Zine El Abidine Ben Ali a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2009 pour un cinquième mandat de cinq ans. Au pouvoir depuis 1987, le président tunisien devrait être réélu en 2009 pour ce cinquième mandat consécutif qui a été rendu possible par un amendement de la Constitution approuvé par référendum en 2002. En 2004, cet amendement avait déjà permis à Zine El Abidine Ben Ali d'être réélu avec 94,49% des voix exprimées, face à trois concurrents de l'opposition parlementaire modérée.
Tagged under Gouvernance TunisiaLa sécurité des personnes doit occuper une place de choix dans le règlement des conflits dans la Corne de l’Afrique. Il faut favoriser les partenaires qui protègent leur peuple – qu’il s’agisse d’acteurs étatiques ou non étatiques – et non ceux qui prétendent protéger les intérêts de l’Occident. Et il faut demander à tous les Etats de la région de se conformer aux « conventions internationales ». Telles sont les conclusions d’un nouveau rapport de Chatam House élaboré par Sally Healey, intitulé « Occasions ratées dans la Corne de l’Afrique : Comment les conflits se nouent et les accords de paix se dénouent ».
Les conclusions, malgré leur formulation diplomatique, se résument en une critique à peine voilée de l’extérieur et, surtout, de la politique occidentale dans la région. Mais l’analyse sous-jacente fournit une boîte à outils conceptuelle qui permet de mettre en cause les concepts utilisés plus généralement pour comprendre les conflits.
Le rapport porte sur trois processus de paix dans la Corne de l’Afrique – l’accord d’Alger de décembre 2000 entre l’Ethiopie et l’Erythrée ; le processus national de paix et de réconciliation d’octobre 2004 en Somalie, et l’accord global de paix de janvier 2005 au Soudan.
Chacun de ces trois processus est unique en son genre, mais la caractéristique commune la plus évidente est que les résultats sont mitigés. L’accord d’Alger n’a pas débouché sur un règlement définitif entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Les deux instruments créés à Alger pour aider à parvenir à une paix définitive – la commission des frontières et la force des Nations Unies – se sont essoufflés. Les deux côtés ne sont pas allés jusqu’à la guerre ouverte, mais l’hostilité persiste et se manifeste par procuration ailleurs dans la région, surtout en Somalie.
Le gouvernement fédéral de transition, créé pour la Somalie, par le processus de paix de Mbgathi, continue d’exister et « jouit » de la reconnaissance et de la légitimité internationales, mais s’est révélé incapable d’imposer son autorité à l’intérieur du pays. Et l’intervention de l’Ethiopie pour instaurer son autorité par la force a simplement provoqué une sédition, en partie anti-Ethiopienne et en partie islamiste. Le résultat, pour reprendre les termes de Healey, a été de créer des « conditions qui sont pires que celles qui prévalaient avant le démarrage du processus de paix ».
Par conséquent, en comparaison, l’accord de paix du Soudan se révèle être un grand succès. Le sud a réussi à mettre en place son propre gouvernement avec son armée autonome, de même qu’il a pu participer au gouvernement à Khartoum, et les deux parties comptent sur le texte de l’accord pour gérer leurs relations. Mais la délimitation des frontières, surtout dans les régions riches en pétrole, objet de la convoitise des uns et des autres, n’augure pas de lendemains enchanteurs.
Les réactions au recensement qui vient de s’achever seront déterminantes et pourraient retarder le processus devant déboucher sur le référendum ou l’indépendance du sud prévu pour 2011. L’absence de confiance, de volonté et de capacité a donné naissance à des dérapages dans le passé et pourrait, encore une fois, être aggravée par le conflit au Darfour.
Mais, malgré ces différences, des thèmes communs sont apparus. Le premier, c’est ce que Healey a identifié comme « La prévalence de la politique de l’identité et des processus de formation et de désintégration de l’Etat ». Bien que cela puisse sembler évident, ce thème mène à un autre point commun plus spécifique ; la manière dont les « interactions entre les Etats de la région appuient et maintiennent les conflits à l’intérieur de manière systémique ».
Cette interaction devient particulièrement complexe, si l’on tient compte du contexte mondial de la « guerre contre le terrorisme » comme un prisme souvent déformant à travers lequel les pouvoirs extérieurs perçoivent les conflits qui ont d’autres causes plus complexes.
