• Le sommet du G-20 s’est tenu, le 2 avril, dans un climat de crise financière internationale dont les pays développés peinent encore à se relever. Tout un arsenal de mesures a été pris pour une régulation du système financier international (http://tinyurl.com/db9f7a). Mais ce que cette crise, dont les répercussions continuent de se dérouler en chaîne, impose comme mutations dans l’ordre mondial actuel, va bien au-delà d’un lifting. A Londres, les pays émergents (Chine, l'Inde, le Brésil, l'Argentine, l'Indonésie et l'Afrique du Sud), invités à la table des «grands», ont posé les termes de cette remise en cause. Avec un état d’esprit que traduit le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, quand il parle d'une crise "créée par des Blancs aux yeux bleus".

    Les pays en développement, qui ont suivi de loin ce conclave, ont eu écho de la volonté du Premier ministre britannique, Gordon Brown, d'aborder la question de l'évasion fiscale, qui constitue un obstacle majeur au développement. Ils ont aussi entendu dire que la Banque mondiale a proposé un "fonds de vulnérabilité" pour aider les pays pauvres. Sans compter que les Vingt ont accepté de verser 1.000 milliards de dollars au FMI et à la Banque Mondiale pour l'aide aux pays en difficulté.

    Mais on sait, depuis la fin des années 1970, ce que valent les interventions de ces institutions financières internationales. La pauvreté qui se sédimente en Afrique a une « traçabilité » bien évidente. Depuis les Programmes de Redressement Economique et financiers (PREF) jusqu’aux Stratégies de Réduction de la Pauvreté (SRP), en passant par les Programmes d’Ajustement Structurel, le FMI et la Banque Mondiale ont toujours tenu la baguette. Que peuvent-ils apporter de plus et de meilleur ?

    Le système actuel a failli de manière dramatique et appelle des remises en cause. Celles-ci s’expriment de plus en plus ouvertement. Lors de ce sommet du G20, par exemple, la Chine n'a pas hésité à critiquer l'ordre mondial dirigé par les Etats-Unis, pour proposer une stratégie rapide de sortie de crise avec un plan de relance de 4.000 milliards de yuans. En fait, ce sommet de Londres a été vécu par plusieurs analystes comme celui des fausses illusions, pour un système néolibéral qui a fini de pourrir de l’intérieur, et n’est plus, en lui-même, porteur de solutions. Les vérités seraient ailleurs.

    Pambazuka News vous propose une revue de ces approches alternatives qui veulent que de la crise sorte un ordre nouveau, pour un meilleur développement des peuples.

    1 - Un petit coup de peinture sur un monde en ruines

    Peu importe au G20 si le FMI a été un acteur central dans l’imposition des politiques d’ajustement structurel depuis les années 1980, au contraire, le G20 veut le remercier d’avoir été le grand ordonnateur des privatisations à outrance, de la libéralisation de l’économie, de l’ouverture des marchés et de la réduction drastique des budgets sociaux. Le FMI, bien que discrédité et délégitimé au niveau mondial, va être remis au centre du jeu politique et économique grâce à un apport de fonds d’ici 2010.

    Un petit coup de peinture sur un monde en ruines, voilà la démarche du G20. Seule une forte mobilisation populaire pourra permettre de bâtir des fondations solides pour construire enfin un monde dans lequel la finance est au service des êtres humains, et non l’inverse.

    Une nouvelle crise de la dette est en préparation au Sud, elle est la conséquence de l’explosion de la bulle de la dette privée immobilière au Nord. La crise qui touche aujourd’hui l’économie réelle de tous les pays du Nord a provoqué une chute des prix des matières premières, ce qui a réduit les recettes en devises avec lesquelles les gouvernements des pays du Sud remboursent leur dette publique externe. De plus, le « credit crunch » a provoqué une hausse du coût des emprunts des pays du Sud. Ces deux facteurs provoquent déjà des suspensions de remboursement de la dette de la part des gouvernements des pays les plus exposés à la crise (à commencer par l’Equateur). D’autres suivront.

    La situation est absurde : les pays du Sud sont des prêteurs nets à l’égard du Nord, à commencer par les Etats-Unis qui ont une dette extérieure totale de plus de 6 000 milliards de dollars (le double de la dette externe des pays du Sud). Les banques centrales des pays du Sud achètent des bons du Trésor des Etats-Unis. Ils devraient au contraire former ensemble une banque du Sud démocratique afin de financer des projets de développement humain. Ils devraient quitter la Banque mondiale et le FMI qui sont des instruments de domination. Ils devraient développer des relations de solidarités Sud-Sud comme le font les pays membres de l’ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Honduras, Dominique). Ils devraient réaliser un audit des dettes qu’on leur réclame et mettre fin au paiement des dettes illégitimes.

    (Damien MILLET, Éric TOUSSAINT)

    2 - Un lifting des marchés financiers et tout continue comme avant

    Pour comprendre l’enjeu de ce nouveau sommet, il est utile de se référer à la déclaration officielle du dernier sommet du G20 qui s’est tenu en novembre 2008, en pleine crise, à Washington : « Nous serons guidés dans nos travaux par la conviction commune que les principes du marché, des économies ouvertes et des marchés financiers correctement réglementés favorisent le dynamisme, l’innovation et l’esprit d’entreprise qui sont indispensables à la croissance économique, à l’emploi et à la réduction de la pauvreté. Durant la période de croissance mondiale soutenue, d’essor de flux de capitaux et de stabilité prolongée qui a marqué les débuts de cette décennie, les acteurs des marchés ont cherché à obtenir des rendements plus élevés sans évaluer les risques de façon adéquate et sans faire preuve de la vigilance requise. ».

    En gros, on continue comme avant, mais il faut mieux réglementer les marchés financiers. Sauf que si les marchés financiers occupent une telle place dans l’économie mondiale, c’est bien la conséquence des politiques, initiées par Reagan aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne et reprises par tous les gouvernements, qui ont consisté à diminuer de l’ordre de 10% la part des salaires dans les richesses produites, à laminer les services publics, les systèmes de santé, de protection sociale et des retraites.
    Et c’est bien aux racines de cette politique-là qu’il faut aujourd’hui s’attaquer. Il ne s’agira pas de se laisser illusionner par les discours enflammés que ne manqueront pas de faire Obama, Sarkozy et Compagnie contre des paradis fiscaux.

    Car la première mesure sérieuse à prendre serait la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle social du secteur bancaire. Elle seule permettrait une réelle levée du secret bancaire et le contrôle et la traçabilité des opérations financières.

    (Déclaration du Nouveau Parti anticapitaliste)

    4 - L'Afrique marginalisée dans les débats

    Dans ce nouveau cercle d'échanges commerciaux, c'est l'Afrique qui s'affiche comme le grand perdant. Du moins la partie du monde qui ne soit pas entièrement associée aux débats.

    (…) L'Afrique, qui fait dix fois l'Europe, est le principal creuset des matières premières qui approvisionnent les industries occidentales. Pourtant, seule l'Afrique du Sud a été conviée à la table de ces négociations cruciales qui vont désormais régir le système financier international. Elle y sera en tant que porte-parole d'un continent qui subit pleinement les contre-coups d'une crise dont elle n'est pas responsable.

    (…) Ainsi, maintenue dans un niveau d'immaturité et d'illégitimité, l'Afrique est obligée de confier ses intérêts à d'autres puissances. Une réclamation par procuration qui place la France parmi ses plus grands défenseurs. 'Nous essayerons de parvenir à une remise partielle de la dette des pays africains à condition pour ces derniers de ne pas la reconstituer avec d'autres pays comme la Chine', rappelait Alain Joyandet.

    (Abdoul Aziz Agne)

    6 - Pas de solution globale sans l’Afrique

    «L’Afrique est la seule région du monde qui n’est pas intimement liée aux processus de décisions internationales. Les pays riches doivent comprendre que le monde a changé et que l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle de l’époque coloniale. Mais en même temps, il faut reconnaître que le processus qui a mené à l’organisation de ce sommet du G-20 ne s’est pas fait sur une base géographique. Il a notamment tenu compte du niveau d’implication des pays convoqués dans l’économie mondiale. Mais cela n’excuse pas l’exclusion de l’Afrique. Il ne faut pas oublier que la plupart des matières premières sont fournies par l’Afrique et si l’Afrique va mal, le monde aura des problèmes.

    Après la deuxième guerre mondiale, les puissances ont créé les institutions de Bretton Woods pour réguler toutes les économies du monde. Seuls les pays du Tiers monde ont finalement respecté les réglementations de ces institutions. Si les pays développés avaient fait autant nous ne nous retrouverions pas dans la crise actuelle. Le sommet du G-20 est un premier pas pour redéfinir un nouveau monde. Cette rencontre ne peut aboutir à des solutions globales si des régions du monde en sont écartées. Seuls les Africains peuvent mieux exprimer les problèmes du continent.

