Une sombre affaire secoue la Gendarmerie. Un scandale qu’on a cherché à étouffer et met en scène les plus hautes autorités de la Gendarmerie nationale. Effets boomrang de ce scandale, le numéro deux de la Gendarmerie nationale, Abdoul Aziz Ndao a été relevé de son poste. Mais selon des sources dignes de foi, le jeu de dupes qui a abouti à sa mise à l’écart est sur le point d’être éventré.
Tagged under Gouvernance SenegalLes bailleurs de fonds et le secteur privé mettent en garde le gouvernement du Sénégal contre sa propension à passer des marchés de gré à gré. Une démarche qui est source de corruption et fausse aussi le jeu de la concurrence entre les entreprises. Le représentant résidant du Fonds monétaire international (Fmi), Eric Séguéra s’est prononcé sur les conditions d’attribution des marchés au Sénégal.
Tagged under Gouvernance SenegalLes travaux de la 14ème session du Comité des Représentants Permanents (COREP), prévus pour prendre fin mardi, se poursuivent encore à huis clos, à Accra le capitale ghanéenne ou différents points inscrits à son ordre du jour sont examinés avec les soins requis par les ambassadeurs, a constate APA mercredi. La longueur des débats et leur prolongation traduisent l’importance des questions abordées.
Tagged under GouvernanceLe taux d’abstention serait de plus de 50% au premier tour des législatives congolaises de dimanche dernier, a appris APA mercredi à Brazzaville des sources concordantes. Selon ces sources, 45% à 50% des électeurs congolais n’ont pas pu accomplir leur devoir civique dimanche dernier en raison des imperfections et des dysfonctionnements ayant caractérisé le déroulement du premier tour de scrutin sur toute l’étendue du territoire national .
Tagged under GouvernanceExiste-t-il un lien entre la langue, le statut d’esclavage, de dépendance ou de liberté d’un peuple et sa capacité de développement politique, économique, militaire ou culturelle ? Quelle est l’expérience acquise par les pays africains après les indépendances politiques jusqu’en cette année 2006, année des langues africaines ? Le Prince Kum’a Ndumbe III s'en explique dans cet article et présente en même temps les méthodes d’approche que la fondation AfricAvenir a essayé de mettre en application pour contribuer à clarifier le rapport entre langue et développement dans la conscience des populations et des décideurs.
1- Langue, pensée et situation coloniale
Langue et articulation de la pensée
Quand un enfant naît et que sa langue reste « attachée ou comme collée », tant que cette langue n’est pas déliée, l’enfant ne parviendra pas à articuler correctement la parole. L’organe qui nous permet de moduler les sons de notre parole, qui nous permet d’articuler les mots que nous voulons prononcer, cet organe lui-même doit impérativement être libre pour remplir sa mission d’articulation de notre parole. Si cette libération de langue ne s’opère pas, alors nous restons handicapés pour la vie. Dans ma tradition duala, on procède assez tôt à cette opération bénigne, et quand on veut qu’un enfant devienne particulièrement éloquent plus tard, il est de tradition qu’on lui casse une noix spéciale dans sa bouche de bébé (ba bo mo kasso o mudumbu).
La langue que nous utilisons nous permet d’articuler notre pensée, nos entiments, notre foi, nos rêves, notre vision du monde. C’est la langue qui nous permet de dire notre quotidien, d’interpeller notre passé, de projeter notre futur, c’est elle qui nous permet d’articuler la pensée créée. Or la pensée est porteuse de développement ou de régression.
C’est grâce à la création de la pensée et à sa mise en application pratique, technique ou technologique que les réalisations se font, que des acquis sont conservés, que les mutations initiées s’opèrent, que les prévisions et les probabilités sont programmés, que les dangers éventuels sont prévenus. Mais c’est aussi grâce à la pensée que la haine est matérialisée, que les destructions et les guerres se font. La pensée et son articulation sont donc au centre de notre existence humaine, elles déterminent la qualité et le rythme de notre progression sur terre.
L’expérience coloniale des pays africains a mis un frein déterminant dans l’articulation de la pensée collective des peuples africains. En imposant la langue du colonisateur comme seule langue officiellement reconnue, en rejetant les langues africaines dans le domaine folklorique de « langues vernaculaires » ou « patois », la pensée elle-même pouvait continuer à s’articuler au niveau de chaque individu dans son « patois » non reconnu et marginalisé. Mais l’articulation collective de la pensée d’un peuple africain donné ne pouvait plus s’identifier à cette pensée transportée par la langue officielle du colonisateur. Dans la rencontre entre l’Europe et l’Afrique sur terre fricaine, l’articulation de la pensée devenait ainsi subitement une question de pouvoir politique.
Le choc des rencontres dans le contexte colonial africain ne
put admettre de compromis dans l’articulation de la pensée. La langue du colon s’arrogeant l’exclusivité dans la vie publique en terre coloniale, la pensée exprimée en langue africaine autochtone devenait marginalisée, elle reçut l’étiquette de pensée primitive, barbare, arriérée, incapable d’esprit scientifique, incapable d’apporter progrès ou développement. Le savoir
véhiculé par les langues africaines reçut ainsi le qualificatif de non-savoir par le maître colonial. Dans la réalité, une pensée qui s’exprimait dans la langue africaine portait un caractère subversif, elle ne pouvait être ni comprise, contrôlée, ni maîtrisée par le maître colonial et devait être combattue et réduite au silence.Or, les populations africaines n’ont pas arrêté de penser et d’articuler leurs pensées dans leurs propres langues, malgré la présence du colonisateur. Mais comme ces populations ont vécu en peuples vaincus, dominés et dont les territoires sont demeurés occupés militairement souvent pendant plus d’un siècle, tout support public fut supprimé à l’articulation de ces pensées qui sont devenues comme inexistantes dans tout espace public, à savoir dans l’administration, l’école, les médias, et dans une certaine mesure dans les églises, etc.
