• Contributor | Gouvernance

    Les chefs d’États de la Communauté de l’Afrique de l’est (CAE) se rencontrent à Arusha, en Tanzanie pour discuter sur le rapport des concertations nationales pour une accélération du processus de mise en place de la fédération de l’Afrique de l’est qui serait précédée d’une union douanière, suivie d’un marché commun et d’une union monétaire. Avant ce sommet des leaders de la CAE, la Tanzanie était en désaccord avec d’autres pays membres de la communauté sur trois points majeurs à savoir l’utilisation des cartes d’identité nationales comme documents de voyage au sein de la communauté, l’acquisition de terre et une citoyenneté flexible. D’autre part, les ministres des Affaires étrangères de l’Union Africaine (UA) se sont rencontrés à Syrte, en Libye lors d’une session extraordinaire pour discuter du processus de transformation de la Commission de l’ UA en une Autorité de l’UA. Leur débat s’est surtout penché sur les structures des ministères clés devant constituer la nouvelle Autorité. Les ministres ont adopté ce rapport relatif à la création de l’Autorité de l’Union qui remplacera la Commission de l’UA et se sont mis d’accord sur la structure, le programme d’action et sur le nombre de ministères que comportera cette Autorité. Les ministres du commerce des États membres de l’UA, réunis pour dialoguer sur l’impact de la crise économique et financière globale sur le commerce et le développement en Afrique, ont réaffirmé que l’Afrique devrait être pleinement représentée dans toutes les délibérations et solutions concernant l’impact de la crise économique globale et financière sur l’économie mondiale.

    Le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a appelé à tous les États membres de l’organisation panafricaine et à ses partenaires d’éviter toute tentative d’encourager l’illégalité à Madagascar et les a invité à supporter la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’UA de suspendre ce pays de l’organisation. Une délégation de l’UA composée du secrétaire libyen aux affaires africaines et du commissaire à la Paix et à la Sécurité a présenté au chef de l’État mauritanien, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, un message du Guide libyen, le colonel Mouammar El Kadhafi, président en exercice de l’UA ayant trait à la crise politique et institutionnelle en Mauritanie. La Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest pour le commerce, les douanes, l’industrie et les mines, a organisé un atelier régional d’experts miniers pour étudier les modalités d’harmonisation et coordination de leurs politiques et programmes dans le domaine des ressources naturelles. La première conférence des présidents des assemblées nationales des pays d’Afrique francophone s’est tenue à Libreville, au Gabon et avait comme objectif la conciliation de leurs positions avant les sessions de l’assemblée parlementaire de la francophonie et de l’Assemblée régionale Afrique. La réunion extraordinaire des chefs d’Etat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, initialement fixée le 31 janvier 2009, a été reportée au 15 mai 2009, à Nairobi, Kenya. Elle analysera le rapport sur les négociations directes entre le Gouvernement et le Congrès national pour la défense du peuple ainsi que l’évaluation de l’application de « l’Accord de Ihussi ».

    Dans d’autres nouvelles, la Banque africaine de développement (BAD) va financer le projet de construction d’un pont sur le fleuve Congo reliant Kinshasa à Brazzaville, une étape importante vers l’intégration économique au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. La Commission de l’UA et le gouvernement nigérian ont signé un Protocole d’accord relatif à l’installation du siège de la Banque centrale africaine à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria. Ce document met également en place un comité directeur chargé de diriger le processus. L’Allemagne a accepté d’offrir un financement de 20 millions d’Euros à la Commission de l’UA pour la construction d’un nouveau bâtiment, à Addis Abeba, Ethiopie, qui sera destinée au Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Les chefs d’État et de gouvernement du G-20, groupe des 20 principales économies mondiales, se sont mis d’accord sur une action concertée face à la crise financière mondiale et sur une refonte du système financier. Ils ont également décidé d’augmenter leur aide aux pays pauvres, les plus vulnérables durant cette crise. La Commission de l’UA, la BAD et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique ont organisé un atelier visant à évaluer les progrès réalisés par les pays africains en vue de l’atteinte des Objectifs de développement du millénaire. Finalement, une conférence sur les Etats-Unis d’Afrique et un débat sur le développement économique de l’Afrique a eu lieu dans le cadre des journées culturelles africaines prévues du 24 au 28 avril à Barcelone, en Espagne.

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  • La situation en RDC continue d’être préoccupante. La stabilité est loin d’être assurée dans ce pays et les causes de conflits tous ordres restent en l’état. Qu’elles soient d’origine politique, sociale, économique, etc. Mais pour les médias internationaux qui déterminent les centres d’intérêts globaux, la RD Congo n’est digne d’intérêt qu’à partir d’un certain seuil important de bilan macabre, d’exactions à grande échelle ou d’une nouvelle de charge de mouvements rebelles.

    Un travail de veille, d’information et d’alerte peut aider à faire du Congo une urgence constante. Il s’agit de faire en sorte que nul n’en ignore. Cette section spéciale de Pambazuka News consacrée à la Rd Congo sera régulièrement alimentée avec toute information/ analyse susceptible de mieux éclairer l’évolution de la situation dans ce pays et dégager des perspectives de paix durable et de justice sociale. Les contributions qui permettront d’alimenter le débat sont les bienvenues.

    Dans cette édition, Ernest Wamba Dia Wamba jette un regard analytique sur quelques évenéments majeurs de ces derniers mois.

    Pambazuka : Le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a démissionné le 25 mars 2009 naprès avoir critiqué l’entrée de troupes rwandaises en Rd Congo, et pour avoir fait l’objet d’une campagne politique hostile. Quelle analyse faites-vous de sa décision ?

    Wamba Dia Wamba : Comme président de l’Assemblée nationale (AN) et par la manière dont il dirigeait celle-ci, Vital Kamerhe s’est donné une stature respectable de possible candidat présidentiel pour les élections de 2011. Cela doit avoir fait ombrage au chef de l’Etat qui prépare sa re-élection.

    Pambazuka : Sa présence était-elle une force pour l’institution parlementaire dans l’équilibre des pouvoirs et un gage dans le jeu démocratique ?

    Wamba Dia Wamba : Bien que, suivant les décisions par vote de la majorité mécanique (ne tenant pas compte des débats) l’AMP (Alliance de la Majorité présidentielle) ait bloqué le fonctionnement utile de l’AN, la manière de conduire les débats, à la satisfaction des Congolais, par Kamerhe, a rendu l’AN de plus en plus critique de la performance de l’Exécutif. Des commissions parlementaires étaient même envisagées pour enquêter certains services de l’Exécutif. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la compagne politique hostile qui s’est terminée par le dzpart de V. Kamerhe de la présidence de l’AN.

