Une semaine après son arrestation, le 22 janvier dernier à Gisenyi, ville voisine de Goma, de l’autre côté du Rwanda, Laurent Nkunda divise. Partisans et opposants à l’extradition s’affrontent, dans les cercles intelligents. Aujourd’hui plus qu’hier, les congolais ont soif de la vérité. Rien que la vérité sur le sort qui sera réservé au leader du CNDP. Ira-t-il en prison, à Kinshasa ? Ou bénéficiera-t-il d’un asile politique au Rwanda où il serait, semble-t-il, en résidence surveillée ?
Tagged under GouvernanceL’arrestation du chef rebelle congolais Laurent Kunda par son parrain rwandais commence à donner des idées à certains Maliens écoeurés par les agissements similaires du chef de la rébellion touarèue Bahanga chez nous. Cette appréhension nous amène à nous poser la question suivante de savoir si ce dernier peut subir le même sort que Kunda ? Mais cette question est d’autant plus difficile à répondre que le Mali n’est pas le Congo, le Rwanda n’est pas la Libye, Kunda n’est pas bahanga et Kagamé n’est pas n’ont plus Kadhafi.
Tagged under Gouvernance MaliBeaucoup de démocrates ne comprennent pas pourquoi Obama se montre autant à l'écoute des républicains. Ni pourquoi il refuse d'enquêter sur les programmes controversés de Bush. En 2004, malgré une marge de victoire nettement inférieure à celle d'Obama quatre ans plus tard, celui-ci n'avait laissé aucun doute qu'il dépenserait le « capital politique » qu'il avait acquis pour réaliser le programme de son parti. Obama, lui, s'évertue à témoigner du respect à ses adversaires et affiche son ambition de gouverner « autrement », se montre à l'écoute des idées des conservateurs (par exemple au sujet de la relance de l'économie) et refuse d'enquêter sur les programmes les plus controversés de la politique de sécurité intérieure poursuivie par George W. Bush.
Tagged under Gouvernance«Ce sera une bougie dans ce camp de réfugiés », déclare un réfugié dans la nouvelle presse libre du camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya. «Kakuma News Reflector», plus connu sous le nom de Kanere, est un journal indépendant des réfugiés consacré aux rapports sur les droits de l'homme et la vie des camps. Les réfugiés regroupés à Kakuma y ont vécu pendant presque deux décennies, sans voix. Aujourd’hui, Kanere cherche à changer cette réalité. Mais les moyens financiers lui manquent.
Camp de réfugiés de Kakuma. A l'instar de nombreux autres dans le monde, il est administré par le HCR. Bien que cette organisation des Nations Unies publie occasionnellement des rapports sur le camp, il n'y a pas de couverture médiatique sur ses aspects de la vie courante. Kanere est aujourd’hui un des premiers journaux de camp de réfugiés à atteindre un public international.
Bien que ces emplacements sont des espaces d'aide humanitaire, les conditions de vie y sont misérables. Les 50.000 réfugiés de Kakuma dépendent du HCR pour la nourriture, l'eau, le logement, l'éducation, les autorisations de circuler, la protection juridique, etc. En retour, ils n'ont presque rien à dire dans les politiques qui affectent leur vie. Il y a peu de suivi indépendant des droits de l'homme dans les camps.
Dans l’animation d’une presse libre pour le réfugié, leur vision s’exprime ainsi : «Nous parlons dans le respect des Droits de l'homme et la primauté du droit afin de créer une société plus ouverte dans les camps de réfugiés et de développer un forum pour un débat public sur les réfugiés. »
Ce n'est pas la première fois que les réfugiés de Kakuma prennent la parole. Depuis 1993, le «Kakuma News Bulletin» a servi de moyen d'expression locale pour les réfugiés du camp. Il a perdu son élan en 2005, ne laissant qu'un petit groupe de journalistes continuer de faire vivre l'esprit d’un reportage indépendant.
Quand un chercheur Fulbright est arrivé à Kakuma en octobre 2008, les journalistes ont suggéré l’instauration d’une collaboration. Les germes d’un journal de réfugiés ont alors vu le jour. Aujourd’hui, en janvier 2009, Kanere est une équipe de 15 membres, avec des représentants des communautés de tous les grands camp.
Le premier numéro en ligne de Kanere a été publié le 22 décembre 2008. Le tirage du journal, prévu pour 1000 exemplaires, n'a pas encore commencé à cause d'un manque de fonds. Or peu de réfugiés sont en mesure d'accéder à la publication en ligne.
