• Dieu a donné dites vous (1) ? Quelle ironie d’appeler d’un nom aussi faste un personnage dont l’existence, dès le départ, n’a été jonchée que d’amères déceptions et de cruelles injustices et dont les motifs de réjouissance ne proviennent que du faux sentiment d’exaltation que procure un esprit embrumé par l’alcool. Pour autant, point de confusion dans le propos de ce disciple de Bacchus lorsqu’il s’agit de débattre de la dramatique situation qui est la sienne, encore moins quand il est question de discuter les tares générées par le colonialisme dans son pays d’origine, ce foyer de tension au nom significatif de Warzone (zone de guerre).

    En effet, jamais sa lucidité n’a été aussi évidente qu’en ces moments où, lancé dans le récit pathétique de son infortunée existence, il égrène au fil des bouteilles de bière qu’il descend avec une rare régularité devant un auditoire conquis par ses talents de narrateur, l’interminable chapelet des malheurs qui accablent son continent.

    Dans l’univers glauque et sordide où évoluent ses personnages, l’auteur semble vouloir nous dire que l’ébriété n’est pas toujours le moment de dégénérescence mentale que l’on pense mais aussi, pour le cas d’espèce, un état d’intense activité cérébrale.

    Aucun autre comme Dieudonné en effet, pas même cet étudiant de ses amis au nom pourtant si prometteur : Dieumerci, encore moins les Toubaaby, ces illustres académiciens qui lui servent de patrons, ne justifie d’une lecture aussi pertinente des enjeux géostratégiques qui ont conduit à l’embrasement du continent africain au lendemain des indépendances. C’est par sa bouche d’ivrogne que l’auteur choisit de décrier les abus perpétrés par le système colonial ainsi que les exactions de la bourgeoisie consumériste locale qui les aggravent.

    Dans un débit de boisson, lieu réputé être le temple de la débauche, l’auteur déroule son discours satyrique sur la famine, le déficit de démocratie, les maladies épidémiques endémiques et pandémiques, la toxicomanie, la dépravation morale, l’économie extravertie, l’inflation et la dévaluation bref, tous ces maux qui rongent l’Afrique contemporaine et dont l’objet est traditionnellement réservé aux cadre des amphithéâtres ou à d’autres cercles intellectuels.

    Si chez tout autre auteur cette approche aurait pu donner l’impression d’une certaine incohérence, il n’en est rien chez l’auteur de A Nose for money dont le moyen d’expression par excellence semble définitivement être le paradoxe, mieux le sarcasme. Assurément, les habitués de sa plume mordante ne manqueront pas de reconnaître dans ce roman, un tantinet tragi-comique, la même pointe de cynisme qui chez les classiques s’exprimait en ces termes très particuliers : ‘‘ Je me presse d’en rire, de peur d’avoir à en pleurer’’.

    Et de rire, il est abondamment question dans ce roman. Est-il une situation dramatique ? La tragique condition d’immigré du héros par exemple et le pénible récit de son odyssée dans son pays d’accueil, lui-même au bord du gouffre ? L’auteur choisit d’en référer à travers des expressions très colorées où l’humour se le dispute au tragique. Voudrait- il dénoncer la prévarication, la corruption, la délation et la violation des droits ? La dérision, une fois de plus, lui sert de vecteur.

    Aussi les fonctionnaires véreux sont-ils affublés de noms à la signification très révélatrice. Tchopngomna (pilleur de fonds publics) ‘bonbon alcoolisé’’ ‘moni man tchop fine ting’ en sont quelques échantillons non exhaustifs. Les leaders dictatoriaux sont appelés par des attributs très significatifs tel que ‘’ President Longstay’’ (Président au règne interminable). Quant à l’égoïsme, la luxure, l’individualisme, comportements qui caractérisent bon nombre de ses personnages, la façon cocasse par laquelle ils sont stigmatisés vaut bien la meilleure des caricatures. Aussi, le refus de maternité de Mme Toubaaby frise-t-il le comique à côté de l’attachement dont elle fait paradoxalement preuve pour sa portée de chatons.

    Que dire alors de l’attitude de Madame Mohammed, cette intellectuelle, compatriote du héros qui pousse le ridicule dans le comportement au point de confier à un homme le soin de son linge intime ? Assurément, avec elle, l’aliénation culturelle de l’intelligentsia africaine a atteint la côte d’alerte. Il n’y a plus qu’à espérer que l’esprit de probité, le sens élevé des valeurs sociales traditionnelles manifestés par Dieumerci, ce modèle de la jeunesse africaine positive, soient suffisamment porteurs pour maintenir à flot ce qui reste de l’identité de la culture africaine. Heureusement, on peut on peut compter sur l’auteur ou plutôt sur Precious, ce prototype de la femme africaine authentique, pour veiller au grain.

    Enfin de compte, par delà le style désopilant du roman, c’est le drame de tout un continent spolié de son devenir par les avatars de son passé qui est dépeint à travers ces cent soixante quatre pages de notes très spirituelles. Face à la familiarité des cas de figures qui y sont traités, on a envie de dire : ‘’ il était temps’’. Il était temps, à l’égard du drame de l’Afrique contemporaine, de sortir des approches globalisantes et par trop intellectualistes qui en atténuent parfois l’ampleur du traumatisme, pour aborder les faits à l’empan des destinées individuelles. Car au vrai, c’est à travers l’expérience des petites gens, ces milliers de Dieudonné, représentants de la pléthore des damnés anonymes et méconnus des champs de guerre dans le Tiers monde que l’espoir sera communiqué à tout un continent ou ne sera pas.

    1 - "The travail of Dieudonné", Francis B. Nyamnjoh, E.A.E.P. Nairobi, Kenya, 2008

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  • C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications.

    Au moment où le maître, le colonisateur proclament « il n’y a jamais eu de peuple ici », le peuple qui manque est un devenir. Il s’invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »
    Gilles Deleuze, « L’image-temps »

    Cela ne peut signifier qu’une chose : non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes.
    Aimé Césaire, « Lettre à Maurice Thorez ».

    C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser, sur une même base, ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…

    Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

    Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent. Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique.

    Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique).

    Comme le propose Edgar Morin, le « vivre-pour-vivre », tout comme le « vivre-pour-soi » n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons. La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » [1] (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.

    Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites.

    L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».

    Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie. Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

    D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses.

    L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

    Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances.

    La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement…

    Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

    Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres.

    Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.

    Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain.

    Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble.

    Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

    On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la SARA et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile. On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous. On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

    Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main-d’oeuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’oeuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale.

    Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale. Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée.

    Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.

    Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE (Ndlr : Agence Nationale Pour l’Emploi) et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…

    Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ». Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation.

    En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

    Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation…

    Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…

    Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain. Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

    Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

    « An gwan lodyans » qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie. Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

    Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

    Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….

    Alors voici notre vision :

    Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…

    * Ernest BRELEUR, Patrick CHAMOISEAU, Serge DOMI, Gérard DELVER, Edouard GLISSANT, Guillaume PIGEARD DE GURBERT, Olivier PORTECOP, Olivier PULVAR et Jean-Claude WILLIAM sont les artistes et intellectuels des Départements d’Outre Mer, signataires de ce texte.

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  • Le 1er mars 2008, une bombe explose au quartier général des armées bissau guinéennes, entraînant la mort du chef d’Etat major général Tagme Na Wai. Entre ce dernier et le président de la République Nino Vieira, l’adversité était alors à son comble. Quelques heures plus tard, ce dernier se faisait assassiner chez lui par des hommes non encore identifiés, mais étant sans doute des éléments des forces de sécurité. Le pouvoir ainsi décapité, la Guinée-Bissau vit l’épilogue sanglant d’un conflit entre deux hommes qui a longtemps pesé sur la vie politique du pays. Chercheur au CODESRIA, Carlos Cardoso analyse l’évolution qui a mené à cet aboutissement dramatique et dessine des perspectives pour ce pays.

