Les privatisations d’entreprises nationales ont été l’une des principales recommandations de la banque Mondiale et du FMI, visant à assainir les comptes publics des pays enlisés dans de graves crises économiques. L’expérience et le recul historique montrent que les résultats de ces politiques de privatisation sont très différents selon le contexte dans lequel elles ont été appliquées. Le bilan décevant de l’échec des politiques de privatisations s’explique surtout par le non respect de certains préalables institutionnels.
Tagged under GouvernanceL’expérience démocratique en cours depuis plusieurs années en Afrique est en péril. Parce que les transitions sont toujours mal gérées. Des conférences nationales souveraines aux gouvernements d’union nationale, des coups d’État jugés salvateurs aux rébellions armées, on aura tout essayé. En vain. Il semble que la méfiance et la mauvaise foi manifeste l’emportent toujours, même aux lendemains d’élections transparentes, ouvertes, libres et crédibles, consacrant l’alternance ou le retour de l’ancien régime sous diverses formes.
Tagged under GouvernanceAmnesty International, CIV ICUS, l'Alliance Mondiale pour la Participation Citoyenne et l'Alliance Mondiale contre la Pauvreté (AMCP) ont prévu de lancer, le 18 juillet, une campagne panafricaine de solidarité avec le peuple du Zimbabwe, « qui souffre de la violation persistante de ses droits ». Dans un communiqué commun rendu public à Lusaka, le 11 juillet, les organisations coordinatrices ont indiqué que le lancement de cette campagne à Johannesburg, qui sera suivi de l'organisation d'évènements à travers le continent, représente le début d'une campagne dans toute l'Afrique au niveau de la base.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLes Nations unies ont commencé le 15 juillet à évacuer du personnel non essentiel du Darfour, alors que les partisans du président Omar el-Béchir devaient protester à Khartoum contre les graves accusations lancées contre lui devant la Cour pénale internationale (CPI). Le procureur de la CPI a lancé un mandat d'arrêt contre le président soudanais qu'il a accusé de génocide, crime de guerre et crime contre l'humanité au Darfour, où règne une guerre civile depuis 2003.
Tagged under GouvernanceLaurent Gbagbo a confirmé que « le premier tour de l’élection présidentiel aura bel et bien le 30 novembre » Le président ivoirien a fait cette déclaration le 14 juillet, au cours de sa première visite à Séguéla (516 km d’Abidjan), zone sous contrôle des Forces Nouvelles (ex rébellion) depuis septembre 2002. Selon lui, «la guerre est totalement finie. Il faut croire à ça
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireDes Guinéennes issues de partis politiques, de l’administration, de la société civile et des ONG féminines, réunies au sein du Collectif des Femmes Leaders, demandent au Premier ministre d’instaurer des dispositions de parité et de quota dans le système de gouvernance. Le Collectif des Femmes Leaders de Guinée indique "avoir pris acte, non sans amertume, de la très faible représentation des femmes dans le nouveau gouvernement de 37 membres, soit 10 pour cent de femmes promues contre 14 pour cent dans le précédent gouvernement’’.
Tagged under GouvernanceSimone Gbagbo, épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo et Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ancien ministre de l’Economie, ne se sont pas rendus, le 10 juilllet 2008, à la convocation du juge français Patrick Ramaël, dans le cadre de son enquête sur la disparition, en 2004 en Côte d’Ivoire, du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer. Une fois de plus, les personnes les plus souvent citées dans le cadre de l’enquête ne coopèrent pas avec la justice française.
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireLe ménage continue à la présidence de la République de Côte d’Ivoire, où le président Gbagbo, qui est à la recherche d'une virginité avant la campagne électorale, ne veut pas donner du grain à moudre à ses adversaires politiques qui ne manquent aucune occasion de dénoncer l'incompétence, la corruption et les détournements de deniers publics sous la refondation. Ainsi les limogeages se poursuivent parmi les « grosses pointures » qui l’entourent.