Tous les journalistes y travaillent actuellement sur une base volontaire, sans accès à des ordinateurs, à Internet, ou à des fournitures de bureau. Le groupe cherche des soutiens financiers auprès des organisations internationales et de l'ambassade américaine. Kanere veut publier aussi bien une version imprimée qu’une version en ligne du mensuel.
Le blog d'information en ligne, vise à informer les réfugiés, à servir de forum pour des débats publics sur leurs conditions, à les sensibiliser sur les Droits de l'homme afin qu’ils puissent veiller plus efficacement à leur propre situation et de demander réparation des torts qui leur sont faits.
Pour de nombreux réfugiés qui se sentent emprisonnés dans le camp de Kakuma, Kanere représente un espoir de changement. Comme l’a déclaré l’un deux, "les défis sont toujours là dans ma vie, mais aucune réponse n'est donnée par le gouvernement du Kenya ou le HCR... Maintenant, nous pouvons commencer à prendre en charge nos problèmes quotidiens de manière démocratique, quand il s'agit d’aller à une prise de décision."
* Le blog de Kanere peut être consulté à l’adresse suivante : www.kakuma.wordpress.com
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Tagged under GouvernanceEn ce mercredi 7 janvier la presse internationale se félicite, à juste titre, du résultat récent des élections présidentielles au Ghana : le candidat de l’opposition John Atta Mills prête serment aujourd’hui comme nouveau président après avoir a gagné la course avec une majorité de 50,23 % des voix. Une victoire aussitôt reconnue par le candidat du parti au pouvoir. Sans violence, sans heurts. Une victoire de la démocratie en Afrique. Mais une victoire qui trouve son origine dans deux coups d’Etat !
Tagged under Gouvernance GhanaSurprenante analyse que celle développée dans l’article publiée récemment dans Pambazuka, intitulé « La crise financière et ses enjeux pour l’Afrique » (1). On voit que l’auteur a une formation classique aujourd´hui dépassée par des faits. Ou alors il faut croire que le réalisme objectif ici fait gravement défaut. D´abord, s´il y a une relation entre l´économie réelle et l´économie financière, il s’agit de deux choses sont bien distinctes, même si elles appartiennent au même système économique. ?Cette crise n’a rien à voir avec un cours d´histoire économique, parce qu´elle se différencie totalement des crises cycliques classiques.
La crise actuelle est une crise de saturation par laquelle les producteurs poussés, depuis longtemps par une crise latente et se refusant á réagir économiquement, se sont pervertis à étouffer et à ruiner leurs futurs clients (africains notamment) en les empêchant systématiquement de se développer. La Chine et l´Inde qui sont passés á travers les mailles, par ailleurs, deviennent des concurrents sérieux. Cela rétrécit le marché international et provoque un manque à gagner qui déclenche le chômage et l´expatriation des unités de production vers les pays aux coûts de production moins chers. ?
La crise financière dont nous allons connaître, au plus tard en avril 2009, les effets désastreux, a été causé par l´émission abusive d´un surplus tendancieux de masse monétaire. Lequel a été employé par Wall Street à de fausses titrisations et au financement, abusif encore une fois, du marché hypothécaire de l´immobilier américain. Il y a donc environ et pour le moins 44 000 milliards de dollars de fausses valeurs financières en circulation, ce qui freine le mouvement des banquiers craignant de recevoir en paiement ces valeurs pourries.
Pourquoi 44.000 milliards ? Parce que suite au «9/11» le gouvernement américain a doublé le plafond financier du monde qui est de 44.000 milliards de dollars de valeurs réelles, en injectant 90 000 milliards de valeurs financières de financement. Ceci a été fait d´autorité, sans consulter qui que ce soit des partenaires mondiaux. Ce qui est d’autant plus abusif que cet argent a été systématiquement employé à des buts douteux.
?L´Amérique qui a voulu frauder ou tromper le monde entier va en payer un prix incroyablement lourd : elle doit en effet payer cet endettement cannibale. Et croyez-moi, cela va faire on ne peut mal. Le fait que la côte d´épargne américaine soit de -0,5 %, que son endettement public soit de 10 300 milliards de dollars, et privé de 87 000 dollars par tête d´habitant va aggraver les choses énormément. Pour les Occidentaux exportateurs et même la Chine, le gel du crédit bancaire international va les contraindre à vivre uniquement de leurs marchés intérieurs. C´est un peu cela l´explication rapide de cette crise. ??