    Pambazuka News : La crise politique et institutionnelle en Guinée Bissau s’est longtemps cristallisée autour des rivalités entre le président Nino Vieira et le chef d’Etat major Tagma na Wai. Est-ce que leur disparition simultanée et violente peut créer un choc favorable à la stabilité dans ce pays ?

    Carlos Cardoso : A mon avis, il ne faut pas surestimer l’impact de ces événements. Il faut que d’autres facteurs entrent en compte pour changer les rapports dans l’espace politique. Car la Guinée-Bissau souffre de manière générale d’une mauvaise gouvernance. Cela dit, les disparitions de Nino Vieira et de Tagme Na Way vont entraîner des bouleversements, car ils avaient une influence énorme dans la vie politique et dans le milieu des armées. Il faut aussi reconnaître que ces deux hommes cristallisaient des contradictions irrésolubles qui ont longtemps entretenu la situation conflictuelle en Guinée Bissau.

    Pambazuka News : Qu’est ce qui les opposait ?

    Cela vient de loin. Tagme Na Wai et Nino Vieira sont deux personnalités qui ont partagé une longue histoire dans la vie politique bissau-guinéenne, mais aussi des rapports individuels qui datent de la lutte de libération nationale. On peut parler de rivalités entre deux hommes qui se sont distingués en tant que combattants. Mais malgré la personnalité et la stature de leaders comme Amilcar Cabral et d’autres, qui étaient à la tête de la lutte de libération nationale, Nino tendait à développer, dès cette époque, un culte de la personnalité. Cet excès de prétention a créé des relations difficiles et des rivalités. Avec certains, dont Tagme Na Wai, elles se sont cristallisées au fil des années.

    Ces rapports se sont dégradés encore plus avec le coup d’Etat de 1985 contre Nino, quand Tagme Na Wai a été accusé d’être un des éléments de la tentative de déstabilisation (1). Un autre épisode de cette brouille remonte à la rébellion de 1998 qui avait vu Tagme Na Wai se mettre aux côtés d’Ansumana Mané (2).

    Malgré tout (et cela les gens se l’expliquent difficilement) quand Tagme Na Wai a été nommé chef d’Etat major des armées (Ndlr : en 2004, après l’assassinat du général Verissimo Correia Seabra) et que, par la suite, Nino Vieira s’est fait élire chef de l’Etat (Ndlr : en 2005), les deux hommes se sont employés à gérer des rapports dont tout le monde savait qu’ils n’étaient pas sains. On savait que nul ne pouvait éliminer l’autre, mais aussi qu’ils ne pouvaient être ensemble. On avait deux pôles de puissance qui dominaient la vie politique d’un côté et les forces militaires de l’autre. Et ces relations étaient d’autant complexes et tendues, qu’en Guinée-Bissau la vie politique est marquée par une ingérence très forte des forces armées.

    Au vu de tout cela on peut donc dire que la mort de Tagme Na Wai et de Nino Viera va changer des choses en Guinée-Bissau. Jusqu’à quel point ? On ne peut le dire encore.

    Pambazuka News : Pourquoi, plus de 30 ans après la lutte de libération nationale, l’armée continue d’avoir un poids aussi important dans la vie politique ?

    Carlos Cardoso : En grande partie, c’est dû à la force de cet héritage de lutte qui a marqué la société bissau-guinéenne. D’autant plus qu’après l’indépendance, le nouveau pouvoir n’a pas mené les réformes nécessaires pour définir et faire comprendre aux concernés le rôle de l’armée dans un Etat républicain. A cela s’ajoute un opportunisme de la part des politiques qui, voulant rapidement arriver au pouvoir ou se perpétuer au pouvoir, ont toujours essayé de cultiver des compromis avec les forces armées. Dès lors, il s’est développé un contexte où l’armée était devenu un élément central. Les conflits politiques ne se résolvaient pas par la voie pacifique, mais en usant de l’armée comme d’un instrument. Les politiques ont en quelque sorte instrumentalisé l’armée à leurs propres fins.

    Il y a donc un ensemble de facteurs convergents qui expliquent qu’on en soit arrivé à une situation où l’armée a toujours eu une forte implication dans la politique.

    Pambazuka News : Y a-t-il des éléments de stabilisation pouvant permettre de sortir la Guinée-Bissau de ce cycle de violence ?

    Carlos Cardoso : Pour cela, il faut travailler pour un nouveau leadership. Il faut faire prendre conscience aux hommes politiques du fait que la scène politique est un espace d’expression où l’armée n’a pas sa place et que son rôle dans la République est bien défini. Il faut aussi mener des réformes conséquentes pour mettre les anciens combattants en réserve, tout en leur donnant une place reconnue dans la société. Ils ont mené une lutte de libération nationale et une reconnaissance leur est due, de même que des droits doivent leur être reconnus. Cette réforme serait un pas important pour que le leadership politique soit entièrement entre les mains des civils.

    Pambazuka News : On parle d’une telle réforme depuis longtemps. Est-ce une perspective réalisable à court terme maintenant ?

    Carlos Cardoso : C’est possible, à condition, encore une fois, que les politiques soient conscients des responsabilités qui leur reviennent. Cela fait effectivement des années qu’on parle de cette réforme des forces armées comme d’une condition nécessaire pour la stabilité politique de la Guinée-Bissau, mais les échecs rencontrés ne signifient que cela est impossible. Tout dépend de la volonté politique. Et je pense que les choses vont devenir plus faciles, parce qu’il y a une nouvelle génération qui se pointe. Des jeunes qui n’ont pas vécu la guerre de libération. Avec eux aussi, la Guinée-Bissau possède des cadres formés dans des académies de grande notoriété, avec une compréhension différente de la politique, de la gouvernance d’un pays, de l’ordre républicain. Cette génération a encore, en face d’elle, les anciens, mais la mutation va se faire. Elle peut même commencer maintenant, si on parvient à provoquer cette réforme des armées pour en faire une institution modern, à la hauteur des défis qui se posent à la Guinée-Bissau.

    Pambazuka News : Au bout d’une transition de 60 jours, menée par le président de l’Assemblée nationale Raimundo Pereira, on doit aller à une nouvelle élection présidentielle. Pensez-vous que ce calendrier puisse être respecté ?

    Carlos Cardoso : Ce qui se passe est un scénario auquel j’avais pensé. Je craignais qu’on se retrouve à devoir gérer une telle transition, pour cause de vide au niveau du pouvoir. Mais, encore une fois, je reste optimiste pour le respect du calendrier constitutionnel si la volonté politique existe. C’est vrai qu’il y a des problèmes structurels. La Guinée-Bissau est un pays pratiquement décapitalisé, avec des déficits énormes au niveau des moyens financiers. Mais dans la vie, dans la volonté des hommes à bien faire, l’élément financier n’est pas le plus déterminant.

    Je trouve déjà très positif que le Premier ministre ait confirmé la possibilité d’aller à des élections dans les délais prévus par la Constitution. Et si la communauté internationale va dans ce sens, en apportant les soutiens nécessaires, si la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest s’engage, on peut y arriver. Mais je ne suis pas non plus naïf pour dire que, dans un pays où des problèmes majeurs se posent du point de vue du fonctionnement de l’administration et des institutions, tout peut marcher comme sur des roulettes. Je pense simplement qu’il y a des défis à relever et qu’il est possible de le faire. Pour le reste,on peut spéculer dans un sens ou dans l’autre.

    Pambazuka News : Si ces élections se tiennent, verriez-vous l’équilibre politique actuel se maintenir ou basculer ?

    Carlos Cardoso : Avant tout, il faut qu’on garde en place le gouvernement actuel, installé après les élections législatives de novembre 2008. S’il s’ouvre au dialogue avec les autres forces politiques (et cela est nécessaire dans cette phase de transition) il sera possible d’aller vers des élections transparentes et justes. En sortira un basculement des forces politiques ? Je n’ai pas l’impression que l’opposition soit plus forte en ce moment. Au contraire.