Langue et transformations en période postcoloniale
Les Africains eux-mêmes qui passeront par le filtre de l’administration, de l’école, des séminaires de l’église, oui les Africains qui n’auront plus d’autres sources d’informations que les médias s’articulant dans la langue du colonisateur, finiront par être convaincus que l’Afrique n’aurait pas produit de pensée originale digne de progrès et de développement, que la pensée qui mène au progrès ne saurait s’articuler que dans la langue du colonisateur
européen.Ce sont ces Africains qui prendront le pouvoir dans les pays africains après les indépendances des années soixante et soixante dix. Ils continueront l’application de l’œuvre coloniale en imposant à la population africaine l’articulation de la pensée dans la langue de l’ancien colonisateur. Malgré l’indépendance formelle que les pays asiatiques aussi ont acquise, la pensée en Afrique demeurera coloniale dans l’articulation linguistique de son expression. La pensée dans le domaine public africain demeurera donc embrigadée dans les normes de la langue européenne, dans les structures de diffusion de la pensée prévues par ces langues des métropoles européennes.
Or pour ces mêmes métropoles européennes, l’Afrique n’est qu’un continent en marge, un continent de la périphérie, un élément très secondaire dans la stratégie globale du partage du pouvoir dans le monde. Dans cette stratégie, l’Afrique doit être sévèrement contenue dans la marginalisation, contrôlée, affaiblie, dominée, pour que les vainqueurs de la mondialisation continuent à y puiser ce dont ils ont besoin pour asseoir leur pouvoir et leur suprématie mondialisée.
Les populations africaines, continuant dans leur écrasante majorité à vivre au quotidien avec leurs langues privées de support de communication et de supports administratifs, ne savent même pas vraiment dans quels jeux stratégiques elles sont embarquées, demeurent pour la plupart ignorantes des concepts, discours, programmes élaborés pour elles, aussi bien au niveau national que mondial. Ces populations demeurent dans un état de dépendance paternaliste, elles ne conçoivent pas, elles n’ont même pas accès au débat sur le sort qui leur
est réservé dans la grille de la compétition mondialisée.La langue officielle du domaine public fonctionne comme une barrière insurmontable pour ces populations africaines qui, dans une erreur fatale, ont parfois fini par intérioriser que tous ces discours dans la langue du blanc qu’elles ne comprennent qu’approximativement ne les concernaient pas, que l’élite africaine au pouvoir et les organisations internationales scellaient le sort des populations qui n’ont pas droit à la parole. Dans cet engrenage, on entend souvent les populations dire qu’elles sont devenues impuissantes face au destin et que seule une force divine viendrait à bout de la conjuration de puissance créée par l’implication des intérêts de l’élite locale postcoloniale
avec les puissances et les organisations étrangères.2- L’état postcolonial et la schizophrénie linguistique
Violence structurelle permanente et confiscation du discours
Les populations africaines vivent ainsi dans leur grande majorité dans une violence structurelle permanente, violence qui confisque toute élaboration de la pensée, tout discours fondamental sur la vie et le devenir d’une nation africaine donnée. La petite minorité passée par le filtre de l’école occidentale et qui est devenue incapable d’articuler pensée et discours dans sa propre langue maternelle africaine partage le discours étranger sur l’Afrique ou tente de s’y opposer avec des moyens dérisoires, cette opposition elle-même étant articulée dans une langue que la population comprend à peine ou ignore.
Ainsi, un soutien structurel manquera à cette opposition qui va réclamer l’articulation de la pensée et du discours dans la langue utilisée tous les jours par les populations, car ces populations, quoique concernée, n’auront pas accès à ce discours de l’opposition articulée en leur faveur dans la langue du
blanc. Certains pourraient m’opposer que le français, l’anglais, le portugais et l’espagnol seraient devenues des langues africaines puisque ces langues jouissent dans la plupart des cas de l’exclusivité à l’école, dans l’administration, dans les médias, bref dans la vie publique de tous les jours, et ceci depuis plus d’un siècle.Les statistiques comptabilisent souvent le nombre des populations africaines d’un pays et les considèrent tout simplement comme locuteurs de l’ancienne langue coloniale. Le Nigéria avec ses 470 langues africaines devient ainsi un pays anglophone, les deux Congo avec leurs 221 langues pour la République Démocratique et les 60 langues pour le Congo Brazaville deviennent ainsi deux pays francophones. Certaines rencontres en Afrique aujourd’hui tentent de démontrer avec de plus en plus d’insistance que les langues européennes comme le français, l’anglais et le portugais seraient devenues des langues africaines et devraient bénéficier de ce statut, compte tenu aussi d’un développement linguistique particulier qui aurait permis l’enrichissement de ces langues européennes grâce au terroir africain. Seulement, l’imposition des langues européennes en Afrique n’a pas réussi à effacer l’utilisation au quotidien des langues africaines par les populations.