L’institution régionale la plus susceptible de prendre la direction des affaires en matière de règlement des conflits [IGAD] est handicapée, pour dire le moins, par le fait d’être composée d’Etats dont la rivalité ou l’incapacité constitue le problème. Healey conclut qu’ « à long terme, le changement économique et une interdépendance économique croissante... semblent être les facteurs de stabilité les plus probables ». Mais le changement économique a peu de chance de se produire sans la stabilité qui est censée en être la conséquence.
Les quatre principales conclusions auxquelles Healey est parvenu sont stimulantes et leur champ d’application plus large. D’abord, soutient-elle, il y a lieu de tenir compte de « la longue tradition d’amitié et d’hostilité » dans la région, étant donné que les conflits actuels sont considérés par les participants comme faisant « partie intégrante d’un long continuum de guerre ». Les personnes venues de l’extérieur doivent donc reconnaître que leur influence est limitée, et leurs objectifs doivent être modestes.
Mais il est tout aussi important de reconnaître que c’est l’Etat lui-même qui est souvent le problème. L’analyse traditionnelle en termes d’Etats « faibles » et « forts » et l’approche familière de la « construction étatique » peuvent ne pas suffire pour rendre compte réellement des principales caractéristiques d’Etats comme le Soudan et l’Ethiopie. Ces deux Etats sont bâtis autour de pouvoirs centraux qui ne sont sûrement pas faibles et qui ont des origines historiques, mais qui ont été dans une situation de contestation et de lutte, d’une manière ou d’une autre, pendant plus d’un siècle, avec les populations à la périphérie ; et dans des zones frontalières instables avec une longue tradition de résistance à l’incorporation.
D’où les mérites de l’approche de « complexe de la sécurité régionale » qui souligne la manière dont les problèmes de sécurité de chaque pays entrent en interaction avec et parfois exacerbent ceux des voisins d’une manière qui rend difficile la distinction entre les considérations d’ordre interne et la politique « étrangère ».
Le même processus bidirectionnel peut être perçu comme étant à l’oeuvre dans l’influence des programmes mondiaux. Puisque les grandes puissances de l’extérieur perçoivent les problèmes de la région à travers le prisme déformant de leurs propres préoccupations, les acteurs locaux sont souvent enclins à présenter leurs propres rivalités internes en des termes susceptibles de bénéficier de l’appui des acteurs mondiaux.
Les fluctuations notées dans les relations entre l’Ethiopie et la Somalie, qui rappellent celles des superpuissances rivales au moment de la guerre froide dans les années 70, peuvent être citées à titre d’exemple. Plus récemment encore, l’insistance avec laquelle les Etats-Unis perçoivent les conflits dans la région, quelle que soit la complexité de leurs causes et de leur dynamique, à travers le prisme réducteur de la « guerre contre le terrorisme » n’a poussé qu’à faire empirer la situation. Healey conclut : « Elle a polarisé les parties et réduit l’espace de médiation. Les étrangers qui s’intéressent à la médiation ont besoin de répondre judicieusement aux allégations de terrorisme portées contre les diverses parties prenantes au conflit dans la Corne de l’Afrique et de chercher à développer un espace de dialogue ».
D’où ces autres conclusions : impartialité envers tous plutôt que de faire deux poids deux mesures en faveur des amis et ennemis supposés de l’Occident ; sécurité des personnes et priorité aux partenaires qui la respectent, plutôt qu’une conception militaire et étatique de la sécurité et de la légitimité.
De bonnes conclusions – mais à qui sont-elles adressées? Ici nous sommes confrontés à la même circularité paradoxale identifiée par Healey dans le processus de paix en Somalie. Cela peut paraître raisonnable de rechercher la paix en emmenant autour d’une table les diverses parties prenantes au conflit et de classer le collectif qui en résulte comme « gouvernement provisoire ».
Quelque répugnants que puissent être certains ou tous les participants, la realpolitik dicte sûrement leur inclusion puisque ce sont des acteurs qui ont de l’influence sur le terrain où les choses se font. Mais puisqu’ils constituent en même temps le problème, de telles « solutions » imposées de l’extérieur ne font que rendre le problème plus ardu – moins violemment si vous êtes chanceux.