    Il a quitté dignement et légalement se conformant à cette maxime bien française : « Il faut savoir quitter la table dignement lorsque l’amour est desservie. » Ce comportement semble avoir renforcé le respect des textes légaux — la Constitution et le Règlement Intérieur de l’AN. Il a été accusé d’indiscipline et de manque de loyauté à l’égard du chef de l’Etat. Je ne connais pas le contenu du texte du Code de conduite du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) qu’il aurait violé, ni s’il a été traduit devant un comité de discipline qui l’aurait trouvé condamnable. Les conséquences apparentes de ce départ semblent être le renforcement du caractère de parti-Etat de la politique de la majorité ; il s’agit bien de la subordination de l’AN à la politique du parti, PPRD. Il sera difficile pour le nouveau président de maintenir un semblant d’autonomie de l’AN. Dans ce sens, ce départ affecte l’AN de façon négative.

    Pambazuka : Au cours de sa visite à Kinshasa, en mars dernier, le président Sarkozy a rectifié l’idée qu’on lui prêtait, selon laquelle la paix dans les Grands Lacs passait par un partage des richesses du Congo avec le Rwanda. Sans cette option, comment la paix peut-elle être garantie, quand on sait que les convoitises sur les ressources de la RDC ont été à l’origine des conflits de ces dernières années ?

    Wamba Dia Wamba : : Le vrai problème n'est pas le partage des richesses comme tel; mais la nature des acteurs en présence et la nature de ce partage.Tant que les forces maffieuses, issues des liens entre les entreprises transnationales et les Etats dirigés par des éléments affairistes militaro-sécuritaires, seront responsables de l'exploitation des ressources de la région, la paix durable ne sera pas possible. La coopération régionale, de bénéfice mutuel et répondant avec satisfaction aux besoins de la grande population de la région, exige un type nouveau d'Etat, un Etat social dirigé par des gens soustraits des intérêts affairistes partisans. C'est à travers une telle coopération qu'un partage des ressources conduisant à la paix durable peut se faire.

    Pambazuka : Quelle forme de bénéfice mutuel peut découler du partage des ressources de la RD Congo avec les pays des Grands Lacs ?

    Wamba Dia Wamba : Si les deux Etats ont des relations de bon voisinage et dans le cadre de la CEPGL (Communauté économique des pays des Grands lacs), la logique des avantages comparatifs peut jouer pour le bénéfice mutuel ; des échanges intéressants peuvent se faire plus librement. Dans un plus long terme; on peut envisager une relation politique de confédération; et dans ce cas-là, le partage est interne à la planification économique générale.

    Pambazuka : Quelle formule de gestion commune pourrait être mise en place ?

    Wamba Dia Wamba : En réalité; la CEPGL était une formule de gestion commune surtout plus bénéfique au Rwanda et au Burundi. Dans ce cadre, un contenu plus acceptable à tous pourrait se négocier. Il est aussi possible d"envisager la création d"un marché commun de la région des grands lacs. Toutes les possibilités envisageables dépendent de la nature des Etats en place. C²est elle qui peut déterminer la formule de gestion convenable répondant aux intérêts et aspirations des populations respectives.

    Pambazuka : La RDC demande l’extradition de Laurent Kunda, arrêté au Rwanda dans le cadre de l’opération militaire conjointe menée par les deux pays. Vu les accointances qu’on lui soupçonne avec Kigali, pensez-vous que les autorités rwandaises vont être disposées à l’extrader ? Des dispositions juridiques permettent-elles cette extradition ?

    Wamba Dia Wamba : A mon avis, si les deux Etats ont intérêt à couvrir leurs manquements mutuels, l'extradition aura bel et bien lieu. Ce qui aurait été plus intéressant c'est de porter Laurent Nkunda à la Cour Pénale Internationale. Les manquements en question seraient portés, nous le croyons au public beaucoup mieux que devant la justice congolaise dont on sait le fonctionnement garantissant l'impunité. Le chef de l'Etat, dans son interview au New York Times (4 avril 2009), a insisté sur le fait que l'interrogation de Nkunda permettra aux Congolais de savoir pourquoi il a fait ce qu'il a fait. Rien ne garantit qu'une telle interrogation sera en règle et que la justice sera rendue. Le peuple congolais qui a souffert des activités de Nkunda -soutenues par le Rwanda, entre autres - voudrait une vraie justice et donc envoyer Nkunda à la CPI serait, pour le moment, la meilleure voie. Les tractations seraient déjà en cours ; je ne connais pas les dispositions juridiques qui sont utilisées.

    Pambazuka : La coalition militaire entre la RDC et le Rwanda pour combattre les rebelles de Laurent Kunda, constitue-t-elle une nouvelle donne qui peut changer l’ordre des choses dans la région ? Dans quel sens ? Pensez-vous qu’elle soit conjoncturelle ou dessine-t-elle une nouvelle orientation ?

    Wamba Dia Wamba : La question centrale serait celle de savoir ce que sont les vrais intérêts réciproques de ces deux Etats qui les conduisent à se joindre pour chasser les FDLRs ou pour combattre les rebelles de Laurent Nkunda. Si le Rwanda pense que ses intérêts sont plus assurés par la collaboration avec Kinshasa, les anciens alliés qui ne peuvent plus les garantir vont être lâchés. Depuis 1996 à ce jour, le Rwanda s'est comporté de cette manière. Ici encore, la nature des acteurs au pouvoir dans les deux pays décide des stratégies et tactiques qu'ils suivent. Il faut une forte pression pour que les pilleurs, les prédateurs, les détourneurs et les corrompus/corrupteurs puissent s'aligner pour la paix. Les coalitions militaires sont marquées par ces mêmes anti-valeurs.

    Pambazuka : Depuis le 26 janvier, cela fait 8 ans que Joseph Kabila est au pouvoir. Quel bilan faites-vous de son règne ? Cette période marquée par des guerres signifie-t-elle une incapacité de sa part à assurer la stabilité du pays ? Pourquoi ?
    Wamba Dia Wamba : Dans un sens, il a fait lui-même son bilan dans son interview au New York Times. Il a dit qu'il n'a pas eu le temps de former ses cadres et qu'il ne disposerait que de 4, 5, ou 7, pas encore 15 personnes de conviction et déterminées pour l'épauler. Les diplômés de plus ou moins 607 universités et instituts supérieurs du pays ne semblent pas qualifiés pour être ses cadres. Surtout qu'il met l'accent sur la loyauté plutôt que la compétence. Comment peut-on être un président élu et n'avoir que moins de 15 personnes qui puissent avoir de la loyauté envers vous ?