Musengeshi Katata - ?Forum Réalisance
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Tagged under GouvernanceIl y a une haine à peine contenue contre le régime de Mugabe et ceux qui le défendent. De telles attitudes sont inadmissibles dans un débat d’idées. En quoi le soutien au régime de Mugabe serait-il « honteux » et « malhonnête »? En quoi ce soutien devrait-il susciter du « dégoût » sauf chez les ennemis jurés de Mugabe et de la ZANU-PF ? Et pourtant, tous les faits évoqués pour soutenir le leader zimbabwéen sont avérés et connus de tous. Ses détracteurs ont le droit de détester Mugabe et d’être en désaccord avec celles et ceux qui le défendent mais ils n’ont pas le droit de l’insulter. Chacun doit pouvoir exprimer librement ses opinions sur ce qui se passe au Zimbabwe, ou dans tout autre pays africain, sans recourir à des invectives contre ceux ou celles qui expriment des opinions contraires.
Mugabe, ici ou là, est qualifié de « dictateur », de « corrompu » et de « despote », termes que l’on trouve généralement dans les médias occidentaux, notamment britanniques et américains ! Mais d’où viennent la hargne et la haine avec lesquelles certains attaquent Mugabe et son régime ? Au nom, semble-t-il, de la défense « des masses laborieuses » et du « peuple » du Zimbabwe. Mais qui leur a donné le droit de parler au nom du « peuple » du Zimbabwe ? Et pensent-ils se soucier plus du sort de ce « peuple » que Mugabe lui-même et son parti? Celui-ci et tous ceux qui le défendent seraient-ils donc des « ennemis » du « peuple » du Zimbabwe tandis que ceux qui l’attaquent seraient les « vrais amis » de ce « peuple » ?
Dans ce débat, il ne faut pas prendre de liberté avec la vérité historique et les faits.
Les Accords de Lancaster House
Les Accords de Lancaster House, qui organisaient la transition vers l’indépendance de la Rhodésie ont été signés le 21 décembre 1979 après trois mois d’âpres négociations entre la délégation du Front Patriotique (ZANU et ZAPU), la clique de Ian Smith et la Grande Bretagne, puissance de tutelle. Ces accords prévoyaient une période de transition avant les élections législatives prévues au premier trimestre 1980. Durant cette période on ne devait pas toucher aux institutions de la Rhodésie. Ces Accords stipulaient que tous les signataires devaient: 1) respecter les arrangements obtenus pendant la période d’avant indépendance ; 2) respecter toutes les clauses de la Constitution devant mener à l’indépendance. En outre, les Accords octroyaient à la minorité blanche 20% des sièges du futur Parlement, ce qui lui conférait de fait un droit de veto sur tout changement constitutionnel, et ce, jusqu’en 1987.
C’est après les élections législatives de février 1980, gagnées par la ZANU à une très confortable majorité, que Mugabe assuma la fonction de Premier Ministre à partir du mois de mars 1980. Et c’est seulement à partir de ce moment que la ZANU commença à mettre en œuvre son programme. C’est ainsi que les deux principales branches de l’armée de Ian Smith furent démantelées : l’Infanterie Légère de Rhodésie (ILR) et les Selous Scouts (SS). Une bonne partie des effectifs de l’ILR et certains membres des SS furent incorporés dans la nouvelle Armée zimbabwéenne sous commandement des officiers de la ZANLA, l’aile militaire de la ZANU. Seuls quelques officiers de l’ancienne Armée rhodésienne, qui avaient accepté la règle de la majorité noire, furent retenus pour contribuer à la formation de la nouvelle Armée.
La politique de redistribution des terres
La question de la réforme agraire fut un des points les plus litigieux durant les négociations de Lancaster House. Il faut noter qu’au moment de l’indépendance, quelque 6000 fermiers blancs contrôlaient 15,5 millions d’hectares –soit 40% de toutes les terres- et sur la partie la plus fertile du pays. Par contre, environ 4,5 millions de fermiers noirs n’avaient que 16,4 millions d’hectares situés sur la partie aride du pays. Mais au moment des Accords de Lancaster House, la Grande Bretagne accepta de financer la redistribution des terres mais seulement sur une base volontaire, selon le principe « achat volontaire, vente volontaire ». Et cette politique devait durer entre 1980 et 1990.
