte l’opposition officielle qu’est la Democratic Alliance (DA) Surtout que la DA ne lui fera pas de cadeaux, compte tenu du fait qu’elle avait tenté d’intégrer le COPE dans une grande coalition d’opposition (si le besoin s’en faisait sentir) et avait été éconduit par ses dirigeants. Il se trouve aussi que la DA a amélioré sa visibilité et a obtenu un gain électoral de 17 sièges au Parlement. Que ce soit le facteur COPE ou la campagne ‘’ Stop Zuma’’ qui a fait la différence, le fait est que la DA est un parti d’opposition qui sort renforcé de ces élections ainsi que sa dirigeante, Helen Zille, qui a ajouté près d’un million de voix à sa base électorale. Mais la DA reste un parti minoritaire, en particulier auprès des gens de couleurs de la province du Cap occidental.

    En concentrant ses efforts, afin de garder le contrôle sur la municipalité de la ville du Cap et, particulièrement pour gagner les élections provinciales du Cap occidental avec une majorité absolue, le parti a suscité des inquiétudes. En effet, d’aucun craigne que le parti court le risque de se confiner dans la politique régionale au détriment de son rôle national de parti d’opposition du gouvernement. En briguant le poste de ‘’Premier’’ dans la province du Cap occidental, Helen Hille, la chef du parti, a encore alimenté les spéculations quant au candidat capable de diriger l’opposition parlementaire qui doit demander des comptes au gouvernement et de maintenir les parlementaires en état d’alerte.

    Néanmoins et en toute justice, il faut reconnaître que le COPE a reçu sa récompense dans la province du Cap occidental, en y étant le premier parti politique a obtenir une majorité absolue. Stimulé par cette victoire éclatante, le DA va poursuivre sa stratégie qui a fait de la province du Cap Occidental un phare, en offrant des services sociaux et des programmes de réduction de la pauvreté, en contraste avec la performance de l’ANC dans d’autres provinces, en particulier dans la province du Cap oriental, considérée comme étant l’une des plus pauvres du pays, avec un bilan des services socio-économiques lamentables.

    Bien que l’ANC peut se sentir marginalisé par le résultat du vote dans la province du Cap occidental, après l’avoir initialement contrôlée au travers d’une coalition fragile, le parti a réussi à stabiliser son électorat dans le KwaZulu Natal avec une marge confortable. Mais l’incursion massive de l’ANC dans le fief privilégié de l’IFP dans le KwaZuku Natal du nord témoigne de la performance du parti qui a été à la tête de l’administration de la province durant 5 ans. Que ce soit le ‘’ facteur Zuma’’ ou que cela tienne au déclin indéniable du parti nationaliste zoulou, l’IFP, miné par une identité ethnique régionale, le fait est que depuis 1994, l’ANC s’est positionné stratégiquement parmi les indigents économiques en mettant en place des programmes d’infrastructures et systèmes de crédits sociaux.

    Tout compte fait, les pertes marginales que l’ANC a essuyées dans différentes provinces, sans oublier son sévère déclin dans la province du Cap oriental, ont été plus que compensé par l’augmentation de 15% de suffrage dans le KwaZulu Natal. Alors qu’en 2004, l’ANC avait contracté une alliance avec un parti ayant une base indienne, le Minority Front, pour obtenir le contrôle de la province, cette fois-ci elle a marché seul pour gagner une majorité substantielle.

    Bien que le vote des gens de couleur reste une variable dans la province du Cap occidental, il semble que le ‘’vote indien’’ ait perdu son attrait dans le Kwazulu Natal. Des partis comme le Minority Front, qui avait coutume de ‘’ faire des rois’’, doivent maintenant espérer que leur engagement aux côtés de l’ANC par le passé leur servira sous l’actuelle administration Zuma, en particulier pour leur survie politique.

    Mais, même si l’ANC souhaite afficher son triomphe au détriment de l’IPF au KwaZulu Natal, il n’en reste pas moins que, sur le terrain, les relations entre leurs supporters respectifs restent volatiles. Par conséquent, il est requis de l’administration de l’ANC au KwaZulu Natal d’être attentive à ces tensions et de s’efforcer, à chaque occasion, de promouvoir un gouvernement inclusif et d’œuvrer à une co-existence pacifique avec l’IFP. Quelque chose dont Zuma a fait état dans son discours à l’Assemblée Nationale après avoir été élu quatrième président démocratiquement élu d’Afrique du Sud.

    De façon générale, les élections de 2009 ont posé des défis sérieux à tous les partis d’opposition. Il semble que, suite à la dissolution du NNP, sa base principale s’est déplacée vers le DA et le COPE dans la province du Cap nord et du Cap occidental. Pour l’ID, l’IFP et nombre de petits partis, il devient indispensable de procéder à une introspection et de considérer leur position dans la perspective des élections pour les gouvernements locaux qui doivent avoir lieu en 2011. De même, le DA, malgré son succès électoral, doit élaborer une stratégie cohérente afin d’établir une tête de pont significative dans la majorité de la classe ouvrière et pour consolider sa présence au sein de la classe ouvrière des gens de couleur et ce, bien qu’ayant déjà accaparé une bonne part de leur vote.

    De même, le COPE doit traduire ses gains électoraux en stratégies viables et développer une identité cohérente à l’intention de son électorat, afin d’atténuer le risque de voir son électorat se rétrécir comme ce fut le cas pour d’autres partis politiques africains tel le PAC et l’AZAPO.

    Cependant et au final, le combat électoral de l’ANC ne peut être ignoré. Des salles de conférence aux débits de boissons clandestins, l’ANC a mené, sur de multiples fronts, une impressionnante campagne électorale, qui a eu autant à voir avec le ‘’facteur Zuma’’ qu’avec le ‘’ facteur COPE’’, ou encore avec le programme économique. Naturellement, une tirelire de 200 millions de Rand représente un sérieux coup de pouce. Mais, maintenant, l’heure est venue de se mettre au travail.

    En présentant son Cabinet, et compte tenu de l’appel au boycott des élections par le ‘’Anti Privatisation Forum’’ (Forum Anti Privatisation et le ‘’Landless People Movement’’ (Mouvement des sans terre), Zuma sait que les électeurs qui ont mis l’ANC au pouvoir avec une majorité ne peuvent être tenu pour acquis. Zuma doit activement s’efforcer de réconcilier les attentes de différents individus et de l’électorat qui l’a porté au Union Buildings. Et Zuma a commencé à poser son empreinte en mettant en garde contre l’inertie de l’administration, en même temps qu’il répète qu’il ne doit rien à personne. Le premier pas sur ce chemin est de reconnaître que l’électorat sud africain n’a pas voté avec son cœur mais plutôt avec ses pieds et en faveur de cette vie meilleure qui leur a été promise.

    Comme l’écrivait Fazila Farouk récemment . Et c’est ce que doit maintenant fournir le fameux ‘’ Umshini Wami’’ de Zuma et non seulement de beaux discours sur le passé. Peut-être qu’il devrait entendre l’avertissement de mon chauffeur de taxi : ‘’ J’ai voté pour l’ANC parce qu’ils ont amélioré ma vie. Mais il reste beaucoup de chemin à faire pour de meilleurs logements et du travail pour tous. Ils ont jusqu’aux élections locale de 2011’’

    * Sanusha Naidu est directrice de recherche à Fahamu, Département « La chine en Afrique » et a été analyste à la SABC

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  • Contributor | Gouvernance

    Des représentants de plusieurs organisations de la société civile africaine et de ceux de leurs partenaires du Nord se sont réunis à Dakar, au Sénégal, du 10 au 12 mai 2009 à l’occasion des 44èmes Assemblées Annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) où ils ont ouvertement critiqué la Banque tout en proposant des réformes qui pourraient bénéficier à la majorité du peuple africain. Par ailleurs, une réunion ministérielle de haut niveau consacrée à la crise financière et l’Afrique s’est tenue au cours des séances de cette 44ème assemblée annuelle de la BAD. Les participants cherchaient à contribuer aux plusieurs débats qui se sont tenus en vue de formuler une réponse africaine à la crise et adopter un plan d’action visant à relancer la croissance économique en Afrique par l’attraction des investissements. Lors d’une session en prélude de l’assemblée de la BAD, des universitaires africains ont appelé les Etats africains à mettre en place des stratégies régionales ou continentale dans leurs relations avec la Chine pour que les investissements étrangers directs chinois bénéficient aux deux parties. A l’occasion de la séance inaugurale de l’atelier des experts, juristes, financiers et économistes africains sur l’examen des projets des statuts de la Banque africaine d’investissement, le président du comité qui dirige la création de cette institution, a appelé les participants à développer tous les efforts nécessaires et à tenir compte des aspects juridiques et financiers pour l’élaboration des ces statuts.

    Les experts africains de la santé, réunis à Addis Abeba, en Ethiopie, dans le cadre de la 4ème session de la Conférence des ministres de la Santé de l’Union africaine (UA), ont recommandé aux Etats membres de maintenir leurs engagements en faveur du développement des politiques et programmes nationaux de santé et d’établir des stratégies innovantes pour améliorer l’état de la santé sur le continent. Les membres du Conseil exécutif de l’UA des chemins de fer se sont rencontrés au cours des travaux destinés à restructurer cet organe et examiner de nouveaux projets africains de chemins de fer et les modalités de coopération avec ces projets pour assurer leur contribution au développement de l’économie des pays de l’Union. D’autre part, l’UA et le gouvernement gambien ont organisé une conférence internationale des spécialistes des questions de genre pour examiner des leçons apprises, des défis et des perspectives à venir dans le processus d’application de la Déclaration solennelle des spécialistes des questions de genre en Afrique. De plus, la Commission de l’UA et le gouvernement camerounais ont accommodé la 4ème édition de la Conférence des ministres africains de l’Intégration placée sous le thème « Partenariats et Intégration en Afrique » pour aider à trouver des solutions aux problèmes persistants de l’intégration continentale. La 3ème conférence biennale sur la Gestion des connaissances en Afrique, ayant comme thème « des connaissances pour repositionner l’Afrique dans l’économie mondiale », a démarrée à Dakar, au Sénégal, avec comme objectif la « recherche des voies pour appliquer des informations vitales à la question fondamentale de l’amélioration des vies des peuples d’Afrique ».