Schizophrénie linguistique et développement
Les Africains d’aujourd’hui vivent ainsi dans une situation de schizophrénie linguistique permanente dans laquelle les choses intimes et personnelles peuvent être articulées dans les langues africaines à la maison, lors des rituels, des séances de guérison, dans l’espace strictement privée, alors que les choses reconnues importantes se dérouleront dans l’espace public dans les langues européennes peu maîtrisées ou ignorées. La violence structurelle
engendre une schizophrénie linguistique qui écarte le citoyen de la sphère de l’élaboration de la pensée et du discours sur les enjeux de la nation.L’Afrique moderne assiste comme impuissante à un génocide intellectuel devenu structurel, car perpétré au quotidien par l’administration, l’école, les médias, etc.. Celui qui n’arrive pas à se détourner de façon fondamentale de sa langue et de sa culture africaines et qui ne parvient pas à une maîtrise de
la langue du blanc (bwambo bwa mukala) est rejeté du système. Ce citoyen-là sera condamné à survivre ou pas dans le secteur dit informel délaissé par les structures administratives et la coopération internationale car ce n’est que dans ce secteur dit informel ou secteur de la « débrouillardise » que l’articulation de la pensée et du discours est permise au quotidien dans
les langues africaines.Ainsi, seuls ces Africains passés avec succès au filtre de la violence structurelle linguistique sont en mesure de lire et peut-être de comprendre le discours étranger sur le développement des pays africains, discours articulé exclusivement dans les langues européennes. Le discours sur le développement de l’Afrique reste un discours conçu, élaboré, prononcé dans des langues que l’écrasante majorité des populations africaines ne comprend pas ou maîtrise à
peine. Ces populations ne peuvent ainsi pas participer à ce discours, elles ne peuvent pas le comprendre, le critiquer, l’amender ou le rejeter, et pourtant, ce sont elles qui sont invitées à le mettre en application.Nous vivons dans ce cas d’espèce un discours anti-démocratique dans son essence même, puisqu’il n’est ni porté, ni partagé par la majorité de la population. Il s’impose tout simplement par le jeu de la violence structurelle. Le discours sur le développement de l’Afrique aura du mal à devenir un discours africain sur le développement de l’Afrique, tant qu’il ne saura être conçu, élaboré, critiqué, amendé ou rejeté par les populations africaines elles-mêmes dans les langues qu’elles utilisent au quotidien et maîtrisent. C’est terrible comme situation, car il y va de la vie de plusieurs centaines de millions de personnes qui devraient, mais n’arrivent pas vraiment à se prendre en charge.
Le nouveau cadre politique et juridique international
La situation historique actuelle met l’élite africaine au pouvoir dans un profond dilemme. Pour rester ou accéder au pouvoir, elle doit se conformer aux règles de jeu qui régissent le système de domination sur le continent africain, elle sait qu’elle doit gérer le pouvoir et l’administration en s’efforçant à plaire à ceux qui, hors du continent, déterminent celui qui peut ou qui ne doit pas rester au pouvoir dans un pays africain donné. Cette donne demeurant
primordiale dans la plupart des cas aujourd’hui encore, l’acteur politique africain se gardera par sagesse de trop forcer sur la nécessité des populations africaines à se réapproprier l’articulation de la pensée dans les langues africaines, certains refuseront tout simplement de soutenir la revendication d’une réappropriation africaine du discours sur le développement de l’Afrique. Ils y percevront plutôt un signe de déstabilisation de leur propre poste politique.Les résolutions des conférences internationales, les conventions signées par les Etats et ratifiées par les parlements comme la convention de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel du 17 octobre 2003, la déclaration de l’Union africaine qui a fait de l’année 2006 l’année des langues africaines ou les programmes actuels de la francophonie en faveur des langues partenaires africaines à l’école primaire offrent des bases politiques et juridiques
nouvelles, elles permettent de donner un cadre d’action reconnu et au-dessus de tout soupçon de déstabilisation des régimes en place. Mais comme nous l’indique la réalité, peu de leaders politiques africains montent vraiment au créneau pour rendre à leurs peuples le pouvoir de l’articulation de leur destin.Les directives de l’Union Africaine sont pourtant suffisamment claires aujourd’hui, grâce à la détermination de certains pays comme le Mali, l’Afrique du Sud, le Nigéria, etc. A côté de ces mesures des instances officielles, les actions de courage civil et l’engagement de la société civile africaine permettent de concevoir des initiatives menant à une réappropriation du discours sur le destin collectif des peuples africains
3 - Méthodes d’approches expérimentées par la Fondation AfricAvenir
C’est dans cette perspective que notre modeste structure, la fondation fricAvenir, Fondation pour la Renaissance de l’Afrique, le Développement, la Coopération internationale et la Paix à Douala tente depuis quelques années de provoquer un débat médiatisé sur l’insertion des langues africaines dans le domaine public, tout en suggérant quelques méthodes d’approche. Les forums de dialogue et palabres africaines. Les forums de dialogue organisés à Douala et les palabres africaines qui se sont déroulés dans les villages environnant de 2004 à 2006 ont démontré l’engouement des populations pour leurs langues camerounaises et surtout la volonté des citoyens à contribuer personnellement à
leur promotion. Ils demandent cependant un cadre institué par une volonté politique, afin de rassembler et canaliser les efforts individuels.Le concours des langues africaines dans les établissements scolaires
Les concours de langues camerounaises organisés par la fondation AfricAvenir en 2004/2005 ont confirmé l’engouement des 1600 élèves représentant 16 établissements scolaires qui ont pris part aux concours. Pour la première fois de leur vie, ces élèves scolarisés exclusivement en français ou/et en anglais participaient à un concours dans lequel ils devaient articuler leur pensée, leurs sentiments dans leur langue camerounaise à travers expressions de rhétorique, traduction, lecture, chants, poésie, lecture, danse, etc.. Cependant, aussi bien les élèves participant au concours que leurs parents qui les accompagnaient prirent conscience de la gravité des lacunes dans la connaissance de leur propre patrimoine culturel, et il naquit une détermination générale à plus utiliser sa langue au quotidien.