    Les résultats des années de transition peuvent bien lui être attribués comme des points positifs. Depuis qu'il est un président élu, il s'est donné un projet de société par lequel il doit être jugé : le programme de cinq chantiers définissant une société de grands travaux. Il dit dans son interview, par rapport au contrat avec la Chine, qu'il lui manquait suffisamment d'argent ! A part les promesses et les commencements de certains chantiers, on ne peut pas voir grand-chose.

    Pour l'incapacité d'arrêter les conflits, il dit que c'est à cause de l'embargo en armes dont souffre le pays. C'est peut-être cela aussi qui fait que les armes envoyées au front se sont retrouvées bien des fois aux mains des ennemis.

    Il semble que le plus grand problème est qu'il ne semble pas avoir confiance dans le peuple congolais comme tel. Il ne semble pas être clair sur qui il sert ouvertement. Ce manque de clarté explique pourquoi il ne proclame pas la situation de sinistre auquel le pays est confronté pour mobiliser la solidarité tant nationale, locale et internationale. Le vrai bilan sera fait au moment des élections, par les électeurs.

    * Pr Wamba Dia Wamba est sénateur honoraire et ancien vice-président de la Commission permanente du Sénat sur les affaires administratives et juridiques, de l’administration de transition de la République démocratique du Congo. ?

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  • «L’homosexualité expliquée à ma mère », c’est le titre d’un article publié dans la presse par l’écrivain marocain Abdellah Taïa (http://www.telquel-online.com/367/actu_maroc1_367.shtml). Une lettre qui commence ainsi : « C’est la première fois que je vous écris. Une lettre pour vous tous. Pour toi, ma mère M’Barka. Pour vous mes sœurs, mes six sœurs. Et pour vous mes deux frères. Je vous écris par mon cœur et ma peau ces lignes qui sortent enfin de moi et qui me viennent aujourd’hui dans l’urgence. Je ne peux pas ne pas les dire, les tracer. Vous les envoyer. Expliquer ma démarche, ce que je suis, ce que j’écris et pourquoi je le fais. »

    Un autre écrivain marocain, Rachid Benzine, lui répond et le soutient.

    Dans un pays fortement islamisé comme le Maroc, on l’homosexualité est réprimée, c’est une barrière qui tombe dans ces affirmations publiques.

    Ces actes sont posés à un moment plusieurs pays en Afrique connaissent une grande mobilisation contre l’homosexualité. Parfois de façon violente. Il en est ainsi au Sénégal où, depuis 2008, plusieurs homosexuels ont été arrêtés dans ce pays. En février dernier, neuf d’entre eux avaient été condamnés à huit dans de prison. Leur libération en appel, après un procès qui a fait état de vice de forme dans l’enquête de police, a entraîné des réactions en chaîne. Des associations de religieux se sont ainsi liguées pour aller en guerre contre l’homosexualité (http://tinyurl.com/dlrm8c).

    Les mêmes élans sont notés au Burundi, où les députés ont adopté le 22 avril un nouveau code portant sur la pénalisation de l’homosexualité (http://tinyurl.com/dcn9eg). Au Kenya, des violences sont signalées contre les homosexuels et les lesbiennes (http://pambazuka.org/en/category/action/55780), alors qu’en Ouganda un journal a publié une liste de cinquante personnes accusées d’être des homosexuels et des lesbiennes, mais dont la plupart se trouve être des activistes membres de l’associations Minorités sexuelles en Ouganda (http://www.pambazuka.org/en/category/blog/55795).

    Face à l’homophobie, Rachid Benzine pose le débat. Pambazuka vous propose son texte.

    (…) La "question homosexuelle" ne laisse personne indifférent. Quel père, quelle mère vivant dans une culture traditionaliste, où l'homosexualité est taboue, peut évacuer la pensée que l'un de ses enfants, fille ou garçon, puisse être homosexuel(le)? Quelle femme, quel homme, dans notre culture, peut accepter sans trembler que l'un de ses frères ou une de ses soeurs ait en propre cette tendance psychologique, affective, intellectuelle ? L'homosexualité, ce n'est pas (seulement) les autres. ??

    Après t'avoir lu dans les colonnes de TelQuel, je veux te dire, d'abord, mon respect pour ton courage. Dans notre pays, l'homosexualité est toujours considérée comme un comportement méprisable et condamnable, quand bien même cette orientation de la sexualité humaine est très présente. Mais on ne veut pas se l'avouer. T'exposer ouvertement comme homosexuel dans un pays musulman, comme tu l'as fait à plusieurs reprises, est précieux pour que des débats féconds, à la fois historiques, éthiques, scientifiques et culturels, aient lieu dans nos sociétés conditionnées par une politique de traditionalisation.

    (…) L'homosexualité appartient à l'histoire de la condition humaine. Il n'y a pas de civilisation qui n'ait connu et ne connaît ce phénomène. Certaines sociétés, cependant, se montrent plus tolérantes et permettent sa manifestation dans des limites plus ou moins étendues, tandis que d'autres - c'est le cas le plus fréquent - veulent l'"éradiquer", et punissent sévèrement les "coupables". Dans l'histoire des sociétés musulmanes, plusieurs grands poètes arabes, perses, ou turcs du huitième au quinzième siècles (Al-Jahiz, Abu-Nuwas, Khalid Al-Katib, Ahmad al-Tifachi, Muhammad Ibn-Daniyâl, Muhammad Al-Nawadji...) rappellent que l'homosexualité a été acceptée parfois bien mieux hier qu'aujourd'hui.

    Homosexualité, pourquoi ?

    Les "causes" de l'homosexualité font débat. Pendant des siècles, on a considéré que ce comportement était un défi lancé à une sexualité destinée avant tout à la reproduction de l'espèce humaine. C'est la perception courante, particulièrement celle des institutions religieuses, qu'elles soient juives, chrétiennes, musulmanes ou bouddhistes. Ne serait-on pas devant une négation de la différence des sexes présente dans l'ordre naturel, et donc voulue par Dieu ? Ne va-t-on pas freiner, voire arrêter, la procréation ?

    Pourtant, depuis le développement de la psychologie et surtout de la psychanalyse, on sait que l'homosexualité n'est pas d'abord un choix libre, mais une orientation affective et sexuelle qui s'impose aux individus. Parfois ils peuvent la mettre en relation avec leur histoire personnelle, parfois non. Aimer ou éprouver une attirance physique pour des personnes de même sexe est d'abord un fait, et non pas une transgression volontaire. C'est ainsi, et c'est vécu plus d'une fois de façon dramatique - comment pourrait-il en être autrement dans le contexte social actuel ? ??

