La présidente du Liberia Ellen Johnson-Sirleaf affirme que son pays ravagé par la guerre "est de retour" sur le chemin du développement durable. Procédant, vendredi, au lancement du Rapport 2006 du PNUD sur le développement humain, le premier consacré à son pays depuis son élection en tant que première femme présidente en Afrique en novembre dernier, Mme Johnson-Sirleaf a déclaré que c'est "le témoignage, encore une fois, que le Liberia est de retour".
Tagged under Gouvernance LiberiaBintou Cissé a un souhait qui lui tient à cœur : elle rêve d’ouvrir sa propre affaire et d’importer en Côte d’Ivoire du tissu wax en provenance du Togo voisin. Ce n’est pas parce qu’elle n’a ni diplôme ni argent que Bintou Cissé a rencontré tant de difficultés à réaliser son rêve, c’est plutôt parce qu’elle était sans papier.
Tagged under GouvernanceLa mission de paix des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) vient de publier un rapport accablant sur le système pénitentiaire ivoirien qui dénonce le surpeuplement des cellules, les mauvaises conditions d’hygiène des prisons et les graves problèmes de malnutrition, une des premières causes de mortalité parmi la population carcérale. Le rapport cite également les gardes à vue prolongées, l’absence de soins de santé et les infrastructures vieillissantes comme étant des problèmes communs aux trente-trois prisons ivoiriennes.
Tagged under GouvernanceLe volume des échanges entre le Nigeria et l'Afrique du Sud, deux des géants économiques du continent, ont fait un bond en passant de 36,7 milliards de nairas en 1999 à 130 milliards de nairas à 2005, a rapporté la presse locale ce mardi en citant le Haut commissariat du Nigéria en Afrique du Sud. (130 nairas = 1 dollar US). Cette information a été rendue publique en prévision de l'ouverture du forum des affaires entre les deux pays à Johannesburg.
Tagged under Gouvernance NigeriaLe leader de la Convergence socialiste, un mouvement affilié au Parti socialiste (ancien parti au pouvoir), Barthélémy Dias, jugé le jeudi dernier par le tribunal des flagrants délits de Dakar pour "diffusion de fausses nouvelles" et "outrage à magistrat", a été condamné mardi à six mois de prison ferme. M Dias, 30 ans, avait été placé sous mandat de dépôt le 17 août après 48 heures de garde-à-vue à la Division des investigations criminelles (DIC).
Tagged under Gouvernance SenegalLe Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a invité les candidats au deuxième tour de la présidentielle prévue le 29 octobre en République démocratique du Congo (RDC), à faire preuve d'un sens élevé des responsabilités et à mettre fin aux affrontements opposant leurs partisans depuis lundi à Kinshasa, la capitale.
Tagged under GouvernanceLes Africains qui tentent de percer le monde québécois des affaires se mettent résolument au golf cet été. Leur but ? Fraterniser avec les gens qui comptent. Komlan Messie est tout sourire en ce beau matin d'été sur le terrain de pratique Golf-Cité, à un jet de balle du centre-ville de Montréal. ''Ne soyez pas timides et jouez, vous êtes là pour ça !'' s’exclame joyeusement le président du Réseau des entrepreneurs et professionnels africains (REPAF), pour détendre l'atmosphère.
Tagged under GouvernanceL'élite féminine marocaine mène une active campagne pour obtenir un quota d'un tiers des sièges lors des élections de 2007 mais les partis politiques se montrent peu enthousiastes et pour nombre de femmes, surtout rurales, survivre au quotidien prime sur ce débat des villes. (...)Pour elles, peu importe qu'il y ait 10 ou 30 % de femmes élues au parlement. Dans un quart de siècle peut-être, on en parlera.
Tagged under GouvernanceVers la fin de l’an 2005, l’International Labor Rights Fund a déposé à la Cour Fédérale des Etats-Unis en Californie une requête ayant trait à l’Acte portant sur les Allégations de Torture des Etrangers contre Bridgestone, faisant état de « travail forcé, l’équivalent moderne de l’esclavage » sur une Plantation de Firestone à Hargel, Libéria. Le procès indique : « Les travailleurs de la Plantation allèguent, entre autres choses, qu’ils restent coincés par la pauvreté et la coercition dans une Plantation gelée dans le temps exploitée par Firestone d’une façon identique à celle dont elle était initialement gérée quand elle fut ouverte pour la première fois par Firestone en 1926». Robtel Pailey examine le visage moderne de l’esclavage sur le « sol des hommes libres».
Au début des années 1820, le Libéria s’est transformé en terre d’exil pour les esclaves américains rapatriés. En fait, le pays était un refuge proverbial des gens qui fuyaient les conditions dégradantes, déplorables du régime d’esclavage aux Etats-Unis. Ainsi, dès que le terme « plantation » était mentionné, les Libériens tremblaient visiblement de l’héritage historique que beaucoup de ses descendants ont enduré.
Assez ironiquement, un développement récent suggère que le Libéria lui-même a servi de terrain propice pour le visage moderne de l’esclavage déguisé sous forme de ce que certains pourraient appeler servitude invétérée pour l’entreprise américaine, Firestone. Déclaré la première république de l’Afrique en 1847, le Libéria a été entraîné dans une relation asymétrique avec le géant du caoutchouc depuis que l’entreprise a atterri pour la première fois sur les côtes du pays en 1926. Quatre-vingts ans plus tard, des groupes de défense des droits humains ont dénoncé les pratiques abusives alléguées contre Firestone et ont intenté une action judiciaire contre la compagnie américaine pour violations des lois sur le travail des mineurs, pratiques de travail cruelles et inhabituelles, et dégradation de l’environnement. Ces pratiques, indiquent-ils, ne diffèrent en rien de ce qu’elles étaient à l’époque de l’ouverture de la plantation. Depuis 1926, Firestone se serait appuyé sur le travail forcé, l’asservissement involontaire, l’insouciance, la négligence dans le recrutement et la supervision, des pratiques d’enrichissement injuste et d’affaires non-équitables.