Tagged under GouvernanceLe Conseil de sécurité de l'ONU a rejeté le 11 juillet l'adoption d' un projet de résolution visant à imposer des sanctions au Zimbabwe, en raison du veto de la Russie et de la Chine. Le projet de résolution, soutenu notamment par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, a obtenu 9 voix pour, 5 voix contre - dont celles de la Fédération de Russie et la Chine - et une abstention. Le vote négatif de la Russie et de la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, a constitué un exercice du droit de veto.
Tagged under GouvernanceUn sommet des chefs d'Etat Turquie-Afrique destiné à renforcer la coopération se tiendra au mois d'août prochain. L'annonce a été faite par le ministre turc du Commerce extérieur, lors de la troisième édition du pont de commerce entre l'Afrique et la Turquie, tenue à Istanbul à l'initiative de la Confédération des hommes d'Affaires turcs. Selon le ministre, un ''tsunami alimentaire guette le continent africain qui a intérêt à développer son énorme potentiel agricole et que la Turquie est prête à accompagner les efforts du continent pour une autosuffisance alimentaire''.
Tagged under GouvernanceLe pouvoir et l'opposition du Zimbabwe ont poursuivi le 11 juillet leurs discussions à Pretoria, sur la crise dans leur pays, après que le Conseil de sécurité de l'ONU eut reporté un vote sur d'éventuelles sanctions pour donner une chance au dialogue. La table-ronde, qui s'inscrit dans le cadre des efforts de médiation du président sud-africain Thabo Mbeki, s'est déroulée dans la plus grande discrétion.
Tagged under GouvernanceAucun pays d'Afrique de l'Ouest ne pourra assurer son autosuffisance alimentaire d'ici 2017, selon une étude américaine, qui prévoit un aggravement des déficits à l'origine de l'actuelle crise alimentaire, déjà source de graves tensions et de troubles dans plusieurs pays. Sur un total de 37 pays étudiés en Afrique Subsaharienne, dont la totalité des 15 pays de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la Mauritanie, aucun ne pourra faire face, de manière adéquate à ses besoins alimentaires en 2017, selon les résultats d'une étude menée par le Département de l'Agriculture des Etats Unis.
Tagged under GouvernanceBien que troisième producteur mondial d’uranium, le Niger reste le pays le plus pauvre de la planète, occupant le 177e rang sur 177, selon rapport l’IDH du PNUD de 2007. Le pays compte le taux de fécondité le plus élevé (7,9 enfant par femme), 15,2% de décès à la naissance et 25,9% avant l’âge de 5 ans. Seuls 12% des 11 millions de Nigériens ont accès à l’assainissement et 10% aux services financiers. Des chiffres dont on sait d’ores et déjà qu’ils ne permettront pas d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015. Surtout quand les affres de la guerre au nord s’y ajoutent
Tagged under Gouvernance NigerQuelque 68 000 femmes meurent chaque année suite à un avortement insalubre, tandis que 5,3 millions souffrent d'incapacité temporaire ou permanente, selon un rapport de la Banque mondiale publié jeudi à Nairobi. Le rapport intitulé "Fertility regulation behaviours and their costs" révèle que beaucoup de femmes pauvres ont recours à l'avortement en dernier recours comme moyen de contrôle des naissances. En dépit de la hausse considérable de la contraception dans le monde, 51 millions de grossesses non désirées dans les pays en développement se produisent chaque année chez des femmes qui n'utilisent pas la contraception.
Tagged under GouvernanceL'Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) estime que le taux des accidents aériens enregistrés sur le continent connaîtra une baisse considérable, si les autorités nationales de l'aéronautique réussissent à renforcer la sûreté et la sécurité aériennes, notamment par l'interdiction totale des appareils âgés et dangereux. L'association note, dans ce rapport, que le taux des accidents aériens en Afrique serait beaucoup moins important, si des efforts étaient faits en RD Congo, un pays sur le territoire duquel la moitié des accidents aériens relevés sur le continent est enregistrée.