    (Youssouf Ouédraogo, Premier ministre du Burkina Faso de 1992 à 1994, actuel conseiller spécial du président de la Banque Africaine de Développement)
    http://www.afrik.com/article15686.html

    7 - Les fausses illusions de l’aide

    Quand des promesses sont faites à l’Afrique dans les sommets internationaux, cela porte toujours sur l’augmentation de l’enveloppe de l’ « aide ». L’ « aide » n’a eu, jusqu'à ce jour, pour finalité que de maintenir ses récipiendaires sous perfusion, et de les enfermer dans un cycle infernal de dettes et de pauvreté.

    Le respect ou non de telles promesses ne change pas grand chose dans l’évolution des rapports de force qui maintiennent les africains dans la dépendance. La priorité devrait, désormais, résider dans la réduction de cette source de financement.

    Les Africains se doivent, pour financer leur développement, de mobiliser leurs ressources propres en se dotant de bourses régionales et nationales de valeur, de lever des fonds sur les marchés des capitaux, et d’engranger des investissements directs étrangers. C’est la ligne de conduite que la délégation de l’Union africaine doit défendre en liant des alliances stratégiques avec d’autres pays membres du G20 dont les intérêts sont en convergence historique avec ceux des pays africains : il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Arabie Saoudite, de l’Argentine, du Brésil, de la Chine, de la Corée du Sud, de l’Inde, de l’Indonésie, du Mexique, de la Russie, et de la Turquie.

    (Sanou Mbaye)
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  • La crise financière internationale témoigne de l'effondrement du laissez-faire économique et la croissance de discrédit du fondamentalisme du marché. Ce qui a été salué hier comme la seule voie vers la «croissance et la prospérité» est actuellement l’objet d'attaques féroces de la part des mêmes pays et es institutions qui l’ont porté aux nues depuis des années. Au niveau des pays développés qui font figure de leaders, les États ont élaboré des plans massifs de sauvetage pour sauver des industries ou pour nationaliser des banques et institutions financières.

    Enseignements fondamentaux tirés de la crise financière

    La crise a ébranlé tous les mythes associés au paradigme néolibéral. Elle a fourni des leçons fondamentales pour l'Afrique et le Sud. Ces enseignements devraient aboutir à une conclusion simple : le rejet des politiques néolibérales qui ont échoué et sont aujourd’hui discrédités, ainsi que des institutions qui ont travaillé à les promouvoir au cours des trois dernières décennies, à savoir le FMI et la Banque Mondiale.

    A - Effondrement du fondamentalisme de marché

    La première leçon importante de la crise actuelle est l'effondrement du fondamentalisme du marché. Elle montre que l'Empereur est nu. Les fondamentalistes du marché font valoir que les marchés devraient être laissés à eux-mêmes parce que, quoi qu'il arrive, ils disposent de mécanismes d’autorégulation et que les défaillances du marché sont moins coûteuses que les échecs des Etats. Mais la réalité démontre le contraire. Les ravages causés par la crise financière sont énormes, comme en témoignent les milliers de milliards de dollars nécessaires pour nettoyer le gâchis qu'ils ont étendus à l'ensemble du globe. Et ces coûts seront finalement supportés par le contribuable, c'est-à-dire l'Etat!

    Même les plus zélés des fondamentalistes du marché doivent avoir perdu leurs illusions quant à la capacité des marchés à s’auto-discipliner et à corriger leurs propres erreurs. Les marchés ne sont pas des forces impersonnelles, dotées de puissance et placé au-dessus des humains. Ils sont des constructions humaines dont les forces sont influencées par des intérêts égoïstes!

    Avec l'effondrement du fondamentalisme du marché, c'est la légitimité de l'ensemble du système néolibéral qui est en cause. Même certains de ses plus fervents idéologues sont désormais en proie au désarroi. Certains de ses mythes et dogmes les plus sacrés s'écroulent. Ce qui était impensable il y a seulement quelques mois est devenu une réalité quotidienne. Nationalisations des banques et institutions financières, des plans de sauvetage pour les entreprises industrielles, une forte intervention de l'État partout dans le monde et des attaques contre le "capitalisme sauvage", c’est ce qu’on observe en Europe et même aux Etats-Unis ! Les fantômes de Keynes, et même de Marx sont en train de revenir hanter les dirigeants occidentaux et les idéologues néo-libéraux ! (1)

    B) Discrédit prononcé du FMI et de la Banque mondiale

    L'effondrement du dogme néo-libéral est un coup dur pour les institutions financières internationales. Ce qui est encore plus dévastateur pour eux est le renversement de la plupart des politiques qu’ils ont défendu pendant des décennies en Afrique et dans d'autres "pauvres", à travers les Politiques d’Ajustement Structurel (PAS) désormais discréditées ! Le FMI et la Banque mondiale soutiennent des stimulations budgétaires - des politiques budgétaires s expansionnistes - aux États-Unis, en Europe et en Asie. Ils soutiennent des plans de sauvetage, y compris la nationalisation de banques privées et autres institutions financières. La priorité du jour n'est plus l'inflation, mais l’emploi et le redressement économique.

    Depuis les années 1980, toutes ces politiques ont été refusées aux pays africains au nom du fondamentalisme du marché. Est-ce à dire que ce qui est bon et acceptable pour les pays occidentaux ne l’est pas pour les pays africains ? Quel que soit le cas, une chose est claire : les politiques néolibérales préconisées par le FMI et la Banque Mondiale n'ont jamais été basées sur des arguments « scientifiques », mais sur des bases purement idéologiques, dans le but de protéger et de promouvoir les intérêts du capitalisme mondial. Tous les artifices néolibéraux colportés par ces institutions dans le Sud sont en ruine avec leur propre... "bénédiction"! Ainsi tout ce qu’on conseillé et contraint les pays africains à appliquer reposait sur des bases instables.

    Il n'y a pas de doute que la crise financière et les autres les crises qui sont survenues ces derniers temps ont porté un grand coup à la crédibilité de ces institutions et approfondi leur crise de légitimité, même si elles tentent d'utiliser ces crises pour opérer un retour, comme avec le FMI (2). Mais quoi qu'il arrive, plus rien ne sera comme avant.

    Une grande leçon pour l'Afrique, c'est qu’aucune confiance ne devrait plus être accordée au FMI et la Banque Mondiale, pour être à l’écoute de ses conseils. Dès lors, il est incompréhensible et même honteux de voir les pays africains tenir une réunion avec le FMI en Tanzanie, dans le but de construire un "nouveau partenariat". Dans la déclaration publiée à l'issue de cette réunion, il a été demandé au FMI d'étendre « son expérience et son l'expertise », comme si les dirigeants africains et les décideurs politiques n'ont pas assez appris de près de trente ans de politiques ruineuses du FMI, des Programmes d'Ajustement Structurel aux Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté !

    C) L'Etat comme acteur central dans le processus de développement

    Une autre conséquence majeure de la perte de légitimité du système néolibéral, reste la reconnaissance que l'État joue un rôle central dans la résolution de la crise provoquée par le libre marché et qu’il restera un acteur clé dans le processus de développement, qu'il s'agisse de pays développés ou de pays en développement. Certains peuvent se rappeler que l'ancien président américain, Ronald Reagan, avait affirmé dans les années 1980 que l'Etat est "une partie du problème, et non de la solution". C’était le signal de l'ère de la déréglementation massive et le dépeçage de l'État et du service public, la porte ouverte à certaines des plus radicales et des plus dévastatrices des politiques d'ajustement structurel en Afrique. Les États africains se sont retrouvés sous le coup d’attaques vicieuses les qualifiant de "prédateurs", "gaspilleurs", "rentiers", "corrompus" et "incompétents" !

    Toutes ces qualifica tions n’avaient pour objectifs que de discréditer l'État comme agent de développement économique et social, ainsi que les expériences de développement menées dans la période post-indépendance jusqu'à la fin des années 1970 (4). Malgré les remarquables réalisations de cette période, le FMI et la Banque Mondiale ont fait feu de tout bois à partir de n’importe quel exemple négatif possible, pour blâmer l'État à propos de toute crise en Afrique (5). Aux dirigeants africains ils ont inculqué l’idée selon laquelle l'Etat est le principal, sinon l'unique cause de la crise économique et sociale en Afrique. Et qu’en conséquence, les solutions ne peuvent venir que du dépérissement de l'État en éliminant ou en limitant son intervention dans la sphère économique. Ce qui signifie l'imposition de programmes d'austérité budgétaire, la réduction des effectifs de la Fonction Publique et le démantèlement du secteur public avec la privatisation des entreprises appartenant à l'Etat.

    Mais les crises alimentaires et financières ont fini de montrer que l'État reste un élément indispensable et indiscutable en tant qu'agent de développement et porteur de solutions à la crise mondiale actuelle. Et que c’est plutôt la déréglementation et le fondamentalisme de marché qui font partie du problème !