    Mais la plupart des sociétés démocratiques du monde ont, ces dernières années, pris en compte cela et dépénalisé l'homosexualité. Elles ont avancé vers une égalité des droits qui, à son tour, contribue à une acceptation plus grande par l'opinion publique. Des personnages politiques de premier plan, comme l'actuel maire de Paris, ont été élus sans cacher leur homosexualité. Le Maroc va-t-il suivre cette voie, la refusera-t-il en bloc, ou cherchera-t-il à trouver sa propre voie ? (Le) combat, c'est qu'un jour proche, la législation et les mours de notre pays puissent suivre, ou du moins s'inspirer du chemin qu'ont pris, ces dernières années, de nombreuses sociétés occidentales mais aussi, par exemple, celle de l'Afrique du Sud. ??

    Une telle voie est-elle possible aujourd'hui au Maroc ??Il faut dire que nous autres Marocains ne sommes pas très lucides sur certains de nos comportements. Notre grand souci de la pudeur fait que la plupart d'entre nous vivent en général dans des espaces où hommes et femmes sont séparés. Mais, alors que l'homosexualité est fortement condamnée, nous vivons dans un climat qu'on peut qualifier de très "homo-sensuel". Si les gestes d'affection entre hommes et femmes sont prohibés en public, ils sont en revanche considérés comme normaux entre hommes ou entre femmes ! Nulle part autant qu'au Maghreb, les hommes ne se touchent et s'embrassent autant et aussi affectueusement !

    Mais ne serait-ce pas là, même s'il ne s'agit pas d'homosexualité "génitale", un prolongement ou une forme "atténuée" ou imparfaite d'homosexualité ? Ainsi le perçoit en tout cas le regard occidental. J'entends les cris d'horreur ! Et pourtant ! Nous devons, maintenant que nous sortons de la société traditionnelle, regarder ces questions en face et de façon responsable.

    Mais plutôt que de comprendre, d'expliquer et de légiférer, on préfère "diaboliser". C'est tellement plus simple de décréter que ce que nous n'aimons pas, pour diverses raisons, "c'est la faute des autres". Je m'interroge vraiment sur les fondements de cette incompréhensible haine que beaucoup de gens vouent à l'homosexualité et aux homosexuels. Cette haine incompréhensible est-elle motivée par l'angoisse que les homosexuels sapent les fondements de la famille ?

    (…) En réalité, cette incompréhension, si répandue dans l'ensemble de notre société, est sans doute le résultat de toutes les frustrations accumulées, particulièrement les frustrations sexuelles. Il faut y voir, me semble t-il, un exutoire commode, comme l'a montré l'ahurissante et inquiétante histoire de Ksar El-Kébir, en novembre 2007. Il faut peu de choses pour faire jaillir la violence, la colère et la haine de beaucoup de nos concitoyens ! ??

    Sexe, individu et religion ??

    Dans la société marocaine, le "phénomène homosexuel", ses manifestations, sa visibilité, ne sont évidemment pas sans liens avec la dimension religieuse. Ici, il ne faut pas se le cacher : nous nous trouvons confrontés à de sérieuses difficultés. Mais je fais remarquer ceci : on peut faire dire au Coran bien des choses, et souvent par ignorance. Si, pour les versets concernés, l'on prend en compte, comme on doit le faire aujourd'hui, l'histoire, l'anthropologie, la linguistique, l'analyse littéraire, l'intertextualité avec la Bible, et bien d'autres référents, que constate-t-on ? Et d'abord, quels sont ces versets ? ??

    Dans la sourate 7, versets 80 et 81, se trouve cette admonestation de Loth, le neveu d'Abraham, adressée à son peuple : "Allez-vous en venir à une turpitude où nul de par les mondes ne vous a précédés ? Vraiment ! Vous allez de désir aux hommes au lieu de femmes ! Vous êtes un peuple outrancier !" D'autres passages coraniques identifient le crime commis par le peuple de Loth à la pratique de l'homosexualité. Ainsi, dans les versets 165-166 : "Faut-il qu'entre tous les mondes vous alliez aux mâles et laissiez de côté ce que votre Seigneur vous a créé d'épouses ? Non, mais vous êtes gens transgresseurs !" Ou encore, versets 28-29 : "Et Loth, quand il dit à son peuple : Vraiment, vous commettez une turpitude où nul de par les mondes ne vous a précédés."

    Prendre des versets en les isolant de tout ce qui précède et suit n'est pas un exercice recommandable, et j'y consens ici par nécessité. Une lecture rapide et provisoire du Coran nous permet de dire ce qui suit : si on en reste à ces versets, on note d'abord que l'interprétation n'est pas évidente (des exégètes de la Bible ont eux-mêmes souligné l'imprécision textuelle des passages de l'"histoire de Loth" à Sodome). ??D'autre part, si actes de copulation entre hommes il y a chez le peuple de Loth (ce n'est pas dit dans le texte), ils ne sont pas suivis de châtiments nommés avec précision.

    Bien entendu, on objectera que (d'après le Coran) ce peuple a connu la destruction par l'envoi de pavés de glaise meurtriers. Mais est-ce en raison de pratiques homosexuelles qu'il a subi ce châtiment ? Ou bien est-ce parce que la violence contre les hôtes de Loth a porté une atteinte grave aux lois de l'hospitalité ? Les commentaires juifs de cette histoire que l'on trouve déjà dans la Bible (en Genèse 19) portent sur le crime de non-respect de l'hospitalité due à tout visiteur, même ennemi, et non pas sur des mœurs homosexuelles.

    L'hospitalité est l'expression de la solidarité entre les hommes exposés à tout moment au danger qui menace la survie d'une famille, d'un groupe, d'un clan. Dans ce contexte, l'homosexualité devient un élément secondaire. Elle ne perturbe pas les éléments de solidarité qui permettent la survie des sociétés contrairement à l'hospitalité. ?

    ?Notre lecture du Coran est tributaire de nos présupposés et de nos habitudes de lecture. Mais dans une attitude de dialogue avec le texte coranique, à partir de l'aujourd'hui des sociétés humaines et de la condition humaine, les interprétations doivent être plurielles, et discutées sérieusement. Ainsi, les mots employés actuellement par les savants religieux pour désigner les pratiques homosexuelles ("liwat" et "luti") ne sont en aucun cas coraniques et datent probablement de l'"âge juridique" de l'islam (le huitième siècle). Les juristes de l'islam ont alors assimilé les pratiques homosexuelles à la fornication et à l'adultère, désigné par le terme "zinâ".