Tagged under GouvernanceLe Groupe des Huit a vu le jour en 1975 comme G 7, à un moment où le monde était empêtré dans une profonde crise économique, comme c'est le cas aujourd'hui. Son principal objectif était de coordonner les politiques macro-économiques des pays riches à une époque marquée par la stagnation et l'inflation, et de développer un stratégie commune vis-à-vis des pays en développement qui avaient relâché leur dépendance politique et économique des pays occidentaux à la faveur de l'euphorie née de la décolonisation, des luttes de libération nationale, et de l'émergence de l'Organisation des pays producteurs et exportateurs de pétrole (OPEP) comme pouvoir économique.
Le G7 n'a pas réussi à cordonner ses politiques, les Etats-Unis sous Ronald Reagan poursuivant de manière agressive une politique du dollar faible qui a provoqué la récession en Allemagne et au Japon. Les pays du G7 ont réussi, cependant, à former un front uni contre les pays en développement, pesant de tout leur poids contre les politiques néolibérales d'ajustement structurel imposées par le Banque mondiale et le Front monétaire international (FMI) à plus de 90 économies en développement et en transition (post-socialistes). Les programmes d'ajustement structurel ont fait disparaître les gains économiques réalisés par le Sud dans les années 1950 et 60.
Dans les années 1990, le G7 est devenu le principal promoteur d'une mondialisation tirée par les entreprises, dont le chemin avait déjà été balisé par la déréglementation libérale et la privatisation radicale qui a eu lieu dans les pays en développement sous ajustement structurel. Le G7 a aussi fortement soutenu l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) comme la principale agence pour le processus de libéralisation du commerce et de l'investissement dans le monde qu’exigent leurs entreprises.
Toutefois, la fin des années 1990 a apporté, non une plus grande prospérité pour tous, comme promis par les politiques néolibérales fondées sur les lois du marché, mais la pauvreté absolue, des inégalités grandissantes et la consolidation de la stagflation dans le Sud. L'échec du troisième sommet ministériel de l'OMC à Seattle, en décembre 1999, a marqué la réalisation d'une masse critique par les forces d'opposition créées par les contradictions de la mondialisation.
Une fois les réalités de la mondialisation connues de tous, les sommets du G7 - maintenant G8 avec l'incorporation de la Russie - sont devenus un paratonnerre pour l'opposition mondiale grandissante. Lors du sommet du G8 qui s'est tenu à Genoa en juin 2001, trois cent mille personnes se sont réunies sous le programme intransigeant du “Non au G8.” Les lignes de bataille étaient clairement tracées, la police italienne ou carabineri contribuant immensément à la polarisation en intervenant dans une émeute qui a coûté la vie à un activiste et en a blessé des vingtaines d'autres.
Des éléments à l'intérieur du G8 se sont rendus compte que l'image qu’ils renvoyaient, d’un directoire hégémonique de la mondialisation, n'était pas bonne pour l'avenir de l'organisme. Sous la houlette du gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair et Gordon Brown en Grande Bretagne, le G8 s'est fait faire un lifting. Un nouveau discours a été au goût du jour, dont les maîtres mots étaient la remise de la dette des pays pauvres, l'élévation du niveau de l'aide dans les pays du G8 à 0,7 pour cent de leur PIB, un ensemble de mesures d'aide en faveur de l'Afrique, mettant le commerce au service du développement et prenant à bras le corps le changement climatique.
Les nouveaux mots d'ordre ont pour noms “Partenariat,” “Consultation,” “Intégration Sociale Mondiale” et “Objectifs du Millénaire pour le Développement.” La bataille avait pour but de sauver l'âme de la société civile mondiale. Le point culminant de cette nouvelle approche était le sommet de Gleneagles en 2005, qui a été mise en chorégraphie par une alliance entre le gouvernement travailliste, des vedettes comme Bob Geldof et Bono, ainsi que des ONG britanniques très influentes. Plusieurs centaines de milliers de personnes qui ont fait le déplacement de l'Ecosse se sont vues manipulées pour faire chorus en faveur des concerts organisés en grande pompe en Afrique sous la bannière de l'aide, ainsi que dans différentes parties du globe.