    Dans d’autres nouvelles, une mission conjointe du Sénégal et de l’UA s’est rendue à Nouakchott, en Mauritanie, pour tenter de réunir autour d’une table pour un dialogue inclusif tous les protagonistes de la crise politique et institutionnelle prévalant dans ce pays depuis le coup d’état du 6 août 2008. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, en sa 186ème réunion, s’était félicité des efforts déployés par l’UA et ses partenaires en vue de trouver une solution consensuelle à la crise en Mauritanie et a encouragé le Président de la Commission de l’UA à intensifier ses efforts visant à aider les parties mauritaniennes à trouver une solution intègre et inclusive à la crise. La communauté économique des Etats de l’Afrique centrale a appelée, dans un communiqué au cessez-le-feu au Tchad, au respect des principes pertinents du droit international et au recours au dialogue en vue de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité au pays. Pour finir, le nouveau président sud-africain, Jacob Zuma, a plaidé pour « un renforcement urgent des capacités de l’UA pour lui permettre de s’attaquer efficacement aux défis de l’Afrique en matière de paix et de sécurité, tout en préconisant des mesures plus sévères à l’encontre des auteurs de coups d’Etat».

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  • Avec cette édition, Pambazuka News publie son centième numéro en version française. Depuis décembre 2005 que ce bulletin électronique a été lancé, il s’est voulu un espace de réflexion sur les questions majeures qui secouent le continent africain et pèsent sur son développement. Que ces problèmes soient d’origine, voire de nature endogène ou non. Des centaines d’intellectuels africains, des panafricanistes de par le monde, des analystes intéressés par le continent, font ainsi converger chaque semaine leurs idées pour faire de Pambazuka News un espace fécond de réflexions, de dénonciation de toutes formes d’injustices sociales et de propositions alternatives en vue de bâtir un meilleur avenir à l’Africain.

    Cette édition française de Pambazuka News est venue élargir une dynamique engagée depuis bientôt dix ans par Fahamu, quand la version anglaise de ce bulletin électronique avait été lancée. L’élan s’est renforcé l’année dernière, avec la création d’une édition en portugais. Cette mouvance reflète la vision fédératrice, intégratrice et panafricaine de Pambazuka News, avec une volonté d’aller au-delà des barrières linguistiques pour partager les idées, les expériences et les initiatives à travers tout le continent et dans la diaspora.

    En octobre 2008, Pambazuka avait été cité parmi les dix sites web «qui contribuent à changer le monde de l’Internet de la politique». A travers ses différentes éditions, quelque 1 200 universitaires, activistes sociaux, associations de femmes, écrivains, artistes, poètes, bloggers et autres commentateurs, contribuent à des débats remarquables par leur richesse, leur diversité et la pertinence des points de vue exprimés.

    En trois années d’existence, l’édition française de Pambazuka a connu une évolution remarquable. De la périodicité bimensuelle adoptée pendant la première année, on est passé, depuis novembre 2007, à une parution hebdomadaire, les contributions originales se sont accrues, les abonnements se sont multipliés. Ce bulletin s’affirme donc de plus en plus comme une plateforme d’échanges ayant autorité de par les idées et les analyses qu’il diffuse.

    Dans son développement, Pambazuka s’est engagé dans de nouvelles perspectives. Il s’agit de produire et de diffuser des programmes audio. Ce médium de forte pénétration en Afrique pourra bénéficier de productions de qualité, dans le même esprit que le bulletin électronique. A cet effet, par exemple, une série d’émissions a été produite pour aider à la vulgarisation et à la domestication du Protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’Homme relatif aux droits des femmes, en partenariat avec le mouvement Solidarité pour les droits de la femme africaine (Solidarity for African Women’s Right – SOAWR). Leur diffusion se fera à travers les radios communautaires pour promouvoir et ancrer les changements socioéconomiques, politiques et culturels facteurs d’un développement humain durable à la base.

    Avec ce centième numéro, Pambazuka atteint un cap. La rédaction entend conforter cette tendance et continuer à promouvoir un monde où les populations prennent conscience de leurs responsabilités sociales et oeuvrent, dans le respect des différences, à leur émancipation, ainsi qu’au développement de leur communauté et de leur nation. Cette option nous paraît encore plus essentielle à un moment où l’Afrique subit les effets d’une crise alimentaire et d’une crise financière internationale, causées par les errances du système néolibéral, d’une ampleur telle que des ruptures et des alternatives salvatrices s’avèrent urgentes.

    Nous célébrons ce centième avec foi en l’avenir du continent, en communion avec ces milliers de lecteurs qui reçoivent et échangent ce bulletin chaque semaine ou qui visitent notre site. Mais aussi avec ces centaines de contributeurs qui aident à faire de Pambazuka ce qu’il est.

    * Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française Pambazuka News

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  • Contributor | Gouvernance

    Le Premier ministre Guillaume Soro a mis fin à un long supense. Les Ivoiriens sont convoqués le 29 novembre prochain pour les premières élections présidentielles qui se tiendront dans le pays depuis 2002. Ce scrutin, plusieurs fois reporté, devrait mettre fin à la crise politique que traverse le pays depuis sept ans. «Le Collège électoral de la République de Côte d’Ivoire est convoqué le 29 novembre 2009 en vue de procéder à l’élection du président de la République. Le scrutin sera ouvert à 7 heures et clos à 17 heures. », a déclaré le 14 mai le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro.

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    Reporters sans frontières a exprimé le 14 mai son "indignation" après "la tentative de meurtre" dont a été victime le 12 mai le rédacteur en chef du quotidien El Wattan et présentateur de Radio Mauritanie, Mohamed Ould Zeine. Ce dernier a été attiré dans un piège par deux personnes qui l’ont attaqué avec des battes de base-ball, lui ont donné plusieurs coups de couteau et lui ont frappé la tête contre un mur. Les assaillants sont partis le laissant pour mort.

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  • Contributor | Gouvernance

    La Cour suprême de Guinée-Bissau a annoncé jeudi 14 mai avoir retenu 12 candidats pour la présidentielle du 28 juin, qui aura lieu près de quatre mois après l'assassinat du président Joao Bernardo Vieira, tandis que huit candidatures ont été rejetées, dont celles de deux ex-Premiers ministres. Ces derniers sont Francisco José Fadul (1999), leader du Parti pour la démocratie et la citoyenneté (Padec), et Me Pedro Infanda (sans étiquette), tous deux avocats. Le Cour a pris sa décision en leur reprochant de n'avoir pas démissionné de leur poste.

  • Le Conseil International du Forum Social Mondial (FSM) réuni à Rabat (Maroc), du 6 au 10 mai, pour faire le bilan du 8e FSM 2009 de Belém mais aussi pour tracer des pistes d’avenir, a entériné la décision d’organiser le prochain FS à Dakar (Sénégal). Ce sera en 2011. Pour la deuxième fois le mouvement altermondialiste se retrouverait ainsi en Afrique pour sa grand’messe, après le forum de 2007 organisé au Kenya.

    Ramener le FSM en Afrique quatre ans après pose des défis. Ils sont à la mesure des déficits qui avaient été notés à Nairobi. La mobilisation n’avait pas été à la mesure de ce que drainait jusqu’alors ce rendez-vous, de Porto Alegre à Mumbai. De plus de 100 000 personnes on passait à trois fois moins. Mais plus que l’affluence, c’est la qualité de l’organisation qui fut décriée.

    Retourné au Brésil, à Belem, en janvier 2009, le FSM est donc revenu en Afrique. Dans la ville amazonienne, la participation africaine avait été faible. Face à un contexte de crise financière internationale et à un voyage coûteux, on se retrouvait avec la présence confidentielle africaine des trois premières éditions. Le rendez-vous de Dakar sera donc l’occasion, pour le mouvement social africain, de remettre les préoccupations du continent au centre des recherches et des propositions de solutions alternatives à un système néolibéral dont la crise l’affecte de manière profonde et multiforme.

    Membre du secrétariat du Forum social africain, Taoufik Ben Abdallah a pris part à la réunion de Rabat. Selon lui, le processus est déjà esquissé, qui devrait mener au rendez-vous de Dakar en 2011. «Dans le plan d’action à moyen terme, confie-t-il, il y aura une étape préparatoire du FSM. Elle aura lieu au Niger et se tiendra sous la forme d’un forum thématique qui insistera sur la question de la crise économique et financière mondiale, à côté d’autres thématiques comme la question migratoire, la souveraineté alimentaire, les phénomènes environnementaux, etc.»

    Selon M. Abdallah, «la crise financière sera cependant au centre des réflexions préparatoires, parce que cette question sera sans doute au centre du FSM en 2011. Beaucoup d’organisations y consacrent des réflexions pour approfondir leurs analyses et la rencontre de Dakar offrira l’opportunité de présenter des alternatives face aux solutions et positions dégagées par les Etats, le G20, etc.»