    A mon avis, les élections législatives de novembre dernier ont montré que l’opposition a perdu de sa puissance. Et contrairement à ce qu’on peut penser, le PAIGC (parti majortaire et au pouvoir) peut devenir plus fort encore avec la mort de Nino Vieira, parce que ce dernier, lui-même, entretenait beaucoup de contradictions qui pouvaient affaiblir son parti. Notamment des problèmes de leadership avec Carlos Gomez Junior (Ndlr : actuel Premier ministre). Aujourd’hui que Nino est mort, il sera plus facile, pour le PAIGC, de se réconcilier avec lui-même et de gouverner dans la stabilité avec sa majorité parlementaire.

    Mais là, je raisonne en partant du fait que le PAIGC gagne les prochaines élections. Or, on ne sait pas encore qui seront les prochains candidats. Et si le vainqueur n’est pas issu de ce parti, il lui sera difficile de gouverner. Encore que cela dépendra beaucoup de la personnalité de l’élu.

    Pambazuka News : Vous évoquez les contradictions entre les milieux politiques et militaires pour expliquer la crise structurelle du pouvoir que connaît la Guinée-Bissau. Mais est-ce qu’il n’y a pas d’autres facteurs explicatifs de ces violences ?

    Carlos Cardoso : En fait, il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte. Mais je ne partage pas la thèse selon laquelle les Bissau Guinéens sont violents par nature, qu’il y a une culture de la violence. C’est un déterminisme qui n’est ni justifié ni justifiable. Il est vrai que la violence, en tant que mode de résolution des conflits, s’est installée dans le pays et s’est transformée progressivement en fait politique. On peut même parler d’un fait culturel avec le machisme qui est évoqué pour expliquer certains comportements violents. Mais plutôt que d’une culture de violence, on vit une tradition de violence.

    Un autre fait est que les Balantes, qui constituent l’ethnie majoritaire, ont un passé de combattants et ont pris une part déterminante dans la lutte de libération nationale. Pour d’aucuns, les Balantes, dont Cabral (3) lui-même disait qu’«ils étaient une force importante», n’ont pas été récompensés à la mesure de leur engagement dans la lutte. Tout comme les forces paysannes. L’indépendance acquise, le leadership, et tout ce qui va avec en termes de privilèges, est allé à l’élite intellectuelle, pour l’essentiel constituée par l’ethnie des Pepels. Certaines contradictions viennent de là, autour desquels des éléments de violence se sont structurés. Mais cela ne suffit pour parler d’une société violente.

    Pambazuka News : La Guinée-Bissau passe aussi pour un narco-Etat. Quelle dimension les intérêts liés au trafic de drogue ont pu prendre dans les violences qui ont eu lieu.

    Carlos Cardoso : C’est sans doute un élément important de la crise actuelle. Le trafic de drogue, selon toute vraisemblance, implique beaucoup de militaires. Et puisque la Guinée Bissau a une armée omniprésente dans les affaires publiques, toutes les contradictions qui la secouent ébranlent l’Etat. Tagma Na Way était présenté comme étant très actif dans le combat de la drogue. Par contre, Vieira ne donnait pas la même impression. Et peut-être qu’ils ont eu des divergences de ce point de vue.

    En tout cas, une image négative est restée collée à Nino, relative à la manière dont il est revenu d’exil pour participer aux élections de 2005 et les gagner. Il a atterri à Bissau en hélicoptère, alors que l’espace aérien lui avait été interdit. Cela a été un mauvais exemple comme défi porté aux lois et règlements du pays. Et le parallèle se faisait avec la manière dont se comportent les narco-trafiquants, capable de se poser n’importe où avec de petits avions et de repartir ni vus ni connus.

    Pambazuka News : En Angola, la mort de Jonas Sawimbi a été un facteur de paix et de stabilisation politique. Peut-on penser, avec la Guinée Bissau, que les disparitions de Tagme Na Wai et de Nino Vieira puissent avoir le même effet ?

    Carlos Cardoso : La comparaison a des limites. En Guinée-Bissau, il y a eu une bipolarisation qui s’est traduite dans la personnalisation du pouvoir par deux hommes. Et on savait que chacun essayait de faire disparaître l’autre de la scène publique. D’ailleurs, on prête à Tagme une déclaration selon laquelle il aurait dit que s’il meurt le matin, on enterrerait Nino le soir. C’est ça l’ambiance qui prévalait à Bissau. En Angola, la mort de Savimbi a affaibli son parti l’UNITA, et Dos Santos est resté avec le MPLA. Mais dans le cas de figure guinéen, tous les deux protagonistes sont morts. Donc on se cherche.

    En plus, il ne faut pas croire que l’Angola a résolu son problème avec la mort de Sawimbi. Ce pays connaît des contradictions encore importantes au niveau social, liées aux déséquilibres notés dans la distribution des rentes, notamment les revenus du pétrole. Or, tout, dans la stabilité d’un Etat, ne se réduit pas au politique et au militaire.

    NOTES
    1 - Arrivé au pouvoir en 1980 par un coup d’Etat qui a renversé Luis Cabral, le premier président de la Guinée-Bissau indépendante, Nino Vieira a essuyé trois putschs ratés en 1983, 1985 et 1993, avant d’être démis en 1999. Arrêté après la putsch de 1985, Tagme Na Wai avait été longtemps détenu et a fait l’objet de graves sévices.
    2 - En 1998, une rébellion armée menée par le chef d’Etat major Ansumane Mané, manque d’emporter le pouvoir de Nino Vieira. Ce dernier est sauvé par l’intervention des forces armées sénégalaises.
    3 - Amilcar Cabral, assassiné en 1973, à Conakry, par les services portugais, était le chef du Parti africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qui a mené la lutte de libération nationale qui a abouti à l’indépendance en 1974.

    * Carlos Cardoso, Anthropologue et philosophe de formation, est chercheur, administrateur de programmes au Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA)

    * Entretien réalisé par Mouhamadou Tidiane Kassé, rédacteur en chef de la version française de Pambazuka News

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  • Aujourd’hui, toute tentative de forger une liaison entre l’ethnicité et l’instabilité politico-militaire en Guinée-Bissau relève de la pure légèreté sinon d’une méconnaissance criarde sur les rapports civilo-militaires dans ce petit Etat africain. Par contre, pour nombre d’observateurs, les réseaux de narcotrafiquants pourraient ne pas être étrangers à ces homicides.

    Les derniers assassinats survenus en Guinée-Bissau début mars, le premier ayant emporté l’ex-chef d’Etat major des armées Tagme NA Wai (Ndlr : le 1er mars) et le second le président de la République, João Bernardo Vieira (Ndlr : le 2 mars), ont suscité divers commentaires. Certains analystes allant jusqu’au point de parler de tribalisme pour justifier ces deux incidents meurtriers. Selon eux, les Balante, l’ethnie majoritaire, et les Pepel, la quatrième ethnie du pays, seraient en train de se livrer une bataille pour le contrôle de l’Etat. D’autres ont mis l’accent sur les réseaux de narcotrafiquants dans ces homicides. Même si la seconde hypothèse ne peut d’emblée être écartée, la première quant à elle, nous semble infondée et fausse dans l’actuel contexte sociopolitique de la Guinée-Bissau et cela pour deux raisons fondamentales.
    D’abord, avant d’avancer la thèse du tribalisme, il serait indispensable d’examiner les forces en présence dans l’échiquier politico-militaire en Guinée-Bissau. Incontestablement, les Balante constituent une domination numérique au sein de l’armée, mais cette majorité ne fait pas d’eux une machine tribale. Car, le retour de Nino au pays en 2005, après six ans d’exil au Portugal, a été avant tout l’œuvre de l’ex-homme fort de l’institution militaire bissau-guinéenne. Et pourtant Nino et Na Wai sont issus d’ethnies différentes.

    Pourquoi les officiers Balante accepteraient-ils de coopérer plus avec un président non Balante alors qu’il y a autant d’hommes politiques appartenant à la même ethnie qu’eux, si l’on sait aussi que deux ans auparavant, Tagme et ses frères d’armes avaient renversé le chef d’Etat démocratiquement élu, en l’occurrence Koumba Yalá ? Logiquement, ce dernier ne pouvait pas être inquiété si le facteur ethnique était vraiment le critère clé d’alliances politico-militaires en Guinée-Bissau.