Avant 2007, tout le charme de ces concerts et autres manifestations s'est dissipé. L'idée d'un partenariat entre la société civile mondiale et le G8 a vite cédé à l'amertume puisqu'aucun des pays du G8 n'a atteint la cible de 0,7 de son PIB, l'aide à l'Afrique n'a pas atteint les 20 milliards de dollars promis à Gleneagles, le “Round du développement de Doha” était devenu une grande farce, et aucune action vigoureuse en matière de climat n'était prévisible dans le court terme.
Au contraire, le communiqué du G8 au sommet de Heiligendamm ou de Rostock a mis l'accent sur les technologies fixes pour les pays en développement sur la non restriction des investissements par les sociétés multinationales, et ont émis un avertissement à peine voilé sur le fait que la Chine bénéficiait d'un accès préférentiel aux matières premières en Afrique.
Sous la direction de la société civile en Allemagne, la dénonciation et la confrontation militantes du G8 ont été la réaction préférée de la société civile, avec des milliers de manifestants essayant de pénétrer dans le site où se tenait la réunion des chefs d'Etat pour y mettre fin. Avec le slogan dominant "Que le G8 s'écarte du chemin", les protestations de Heiligendamm ont fait renaître la tradition militante de Génoa qui avait été supprimée à Gleneagles.
Ainsi donc nous arrivons au sommet du G8 ici à Hokkaido, au Japon. Les Bush, Sarkozy, Brown et Fukuda ne sont pas seulement un groupe de leaders discrédités qui ont fait de faibles scores dans les scrutins qui se sont déroulés dans leurs propres pays, mais nous avons également un G8 plus que jamais délégitimé à mesure que le typhon lâché par le projet de mondialisation qu'il a promu est en train de faire des ravages dans le monde sous la forme de crises simultanées liées à la montée en flèche des cours mondiaux du pétrole et des denrées alimentaires, mai aussi à l'effondrement financier mondial et aux changements climatiques aux conséquences toujours plus dramatiques.
Dans ce contexte, les mouvements sociaux au Japon et en Asie sont confrontés au choix de maintenir l'élan de Génoa ou celui de Gleneagles - c'est-à-dire approfondir davantage la crise de légitimité du G8. Le plus grand cadeau que le mouvement japonais puisse faire à la société civile mondiale est d'être à l'avant-garde de la bataille consistant à faire du sommet de Hokkaido le dernier sommet du G8.
*Walden Bello est le président de la Coalition ' Freedom from Debt' et analyste principal de 'Focus on the Global South' (Discours prononcé à l'ouverture de la plénière du sommet du peuple, au palais des congrès Sapporo, Hokkaido, Japon, le 6 juillet 2008.)
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceL'ONG Transparence International France (TI) a annoncé avoir déposé une plainte visant cinq chefs d'Etat africains, dont le Gabonais Omar Bongo, qu'elle accuse de posséder en France des biens immobiliers financés par de l'argent public détourné. Une première plainte à ce sujet avait déjà été déposée en mars 2007 par trois associations françaises, entraînant l'ouverture d'une enquête préliminaire sur le patrimoine de ces chefs d'Etat. Mais elle avait été classée sans suite en novembre. La plainte, déposée le 9 juillet, vise Denis Sassou Guesso (Congo), Omar Bongo, Teodoro Obiang (Guinée Equatoriale), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Eduardo Dos Santos (Angola),.
Tagged under GouvernanceSi Robert Mugabe conserve le pouvoir, ce n’est pas seulement grâce à une machinerie auto élective qui permet aux dictateurs de rester aux commandes quel que soit l’avis du peuple. C’est aussi par le fait qu’il a habilement utilisé les sanctions internationales prises à son encontre pour se bâtir une légitimité d’hyper nationaliste contre l’impérialisme occidental incarnée dans l’imaginaire populaire subsaharien par les anciennes puissances coloniales.