    Dans les phases préparatoires, annonce M. Ben Abdallah, «dix à douze réunions vont se tenir à travers l’Afrique pour mobiliser et faire en sorte que le forum soit organisé de manière concertée et consensuel. Il appartiendra aux organisations de la société civile de prendre des initiatives pour fédérer et étendre la mobilisation».

    Un premier rendez-vous est déjà fixé : «En juillet 2009, une réunion regroupant des membres du Conseil africain et des commissions du Conseil mondial va se tenir à Dakar pour entamer la préparation. Le principe adopté est que cette préparation devrait être africaine, mais aussi impliquant différentes composantes du mouvement du Sud et du mouvement mondial».

    * Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française Pambazuka News

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  • Njonjo Mue | Gouvernance

    Au moment où les Kenyans luttent pour trouver un sens à la succession de crises que connaît leur classe politique, Njonjo Mue défie les jeunes du pays à engager le bon combat et défendre la liberté, la dignité, le patrimoine des Kenyans, ainsi que l'avenir de leurs enfants en s’engageant dans un soulèvement déterminé et en refusant d’accepter la décomposition de leur pays. L'article de Mue est un appel aux armes, pour que les hommes quittent les bars le temps qu’il faut pour savoir ce que leurs enfants vont manger au dîner, pour que les femmes cessent leur fuite en avant et affrontent les problèmes auxquels font face les collectivités kenyanes, et pour que tous les Kenyans prennent individuellement la responsabilité de l'avenir de leur pays.

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  • Le magazine ‘Foreign Policy’ a récemment publié un article perturbant sur le Congo, écrit par Jeffrey Herbst de l’université Miami de l’Ohio et Greg Mills qui dirige la Fondation Brenthurst basée à Johannesburg. (‘There is no Congo’, affiché en mars 2009, sur le Web Exclusive, http ://www.foreignpolicy.com). L’article argumente contre un Congo unifié. En tant que citoyen congolais, je suis en désaccord total avec leur argumentation et je pense qu’ils méritent une réfutation appropriée.

    Cet article est la parfaite illustration de l’approche viciée avec laquelle la communauté internationale, et certains spécialistes de l’Afrique, ont analysé la situation au Congo depuis son indépendance nominale en 1960 et, franchement, la raison pour laquelle ils font toujours tout faux. Ceci souvent n’est pas dû à une méconnaissance des faits ou de la région, mais bien aux prismes inappropriés qui continuent à colorer la pensée d’un monde académique qui persiste à être centré sur l’Occident.

    A mon avis, et pour illustrer les points que je réfute, l’article peut se résumer aux citations suivantes :

    « … Et en effet, pendant des siècles, ceci est ce qu’ont fait la puissance coloniale occupant le Congo, ses voisins et même ses propres gens: consommer les vastes réserves minérales du Congo sans se préoccuper da la cohérence du pays qu’ils ont laissé derrière eux. Le Congo n’a aucun des ingrédients requis pour faire un Etat/Nation. A savoir : interconnexion, un gouvernement capable d’asseoir constamment son autorité sur un territoire au-delà de sa capitale, une culture partagée qui promeut l’unité ou une langue en commun. Plutôt, le Congo est devenu une collection de peuples, de groupes, d’intérêts et de pilleurs qui co-existent du mieux qu’ils peuvent’’.

    ‘’ Le concept même d’un Etat congolais n’a plus d’utilité. Pour la communauté internationale, qui a depuis beaucoup trop longtemps pris ses désirs pour des réalités au détriment du pragmatisme, agir selon la réalité plutôt que selon des théories diplomatiques serait un bon début.’’

    Le sens général de cet article est juste : le Congo a été une déception. Avec ses vastes ressources en termes de faune et de flore, de minerais et d’agriculture, son potentiel hydroélectrique ainsi que ses ressources humaines, toutes choses héritées à l’indépendance, on serait en droit d’attendre que le Congo rivalise ou même surpasse des puissances comme l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, la Chine, la Corée, Singapour, l’Arabie Saoudite ou les Emirats du Golfe, Au lieu de quoi, comme le souligne justement l’article, le degré de déliquescence du Congo est sans précédent. Ne pas reconnaître cette réalité serait intellectuellement douteux.

    Néanmoins, également douteux, le diagnostic qui est fait quant aux causes de la situation actuelle. De façon répétée, et pour des raisons que j’estime discutables, les auteurs confondent les causes et les conséquences, justifiant et confortant ainsi ceux qui, dans certains milieux et depuis longtemps, souhaitent une balkanisation de la République Démocratique du Congo. Les auteurs soulignent la faiblesse du gouvernement central congolais dans sa manière de diriger ce vaste pays sans toutefois expliquer complètement et honnêtement les raisons géopolitiques qui ont créé cette réalité. Pour justifier leur diagnostic du Congo, les auteurs font référence aux velléités de sécession et autres soulèvements mineurs qui ont eu lieu au cours de ces quarante dernières années.

    Toutefois, ils omettent de prendre en compte les nombreuses puissances étrangères et les multinationales qui ont tenté de faire dérailler le Congo dès le début. Les auteurs affirment que ‘’ l’incapacité du gouvernement congolais à contrôler son territoire au-delà de la capitale a pour corollaire une des guerres les plus longues et les plus violentes’’, sans aucunement considérer les raisons pour lesquelles le gouvernement est constamment incapable d’exercer ce contrôle.

    Ma contestation est simple. Le conflit actuel au Congo, sa déliquescence, son manque d’infrastructures et ‘d’interconnexion’, ne sont pas simplement les conséquences pathologiques et imprévues de la Guerre Froide ou de politiques coloniales qui auraient mal tourné. La situation actuelle est le résultat d’une machination à longue échéance, orchestrée par les puissances occidentales qui vise à affaiblir l’Etat dans ce pays situé au cœur de l’Afrique et riche en minerais, afin de perpétuer le pillage systématique des ressources du Congo par des intérêts étrangers et leurs intermédiaires dans l’élite locale.

    Ça vous paraît exagéré ? Considérons que le Congo, jusqu`à preuve du contraire, est un pays souverain, reconnu par le droit international, les Nations Unies et, en théorie, par tous les pays de la planète. Toutefois, en dépit de cela, au cours des cinq dernières décennies, ces mêmes pays, (y compris les champions de la suprématie du droit comme les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Royaume Uni, la Belgique, la France et l’Afrique du Sud) ont toléré que leurs compagnies minières (comme Banro, Freeport-McMoran, Anglo American, de Beers et d’autres), passent des contrats odieux avec des éléments corrompus des classes dirigeantes à Kinshasa et, pire encore, avec des seigneurs de la guerre sanguinaires et des milices à tendance génocidaire, sans pour cela être inquiété et en toute impunité.

    De surcroît, plusieurs de ces pays ont fourni une aide militaire, logistique et idéologique aux régimes sécessionnistes des années 60 et 70, le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola, leurs milices par procuration et/ou à leurs milices rivales déstabilisant et créant ainsi une partition de facto du pays, afin de maximiser les profits avec de la main d’œuvre bon marché ou des esclaves et des enfants travaillant pour le compte de seigneurs de la guerre. Ceci n’est pas un hasard, mais bien le résultat d’un plan d’exploitation froid, calculé, prédateur. Il suffit d’examiner l’histoire des liens entre la famille Oppenheimer d’Afrique du Sud, magnat des mines -qui a fondé et qui finance la fondation Brenthurst dirigée par Greg Mills, un des auteurs du document ‘There is no Congo’- et les différents régimes et rébellions que nous avons vus au Congo, pour comprendre à quel point ces multinationales étrangères et les intérêts de certains Etats font partie intégrante de la gestion des affaires au Congo, quelles ques soient les affaires.

    Ce que je conteste n’est pas tellement qu’il n’y a pas de Congo, ni que le Congo en tant que pays n’est pas possible. Depuis 1959, le Congo a été empêché de devenir une grande puissance au cœur de l’Afrique à l’image du Brésil, parce que perçu comme une trop grande menace potentielle pour des puissances mondiales et régionales et pour les comptes en banque de leurs acolytes, les multinationales. On voit pourquoi.

    Considérons le Congo aujourd’hui. Bien que ce soit un des pays les plus pauvre et des plus mal géré du monde, en vertu de sa position et de son potentiel, le pays est prêt - s’il devait y avoir un changement majeur chez ses dirigeants- d’être un garant important du développement d’un continent africain véritablement fonctionnel et de l’Union Africaine. Comme le souligne justement Herbst et Mills le pays est la clé de voûte de la région. L’ancien président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki notait qu’‘’ il ne peut y avoir de nouvelle Afrique sans un nouveau Congo’’. Le président Barak Obama lui-même notait que’’ Si l’Afrique doit tenir ses promesses, il est capital que les problèmes du Congo trouvent leurs solutions’’

    Au cours des années et malgré l’adversité à laquelle le Congo doit faire face, force est, pour ses voisins régionaux, malgré leur désir secret de voir le Congo se désintégrer afin de pouvoir en récupérer les morceaux, de reconnaître sa position centrale et cruciale dans la progression du développement du continent tout entier. En vertu de quoi, et bien qu’actuellement il soit un peu un fardeau pour tous, les pays de l’Afrique du Sud, du centre et de l’Est ont tous conclu, sous une forme ou une autre, des alliances supranationales avec le Congo, au travers des organisations régionales comme la SADC, la CEPGL, la CEEAC ou la COMESA.