    D) L'Afrique ne peut pas compter sur les soi-disant «partenaires au développement »

    Pendant des années, les pays occidentaux et les institutions financières internationales ont fait la sourde oreille face aux appels pour annuler la dette illégitime des pays africains - une dette qui a été payée et payée à plusieurs reprises -, source de beaucoup de souffrances pour des millions de personnes, du fait d'un transfert massif de la richesse des «pauvres » vers les pays riches. Depuis plus de 35 ans, les pays occidentaux n'ont pas réussi à consacrer 0,7% de leur PIB à l'aide publique au développement (APD). Au cours des dernières années, les chiffres de cette aide sont en baisse ou, au mieux, en stagnation. Et cela, malgré les affirmations répétées que les engagements seront respectés. En plus, il est désormais un fait que la plupart des pays africains ne réaliseront pas les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), en grande partie à cause de la baisse du financement extérieur et de la baisse des recettes d'exportation en raison de la restriction de l'accès des exportations africaines aux marchés des pays occidentaux.

    L'incapacité à remplir les engagements envers l'Afrique et les autres pays est en net contraste avec la mobilisation, par les pays occidentaux, de plus de 4 milliards de $ pour soutenir ou nationaliser les banques et les institutions financières afin de sauver des emplois et d'atténuer l'impact de la crise sur leur population. Et tout cet argent a été mobilisé en quelques semaines ! A savoir un renflouement massif qui fait 45 fois les 91 milliards de dollars promis par l'Union européenne et les États-Unis pour l’ « aide » étrangère en 2007. Le renflouement de AIG seul (152 milliards de dollars) est plus élevé que cette "aide" ! (6)

    Que devrait être la réponse de l’Afrique ?

    La leçon tirée des expériences examinées ci-dessus est sans ambiguïté : il s'agit d'un moment opportun pour l'Afrique de se libérer du joug du capitalisme néolibéral et d’explorer de nouvelles voies pour un développement endogène par et pour son peuple. Partout, dans le reste du monde, les pays et les régions sont en train de s’éloigner du paradigme néolibéral discrédité et abandonné. L'Afrique a été la principale victime des politiques néolibérales impitoyables imposées par le FMI et la Banque Mondiale depuis près de trois décennies, avec des conséquences économique, sociale et politique catastrophiques dont les populations africaines sont encore témoins.

    Rester à l'intérieur de ce paradigme et continuer d'écouter les institutions financières internationales ne feront qu'empirer la situation en Afrique. Par conséquent, il est temps pour les pays africains de faire preuve d'audace et de prendre une option décisive pour aller vers un autre paradigme de développement. La volonté politique est la clé de cette démarche. Sans un leadership désireux et capables d'explorer de nouvelles politiques de développement, on ne peut rien faire. Donc, la question fondamentale est de savoir si les dirigeants africains ont assez appris de la débâcle du capitalisme néo-libéral. L'autre question est de savoir si elles sont prêtes à rompre avec elle, pour explorer un autre paradigme de développement.

    1. Rejeter les politiques néolibérales discréditées par leur échec

    La première étape dans cette direction est de contester et de rejeter l'échec de toutes les politiques préconisées et imposées par les institutions financières internationales et qui ont coûté beaucoup à l'Afrique.

    Au cours de sa première réunion, la Commission Stiglitz (7) a souligné que "les pays en développement ont élargi les possibilités pour l'établissement de politiques et d'institutions appropriées à leurs conditions. Cela comprend l'élaboration, dans un nombre significatif de pays, de cadres qui permettent de se prémunir des échecs liés à la régulation et à l’environnement macro-économique ".

    Partout, les pays et les régions ne font que cela. En Asie, en Amérique latine, ils sont en train de prendre des mesures monétaires, fiscales et autres, visant à atténuer l'impact de la crise financière sur leurs économies. Les pays africains devraient également tenir compte de cet appel et prendre les mesures jugées nécessaires pour protéger leur économie des chocs extérieurs.

    - À cet égard, les pays africains devraient penser à rétablir des contrôles de capitaux et à inverser la libéralisation du compte de capital. Ces politiques ont ouvert la porte à des flux de capitaux spéculatifs, à l'évasion fiscale et à la fuite des capitaux, contribuant ainsi à la baisse de l'épargne intérieure en Afrique, tout en augmentant sa dépendance à l'égard des financements extérieurs.

    - Les pays africains devraient également rejeter l'austérité budgétaire et monétaire, tel que prescrit par le FMI, car ces politiques ont tendance à étouffer la croissance économique en limitant les investissements publics dans les secteurs clés et en réduisant considérablement les dépenses sociales. Les impulsions politiques, adopté par les États-Unis, l'Europe et d'autres pays de l'OCDE, montrent que, en temps de crise, les restrictions budgétaires n'ont pas de logique économique. Alors, pourquoi les pays africains doivent accepter l'austérité budgétaire lorsque leur pays sont dans une situation pire que celle des pays développés ?

    - Un autre impératif est le rejet de la libéralisation du commerce et la restauration de la protection des marchés intérieurs. Au nom du «libre échange» et des «avantages comparatifs», des pays africains ont été forcés d'accepter une libéralisation du commerce qui a été très coûteuse en termes économiques et sociaux. La libéralisation des échanges a augmenté la dépendance extérieure de l'Afrique, détruit les industries nationales, accéléré la désindustrialisation et conduit à la détérioration des termes de l'échange. Au moment où les pays africains étaient instruits sur les vertus du «libre échange», des pays de l'OCDE fournissaient d'énormes subventions agricoles, à travers des montages déguisés ou des politiques protectionnistes ouvertes qui ont fait du «libre-échange » prôné une vaste blague.

    - Toujours au nom des «avantages comparatifs», les pays africains ont été contraints de donner la priorité aux cultures de rente au détriment de la production alimentaire. La crise alimentaire en Afrique et la grande dépendance des importations de produits alimentaires illustrent une fois de plus le fait que les institutions financières internationales ont induit en erreur les pays africains, pour les porter à adopter des politiques qui sont préjudiciables à leurs intérêts fondamentaux. Le FMI et la Banque Mondiale, qui portent une grande responsabilité dans la crise alimentaire en Afrique, sont aujourd’hui heureux de pouvoir "aider" les pays africains en leur proposant des "prêts d'urgence" pour acheter des produits alimentaires des pays occidentaux.

    - Les mêmes institutions financières internationales sont à l'origine des attaques contre l'Etat, qui ont conduit à la destruction du secteur public au profit des capitaux étrangers. Ils ont imposé la privatisation des entreprises d'État au nom du « développement du secteur privé» et de la recherche de l’«efficacité». Et le développement du secteur privé nécessitait de s'engager dans une course vers le bas afin d'attirer les investissements directs étrangers (IDE). À cette fin, les pays africains se sont engagés dans une course pour la vente des entreprises d'État, le bradage de l'industrie minière et la dilapidation des ressources naturelles. Dans plusieurs pays, il y avait même des «ministères de la Privatisation », dont la mission principale était de vendre la partie de la plus rentable des biens publics avec peu de résultats positifs pour leur pays.

    Contrairement à ce qui se disait, la privatisation s’est traduite en pertes massives d'emplois et par l'exclusion sociale. On peut même établir une certaine corrélation entre l'aggravation de la pauvreté et l’augmentation du contrôle, par l'étranger, des ressources et des actifs, car ce contrôle est associé à un rapatriement de bénéfices énormes et à des évasions fiscales. En un sens, la privatisation peut être ainsi assimilée à un vol du patrimoine national, y compris les secteurs stratégiques, par le biais du transfert à l’étranger du contrôle de l'actif construit tout au long d’années de sacrifices consentis par le peuple.

    Par conséquent, il est nécessaire d’inverser la tendance à la privatisation pour rétablir la souveraineté du peuple sur les ressources de la nation. Il est temps, pour les pays africains, de remettre entre les mains du service public et de la collectivité les secteurs clés du développement et les ressources naturelles. Aucun véritable développement endogène n’est possible sans le contrôle des richesses par un pays. Ainsi, l'Afrique devrait tirer les leçons données par les pays capitalistes, y compris les États-Unis, avec la nationalisation de leurs banques et établissements financiers. Mais plus important encore, les pays africains devraient tirer les leçons de l'exemple d'autres pays du Sud, comme ceux de l'Amérique du Sud et d‘Asie, où les gouvernements se sont engagés à reprendre ce qui a été vendue à des multinationales.

    2. Restaurer le rôle de l'État dans le processus de développement

    L'inversion de la privatisation, pour le contrôle de secteurs clés et des ressources naturelles exige une forte et active intervention de l'Etat. Les tenants de cette intervention ont été renforcés dans cette position par l'échec manifeste des politiques de laisser-faire et la résurgence de l'intervention de l'État dans les pays développés. En Afrique, il y a une corrélation entre les licenciements, la pauvreté et l'exclusion sociale. En un sens, une défaillance du marché est encore pire que l'échec d’un État. La sécurité nationale a besoin d'un État fort et actif. Dans les pays fragiles, l'intervention de l'État est indispensable au processus d'édification de la nation. Les pays africains doivent défendre la propriété publique et les entreprises d'État sans étouffer le secteur privé. C'est l'une des principales leçons de l'échec des politiques néolibérales et de la crise financière actuelle.