En effet, si, sur le plan international, l’unanimité est établie sur Mugabe une fois pour toute typifié comme un dictateur sans scrupules, dangereux et infréquentable, tel n’est le cas ni au Zimbabwe, ni en Afrique Noire. Ceci résulte du fait qu’en post colonies subsahariennes, autant la légitimité internationale des Chefs d’Etats est très souvent parrainée par les anciennes métropoles alors que les populations locales la contestent, autant la même légitimité internationale peut aussi tomber en discrédit auprès de la même population subsaharienne lorsque, à tort ou à raison, elle se convainc qu’un leader africain n’est plus soutenu par l’ancienne puissance coloniale parce qu’il est contre le néocolonialisme.
Aussi, la dualité de postures (pour ou contre Mugabe) qu’on observe au Zimbabwe en particulier, et en Afrique Noire en général, prouve que l’enfer c’est les autres comme le disait Jean Paul Sartre. En effet, en dehors de l’Africain politiquement neutre ou politiquement médian, le cas Mugabe divise les Subsahariens politiquement engagés. D’un côté, se dressent ceux qui épousent l’avis de la communauté internationale et qui font de Mugabe la réincarnation du diable (les anti Mugabe). De l’autre, s’érigent ceux pour qui Mugabe est un héro africain contre l’impérialisme occidental et le néocolonialisme inhérent (les pros Mugabe). Les pros Mugabe et les anti Mugabe réactualisent et incarnent ainsi les conflits idéologiques au sein d’un continent noir où certains Africains sont pour la continuité de la lutte anticoloniale quand d’autres estiment qu’il est plus que jamais temps de laisser tomber la victimisation pour emprunter le train démocratique et les règles de jeu qu’il implique dans l’acquisition, l’exercice et la transmission du pouvoir politique.
En conséquence, si le discrédit international qui frappe le président zimbabwéen a du sens pour les anti Mugabe, il est jugé nul et de nul intérêt pour les pros Mugabe qui pensent qu’il est une pure orchestration de l’Angleterre qui n’a jamais digéré la réforme foncière initiée par Mugabe au détriment de nombreux fermiers blancs, et au profit des populations noires autochtones et sans terres. En dehors de la lutte d’indépendance, cette réforme foncière est l’acte fondateur de la symbolique politique de Robert Mugabe. C’est elle qui permet la naissance d’une communauté de similitudes et d’une communauté de circonstances entre lui et plusieurs Africains toujours en « guerre silencieuse » contre les anciens colons et la communauté internationale qui, d’après eux, en constitue la reproduction systémique.
Donc, autant Mugabe se maintient au pouvoir par une machinerie auto élective au service de la perpétuation de son régime, autant les sanctions internationales lui permettent de se présenter à une partie d’Africains et de Zimbabwéens comme une victime de l’impérialisme occidental. Il s’ensuit inéluctablement que les sanctions internationales prises contre lui ne font que renforcer une légitimité locale d’anti-Occident, d’anti colons et d’anti impérialistes qui, à côté des contestations, lui vaut aussi des ovations dans de nombreux sommets où il est invité. D’où la question de savoir si les sanctions internationales sont toujours bien réfléchies et indiquées étant donné qu’elles entraînent, dans le cas d’espèce, non seulement une hypertrophie symbolique de Robert Mugabe comme figure anticoloniale, mais aussi une sanction des populations pauvres plus exposées à leurs effets que les dirigeants. Si les dirigeants peuvent très bien vivre avec les sanctions internationales, les populations qui les subissent de plein fouet peuvent se résigner et développer un comportement anti-politique qui laisse le champ libre à la dictature.