    Ajoutons que selon les diverses écoles juridiques, les peines appliquées ont été et restent variées. Une croyance populaire véhicule certes l'idée qu'en islam, les homosexuels méritent la mort, et certaines autorités religieuses abondent dans ce sens depuis des années. Or, cette idée s'appuie sur une seule tradition, attribuée à Ibn Abbas, cousin du Prophète : "Tuez l'actif et le passif parmi ceux qui commettent l'acte du peuple de Loth, ainsi que la bête et celui qui copule avec une bête". Mais ce hadith unique ne se trouve pas dans les collections les plus importantes, celles de Boukhari et de Muslim. ??

    * Rachid Benzine est écrivain et chercheur marocain (Les nouveaux penseurs de l’islam, Ed. Albin Michel, 2004). Ce texte est extrait d’une réaction à une lettre adressée par l’écrivain marocain Abdellah Taïa à la presse (Tel Quel n°367), pour parler de son homosexualité ?(http://www.telquel-online.com/369/actu_maroc3_369.shtml)

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  • Le vendredi 24 avril 2009, Inades-Formation/ Burkina a organisé, en prélude à son Assemblée Générale, un atelier sur le foncier. Quand on sait que les députés s'apprêtent à adopter une loi sur le foncier rural, on comprend facilement le bien-fondé du choix du thème. Avec la présence de spécialistes et de responsables d'organisation paysanne, l'atelier s'est révélé très intéressant. Il est évident que la Réforme agraire foncière (RAF) mise en place en 1984 (et revisité en 1991 et 1996), qui stipulait, entres autres, que la terre appartient à l’Etat, a montré ses limites.

    Un paysan de la boucle du Mouhoun nous l'a fait comprendre clairement. Du côté de Badala (entre Nouna et Dédougou), on a fait savoir aux paysans que les terres appartenaient à l'Etat. Que celui-ci allait venir les prendre sans contrepartie, puisqu'elles lui appartiennent. Ensuite, quelques personnes fortunés sont venus leur dire : « Vendez-nous vos terres avant que l'Etat ne vienne vous les prendre « cadeau » ! C'est ainsi que 4 000 hectares, principalement au bord du fleuve, ont déjà été vendus. L'opération a profité, notamment, à 2 ministres et à 2 députés. Les fils des paysans, eux n'ont plus rien !

    Mais, bien sûr, les terres existaient avant la RAF, et même avant la colonisation. Et elles avaient toutes un propriétaire. « Or dans la vision coutumière de la terre, la terre est à Dieu qui cède gratuitement le droit d'usage aux ancêtres fondateurs des familles humaines et à tous leurs descendants. La terre est donc à tous les humains. La terre est à tous. Ce qui correspond parfaitement au message biblique dans la pastorale de la terre. » (Pastorale de la terre, Abbé Joseph Mukassa Somé au cours de l'atelier).

    Tant que la terre (les terres) était abondante, le droit coutumier répondait aux besoins. Même un étranger pouvait obtenir le droit de cultiver sur la terre du village, donc sur la terre appartenant à une des grandes familles du village.

    Prenons un exemple. « Dans la province du Ziro, précisément à Sapouy, M. Zantigui Drabo et sa famille ont décidé d'élire domicile pour des raisons personnelles. Parrainé par un natif du village, M. Zantigui a désiré avoir une portion de terre pour non seulement y construire son domicile mais également faire de l'agriculture domestique. Les propriétaires terriens ont exigé de lui une chèvre, un coq, deux poulets, du tabac, du dolo ainsi que d'autres cadeaux dont l'importance varie en fonction du statut du demandeur. » (L'hebdomadaire N°358 du 24 février au 2 mars 2006)

    On pourrait multiplier les exemples. A chaque fois, il apparaîtrait « que l'accès à la terre est conditionné par le parrainage et l'offre de cadeaux. Le migrant bénéficiaire à des droits d'exploitation qui connaissent des limites (l'interdiction de planter un arbre ou de céder à autrui sans un avis préalable des propriétaires terriens) ». (L'hebdomadaire N°358 du 24 Février au 02 Mars 2006)

    Mais aujourd'hui, avec une population de 15 millions d'habitants au Burkina, les limites du système ancestral apparaissent également. De plus en plus souvent il arrive qu'après le décès du chef de famille, les enfants de celui-ci estiment qu'ils n'ont pas assez de terre à leur disposition. Et ils vont alors trouver celui à qui le père avait prêté des terres pour les cultiver pour les lui reprendre. Même si celui-ci les cultivait depuis plus de trente ans !

    Le gouvernement, lui, cherche à encourager les investissements dans le secteur rural. « Rappelons que le Premier Ministre n'a cessé de répéter pendant tout l'hivernage : « il faut donner la terre à ceux qui ont les moyens de la cultiver ». C'est-à-dire, la terre au Burkina doit être à la disposition de ceux qui peuvent la valoriser. Il faut voir dans cette catégorie de nouveaux propriétaires les hommes du gouvernement, les hommes d'affaires. » (Aziz Vincent Legma, L'indépendant n° 806 du 17 février 2009, cité par le Pr. Fernand SANOU au cours de l'atelier).

    Les conflits fonciers sont de plus en plus nombreux et violents. La responsabilité des députés, qui vont bientôt être appelés à s'exprimer sur l’avant-projet de loi portant sécurisation foncière en milieu rural, est grande. Avant de voter la loi, ils seraient bien inspirés de lire et relire le document « Politique Nationale de Sécurisation Foncière en Milieu rural » (que l'on peut télécharger en cliquant sur PNSFMR ). Ce document, daté du mois d'août 2007, a été présenté au cours de l'atelier par M. Jean-Marie Wattara.

    Ce document, formulé de façon concertée et participative, semble équilibré et donne une place à tous les acteurs ruraux. Mais beaucoup d'interrogations demeurent. Pour commencer : qui connaît cette Politique Nationale ? Certainement pas les chefs de terre !

    Les communes rurales ont une place centrale dans la mise en application de cette politique nationale. Or ces dernières sont encore fragiles. Elles sont confrontées à toutes sortes de difficultés pour assurer leur propre développement. Une nouvelle loi va être votée, avant que cette PNSFMR n'ait connu un début d'application. Va-t-elle faciliter le travail des communes rurales ?

    La nouvelle loi donnera-t-elle une vision claire à l'ensemble du monde rural? Les paysans (notamment ceux du Ziro ou de la Sissili) se sentiront-ils à l'abri de la ruée actuelle sur leurs terres agricoles ? Aura-t-elle le courage de limiter la superficie de la terre qu'un investisseur privé pourra s'approprier ? A 50 hectares ?