    C’est là qu’est le nœud pour ce pays. Laissé à lui-même, un Congo grand, fort et unifié serait un moteur puissant pour le développement et l’industrialisation de tout le continent. Je crois que Herbst et Mills ont raison de dire que ’’d’un point vue économique, les différentes parties périphériques du Congo seraient mieux intégrées à leurs voisins qu’au pays lui-même’’. Mais ceci n’est pas en faveur du Congo. Les minerais abondants et précieux, l’extraordinaire quantité d’énergie renouvelable qui pourrait provenir du barrage d’Inga sur le fleuve Congo, le gaz naturel du lac Kivu, le potentiel géothermique des volcans à l’Est, sa forêt primaire, le deuxième poumon du monde ou l’extraordinaire, et abondamment démontrée, résilience de ses peuples, font du Congo le pilier central autour duquel l’Afrique pourrait se relever.

    Si les populations du Congo devaient trouver le moyen de relier toutes les parties du pays entre elles, celui-ci pourrait devenir instantanément la pièce maîtresse du développement régional. Cette perspective en a perturbé plus d’un dont les intérêts seraient mis à mal s’il y avait un gouvernement fort, une armée et une police fonctionnelles, le respect de la loi.

    Herbst et Mills avancent que’’ le concept même d’un Etat congolais n’a plus d’utilité’’. Je voudrais savoir quand est-ce que ce concept a été véritablement et démocratiquement mis en pratique. Quand, depuis 1885, les affaires du Congo ont-elles été laissées dans les mains des Congolais ? J’estime que le Congo n’a jamais eu la moindre chance de réaliser son potentiel, A l’époque coloniale, les gens ont été délibérément peu instruits et la construction des infrastructures s’est limitée à celle nécessaire au transport des minerais et au confort des colons.

    Sous Mobutu, le régime, soutenu par les Occidentaux, a régné avec une poigne de fer, promu la corruption, permis la déliquescence des pauvres infrastructures et de l’industrie minière et a progressivement affaiblit l’appareil étatique, l’armée et la police dans le but de renforcer et d’imposer la loi personnelle de Mobutu afin de mieux protéger les mécanismes de pillages des ressources du pays. Le Congo d’aujourd’hui est le résultat d’un processus systématique et documenté, mais réversible, d’un sous-développement fabriqué dont les causes se trouvent dans des politiques coloniales et néo-coloniales, mais surtout dans la cupidité.

    Causer et perpétuer la misère, les turbulences, le tribalisme, une gouvernance autocratique et destructive et tenter de ‘’ somaliser’’ le Congo étaient plus profitables pour certains membres de l’élite nationale et de groupes étrangers et favorisaient la dépendance à certaines puissance étrangères, plutôt que de permettre au pays de construire les infrastructures dont il a besoin pour réussir.

    Ceci est un prisme beaucoup plus adéquat pour considérer les évènements qui se sont abattus sur le Congo au cours des décennies. Il explique la sécession du Katanga en 1960, la province riche en minerais, sept jours après l’Indépendance, soutenue par les Belges, la puissance coloniale dont la nation avait justement réussi à se débarrasser. Il explique aussi l’assassinat du premier président démocratiquement élu, Patrice E. Lumumba, avec, pour le moins, l’approbation tacite de la Belgique et des Etats-Unis. Il explique, par exemple, les contacts, qui sont documentés, entre la famille Oppenheimer en Afrique du Sud et Albert Kalonji Mulopwe, ‘’ l’empereur’’ qui voulait faire sécession dans le Kasai du Sud, Moïse Tshombe le chef sécessionniste du Katanga et plus récemment les chef des groupes rebelles.

    Finalement et tragiquement, ce prisme explique aussi comment les voisins du Congo- le Rwanda, l’Ouganda et dans une certaine mesure l’Angola- leurs milice par procuration, les milices rivales et les éléments corrompus de la classe soi-disant dirigeante du Congo et leur milice, ont non seulement été tolérés par la communauté internationale mais ont été soutenues principalement par les Etats-Unis et la Grande Bretagne dans le but de :

    - systématiquement détruire et piller un pays entier sans être inquiété et en toute impunité ;
    - terroriser et brutalement violer des dizaines de milliers de femmes devant leurs fils, père, mari, sans être inquiété et en toute impunité ;
    - contraindre des enfants à devenir des combattants sans être inquiété et en toute impunité ;

    En outre ils sont responsables de la mort de 6 millions de personnes – une dimension qui fait référence à un autre siècle- et à ce jour et apparemment, sans être inquiété et en toute impunité.

    Tous les évènements précédemment décrits ont eu lieu en flagrante violation de tous les principes du droit international, de la plus élémentaire décence humaine et au vu de la MONUC, ‘’ la plus grande opération de maintien de la paix des Nations Unies’’, d’une dimension inappropriée, mal dirigée, inefficace, inepte, surpayée et d’un coût excessif, à la réputation surfaite, bénéficiant du soutien logistique des puissances occidentales et, récemment, de la redoutée AFRICOM des Etats-Unis.

    Herbst et Mills argumentent que ‘’ la communauté internationale n’a ni la volonté ni les ressources de construire un Congo fonctionnel’’. Il me semble plus juste de dire, que la communauté internationale - plus ou moins intentionnellement - a activement et systématiquement saboté un Congo fonctionnel. Raison pour laquelle M. Antonio Guterres, Haut Commissaire aux Réfugiés (HCR), dans un entretien accordé au Financial Times en janvier 2008, déclarait qu’il ne fallait pas oublier ‘’ que la communauté internationale a systématiquement pillé le Congo’’, ce qui, à mon avis est un problème bien différent et beaucoup plus facilement remédiable.

    La réponse aux problèmes du Congo réside dans l’investissement dans un élément clé que Herbst et Mills excluent un peu vite et bien à tort : le peuple congolais, son sentiment d’appartenance à une nation, sa résilience. Malgré toutes les humiliations de l’époque coloniale et de la dictature, des intrigues, de l’exploitation, des viols, de l’oppression, de l’humiliation quotidienne de la pauvreté, de la faim, de l’injustice, de la corruption, du tribalisme et de la triste réalité d’avoir à vivre dans un pays inutilement déchiré par la guerre, le peuple congolais a émergé résilient et cohésif, autant qu’il est possible pour une société multiculturelle, que celle-ci soit au Congo, en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis, d’être cohésive.

    Le Congo n’a peut-être encore aucun des éléments qui font un Etat/Nation, mais je défie n’importe qui de trouver un Congolais, en ville ou à la campagne, qui ne s’identifie pas à la nation congolaise et aux frontières qui furent données par le roi des Belges en 1885.

    Il est vrai que le manque d’infrastructures rend l’établissement et la consolidation des fonctions régaliennes sur l’entier territoire d’un Etat fort et centralisé particulièrement difficile. Mais le Congo ne sera certainement pas le premier pays multiculturel, ni probablement le dernier, à devoir lutter afin de traduire son sens de l’identité nationale en des institutions stables et acceptées. Le chemin sera sans doute difficile mais argumenter que l’enjeu n’en vaut pas la chandelle, n’est simplement pas tenable, particulièrement venant de chercheurs appartenant à deux pays au monde – les Etats-Unis et l’Afrique du Sud- qui symbolisent (et je les admire pour cela) la possibilité de surmonter des difficultés aussi énormes que diverses afin de construire des pays forts et unis, qui combine le multiculturalisme des gens et une démocratie effective. Peut-être que les Congolais pourraient utiliser l’expérience de ces pays, ou d’autres comme le Brésil et l’Inde, afin d’établir un Etat fédéral fort. Lorsque les affaires du Congo sont laissées dans les mains des Congolais, les possibilités sont infinies.

    Ceci ne signifie pas que le chemin sera parsemé de pétales de roses. Le Congo que nous envisageons, que nous espérons et que nous défendons, nécessitera énormément de travail et d’investissement de la part du peuple congolais. La classe instruite - économistes, agronomes, ingénieurs, enseignants, médecins, etc. – qui a réussi à conserver son intégrité en s’abstenant de participer au pillage du Congo, devra retrousser ses manches et abandonner le cynisme, le désespoir et l’apathie qui se sont infiltrés dans les consciences au cours de ces années noires où les perspectives de changement étaient inexistantes.

    Les Congolais devront insuffler une nouvelle vie dans le système de l’instruction publique afin d’assurer à une génération future l’accès au savoir dont elle aura besoin pour reconstruire le pays. Il sera également nécessaire de mettre sur pied un système de formation des adultes dans différents domaines, et particulièrement dans le domaine de l’agriculture durable, de la construction, de l’urbanisation, de la santé publique et de la salubrité. Ils devront renforcer la dimension civique, de la citoyenneté, des Droits de l’Homme, des droits civiques et civils, les questions d’ordre public et le respect des femmes qui ont été érodés dans la conscience générale par des années d’oppression, de formation au rabais, de léopoldisme, de colonialisme, de mobutisme et autres « ismes ».

    Finalement, ils devront trouver des partenaires valables pour réaliser ce qui précède et aussi s’approprier la vaste technologie moderne, à commencer par l’électrification du pays par la restauration et l’achèvement du complexe hydroélectrique de l’Inga. Cette tâche n’est pas complexe pour les Congolais. Elle est simplement ennuyeuse. Les propositions que nous avons avancées impliquent beaucoup de temps et de travail de la part de chacun, mais elles sont absolument réalisables. Je suis persuadé que les Congolais sont tout à fait capables de mener à bien une telle tâche pour peu qu’une authentique opportunité leur soit donnée.