Mais une approche basée sur la sécurité des personnes et sur la société civile, pour attrayante qu’elle soit, est à peine susceptible d’être acceptable aux acteurs étatiques ou prétendus tels qui tirent leur pouvoir du rejet ou du travestissement d’une telle approche.
Il n’y a pas de réponse théorique à ce dilemme et la réponse pratique ne peut venir que des organisations et mouvements de la société civile elles-mêmes, étayant l’idée d’une approche réellement basée sur la sécurité des personnes tout en la promouvant avec l’appui d’éléments bien disposés à l’intérieur des structures du pouvoir d’Etat. Dans ce processus, le rapport de Healey sera une ressource précieuse.
* « Les occasions ratées dans le Corne de l’Afrique : Comment les conflits se nouent et les accords de paix se dénouent ». Le rapport d’un groupe d’étude sur la Corne de l’Afrique par Sally Healy peut être téléchargé à l’adresse suivante :
° Le Groupe d’étude sur la Corne de l’Afrique comprend l’Institut Royal des Affaires Internationales [Chatham House], l’Université des Londres, le Centre des Etudes Africaines, la Royal African Society et le Rift Valley Institute.
* Stephen Marks, coordinateur et chercheur associé au projet Pouvoir émergeants en Afrique de Fahamu
* Veuillez envoyer vos commentaires à 'adresse suivante: [email protected] ou faire vos commentaires en ligne à l'adresse suivante:http://www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceOn le présente comme un des héritiers de feu Cheikh Anta Diop, chercheur et homme politique sénégalais, défenseur de l’antériorité de la civilisation nègre et militant panafricaniste. Théophile Obenga parle toujours du panafricanisme avec la conviction qu’il s’agit d’une exigence qui deviendra réalité. «Nous arriverons à l’Etat fédéral panafricain. C’est ça le destin africain», clame-t-il. Mais, comme il le souligne aussi dans cet entretien accordé à Freddy Mulumba Kabuayi, journaliste au quotidien Le Potentiel paraissant à Kinshasa, il importe que les dirigeants africains opèrent des ruptures indispensables. Ruptures dans leur vision de l’intégration, dans leurs rapports avec les bailleurs de fonds, dans la perception des intérêts et du devenir du continent.
Vous passez au plan international comme l’héritier de Cheik Anta Diop. Aujourd’hui, avec tous vos travaux, avez-vous l’impression que les hommes politiques ont pris conscience de l’unité de l’Afrique ?
On croit que ceux qui parlent de l’Union africaine, ce sont eux qui font son unité. Les chefs d’Etat, aujourd’hui, croient que l’Union africaine, c’est leur affaire. Tant mieux. Mais en fait, c’est depuis le 19e siècle qu’on parle de panafricanisme. Marcus Garvey, un Jamaïcain, est le créateur du panafricanisme. Il y a les Dubois et autres. C’est une longue tradition. Ils ont organisé le congrès panafricain. Ensuite, il y a les Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere et Kenneth Kaunda qui leur ont emboîté le pas. Puis a suivi la génération de Cheick Anta Diop jusqu’à Lumumba, Luis Cabral et Thomas Sankara.
Lumumba, présent au Sommet d’Accra (Ndlr : conférence panafricaine organisée en décembre 1958 par Kwame Nkrumah), nous a ramené le panafricanisme en Afrique centrale. De tout temps, ces idées de renaissance africaine, de panafricanisme, d’union africaine, de solidarité, de destin commun ont toujours drainé la politique africaine. Parfois, très rapidement. Parfois, très lentement. Des fois, on fait semblant d’oublier. De toute façon, si nous lisons le monde aujourd’hui, la Chine a déjà plus d’un milliard d’habitants. Un pays très puissant. D’ici 20 ou 30 ans, la Chine sera peut-être la première puissance du monde, au point de vue économique. Le Japon est une puissance. Il en est de même de l’Inde. L’Europe va se construire avec l’union. Les Européens veulent même détacher les pays africains de la Méditerranée, en constituant l’Union pour la Méditerranée. Les pays de l’Amérique latine, tels que la Colombie avec Hugo Chavez, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Brésil veulent faire leur marché commun, leur unité économique. Les Etats-Unis veulent faire un grand ensemble avec le Canada et le Mexique.