Introduite au nom des travailleurs à la plantation et de leurs enfants en se servant de pseudonymes, la requête nomme la compagnie nippone parente Bidgestone, Bridgestone Americas Holding, Bridgestone Firestone North American Tire et d’autres branches en tant que prévenus.
L’International Labour Rights Fund (ILRF) a intenté le procès au nom de 12 travailleurs libériens et leurs 23 enfants qui ont gardé l’anonymat pour se protéger contre les actes de vengeance. Les plaignants sont en train de déposer leur dossier aux USA parce que le système judiciaire libérien a été érodé dans le désordre de la décadence civile. « Les travailleurs de la plantation sont privés de leurs droits, ils sont isolés, ils sont à la merci de Firestone pour toute chose de la nourriture aux soins de santé et à l’éducation, ils risquent l’expulsion et la mort certaine de la faim s’ils soulèvent même les moindres plaintes, et la compagnie se sert délibérément de cette situation pour exploiter ces travailleurs comme ils l’ont fait depuis 1926, » allègue le procès. L’ILRF et ses alliés – les avocats et les activistes libériens des droits humains – servent comme un instrument de plaidoirie pour la défense des droits sanitaires et légaux des travailleurs de Firestone à Harbel, Libéria.
L’histoire de Firestone au Libéria est révélatrice. En 1926, la compagnie a signé un accord de concession avec le gouvernement du Libéria pour une période de 99 ans. Cet accord couvrait environ un demi-million d’hectares de terrain, loué à bail à six cents par demi-hectare pour un prix annuel total de $ 60.000. De grands secteurs de population indigène furent déplacés pour céder la place à l’installation de la plus grande plantation de Firestone à Harbel. Même à l’époque du jeune âge de la compagnie, les Libériens étaient recrutés pour accomplir le travail forcé en récoltant et en cultivant des arbres du caoutchouc, après quoi ils s’engageaient dans le « tapage », l’acte plein de labeur intensif qui consiste à utiliser des instruments primitifs pour taper le latex à l’état cru hors des arbres de caoutchouc pour exportation. Les ouvriers étaient initialement appelés au travail sous la menace des fusils, et beaucoup de descendants de ces ouvriers servent de plaignants dans le dossier judiciaire contre Firestone aujourd’hui.
Malgré une insurrection de mécontentement civil et des cris réclamant la démocratie en 2005, Firestone a signé un nouvel accord de 37 ans avec le gouvernement de Transition au Libéria pour qu’il octroie le terrain à 50 cents par demi-hectare, « une grande hausse » par rapport à l’accord original de location à bail. Selon un rapport récent publié par Save My Future Foundation, Firestone a exporté 167.165 tonnes de caoutchouc entre 2000 et 2003. Le prix du caoutchouc atteint des sommets astronomiques aujourd’hui à $ 486 par tonne. Suivant les calculs de transactions commerciales actuellement, Firestone reçoit $ 81.242.190 en provenance de sa production au Libéria. Tout le caoutchouc produit au Libéria est envoyé aux Etats-Unis pour le traitement des pneus, et d’autres matériaux. Il n’y a pas de traitement ni de fabrication ni d’autre production de valeur ajoutée qui se font au Libéria. Le niveau de pauvreté au Libéria est si étonnant que les gens accourent vers la plantation pour un simple repas. Le tapeur moyen génère $ 900 mensuellement pour la compagnie, et pourtant il reçoit de Firestone à peine un dixième de cela en tant que compensation une fois que les frais et les services sont déduits des rémunérations. Comme résultat, les tapeurs travaillent durement pour 3,19 dollars seulement par jour. Après avoir travaillé chez Firestone pendant 50 ans, certains ouvriers de la plantation qui vont en retraite reçoivent apparemment moins de $ 50 par mois comme frais de pension.
A part le fait d’affronter la pauvreté due à la servitude grave, les ouvriers de Firestone doivent faire face aux infirmités liées à la santé. Les tapeurs exposent leurs yeux au latex qui a la potentialité de les rendre aveugles, en appliquant des pesticides et des fertilisants dangereux aux arbres du caoutchouc. Le latex à l’état cru en provenance des arbres du caoutchouc est fatal lorsqu’on l’applique aux yeux, si bien qu’il y a eu d’innombrables rapports de cas de travailleurs qui souffrent en permanence de problèmes d’yeux suite au fait de s’exposer. Ils sont forcés de transporter des seaux pesant 75 livres et débordant de quota de latex collecté pour le jour. N’étant pas informés des dangers qui accompagnent les produits qu’ils manipulent, les travailleurs ne savent pas demander l’équipement de sécurité. Beaucoup de tapeurs portent des traces graves de plaies et des anomalies d’os et de muscles qui résultent des activités de tapage.
Les ouvriers travaillent entre 12 et 15 heures par jour, puis ils doivent faire la liste de choses que leurs familles (y compris les jeunes enfants et les épouses) vont accomplir afin de compléter un quota journalier pour s’assurer de leur rémunération hebdomadaire. Pas de congés, pas de vacances payées, pas de congé pour raison de maladie. Un phénomène honteux dans le mode de fonctionnement de Firestone est son soutien implicite au travail des enfants. La plupart des enfants travaillent sur les plantations au lieu de fréquenter l’école. Le peu d’enfants qui fréquentent l’école se rendent aux écoles ne remplissant pas les normes requises et dans des conditions misérables. Firestone prétend qu’il dispense un enseignement gratuit aux enfants de ses travailleurs, mais en réalité les travailleurs doivent payer une taxe sur le revenu, taxe déduite automatiquement de leurs rémunérations mensuelles en vue de couvrir les coûts des soi-disant dépenses éducationnelles.