    Enfin, cette nouvelle loi sera-t-elle appliquée ? Comment ? Au profit de tous les acteurs et de la paix sociale ? L'urgence est sans doute de mettre en place des cellules de veille (Organisation de la Société Civile) pour que personne ne détourne la loi, et la terre, à son profit personnel au détriment des autres.

    ?* Maurice Oudet? est Président du Service d'éditions en langue nationale (SEDELAN), basé au Burkina

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  • Madame Ségolène Royal, la candidate malheureuse à la dernière élection présidentielle française est donc allée à Dakar nous demander pardon, à nous les Africains, pour les propos qu’avait tenus dans cette ville le président Nicolas Sarkozy en 2007. Propos, qui, tout le monde le sait, nous étaient restés en travers de la gorge. Elle nous a donc dit que ce n’est pas vrai que nous passons nos journées à regarder le soleil se lever et se coucher, que ce n’est pas vrai que nous ne sommes pas entrés dans l’histoire, qu’au contraire c’est nous qui avons fait l’histoire et continuerons de la faire, et qu’en gros sans nous le monde n’existerait pas ou ne tournerait pas rond.

    Bien évidemment nous avons applaudi à tout rompre à ces propos qui sont exactement ce que nous aimons entendre. Sarkozy n’avait pas compris que nous sommes des grands sentimentaux à qui il faut dire tous les jours « je t’aime », « tu es mon meilleur ami », « sans toi je ne suis rien ». Sarkozy avait certes dit au début de son discours la phrase rituelle que doit dire tout homme politique français en Afrique, à savoir « j’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains », mais il a ajouté des phrases très choquantes du genre : « je ne suis pas venu pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique », « je ne suis pas venu m’apitoyer sur votre sort », « je suis venu vous proposer non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble des leçons afin de regarder ensemble l’avenir » ou « l’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur ».

    Non, non, ce n’était pas des choses à nous dire, comme ça, droit dans les yeux. Parce que nous aimons qu’on pleure sur nos malheurs, qu’on s’apitoie sur nous et nous n’aimons rien autant que ressasser le passé qui était forcément paradisiaque avant l’arrivée des Blancs. Nous n’avons pas encore fini de pleurer la fin des empires du Manding et de Chaka. Et puis surtout, il est évident que nous n’avons aucune responsabilité dans nos malheurs. Tous nos problèmes viennent uniquement, et tout le monde le sait, de l’esclavage et de la colonisation.

    Il est vrai qu’avant la colonisation nous vivions dans l’obscurité, nous ne connaissions pas l’électricité, ni la poudre à canon, ni aucune autre énergie que nos muscles, n’avions aucune idée de ce à quoi pouvaient servir les richesses minières de notre sous-sol, que nous étions dévorés par toutes sortes de maladies, mais c’était forcément mieux que maintenant.

    Madame Royal, elle, a compris tout cela et nous a donc réhabilités. C’est quand même nous qui avons inventé le…la…euh… En cherchant bien on finira par trouver. Il n’est pas possible que nous n’ayons rien inventé d’autre que la sorcellerie, les arcs et les flèches. Bravo madame Royal. Vous nous aimez sincèrement, et nous vous aimons aussi ; et si un jour vous devenez présidente de votre pays, nous aimerions venir avec nos femmes, enfants, cousins et neveux continuer de faire l’histoire avec vous dans votre pays où il fait moins chaud qu’ici et où il y a moins de poussière. En attendant, vous êtes quand même venue avec quelques cadeaux parce que vous savez que nous adorons aussi cela.

    Sarkozy avait dit « l’Afrique ne veut pas de la charité. L’Afrique ne veut pas d’aide. L’Afrique ne veut pas de passe-droit. » Mais, qui lui a dit tout ça ? Même si le reste du monde ne peut pas se passer de nous, ce que nous aimons par-dessus tout est que ce reste du monde s’occupe de nous. Pour tout. Qu’il nous donne à manger, à boire, à nous soigner, à nous habiller, à nous loger, à nous défendre, à nous endetter et à alléger cette dette et même à aller aux chiottes. Si vous allez au Bénin en venant du Togo, vous verrez au bord du lac Ahémé trois belles chiottes sur lesquelles il est écrit « don de la Coopération française. »

    Tout ce dont nous avons besoin pourrait être obtenu par nous-mêmes en travaillant plus et mieux, mais c’est bien un chanteur français qui a dit que « travailler c’est trop dur ».

    Quelqu’un avait dit un jour que si l’Afrique venait à disparaître, le reste du monde n’en serait pas très affecté sur le plan économique, vu que nous représentons à peine 1% des échanges commerciaux. Pour être vexés, je peux vous dire que nous avions été vexés. Et celui qui a tenu ces propos a entendu ce qu’il devait entendre. Parce que nous sommes convaincus que nous sommes les seuls à produire les matières premières dont le reste du monde a besoin, et que sans elles, le reste du monde ne pourrait survivre. Nous sommes convaincus que le reste du monde ne peut vivre sans nous, alors que c’est nous qui démontrons au reste du monde que nous ne pouvons pas nous nourrir, ni même aller aux chiottes sans son aide.

    Mais Madame Royal a su trouver les mots pour apaiser nos cœurs. Et elle nous a même demandé pardon. Nous sommes satisfaits et nous pouvons renvoyer Sarkozy à ses cours d’histoire. N’a-t-il jamais entendu parler des pharaons noirs ? Oui, nous avons aussi bâti des monuments. Pas beaucoup, c’est vrai, et c’est sans doute pour cela que nos chefs actuels veulent se rattraper en construisant des palais dès qu’ils arrivent au pouvoir. A-t-il entendu parler de Chaka, de Soudjata Kéïta ? Nous aussi, nous avons bâti des empires. Pas beaucoup, il est vrai, et ils n’ont pas beaucoup duré.

    Mais ce n’est pas le plus important. Sarkozy avait dit à Dakar : « le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu. » Quel est son problème ? En quoi ça le dérange que nous soyons nostalgiques de notre glorieux passé ? Et il a ajouté « le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. » Il n’a pas compris que notre avenir, beaucoup d’Africains le voient dans son pays où il fait quand même moins chaud qu’ici et où on crève moins de faim.

    Nous sommes entrés de plain-pied dans l’histoire, que cela soit su une bonne fois pour toutes. Nous faisons l’histoire et nous sommes tout à fait modernes, contrairement à ce que Sarkozy a dit. Il n’empêche qu’aucun de nos brillants ingénieurs n’a encore trouvé le moyen de débarrasser nos femmes de cette tâche pénible qui consiste à piler nos repas. Albert Londres avait écrit dans son livre « Terre d’ébène » au début du siècle dernier qu’un ingénieur français avait inventé une machine qui évitait aux femmes de passer leurs journées à piler le mil ou le foutou. Mais les hommes s’y étaient catégoriquement opposés au motif qu’avec cette machine, leurs femmes passeraient désormais leur temps à ne rien faire.