Les après-midi et les soirées de contes
Les après-midi de contes dans les établissements scolaires et les soirées de contes à la Fondation AfricAvenir en 2004 et 2005 ont fait découvrir un monde merveilleux africain auquel la jeunesse scolarisée camerounaise d’aujourd’hui n’avait plus accès. Les contes racontés dans les langues camerounaises avec une courte traduction en français donnée au début de la séance éveillaient plus que de la curiosité, les élèves se retournèrent vers leurs parents pour demander des soirées de contes dans leurs langues à la maison. Le conte nous révéla aussi que une fois le bref résumé fait en français, le même public suivait attentivement des contes en duala, en tpuri ou en ewondo pendant plus de trois heures !
Les chorales religieuses, le rap et les soirées de chansons
Les chorales chrétiennes invitées à la Fondation chantent dans les langues camerounaises les dimanches à l’église, ceci est déjà une tradition bien établie. Les chanteurs camerounais eux-mêmes utilisent surtout les langues camerounaises dans leurs chansons, la langue duala étant privilégiée dans ce domaine. Lors de ces manifestations à caractère religieux ou mondain, les
populations se retrouvent pleinement. Le phénomène nouveau que nous avons eu à constater lors des manifestations à AfricAvenir est le rap chanté en langues camerounaises. Les jeunes nous ont demandé d’organiser un concours de rap dans nos langues.Les mois de cinéma dans les langues africaines
Le cinéma dans les langues africaines nous a permis en 2005 et surtout en 2006 de dépasser le cadre camerounais et de montrer plusieurs films africains, dont p.e. ceux du sénégalais Sembène Ousmane, films en woolof, sous-titrés en français. Les auditeurs constatèrent qu’on pouvait parfaitement faire un film dans une langue africaine et avoir une audience internationale. Le film du Camerounais Bassek ba Khobio « Sango Malo » révéla au public que plusieurs langues camerounaises pouvaient être utilisées dans un même film, sans que
cela gène le moins du monde. Au contraire, quand on entendait sa langue parlée dans le film, on s’y reconnaissait plus et on appréciait le multilinguisme du Cameroun.La collection des livres et CD à la bibliothèque Cheikh Anta Diop
Pour soutenir l’apprentissage des langues nationales, la Fondation AfricAvenir a entrepris de collectionner les contes en langues camerounaises qui ont été édités dans des revues spécialisées de par le monde depuis la fin du 19è siècle. Une recherche fut donc entreprise dans les bibliothèques européennes des anciennes puissances coloniales, et ces contes parfois édités avant l’an 1900 ont été photocopiés et classés dans deux gros chronos aujourd’hui
consultables à la bibliothèque Cheikh Anta Diop à la Fondation à Douala.Une deuxième action fut entreprise pour cette bibliothèque de la Fondation. Une équipe fut chargée de chercher dans des librairies, les foyers culturels, les centres linguistiques et les centres religieux à Douala et Yaoundé tout livre et brochure édité en langues camerounaises. Ce travail s’avéra fastidieux, car les librairies et messageries diffusent les livres dans les langues officielles, en français et en anglais uniquement. Nous avons cependant réussi à rassembler actuellement 251 livres dans 81 langues camerounaises à la bibliothèque Cheikh Anta Diop. Le résultat de cette action sera médiatisé cette année.
L’édition d’ouvrages illustrés de contes multilingues
Une autre équipe de la fondation AfricAvenir est entrain de préparer l’édition d’un livre du conte « Masomandala » ou « Jeki la Njamb’a Inono ». Cette épopée éditée en langue duala et en allemand en Allemagne à l’époque coloniale allemande a été reprise par notre équipe composée d’une Camerounaise professeur d’Allemand, d’un spécialiste de la langue duala, d’un spécialiste de la langue ewondo, d’un écrivain et d’un illustrateur de livres. L’épopée « Masomandala » d’une cinquantaine de pages A4 existe actuellement en version duala, en version ewondo, en version française et en version allemande. Il est prévu une édition illustrée trilingue en deux tomes duala-français-ewondo pour le Cameroun, ainsi qu’une édition illustrée allemande.
En effet, cette épopée collectée vers l’an 1901 nous fait vivre un monde de l’Afrique profonde avec ses mythes, ses croyances, sa philosophie, son organisation politique et sociale, sa résolution des conflits, ses mécanismes économiques. Nous nous retrouvons interpellés par une Afrique d’une richesse insoupçonnée qui revendique sa place dans notre espace de modernité. Ces différentes méthodes d’une approche globale pratiquée par la fondation AfricAvenir n’ont pu être mises en application que grâce au soutien essentiel du ministère autrichien de la culture et de la science bm :bwk depuis 2004, et du Land Steiermark en 2006. Sans eux, nous serions restés au niveau purement théorique. Qu’ils trouvent ici notre profonde reconnaissance.