Les enfants et leurs familles triment sur la plantation pendant la journée, et ils rentrent la nuit dans les conditions sordides de vie primitive sans électricité ni eau de robinet. Firestone blâme la guerre civile qui a frappé le pays pendant plus d’une décennie pour la rupture de l’infrastructure, pourtant les membres du clan de Firestone ont aidé et encouragé le rebelle devenu président Charles Taylor afin d’éviter que la plantation ne soit endommagée quand la guerre faisait rage. Certaines des armées rebelles de Taylor étaient même stationnées à Harbel, jouissant des fruits du sang, de la sueur et des larmes -dans le sens littéral- de leurs frères et sœurs compatriotes.
Se trouvant à mille miles des conditions de vie déplorables de la force ouvrière libérienne, les cadres chargés de la gestion de la compagnie bénéficient des richesses du caoutchouc, jouissant du luxe des bungalows climatisés et même arrêtant leur travail « qui casse le dos » comme superviseurs pour faire une séance de golf sur la cour érigée tout près. Des huttes en terre battue et celles faites de branchages cohabitent avec des maisons de fortune à l’air immaculée. Firestone prétend que les huttes en terre ont été créées par les Libériens déplacés à l’intérieur qui ont accouru vers la plantation au cours de l’escalade de la guerre civile dans le pays. Pourtant, Firestone possède le terrain et détient toutes les responsabilités relatives à son entretien. De plus, certaines des conditions existaient avant la guerre civile et s’étaient enracinées pendant des années.
Le scénario complet représente un microcosme de règles commerciales non-équitables qui bénéficient aux grandes entreprises occidentales qui exploitent la matière première dans le monde en développement, laissant les peuples indigènes avec des débordements environnementaux, des souffrances physiques, et un moral brisé. Le cas de Firestone au Libéria est un microcosme de rachat d’une entreprise américaine et un mépris flagrant des droits indigènes. C’est une extension du commerce transatlantique des esclaves, et ça devrait être exposé en tant que tel.
* Natif de Buchanan au Libéria, Robtel Neajai Pailey preste actuellement en tant qu’Editeur Assistant du journal communautaire de Washington, D.C, « The Washington Informer ».
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
Voir :Tagged under Gouvernance LiberiaLes revendications de 777 trillions de dollars américains de réparations pour l’esclavage telles que formulées par une commission de vérité de 1999 sur les Réparations du Monde Africain à Accra sont-elles réalistes ? Par où peut-on commencer à imaginer les revendications pour réparations dans un contexte historique et social plus large lorsqu’il s’agit de siècles d’exploitation ?
M.P. Giyose de Jubilee South Africa présente le dossier qui fait comprendre les réparations en tant qu’une transformation des modes de fonctionnement du monde, servant en définitive au rétablissement et au maintien de la civilisation humaine.Lorsqu’une armée romaine victorieuse rentrait de ses conquêtes, tant avant qu’après l’époque républicaine, elle entrait dans la cité de Rome dans une marche de triomphe. Bien entendu, le triomphe était accompagné de toutes sortes de dépouilles qui retournaient en tant que butin de guerre. Certains des meilleurs trésors saisis de force chez les peuples vaincus rentraient dans la trésorerie romaine en tant que partie des gains matériels de la guerre. Les armées impériales de conquête de l’Angleterre, de la France et de l’Allemagne aux 18ème et 19ème siècles ont suivi la vieille tradition romaine. Ce genre de « recettes » doit être distingué clairement de ce que nous appelons réparations dans la présente discussion.
Au 19ème siècle, les faiseurs de guerre européens avaient déjà depuis longtemps développé la coutume de taxe de réparations. Une nation défaite en guerre était une nation à punir doublement. Au stade de la signature d’un Traité de Paix ayant pour objectif de mettre fin à la guerre, la nation vaincue recevait une énorme facture ou taxe qu’elle devait payer à la partie victorieuse, non pas en tant qu’une façon de rendre hommage mais plutôt en tant que compensation des « pertes » ou « des dépenses de la guerre » encourues par la nation victorieuse au cours de la conduite de la guerre en question. Avec cette taxe, les vainqueurs étaient supposés réparer n’importe quels dégâts ils avaient subis pendant la guerre. Bien entendu, ceci était une mesure purement punitive, oppressive à tous les égards. Comme résultat, les nations défaites ont toujours compris ceci comme une forme de vengeance.
Nous devons rejeter en bloc toute connexion entre ce que nous évoquons dans la présente discussion avec ce genre de tradition. Le parallélisme le plus proche que nous pouvons adjoindre à la notion de réparations est celui des dommages tel qu’il est défini dans les différentes branches de la loi. Exprimé succinctement sous un aspect juridique pratique, le but des dommages est de rétablir la partie offensée dans la position où elle se trouverait si elle n’avait pas encouru de pertes. Et au moment où ceci est possible juridiquement dans la pratique, et où les mesures peuvent se rapprocher de l’exactitude scientifique, le processus semblable est beaucoup plus complexe dans le domaine de l’économie politique.
Les dégâts perpétrés à travers l’histoire sont hautement rapaces au niveau de leur commission. Ils s’accompagnent de grandes pertes de vies de même que des dégâts matériels incalculables. Ils portent également une tradition historique qui fait reculer une nation de plusieurs années en arrière. Si nous comprenons les réparations comme étant un grand genre, nous devons aussi accepter qu’elles ont un certain nombre d’espèces. Il est difficile, au niveau du résultat, de définir les réparations tant en termes de ses caractéristiques générales que ses spécificités. Et le problème est créé tant par le contenu historique que le contenu social dans l’ensemble du processus.
Nous devons ainsi nous contenter d’une indication purement descriptive des réparations et procéder à notre analyse tant en termes généraux qu’en termes spécifiques. En définitive, l’objectif ici sera de tracer un avenir économique pour les pays du Sud, en termes d’un modèle économique mondial qui est conçu pour devancer la redoutable histoire des conquêtes, du pillage économique et du pillage financier.