    Cela étant, toute tentative de forger aujourd’hui une liaison entre l’ethnicité et l’instabilité politico-militaire en Guinée-Bissau relève de la pure légèreté sinon d’une méconnaissance criarde sur les rapports civilo-militaires dans ce petit Etat africain.

    Les différents événements ayant secoué ce pays, depuis la rébellion armée de 1998 dirigée par le général Ansumane Mané, ont été plutôt motivés par des calculs politiciens des petits clans nés sous les cendres des institutions étatiques bafouées par la classe dirigeante. L’anarchie, le clientélisme et la corruption sont autant de vices qui ont mis à genoux le bon fonctionnement de l’Etat, porte ouverte ainsi aux réseaux criminels, notamment les trafiquants de drogue, même si la plaque tournante de cette activité illicite ne se résume pas seulement à la Guinée-Bissau.

    Toutefois, l’instabilité régnant aujourd’hui dans la patrie de Cabral ne saurait être réduite au seul problème de trafic de cocaïne comme le prétendent certaines voix. En effet, les règlements de comptes entre les acteurs de l’indépendance trouvent leur fondement dans le choc entre la légitimité historique et celle démocratique.

    Avant sa mort, Nino se voyait investi d’une légitimité épuisée dans les urnes contrairement à ses compagnons d’armes qui, quant à eux, continuent de s’affirmer comme des vrais architectes de la nation bissau-guinéenne.

    Ensuite, les efforts déployés par Na Waié afin d’assurer la stabilité en Guinée-Bissau conformément à son engagement avec la communauté internationale démontrent combien les tendances ethnico-militaires étaient loin de justifier les récents massacres dans le pays. En décidant de respecter l’ordre démocratique, Na Wai savait que toute atteinte contre les institutions démocratiques risquait d’enfoncer le pays dans un cercle sans issue.

    Enfin, son intransigeance le mettant souvent en conflit avec Nino, devenu un prince sans trône ces derniers temps, lui a coûté sa vie.

    * Armando LONA est journaliste bissau-guinéen
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  • Waly Ndiaye | Gouvernance

    Le double assassinat des généraux président João Bernardo Vieira et chef d’Etat-major général Batista Tagmé Na Wai, bien que regrettable et condamnable, pourrait constituer l’épisode final de la « guerre des mandjua » (1), déclenchée depuis juin 1998 (à la veille de la publication du rapport d’une « commission indépendante » mise en place alors, pour enquêter sur un éventuel trafic d’armes entre militaires bissau guinéens et rebelles du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance - MFDC), et ayant entraîné, outre la mort de centaines de combattants, les meurtres du brigadier Ansumana Mané, du général Verissimo Correi Seabra et, en janvier 2007, celui du « comodoro » Lamine Sanha, ancien Chef d’Etat Major de la Marine Nationale.

    Sans vouloir procéder ici à une analyse exhaustive des causes profondes de l’instabilité politique et institutionnelle chronique de la Guinée Bissau, rappelons cependant que l’histoire de ce pays peut se résumer en une lutte fratricide au sein d´une élite qui, bien que d´origines ethniques diverses, avait pu, au lendemain de la libération du pays, en 1974, se retrouver à la fois à l´Etat-major de l´armée, au Comité Central du Parti, et au gouvernement de la nouvelle République.

    Même si les purges des 14 novembre 1980 et 17 octobre 1986 doivent être comprises comme des modes de règlement sanglant des contradictions entre la nécessité, pour une partie de cette élite, d’affirmer un leadership d’un autre genre, nécessaire à la construction de l’Etat moderne et l’exigence d’égalité qu’impose la « mandjuandade » (2), il faut sans doute dire qu’une certaine difficulté des élites du PAIGC à se conformer aux nouvelles règles du jeu imposées par l´ouverture démocratique de 1991, ainsi que le développement de réflexes éthno-identitaires face à la perte de repères, ont été à l’origine des événements également sanglants des 17 mars 1993, 7 juin 1998, 20 novembre 2000, 14 septembre 2003, 6 octobre 2004 et 4 janvier 2007. (3)

    Bref, une certaine complexité des relations entre groupes ethniques, partis politiques et fractions militaires, notamment après la guerre de juin 1998, à laquelle est venu s’ajouter, ces dernières années, l’installation dans le pays des réseaux colombiens et mexicains de trafic de cocaïne, a rendu ce petit pays ingouvernable, malgré l’attention de plus en plus soutenue que lui prête la communauté internationale.

    S’il ne fait aucun doute que les assassinats de ces deux personnages clés du champs institutionnel bissau-guinéen constituent un événement à la fois triste, regrettable et condamnable, la place que l’un et l’autre ont occupée dans l’histoire à la fois brève et sanglante de ce pays, ainsi qu’une lecture fine du contexte de ces événements, devraient faire plutôt réfléchir aux possibilités de saisir ce douloureux événement comme une opportunité de « re-fonder » un Etat moderne sur les ruines fumantes et sanglantes de ce qui n’était plus, depuis la destitution de Luiz Cabral, en 1980, qu’un semblant d’Etat, fonctionnant sur la base de complots et de combines, de compromis fragiles et de compromissions, dans une atmosphère généralisée de méfiance, de haine ethnique (et raciale) et de violence physique et psychologique.

    Contexte des récents assassinats

    1- Quelques avancées politiques et institutionnelles et quelques incertitudes (4)

    Il y a juste quelques semaines, la Guinée-Bissau mettait en place, le 7 janvier 2009, le gouvernement du Premier ministre Carlos Gomes Junior, à l’issue d’une élection parlementaire remportée largement par le PAIGC, et durant laquelle a eu lieu l’attaque de la résidence de Nino Vieira (le 23 novembre 2008). Parmi les pistes qui avaient été suivies pour éclairer cet événement, celle menant à l’ancien chef d’Etat major de la Marine, Amerigo Bubo Na Tchutu (dont le nom a été régulièrement associé, à tord ou à raison, au trafic de cocaïne) , et qui serait encore réfugié à Banjul, à la suite de son évasion de la résidence où il avait été mis sous surveillance militaire, après avoir été accusé d’une tentative de coup d’Etat militaire, au mois d’août 2008.

    Quelques jours après cette attaque du 23 novembre contre la résidence de Nino, le général Tagmé déclarait avoir été pris pour cible par une « milice » de quelques centaines d’hommes, mise en place pour assurer la sécurité du président. Ce fut l’occasion pour le général Tagmé, d’envoyer ses troupes procéder au désarmement de ladite milice, ce qui se fit heureusement, sans violence.

    Bien que majoritairement (pour ne pas dire exclusivement) PAIGC, l’actuel gouvernement semblait avoir néanmoins quelques difficultés à soumettre son programme de gouvernement à l’Assemblée nationale où le PAIGC dispose de 67 députés sur 100, ce qui fut finalement proposé pour le 26 février 2009.

    Rappelons que Raimundo Pereira, le successeur constitutionnel du défunt Président (installé aussitôt malgré le boycott de la cérémonie par les députés du PRS), a été élu à la tête du parlement par 60 voix contre 37 pour Helder Proença (membre du Bureau politique du PAIGC, proche du défunt président et farouche adversaire de l’actuel Premier ministre) et qui a été ministre de la Défense du gouvernement de Aristides Gomes, mis en place au lendemain de l’élection du candidat indépendant Nino Vieira à la présidence de la République, en juin 2005 ; gouvernement dissout en mars 2007 au nom de l’éphémère Pacte National de Stabilité signé entre le PAIGC, le PRS et le PUSD.

    Malgré les quelques difficultés du présent gouvernement liées aux divergences internes au PAIGC et aux positions extrémistes du PRS, et ce qui en apparaît comme une tare initiale (manque d’ouverture, pléthore de membres et réhabilitation de personnages très controversés), il faut bien reconnaître que certaines des toutes premières mesures prises, notamment par le ministre de l’Economie et des Finances, et dont le résultat se traduisait par le payement des salaires, avaient commencé à susciter beaucoup d’espoir parmi la population.