    Donc, au lieu d’abandonner le Congo en le prenant pour une erreur irrémédiable, je propose de laisser le Congo et son peuple vous émerveiller. Donnez au Congo une chance ! C’est vraiment très simple. Intel, Nokia, Dell, T-Mobile, IBM, Banro, Freeport-McMoran, Anglo-American, Chevron, Tullow, ainsi que toutes les autres compagnies mentionnées dans le Financial Times et les rapports des Nations Unies entre 2001 et 2003 qui galopent à travers le Congo en faisant mains basses sur le coltan, la cassitérite, l’étain, le cobalt, l’or, les diamants, le pétrole, etc., doivent mettre un terme à l’acquisition de minerais par des contrats odieux ou illégaux, ou auprès des pays voisins qui ont volé nos ressources ou encore auprès de sources illégales tels les seigneurs de la guerre.

    N’hésitez pas à investir au Congo mais faites le en utilisant les voies légales. Arrêtez de financer et d’armer les seigneurs de la guerre. Les gens de bonne volonté devraient décourager nos voisins de s’immiscer dans nos affaires et promouvoir les institutions d’instruction publique et de la santé. Soutenez les institutions locales, aidez la société civile à demander des comptes au gouvernement central, aux gouvernements provinciaux et aux forces de sécurité. Et finalement, aidez, mais cette fois aidez vraiment les Congolais à conduire en 2011 des élections réellement libres, transparentes et démocratiques.

    Le rapport de 2007 de l’International Crises Group ‘’ Congo : Consolidating the peace’’ (Congo, Consolider la paix) a montré que la communauté internationale était plus intéressée par l’accès aux ressources minières que par un processus démocratique qui refléterait les intérêts du peuple. Faisons tous un effort afin qu’une telle situation ne se répète pas. Les Congolais ont une constitution imparfaite, avec des règles et des institutions imparfaites, mais ce sont les leurs et il leur appartient de les perfectionner.

    Laissez les Congolais choisir leurs dirigeants et gérer leur propre territoire. Donnez leur la chance qu’ils n’ont jamais eue : prouver leur capacité à être une nation viable et établir pour eux-mêmes un Etat qui permet à leur pays de réaliser son potentiel. Est-ce là vraiment un concept qui a perdu son utilité ? J’ose espérer qu’il n’en est rien.

    * Ali Madau est conseiller auprès de ‘’The friends of Congo ‘’ (FOTC), une organisation basée à Washington DC et fondée en 2004 à l’initiative d’organisations congolaises des Droits de l’Homme et autres institutions de la société civile, afin de co-opérer en vue d’amener des changements durables et pacifiques en république démocratique du Congo

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    Entre Cotonou et la frontière togolaise se trouve le lac Ahémé que chanta jadis le poète béninois G.G. Vickey. Le lac est beau, et on y voit des maisons sur pilotis. Mais le plus intéressant autour de ce lac est à mon avis les quatre petites latrines construites au bord de la route. Il y en deux pour les femmes et deux pour les hommes. Il est écrit dessus : « Financement : Coopération française. » Et chaque fois que je vois ces latrines, mon esprit vagabond se met à imaginer le jour de leur inauguration.

    Je vois tous les cadres de la région mobilisés pour le grand événement. Ils sont venus de tout le Bénin dans leurs grosses voitures. On a fait venir la presse spécialement de Cotonou pour relater ce temps fort des relations franco-béninoises. Le préfet et le sous-préfet du coin sont là dans leurs tenues d’apparat. Et la population, hommes, femmes et enfants, toutes les dents dehors, danse à perdre le souffle.

    On accueille l’ambassadeur de France venu inaugurer les latrines offertes par la France au brave peuple du Bénin. Le député du coin, transpirant à grosses gouttes dans son beau costume, vante dans un discours truffé de citations d’auteurs français, pour faire cultivé, l’exemplarité de la coopération entre la France et le Bénin. Il loue cette coopération qui vient de se concrétiser par le financement par la France de la construction de ces quatre belles latrines, grâce auxquelles les populations du coin n’iront plus faire leurs besoins en exhibant leurs sexes et fesses au vent. Et il ne manque pas de souligner que cela participe à l’effort de son pays pour sortir du sous-développement.

    Après la coupure du ruban symbolique, tout ce beau monde se retrouve chez le préfet ou le ministre originaire du coin, pour boire du champagne et déjeuner, pendant que le bon peuple continue de danser dehors en riant de contentement.

    Entre nous, frères, combien peut coûter la construction de quatre malheureuses latrines faites de simples briques et de portes en bois, avec juste un trou au milieu, pour que l'on sollicite la coopération française ? Quelle technologie leur construction a-t-elle nécessité pour que l’on ait été obligé de recourir au savoir-faire des Français ?

    Il y a quelques jours, M. Louis Michel, le commissaire européen chargé de la coopération et du développement, déplorait avec une pointe d’exaspération l’incapacité de l’Afrique à prendre son destin en main. Il disait entre autres que nous pourrions construire des routes, des voies ferrées, produire de l’électricité à partir des immenses potentialités que nous avons, et que ceux d’entre nous qui sont bien formés devraient rentrer dans leurs pays au lieu de rester en Europe.

    Il y aurait beaucoup à dire sur ces paroles de M. Louis Michel. Un de mes amis togolais avec qui nous commentions ces phrases de M. Michel fit remarquer que dans le cas de son pays, c’était la France qui avait soutenu le régime criminel de M. Eyadema, et que ce n’était pas par manque de patriotisme que bon nombre de Togolais étaient restés en Europe, mais bien parce que le régime que soutenait la France ne leur aurait pas permis de mettre leurs connaissances au service de leur pays.

    On pourrait aussi ajouter l’exemple de l’ex-Zaïre où la France a soutenu jusqu’au bout le régime tout aussi criminel et prédateur de Mobutu. Un poète noir américain disait : « si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande est de ne pas l’empêcher de se tenir debout. » Avouons que parfois la France a empêché certains Noirs de se tenir debout.

    Mais ce n’est pas une raison pour se décourager. Frères, essayons à nouveau de nous tenir debout. Mais en vérité je vous le dis, tant que nous attendrons que ce soit les Blancs qui nous donnent les moyens d’aller au W.C., nous ne serons pas sortis de notre merde.

    * Venance Konan est un écrivain ivoirien. Ce texte qu’il propose à Pambazuka a été rédigé il y a quelques années. Son actualité demeure.

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    Nous, représentants de plusieurs organisations de la société civile africaine et de ceux de leurs partenaires du Nord, nous sommes réunis à Dakar du 10 au 12 mai 2009, à l’occasion des 44èmes Assemblées Annuelles de la Banque Africaine de Développement (BAD). Au cours de cette rencontre, nous avons passé en revue l’intervention de la BAD dans plusieurs pays, son rôle dans la mobilisation des ressources pour le développement du continent. Nous avons analysé la crise internationale multiforme qui frappe durement l’Afrique et le rôle de la BAD dans l’atténuation des effets de cette crise. Nous avons également examiné les relations de la Banque avec la société civile africaine, avec les institutions africaines et les institutions financières internationales, à savoir la Banque mondiale et le FMI.

    Nos analyses et discussions approfondies nous ont amené à constater que la BAD s’est écartée de sa mission originelle d’institution dévouée à la promotion du bien-être des populations africaines et de développement du continent. A nos yeux, la BAD semble s’être transformée en clone des institutions financières multilatérales. Ses critères de sélection des projets donnent la priorité à la rentabilité financière au lieu de mettre en avant la satisfaction des besoins fondamentaux des populations africaines. Elle s’est convertie aux thèses néolibérales et a préconisé des politiques inspirées du fondamentalisme du marché. Elle a contribué à promouvoir des politiques de libéralisation et de privatisation qui ont été parmi les facteurs d’aggravation de la crise économique et sociale du continent. Elle n’a pris aucune initiative autonome notable dans la résolution de la crise de la dette africaine, se contentant de reprendre à son compte celles proposées par la Banque mondiale et le FMI.

    Malgré le discrédit qui frappe le système néolibéral, comme l’illustre la profonde crise financière internationale en cours, la BAD continue de préconiser des politiques aujourd’hui rejetées dans de nombreuses régions du monde, y compris dans les pays développés. Nous sommes d’avis que la Banque a une lecture incorrecte de la crise financière et de ses conséquences pour l’Afrique

    Le processus de déviation de la BAD par rapport à sa mission originelle est sans doute lié à l’entrée des pays non africains dans le capital de l’institution. Ces derniers ont une influence sans commune mesure avec leur part du capital. En fait, ils disposent d’un véritable veto sur les orientations et les politiques de la BAD.

    En dépit des proclamations de bonnes intentions, la BAD n’a pas de véritable politique de dialogue avec la société civile, préférant se cantonner dans des politiques opaques pour éviter toute critique de la part des citoyennes et citoyens africains.

    A la lumière de ces constatations, nous, participants au Forum de Dakar, soulignons qu’un changement radical est nécessaire pour faire retrouver à la BAD sa mission originelle. Dans cette perspective, elle doit cesser de copier la Banque mondiale et le FMI. Elle doit garder son autonomie vis-à-vis de ces institutions, tant sur le plan de la réflexion que sur celui de l’élaboration des politiques économiques.