Réparations Mondiales
Sont-Elles Possibles ? Commençons par présenter la totalité du processus historique et social à partir duquel les réparations sont en train d’être déterminées actuellement. D’un point de vue purement européen, le capitalisme commence d’abord à relaxer ses muscles durant les croisades, préservant de la sorte un passage d’échanges de biens à travers l’Asie Mineure vers le sous-continent indien et la Chine. Ceci fut renforcé plus tard lors du passage autour du continent africain.
Simultanément, d’autres tentacules se répandent loin et largement jusque dans l’Atlantique et les Caraïbes, et, plus tard, sur les Iles du Pacifique. Les anciens Etats-Cités italiennes de Venise, Florence, Genoa, etc., furent ainsi capables de faire une transition rapide à travers la féodalité vers une base capitaliste. Le commerce des esclaves est l’un des facteurs de renforcement qui ont intégré une économie africaine, qui était en même temps en train d’être retardée conjointement avec les Iles caraïbes et les Amériques. La route était dès lors ouverte pour un transfert de richesses et de pouvoir des banquiers de la péninsule méditerranéenne et ibérienne vers une assurance de pouvoir économique par les classes marchandes en Angleterre, en Hollande et en France.
Deuxièmement, à ce moment-là, la question de conquête étrangère avec le brigandage écologique concomitant était une question tranchée. Troisièmement, dès assez auparavant, les acquisitions étrangères du 20ème siècle ont pris une coloration financière et industrielle. Et ce fut une perfection de ce processus qui porta les choses à un stade plus avancé vers la fin du 20ème siècle. L’âge de la mondialisation fut un âge de subjugation, strictement et purement à travers le pouvoir et l’argent.
Chacune de ces quatre étapes du développement capitalistes a assassiné non pas juste les libertés des autres nations ; il devint crucial dans l’expropriation de leur richesse. A chaque étape, les liens d’asservissement ont revêtu une variété de moyens, à savoir : l’écologie, le travail, le commerce, la dette, l’investissement. A travers cette histoire, le véritable endettement des sociétés du Nord s’est tenu en proportion directe avec les changements dans ces moyens. La question que nous devons poser à ce stade est –comment le Nord peut-il assumer le règlement d’une dette si monumentale envers les sociétés du Sud ? Un tel règlement est-il pratique ?
La question doit être posée en tout cas sans tenir compte des mensonges et des promesses délibérées données en contrepartie par de telles classes dirigeantes que celles aux USA, lorsqu’elles ont prétendu des programmes de restauration de promotion aux esclaves qu’ils ont pris suite à l’économie de plantation du Sud. Est-ce que le Nord peut vraiment élaborer un programme de réparations pour le Sud dans l’économie en émergence à notre époque ?
Illustrons ces questions en donnant deux exemples de revendications formulées par des groupes représentatifs des gens ressortissant du Sud Economique du monde. En 1999, une commission de vérité devant délibérer sous l’égide d’African World Reparations à Accra a fait une demande de compensation de la part des nations du Nord pour le commerce des esclaves, compensation correspondant au montant de US $ 777 trillions devant être payée en 5 ans.
Les questions immédiates qui se posent sont les suivantes : Qui est exactement visé par cette facture ? Quelles sont les spécificités directes du délit ? Envers qui les débiteurs sont-ils responsables ? Le processus de ces types de réparations a-t-il pu établir le nombre réel d’esclaves qui furent extraits hors de l’Afrique ; le nombre réel de ceux qui sont morts pendant le parcours; le nombre réel de ceux qui ont atterri en Amérique ; les sociétés réelles d’où les esclaves ont été tirés de l’Afrique ? Ces nombres consistent-ils en cent millions, ou dix millions, ou un autre nombre entre les deux ? A-t-on procédé à déterminer les pertes exactes en heures de travail des nations ou des groupes particuliers de nations en Afrique ? Ou, le quantum de cette revendication est-il un tir dans l’obscurité ?
Ces problèmes sont indiqués de manière assez articulée dans le deuxième exemple à citer. Dans un document remarquable soumis devant les nations qui avaient « découvert » une découverte qui avait été faite 40.000 ans auparavant, The Native American Chief Guaicaipuro Cuautemoc fait une déposition qui est pleine de mépris, de sarcasme, d’esprit et d’intelligence. Au plus chaud de l’exposé, il déclare : « Sur cette base, et en appliquant la formule européenne de l’intérêt composé, nous informons nos « découvreurs » qu’ils ne nous doivent, en tant que premier paiement de la dette, qu’une masse de 185.000 kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent, les deux à la puissance de 300. Ceci est égal à un nombre qui demanderait 300 chiffres pour le transcrire sur papier et dont le poids dépasse totalement celui de la planète Terre.
Quelles piles immenses d’or et d’argent! Combien pèseraient-ils si on les calculait en sang ? Ceci est une performance magistrale. Ça se réfère à une petite revendication couvrant une courte période de temps de pillage historique dans une localité particulière en Amérique, c’est-à-dire de 1503 à 1660. Considérées à une échelle mondiale, les revendications des pays du Sud sont littéralement tant astronomiques et immesurables. Sur cette base, il n’est peut-être pas trop difficile de conclure que les sociétés actuelles du Nord ne possèdent pas une capacité, en dépit de leur richesse incroyable, de repayer la dette qu’ils doivent au Sud.
Dans une interprétation punitive des réparations égale à celle des puissances européennes au 19ème siècle, les capacités combinées de toutes les sociétés du Nord ne seraient pas capables de satisfaire un remboursement livre par livre de tout ce qu’ils doivent au Sud. Ceci n’est pas uniquement une mesure des proportions gargantuesques de la dette du Nord ; c’est un indicateur du degré imaginable en consommation extravagantes qui est devenu la part des sociétés du Nord au cours des six cents dernières années. De manière claire, une méthode rationnelle doit être conçue et adoptée afin que les échelles de l’histoire soient repesées d’une façon qui permettrait la survie durable de la civilisation humaine en termes d’obligations admises par tous les côtés dans la société actuelle.