    Enfin, tout observateur attentionné devrait pouvoir observer ces trois dernières années beaucoup de remous au sein des deux plus grandes formations politiques, le PAIGC et le PRS ; lesquels remous prennent hélas souvent la forme d’oppositions antagoniques pouvant aller jusqu’au blocage des institutions ; mais remous qui, également, prennent de plus en plus la forme de contestations du diktat de groupuscules très réfractaires à toute remise en cause du leadership ou du fonctionnement des instances de ces partis, contestations qui ont d’ailleurs motivé le recours en justice par certains militants du PRS (mai 2007), pour annulation des résolutions du dernier congrès de ce parti. N’y a-t-il pas là les signes d’un début de revendication de la démocratie interne ?

    Cependant, les positions d’un parti politique comme le PRS (dont les 28 députés avaient boycotté la cérémonie d’installation du président par intérim et dont le leader, Kumba Yala, aurait déclaré qu’ayant été le dernier président démocratiquement élu le pouvoir devrait lui revenir), ainsi que l’absence notoire de discipline au sein du PAIGC dont trois membres éminents voulaient à la fois le présidence du Parlement, indiquent la difficulté qu’il peut y avoir à « pacifier » l’espace politique bissau-guinéen.

    2- Des relations interpersonnelles exécrables qui ont rendu le pays « ingouvernable »

    L’inimitié bien connue entre le défunt président Nino et l’actuel Premier ministre Carlos Gomes Junior, dont la raison serait, selon Nino Vieira lui-même, un accaparement de ses biens par ce dernier pendant ces longues années d’exil, semble avoir eu ses prolongements dans le Parlement où les jeux d’alliance entre les députés du PRS et les « exclus » du PAIGC (ou groupe de Nino) pourrait rendre plus compliquée la gouvernance du pays.

    Rappelons que cette inimitié avait atteint un point tel que Carlos Gomes Junior ne s’était pas privé d’accuser publiquement le président Nino d’avoir été le commanditaire de l’assassinat de Lamine Sanha, ce qui lui avait valu un mandat d’amener auquel il n’a pu échapper qu’en allant se réfugier pendant plus d’une semaine dans les locaux de la représentation des Nations Unies à Bissau. C’est d’ailleurs en cette circonstance que le Président Nino avait publiquement mis le différend entre lui et Carlos Gomes sur le compte de cette « trahison en affaires ».

    Quant aux rapports entre le défunt président et le défunt chef d’Etat Major, ils sont d’une complexité qui ne semblait pas se laisser saisir de l’extérieur. Sur ce point, rappelons simplement les trois faits suivants, qui donnent une idée de la complexité desdites relations :

    - d’abord, le général Tagmé a été l’une des victimes les plus martyrisées de la purge initiée par Nino Vieira en 1986 à la suite d’un supposé « complot balante » ;

    - ensuite, si Nino Vieira est revenu au pouvoir après les élections de 2005, il le doit pour beaucoup au général Tagmé, ancien membre de la junte qui avait chassé Nino du pouvoir à la suite de la guerre de juin 1998 et qui, non seulement se serait rendu souvent et discrètement à Conakry ou Nino passait une partie de son exil, en compagnie, dit-on, de Helder Proença, pour préparer son retour ; mais c’est également le général Tagmé qui, avec ses troupes, avait assuré l’atterrissage sécurisé (dans l’enceinte du stade de football de Bissau) de l’avion militaire qui ramena de Conakry le général Nino, pour la déclaration de sa candidature aux compétitions électorales de 2005 ;

    - durant tout le mandat de Nino qui vient de finir par son assassinat, le général Tagmé, en sa qualité de chef d’Etat major (depuis l’assassinat en 2004 de Verissimo Correia), tout en déclarant « orbi et urbi » qu’il n’y aurait jamais de coup d’Etat en Guinée Bissau, aussi longtemps qu’il serait chef d’Etat major, n’a jamais cessé de ruiner l’autorité du président Nino, en empêchant objectivement la réalisation effective de certaines initiatives comme la réforme du secteur de sécurité, et en s’ingérant régulièrement dans le fonctionnement des institutions judiciaire et exécutive.

    - Entre Carlos Gomes junior, l’actuel Premier ministre et le défunt général Tagmé, les relations qui n’avaient d’ailleurs jamais été bonnes, se sont définitivement détériorées lorsque ce dernier a « couvert » le retour de Nino au pays, malgré l’opposition radicale et farouche du premier nommé, qui était, en ce moment aussi, Premier ministre du gouvernement PAIGC, à la suite des élections parlementaires de février 2004 ayant marqué la fin de la transition consécutive au coup d’Etat de septembre 2003, contre Kumba Yala.

    Pour bien comprendre comment un chef d’Etat major a pu s’opposer à la volonté et à la détermination d’un Premier ministre, outre la fragilité légendaire des institutions bissau guinéennes, il faut savoir que le général Tagmé avait été nommé chef d’Etat major à la suite de l’assassinat du général Verissimo Correia Seabra (de l’ethnie Pepel et tombeur de Kumba Yala, un président Balante), sous la présidence de transition de Enrique Rosa, laquelle devait se prolonger jusqu’aux élections présidentielles de juin 2005. Donc, l’ayant trouvé installé à la suite d’une « concertation » entre les chefs des différents corps d’armées, et sachant son propre pouvoir pas trop solide au sein du parlement d’alors où le PRS de Kumba Yala (balante comme Tagmé) disposait de 35 députés, Carlos Gomes (dont le PAIGC n’avait que 45 députés) s’est accommodé de ce chef incommodant mais extrêmement craint, durant toute une année.

    3- L’inextricable nébuleuse ethno militaro politique

    Si parmi les élites politiques bissau-guinéenne seule une minorité reconnaît ouvertement la réalité des considérations ethniques comme fondement des interactions entre certains partis politiques et certaines franges de l’armée, ainsi d’ailleurs que les postures et positions proprement racistes de certains hommes politiques à l’égard de leurs homologues « métis », la grande majorité de la population, quant à elle, considère que ce sont de telles considérations ethniques et racistes qui expliquent la fragilité chronique des institutions de l’Etat.

    Sur ce point, les éléments suivants pourraient aider à mieux comprendre la difficulté de la Guinée-Bissau à se sortir de la situation.

    Outre l’héritage institutionnel de la lutte de libération nationale qui faisait que les mêmes « camarades » se retrouvaient au Comité central du parti unique, à l’Etat Major de l’armée et au gouvernement, les lois électorales intervenus après l’ouverture démocratique ont toujours permis le vote des militaires dont personne ne voyait d’ailleurs pourquoi ils devraient être exclus du processus de désignation de leurs dirigeants politiques. Or, une telle disposition légale, dans un contexte de déséquilibre de la représentation des différentes ethnies au sein des forces armées, et notamment au niveau des officiers, comportait de fait, les germes d’une «ethnicisation» du champ politique et d’une interconnexion entre politiques et militaires.

    Ce n’est donc pas surprenant que les Balantes, largement majoritaires au sein des forces armées, particulièrement au niveau le plus élevé de la hiérarchie où dominent les « officiers de campagnes », et qui se considéraient historiquement défavorisés par la politique éducative coloniale portugaise, désavantagés et persécutés par le pouvoir dictatorial de Nino, qui en élimina une bonne partie des rares élites (en 1986, après le « complot » de Paolo Correia), n’hésitèrent pas un instant, à rallier massivement le PRS, crée dès janvier 1992, et dont le leader Kumba Yala n’eut aucune difficulté particulière à nouer une alliance stratégique avec les élites militaires balantes, dont le défunt chef d’Etat major Tagmé.