Comme nous l’avons constaté dans cet exposé, la langue est un support primordial pour l’articulation de la pensée individuelle et collective. Quand une langue est prise à son peuple, qu’elle lui est interdite ou qu’elle devient marginalisée dans la vie publique, la pensée de ce peuple est elle aussi marginalisée, le peuple perd ses mots et son pouvoir de conception et d’articulation de son devenir. La langue étrangère qui dès lors occupe l’espace public est accompagnée d’une violence structurelle politique et linguistique, elle importe sa vision du monde, ses projets du moment et de l’avenir, sa philosophie, ses valeurs, ses rêves et soumet le peuple dominé à l’accomplissement de ses besoins étrangers, souvent opposés aux besoins du peuple dominé.
Grâce au combat des Africains pour une renaissance profonde ducontinent, grâce aussi aux nouvelles conventions interafricaines et internationales, un cadre plus propice se met en place pour permettre aux peuples africains de se réapproprier l’articulation de leur pensée dans leurs propres langues, même si leurs populations, multilingues par tradition, utiliseront aussi des langues de communication internationales. Cette transformation, si elle est accompagnée d’une volonté politique conséquente, ouvrira une voie nouvelle pour le projet de développement articulé par les Africains eux-mêmes. La coopération internationale n’y gagnera qu’en qualité et en efficacité.
* Le Prince Kum’a Ndumbe III est Professeur à l’Université de Yaoundé (Cameroun). Il est le président de la fondation AfricAvenir (Voir : ).
Cette communication a été faite à l'occasion du symposum sur les langues africaines tenu en octobre 2006 à l'Université de Vienne, Autriche.* Commentaires à envoyer à [email protected] ou en ligne en visitant le site www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLa grande messe des 8 pays les plus riches au monde se tiendra cette semaine à Heiligendamm en Allemagne. Et comme à chaque rencontre de ce club comptant parmi les nations les plus favorisées au monde un vague espoir sera entretenu pendant quelques jours chez les nations pauvres, particulièrement chez les activistes de la lutte contre la pauvreté et l’iniquité qui caractérisent le monde d’aujourd’hui. Mais pour Moussa Faye, les Africains doivent cesser de ce leurrer car pour le G8 l'Afrique n'est même pas une sous-priorité.
Le G8 n’est pas une instance de gouvernance internationale à l’instar des instances de l’ONU, l’OMC ou des organisations régionales telles que l’Union Africaine ou encore l’Union Européenne, il n’a pas un mandat émanant des nations. Mais il s’est proposé lui-même comme but d’apporter une réponse concertée aux questions qui secouent le monde d’aujourd’hui, les pays membres du G8 étant réputés être les plus influents de la planète. Qui définit ces questions importantes ? Qui en établit la hiérarchie et les priorités ? Le G8 lui-même.
Et nous voilà au cœur du débat sur la légitimité du G8 en tant qu’instance qui décide pour le monde. Cette question a été soigneusement occultée ces dernières années particulièrement sous l’enthousiasme et l’euphorie nés de la présidence du G8 par Tony Blair qui de façon volontariste et politicienne avait place la pauvreté et la question de l’assistance à l’Afrique au centre du sommet de Gleneagles il y a deux ans. Le sommet de Saint Petersburg l’année dernière avait coupé court cet élan Blairiste en opérant un recentrage du G8 sur les préoccupations des pays riches et puissants : l’énergie (c'est-à-dire son contrôle par les riches), le terrorisme, les maladies infectieuses (formulation qui renvoie la question vitale pour l’Afrique du VIH/ SIDA derrière celle de la grippe aviaire par exemple).
Angela Merkel n’a fait que renforcer cette tendance en annonçant quelques mois après Saint Petersburg que l’Afrique ne sera pas une priorité à Heiligendamm. Les protestations de la société civile mondiale qui s’en sont suivies ont certes amené la Chancelière à nuancer cette position sans pour autant changer dans le fond.
Jusqu'à cet instant, il n’y a pas de consensus sur le communiqué concernant l’Afrique et l’Italie et le Canada refusent même de réitérer les promesses faites à Gleaneagles d’amener l’aide publique au développement a 50 milliards de dollars d’ici 2010 et de consacrer la moitié de cette aide à l’Afrique.
Tout indique par ailleurs que cette promesse ne sera pas tenue par le G8 car il y a un gap de 6 milliards de dollars chaque année par rapport à l’aide promise depuis 2005. En fait d’augmentation de l’aide au développement il faut beaucoup relativiser ce qui est pompeusement appelé « augmentation de l’aide » car un tiers de l’augmentation de l’aide est constitue par l’annulation de la dette injuste qui a mis les économies africaines à genou.
L’aide ou l’augmentation de l’aide dans beaucoup de cas ne correspond pas du tout à des rentrées d’argent pour l’Afrique. Par exemple 50% de l’augmentation de l’aide de la France aux pays pauvres est constituée de l’assistance apportée aux demandeurs d’asile et aux réfugies sur le territoire français. Cette augmentation d’aide n’a évidemment aucune incidence sur la lutte contre la pauvreté en Afrique
Le commerce international, principal mécanisme d’appauvrissement de l’Afrique a travers les subventions des pays riches à leur agriculture qui leur permettent de déverser sur le continent des produits bon marché qui concurrencent et étouffent la production locale, reste une pomme de discorde entre le Nord et le Sud. L’Europe comme les USA cherchent à ouvrir davantage les marchés du continent tout en se gardant farouchement de libéraliser leur agriculture. Cette intransigeance et cette schizophrénie des pays riches ont mené le cycle de négociations de Doha à l’impasse qui est tant décriée aujourd’hui.