    3. Récupérer le débat sur le développement de l'Afrique

    Toutes ces politiques ont un seul objectif : l'Afrique et les Africains doivent reprendre le débat sur leur développement. Ils ne doivent jamais accepter que d'autres parlent de l'Afrique en son nom. Un véritable développement est un processus endogène. Aucune force extérieure ne peut apporter le développement à un autre pays. Ainsi, les Africains devraient restaurer leur confiance en eux, la confiance en l'expertise africaine, et promouvoir l'utilisation des connaissances endogènes africaines et de la technologie.

    Étant donné que le développement doit être considérée comme un processus complexe et multidimensionnel de transformation, il ne peut y avoir de développement réel sans un Etat. Cependant, l'Etat n'est plus le seul acteur. Il doit composer avec la société civile qui est devenue un acteur clé dans le débat sur le développement de l'Afrique.

    Dans la recherche d'un paradigme de rechange, l'Afrique doit revoir les documents clés, comme le Plan d'action de Lagos (LPA), le Cadre Africain de Référence pour les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS-AAF), la Déclaration d'Arusha sur la participation populaire et le Traité d'Abuja, entre autres. Une mise à jour de ces documents et l'intégration des contributions faites par les organisations de la société civile en lutte dans les domaines de l'égalité des sexes, du commerce, des finances, de la souveraineté alimentaire, des droits humains et sociaux, devraient aider l'Afrique à parvenir à son propre développement.

    Est-il nécessaire de souligner à nouveau que l'intégration régionale et continentale de l'Afrique est une des clés de sa survie et de son développement à long terme ? Seul un effort collectif et concerté peut aider l'Afrique à surmonter les multiples obstacles qui se trouvent sur sa route pour un développement endogène, centré sur les personnes, pour la démocratie et le développement durable. En cal, l'Afrique devrait apprendre de l'expérience d'autres régions du Sud. L'Initiative Chiang Mai en Asie a été renforcée et un nouveau pas a été fait pour en faire un véritable fonds monétaire. En Amérique latine, les Solutions de Rechange Bolivarienne des Amériques (ALBA) et la Banque du Sud consacrent le renforcement de la solidarité régionale grâce à une coopération économique, financière et politique. Ces instruments permettent à ces pays de résister à partir d’une position plus forte. L'Afrique a perdu beaucoup de temps dans le processus d'intégration. La crise devrait, une fois pour toutes, ouvrir les yeux des dirigeants africains et des citoyens sur le fait que le seul moyen pour l'Afrique de survivre est de se diriger vers une véritable intégration des Etats et des peuples.

    4. Financement du développement de l'Afrique

    La crise de la dette extérieure, la tendance à la baisse de l'Aide Publique au Développement et le faible niveau des investissements étrangers montrent que l'Afrique ne peut compter sur des sources extérieures pour financer son développement. Reconquérir son droit souverain à la conception de ses propres politiques va de pair avec des efforts énergiques pour mobiliser des ressources en interne et assumer une plus grande partie des ressources nécessaires pour financer son développement. La Banque Africaine de Développement a justement fait valoir que "le continent a besoin pour stimuler la mobilisation des ressources nationales - par des instruments financiers et fiscaux - pour soutenir la croissance et l'investissement. S'attaquer à ces questions nécessite des interventions stratégiques à différents niveaux » (8).

    - Donc, la priorité devrait être la mobilisation des ressources nationales. Les pays africains doivent adopter de nouvelles politiques monétaires et budgétaires visant à accroître l'épargne intérieure. Et le potentiel est énorme, en effet, si les pays africains se donnent les moyens d'atteindre cet objectif. Dans une étude, Christian Aid indique que les pays africains sont en train de perdre des milliards de dollars en recettes fiscales du fait de leur incapacité à contraindre les sociétés étrangères dans différents secteurs, en particulier dans l'industrie minière, à respecter les accords. Face à la faiblesse et à l'inefficacité des États, ces sociétés ont recours à divers moyens pour éviter de payer des impôts ou pour payer moins d'impôts. Il est estimé que les pays africains perdent près de 160 milliards de dollars chaque année, du fait de l'évasion fiscale et des exonérations fiscales. (9)

    Par conséquent, afin d'obliger les entreprises étrangères à s'acquitter de leurs obligations et d'élargir l'assiette fiscale, les pays africains doivent réorganiser leurs États et en faire de véritables instruments de développement. En d'autres termes, ils ont besoin d'États en mesure de faire appliquer les accords et à mobiliser des ressources pour le développement. Il s'agit là d'une recommandation faite par la CNUCED dans son rapport sur l'Afrique (10). Le document affirme qu'il est temps de favoriser le développement des États et pour le mettre au centre du processus de développement et permettre aux pays africains de récupérer l'espace perdu à cause de la politique néolibérale imposée par les institutions internationales au cours des trois dernières décennies. Le rapport indique que de telles capacités, de la part des Etats, devraient aider les gouvernements africains à améliorer la perception des impôts, à officialiser le vaste secteur informel, à arrêter la fuite des capitaux, à faire un usage plus productif des envois de fonds des expatriés d'Afrique et d'adopter des mesures efficaces visant à rapatrier les ressources détenues à l'étranger.

    - Les envois de fonds de la diaspora africaine sont devenus une source croissante de financement. En 2007, ils étaient estimés à 27,8 milliards de dollars et représentent 3,9% du PIB pour les pays d'Afrique du Nord et environ 2% pour le reste du continent (11). Mais pour certains pays, les envois de fonds représentent jusqu'à 30% du PIB (12). Dans de nombreux pays, les rapatriements de salaires sont plus élevés que l'Aide publique au développement et les Investissements directs étrangers. En outre, ils constituent une source sûre de financement pour le développement, presque gratuitement, tandis que l'aide publique et les investissement étrangers sont associées à des coûts politiques, économiques et financiers beaucoup plus élevés que leur potentiel de "prestations". Ainsi, intégrer les transferts de fonds dans une stratégie cohérente de développement permettrait de réduire la dépendance extérieure et de faire contribuer davantage les expatriés au développement de l'Afrique.

    - Un autre canal par lequel l'Afrique peut trouver des financements non traditionnels reste la coopération Sud-Sud. Avec la montée de nouveaux pouvoirs assis sur d'énormes réserves de trésorerie, avec une volonté de construire un nouveau type de coopération avec les pays africains, il y a là une occasion à utiliser à bon escient. Déjà, plusieurs pays africains ont de plus en plus recours à ces possibilités avec des pays comme la Chine, l'Inde, l'Iran, le Venezuela et les pays du Golfe, pour des prêts, des investissements directs et de joint-ventures.

    Le commerce Sud-Sud a augmenté de $ 577 milliards de dollars à 1,700 milliards de dollars entre 1995 et 2005, et il ne cesse d'augmenter. (13) En 2008, le commerce entre l'Afrique et la Chine a été estimé à $ 107 milliards, avec un bilan favorable pour l'Afrique. En développant ses liens économiques et financiers avec le reste du Sud, l'Afrique va renforcer l'espace politique dont il a besoin pour affaiblir l'influence des "partenaires traditionnels"

    - Les pays africains devraient poursuivre avec plus de force la mobilisation pour l'annulation inconditionnelle de la dette illégitime du continent. L’Initiative multilatérale "d'allégement de la dette" (IADM), n'est pas une réponse adéquate à la demande de l'Afrique. Seuls quelques pays y sont inclus et ils doivent se conformer aux conditions dictées par les institutions financières internationales. Si les pays occidentaux et les institutions ne veulent pas tenir compte de la demande d'annulation de la dette, les pays africains devraient avoir le droit de prendre de mesures unilatérales pour arrêter le remboursement de la dette, parce qu'il viole les droits humains et sociaux de leurs citoyens.

    - En plus de l'annulation de la dette, les dirigeants africains et les institutions devraient rejoindre la société civile pour demander réparation pour des siècles d'esclavage, de colonialisme, de domination, d'exploitation et de pillage des ressources du continent. Il s'agit d'une longue lutte, mais qui ne peut être gagnée si l'Afrique est prête à la soutenir aussi longtemps qu'il le faudra.

    - De même, l'Afrique devrait lancer un autre grand combat pour le rapatriement des richesses volées au peuple africain et conservés illégalement à l'étranger avec la complicité des États occidentaux et des institutions financières. Les évasions fiscales, la fuite des capitaux et les prix de transfert ont privé les pays africains de milliards de dollars qui doivent être retournés pour servir le développement du continent. Par conséquent, l'Afrique, par le biais de ses institutions régionales et continentales, devrait lancer une campagne pour le rapatriement de leur richesse, avec l'aide des institutions des Nations Unies, la solidarité des pays du Sud et l'appui de l'opinion publique progressiste dans le Nord.