    Voilà pourquoi, après avoir réussi une alliance politique forte avec les élites du groupe ethnique Foulah du nord (second groupe majoritaire du pays), Kumba Yala a été, est encore, incontournable dans le champ politique bissau-guinéen : destitué par le coup d’Etat d’Octobre 2003, il a gardé un groupe parlementaire de 35 députés pendant toute la législature post-transition (majoritaire même au Parlement après l’exclusion de 21 députés du PAIGC fidèles à Nino) ; a été troisième au premier tour de l’élection présidentielle de juin 2005 (revenant d’un exil de presque deux ans au Maroc) et, enfin, a été décisif dans la défaite de Malam Bacai Sanha (candidat du PAIGC) face à Joaõ Bernardo Viera (candidat indépendant) dont le PRS de Kumba Yala a vigoureusement soutenu la candidature au second tour.

    La guerre de juin 1998, pour avoir opposé des militaires loyaux au pouvoir du président Viera à une junte majoritairement composée de Balantes, de Mandingues et de Fulah, aura définitivement consacré la nécessité, pour tout parti ou groupe ou leader politique, sinon de s’allier à l’un ou l’autre fraction militaire, du moins à rechercher la sympathie et la « protection » dans une des deux fractions militaires.

    La société bissau-guinéenne étant encore fortement traditionnelle, avec une prégnance ethnique forte sur les élites, les connexions des uns aux autres suivent préférablement donc les lignes ethniques.

    Malheureusement, depuis la fin de la guerre de juin 1998, malgré les multiples tentatives de réconciliation au sein des forces armées, celles-ci n’ont jamais réellement rétabli la confiance entre éléments « loyalistes » et de la « junte », même si les exclusions et marginalisations ne sont pas très apparentes.

    Aujourd’hui encore, certaines prises de positions politiques, la nature conflictuelle des relations entre les institutions majeures du pays, l’impossibilité d’une collaboration sincère entre différents services au sein d’un même secteur (comme celui très important de la sécurité, où des éléments de la police d’intervention rapide ont, l’année dernière, froidement abattu un élément de la police judicaire pour venger un des leurs) s’expliquent largement par les clivages ethno-politico-militaires ci-dessus décrits.

    4- L’influence du narcotrafic sur le fonctionnement des institutions

    Tout laisse croire que, lorsque les narcotrafiquants colombiens et mexicains ont décidé d’établir un « hub » en Guinée Bissau, ils ont choisi d’opérer, d’une certaine manière (au moins en ce qui concerne leurs connexions au sein des forces armées), suivant cette ligne de fracture.

    Sans vouloir nous étendre sur l’emprise des réseaux de trafic de cocaïne sur la Guinée Bissau et leurs connexions avec certaines élites politiques, militaires et administratives, disons simplement qu’un certain nombre de faits récents et assez troublants peuvent donner une idée du rôle que pourraiENt avoir joué ces réseaux dans la vie politique et institutionnelle actuelle en Guinée Bissau.

    L’histoire est bien connue de cet aéronef qui atterrit un jours de juin 2008 à l’aéroport Osvaldo Viera de Bissau, soi-disant pour livrer un don de médicaments à l’Etat major général de l’armée, et qui fut retenu au sol, son pilote arrêté, puis « échappé» des mains de son avocat qui l’accompagnait pendant un déplacement entre deux services du ministère de la Justice, alors qu’un ordre de capture provenant des autorités de son pays d’origine avait été reçu par la directrice de la Police judiciaire qui n’attendait que l’avis du Parquet.

    Et des histoires de ce genre, ou celles de tonnes et de quintaux de cocaïne saisis, mis sous « scellés » puis volatilisés, remplissent souvent les rubriques des faits divers de la presse locale.

    Ce qui peut paraître un peu curieux cependant, c’est qu’on a entendu rarement le président Nino Viera s’étendre sur ce sujet, à la différence des deux anciens Premiers ministres Aristides Gomes et Martihno Ndafa Cabi, qui n’hésitaient jamais lorsqu’ils citaient leurs « réalisations », de rappeler des résultats de la lutte qu’ils ont menée contre la drogue.

    Un peu plus d’une semaine avant ces tragiques événements, le 20 février exactement, à l’occasion de la remise des diplômes à la dernière promotion de fonctionnaires de la Police judiciaire formés par l’Institut Supérieur Portugais de Police Judiciaire et de Sciences Criminelles, le Premier ministre Carlos Gomes Junior déclarait que « le combat contre la drogue doit être considéré comme un objectif national », dans un contexte très particulier.

    En effet, la polémique entre Carlos Gomes et le cabinet du Procureur général de la République a été vive ces derniers temps, après que le Premier ministre eût déclaré la nécessité de faire rouvrir (par une commission interministérielle) le dossier des deux avions suspectés d’avoir été utilisés dans le trafic de narcotiques, en juin 2008 ; dossier dont le Procureur avait décidé de la clôture et de l’archivage, sous prétexte de forclusion liée aux limites temporelles de procédure.

    Tout ceci pour dire que même si la Guinée-Bissau ne peut encore être considéré comme un narco-Etat, les réseaux de trafic de cocaïne ont su s’incruster sans doute, de façon suffisamment profonde dans beaucoup de sphères de l’Etat.

    Les défis de la refondation de l’Etat

    Avec beaucoup de raisons, on pourrait interpréter le double assassinat des 1er et 2 mars 2009 comme le prolongement et l’épisode final de la guerre de juin 1998, et on serait également tenté de dire qu’elle fut finalement remportée par les loyalistes, surtout si on a eu l’occasion, comme cela a été mon cas, d’avoir vu une de ces rares photos où figuraient ensemble les « acteurs clés » de la tragédie politico-militaire qui s’est jouée en Guinée Bissau depuis 1998.

    Je me souviens exactement des circonstances dans lesquelles cette photo me fût montrée lors d’un de mes nombreux séjours professionnels au Centre de Djalicunda, dans la région de Oio, par une jeune femme fulah, musulmane et adjudant dans l’armée, dont je présumais l’immense sympathie pour les éléments de la junte. Sur cette image jaunie, elle s’était évertuée à mettre une croix sur ceux d’entre les personnages qui avaient déjà été tués : une croix rouge sur le front d’Ansumana Mané, une autre sur la poitrine de Verrissimo Correia Seabra, une encore quelque part sur le ventre de Lamine Sanha. J’imagine à présent, qu’elle a mis les deux dernière croix (je ne peux hélas deviner exactement où) sur les images de Tagmé et Nino !

    Pourquoi donc ces deux assassinats ne devraient pas signer la fin de la guerre, puisqu’il n’y a plus de « chefs de guerre » ?
    Et pourquoi la fin de la guerre ne devrait-elle pas constituer le début d’une véritable refondation d’un Etat moderne et démocratique en Guinée Bissau ?

    De notre point de vue, deux particularités caractérisent le «champ politique» bissau guinéen, et font que son analyse est extrêmement difficile et la prévision de ses évolutions particulièrement risquée.

    D’abord, la quasi impossibilité de saisir de l’extérieur, et dans leurs « équilibres instables », les logiques entre les considérations ethniques, les intérêts politiques et les connexions aux fractions militaires.

    C’est cette première ambiguïté, qui explique pour l’essentiel la fragilité chronique d’un Etat dont les différentes institutions sont conduites et animées au niveau le plus élevé, d’une manière complètement inappropriée par des « citoyens » partisans, installés suite à des combines politiciennes mesquines ou à des pressions souvent ethniques et militaires.

    Ensuite,il y a le manque de confiance extrême entre les différents acteurs politiques (y compris au sein d’un même parti politique, d’une même ethnie ou d’un même clan militaire), lié sans doute à la longue période de trahisons et de « vendetta » qui caractérise l’histoire du pays, et qui fait qu’il est extrêmement difficile de se prononcer sur l’engagement pour le bien commun, de l’un quelconque d’entre eux.

    Enfin, on note une certaine faiblesse des organisations de la société civile, animées par des leaders qui (du fait de la « petitesse » de la population et de l’exacerbation des divergences) peuvent difficilement être considérés comme neutres ; ainsi que le caractère non professionnel de l’Administration publique, contraignent davantage à un optimisme raisonné quant à l’avenir du pays.