70% de la population africaine composée de producteurs paysans ne peuvent pas faire face à l’importation massive de produits vendus en dessous de leur coût de production. Ce dumping qui a fortement contribué à la crise de l’exploitation agricole familiale, base du système de production africain, a déjà poussé des millions d’Africains à abandonner leurs terres et bon nombre d’entre eux cherchent aujourd’hui à entrer illégalement sur le territoire européen. Comble d’ironie l’assistance apportée aux naufragés africains sur les côtes espagnoles et autres immigrés illégaux africains est fortement comptabilisée au titre de l’aide au développement de l’Afrique. Le G8 va occulter toute cette problématique.
Ainsi l’Afrique est en train d’être moins qu’une sous priorité pour le G8 qui ignore aussi les véritables mécanismes à actionner pour aider le continent noir à se passer de l’aide. Le G8 semble préférer la charité en lieu et place de la justice et l’équité pour l’Afrique. Aux leaders africains d’en tirer toutes les conséquences!
* Moussa FAYE est le Représentant Résident de ActionAid Senegal, basé à Dakar.
* Commentaires à envoyer à ou en ligne en visitant le site www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLes Africains continuent de rester les non-nantis en bas de la pyramide mondiale. Même si « leurs » dirigeants baignent dans l’abondance de richesses et de privilèges. Il est raisonnable de conclure, selon Henning Melber, que jusqu’à présent, ni le NEPAD ni son appui de la part du G8 et d’autres qui prétendent en être préoccupés, n’est parvenu à donner une contribution susceptible de causer le changement.
Depuis le début de ce siècle, le G8 a commencé à cultiver des relations intimes spéciales avec les représentants d’une « nouvelle Afrique » en réponse à leur courtisanerie.
Ce n’est pas par hasard que la Chancelière Allemande Angela Merkel a annoncé que l’épanouissement accru de cette liaison en « partenariats de réformes » figurerait officiellement parmi les priorités à l’ordre du jour du prochain sommet à Heiligendamm sur la mer Baltique.
Cependant, ceci ne signifie pas nécessairement que ça va se passer réellement. Nous avons déjà vu de cas où l’accent sur l’Afrique annoncé au départ a été rendu invisible par d’autres dossiers à Kananaskis, où les événements au Moyen-Orient ont remplacé l’Afrique comme une priorité, et à Gleneagles après les attaques de bombes à Londres; et les représentants africains se voyant obligés de paraître invisibles.
Cette fois-ci, il semble que le changement climatique va de nouveau pousser l’Afrique hors de vue- même si ses gens pourraient être parmi les plus grandes victimes des effets de la pollution non-contrôlée de l’environnement ; rabaissant ses dirigeants et les poussant à l’ombre.
Mais malgré cela, les chefs d’Etats africains favorisés semblent se sentir en quelque sorte à l’aise en jouissant de petits profits marginaux résultant du fait de s’asseoir à table pour partager le déjeuner avec les puissants. Après tout, depuis Gênes, le déjeuner a été le minimum qu’ils aient reçu de chaque sommet du G8. Même quand cela, en plus de la photo de groupe, était parfois la seule reconnaissance accordée.
Merkel s’est servie de son discours au Forum Economique à Davos pour déclarer que pendant les présidences allemandes du G8 et de l’UE, l’accent serait mis sur comment l’Afrique pourrait être mieux intégrée dans l’économie mondiale.
Son représentant personnel au G8, Bernd Pfaffenbach, a confirmé lors d’une débat sur l’Afrique au même lieu de ski des Alpes suisses, que le camp de l’été à la mer Baltique à Heiligendamm chercherait à encourager un partenariat entre le G8 et les dirigeants africains.
Ces intentions déclarées du programme par les hôtes de cette année ne devraient pas paraître comme soulageantes. Elles devraient plutôt sonner comme des cloches d’avertissement. Les deux priorités de l’intégration accrue dans l’économie mondiale et du partenariat plus rapproché avec les dirigeants africains dans l’interaction prévue méritent la question qui est en train d’être soulevée : où résident les intérêts des gens du continent?
Après tout, ni la mondialisation depuis l’époque de la vente des esclaves, ni la collaboration des dirigeants africains avec les puissants d’ailleurs, quelle que soit leur persuasion politique et idéologique, n’a fourni d’intérêts significatifs et durables aux majorités sur le continent qui luttent chaque jour pour la survie.
L’intégration accrue des sociétés et des économies africaines dans le marché mondial, un processus qui depuis la colonisation était de toute façon beaucoup plus avancé que dans la plupart des autres régions du monde, suggère, au contraire, même une exploitation plus systématique des ressources naturelles du continent, et l’élargissement intensif aux marchés locaux.
Sous les programmes actuels de la « mondialisation » promus et réglementés par l’OMC, l’accès pour que le capital extérieur fournisse des biens et les services publics privatisés, de même que le contrôle de la soi-disant propriété intellectuelle, en rajoute davantage à la réduction de l’autonomie de l’Etat et des capacités locales d’agir dans l’intérêt des gens.
La privatisation ne remplit pas bien certaines des principales tâches d’un Etat qui fonctionne: à savoir la livraison des services de base dans l’intérêt public, notamment celui des pauvres; et pour protéger les plus faibles – non pas que les gens en Afrique n’ont jamais vu ni eu l’expérience d’une grande part de ceci.
Depuis 2001, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (Nepad) est devenu la marque déposée africaine pour le genre de collaboration que le G8 et les autres pays OECD favorisent et soutiennent.