    Un jour où j’ai rapporté cette histoire dans un article, un Ivoirien vivant aux Etats-Unis m’a répondu le plus sérieusement du monde que le fait de piler ensemble permettait aux femmes de se « socialiser » et de faire de l’exercice physique. Il ne fallait donc rien faire pour leur éviter cette tâche. C’est sans doute pour cela aussi que nos pêcheurs continuent de pagayer à la force de leurs muscles malgré l’invention multimillénaire de la voile.

    Nous sommes parfaitement en phase avec le reste du monde. Il n’empêche qu’aucun gouvernement africain n’a encore mis en place une politique qui doterait nos paysans de moyens de travail un peu plus modernes que la daba et la machette. Cela n’a jamais été la préoccupation d’aucun ingénieur. Tant qu’on arrive à produire de quoi survivre avec la machette et la daba, pourquoi se casser la tête ?

    Sarkozy avait dit à Dakar : « Cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a besoin de produire pour se nourrir. » Où est-il allé chercher tout ça ? Ne sait-il donc pas qu’avec l’exportation du café et du cacao nos dirigeants peuvent se construire de gros palais, s’acheter de grands chapeaux, des avions de guerre et offrir de grosses voitures à leurs maîtresses grâce aux commissions touchées sur l’achat des avions ? Ne sait-il pas aussi que le devoir sacré de tous ceux qui disent nous aimer est d’abord de nous nourrir ?

    Au Swaziland, le roi épouse chaque année une nouvelle femme à qui il offre des voitures de luxe, des palais, il fête chaque année son anniversaire à coups de millions de dollars, pendant que le reste de la population ne survit que grâce à la nourriture que lui apporte la communauté internationale. C’est comme ça et Sarkozy n’avait rien compris.

    L’essentiel est que Madame Royal nous a réhabilités, et nous pouvons passer à autre chose. Gare à Sarkozy s’il revient nous tenir des propos comme ceux qu’il a tenus à Dakar. Mais je crois qu’il a bien compris la leçon. Il a bien surveillé son langage lors de son dernier séjour sur notre continent. C’est le pape qui n’a pas su surveiller le sien en condamnant l’usage des préservatifs pour lutter contre le sida et qui s’est pris une bonne volée de bois vert, mais ça, c’est une histoire entre Européens.

    Le pape a déclaré en se rendant au Cameroun qu’il ne sert à rien de mettre des capotes pour lutter contre le sida et qu’au contraire on aggravait la situation avec elles. Tollé général dans le monde entier, sauf chez nous bien entendu. Ce n’est pas que nous soyons plus chrétiens ou plus respectueux du pape que les autres. Non, en fait, c’est parce que ce qu’il a dit, on s’en fout complètement.

    N’est-ce pas sur notre continent, dans le pays le plus développé, qu’une ministre a dit le plus sérieusement du monde qu’il faut manger des betteraves et des carottes pour soigner le sida ? Qui s’en est offusqué ? A-t-elle été virée par son président ? Non ! Ce président avait lui-même dit qu’il n’y avait aucun lien entre le VIH et le sida. N’est-ce pas dans ce même pays que le futur président a reconnu avoir couché sans capote avec une femme qu’il savait séropositive ? Qui l’a blâmé ? Au contraire il vient d’être plébiscité. N’est-ce pas toujours dans ce même pays que des soi-disant guérisseurs traditionnels préconisent de coucher avec des jeunes filles vierges pour guérir du sida ? Qui les a foutus en taule ?

    N’est-ce pas toujours sur ce continent, dans l’un des pays les plus peuplés, le Nigeria qu’un gouverneur s’est opposé à la vaccination des enfants contre la poliomyélite, au motif que cela les rendrait stériles, réduisant ainsi à néant tous les efforts entrepris pour éradiquer la polio du continent ? Qui a viré ce gouverneur ? Qui avez-vous entendu protester sur ce continent ? Alors, les propos du pape, on s’en fout complètement.

    On ne meurt pas de sida, ni d’autre chose sur ce continent, à part de sorcellerie et de bêtise.

    * Venance Konan est un écrivain ivoirien. Email : [email][email protected]

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    Adieu Air Sénégal international ! La compagnie aérienne, dans laquelle le Sénégal détenait 49% et le Maroc 51%, a déposé le bilan le 28 avril. Mettant du coup 500 agents en chômage technique. Le conflit entre les partenaires a pris de l’ampleur en avril et s’est vite aggravé. Le Sénégal va souffrir avec le dépôt de bilan de la compagnie avec des travailleurs qui vont se retrouver dans les rues, mais il y aura également des conséquences du côté Marocain qui détenait 51% du capital. Car, l’Etat ne va plus prendre en charge le payement des dettes contractées par Asi. Ce qu’il mettra à l’aise les futurs partenaires du Sénégal pour la recapitalisation de la compagnie.

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    Karim Wade, le fils du président sénégalais Abdoulaye Wade, longtemps cité comme son successeur potentiel, a fait son entrée le 1er mai au gouvernement du Sénégal. Il hérite du poste de ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures. A ce titre, il tombe sur le dossier brûlant d’Air Sénégal International et doit vite faire ses preuves. La compagnie aérienne détenue par Air Maroc (51%) et l’Etat sénégalais (49%) a arrêté ses activités le 24 avril et doit être privatisée ou trouver un nouveau partenaire rapidement sous peine de disparaître.

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    Le Cap-Occidental est la seule des neuf régions d’Afrique du Sud a avoir échappé à l'ANC au profit de l'Alliance démocratique (AD) lors des élections générales du 22 avril. Une défaite due en partie au vote des "coloured" (métis) qui s'estiment tout aussi discriminés que sous l'apartheid : trop blancs aujourd'hui comme trop noirs hier. Les « coloured » représentent presque 54 % de la population du Cap-Occidental, soit 2,5 millions de personnes : une exception démographique si l’on compare ces chiffres à ceux des autres régions où ils sont presque absents.

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    Des chefs religieux musulmans sénégalais ont annoncé le 29 avril à Dakar la création d'un "Front islamique pour la défense des valeurs éthiques", en réaction à la libération de 9 Sénégalais emprisonnés pour homosexualité, "une attaque contre l'islam" selon eux. Dans une déclaration publique, ils affirment que des "lobbies tapis dans l'ombre" ont "ourdi une conspiration dangereuse contre les valeurs religieuses" dans le but d'obtenir la légalisation de l'homosexualité. Plus de 20 associations islamiques et chefs religieux sont annoncés comme parties prenantes à cette initiative.