    Néanmoins, le dégoût des populations pour la façon dont les acteurs politiques et militaires se sont jusque-là comportés, quelques évolutions notables au sein des grands partis politiques, le souhait ouvertement exprimé par un grand nombre d’officiers de rang élevé de voir les hommes politiques les tenir hors de leurs jeux (lors d’un atelier destiné à améliorer la collaboration entre les différents services du secteur de la sécurité et de la Justice, que j’ai animé en août 2008 sur demande de la Primature et du Bureau des Nations Unies), ainsi que la pauvreté chaque jour plus grandissante et les bonnes dispositions de la communauté internationale à accompagner les efforts de démocratisation, nous font croire qu’il est encore possible de sauver la Guinée Bissau.

    De notre point de vue, il est possible de transformer la Guinée-Bissau en un pays paisible, prospère et démocratique, si des initiatives hardies, concertées et suivies sont entreprises dans les directions ci-dessous indiquées :

    1 - un soutien ferme et consistant à la transition devant mener à la prochaine élection présidentielle, notamment en termes de conseils, de moyens et de communication avec l’extérieur ;

    2 - une concertation sérieuse entre les partis politiques, les forces armées et la société civile, dans le sens d’un engagement à soutenir loyalement le processus en cours ;

    3 - la mise en place d’une commission internationale d’enquête (idée qui ne semble cependant pas enchanter un certain nombre d’acteurs locaux, sous le prétexte du respect de la souveraineté nationale) dont les résultats seraient éventuellement remis aux autorités du pays, afin de constituer tout au moins un premier matériau utilisable dans la perspective d’une véritable réconciliation nationale ;

    4 - la poursuite du programme de « Peace Building », avec notamment le démarrage, dès la fin de la transition, des activités de réforme du secteur de la justice et de la sécurité, et en augmentant le niveau d’appropriation du processus par les acteurs nationaux eux-mêmes ;

    5 – inclure dans le cadre du « Peace Building Programme » la réalisation d’activités de développement des compétences en leadership, de formation en transformation des conflits, encourager et soutenir l’approfondissement de la démocratie interne au sein des partis politiques. De telles activités sont capables d’aider à changer les perceptions et les comportements des différents protagonistes, de construire petit à petit une vision partagée du futur, et de déconstruire la nébuleuse ethno politico militaire.

    6 - une plus grande ouverture du Pouvoir exécutif actuel aux autres sensibilités politiques, et une accélération du processus de décentralisation administrative ;

    7 - un soutien résolu à la «crédibilisation » de l’Etat, notamment par l’apport de ressources capables d’assurer le payement régulier des salaires des fonctionnaires, la relance du système éducatif et de santé ;

    8 - une réflexion sérieuse sur le processus et les modalités d’une véritable réconciliation nationale, seule capable de mettre un terme à la « vendetta » en cours dans ce pays, depuis l’assassinat de d’Amilcar Cabral en 1973;

    9 - une réflexion sérieuse sur les possibilités de révision de la constitution et du système électoral (5) dans le sens d’une plus grande représentation des divers groupes ethniques et des sensibilités politiques, sans exclure la mise en place d’une seconde chambre parlementaire ou d’un Conseil Economique et Social où les pouvoirs traditionnels (encore très prégnants) seraient représentés ;

    10 - un soutien ferme de la communauté internationale à la lutte contre le trafic de narcotiques et la prolifération des armes légères et de petit calibre.

    Sans prétendre que ces seules recommandations seront suffisantes pour éviter à la Guinée Bissau un avenir encore plus incertain, nous pensons tout de même que certaines parmi elles paraissent incontournables, d’autant plus que leur coût humain et financier serait de loin moins important que celui d’une mise sous tutelle des Nations Unies ; solution qu’on ne devrait pas exclure, au cas où persisteraient à la fois la violence et le désordre politique dans un pays où commence à s’installer solidement l’ordre des narcotrafiquants.

    NOTES
    1 - Dans un article paru dans Soronda (Numero Especial 7 de Junho), Dezembro 2000, intitulé “La guerre des mandjua: crise de gouvernance et implosion d´un modèle de résorption de crise.», Fafali Koudawo explique que le terme créole mandjua signifie pairs. Il se réfère au système traditionnel par classes d’âge qui crée des relations d’égalité sociale et d’identification mutuelle entre les membres d’une même classe d’âge.

    2 - La mandjuandade est une catégorie de l’organisation sociale basée sur le regroupement par classe d’âge.
    3 - Autant de dates qui semblent avoir marqué durablement la mémoire collective, chacune d´elles correspondant à une convulsion sociale ayant pour le moins fait des victimes, des orphelins et des veuves, fragilisant ainsi les relations entre les différents groupes ethniques, entre différentes fractions au sein de l´armée, entre le peuple et ses dirigeants et son armée; relations que plus d´une dizaines d´années de lutte de libération nationale avait élevées au rang de mythe, malgré le caractère inachevé de la construction de la Nation, ici comme presque partout en Afrique.

    4 - Dans ce texte, nous prenons délibérément le parti de n’évoquer ni la « chasse » aux narcotrafiquants en cours en République de Guinée, ni les relations entre le Sénégal et la Guinée bissau.
    5 - Voir sur ce point l’ouvrage de Delfim da Silva « Guiné-Bissau : Paginas de historia politica, rumos da democracia » publié en septembre 2003 par « Firkidja Editora » (397p.)

    * Waly Ndiaye est directeur des Programmes de Gorée Institut
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    Le principal dirigeant de l'opposition en Gambie, Halifa Sallah, a été arrêté à son domicile et placé en détention. Le leader de l'Alliance nationale pour la démocratie et le développement (NADD), s'était porté candidat à l'élection présidentielle de 2006 contre le chef de l'Etat Yayah Jammeh, au pouvoir depuis 1994. Selon certaines sources, les autorités gambiennes semblent soupçonner M. Sallah de mener une enquête sur les violations des droits de l’homme à l’Ouest du pays.

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    Le Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai, rentré lundi 9 mars à Harare après avoir subi des examens médicaux au Botswana, a exclu toute tentative d'assassinat dans la collision qui l'a blessé et a tué sa femme, estimant qu'il s'agissait d'un accident de la route. "Lorsque quelque chose arrive, il y a toujours des spéculations mais je veux souligner que dans ce cas, si c'était une action criminelle, il y aurait une chance sur mille", a-t-il déclaré.

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    Finis ces gouvernements au sein desquels l’ambiance rappelait étrangement celle de la Cour du roi Petaud. Finie aussi l’ère de ces ministres qui prenaient leurs ordres auprès de leurs partis. Lors du dernier Conseil des ministres qui s’est tenu le 5 mars, le Premier ministre a décidé de sanctionner 11 de ses ministres en suspendant leurs salaires de la fin du mois de mars. Il a pris cette décision à la suite de leur absence remarquée à la première réunion du Comité interministériel qui, depuis le mois de janvier, devait commencer à plancher sur la question de l’insalubrité dans le District d’Abidjan.

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    La Banque Africaine de Développement vient de lancer quatre initiatives pour réduire l’impact de la crise financière internationale sur les économies africaines. Elles portent sur une Facilité de liquidité d'urgence, une Initiative de financement du commerce, un Plan d'action pour l'accélération du transfert des ressources aux pays éligibles au Fonds africain de développement (FAD), et un rôle renforcé de conseil en matière de politiques économiques.

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    Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, a solidement condamné l’assassinat par des militaires du président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira survenu quelques heures après un attentat à la bombe qui a coûté la vie au chef d’état-major de l’armée le général Tagmé Na Waié. Préoccupée par ces deux incidents séparés mais qui semblent être liés et qui fragilisent encore plus la situation politique déjà délicat en Guinée Bissau, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a annoncé qu’elle allait envoyer une délégation ministérielle au pays pour engager toutes les parties concernées dans un effort visant au retour à l’ordre constitutionnel. Par ailleurs, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a rendu hommage aux soldats burundais de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) décédés lors d’une attaque suicide à Mogadiscio. Condamnant cette attaque, le Conseil a plaidé pour des mesures urgentes et appropriées pour protéger les forces africaines dans leurs efforts de maintien de paix. C’est le porte-parole de l’armée burundaise, le colonel Adolphe Manirakiza, qui avait annoncé la mort de ces soldats arrivée après une double attaque suicide menée par des insurgés islamistes Shebab contre le camp de l’AMISOM. En conséquence de ces meurtres, l’UA s’est engagée à accélérer la mise en place d’une force de police et d’une armée pour maintenir et consolider les progrès réalisés et aider les Somaliens à atteindre la paix et la stabilité auxquelles ils aspirent depuis deux décennies.