En perspective en tant que plan depuis la fin des années 1990, le Nepad a émergé comme un résultat d’une constellation fondamentalement nouvelle sur le continent. Après l’Afrique du Sud – depuis le milieu des années 1990, et le Nigeria –depuis la fin des années 1990, les deux puissances économiques régionales, avaient laissé derrière leur statut paria. Alors que l’apartheid, dans l’un des cas, et les dictatures militaires, dans l’autre cas, limitaient les sphères opérationnelles des régimes africains auparavant, les nouveaux gouvernements représentaient des récits de succès politiquement acceptables – si pas toujours loués – comme quoi la démocratisation marche.
Considéré comme les pays meneurs stratégiques dans la région pour l’Occident, ces deux économies totalisent les quelque deux tiers du PIB de tous les pays de la soi-disant Afrique sub-saharienne. Laissant de côté les économies basées sur les ressources, qui, à travers le pétrole, les minerais stratégiquement pertinents et d’autres biens naturels, tels que les diamants, stimulent le désir de faire des transactions avec les responsables et les oligarchies locaux, ce sont les partenaires potentiels les plus attirants pour le monde extérieur.
Les chefs d’Etats sud-africain et nigérian Thabo Mbeki et Olusegun Obasanjo étaient les deux principaux architectes du Nepad, avec l’autocrate sénégalais Abdoulaye Wade, et le soutien de l’Egypte et de l’Algérie. De fait, tous les trois dirigeants africains de ce triumvirat ont raté seulement un des six sommets du G8 depuis Gênes 2001.
Mais aux yeux de beaucoup d’observateurs critiques, y compris au sein de l’Afrique, le Nepad symbolise essentiellement les nouveaux vêtements de l’empereur. Il revient à la reformulation de la même vieille histoire d’ensemble de conditions, seulement cette fois-ci sous la propriété africaine
.
Perçu comme une politique d’orientation néo-libérale imposée à partir d’en haut, on le met en cause et on le teste à partir d’en bas comme une approche technocrate des élites. Ou autrement comme une version locale du consensus de Washington.D’après cette vision, les défaillances et les déséquilibres structurels sont légitimés, mais pas mis en cause. Il reflète une coalition entre ceux sur le continent et à l’étranger qui profitent des économies de marché orienté vers l’exportation, sous un régime commercial, qui est avant tout orienté vers l’extérieur.
Ceci pourrait s’ajouter aux avantages relatifs d’une petite élite locale et des plus grands parmi les acteurs subalternes sur le continent. En particulier en élargissant le capital sud-africain, qui est en train de réussir à pénétrer beaucoup d’autres économies africaines. Mais il offre peu ou n’offre rien du tout aux hommes du commun. Ils restent encore une fois exclus des affaires. Ils sont chômeurs et ils continuent de vivre dans la pauvreté extrême.
Alors que certains des critiques plutôt acerbes marmottent des théories douteuses de complot, ce qui pourrait être injuste, ou du moins pas conformes aux intentions réelles de certains des nouveaux dirigeants africains, il est difficile de rejeter en bloc de telles analyses.
Le manque de matière significatif offre peu d’aisance du soutien du G8 pour le Nepad, qui serait obligé de faire correspondre les déclarations presque euphoriques depuis que les dirigeants africains ont toqué à leurs portes à Gênes.
Au milieu du désordre italien, les chefs d’Etats du G8 ont affecté des « sherpas » individuels pour qu’ils se regroupent et préparent un Plan d’Action Afrique. Son adoption une année plus tard, à la mi 2002, dans les montagnes canadiennes à Kananaskis, fut célébrée comme une percée majeure. Bien qu’elle fut (dis-)qualifiée par les critiques modérés tel que le directeur d’alors chargé de la justice et de la paix à la Conférence des Evêques Catholiques Sud-Africains d’ « air chaud » ou de « cacahuètes recyclées ».
Contrairement à de telles conclusions qui poussent à la réflexion, le président sud-africain est rentré triomphalement avec le message comme quoi Kananaskis a marqué un moment décisif dans la naissance d’un système plus juste et plus équilibré de relations internationales. Dans le contexte historique, Kananaskis représentait pour lui la fin de l’ère coloniale et néo-coloniale. Classer ce genre d’interprétation osée comme « un raisonnement de rêve » semblerait le moins que l’on puisse dire.
Sur base de ces soi-disant récits de succès auto-proclamés, les dirigeants africains se sont servis de la transformation de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en Union Africaine (UA) directement après Kananaskis à leur sommet à Durban pour intégrer le Nepad comme un nouveau programme économique de l’organe continental.
Ils l’ont ainsi élevé à un statut officiel pour tous. Par la suite, en septembre 2002, l’Assemblée Générale des Nations Unies remercia le Nepad en lui donnant le titre de cadre général de coopération internationale avec l’Afrique, permettant de la sorte à Thabo Mbeki de déclarer, sans qu’on puisse le contredire, que le Nepad avait émergé comme le point de repère politico-économique dans l’interaction de l’Afrique avec le monde extérieur.
Même les résultats qui donnent à penser du sommet dans l’Evian français en 2003 et l’humble déjeuner offert au sommet américain en Georgie en 2004 ont servi comme plus de légitimité pour le Nepad-troika africaine. Malgré que Wade devenait de moins en moins enthousiaste, et dans l’entretemps ouvertement critique.