Dès son arrivée au pouvoir en 1980, la réforme agraire était parmi les priorités du régime zimbabwéen. Mais la politique d’achat et de vente volontaire incita les fermiers blancs à la spéculation, provoquant ainsi une hausse exagérée des prix des terres. Ce qui limita la portée du programme du régime. Entre 1980 et 1992, la Grande Bretagne dépensa 44 millions de livres sterling dans le cadre des engagements qu’elle avait pris. Mais à cause des prix élevés demandés par les fermiers blancs, les terres redistribuées étaient très limitées et la plupart étaient dans des régions arides.
En 1997, quand les travaillistes vinrent au pouvoir avec Tony Blair, Claire Short, la Secrétaire chargée du Développement international, écrivit au régime zimbabwéen pour dire que la Grande Bretagne n’avait plus aucune intention de tenir ses engagements quant à la réforme agraire. Dès lors, la pression s’intensifia sur le régime pour autoriser la confiscation des terres sans indemnisations. Donc, c’est la violation par la Grande Bretagne de ses engagements résultant des Accords de Lancaster House qui a amené le régime zimbabwéen à décréter la confiscation des terres et leur redistribution. Cette politique, loin d’être « démagogique » ou un expédient électoral, était au contraire très populaire et approuvée par l’écrasante majorité du peuple zimbabwéen.
Ceux qui critiquent Mugabe à l’intérieur du pays ne remettent pas en cause cette politique, même s’ils pensent que d’autres méthodes auraient pu être utilisées. D’ailleurs, dans l’Accord signé au mois de septembre 2008 entre Mugabe et Morgan Tsvangirai, le leader du MDC, il est stipulé que la politique de redistribution des terres était irréversible. En outre, l’Accord souligne que la Grande Bretagne est responsable de toutes les indemnisations dues aux fermiers blancs qui ont perdu leurs terres. C’est sans doute une des raisons qui ont poussé les parrains du MDC, notamment la Grande Bretagne et les Etats-Unis, à faire pression sur Tsvangirai pour qu’il refuse la mise en œuvre de cet Accord.
Certains critiques de Mugabe semblent condamner la politique de redistribution des terres et même regretter le départ des fermiers blancs, présentés comme les piliers d’un secteur agricole qui s’est effondré, de sorte que le Zimbabwe ne fut plus le grenier de l’Afrique australe qu’il était. Avec pour conséquences, la chute brutale de la production agricole, la baissedes recettes d’exportation, la famine, l’exode rural, exode massif de la population vers l’étranger. (1)
Ainsi donc, le régime Mugabe est-il rendu seul responsable de tout cela ! On oublie les effets des sécheresses récurrentes qui ont frappé le pays. On oublie surtout le sabotage organisé par ces mêmes fermiers et leurs soutiens, non seulement en Occident, mais aussi dans les pays limitrophes du Zimbabwe ! Car les tenants de l’ancien système d’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie, et qui continuent à détenir l’essentiel des rouages économiques et financiers dans ces pays, n’avaient aucun intérêt à voir la politique du gouvernement zimbabwéen réussir.
Au contraire ! Il ne faut pas oublier que le système bancaire et financier dans la sous-région est largement dominé par les groupes financiers occidentaux et qui sont donc des ennemis de Mugabe. Par conséquent, même si les gouvernements des pays voisins soutiennent Mugabe, il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont pas beaucoup d’influence sur les décisions des entreprises et banques privées. Et ces dernières ont contribué à organiser une fuite massive de capitaux hors du Zimbabwe sans que les autorités des pays voisins puissent faire quelque chose contre cela!
Mais de nos jours, tous ceux qui mettent l’impérialisme en cause dans les problèmes internes du continent africain sont accusés d’utiliser cela comme « alibi » afin de passer sous silence, voire de couvrir les méfaits ou crimes des « dictateurs africains » et autres « régimes corrompus ». Ces critiques sont abusés par les idéologues et médias occidentaux qui font croire qu’après plusieurs décennies « d’indépendance » les pays occidentaux, en particulier les anciennes puissances coloniales, n’ont plus rien à voir dans les problèmes « internes » des pays africains.
Une ingérence constante
Ce que ces critiques semblent oublier c’est que l’impérialisme est un système mondial ayant un « centre » et une « périphérie », pour utiliser l’analyse de Samir Amin. Donc, quand on critique ce système, ce n’est pas occulter les responsabilités des dirigeants africains. Ainsi, quand on dénonce la Françafrique, on ne fait pas seulement référence à la politique de l’impérialisme français, mais également aux régimes qui lui sont inféodés ou aux forces manipulées par la France et qui lui servent d’instrument de déstabilisation et de subversion contre des régimes « récalcitrants ».