    À la suite de recommandations de l’UA de mettre en place dans chaque région géographique du continent une brigade spéciale capable d’intervenir rapidement pour restaurer et maintenir la paix, des soldats de dix pays de la CEDEAO prendront part aux exercices militaires destinés à tester la capacité de la Force en attente de cette communauté sous-régionale. D’autre part, le président de la Commission de l’UA s’est prononcé inquiet par la dégradation de la situation entre le Soudan et le Tchad qui s’accusent mutuellement de soutenir les rébellions qui tentent de déstabiliser leurs régimes respectifs et des conséquences qui pourraient en résulter dans toute la région. Par ailleurs, l’Agence d’aide à la coopération technique et au développement a organisé une conférence sur le changement climatique et la sécurité en Afrique en vue de sensibilisation aux liens complexes qui existent entre le premier, les conflits, les migrations et la sécurité humaine au sein des communautés d’éleveurs d’Afrique.

    Dans d’autres nouvelles, le président sénégalais Abdoulaye Wade estime que la décision des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA de transformer l’actuelle Commission en une Autorité de l’Union traduit les aspirations profondes des peuples africains vers leur intégration politique. Le sous-directeur général du Département Afrique à l’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) a affirmé que l’interface éducation-culture doit devenir une réalité sur le continent pour que l’intégration politique de l’Afrique réussisse. Les participants à cette conférence du FOSRASUN ont en outre évalué la coordination des activités éducatives et culturelles des communautés économiques régionales, des partenaires au développement et de la Commission de l’UA dans le cadre de la mise en œuvre des décisions de l’UA de la 2ème décennie de l’éducation pour l’Afrique. Pour finir, l’Algérie accueillera la Conférence panafricaine de la culture destinée à donner à l’Afrique une nouvelle image en tant que berceau de l’humanité et à montrer la créativité des artistes africains.

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    La situation financière de l'Etat a été renforcée de façon significative, a déclaré le ministre togolais de l'Economie et des Finances Adji Othèth Ayassor lors d'une récente interview accordée à l’agence chinoise Xinhua. Les réformes économique ont permis au Togo de rétablir puis de maintenir la stabilité du cadre macroéconomique, avec un excédent de 35,1 milliards de FCFA pour le compte de capital de 2007, soit une amélioration de 4.8%, grâce notamment aux dons mobilisés dans le cadre du programme d'investissements publics et la remise de la dette accordée par la Chine au Togo. Le programme d'assainissement a aussi permis au Togo de normaliser les relaitons avec ses créanciers extérieurs et d'atteindre le point de décision de l'initiative PPTE en novembre 2008.

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    Le ton est donné avec l’officialisation, par le Conseil constitutionnel, de six candidats à l’élection présidentielle, dont les noms ont été rendus publics la semaine dernière, et qui n’ont certainement pas créé la grande surprise parmi les observateurs de la scène politique algérienne. En dehors du président candidat Bouteflika, qui a renoué depuis deux semaines avec les apparitions publiques et pris de l’avance sur ses colistiers, deux semblent plus capter l’attention de l’opinion publique que les autres ; il s’agit évidemment de la porte- parole et leader du Parti des travailleurs Mme Hanoune, et du président du Front national algérien Moussa Touati.

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    Le débat est posé en Côte d’Ivoire, de savoir s’il faut dissoudre ou non la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci). Selon ses contempteurs, cette organisation syndicale n'a plus de raison d'être car elle s'est transformée en mouvement de violences tous azimuts. « La Fesci est accusé d’avoir abandonné ses nobles intentions de défense des intérêts de ses membres, pour se laisser aller à des bastonnade, grèves, viols, meurtres en milieu universitaire et scolaire.

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    Les autorités sanitaires nigérianes s’efforcent de contenir une réapparition de la fièvre de Lassa, une maladie extrêmement contagieuse qui a tué au moins huit personnes ce dernier mois. Selon l’OMS, plus de 93 cas du virus ont été confirmés à Abuja, la capitale, et dans l’Etat voisin de Nassarawa, depuis décembre. La fièvre de Lassa est une maladie hémorragique virale grave, transmissible par contact avec les urines ou les excréments des rongeurs, en particulier des rats et des musaraignes. Elle a été découverte en 1969, dans la ville de Lassa, à Borno, un Etat du nord du Nigeria.

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    Les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur ont enlevé, ces vingt dernières années, des dizaines de milliers d’enfants dans tous les pays de la région et les ont chargés des plus sales besognes. Terrorisés, certains de ces jeunes ont, encore récemment, tué, brûlé des villages et enlevé à leur tour des enfants. Des témoignages, poignants, font état de la présence massive de jeunes garçons dans les rangs de la LRA.

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    Il y a un an, la répression des autorités camerounaises d'émeutes contre la flambée des prix et la modification de la Constitution aurait fait au moins 139 morts, selon un récent rapport de l’Observatoire camerounais des droits de l’Homme. Ce document dénonce des exécutions sommaires et des arrestations arbitraires. Les familles de victimes et certains partis politiques demandent réparation, alors qu’un climat d'insécurité règne dans le Moungo, à proximité de Douala, en cette période d’anniversaire…

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    À l'initiative de l'Association pour le développement de l'agriculture en Afrique centrale (ADAC), un projet sous-régional visant la modernisation de la culture du riz au Cameroun, en Centrafrique et au Tchad vient d'être mis en route avec le concours technique de l'Institut de recherche agronomique pour le développement (IRAD). Plus riche en protéines, le nouveau riz a également un cycle de production plus rapide, avantage non négligeable en terme de rentabilité d'après les experts. Il se récolte en effet après trois mois et demi de culture et fait gagner deux mois dans le cycle cultural habituel.

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    L’entreprise américaine ContourGlobal a signé un accord avec le Rwanda pour développer un projet de gaz méthane au lac Kivu qui fournira 100 mégawatts d'électricité, destinée au Rwanda et aux pays de l'Est. Le projet Kivuwatt en valeur de 325 millions USD de ContourGlobal sera le premier projet à grande échelle visant à extraire du méthane des profondeurs du lac Kivu, un lac très profond situé à la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. De plus, l'électricité générée par le projet pourra aussi alimenter les pays d'Afrique de l'Est comme l'Ouganda, la République démocratique du Congo et le Burundi..

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    A Abidjan, les grognes contre les coupures d’électricité se font nombreuses. Cela, depuis plusieurs jours. A l’intérieur du pays également, le refrain des plaintes est entendu. En fait, les Ivoiriens sont fatigués des coupures d’électricité. Il y a environ un mois, une grave coupure d’électricité, dans toute la ville d’Abidjan et dans des villes de l’intérieur (Aboisso, Abengourou, Bongouanou, etc.), avait plongé le pays dans le noir. Pour justifier ce délestage, les responsables de la Compagnie ivoirienne d’électricité avaient évoqué des failles techniques. Mais les populations supportent de plus en plus mal ces délestages réguliers et intempestifs.

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    Des soldats malgaches, traditionnellement loyalistes, ont déclenché une mutinerie dimanche dans un important camp militaire situé aux portes d'Antananarivo, pour protester contre la répression par le gouvernement des militants de l'opposition depuis trois mois. "Nous ne répondons plus aux ordres de nos supérieurs, nous répondons à notre coeur. Nous avons été formés pour protéger les biens et les personnes, pas pour tirer sur les gens. Nous sommes avec la population," a déclaré un soldat.

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