Propositions Pratiques Immédiates
En définitive, la question des réparations est, par conséquent, loin d’être discutable. Ce qui commence à nous préoccuper pour le moment en tant que mesure pratique immédiate, c’est le véhicule dont nous semblons dépendre pour négocier la question des réparations. Etant donné le fait que cette affaire doit être examinée sous l’angle de l’économie du monde entier, il devient clair que cette question ne peut être traitée qu’en termes de solution systémique.
A notre époque, la question de l’une ou l’autre forme de réparations s’est dressée devant les responsables des politiques. Actuellement, l’intellectuel le plus verbeux parmi les tendances nationalistes sur le continent africain est le Président Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud. Parlant lors du Forum Economique Mondial à Davos en 2001, Mbeki a dédaigné l’idée – même de projeter la question de développement économique en Afrique sur base d’une quelconque notion de ce genre. Maintenant, la chose clé est qu’il y a un Thabo Mbeki dans chaque battement de cœur de chaque autre leader dans les pays du Sud – sauf une ou deux exceptions.
Comment cette série de personnes peut-elle alors devenir nos agents pour un programme de réparations, quel que soit son caractère ? C’est pourquoi nous devons reculer en vue de l’élaboration de stratégie et de l’exécution des tâches sur cette question sur les mouvements politiques dynamiques opérant tant dans le Sud qu’ailleurs dans le monde.
Certaines fois, le travail de réparations survient en termes de mesures isolées en faveur de la justice restauratrice. Certains de ces derniers pourraient être des luttes pour la survie menées par les peuples des milieux ruraux pour la redistribution des terres. A d’autres moments les conflits pourraient être joints, conflits basés sur certains aspects de la question de la dette. Les exemples importants de ceci sont ceux des luttes au sujet de la dette odieuse.
Celles-ci sont particulièrement pertinentes dans les pays du Sud où les régimes qui créent les dettes pourraient avoir été constituées par des dictatures, ou tout au moins, il pourrait exister une tradition continuelle provenant du viol colonial qui pourrait contraindre les gouvernements démocratiques successeurs à s’enfoncer dans une dette avec des intentions correctives. Et à d’autres moments encore, la justice restauratrice pourrait réussir dans la sphère de l’extension des droits humains dans la loi. Politiquement, il faut appuyer tous ces efforts spécialement s’ils se produisent sur la base d’une position fondamentale dans le cadre des programmes.
En termes de promotion d’un programme systématique de réparations, les idées qui s’offrent cette fois-ci sont basées sur la prémisse des forces intégrantes dans la situation actuelle du monde. Cette situation consiste en trois parties. On nous présente un système politique mondial unique. Celui-ci relève d’un système économique unique qui existe sur la base d’un système écologique unique qu’il devrait, à son tour, alimenter. Les trois parties forment un système politique mondial unique.
Il n’est plus possible pour nous, par conséquent, d’offrir de solutions aux problèmes des nations du Sud, si celles-ci font l’objet de ségrégation et que les solutions ne peuvent être exprimées qu’à travers la division. Un atout cardinal d’un monde intégré consiste à comprendre que séparation et séparée signifie avec « leurs propres » institutions, et ne peut conduire qu’à l’inégalité.
Etant donné ces circonstances, les mesures en faveur des réparations peuvent uniquement être basées sur la construction et le maintien d’une économie d’un seul monde – pas celle de plusieurs morceaux de ce dernier. Des caractéristiques égalitaires au sein de la construction de la nation s’exprimeront réellement au mieux quand elles seront fonctionnelles en conformité avec les autres expressions du même principe sur une échelle mondiale. Nous en arrivons donc à la conclusion que la réorganisation du monde doit se produire sur base de nouvelles fondations sociales ; elles sont devenues la force vitale-même de l’économie, de l’écologie et de la politique.
Conclusion
Les réparations peuvent par conséquent être comprises comme un moyen par lequel la vie sociale dans les nations actuelles telles que nous les connaissons aujourd’hui peut être réformée. De cette manière, elles peuvent être vues comme un agent de la création d’ « une meilleure vie » pour les sections appauvries de l’humanité. Le besoin de réparations de ce genre est le plus urgemment ressenti dans les pays du Sud. Cependant, dans une plus longue perspective de l’histoire humaine, les réparations ne peuvent pas être vues comme purement et simplement des mesures d’amélioration même si elles sont vues en termes de justice restauratrice.
Il y a un système incorporé à l’intérieur de « profits en diminution » dans cette méthode de soutenir les réparations. Dans la perspective plus longue de développement historique, les réparations devraient être vues comme une agence de restauration et de continuité de la civilisation humaine. Et de cette manière, elles ne peuvent pas être purement une question nationale. Elles sont un phénomène international englobant les fortunes combinées de toute l’espèce humaine et de toute la faune et la flore qui poursuit la marche avec nous dans notre domaine naturel.
* M.P Giyose est Président de Jubilee South Africa.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
Voir :Tagged under GouvernanceLa situation des femmes africaines n'a pas toujours été morose, soutient l'Anthropologue Fatou Sarr. Elle revisite l’histoire d'une Reine sénégalaise Ndatté Yalla et affirme qu'elle "nous enseigne qu’en ce qui concerne le statut de la femme, les civilisations africaines étaient de loin en avance sur celles des vainqueurs". Des Reines avec plein pouvoir se sont succédées à la tête de royaumes puissants et ont même opposé une farouche résistance aux colons français. Cet article offre des éléments historiques fort instructifs et démontre encore une fois que le patriarcat est bel et bien un élément externe à bon nombre de sociétés africaine et qu'il a été imposé à l'Afrique.