C’est par l’intermédiaire de ces relais que se fait le sale boulot et qu’on présentera ensuite comme un « problème interne». Quand Thomas Sankara est tombé sous les balles des assassins au service de la Françafrique, c’était « un problème interne ». Quand Kwame Nkrumah a été renversé par l’impérialisme britannique, c’était un « problème interne ». Quand Lumumba et ses compagnons furent sauvagement assassinés sur ordre de la CIA et des services belges, c’était « un problème interne ». Quand l’impérialisme US fit assassiner Salvador Allende au Chili en 1973, c’était un « problème interne ». Quand, en 2002, ce même impérialisme fomenta un coup d’Etat contre Hugo Chavez, c’était « un problème interne ». Ou encore quand, il y a quelques semaines, il essaya de diviser la Bolivie par l’intermédiaire de gouverneurs de région à la solde de la CIA, c’était encore un « problème interne » !
Bref, quand l’impérialisme utilise ses relais en Afrique et ailleurs dans les pays du Sud pour déstabiliser, tuer, massacrer, cela est présenté comme « un problème interne ». Par contre, si ce sont ses obligés qui se trouvent en mauvaise posture, alors ce n’est plus un « problème interne », mais une « agression extérieure ». Ainsi quand Idriss Deby du Tchad fut sur le point de tomber en janvier 2008, la France de Sarkozy vola à son secours sous prétexte qu’il était confronté à une « agression extérieure» de la part du Soudan !
Les mutations de l’impérialisme
En réalité, la main visible ou invisible de l’impérialisme se trouve toujours derrière les troubles « internes » des pays du Sud. En fait, l’impérialisme n’a jamais été une réalité aussi incontestable qu’à notre époque où il prend un caractère de plus en plus terroriste sous les traits des Etats-Unis et de l’OTAN. Ce que certains ignorent, sans doute, c’est que l’impérialisme a subi de profondes mutations. Il est certes toujours représenté par les Etats et leurs machines de guerre ainsi que par les grands groupes industriels et financiers, plus connus de nos jours sous le nom de multinationales. Mais l’ancienne politique de la canonnière n’est utilisée qu’en dernier ressort, car elle a un coût de plus en plus exorbitant sur le plan militaire, économique et politique. George Bush en sait quelque chose avec les désastres d’Irak et d’Afghanistan.
On préfère alors recourir à d’autres formes d’intervention, plus subtiles et moins onéreuses C’est pourquoi, de nos jours, l’impérialisme se présente également sous les traits d’organisations internationales, comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et de bien d’autres encore. L’impérialisme se présente aussi sous les traits d’organisations dites « humanitaires », de « défense des Droits de l’homme », de « promotion de la démocratie », de « fondations » de « Think Tanks », bref de toute une myriade d’ONG et autres organisations de la société civile dont certaines ont des budgets qui dépassent ceux de nombre de pays du Sud. Enfin et surtout, l’impérialisme du 21ème siècle est symbolisé par la formidable machine médiatique dont les principaux groupes sont contrôlés par les sociétés transnationales. Une machine médiatique qui répand les mensonges, distille la haine, procède à un extraordinaire lavage de cerveau et à la manipulation de l’opinion publique, le tout avec une efficacité redoutable. Imaginez qu’aujourd’hui, tout musulman est « un terroriste » potentiel !
La guerre implacable contre le Zimbabwe
Donc, l’impérialisme du 21ème siècle se présente comme un monstre à plusieurs têtes. Et son ingérence visible ou invisible, en Afrique ou ailleurs, est une réalité et le restera aussi longtemps que ce monstrueux système continuera d’exister. Et le Zimbabwe constitue un exemple flagrant de cette ingérence impérialiste que d’aucuns qualifient de terroriste de la part des Etats-Unis et de l’Europe. Certes, on ne peut pas imputer tout ce qui se passe au Zimbabwe à cette ingérence. Mugabe et la ZANU-PF ont une grande part de responsabilité dans cette situation.
Mais c’est un fait que, depuis 2000, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et leurs alliés ont décidé de déclencher une guerre économique, financière et médiatique sans équivalent en Afrique contre Mugabe et son régime. En 2001, le Congrès des Etats-Unis adopta un projet de Loi enjoignant les représentants US dans toutes les institutions internationales de s’opposer à toute forme d’aide ou de coopération avec le Zimbabwe. Et les principaux sponsors de cette Loi étaient Jesse Helms, sénateur républicain d’extrême droite et fervent soutien du terroriste Ian Smith, et… Hillary Clinton !