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    Cinq semaines après la percée de l'opposition aux élections locales au Sénégal, le Premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré et ses ministres ont démissionné le 30 avril, un proche du président Abdoulaye Wade devenant quelques heures plus tard le nouveau chef du gouvernement. Ce dernier, Souleymane Ndéné Ndiaye, 51 ans, avocat de profession et ministre sortant de l'Economie maritime, s’est engagé dans la formation d’un nouveau gouvenrement.

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    Ce qui se passe depuis quatre ans au Togo et qui vient de connaître un terrible rebondissement, avec une luttre frarticide autour du pouvoir, doit interpeller tous ces chefs d’Etat peu soucieux de l’avenir de leurs pays et de leur peuple et qui cherchent à transmettre le pouvoir d’Etat à leurs propres enfants contre tout bon sens, mus par l’unique souci de confiscation. Nous pensons à Wade du Sénégal, Bongo du Gabon, Biya du Cameroun, etc.

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    Les ex-présidents Thabo Mbeki, Pierre Buyoya et Abulsalami Abubakar poursuivent leur tournée régionale afin de trouver une solution à la guerre au Darfour. Les trois médiateurs mandatés par l'Union africaine sont arrivés le 28 avril à Ndjamena où ils ont rencontré le Premier ministre tchadien. Depuis début avril, cette équipe s'est déjà rendue au Soudan, en Libye et en Egypte où elle a recueilli les analyses de toutes les parties intéressées par le conflit du Darfour. Elle doit remettre ses recommandations en juillet lors du prochain sommet de l'Union africaine.

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    Les travailleurs de la Société Nationale de Télécommunation du Sénégal (SONATEL) ont réaffirmé leur opposition de voir les 9,8 des 28% d’actions de l’État tomber entre les mains de France Télécom. Le gouvernement sénégalais a engagé cette procédure qui devrait rapporter 200 milliards de francs Cfa, pour faire face à des besoins de trésorie. En contrepartie, les agents de la SONATEL ont proposé le portage par une banque régionale africaine qui mettrait à la disposition de l’État l’équivalent du produit des ventes éventuelles pour ensuire faire une offre publique de vente destinée aux investisseurs sénégalais et ouest-africains, avec une participation significative du secteur privé national

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    Une délégation guinéenne qui vient de séjourner à Bruxelles a pu convaincre l’Union Européenne à accompagner la Guinée pendant et après la transition. Ainsi, la totalité du 9ème, et une partie du 10ème FED ( Fonds Européen de Développement) auraient été accordés. En contrepartie il aurait été demandé à la Guinée, notamment aux Nouvelles Autorités de Conakry de définir un chronogramme précis de la transition en rapport avec les partenaires politiques et sociaux, sans oublier les syndicats.

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    Vingt entreprises publiques transformées en sociétés commerciales, 20 en établissements publics, 5 en services publics et 4 dissoutes ou liquidées. Telles sont les décisions, coulées sous forme décret du Premier ministre, marquant ainsi l’aboutissement des réformes dans le cadre des sociétés d’Etat. Pour mener à bien cette opération, en offrant un maximum de garanties, l’Etat se réserve de garder le contrôle sur son patrimoine. Ainsi 51% du capital reviendront à l’Etat. L’actionnariat privé ne pourrait prendre la majorité des actions. Le désengagement décidé par le gouvernement vise à rendre les entreprises du Portefeuille performantes. La fin du monopole ainsi décidée permettra d’ouvrir le marché à d’autres acteurs, capables d’offrir des services de qualité aux usagers.

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    Au fur et à mesure qu’approche l’échéance de juillet 2009 pour l’élection présidentielle au Congo, l’espoir d’un scrutin libre et transparent s’amenuise face aux accusations croissantes de l’opposition qui dénonce déjà la partialité de la commission électorale récemment installée. Les leaders de l’opposition ont commencé à boycotter les grands rassemblements organisés par le pouvoir et la peur s’installe au sein de la population de voir éclater des affrontements entre le pouvoir et l’opposition comme en 1997.

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    Les chefs d'Etats et de gouvernements de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) ont accepté le 29 avril, à Arusha, de conclure le processus de négociation d'un marché commun d'ici novembre prochain. Dans un communiqué conjoint, les Etats-membres de l'EAC - le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et le Rwanda - ont accepté d'établi un marché unique au sein du bloc. L'EAC tente d'élargir et de renforcer la coopération entre les Etats partenaires dans les domaines politique, économique et social, entre autres, dans leur intérêt.

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    Manandafy Rakotonirina, le Premier ministre désigné par Marc Ravalomanana, le président malgache évincé en mars dernier, a été arrêté le 29 avril, à Antanarivo. M. Rakotonirina avait publié, le 28 avril, une liste partielle de son gouvernement «légaliste». Ces nominations étaient survenues au lendemain de l’arrestation de trois responsables de la sécurité à la Haute cour constitutionnelle du pays par des militaires. Ils sont soupçonnés d’être restés fidèles au président déchu et d’avoir tiré sur des manifestants pour décrédibiliser la haute autorité de la transition (HAT) dirigée par Andry Rajoelina. La crise politique se perpétue à Madagascar et ne semble guère prête de s’arrêter…

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    Le Burkina exploitera bientôt l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique, dont le potentiel est estimé à 120 tonnes d’or. Les travaux de construction de la mine d’Essakane, qui deviendra la plus grande du pays, ont été lancé par le Premier ministre le 19 mars dernier les travaux. Exécutés par la société minière Essakane-SA, ils doivent durer dix-huit mois. Cette entreprise est détenue majoritairement par la société canadienne AIM Gold Corporation. Selon le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, l’exploitation rapportera à l’Etat plus de 30 milliards de francs CFA (45 millions d’euros) par an au titre des taxes, divers impôts et royalties.

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    Le FMI a rendu public le 25 avril 2009 son rapport sur les perspectives de l’Afrique. Et entre autres mesures le Fonds appelle à «laisser les monnaies se déprécier». Le spectre d’une dévaluation planerait-elle ainsi sur les monnaies ayant cours dans la région subsaharienne de l’Afrique ? Cette prescription ne laisse en tout cas pas beaucoup de place au doute et il y aurait péril en la demeure. D’autant qu’aucune mesure dans l’arsenal des instruments de gouvernance de crise ne serait à exclure pour préserver «la croissance qui est indispensable à la réduction éminemment souhaitable de la pauvreté».

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