    Dans le même ordre d’idées, elle doit rompre d’avec les politiques actuelles dont la faillite est avérée et les conséquences désastreuses pour le continent africain

    Pour cela, elle doit faire une analyse lucide et courageuse des causes réelles de la faillite du système néolibéral et contribuer à une remise en cause de ce système sur le continent africain

    Elle doit contribuer à encourager des politiques de souveraineté alimentaire et à soutenir l’agriculture familiale au lieu d’encourager l’investissement dans les agrocarburants

    En somme, la BAD doit s’engager dans la recherche d’un paradigme de développement autonome pour l’Afrique. De concert avec la CEA et la Commission de l’Union Africaine, elle doit contribuer à faire recouvrer par les pays africains leur souveraineté sur l’élaboration et la mise en œuvre de leurs politiques de développement

    Elle doit promouvoir une pensée autonome sur le développement de l’Afrique en intégrant les apports des chercheurs et des mouvements sociaux africains. L’institutionnalisation de la participation de la société civile aux activités de la Banque pourrait contribuer au changement souhaité.

    La Banque est une institution publique africaine utilisant l’argent des contribuables africains. Par conséquent, elle a obligation de rendre compte aux peuples africains. Nous, participants du Forum, réclamons notre place dans le dispositif de la BAD en termes d’identification des projets, de suivi et de contrôle

    Les participants exigent :
    - La mise en place d’une politique de diffusion de l’information
    - La réactivation du dispositif indépendant d’évaluation des questions environnementales
    - La prise en compte des besoins de financement à long terme des pays africains dans une optique de développement durable

    Oui à une Banque au service du développement et du bien-être des populations africaines !

    Non à une Banque clone de la Banque mondiale et du FMI !

    Dakar, le 12 mai 2009
    Le Forum

    * Le Forum a réuni une cinquantaine d’organisations de la société civile venues de toutes les cinq régions d’Afrique.

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  • La priorité de la solidité financière dictant la stratégie globale du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) depuis quelques années a affecté négativement la valeur sociale et environnementale. Ce problème est constaté, à la fois, au niveau de la politique globale des approbations de la Banque, ainsi qu’au niveau restreint de la gestion environnementale et sociale des projets. Pour y remédier, une implication concrète des Organisations de la Société Civile (OSC) s’impose au moins dans trois domaines d’intervention: la participation à l’élaboration de la Stratégie Pays, le suivi environnemental et social, et l’exigence du respect des Normes Fondamentales du Travail (NFT).

    Le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) (1) est une institution financière multilatérale qui attribue des prêts et des dons aux gouvernements et entreprises privées qui investissent en Afrique. Etant la première banque de développement dans le continent, ses principaux objectifs, explicités à travers les déclarations de ses responsables, sont la lutte contre la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des africains d’une manière durable et socialement responsable.

    Tout au long des années 1990, le Groupe de la Banque a vécu des moments difficiles en ce qui concerne sa situation financière, sa crédibilité et la transparence de ses opérations. Par réaction aux critiques et pressions venues d’autres institutions internationales non africaines, la banque créa, en 1994, une commission indépendante dirigée par David Knox, ancien vice-président de la Banque Mondiale. Il en ressort un rapport qui a mis en exergue un certain nombre de dysfonctionnements liés essentiellement aux intérêts antagonistes des actionnaires et au manque de transparence financière.

    Les enseignements de ce rapport se confirmaient, lorsque, peu après, la célèbre agence d’évaluation Standard & Poor’s dénonçait la politisation des opérations et la mauvaise gouvernance de la Banque, et déclassa sa dette « senior » à long terme. Dès lors, l’emprunt sur les marchés financiers internationaux est devenu plus cher et ceci a eu des conséquences néfastes sur la situation financière de la Banque.

    Pour rétablir la santé financière de l’institution, d’énormes efforts ont été déployés sous la présidence d’Omar Kabbaj. En 2005, à la fin de son mandat, Standard&Poor’s a attribué à la Banque la notation AAA. Cette excellente cote a permis un accès plus facile au financement par l’émission d’obligations sur les marchés internationaux. La Banque a donc fait, depuis quelques années, de la performance financière une priorité absolue qui se confirme en 2007 à travers la forte expansion des interventions dans le secteur privé, qui constitue, selon les propres termes du Président Kaberuka, « le moteur de croissance du portefeuille de la banque » . (2)

    Il faut reconnaître que la recherche de la performance financière est légitime étant donné son importance cruciale pour la pérennité, voire la survie de toute institution financière. Néanmoins, le problème du Groupe de la BAD est le fait que sa performance financière, bien que réelle depuis le début des années 2000, se fait au détriment de ses valeurs éthiques fondatrices ayant pour priorité la lutte contre la pauvreté d’une manière socialement et environnementalement responsable.

    L’objet de cet article est une étude critique qui présente, d’abord, les contradictions de la politique des approbations du Groupe de la Banque avec les exigences éthiques de la lutte contre la pauvreté et les préoccupations écologiques (Section I), puis tente une identification de quelques domaines d’une intervention possible des OSC à l’échelle réduite de la gestion des projets (Section II) dans l’objectif de concilier la performance financière avec une certaine efficacité sociale et environnementale.

    Section I : Eléments Critique de la politique des approbations du Groupe de la Banque

    En examinant la répartition régionale et sectorielle des approbations du Groupe de la Banque depuis 2004, on constate une injustice distributive frappante dans la répartition des fonds. Née de l’excès de prudence financière ainsi que de l’incapacité d’échapper à la logique de « la recette unique de développement », cette injustice se manifeste à travers trois réalités : les inégalités des approbations entre pays, l’indifférence vis-à-vis des Institutions de Microfinance (IMF) et l’insensibilité apparente à la question des changements climatiques dans la politique d’approbation du Groupe de la Banque.

    1) Inégalités des approbations entre pays : Pour une diversification des champs d’intervention de la BAD dans les pays les plus pauvres

    En 2007, la part des 10 pays aux plus bas revenu par habitant (Burundi, RDC, Libéria, Malawi, Ethiopie, Guinée Bissau, Erythrée, Sierra Leone, Rwanda, Niger) dans le total des approbations de prêts et dons accordés par le Groupe de la BAD (Ndlr : 258.72 millions d'unités de compte) ne dépasse pas 11%, alors que les habitants de ces pays sont les plus pauvres du continent et représentent environ 22% de la population totale d’Afrique.

    En excluant la RD Congo (7.7%), les neuf pays restants, les plus pauvres du continent, ne bénéficient que de 3% des approbations, une contradiction énorme avec la priorité de lutte contre la pauvreté énoncée par la Banque. Cette contradiction devient encore plus frappante lorsqu’on sait que l’Afrique du Sud et le Gabon, deux pays des plus riches d’Afrique avec un revenu par habitant supérieur à 5000 dollars U.S en 2006, s’accaparent de 24% du total des approbations en 2007 sans oublier le fait que les habitants de ces deux pays ne représentent que 5% de la population d’Afrique.

    Pour justifier cette inégalité, les responsables de la BAD avancent divers arguments tels que l’instabilité politique de ces pays, leur manque de transparence, l’absence d’un secteur privé capable de sous-traiter les travaux nécessaires à l’achèvement des projets et surtout leur endettement extérieur très élevé atteignant presque la barre de 300% du PIB pour la Guinée Bissau, 200% pour le Malawi et 150% pour le Burundi.

    L’argument de l’endettement est très peu convaincant. En effet, ces pays risquent d’être condamnés à tourner éternellement autour d’un cercle vicieux de pauvreté à cause de la difficulté d’accès aux financements étrangers. C’est aux Institutions Financières Internationales (IFI) et plus particulièrement à la BAD de fouir « la stratégie de la recette unique » et de définir, pour ces pays, une autre politique d’intervention qui leur est propre et qui ne passe pas nécessairement par la voie des gouvernements. Au lieu d’être indifférent vis-à-vis de ces pays, la Banque est appelée à :

    - Accroître son soutien au secteur privé et activer les lignes de crédit (LDC) destinés à la création d’entreprises. De 1967 à 2007, les projets spécifiques destinés au secteur privé et les LDC ne représentent qu’une part négligeable dans les fonds destinés à ces pays.

    - Accroître les fonds destinés au renforcement institutionnel du secteur public dans l’objectif de favoriser une meilleure transparence dans la gestion financière des prêts, de mieux gérer les appels d’offres publiques, de moderniser les lois en vigueur… Durant toute la période 1967-2007, les fonds destinés au renforcement institutionnel du secteur public de ces 10 pays ne représentent qu’environ 1% des prêts et dons qui leur ont été accordés.

    - Financer directement les associations locales de microfinance ainsi que les mutuelles de prévoyance sociale. Actuellement, plus de 90% de la population de ces pays n’est pas couverte par les régimes publics d’assurances maladies.

    2) Indifférence vis-à-vis des Institutions de Microfinance (IMF)

    Actuellement, les institutions de microfinance s’élèvent à plus de 7000 dans le monde, avec une forte concentration en Asie, en Amérique latine et en Afrique, et comptent en 2004 près de 80 millions de clients . Leur rôle, de plus en plus important dans la création d’emplois dans les pays en voie de développement, a été pleinement reconnu par les responsables de l’ONU qui ont déclaré l’année 2005 « Année internationale du microcrédit ». Depuis son énorme succès au Bangladesh depuis la fin des années 1970, le microcrédit a fait le tour du monde. On ne dispose pas d’études quantitatives sur ses impacts en termes de réduction de la pauvreté en Afrique, mais les exemples de réussites ne manquent pas au Sénégal, au Kenya, en RD Congo , en Tunisie…

    Cette ampleur, les IFI n’en ont pas encore pris conscience. En 2005, l’aide publique au développement consacrée à la microfinance n’atteindrait que 1.2 milliard de dollars, la Banque Mondiale ne consacrait que 1% de ses ressources à la microfinance et le PNUD seulement 3% (4) . Une contradiction de plus dans les programmes des IFI, de laquelle la BAD n’est pas exclue. Durant toute la période 2004-2007, le Groupe de la Banque n’a financé les IMF que dans 6 pays, à savoir l’Egypte, la Gambie, le Ghana, le Kenya, la Mauritanie et le Soudan. Les fonds n’atteignent que 108.54 millions d’UC (unités de compte) , soit 1.4% du total des approbations des quatre années (5).