    Conclusion

    Les crises financières ont accéléré le discrédit des institutions financières internationales et approfondi la crise de légitimité du système néolibéral. Cette situation offre à l'Afrique une occasion unique de se libérer de l'influence de l'idéologie néolibérale et du contrôle de ces institutions. Par conséquent, les pays africains devraient avoir le courage et la volonté de rompre avec des politiques discréditées et qui ont échoué. Jamais auparavant, ils n’ont eu cette possibilité et ces bonnes raisons pour étudier d'autres politiques. Il est temps, pour l'Afrique, de reprendre le débat sur son développement et en prendre la responsabilité. Des exemples venant d'autres régions du Sud fournissent d'importantes leçons que les pays africains pourraient capitaliser et utiliser à leur avantage.

    NOTES
    1) Voir, entre autres, « The Economist » (18e-24e Octobre, 2008) avec ce titre : «The capitalism at Bay», « Time » (2 Février, 2009), avec Marx sur la page de couverture et cette question : "Qu'est-ce que Marx pnse?"
    Le Monde Diplomatique, d’ctobre 2008, avec un article intitulé «Le jour où Wall Street est devenu socialiste"
    2) La crise financière a marqué un renouveau du FMI qui devient sans pertinence dans de nombreuses parties du monde. Il a étendu les prêts à plusieurs pays (Géorgie, Islande, Pakistan) et créé des "fonds d'urgence" pour les pays "pauvres". Les ministres des Finances du G20, réunis au Royaume-Uni les 13-14 mars 2009, ont décidé d'augmenter ses ressources.
    3) Voir Thandika Mkandawire (2001), "Réflexion sur le développement des Etats en Afrique", dans le Cambridge Journal of Economics, Vol. 25, n ° 3 (Mai), numéro spécial sur le développement économique de l'Afrique dans une perspective comparative, pp. 289-313
    4) La Banque mondiale a été le premier à lancer l'assaut sur le développement à travers les politiques d’Etat, avec le tristement célèbre Rapport Berg intitulé «Le développement accéléré en Afrique sub-saharienne: Un programme d'action », Washington, DC, 1981. En fait, les politiques accélérées de la Banque mondiale pour la pauvreté sur une grande échelle!
    5) Voir, entre autres, Bureaucrats in Business: The Economics and Politics of Government Ownership, (1995) et Adjustment in Africa: Reform, Results and the Road Ahead, (1994).
    6) Voir Institute for Policy Studies (IPS), Bailouts Dwarf Spending on Climate and Poverty Crises. Washington, DC, Décembre 2008.
    7) Commission d'experts du président de l'Assemblée générale des Nations Unies sur les réformes du système monétaire et financier international, présidé par Joseph Stiglitz. Cette Commission a plus de légitimité que le G20, car il représente tous les membres de l'ONU (192 pays et territoires) et invite à la participation des organisations de la société civile dans ses débats.
    8) Ibid,
    9) Christian Aid (2008), Death and Taxes: the true toll of tax dodging.. Londres, un rapport de Christian Aid (Mai)
    9) CNUCED (2007), Le développement économique en Afrique. Retrouver une marge d'action : la mobilisation des ressources intérieures et l'État développementiste. New York et Genève - Nations Unies
    10) BAD (2008), op.cit.
    11) Voir Le Monde Diplomatique, «Convoitises sur l'argent des émigrés», Paris, Janvier 2009, p. 12.
    12) Le Monde Diplomatique, L'Atlas, Février 2009, p. 183

    * Demba Moussa Dembélé dirige le Forum africain sur les alternatives

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  • La politique américaine concernant l’Afrique ne fait pas souvent l’actualité. Aujourd’hui, elle ne peut plus être occultée. Avec la mise en place d’un commandement militaire pour l’Afrique, AFRICOM, sous le magistère de George Bush, les Etats Unis ont placé le continent dans le spectre des zones sensibles pour leur sécurité. Avec de nombreuses ambiguïtés quant aux missions et interventions dévolues à ce commandement opérationnel en Afrique.

    Pour les analystes Daniel Volman et William Minter (in «Foreing Office in Focus») l’administration Obama a hérité d’un « monstre » à double face devant lequel il lui faudrait un choix clair : mettre l’accent sur la guerre contre le terrorisme et pour l’accès aux ressources naturelles ou donner la priorité à l’amélioration de la capacité multilatérale de l’Afrique à répondre à ses propres besoins urgents de sécurité ?

    A la fin de la cérémonie d’investiture du président Barak Obama, le leader des droit civiques, le Révérend Joseph Lowery, a appelé de ses vœux le jour où ‘’ les nations ne prendront pas l’épée contre les nations, lorsque les tanks deviendront des tracteurs’’. Personne ne s’attend à ce que cette vision utopique devienne réalité dans un avenir proche. Mais tant Obama que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton se sont exprimés avec éloquence quant à la nécessité de faire prévaloir la diplomatie plutôt qu’un agenda militaire exclusif. Lors de la cérémonie de confirmation, Mme Clinton a insisté sur la nécessité d’user d’un ‘’pouvoir intelligent’’, faisant, peut-être par inadvertance, écho à l’opposition d’Obama à la guerre en Irak qualifiée de ‘’guerre idiote’’. Même les militaires du sommet de la hiérarchie, tel le chef d’état major des Forces Armées, Mike Mullen, ont mis en garde contre la militarisation excessive de la politique étrangère américaine.

    En pratique, ce changement d’orientation va certainement s’avérer plein de contradictions. A un niveau global, le défi le plus immédiat à la crédibilité du changement de politique étrangère américaine se situe en Afghanistan où l’augmentation promise de troupes a peu de chance de stabiliser le pays qui risque de devenir le ‘’Vietnam’’ d’Obama. La politique concernant l’Afrique n’est pas généralement dans le domaine public. Néanmoins, la nouvelle administration se trouve devant un choix clair. La politique de sécurité, que les Etats-Unis mènent de facto en Afrique, va-t-elle mettre l’accent sur la guerre contre le terrorisme et pour l’accès aux ressources naturelles et privilégier les relations militaires bilatérales avec des pays africains ? Ou est-ce que les Etats-Unis vont donner la priorité à l’amélioration de la capacité multilatérale de l’Afrique à répondre à ses propres besoins urgents de sécurité ?

    Le choix de la première option ne ferait que miner plutôt qu’améliorer la sécurité aussi bien des Etats-Unis que de l’Afrique. Choisir la deuxième option ne sera pas facile. Il n’y a pas de solution miracle. Toutefois, il est nécessaire que les politiciens considèrent sous un angle plus large les besoins de sécurité de l’Afrique et favorisent l’approche multilatérale pour les aborder.

    Le besoin d’action immédiate pour promouvoir la paix en Afrique est clair. Bien qu’une bonne partie du continent soit en paix, il y a de vastes régions en proie à la violence et à l’insécurité, très particulièrement au Soudan, en République démocratique du Congo et en Somalie. Ces crises ne nécessitent pas seulement un effort diplomatique soutenu, mais également des ressources pour établir et maintenir la paix. Pourtant, l’administration Bush a légué au nouveau président une nouvelle force militaire pour l’Afrique : The United States Africa Command, connu sous l’acronyme de AFRICOM. En même temps, Washington a privé de ressources les Nations Unies et d’autres institutions multilatérales tout en leur confiant d’énormes responsabilités de maintien de la paix.

    Le gouvernement a présenté AFRICOM comme une restructuration efficace des institutions ainsi que comme un programme bienveillant de soutien aux gouvernements africains pour des opérations humanitaires ou de sécurité. En réalité, ceci représente une institutionnalisation et une augmentation du financement du modèle de relations militaires bilatérales, une répétition des erreurs de la Guerre Froide. Ceci risque d’entraîner plus profondément les Etats-Unis dans des conflits, de renforcer ses liens avec des pouvoirs répressifs, d’excuser des violations des Droits de l’Homme plutôt que de promouvoir un multilatéralisme viable pour l’établissement et le maintien de la paix. Avec pour corollaire le détournement des maigres ressources budgétaires, il générera du ressentiment et minera les intérêts à long terme des Etats-Unis.

    Façonner une nouvelle politique de sécurité des Etats-Unis requiert plus qu’un petit coup de barre vers une diplomatie plus active. Il est nécessaire de remettre en cause le cadre de référence concernant la sécurité hérité et d’en façonner un nouveau qui intègre les intérêts de sécurité des Etats Unis et de l’Afrique dans une perspective plus large, incluant la sécurité humaine. En particulier, il est requis que les Etats-Unis transforment une approche principalement bilatérale et militaire en une approche qui donne la priorité aux actions conjointes, aussi bien avec l’Afrique qu’avec des partenaires globaux.