Mesdames messieurs, hier à l’ouverture de la deuxième conférence des intellectuels d’Afrique et de la diaspora, Le Président Alpha Omar Konaré s’est adressé au feu Président poète Léopold Sédar Senghor. Je crois, que du fond de sa tombe, il l’a entendu, car Birago Diop, l’autre poète sénégalais, nous a appris que les morts ne sont jamais morts, ils sont dans l’eau qui dort, ils sont dans le vent qui frémit…..
Hier, de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, face à l’autre rive de l’océan atlantique, les murmures du vent m’ont rapporté le message de Ndatté Yalla, dernière souveraine du Waalo au Sénégal, pour vous dire, que si le cours de l’histoire ne s’était pas arrêté, à la place hommes qui siégeaient à la table ronde des chefs d’Etats c’est des femmes qu’on aurait du y trouver.
L’histoire de la Reine Ndatté Yalla, nous enseigne qu’en ce qui concerne le statut de la femme, comme ce fut le cas entre les Gaulois et les Romains, les civilisations africaines étaient de loin en avance sur celles des vainqueurs.
La première force de résistance que les Français ont rencontrée dans leur politique de colonisation du Sénégal en 1855 avait pour chef une femme, qui non seulement gouvernait mais savait aussi conduire son armée. Or, Il a fallu attendre 1869 pour voir le premier état d’Amérique du Nord, le Wyoming accorder le droit de vote aux femmes. Quant aux vainqueurs de la Reine Ndatté Yalla, il leur a fallu attendre 1945, soit 90 ans plus tard, pour daigner accorder un statut de citoyenne à leurs femmes. Et un siècle et demi après la défaite de la Reine, on ose espérer que les Français atteindront le niveau de civilisation du Waalo du 19eme siècle, en portant Ségolène Royale à la Présidence de la république.
Donc, en ce qui concerne le statut de la femme, l’Occident a beaucoup à apprendre des civilisations africaines. L’histoire de la dernière souveraine du Royaume du Waalo, suffit à elle seule, s’il en était encore besoin, pour convaincre ceux qui par manque de culture, par ignorance de notre histoire s’évertuent à nous faire croire, que c’est l’Occident et l’Occident seul qui doit nous donner la direction sur les question d’équité et d’égalité de genre.
Elle n’était pas une reine fantoche, instrumentée par des hommes bien au contraire.
Pour comprendre comment des femmes sont parvenues à un contrôle effectif du pouvoir, il faut remonter le fil de l’histoire et analyser les luttes pour le contrôle du pouvoir entre les trois familles DIOSS, LOGGAR et TEDIEK, renvoyant aux trois lignées fondatrices du Waalo qui seules pouvaient prétendre au trône.
Auparavant, il est signalé qu’au 13ème siècle, huit femmes ont présidé successivement aux destinées de ce royaume (Boubacar Barry, 1985). Et à la fin de leur règne il fut mis fin à l’accession des femmes au trône. Mais le système politique leur accordait une fonction importante. En effet, à côté du Brack (nom donné au Roi), était désignée une Linguère. Cette fonction qui revenait selon des règles très précises à une femme de la lignée maternelle du Brack permettait de faire respecter un équilibre entre les familles. Ces femmes qui étaient les gardiennes du trésor familial, jouaient un rôle parfois déterminant dans le choix du Brack et très vite, elles vont utiliser cette position stratégique d’influence pour arriver à un contrôle absolu du pouvoir.
Ce rôle d’influence peut être illustré par la lutte au pouvoir entre les LOGGAR et les TEDIEK au XVIIeme siècle. Sous le règne de Bër Tyaaka, arrivé au pouvoir en 1683, sa sœur la Linguère Dyambur-gel a exigé du Roi le limogeage de son neveu consanguin nommé au poste de premier dignitaire après le Brack pour le remplacer par un autre de la lignée maternelle. En posant un tel acte, elle voulait, qu’après la mort du Brack, le pouvoir restât aux mains de sa lignée maternelle. Cela a conduit à une crise et une tentative d’assassinat du Roi par les dissidents qui finirent par s’exiler. Ils se fixèrent à WUL ou OULI, dans un pays riche en or, situé probablement dans l’actuel Mali. Selon les archives coloniales « durant leur long séjour dans ce pays, ils envoyèrent souvent en cadeau de l’or en poudre, en vrac ou travaillé à leur parent Althiaca Diogamaay du Waalo » (Sèye, 2003).
La famille Tédiek, évincée en 1683, finira par prendre le pouvoir en 1716 et le gardera jusqu’en avec 1766 (soit 50 ans). Le pays connaitra par la suite 29 ans de guerre civile durant lesquels, six Brack se succédèrent et seront tous éliminés physiquement par leurs concurrents. En 1785, les Tédiek reprendront le contrôle du pouvoir jusqu’en à la fin du royaume en 1855 (soit, 70 ans).
La famille Tédiek à laquelle appartient la reine Ndatté Yalla s’est enrichie au cours de son exil au pays de l’or et son long règne lui a permis d’accumuler une fortune et des armes, grâce à des échanges avec les comptoirs français. Cela va jouer plus tard en faveur des femmes gardiennes du trésor familial.
C’est en 1795 qu’on note un tournant décisif dans la stratégie de contrôle du pouvoir par les femmes. La Linguère Tègue Rella, suite à la folie de son frère, le Brack Ndiack Coumba, prit le contrôle après avoir pris soin de cacher la maladie du Roi en l’exilant hors de la capitale. A partir de cette date, ce sont les femmes qui dans l’ombre exerçaient le pouvoir.
En 1805, la Linguère Fatim Yamar Khouriaye qui a remplacé sa sœur Tègue Rella, proposa son cousin exilé dans un royaume voisin au Cayor, du Nom de Kouly Baba Diop, pour occuper la fonction de Brack. Ce qui lui permit d’avoir le contrôle absolu du pouvoir, le Brack élu n’incarnait pas la légitimité, au regard des principes voulant que seul les Mbodj puissent assumer cette fonction.