Pouvons-nous tenir devant ces nouvelles masses continentales, devant cette géopolitique de la nouvelle mondialisation ? Nous ne pouvons pas tenir dans l’isolement actuel. La CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), tout ça va passer.
Ce panafricanisme demeure-t-il un rêve ?
Non. En tout cas, nous arriverons, au cours du siècle, même à la fin de celui-ci, à l’unité continentale de l’Afrique. Nous arriverons à l’Etat fédéral panafricain. C’est ça le destin africain. Et nous avons les ressources matérielles pour le faire. Nous sommes le continent le plus riche de la terre. Nous avons des intelligences, une population, etc. Nous avons tous les moyens.
Qu’est-ce qui se passe ? Tout le monde se développe avec les richesses africaines, en l’occurrence l’Europe et les pays asiatiques. Tandis que les pays africains s’appauvrissent. Ce qui est paradoxal. Il faut développer l’Afrique. Et ce faisant, développer l’Humanité. L’Afrique, on ne s’en rend pas compte, est une puissance.
Donnez-vous donc raison au président libyen, Mouammar Kadhafi, qui veut que soient créés les Etats-Unis d’Afrique ?
Oui. Mais Kadhafi n’est pas le premier. Nkrumah en avait parlé. L’Afrique doit s’unir. Le président Kadhafi pousse ce destin que nous soutenons. Mais il faut de la méthode. Faisons des Etats fédérés avec un gouvernement fédéral qui aura des représentants ministres. En ce moment-là, nous pèserons en tant qu’Etat dans la communauté internationale. C’est ça la démarche. Il faut réaliser l’unité politique, d’abord, l’unité gouvernementale de gestion. Comment voulez-vous gérer s’il n’y a pas de gouvernement ? Il faut d’abord faire un Etat politique. Et la politique commande l’économie. Il faut connaître l’orientation, l’idéologie, les ambitions. Qu’on ait avant tout le royaume politique et tout le reste viendra après.
Voilà pourquoi les ensembles économiques ne marchent pas. La CEMAC ne marche pas bien parce qu’il y a ce vide, parce qu’il n’y a pas de contenu politique, idéologique. On ne fait la critique de personne. Mais avec de petits projets économiques de ceci ou cela quelle est l’ambition, la vision, l’idéologie politique ? Parle-t-on de la protection du peuple africain au sein de la CEMAC, de la libre circulation ? Quels sont les droits des peuples de la CEMAC ? Comment favoriser leur bien-être ? C’est ça, d’abord, qu’il faut définir. Ce n’est pas protéger ce qui est très passager.
Les Européens n’ont pas commencé par le contrôle des visas. Ils ont débuté par réaliser l’Union européenne où l’on compte aujourd’hui 27 pays membres. La CEMAC n’a pas l’idéologie de l’Unité africaine. Voilà pourquoi ça marche lentement.
On se rend compte aussi que la présence française en Afrique centrale handicape le processus de formation des Etats-Unis d’Afrique ?
Les intérêts français, européens ou américains profitent de la faiblesse politique, du vide politique, du manque de leadership. Chacun sauve ses intérêts. Nous sommes dans un monde de loups. La mondialisation, c’est quoi ? C’est la lutte des intérêts au niveau planétaire. Alors, chacun défend ses intérêts. Si j’étais Français, j’allais défendre les intérêts de mon pays en Afrique. A qui la faute, si les Africains ne défendent pas leurs intérêts ?
Aujourd’hui, les Chinois ne viennent pas en Afrique parce qu’ils aiment ce continent mais pour leurs intérêts. C’est pour se développer qu’ils viennent chercher le pétrole, l’uranium, l’or … C’est normal. L’Inde, le Japon, la Russie, les pays européens feront la même chose. Il faut que l’Afrique apprenne à défendre ses intérêts. Et du coup, à coopérer, à dialoguer avec les autres. Mais nous coopérons, nous dialoguons sans défendre nos intérêts. C’est-à-dire que le patriotisme africain fait défaut, en quelque sorte. Ce patriotisme dont faisaient preuve les Lumumba. Ils n’avaient pas parlé d’économie, mais, d’abord, de la dignité africaine, du respect de l’Africain, des intérêts africains à sauvegarder. C’est ça qui va nous mobiliser pour bâtir le pays. Et construire le pays pour défendre ses intérêts va nous faire respecter des autres. Quand ceux-ci nous respectent, on peut alors dialoguer librement et à égalité.