    AFRICOM, en théorie et en pratique.

    A en croire leurs fréquents communiqués de presse, AFRICOM et les programmes associés tel Africa Partnership Station de la Navy sont principalement axés sur les relations communautaires et des projets de renforcement des capacités tel le sauvetage ou la lutte contre l’incendie, la formation de marins africains, la construction de cliniques et d’écoles et autres efforts de même nature.’’ Le but d’AFRICOM est d’aider les Africains à augmenter leur capacité à défendre leur propre sécurité’’, affirmait la vice-assistante du Secrétaire à la Défense, Thérésa Whelan, dans un communiqué officiel typique. Les champions d’AFRICOM poursuivent en soulignant l’importance de l’intégration de programmes humanitaires et de développement dans les programmes opérationnelles.

    Les porte-parole du Pentagone décrivent AFRICOM comme une restructuration bureaucratique logique qui garantira à l’Afrique l’attention qu’elle mérite. Ils insistent qu’AFRICOM n’établira pas les priorités de la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Afrique ou n’augmentera pas l’influence du Pentagone au détriment des institutions civiles. Témoignant devant le Comité des Affaires Etrangères du Sénat en août 2007, Whelan nie qu’AFRICOM a été créé ‘’ seulement pour lutter contre le terrorisme, ou s’assurer les ressources en pétrole ou décourager la Chine’’. Elle rétorque : ‘’ ceci n’est pas vrai’’

    Mais d’autres déclarations, faites par Whelan elle-même, par le général William ‘’Kip’’ Ward, général 4 étoiles Afro-Américain qui commande l’AFRICOM, ainsi que par le vice amiral Robert Moeller, son adjoint, présentent les priorités d’AFRICOM en termes beaucoup plus conventionnels. Dans un briefing aux officiers du Commandement européen en mars 2004, Whelan a déclaré que les priorités du Pentagone en Afrique sont de ‘’ prévenir l’établissement, démanteler ou détruire les groupes terroristes ; mettre un terme à la prolifération des armes de destruction massive; assurer l’évacuation de citoyens américains en danger ; assurer l’accès à des ressources stratégiques, des réseaux de communications et des bases avancées pour le ravitaillement en carburant’’ en Afrique.

    Le 19 février 2008, Moeller déclarait lors d’une conférence d’AFRICOM, que protéger ‘’ la libre circulation des ressources naturelles de l’Afrique vers le marché global’’ était un des principes directeur de l’AFRICOM, citant’’ l’interruption de l’approvisionnement en pétrole’’, ‘’ le terrorisme’’ et’’ l’influence croissante de la Chine’’ comme des défis importants aux intérêts des Etats-Unis en Afrique.

    Comparaissant devant le House Armed Services Committee, le 13 mars 2008, le général Ward s’est fait l’écho des mêmes propos et a identifié le combat contre le terrorisme comme étant l’objectif principal d’AFRICOM dans tous les théâtres d’opération. Ward a à peine mentionné le développement, l’aide humanitaire ou la résolution des conflits. Le discours officiel des ETATS UNIS concernant l’AFRICOM n’implique pas de discussions en parallèles avec les Nations Unies et l’Union Africaine à propos du renforcement multilatéral des capacités de maintien de la paix. D’une manière frappante, il n’y a eu aucune consultation officielle à propos de ce nouveau commandement, ni avec les Nations Unies ni avec l’Union Africaine, avant que celui-ci ne soit annoncé en 2006.

    En pratique, AFRICOM, qui est devenu un commandement combattant indépendant le 1er octobre 2008, avec son quartier général à Stuttgart, Allemagne, est construit selon le schéma des commandements militaires américains tels qu’ils se présentent partout dans le monde. Bien qu’AFRICOM connaisse moins d’opérations de combats que les guerres qui tombent sous le commandement de CENTCOM en Irak et en Afghanistan, ses objectifs et ses programmes sont plus conventionnels que ce que l’image construite par leur service de relations publiques laisse entendre.

    Le Pentagone a maintenant six commandements géographiquement ciblé s- chacun dirigé par une général 4 étoiles ou un amiral- : l’Afrique (AFRICOM), le Moyen Orient et l’Asie centrale (Commandement central ou CENTCOM), l’Europe et l’ancienne Union Soviétique (European Command ou EUCOM), l’océan Pacifique, l’Asie de l’Est et du Sud (Pacific Command ou PACOM), le Mexique, le Canada, les Etats-Unis (Northern command ou NORTCOM) et l’Amérique centrale et du Sud (Southern Command ou SOUTHCOM), ainsi que d’autres qui ont des responsabilités fonctionnelles comme les Forces Spéciales et les armes nucléaires.

    Avant qu’AFRICOM ne soit établi, les opérations militaires américaines en Afrique se trouvaient sous trois commandements différents. EUCOM s’occupait de la majeure partie de l’Afrique ; l’Egypte et la Corne de l’Afrique restaient sous l’autorité de CENTCOM (L’Egypte reste sous l’autorité de CENTCOM plutôt que celle de l’AFRICOM) ; Madagascar et les îles de l’Océan Indien sont la responsabilité de PACOM. Les responsabilités principales de chacun de ces trois corps concernaient d’autres régions du monde qui avaient la priorité sur l’Afrique et n’avaient que peu de personnel, de rang intermédiaire, dédié à l’Afrique.

    Ceci reflétait le fait que l’Afrique n’était vue que comme un théâtre régional au cours de la Guerre Froide, un appendice des relations américano-européennes ou, immédiatement après la Guerre Froide, un région sans grand intérêt pour les Etats-Unis. Mais l’importance de l’Afrique dans les affaires militaires et de sécurité américaines a pris un essor considérable au cours de l’administration Bush, en réaction tant au terrorisme global qu’à l’importance croissante des ressources pétrolières africaines

    Le nouveau plan stratégique pour l’Afrique souligne l’importance, par-dessus tout, de la menace du terrorisme global, du risque posé par les systèmes étatiques faibles, ‘’ les espaces vides’’ ainsi que les pays avec une forte proportion de Musulmans, comme étant des territoires vulnérables où les terroristes pourraient trouver refuge et un soutien politiques. Ce plan est fondamentalement défectueux. Personne ne nie qu’Al Qaeda a trouvé des adhérents et des groupes alliés en Afrique, comme l’ont démontré les attentats contres les ambassades américaines à Nairobi et à Dar Es Salam en 1998. Mais l’idéologie islamiste n’a qu’un impact limité parmi les musulmans africains. Même dans des pays où les extrémistes musulmans sont au pouvoir, où l’on trouve des insurgés (comme en Algérie, au Soudan et en Somalie), la focalisation demeure sur les questions locales plutôt que sur un conflit global.

    Des analystes des insurrections tel Robert Berschinski et David Kilcullen ont mis en garde contre l’intégration de différentes groupes insurrectionnelles dans un tableau de terrorisme global, celle-ci faisant le jeu d’Al-Qaeda, lui permettant de plus facilement courtiser ces groupes. Des actions militaires brutales comme des attaques aériennes qui tuent des civils et collabore avec les forces contre révolutionnaires des régimes en place, loin de diminuer la menace du terrorisme, contribue à l’accroître.

    Bien qu’AFRICOM soit une instance nouvelle, il y a déjà une accumulation de preuves qui montrent que l’AFRICOM est en fait en train de poursuivre une telle politique. Rien ne prouve que cette politique contribue à la sécurité des Etats-Unis ou de l’Afrique. Au contraire, il y a des indications significatives qu’elle est contre productive en aggravant l’insécurité en Afrique et en stimulant les menaces potentielles contre les intérêts américains.

    L’exemple de la Somalie

    L’exemple le plus significatif de l’implication militaire américaine en Afrique a été le ‘’Combined Joint Task Force-Horn of Africa’’ ( CJTF-HOA). Sans se prononcer pour une attribution lors d’une conférence au début 2008, un supérieur d’AFRICOM cite le CTJF-HA, qui avait pris la tête de l’engagement américain en Somalie, comme un modèle pour les opérations d’AFRICOM ailleurs sur le continent. En octobre 2002, CENTCOM a joué un rôle majeur dans la création de cette task force, destinée à conduire des patrouilles navales et aériennes dans la mer Rouge, le golfe d’Aden et dans l’est de l’Océan Indien, dans le but de contrer les activités de groupes terroristes dans la région. Le commandement de la CJTF-HOA a été transféré à l’AFRICOM dès le 1er octobre 2008.

    Basé depuis 2002 au camp Lemonier à Djibouti, le CJTF-HOA comprend environ 1400 militaires américains- principalement des matelots, des Marines et des forces spéciales. Suite à un accord de cinq ans signé en 1997, la base s’est étendue sur 500 acres (environ 250 hectares). En plus, le CJTF-HOA a établi trois bases permanentes gérant les imprévus et les urgences qui ont servi lors des attaques en Somalie, une à la base navale de Manda Bay au Kenya et les deux autres a Hurso et Bilate en Ethiopie. Une task force de la Navy américaine, spécialisée dans les ‘’guerres spéciales’’ a été déployée récemment à Manda Bay où elle instruit les troupes kényanes dans les opérations anti-terroristes et les patrouilles côtières.