A la mort de Kouly MBaba Diop en 1816, la Linguère Fatim Yamar, détenant la réalité du pouvoir, épousa un homme du nom de Amar Fatim Borso et le fit élire Brak.
Avec Fatim Yamar Khouriaye Mbodj, on comprend que les Linguères étaient préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement. Elles étaient formées au métier des armes et savaient défendre le Royaume, même en l’absence des hommes comme l’attestent les évènements de Nder.
En effet, le mardi 7 mars 1820, les principaux dignitaires du royaume étaient à St Louis en compagnie du Roi qui devait s’y faire soigner. L’ennemi, composé de guerriers des deux états voisins maures et toucouleur, en profita pour attaquer la capitale. Surpris de la forte riposte des femmes déguisées en hommes, les assaillants se replièrent ; mais les femmes crièrent victoire très tôt, et en ôtant leurs turbans elles dévoilèrent leur féminité. L’ennemi dans un sursaut d’orgueil mâle revint à l’attaque et finalement eut raison de ces braves guerrières. La Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj qui avait organisé la résistance a préféré se brûler vive avec plusieurs de ses compagnes, préférant la mort au déshonneur. Mais en décidant de faire échapper ses deux filles, Djeumbeut Mbodj et Ndatté Yalla, pour disait-elle perpétuer la lignée, elle avait pris un acte de haute portée politique. En effet, ces dernières finiront par diriger le Royaume.
A la mort de Fatim Yamar, sa fille Djembeut sera proclamée Linguère. En 1825, à la mort de son père Amar Fatim Borso, c’est leur cousin Yérim Bagnick Tëg Rela qui arrive au pouvoir. Mais en 1827, la Linguère Djeumbeut fort de l’expérience du pouvoir de sa mère proposa un Brack du nom de Fara Peinda Adam Sall, qui ne pouvait pas lui porter ombrage. La réalité du pouvoir était entre les mains de Djeumbeut, elle décida en 1833 de se marier avec le roi du Trarza, Mohamed El Habib. Au-delà des diverses interprétations parfois tendancieuses, elle voulait sauver son peuple face aux multiples agressions des voisins Toucouleurs et Maures. Mais aussi en fin politique, elle savait que le fils qui en naitrait pourrait par sa lignée maternelle prétendre être à la tête du Waalo (Sénégal) et par sa lignée paternelle régner sur le Trarza (Mauritanie).
A la mort de Fara Peinda Adam Sall en 1840. Les deux sœurs Djeumbeut et Ndatté ont pu imposer leur candidat, Ma Mbodj Malick, au détriment de celui de la colonie, Yérim Mbagnik Mbodj. En fines stratèges, elles avaient réussi à influencer le collège des électeurs. Selon les archives coloniales, elles ont offert pendant les 3 jours que durèrent les consultations 1500F de l’époque. La tradition orale nous précise qu’elles ont offert des repas princiers et un kilo d’or par jour. Elles ont fait élire leur cousin Mambodj Malick, mais ce sont les deux sœurs Ndjeumbeut et Ndaté Yalla qui dirigeaient réellement le royaume.
C’est d’abord Djeumbeut qui aura la charge du pouvoir. Son règne est marqué par la volonté de donner un répit à son peuple agressé de toute part par les voisins Maures et Toucouleurs.
Dernière souveraine du Waloo, la Linguère, Ndatté Yalla Mbodj a été installée le 1er octobre 1846 à la mort de sa grande sœur. Elle a exercé le pouvoir comme un véritable BRACK en s’appropriant tous les attributs. C’est ainsi qu’elle fut prise par Abbé David Boilat, le 2 septembre 1850, fumant sa pipe d’honneur, entourée, de plus cinq cent femmes en grande tenue, en face desquelles se trouvaient tous les princes et les guerriers de la Reine.
Son règne sera marqué par une défiance permanente des Français contre lesquels elle a livré une bataille acharnée. Dès 1847, elle s’opposa au libre passage des Sarakolés qui ravitaillaient l’Isle de St-Louis en bétail et adressa une lettre au gouverneur exprimant sa volonté de défendre le respect de sa souveraineté sur la vallée en ces termes : « c’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays ; pour cette raison nous en prenons le dixième et nous n’accepterons jamais autre chose que cela. St Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel et le Waalo au Brack. Chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon le lui semble » (Barry, 1985 : 275).
Elle finit par faire prévaloir ses droits sur l’ile de Mboye et sur l’ile de Sor (actuelle ville de St Louis) qu’elle affirma n‘avoir jamais vendu à personne. Ndatté continua les pillages autour de St-Louis et n’avait cure des menaces du gouverneur. Elle refusa de rembourser les dommages commis comme le réclamait les français.
Le 5 novembre 1850 elle interdisait tout commerce dans les marigots de sa dépendance. Avec cette mesure, la guerre devait inévitable car les français voulaient assurer la sécurité de leur commerce dans la vallée du fleuve. Avec l’arrivée de Faidherbe en 1854, le Walo va être le premier à subir les coups de la politique de conquête du Sénégal. Le 5 février 1855 Faidherbe déclencha la bataille et les troupes du Waalo seront finalement battues le 25 Février 1855 par la puissance technologique de l’ennemi.
Après sa victoire sur la Reine, Faidherbe emmena son fils Sydya, âgé de dix ans, à Saint-Louis où il sera scolarisé à l’école des otages et sera envoyé plus tard en 1861au lycée impérial d’Alger. En 1863, il demanda à revenir au Sénégal où, il poursuivit pendant quelques mois les cours de l’école des frères. Il fût baptisé et eut pour parrain Faidherbe qui lui donna le prénom Léon.
En 1865, âgé de 17 ans, la Colonie lui confia le commandement du canton de NDER, mais il ne tardera pas à refuser d’être un relais docile de cette administration et finira par la défier. Il va poursuivre le combat nationaliste initié par sa mère.