Comme le souligne la Déclaration universelle des droits de l’Homme, tous les hommes sont libres et égaux. Nous croyons toujours que nous sommes inférieurs par rapport à l’homme blanc. Les Belges, qui connaissent la pagaille entre Flamands et Wallons, veulent avoir un regard moral sur les affaires du Congo démocratique. Mais de quel droit ? Les Africains ont-ils un droit de regard sur les affaires de la Belgique, de la France, du Portugal ou de l’Espagne ? Ils arrêtent les gens comme ils veulent. Nous n’avons jamais traduit en justice, à la Cour pénale internationale de La Haye, le Belge qui a assassiné Lumumba. Il en est de même du Portugais qui a tué Cabral et des assassins de Samora Machel, Buganda, Sankara. Et la communauté internationale, formée de quatre pays (Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne) régente tout. Mais c’est de la fiction.
Que doit faire l’Afrique ?
Il faut que l’Afrique défende ses intérêts. Le jour où cela deviendra réalité, ils viendront se mettre à genoux pour renégocier les contrats, les affaires. Quand nous dirons que le diamant de Mbuji-Mayi nous appartient et que nous le vendons à qui nous voulons, et qu’Anvers n’est pas la capitale du diamant, et que c’est nous qui sommes la capitale du diamant, ils vont nous respecter. Ils viendront pour la réconciliation, pour nouer des amitiés. Parce que dans le sous-sol européen, il n’y a rien. Donc ils auront toujours besoin de nous. On ne leur doit rien du tout.
En dehors de puissances néo-coloniales, les institutions de Bretton Woods ne poursuivent-elles pas la néo-colonisation ?
Nous respectons les institutions internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces institutions ont-elles été créées pour résoudre la misère africaine ? Est-ce que la philosophie des institutions de Bretton Woods vise le soulagement de la misère africaine ? Elles n’ont pas été créées pour cela. Les Etats-Unis, aujourd’hui, ont un budget déficitaire. Pourquoi ils ne s’endettent pas auprès de la Banque mondiale, qui est à 5 minutes de la Maison Blanche. Non, les Etats-Unis se sont tournés vers la Chine pour s’endetter. Pourquoi la France déficitaire dirige le Fonds monétaire international pour ne pas s’endetter auprès de la Banque mondiale ? Elle aussi est allée frapper à la porte des Chinois. Et ils nous demandent de nous rabattre sur la Banque mondiale.
Ces institutions respectables n’ont pas été créées pour nous. Nous devons simplement quitter la Banque mondiale parce qu’elle a apporté la pauvreté en Afrique. Elle a élaboré, soi-disant, des programmes d’ajustement structurel. Le Ghana était le meilleur exemple. Mais il est dans la misère absolue aujourd’hui. Ces institutions favorisent la culture de rente de coton au Mali. Elles sont contre les cultures vivrières. Si nous avons la crise alimentaire, c’est à cause de la Banque mondiale. Le FMI est contre le développement de l’Afrique. Il n’y a que celle-ci à ne pas le comprendre. Quel pays a-t-il développé dans le monde ? A-t-il développé le Bangladesh ? Même le Maroc qui a quitté ces institutions n’en est pas mort.
Les dettes contractées auprès de la Banque mondiale ne sont pas justes. Car l’argent qu’elles donnent à un chef de l’Etat africain va dans les poches des dirigeants en place. Et les experts de ces institutions, les plus corrompus de la terre, le savent. L’ancien directeur du Fonds monétaire international, Paul Wolfowitz, payait sa maîtresse comme salariée de la Banque mondiale. Est-ce que les Africains font cela ?
Les Africains sont-ils si naïfs, qu’ils acceptent n’importe quoi ?