    Pourtant, il y a une dizaine d’année, la Banque a prêté un peu plus d’attention à la microfinance. En 1999, la Banque a mis en œuvre un programme pilote dans 10 pays, intitulé Initiative du FAD en faveur de la microfinance en Afrique (AMINA). C’était un programme de trois ans qui visait principalement à renforcer les capacités institutionnelles des IMF et à favoriser l’habilitation économique des femmes entrepreneurs. A mi-chemin, en 2000, le programme AMINA a fait l’objet d’un rapport d’évaluation établi par l’OPEV, un département indépendant d’évaluation des opérations de la Banque.

    Le rapport a mentionné le fait qu’AMINA était loin d’atteindre ses objectifs : les activités étaient sporadiques, manquaient de suivi et se trouvaient mal adaptées à la population cible qui n’a pas bénéficié notablement des retombées des activités. Tout de même, le rapport a été optimiste en mentionnant quelques points positifs relatifs au renforcement institutionnel des IMF dans les 10 pays couverts par le programme et propose l’élaboration d’un document de stratégie de microfinance par pays afin de mieux canaliser les activités de la Banque suivant une stratégie plus précise et plus adaptée à la réalité socioéconomique de chaque pays.

    Le rapport propose également la prolongation de trois ans supplémentaires du programme AMINA, mais aucune des deux propositions n’a été retenue par les décideurs de la BAD.

    En 2006, les responsables de la BAD ont entrepris une démarche positive avec le recrutement de 4 spécialistes en microfinance et la création de la Division de la Microfinance au sein du Département des politiques de la Banque, mais, actuellement, les faits et les chiffres montrent que les IMF ne font plus partie des priorités de la BAD.

    3) La politique des approbations de la BAD à la lumière de la question du changement climatique :

    Selon le rapport du PNUD de 2007 consacré entièrement à cette question, « le changement climatique sera une des forces majeures qui exerceront une influence sur les perspectives du développement humain au XXIème siècle » (6). Le nœud du problème est le dépassement de la capacité de notre planète à absorber le dioxyde de carbone et d’autres gaz à effets de serre, il en résulte le phénomène du réchauffement climatique. En effet, la température moyenne mondiale a progressé de 0.7°C depuis l’avènement de l’ère industrielle, et c’est au cours des dernières décennies que cette tendance s’est accélérée.

    Depuis l’année 1900, les dix années les plus chaudes se situent au-delà de l’année 1980, ce qui confirme la responsabilité de l’Homme dans ce processus de réchauffement qui, selon le rapport du PNUD, va continuer à s’intensifier avec une croissance de 0.2°C toute les décennies. Avec cette augmentation générale de la température, la répartition des précipitations terrestres évolue et les zones écologiques se déplacent créant ainsi des vagues de sécheresse, particulièrement en Afrique. Ceci est désastreux lorsqu’on sait que les trois quarts de la population africaine vivant avec moins d’un dollar par jour dépendent directement de l’agriculture. On estime que les pertes de revenus dues à l’extension des terres sèches s’élèveront à 26 milliards de dollars d’ici 2060, soit le total des aides au développement reçues actuellement par l’Afrique.

    Malgré la gravité du problème pour l’Afrique, l’inattention de la BAD à l’égard du changement climatique est bien réelle. En fait, après une revue élargie des activités et des publications de la Banque depuis quelques années, on n’a pu retenir aucune mesure significative concrète en faveur d’une lutte contre le changement climatique. Les publications et les études scientifiques sont quasi absentes et la Banque se limite à publier, dans son site officiel, quelques extraits de déclarations « très sommaires » de ses responsables sur la question.

    Sur le plan des faits, la part des 10 pays les plus polluants d’Afrique (Afrique du Sud, Egypte, Nigéria, Algérie, Libye, Maroc, Tunisie, Angola, Zimbabwe, Niger) dans les approbations de prêts reste gigantesque. En 2007, ces pays responsables de plus de 90% des émissions de CO2 en Afrique s’accaparent de près de 43% des fonds de la BAD.

    Evidemment, la BAD est loin d’être l’unique responsable du changement climatique et elle ne peut pas constituer non plus « le sauveur de la planète », mais sa responsabilité environnementale, faisant partie de ses priorités, lui impose des politiques d’approbations spécifiques à ces pays, qui soient plus à l’écoute des défis écologiques. En Tunisie, en Afrique du Sud, au Maroc et en Egypte, la banque continue à financer une majorité de projets de Catégorie 2 (7) sans aucunes exigences particulières imposées à ces pays. Dans ce contexte, le département d’évaluation OPEV est appelé à accorder plus d’importance aux critères d’environnement dans ces pays.

    Actuellement, sur environ une vingtaine de critères retenus pour le calcul de l’Indicateur de Performance Globale (IPG), trois seulement sont relatifs à l’environnement (Préoccupations environnementales, Efficacité environnementale et Viabilité environnementale). Pour les pays polluants, le recours à la pondération de ces trois critères est recommandé pour augmenter le poids des critères environnementaux dans l’indicateur global.

    Au terme de cette section, on peut dire que la politique des approbations de la BAD est largement dictée par la recherche de la solidité financière au détriment de la priorité de lutte contre la pauvreté et des exigences écologiques. On a pu également constater les traits d’une politique qui manque de flexibilité et qui manque d’adaptation selon les pays. Ainsi, la banque est appelée à redéfinir les paramètres d’une nouvelle équation assurant un certain équilibre entre les exigences de la rentabilité financière, la priorité de la lutte contre la pauvreté et les préoccupations environnementales.

    Section II : Eléments critiques de la politique de gestion sociale et environnementale des projets de la BAD : Pour un renforcement de l’implication des Organisations de la Société Civile (OSC)

    L’implication des OSC dans les activités des IFI date des années 1990, après le constat d’échec des programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés aux pays pauvres. Par réaction aux vagues croissantes de protestations populaires culpabilisant les politiques ultralibérales des IFI, ces dernières commencent à réagir à partir de 1999 : Les règles de conditionnalité des prêts sont réduites, des publications, auparavant confidentielles, sont rendues publics et on commence à consulter assez régulièrement les ONG et les syndicats.

    A la BAD, la relation avec les OSC remonte à 1996 avec la création du Comité permanent « BAD/OSC ». Ce comité, comportant 12 membres, est censé se réunir au moins une fois par an, mais ce ne fut pas le cas. Trois ans plus tard, en 1999, la Banque publie un document d’une grande importance qui définit des directives pour une coopération avec les OSC (8). Il énonce les canaux d’implication des OSC dans les projets de la BAD, à la fois au niveau national de l’élaboration des orientations stratégiques et au niveau réduit des projets.

    Agé maintenant d’une dizaine d’années, ce document n’a pas été mis à jour et ne s’est pas traduit par une implication concrète des OSC. Dès lors, rien n’a changé : les politiques de la BAD sont établies d’une manière unilatérale en étroite liaison avec les gouvernements concernés. Avec une telle stratégie de « par en haut », des signes d’inefficacité sociale et environnementale commencent à se manifester. Pour y remédier, une implication des OSC s’impose au moins dans trois domaines d’interventions, à savoir l’élaboration du Document de Stratégie Pays (DSP), le Suivi Environnemental est Social (SES) des projets et l’exigence du respect des Normes Fondamentales du Travail (NFT).

    1) L’élaboration participative du DSP

    Le DSP définit en quelque sorte la « ligne de conduite » de la BAD vis-à-vis d’un pays. Il traite le contexte économique et politique général, les objectifs du gouvernement, l’historique de coopération avec la BAD et la stratégie, pendant les 4 prochaines années, de la Banque dans le pays concerné.

    Bien que la BAD recommande fortement le processus participatif, le DSP est, dans la plupart des cas, élaboré d’une manière unilatérale en étroite liaison avec les gouvernements. Le problème est le suivant : étant donné le caractère autoritaire de la majorité des systèmes politiques africains, les objectifs de développement étatiques ne répondent pas toujours aux aspirations des populations concernées. En fait, dans une multitude de cas, on ne trouve pas de divergences notables entre le DSP et les documents officiels du pays, surtout en ce qui concerne la stabilité politique et l’état des libertés individuelles et associatives.

    On sait également que quelques gouvernements ratifient les conventions internationales relatives aux Droits de l’Homme et aux droits des travailleurs pour acquérir un rayonnement à l’égard des IFI et attirer le maximum de fonds, mais en réalité, leur application se heurte à des abus de pouvoir. Ainsi, la consultation avec les OSC dans l’élaboration des DSP est plus que nécessaire pour que les priorités de développement jouissent d’une certaine unanimité et ne soient pas dictées par des considérations politiques ou clientélistes.

    Consciente, bien que très modestement, de cette réalité, la Banque Mondiale a exigé aux pays pauvres l’adoption d’un processus participatif dans l’élaboration du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP). Bien qu’il n’y ait pas de conditionnalité sur le processus consultatif, cette initiative est positive et peut ouvrir des portes pour une implication plus sérieuse des OSC dans les activités de la BM. Récemment, des consultations avec les OSC ont eu lieu pour la préparation de la Stratégie Pays de la BM qui envisage d’approfondir les discussions sur des projets et des secteurs spécifiques (9). Le Groupe de la BAD devrait adopter une démarche analogue et pourrait commencer par les pays « exclusivement BAD » qui jouissent d’un secteur associatif et syndical relativement développé.