Remédier à ce genre d’effets contreproductifs des sanctions internationales en postcolonies subsahariennes semble impliquer au moins trois dispositions indispensables en amont des instances de décisions :
1 / Réfléchir sur l’impact des sanctions internationales sur le régime d’historicité de la postcolonie subsaharienne. C’est à dire sur un ensemble de faits subjectifs et objectifs à travers lesquels des groupes humains interprètent des faits en liant ainsi leur présent, leur passé et leur future. L’analyse du régime d’historicité subsaharien aurait permis à ceux qui prennent les sanctions internationales contre un régime postcolonial de remarquer que celles-ci allaient renforcer la proximité affective entre Mugabe et de nombreux Africains qui gardent une longue mémoire des méfaits l’Etat-colonial.
2/ Toujours privilégier le choix des peuples à celui des idéologies, des Etats, des institutions et des hommes qui les incarnent.
3/ Renoncer aux sanctions et laisser faire le temps en travaillant sur le long terme si l’analyse prouve que les souffrances sociales seront supérieures aux objectifs visés par les embargos.
Ne pas faire ce genre de réflexions préalables entraîne que le populisme nationaliste d’un dictateur puissent toujours trouver un ancrage local en instrumentalisant les sanctions internationales pour le renforcement de sa légitimité d’anti système international. La preuve, Robert Mugabe a prêté serment en déclarant : « Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie ». Dénonciation hyperbolique à dominante contestataire au service de sa légitimité anti-colons. Ça marche parce que le moment colonial reste un puissant structurant mental en Afrique Noire.
* Thierry Amougou est doctorant et assistant de Recherche à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique
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Tagged under Gouvernance ZimbabweLe coup de force de Mugabe a du mal à passer dans la presse africaine. La « complicité » des chefs d’Etat et de gouvernement qui l’ont accueilli et avalisé son forfait, lors du 11e sommet de l’Union africaine à Sharm-el-sheik, est tout aussi décriée. Mais dans le flot de critiques, un constat revient : les chefs d’Etat africains ont les mains liées. Tous ont pêché, tous ou presque ont été mal élus et se trouvent mal placés pour jeter la pierre à Mugabe. Mais après le cas kenyan et l’épisode zimbabwéen, la crainte est plutôt de voir se développer une nouvelle forme de conservation du pouvoir par la terreur électorale.
Pambazuka vous propose quelques extraits d’analyse de la presse en Côte d’Ivoire, au Burkina et au Sénégal
Nord-Sud (Côte d'Ivoire)
Le fauteuil présidentiel n’est pas un bancPar Dembélé Al Seni
L'Afrique vient d'innover. Désormais, il faudra inscrire en lettres d'or la démocratie par terreur dans les chapitres des sciences politiques. Le grand maître de cette nouvelle façon de conserver le pouvoir a pour nom Robert Mugabe. L'homme qui a perdu les élections législatives et le premier tour du scrutin présidentiel a réussi à sortir son adversaire du jeu. Morgan Tsvanguiraï a été en effet contraint de jeter l'éponge. Avant le second tout prévu le dimanche 27 juillet, son bras droit, le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a été écroué. Il est accusé de trahison et risque la peine de mort.
Ce fut le point culminant d'une campagne de terreur sans nom. Dans les rues, dans les cités et les campagnes, les partisans de l'opposition ont été traqués. Les biens brûlés, les maisons saccagées. Beaucoup fuient le pays pour ceux qui le peuvent et tentent de se réfugier dans les pays voisins. La politique de la terre brûlée et des massacres a permis d'éloigner l'opposition du terrain électoral. Il faut être serein et bien vie pour parler élection.
(…) Mugabe est désormais seul en lice. En roue libre pour un autre mandat. Son voeu de ne jamais voir le MDC aux affaires tant qu'il sera en vie prend une dimension concrète, lui qui se sent investi pour une mission divine. N'a-t-il pas affirmé « que seul Dieu peut lui arracher le pouvoir » ?Il ne s'agit ici ni d'une expression de foi, ni d'une envie de se battre loyalement et laisser la providence faire le reste. Mugabe s'inscrit, avec sa touche particulière, dans le mouvement des dénis de la liberté et de l'exercice du pouvoir souverain par les peuples africains.