Devant une grande assemblée de dignitaires et de son peuple, il sacrifia à la tradition des Brack. Après s’être débarrassé de ses habits européens, il prit le bain rituel dans les eaux du fleuve, se rhabilla en tenues traditionnelles et jura de ne plus jamais parler la langue du colonisateur. Ensuite il se fit faire des tresses de Thiédo (actuels dread locks) à Thianaldé marquant le symbole de son appartenance sociale.
En novembre 1869, SIDIYA dirigea une insurrection générale contre les français et fit subir de lourdes pertes aux troupes françaises. Mais l’administration coloniale ne cessa de le traquer. Arrivé chez Lat Dior pour la concrétisation d’un front de libération national, il fut trahi par ses guerriers qui le livrèrent au Gouverneur Valère à Saint-Louis le 25 décembre 1875. Il sera déporté au Gabon en 1876 où il mourut en 1878 à l’âge de 30 ans. Les cendres de Sidiya doivent rejoindre celle de sa mère.
Pour être Sidiya, il fallait avoir comme mère la Reine Ndatté Yala
Il a fallu une mère admirable pour avoir pu inculquer à un enfant âgé d’à peine 8 ans, les valeurs suprêmes, qui lui ont permis d’opposer aux français une résistance culturelle et militaire. Faidherbe a tenté en vain de le dépouiller de son identité et de sa religion traditionnelle en le nommant Léon et en le faisant baptiser comme un chrétien. Malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à dompter le fils de Ndatté, profondément enraciné dans la culture des siens, et porteur des valeurs de fierté et de nationalisme défendues par sa mère.
Au terme du rapide parcours de la vie des Linguères du Waalo Ndatté Yalla, Djeumbeut MBodj, Fatima Yamar, Tègue Rella, Khouryaye Mbodj, Dyambur-gel et des huit femmes qui ont porté le titre de Brack, vous pouvez comprendre que quand nous parlons d’égalité des sexes et de conquête du pouvoir c’est de notre propre histoire que nous tirons nos références.
Nous nous sommes arrêtée sur Ndatté, car c’est avec elle qu’on assiste au parachèvement du processus du contrôle du pouvoir initié par les Linguères, dès le 17 éme siècle. Ainsi, si en 1819, dans les accords signés entre le Waalo et les français il ne figurait que des hommes, à partir de 1846, tous les actes officiels portaient le nom de Ndatté Yalla. Elle finit par reléguer, le Brack et les autres dignitaires au second plan. Parfois les Français ne s’adressaient qu’à Ndatté, et il arrivait que les lettres envoyées au gouverneur ne portent que sa seule signature. Dans une correspondance adressée le 23 mai 1851 à Faidherbe, elle s’exprimait en ces termes : « Le but de cette lettre est pour vous faire connaitre que l’Ile de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi. Aujourd’hui, il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient, il est à moi seule ». Ndatté se considérait comme le seul souverain de ce Royaume.
L’histoire des Linguères Ndatté Yalla et Djeumbeut MBodj, nous révèle qu’elles n’ont jamais été dans des compromissions avec le pouvoir colonial. Elles ont dirigé avec le sens du sacrifice de leur personne, le sens de la dignité. Cette histoire nous enseigne aussi que le Sénégal du 19eme siècle était sans aucun doute beaucoup plus ouvert et plus favorable aux femmes, les rapports sociaux entre les sexes y étaient plus égalitaires qu’au 21eme siècle.
Nous avons encore beaucoup à apprendre de cet espace socio culturel, de l’histoire de ces femmes au pouvoir, mais surtout nous avons beaucoup à partager avec le reste du monde.
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Au-delà de Ndatté et de toutes les Linguères, il s’agit de comprendre comment dans le Sénégal précolonial les femmes sont passées d’une position d’influence à une position d’exercice effective du pouvoir. Pour cela, nous pouvons relever deux faits :1) Il y avait une instabilité des hommes au poste de Brack et une plus grande stabilité des femmes au poste de Linguère. Djeumbeut et Ndatté ont cumulé à elles deux au moins 28 ans d’expérience de gestion du pouvoir (1827 à 1855). Leur lignée maternelle a cumulé 60 ans d’exercice du pouvoir. Le long séjour dans les couloirs du pouvoir à permis aux femmes de devenir des orfèvres de la politique
2) Les femmes avaient des ressources économiques, fruit d’une longue accumulation de génération en génération et elles ont su l’utiliser à des fins politiques.
Aujourd’hui, ce sont les hommes qui bénéficient de la durée dans l’exercice du pouvoir et qui en même temps détiennent les ressources économiques. Ce basculement est le fait du pouvoir colonial, qui est venu avec un projet de société patriarcal, excluant les femmes de l’espace publique en leur refusant toute possibilité de participer au jeu politique.
D’une position où elles faisaient les rois et où elles dirigeaient leur peuple, les femmes se sont retrouvées subitement exclues de tout. Mais il est venu le temps de recourir à l’histoire, pour reconstruire une Afrique adossée sur ses propres valeurs fécondes et porteuses de progrès.
Il est venu aussi le temps de voir émerger d’autres Ndatté Yalla.
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Sources documentaires
Mamadou DIOUF(1990) Pouvoir Ceddo et conquête. Paris Edition Karthala, 1990.
Boubacar BARRY (1985) Le royaume du Waalo : Le Sénégal avant la conquête. Paris, Edition Kharthala.
El Hadj Amadou Sèye (2003) Waalo Brack. Dakar, Les Edition Maguilen.
Archives de Samba Thiamca Diaw acine Chef de canton de Louga
Ckeikh Niang, Historien traditionaliste du Waalo
Abbé David Boilat (1853 et 1984) Esquisse Sénégalaise. Paris Editions Karthala.* Fatou SARR est Chercheure à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (Ifan) - Université Cheikh Anta Diop – Dakar (Sénégal). Cette communication a été présentée à la Deuxième Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (CIAD II), Salavador de Bahia, du 12 au 14 juillet 2006)
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