Leur patience fut moins récompensée par l’effort personnel de Tony Blair, qui utilisa la présidence du Royaume –Uni pour initier sa Commission pour l’Afrique. Son rapport, qui figura à l’ordre du jour du sommet de Gleneagles en 2005, prétendait présenter, à travers le soutien financier accru et l’annulation de la dette, un apport décisif dans le développement de l’Afrique. En effet, une portion considérable des dettes déjà payées ont lors été annulées pour les pays les plus pauvres parmi les pauvres.
L’élan moral qui est dû, en partie, non seulement au flair personnel de Tony Blair, mais aussi au document de la Commission Afrique, sous-titré « Notre Intérêt Commun », ne devrait cependant pas désorienter.
En effet, les prémisses fondamentales des recommandations reposent sur la supposition que ce sont les Africains eux-mêmes qui doivent porter la responsabilité d’être si pauvres, et qui ont besoin-avec l’assistance extérieure- d’arriver à agir ensemble.
Les réformes proposées ne citent ni ne blâment les inégalités structurelles qui en découlent en tant que résultat des processus historiques, au cours desquels le colonialisme et l’impérialisme européens se sont répandus jusqu’aux fonds fins de l’Afrique avec des conséquences dévastatrices et durables pour les sociétés là-bas. Elles ne mettent pas non plus en cause la base fondamentale du système mondial existant pour le moment et ses effets néfastes sur les économies africaines et les Africains.
Même si la Commission –avec toutes les réserves nécessaires- était considérée comme un progrès majeur pour au moins une sphère publique plus vaste, et aussi au moyen de la culture des vedettes qui conduit à des performances spectaculaires « fais du bien » (qui en général excluaient les artistes africains en leur refusant une part équitable dans la publicité) ; le sommet du G8 à St Petersburg en 2006 qui s’ensuivit n’a même pas prétendu faire le suivi de ceci de manière sérieuse.
Pour la première fois depuis Okinawa en 2002, seuls trois chefs d’Etats africains avaient décroché le privilège de jouer un rôle d’appui. A part le fait d’être un certain type d’aspect exotique cosmétique, le sommet n’avait absolument rien à offrir.
Selon le gouvernement allemand, les choses devraient être différentes au début de juin à Heiligendamm. Comme le suggèrent les exercices d’évaluation des progrès vers la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire, beaucoup laisse désirer quand il s’agit de la mise en œuvre des cibles définies.
Les Africains continuent de rester les non-nantis en bas de la pyramide mondiale. Même si « leurs » dirigeants – notamment dans les cas comme celui de l’oligarchie du pétrole angolais ou de despotes individuels tel que Mugabe- baignent dans l’abondance de richesses et de privilèges. Il est raisonnable de conclure que jusqu’à présent, ni le Nepad ni son appui de la part du G8 et des autres qui prétendent en être préoccupés, n’est parvenu à donner une contribution susceptible de causer le changement.
Il faudrait cependant reconnaître, en même temps, et ce malgré de telles réserves, qu’une part juste de responsabilité collective et de volonté d’intervenir dans les affaires des Etats membres a fondamentalement changé le programme politique de l’Union Africaine et ses principes directeurs.
Alors que jusqu’à présent ceci a eu peu d’impact en termes de changements nécessaires dans les impasses structurelles socio-économiques, et n’a pas réussi à produire des résultats décisifs quelconques dans plusieurs cas-pas moins au Zimbabwe, aussi politiquement, ça n’affecte pas les facteurs socio-économiques y relatifs tels que la sécurité, la participation politique, la transparence et la responsabilité.
Alors que beaucoup laisse à désirer, on ne devrait pas ignorer les changements fondamentaux, qui en termes d’abandon du saint principe actuel de non-intervention était un résultat direct de la transformation de l’OUA en l’UA.
Le Mécanisme Africain de Revue par les Pairs (MARP) en tant que partie intégrante volontaire, du Nepad, pourrait être là plus en tant que symbole qu’autre chose. Mais le fait de figurer au programme marque un nouveau chapitre dans la politique africaine. A une époque où les révolutions ne sont même pas à l’horizon à quelque distance, ceci semble toujours une vue trop pragmatique, bien que probablement réaliste.
Ironiquement, avec les nouvelles tendances multipolaires, et les pays BRIC (le Brésil, la Russie, l’Inde et en particulier la Chine) à travers leurs partenaires bilatéraux qui cherchent avec agressivité à explorer et à exploiter le continent africain avec peu de préoccupation ou sans du tout se préoccuper de la « bonne gouvernance »-quelle que soit la signification de ceci, les gains des économies africaines, selon leurs mesures en termes d’équilibres commerciaux et la croissance du PIB, sont remarquables.
Bien entendu, ceci ne veut pas dire que les économies africaines et les populations locales vont automatiquement en bénéficier. Il reste à ce niveau une question ouverte de savoir s’ils pourraient avoir une part modeste de la nouvelle bousculade pour les ressources africaines et comment cela pourrait se passer. Mais il est peu probable que le sommet du G8 à Heiligendamm va rendre plus proche la solution à ce défi.
*Henning Melber était directeur de la Branche Namibienne de la Recherche en Politique Economique- The Namibian Economic Research Unit (NEPRU) à Windhoek, Namibie, de 1992 à 2000. Il était directeur de la Recherche à l’Institut Nordique Afrique9The Nordic Africa Institute), Uppsala, Suède, 2000-2006. Il est actuellement directeur exécutif de la Fondation « Dag Hammarskjold ».
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Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 303. Voir :
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