Il y a eu dans cette mouvance les bourrages d'urnes, puis les tripatouillages des résultats. Dans un cas comme dans l'autre, les résultats étaient identiques. Les princes aux commandes organisaient les consultations, juste pour la forme. Montrer à l'extérieur que la démocratie a droit de cité, et que les dirigeants sont aimés par les leurs. Les résultats pouvaient être donnés de longs mois avant la tenue des élections. Mugabé montre une voie qui intéressera beaucoup de ses pairs au pouvoir sur le continent. Il y aura pluralité des candidats ; mais chacun devra retenir que le fauteuil présidentiel qui n'est pas un banc ne peut accueillir qu'un seul : celui qui tient le gouvernail.
Le Pays (Burkina Faso)
Quelle légitimité pour Mugabe?Les chefs d'Etat africains sont bien embarrassés par ce dossier zimbabwéen. Cèderont-ils pour une fois à la pression internationale alors que par le passé ils n'ont jamais monnayé leur soutien à leur pair zimbabwéen? Quelle formule trouver pour préserver leur image tout en contentant d'une part Tsvangirai et ses alliés occidentaux, et, de l'autre Mugabe et l'Afrique du Sud?
Une chose est sûre, la candidature unique en elle-même n'est pas un scandale en Afrique. Bien des dirigeants présents à Charm-El-Sheick (Ndlr : au XIe sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine) ont, à un moment ou à un autre, dû faire face à la politique de la chaise vide de leurs opposants. Cela ne les a nullement empêchés de se présenter et de se faire élire.
Pour des raisons diverses, des opposants ont souvent appelé au boycott d'élections présidentielles, législatives ou communales. En général, ils protestent contre le caractère irrégulier du scrutin. Même le président Wade, qui se montre virulent contre Mugabe, a été longtemps désavoué par son opposition qui avait déclaré sa réélection illégitime. Au Kenya, le Premier ministre a été contraint, en raison du parti pris des grandes puissances, de cohabiter avec un président qui lui a volé sa victoire.
Dans le cas zimbabwéen, l'opposition justifie surtout son retrait par les actes de violences perpétrés contre ses militants. Parce que sur la légalité de la décison de la commission électorale de convoquer le second tour de la présidentielle, il y a matière à débats. Sans se lancer dans du juridisme, on peut cependant noter que, sauf erreur, c'est la commission qui a déclaré le MDC vainqueur aux législatives et au premier tour de la présidentielle, qui a également donné son feu vert pour le second tour. C'est aussi elle qui a proclamé les résultats donnant Mugabe victorieux.
Au regard de tous les contentieux électoraux en Afrique, peu de chefs d'Etat africains peuvent se targuer d'avoir une légitimité que confèrent des élections sans taches. Ce n'est pas pour dédouaner Mugabe, mais il est temps d'appliquer la même rigueur démocratique à tous les pays. L'Union africaine devra prendre date à partir de son sommet en Egypte, en définissant une conduite claire à tenir, en cas de boycott des élections par l'opposition ou de prise en otage du scrutin par le parti au pouvoir.
Les suggestions de Wade à Mugabe
Avec l’Agence de Presse Sénégalaise
De retour du sommet de l’Union africaine en Egypte, le chef de l’Etat sénégalais est revenu, devant la presse, sur les élections au Zimbabwe. «J’ai dit à Mugabe : vous devez faire face à vos militants, le monde entier est contre vous. Dites à vos militants que lors des dernières élections Tsvangirai a eu 47% des suffrages (...) On n'ignore pas un parti qui a 47% des voix", a indiqué à la presse le président Wade, à son retour du sommet de l’Union africaine. Mais selon iui, Mugabe a justifié son rejet des solutions de gouvernement d'union qui lui avaient été proposées avant, par la désapprobation de ses militants.
"J'avais proposé Mugabe comme président et Tsvangirai comme vice-président", avant les élections, s'est souvenu le président Wade, ajoutant que la proposition du président sud-africain Thabo Mbeki consistait en ce qu'il garde son fauteuil pendant deux ans, avec son rival comme vice-président exécutif. "Mugabe n'a pas accepté mais Tsvangirai a accepté", selon le président Wade. La constitution du Zimbabwe prévoit que le vice-président succède au président de la République en cas de vacance du pouvoir, a relevé le chef de l'Etat sénégalais.