    En guise de soutien à l’Ethiopie lors de son invasion de la Somalie en 2006, la CJTF-HOA lui a fourni les renseignements. En janvier 2007 et en mai 2008, cette task force a aussi utilisé les installations de Djibouti, de l’Ethiopie et du Kenya pour lancer ses attaques aériennes et ses missiles contre des membres présumés d’Al Qaeda, impliqués dans le Conseil islamique en Somalie. Des douzaines de civils somaliens au moins ont été tués lors de ces seules attaques aériennes et des centaines ont été blessés. Ce qui ne représente qu’une fraction des victimes des combats qui ont eu lieu au cours de l’invasion, lors desquels des centaines de civils ont été tués et, vers le milieu de 2007, plus de 300 000 personnes étaient déplacées.

    A la fin de 2008, il était estimé que plus de 3,2 millions de personnes ( 43% de la population somalienne), y compris 1,3 millions de personnes déplacée par le conflit, avaient besoin d’assistance alimentaire. Les attaques aériennes des Etats-Unis ont donné une grande visibilité au soutien américain à l’invasion.

    Ces actions militaires représentent seulement un fragment de cette stratégie contre productive, façonnée par des considérations anti-terroristes étriquées. En 2005 et 2006, la CIA a fourni des ressources à des seigneurs de la guerre, choisis pour s’opposer aux milices islamistes. Les Etats-Unis ont collaboré avec l’Ethiopie afin d’envahir la Somalie et de renverser le Conseil islamique qui avait crée des mois de stabilité sans précédent à Mogadishu et ses environs. L’invasion a été un succès militaire conventionnel. Mais loin de réduire la menace de la part des groupes extrémistes, ele a isolé les modérés, provoqué des déplacements internes qui, à leur tour, ont généré une des pires crises humanitaires, et alimenté l’anti-américanisme qui a abouti à des attaques sur des opérations humanitaires locales et internationales.

    En bref, la Somalie a été un cas école en ce qui concerne les résultats négatifs lorsqu’on amalgame des menaces locales avec un concept mal défini de terrorisme global. En conséquence de quoi, la nouvelle administration Obama hérite de ce qu’un expert académique, Ken Menkhaus, a nommé un ‘’cauchemar politique’’.

    L’exemple du Sahel

    Bien que défrayant moins la chronique, mais tout aussi perturbant en raison du nombre de pays impliqués, aussi bien en Afrique du Nord qu’en Afrique de l’Ouest, il y a l’implication militaire américaine dans le Sahara et dans la région du Sahel. Sous le commandement de l’AFRICOM,. ‘’ Operation Enduring Freedom Trans Sahara’’ (OEF-TS) fournit un soutien militaire au programme Trans Sahara Counter terrorism Partnership ‘’ (TSCTP) qui comprend les Etats-Unis et onze pays africains : l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Maroc, la Tunisie, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Sénégal. Ses buts sont ainsi définis sur le site web de l’AFRICOM : assister les gouvernements traditionnels musulmans modérés et les populations des régions trans-sahariennes pour combattre l’extension des idéologies extrémistes et le terrorisme dans la région. Il est basé sur l’ancienne Initiative Pan Sahélienne, qui a été opérationnelle de 2002 à 2004, et tire ses ressources du Département d’Etat et de l’USAID ainsi que du Département de la Défense.

    Le soutien opérationnel provient d’une autre task force, la Joint Task Force Aztec Silence (JTFAS), créée en décembre 2003 sous EUCOM. La JTFAS a été spécifiquement chargée de conduire les opérations de renseignement et de partager l’information obtenue, ainsi que celle récoltée par d’autres agences de renseignements américaines, avec les forces militaires locales, utilisant les moyens de la Sixième flotte américaine. Parmi d’autres ressources, elle déploie un escadron maritime de patrouilles aériennes de l’US Navy P-3 Orion basé à Sigonella, en Sicile.

    En mars 2004, des avions P-3 de cet escadron, opérant depuis la base sud algérienne de Tamanrasset, ont été déployés afin de surveiller et de rassembler des renseignements sur les mouvements de la guérilla salafiste algérienne opérant au Tchad, les informations devant être transmises aux forces tchadiennes engagées dans un combat contre la guérilla. En septembre 2007, dans le cadre des exercices Flintlock 2007, un avion cargo américain Hercules C-130 basé à Bamako, la capitale du Mali, qui avait pour mission de ravitailler les unités contre révolutionnaires maliennes, occupée à combattre les forces Touaregs, a été pris pour cible par les Touaregs. Il n’y a eu aucun blessé et l’avion est retourné à Bamako sans autre problème. Mais l’incident donne la mesure du rôle américain dans les guerres contre- révolutionnaires de la région.

    Ces opérations illustrent l’inadéquation des efforts de renforcement des capacités contre- révolutionnaires pour régler des questions de sécurité de l’Afrique, soit qu’ils sont contre- productifs, soit sans pertinence, Il est évidemment possible que les problèmes de sécurité dérivent de liens avec des réseaux de terrorisme global, mais le plus souvent il s’agit de questions purement nationales ou locales.. A l’échelle internationale, l’impact de la violence de l’extrémisme islamique en Amérique du Nord a des répercussions directes en Europe. Mais ses racines se trouvent dans les communautés urbaines et la diaspora nord africaine en Europe, plutôt que dans l’arrière pays du Sahara et du Sahel. Les insurrections dans la région du Sahara, du Sahel, au Niger, au Mali et au Tchad, reflètent des réalités ethniques et régionales plutôt qu’une extension du terrorisme global.

    Les régimes nord africains dotés d’une puissance militaire, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye, ont une expérience particulière de l’extrémisme islamique. Mais aucun de ces pays n’a une histoire de stabilité basée sur un système démocratique qui rende des comptes à la société civile. Et assimiler toutes les menaces de sécurité au Nigeria avec les menaces de l’extrémisme musulman est un stéréotype bizarre qui ignore les problèmes réels du pays.

    Dans son document sur l’AFRICOM, précédemment cité, Berschinski notait que les Etats- Unis et l’Algérie avaient exagéré la menace des petits groupes de rebelles GSPC ( Groupe salafiste pour le prêche et le combat), officiellement allié de Al Qaeda. Un titre inquiétant dans Air Force Magazine en novembre 2004, même si géographiquement inadapté, annonçait une menace à partir ‘’ d’un marécage de terreur au Sahara’’. Beschinski argumente que l’emphase mis sur les activités contre révolutionnaires a perturbé les réseaux commerciaux traditionnels et a permis aux gouvernement locaux d’éviter d’avoir à chercher des solutions négociées en ce qui concerne les régions occupés par les Touaregs et d’autres régions négligées.

    Dans le cas du Mali, Robert Pringle, ancien ambassadeur dans ce pays, a noté que mettre l’accent sur le contre terrorisme et le radicalisme islamique, c’était ignorer tant la réalité historique de ce pays que la perception malienne de ce qui constitue actuellement une menace de sécurité. Les spécificités des pays divergent, mais la réalité commune est que le bénéfice, résultant de la collaboration des Etats Unis avec les militaires locaux dans le but de générer des capacités anti-révolutionnaires, n’est nulle part en évidence.

    Cependant, les cas qui démontrent le contraire ne sont pas difficiles à trouver. En Mauritanie, le général Mohamed Ould Abdelaziz a renversé un gouvernement élu en août 2008, entraînant des sanctions de l’Union Africaine et la suspension de toute aide - hormis l’aide humanitaire - de la part de la France et des Etats-Unis. L’aide américaine, pour l’année fiscale 2008, qui a été suspendue, incluait $15 millions en assistance militaire et $4 millions pour la formation au maintien de la paix et seulement $3 million en assistance au développement. Plus généralement, l’argument souvent avancé que l’aide militaire américaine contribue à la promotion du respect pour la démocratie est décidément contredit par les résultats en Amérique Latine où des officiers de la région ont été formés durant des décennies par les Américains. A moins que les institutions démocratiques ne soient solides, renforcer les forces militaires augmentent les risques d’immiscions des militaires dans les affaires politiques

    * Daniel Volman, directeur de l’African Research Project est un membre du Conseil d’administration de l’Association of Concerned Africa Scholars.
    William Minter est l’éditeur de AfricaFocus Bulletin et co-éditeur, avec Gail Hovey et Charles Cobb Jr, de No easy victory : African liberation and American activist over half a century, 1950-2000 (Africa world press, 2007)

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    L’élection présidentielle anticipée prévue début mai en Guinée-Bissau, à la suite de l’assassinat, le 2 mars du chef de l’Etat Joao Bernardo Vieira, a été repoussée au 28 juin. “Après concertation avec l’ensemble de la classe politique, le Premier ministre Carlos Gomes Junior a rendu publique la date du 28 juin comme étant celle de la présidentielle anticipée”, ) annoncé le gouvernement, le 2 avril Le scrutin aura donc lieu environ “120 jours” après l’assassinat du chef de l’Etat “au lieu de 60 jours initialement prévus par la Constitution”, selon le communiqué.