Oui. Nous sommes des naïfs. Le cas de Wolfowitz est là. Les gouvernements français, belge, britannique,… sont les plus corrompus. Ils sont dans la magouille. Les Italiens, n’en parlons pas. Comme les africains sont naïfs, ils laissent faire. Pourtant, ils ont des experts en économie. La Chine s’est développée sans coopération. L’Europe également. La France s’est développé en coopérant avec qui ? Des experts anglais ? Les capitaux anglais ont-ils développé la France ? Les experts hollandais ont-ils coopéré avec leurs homologues belges pour développer la Belgique ? Est-ce que ce sont les Italiens qui développent l’Espagne ? Pourquoi les Africains acceptent-ils cette fameuse coopération ?
Selon vous donc, il est temps que l’Africain libère un peu son imaginaire parce qu’il pense toujours qu’étant Noir, il est inférieur à l’homme blanc, il est sous-développé…
Vous avez touché le problème essentiel. C’est-à-dire l’homme pris dans son état primitif dans la philosophie bantoue du père Tempels. Et tout ça, c’est l’art sauvage, primitif. On lui inculque le sentiment d’infériorité. On on cultive chez moi la peur de ma culture et de moi-même, l’adoration du modèle européen occidental. Dans ce complexe qu’on développe exprès, on ne peut rien faire. On ne prend pas son destin en main. Il nous faut nous décomplexer mentalement. Après, on peut chercher les voies et moyens, avec la coopération que nous choisirons librement.
On n’est pas contre la coopération, mais qu’on ne nous impose rien du tout. On est assez grand pour décider nous-mêmes de notre destin. Les Occidentaux ont créé, notamment, la Banque mondiale et le FMI pour nous emprisonner. Parce que si l’Afrique se développe, l’Europe va changer car elle n’a rien. Tout le monde est en République démocratique du Congo, y compris les Chinois. Ils ont pris d’assaut la province du Katanga, se ruant vers le cobalt. Heureusement que le gouverneur de cette province a doublé le prix. Il devait même les tripler, voire les quadrupler. Les Chinois vous envoient de la pacotille, avec des serrures qui ne tiennent pas. On nous envoie des assiettes pourries, des carreaux qui ne tiennent pas … et on les accepte.
A supposer que le Nigeria, la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud soient éveillés, debout, ces pays n’accepteraient pas n’importe quoi. C’est pour cette raison que je soutiens le président Mugabe. Je n’ai jamais toléré que les européens critiquent un chef d’Etat africain. Nous devons régler nos problèmes nous-mêmes. Ils n’ont de leçons à donner à personne. Ils ne font pas mieux que nous. Voyez comment ils traitent les Noirs qui vivent en Europe, les immigrés, les Sans papiers. Quand les Blancs critiquent Mugabe, c’est qu’il est bon. Le fait de reprendre les terres pour les rentabiliser est bon. Ce sont des terres à nous.
En Afrique subsaharienne, le nombre des jeunes dans la tranche d’âge de 15 à 35 ans est de 400 millions. Ils sont en chômage. Ils ne vont pas à l’école, parce qu’il n’y en a pas. Ceux qui sont près des Canaries préfèrent se faire bouffer par l’Océan. La police aérienne et navale espagnole leur tire dessus à bout portant. C’est un crime. Et la Cour pénale de La Haye ne dit rien. On dit qu’ils sont des naufragés sans nous montrer les cadavres parce qu’ils sont criblés de balles. Ils montrent les soi-disant rescapés. Un crime dont l’Union africaine ne parle pas.
(…) Cette jeunesse-là, qui va diriger l’Afrique demain, doit bénéficier d’une éducation. Il faut lui assurer le travail. Voilà pourquoi je propose qu’on conçoive une université africaine à notre manière. Si nous voulons, comme le dit Thabo Mbeki, que le 21e siècle soit celui de l’Afrique, de la renaissance africaine, je pense que cela doit fondamentalement commencer par l’éducation. Eduquer la jeunesse, la doter d’outils modernes. Sinon, elle ne saura pas diriger l’Afrique. Elle ne pourra pas non plus participer à la gouvernance du monde. Parce qu’elle n’aura pas été préparée.