Il a ajouté avoir dit aux deux protagonistes avant les élections : "Si vous gagnez les élections vous ne pouvez pas gouverner seuls", tout en soulignant qu'il savait que "Mugabe ne pouvait pas perdre". Evoquant son expérience personnelle, il a fait cependant remarquer au président zimbabwéen qu'il ne pouvait pas gouverner en ayant la moitié des électeurs "de l'autre côté".
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe 9 avril 2008, dans la perspective de sa prochaine présidence du Conseil de l’Union européenne, le président Nicolas Sarkozy écrivait à Mme Christiane Taubira, députée de la Guyane à l’Assemblée Nationale pour lui demander un rapport sur les Accords de partenariat économique (APE). Il lui disait en particulier : « Je souhaiterais que vous acceptiez de mener une mission permettant, sur la base de l’évaluation de la situation début 2008, d’approfondir les aspects suivants du sujet :
- Comment dissiper les malentendus et les doutes qui persistent dans certains pays quant aux finalités de la négociation des APE afin de restaurer une relation de confiance entre l’UE et les ACP dans les prochains mois ?
- Quels peuvent être les leviers dont dispose l’Union Européenne pour encourager les ACP à poursuivre les négociations en vue d’APE complets et régionalisés ?
- Comment faire en sorte que ces accords viennent à l’appui des dynamiques d’intégration régionale en cours et qu’ils soient réellement porteurs de développement ?
- Comment s’assurer que les Département et Territoires d’Outre-mer français tirent le meilleur profit de cette nouvelle donne économique et commerciale ?Le 16 juin dernier, Mme Taubira a livré . Il s’agit d’un document important par son volume (191 pages), mais surtout par son contenu, intitulé : « Et si la Politique se mêlait enfin des affaires du monde ? »
Dans la première partie du document, elle se permet, de façon pertinente, d’élargir la question et propose notamment un premier chapitre intéressant, intitulé : La pénurie alimentaire et ses enseignements : « un temps de grande colère ». Elle termine son rapport avec treize recommandations, dont voici les quatre premières recommandations :
N° 1 : Reconsidérer le mandat de la Commission (35 pays signataires sur 78).
N° 2 : Amender le mandat de la Commission (Inclure la coopération au Développement).
N° 3 : Conditionner la poursuite des discussions à la garantie qu’aucun malentendu ne puisse provenir d’une équivoque linguistique. Consentir à remettre en discussion les termes soumis à contestation sur ce fondement.
N° 4 : Prendre appui sur les textes cités et particulièrement sur les dix-neuf Directives pour le Droit à l’alimentation adoptées en 2004 par les pays membres de l’ONU, dont sont adhérents les Etats de l’Union Européenne et les Etats ACP, pour construire un Droit international resserré sur le Droit à l’alimentation, la sécurité alimentaire et le statut particulier du secteur agricole, avec des dispositions normatives et un arsenal judiciaire.Ces quatre propositions ne sont pas éloignées de ce que demandait, en septembre 2006, la Confédération paysanne du Burkina Faso dans leur pétition : « Changeons de cap ! » (sous réserve que « le Droit international resserré sur le Droit à l’alimentation, s’il voit le jour, se rapproche du Droit de souveraineté alimentaire).
Les organisations paysannes africaines, les ONG qui ont toujours demandé d’autres APE que ceux préparés par les commerçants de la Commission Européenne, ont intérêt à s’emparer des bonnes proposition que contient ce document pour faire pression sur la présidence français pour qu’elle applique l’ensemble des recommandations de ce rapport. Alors Madame Taubira aura fait oeuvre utile !
Selon certains sources, le président Sarkozy est embarrassé par ce document.* Maurice Oudet est président du Service d'Édition en Langues Nationales du Burkina Faso
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
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