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    La Namibie, l'Angola, la Zambie et d'autres pays d'Afrique australe souffrent des inondations les plus graves depuis 44 ans et la situation humanitaire dans la région se détériore davantage, en raison de la poursuite des précipitations abondantes. En Namibie, 92 personnes ont perdu la vie dans les inondations qui ont déjà touché plus de 350.000 personnes. En Angola, le nombre des personnes touchées s'élève à plus de 200.000, avec 21 décès et 3200 maisons détruites par les eaux.

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    La Côte d'Ivoire va pouvoir bénéficier d'une réduction de sa dette dans le cadre de l'initiative du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Dans un premier temps, Abidjan ne va pouvoir prétendre qu'à un allégement "temporaire" de sa dette de la part de certains créditeurs. Pour bénéficier à plein de son nouveau statut et obtenir une réduction plus conséquente, il va lui falloir mettre en oeuvre "un large éventail de réformes", a précisé le FMI, dans un annonce faite le 28 mars. Il lui faudra notamment mettre en oeuvre pendant au moins un an des mesures de réduction de la pauvreté.

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    L'ancien Premier ministre de Guinée Ahmed Tidiane Souaré et deux ex-ministres des Mines, arrêtés le 23 mars pour "malversation présumée" dans le secteur minier, ont été remis en liberté le 1er avril,. "J'ai payé 500 millions de Francs guinéens (80.000 euros) sur un montant de 12 milliards (environ 2 millions d'euros) qu'on m'accuse d'avoir dilapidé. J'ai dit que j'assume", a déclaré M. Souaré, précisant qu'un échéancier avait été fixé pour rembourser les sommes restantes.

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    Le président évincé de Madagascar, Marc Ravalomanana, a affirmé dans un discours au sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) avoir été forcé de transmettre les pleins pouvoirs "sous la menace d'une arme" et "encerclé par des soldats". Il a tenu ces propos au cours de sa présentation de la situation à Madagascar le 30 mars devant les dirigeants de l'Afrique australe à l'occasion d'un sommet au Swaziland. "Je n'ai jamais démissionné.", a-t-il affirmé.

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    En Algérie pour encourager les citoyens à faire don de leur sang pour sauver des vies humaines, un hôpital compte faire bénéficier les donneurs d’examens médicaux et de radiologie, si nécessaire et ce à titre gratuit. Tous les donneurs volontaires qui se présenteront au poste de transfusion sanguine installé dans cet établissement depuis 2006 auront droit à un bilan de santé général sans aucune contrepartie. Cette initiative a pour seul but de fidéliser les donneurs volontaires et régler le problème de sang que connaissent actuellement tous les hôpitaux.

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    Les autorités guinéennes ont exprimé leur adhésion aux propositions des « forces vives » de la nation qui souhaitent l'organisation des élections législatives le 11 octobre 2009, le premier tour de la présidentielle le 13 décembre et le second tour le 27 décembre 2009. Proposition a été aussi faite pour qu'à l'issue des élections le nouveau gouvernement mette en place des mécanismes devant juger les auteurs des tueries des manifestations de juin 2006 et de janvier et février 2007. Plus d'une centaine de personnes avaient été tuées par les militaires.

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    Le recours aux devises étrangères soulage les Zimbabwéens. Depuis que les autorités ont pris cette décision, les étals des marchés sont à nouveau approvisionnés, et les prix des denrées ont baissé. Pendant plus d'un an, un vide sidérant régnait dans les rayons des magasins de ce pays en plein marasme économique: même les produits de base, comme le sucre et la farine de maïs, étaient devenus des luxes rares. Mais depuis que le gouvernement a autorisé en janvier le recours aux devises étrangères, les supermarchés reconstituent leurs stocks. Au même moment, la Banque centrale a arrêté d'imprimer les dollars zimbabwéens, privés de toute valeur dans un contexte d'hyperinflation record, chiffrée en milliards pour cent.

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    Les forces de l'ordre malgaches ont violemment dispersé une manifestation de soutien au président déchu Marc Ravalomanana, le 28 mars, à Antananarivo. Après avoir fait usage de gaz lacrymogènes, la police a procédé à des tirs de sommation très nourris. Au final, 31 personnes ont été blessées, pour certaines par balle. Les partisans du président malgache déchu manifestaient pour la sixième journée consécutive contre la prise de pouvoir d'Andry Rajoelina.

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    Trois officiers supérieurs de l’armée bissau-guinéens ont été interpellés par des militaires pour être entendus dans le cadre de l’enquête sur l’attentat meurtrier contre le chef d’état-major des forces armées, le général Batista Tagmé Na Waié le 1er mars. Parmi les personnes arrêtées figurent l’ancien porte-parole de l’état-major des forces armées, le colonel Arsène Baldé, tout comme le colonel Abdoulaye Ba, membre de l’état-major. L’assassinat de Tagmé Na Waié avait été suivi, quelques heures après, en représailles, de celle du président Nino Vieira.

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    Mabo Gohou, chargé par l’Etat de Côte d’Ivoire de faire la lumière sur les détournements et pillages dans la gestion de la filière café-cacao, a été tué le 6 février dernier, par un véhicule en embuscade selon les témoins. Il se préparait alors à livrer les conclusions de ses investigations. Sa mort est accompagnée de nombreuses interrogations relatives au dossier dont il avait la gestion. Surtout que pendant qu’il était admis à l’hôpital, des pyromanes ont mis le feu à sa demeure.

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    Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine(CPS-UA) a exhorté la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara à respecter la procédure judiciaire dans sa lutte contre les détournements de deniers publics et le narcotrafic. Une forme de justice expéditive a été mise en place par le chef de l’Etat, qui auditionne lui-même les présumés coupables, dans des séances diffusées par la télévision nationale. Plusieurs hauts cadres de l'Etat sont actuellement détenus, don’t l'ancien premier ministre Ahmed Tidiane Souaré.

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    Vital Kamerhe, président de l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement de la République démocratique du Congo (RDC), a démissionné le 25 mars de son poste, en présence de 404 députés sur les 500 que compte cette institution. C'était au cours d'une séance plénière, mettant ainsi fin au bras de fer qui l'opposait à sa famille politique. Dans un bref discours, il a souligné qu'il posait cette démission à la demande de son parti. Cet événement fait craindre la suite de la démocratie dans ce pays.

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    La victoire de l'opposition dans plusieurs grandes municipalités, dont Dakar, aux élections locales du 22 mars au Sénégal a été confirmée le 27 mars par des résultats officiels selon lesquels le pouvoir a cependant gagné plusieurs conseils régionaux du pays. La coalition d'opposition "Benno Siggil Senegaal" ("S'unir pour un Sénégal debout" en ouolof) a gagné dans des villes comme Dakar et sa banlieue, Saint-Louis, Louga (nord), Fatick et Diourbel (centre), Mbour (ouest). Elle a également remporté la région de Dakar, qui compte à elle-seule quelque 1,5 million d'inscrits.

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    Des sources diplomatiques européennes indiquent que le gouvernement mauritanien issu du coup d'Etat du 6 août compte rendre le tablier les 14 ou 15 avril. Les mêmes sources ont précisé que cette démission s'inscrit dans le cadre de l'agenda des présidentielles de 2009 prévues le 6 juin. Les autorités mauritaniennes avaient, dans une correspondance adressée a l'UE, manifesté leur volonté de déposer l'actuel gouvernement dans le but de mettre en place un gouvernement de consensus pour mieux préparer les futures élections.

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    L’hypothèse d’un troisième mandat pour le président malien Amadou Toumani Touré est écartée. C’est ce qui sort des conclusions d’une réflexion sur la démocratie qu’il avait lui-même commanditée et qui laisse en l’état l’article 30 de la Constitution. Ce texte stipule que le mandat du président de la République est de cinq ans, renouvelable une fois. Le compte à rebours pour la fin de l’ultime mandat de ATT a donc commencé. Il n’est qu’à mi-mandat, mais le temps lui est désormais compté.

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    Le dernier rapport sur la liberté économique produit par The Heritage Foundation et le Wall Street Journal place le Gabon à la 1ère place de la sous-région d’Afrique centrale, pour le 24e rang africain et le 118e rang mondial sur 180 pays classés. Ce nouveau rapport fait gagner quatre places au Gabon et salue les efforts entrepris pour améliorer la liberté des entreprises et du commerce, mais note toutefois un bémol pour la persistance des entraves administratives et de la corruption.

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