Que font aujourd’hui les jeunes américains entre 15 et 35 ans ? Ils sont tous à l’université. Il en est de même des jeunes européens. Les Indiens font eux-mêmes leur bombe atomique. Ils n’ont pas besoin d’experts américains ou européens. La jeunesse chinoise prépare l’avenir de la Chine.
(...) Etes-vous hanté par le pessimisme ?
Je suis très optimiste parce que l’Afrique est le berceau de l’Humanité. Nous sommes les premiers êtres dans cette Humanité. Les premiers hommes à faire l’amour sur cette terre sont les Africains. Ils sont aussi les premiers à voir quelqu’un naître, un homme mourir. Les premiers à voir la nature, à s’interroger sur celle-ci, sur le destin de l’Homme et sur le sens même de la vie. Ce sont les africains qui ont philosophé d’abord, ont organisé la société jusqu’au stade de l’Homo Sapiens. Nous ne sommes pas en dehors de l’Histoire. Maintenant que les choses évoluent, l’Homme s’adapte à son environnement. Il peut changer de peau, de couleur des yeux. L’Humanité ne peut pas se faire sans les Africains et l’Afrique. Nous avons été esclaves, colonisés, nous sommes encore là. Nous pouvons encore régénérer le bonheur de l’Humanité.
* Théophile Mwené Ndzalé Obenga est égyptologue, linguiste et historien. Avec Cheikh Anta Diop, il défend une vision de l'histoire africaine recentrée sur les préoccupations des chercheurs et intellectuels africains, soucieux de revisiter leur patrimoine (Afrocentricité).
* L'intégralité de cet entretien est parue par l'édition du 7 juillet du Potentiel
* Veuillez envoyer vos commentaires à 'adresse suivante: ou faire vos commentaires en ligne à l'adresse suivante:http://www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLe pétrole a bouleversé l'économie de la Guinée équatoriale, passée d'un des pays les plus pauvres de la planète au statut de "futur Koweït" de l'Afrique avec une production estimée à plus de 400.000 barils/jours. Le petit pays de quelque 600.000 habitants, dirigé d'une main de fer depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema, est devenu le troisième producteur de pétrole subsaharien. Il surfe désormais sur des revenus aussi énormes qu'inespérés avant la découverte du pétrole au début des années 1990.
Tagged under GouvernanceQuelque 296 algériens, admis aux examens du baccalauréat et du Brevet de l'enseignement moyen (BEM) pour les session 2007-2008, ont bénéficié de la grâce présidentielle totale ou partielle parmi les condamnés définitivement pour délits mineurs. Quelque 128 détenus admis aux examens du BEM ont bénéficié de la grâce présidentielle totale, 132 ont vu leurs peines réduites, tandis que 34 détenus lauréats du baccalauréat ont bénéficié de la grâce totale et deux détenus lauréats des mêmes épreuves ont bénéficié de la réduction de leur peine.
Tagged under GouvernancePaludisme, diarrhée, vomissements, pneumonie, bronchite et autres infections respiratoires, infestations vermineuses, gale, abcès, plaies et furoncles sont toutes des maladies fréquentes dans la communauté de Kroo Bay, située à Freetown, capitale de la Sierra Leone. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’espérance de vie moyenne des 6 000 habitants du bidonville soit de 35 ans, contre 45 ans au Liberia, dernier rang dans le rapport annuel sur le développement humain élaboré par le Programme des Nations Unies pour le développement.
Tagged under Gouvernance Sierra LeoneDans quel pays du monde peut-on être multimilliardaire et continuer de souffrir de la faim ? La réponse est, bien sûr, au Zimbabwe. Une miche de pain coûte 100 milliards de dollars zimbabwéens (approximativement 1,25 dollar américain, selon le cours officiel), un kilogramme de viande 450 milliards de dollars zimbabwéens (environ 5,60 dollars américains), tandis que le demi-litre de lait se vend à 200 milliards de dollars zimbabwéens (environ 2,50 dollars). Sur le marché parallèle, où s’approvisionnent la plupart des habitants, les prix sont nettement plus élevés.