    2) Le suivi environnemental et social

    En 1990, le Conseil d’administration de la BAD avait approuvé « la Politique en matière d’environnement de la Banque ». Cette approbation aboutit, en 1992, à la publication des « Directives de l’évaluation environnementale » qui, en plus de définir les catégories environnementales des projets, décrit d’une façon détaillée les responsabilités liées au suivi et à l’évaluation. Mais la démarche la plus significative fut celle de la création, en 1996 de l’Unité de l’Environnement et du Développement Durable (UEED). Ceci a permis la modernisation du processus d’évaluation en y intégrant des indicateurs sociaux relatifs à l’impact du projet sur la population et son degré d’implication et de participation.

    Ce nouveau processus est largement explicité dans un manuel publié en juin 2001, intitulé « Procédures d’évaluation environnementale et sociale pour les opérations liées au secteur public de la BAD ». On peut y identifier la responsabilité de chaque partie prenante dans la gestion environnementale et sociale du projet. Le problème constaté est le nombre très élevé des tâches à la charge de l’emprunteur qui a pour principales responsabilités de préparer une Etude d’Impact Environnemental et Social (EIES), établir un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES), assurer son suivi et consulter les parties prenantes. Les Complexes Opérationnels de la Banque (OP) et l’UEED se limitent généralement à des tâches de type « encourager », « analyser », « encadrer » ou « commenter ».

    Par une telle structure aussi inégale de découpage des responsabilités, le risque d’asymétrie d’information sur la vraie réalité sociale et environnementale du projet est élevé. En effet, l’emprunteur aura une « tendance naturelle » à atténuer la gravité des impacts négatifs du projet. En monopolisant également la tâche du suivi, il peut cacher des informations, amplifier d’autres, modifier des chiffres, jeter de la pression sur la population de proximité… Le recours à de telles pratiques est tout à fait envisageable lorsque l’évaluateur est en même temps le bénéficiaire.

    Ce problème est perpétué par la présence très minime des responsables de la Banque sur les lieux des travaux. En Tunisie, à des projets situés à seulement quelques dizaines de kilomètres du siège de la BAD, les visites sur le terrain s’effectuent à une fréquence d’une à deux visites par an. Ne disposant pas de toute l’information disponible, ni des moyens nécessaires pour un contrôle fiable, la Banque devrait prendre plus conscience de ce problème. Là encore, l’implication des OSC peut constituer une solution surtout en ce qui concerne la tâche du suivi environnemental et social (SES). Dans cet ordre d’idée, la Banque est appelée à :

    - constituer une base de donnée par pays, comportant des ONG d’environnement vraiment indépendantes et compétentes pouvant accomplir la tâche d’«observateurs externes» et confronter ainsi l’EIES à la réalité concrète du projet (cette mesure est fortement recommandée dans les 10 pays les plus polluants du continent) ;

    - dans les cas de pays ne disposant pas d’un secteur associatif indépendant, former des comités de suivi environnemental et social par projet, comportant des représentants de toutes les parties prenantes du projet (emprunteur, entreprise sous-traitante, population de proximité, chargés du projet de la BAD, représentants syndicaux…). Ce comité devrait fournir un rapport périodique au département d’évaluation de la Banque.

    3) Le respect des Normes Fondamentales du Travail (NFT) (10)

    Dans la plupart des projets d’infrastructures financés par la BAD, les emprunteurs délèguent les travaux à des entreprises privées qui sous-traitent les projets suite à la mise en œuvre d’un appel d’offre public. Emportés par des soucis de rentabilité économique, ces entreprises violent dans plusieurs cas constatés, les NFT, particulièrement ceux liés à la liberté syndicale et le droit à la négociation collective. Jusqu’au moment de la rédaction de ce rapport, nous n’avons retenu aucune mesure concrète, ni même une déclaration officielle d’un responsable de la BAD en faveur d’une exigence du respect des NFT. Pourtant, les institutions de la Banque Mondiale ont entamé des démarches positives en la matière.

    Dès 2006, la Société Financière Internationale (SFI) de la BM exige que tous les nouveaux projets qu’elle finance respectent les NFT de l’OIT. Une année plus tard les autres divisions de la BM (BIRD et IDA) adoptent la même exigence pour les projets d’infrastructure dont le coût dépasse 10 millions de dollar Us (11). Ces institutions sont loin d’être un modèle de référence en matière de NFT, mais elles commencent à réagir à des plaintes. Le cas le plus emblématique est celui d’un projet-pilote à Haïti financé, en 2005, par la SFI, dans le cadre d’un prêt octroyé à une entreprise du textile. Le contrat avec le client exigeait le respect du droit à la syndicalisation et à la négociation collective. Après avoir constaté la violation de ce droit suite à une visite sur le terrain, la SFI a suspendu le prêt en 2006, mesure qui a poussé l’entreprise a accepté de signer une première convention collective avec le syndicat (12).

    Des cas similaires sont très peu fréquents, voire inexistants en Afrique, mais ce cas de Haïti montre l’existence de possibilités de pression de la part des syndicats auprès de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) et de l’OIT. Dans le sens de plus sensibiliser la BAD à une question qui ne lui est pas encore très familière, les syndicats africains doivent exploiter le grand intérêt que portent les associations internationales aux NFT. Les réunions officielles de la BAD qui se dérouleront à Dakar en mai 2009, intégrant des représentants de la société civile, pourraient constituer une occasion opportune pour approfondir le débat sur cette question.

    Conclusion

    Etant donnée sa taille modeste par rapport à d’autres IFI, le Groupe de la BAD est loin de fournir la «solution magique » aux problèmes de pauvreté et d’environnement en Afrique. C’est un acteur, parmi d’autres, qui devrait bien accomplir son rôle de pérenniser financièrement son activité sans pour autant sacrifier son éthique fondatrice, celle de promouvoir un modèle de développement durable et socialement responsable.

    Cet article a permis, dans sa première section, de mettre en exergue des contradictions de la politique générale des approbations de la BAD, largement dictée par des préoccupations financières, avec la priorité de la lutte contre la pauvreté et les exigences écologiques. Il en ressort un certain nombre de recommandations plaidant pour une augmentation des fonds destinés aux pays les plus pauvres, particulièrement ceux liés au renforcement institutionnel et au soutien du secteur privé et des institutions de microfinance.

    S’agissant des défis écologiques, la BAD est appelée à accorder plus d’importance au problème du changement climatique en limitant au maximum les approbations des projets de catégories 1 et 2 dans les pays les plus polluants et remanier son Indicateur de Performance Globale en accordant plus d’importance aux critères environnementaux dans l’évaluation des projets de ces pays.

    Outre les insuffisances constatées à l’échelle globale des approbations, on a pu détecter, dans la deuxième section, des faiblesses à l’échelle réduite de la Stratégie Pays et de la gestion environnementale et sociale des projets. Pour y remédier, l’implication des OSC s’impose dans trois domaines d’intervention : l’élaboration participative du DSP, le suivi environnemental et social à travers le recours à des ONG pour jouer d’observateurs indépendants et le respect des Normes Fondamentales du Travail (NFT) par le renforcement des discussions avec les syndicats. Ceux-ci devraient plus profiter du grand intérêt que portent la Confédération Syndicale Internationale (CSI) et l’Organisation Internationale du Travail (OIT) à cette question.

    NOTES
    1) Le Groupe de la BAD comporte trois organes de prêts : La BAD qui prête aux « pays aisés » du continent comme la Tunisie, le Maroc, le Gabon et l’Afrique du Sud, avec des taux proches de ceux du marché, le FAD qui prête à des pays plus pauvres, avec des taux très faibles et une plus longue période de remboursement et le FSN, financé à travers les recettes pétrolières du Nigéria, son champ d’intervention étant plus modeste.
    2) BAD, FAD 2008 (Rapport 2007)
    3) E. Bourguinat (2005), « Bâtir un secteur financier ouvert à tous », collectif des acteurs français pour l’année du microcrédit, Contribution à la conférence internationale de Paris, 20-21 juin 2005.
    4) J. M. Servet (2006). «Le microcrédit, Dictionnaire de l’autre économie », Paris, Gallimard.
    5) Calculs faits à partir de BAD (2008). «Comprendium de statistiques »
    6) PNUD (2008) , « Rapport sur le développement humain, 2007, 2008 ».
    7) La BAD classe les projets par catégories sur une échelle allant de 1 à 4, selon un ordre croissant des effets néfastes sur l’environnement et la société.
    8) BAD (1999), “Cooperation with Civil Society Organisations, Policy and Guidelines”.
    9) P.Bakvis (2008), « Mandats, structures et activités des IFI (FMI, BAD, BM) », CSI/Fondation Frederich Ebert, Séminaire pour la région arabe sur les stratégies syndicales à l’égard des IFI, Casablanca, octobre 2008.
    10) Il s’agit de quatre normes définies par l’Organisation Internationale du Travail (OIT), à savoir la prohibition du travail forcé, l’abolition du travail des enfants, l’élimination de la discrimination et la liberté syndicale.
    11) P.Bakvis (2008), op.cit.
    12) Confédération Syndicale Internationale (2008), « Les syndicats face aux IFI ».

    * Karim Trabelsi est chercheur, syndicaliste, membre de l’Union Général des Travailleurs Tunisiens

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