Tagged under Gouvernance ZimbabweGrand épicurien devant l’éternel, le président Gabonais Omar Bongo n’a jamais trop regardé à la dépense. Ni pensé à sa succession. Mais à 73 ans bien sonnés, d’autres y pensent pour lui. Notamment sa petite famille. Larvée depuis des années, la guerre d’attentions que se livrent son ministre de la Défense de fils, Ali et son gendre de ministre des Finances Paul Toungui, n’en est plus tout à fait aux escarmouches.
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Tagged under Gouvernance GabonTous les biens de l'ancien vice- président et sénateur congolais, Jean-Pierre Bemba, ont été saisis au Portugal à la demande la Cour pénale internationale (CPI). Selon un communiqué du Parquet de Bruxelles agissant à la demande de la CPI, la justice portugaise a ordonné la saisie de la villa (estimée à 2,5 millions d'euros), de Jean-Pierre Bemba à Faro, ainsi que deux voitures haut de gamme, un avion et un yatch. Le communiqué ajoute que des documents importants ont été également été saisis dans le cadre des investigations menées par la CPI.
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Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireL’Union Européenne a adopté le 22 juillet des sanctions contre 37 proches du président zimbabwéen Robert Mugabe, ainsi que contre quatre entreprises soutenant son régime. Elle espère que les interdictions de voyager et les gels d’avoirs permettront d’influencer le cours des négociations politiques entre le pouvoir et l’opposition, qui doivent
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe retour de plus de 4 000 réfugiés mauritaniens, qui vivaient en exil au Sénégal depuis près de 20 ans, s’est globalement déroulé sans encombre. Cependant, des tensions se sont parfois fait sentir chez certains réfugiés, non satisfaits de leurs nouvelles conditions de vie, et confrontés à des difficultés pour récupérer leurs terres. En 1989, les autorités se seraient approprié la terre de nombreux réfugiés après avoir contraint ces derniers à quitter le pays et fuir au Sénégal ou au Mali. ?
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Tagged under Gouvernance SenegalLe directeur de publication d’un journal privé gambien, de nationalité nigériane, est accusé de sédition par la police gambienne de sédition, a-t-on appris le 22 juillet de source policière. Cette accusation fait suite à la publication d'un article et d'une photo sur des enfants qui font le tour de la capitale gambienne pour ramasser de la ferraille qu'ils vont vendre. Un autre journaliste de la rédaction a été convoqué par la police et interrogé sur l'origine des photos…
Tagged under Gouvernance NigeriaLe Zimbabwe va mettre en circulation à partir de lundi un nouveau billet de banque d'une valeur de cent milliards de dollars zimbabwéens pour tenter de remédier à la pénurie de devises, avec une inflation folle à 2,2 millions de pour cent, a annoncé le 19 juillet la Banque centrale. Le nouveau billet de 100.000.000.000 dollars - valant environ un dollar US au marché noir ces jours-ci – est entré en circulation le 21 juillet.
Tagged under GouvernanceLes principaux protagonistes de la crise zimbabwéenne ont signé le 32 juillet à Harare un accord qui établit un cadre pour des négociations de fond pour mettre fin à la crise qui paralyse le pays depuis des mois. L'information a été confirmée par le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères. L'accord a été signé par le président Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai. Le président Thabo Mbeki, principal facilitateur des pourparlers était à Harare pour la cérémonie de signature.
Tagged under Gouvernance ZimbabwePrésident déchu de l'île comorienne d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar s'est exilé à Cotonou, au Bénin le 19 juillet, après avoir été expulsé de l'île française de la Réunion. Le Bénin a accepté de l'accueillir s'il renonçait à toute activité politique. Président d'Anjouan depuis mars 2002 mais dont la réélection en juin 2007 avait été jugée illégale par l'Union des Comores et l'Union africaine, Mohamed Bacar a été renversé il y a quatre mois par une opération de l'armée comorienne et des troupes mandatées par l'UA.
Tagged under Gouvernance BeninLes meurtres de civils, des viols et pillages se poursuivent dans la province du Nord-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo, six mois après l'accord de paix, selon un communiqué de l'association Human Rights Watch (HRW), diffusé le 21 juillet. Les chercheurs de HRW "ont recueilli des informations sur plus de 200 meurtres de civils et le viol de centaines de femmes et de filles commis depuis janvier par tous les groupes armés, y compris les soldats de l'armée congolaise"
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