Dans le cadre de cette Loi, l’Administration Bush mit en place en 2002 un programme dénommé « gouvernance et démocratie » doté de 6 millions de dollars destiné à aider l’opposition à Mugabe (MDC, syndicats, groupes religieux, ONG, médias « indépendants » etc.). Au plus fort de la campagne de redistribution des terres, les Etats-Unis s’opposèrent à l’aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et en 2004 ils s’opposèrent à l’appui du Fonds mondial contre le sida au Zimbabwe!
Non contents de déclarer leur propre guerre, les Etats-Unis et la Grande Bretagne poussèrent l’Union européenne à prendre des sanctions contre le Zimbabwe à partir de 2002 et cela en violation de l’Article 98 de l’Accord de Cotonou signé en 2000 entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).3 Comme quoi, l’impérialisme ne respecte ses propres règles et lois que quand celles-ci vont dans le sens de ses intérêts. Tous les fonds destinés à l’éducation et à la santé furent suspendus par les pays occidentaux, pourtant grands donneurs de leçons sur « les droits de l’homme » et qui prétendent combattre Mugabe pour « sauver » le peuple zimbabwéen !
Sous la pression des mêmes pays, le FMI et la Banque mondiale mirent fin à toute forme de coopération avec le Zimbabwe. Et si on ajoute à tout cela le lynchage médiatique quotidien le plus ignoble – un véritable terrorisme médiatique -, on peut considérer que le Zimbabwe connaît une situation similaire à celle qui prévalait en Irak avant l’invasion impérialiste de 2003. Les appels à la démission de Mugabe et à l’intervention militaire lancés ces temps derniers par les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France montrent qu’ils n’ont pas tout à fait renoncé à rééditer le scénario irakien. Ils avaient d’ailleurs essayé d’obtenir l’aval des Nations-Unies en juillet dernier en présentant une résolution qui ouvrirait la voie à l’utilisation de la force, en prétendant que la situation au Zimbabwe représentait « une menace pour la sécurité internationale » ! Sans doute une « menace » pour les intérêts et « la sécurité » de ceux qui veulent recoloniser le Zimbabwe.
La résolution fut rejetée par un double veto chinois et russe et également par le Vietnam, l’Afrique du Sud et la Libye. Par contre, le Burkina Faso de Blaise Compaoré, l’assassin de Sankara, avait voté pour cette résolution, sans doute dans le but de donner davantage de gages de sa fidélité à la Françafrique.
Défendre Mugabe
Ainsi donc, il est certainement plus facile aujourd’hui de crier avec les chiens et les loups impérialistes pour vilipender Robert Mugabe, le traîner dans la boue que de le défendre. Les pays occidentaux ont non seulement entrepris une campagne haineuse et méprisable contre le dirigeant zimbabwéen et son régime, mais également fait pression sur les dirigeants africains pour « l’isoler ». Cette campagne politico-médiatique est relayée par quelques dirigeants africains, dont Wade qui a rejoint récemment la meute de chiens demandant « la démission » de Mugabe.4 Mais elle a également fini par ébranler certains esprits « progressistes » voire « révolutionnaires » sur le continent.
Comme tout le monde le sait, la seule et unique source de cette furie impérialiste est la confiscation des terres des fermiers blancs. Et pourtant, comme on l’a vu, cette confiscation n’a commencé que quand la Grande Bretagne a officiellement renié sa parole. En outre, cette confiscation est plus que légitime puisqu’elle vise à restituer aux Africains ce qui leur avait été volé par la force durant la colonisation britannique. Mais pour les Britanniques et les pays occidentaux, Mugabe s’est attaqué au fondement même de leur domination: le pouvoir économique. En effet, aussi longtemps que quelques milliers de fermiers contrôlaient l’essentiel des terres les plus fertiles du pays, le pouvoir économique et financier resterait entre leurs mains. Les cas de l’Afrique du Sud et de la Namibie en sont une bonne illustration.
Donc, il ne fallait pas que Mugabe réussisse, car s’il réussissait ce serait le tour de l’Afrique du Sud, de la Namibie et même au-delà. La réussite de la politique de redistribution des terres serait un coup terrible porté à tout le système de domination directe ou indirecte en Afrique. La libération économique est une guerre encore plus difficile et plus terrible que la guerre de libération sur le plan politique. Beaucoup d’Africains ont compris que ce qui se passe au Zimbabwe est une illustration de ce qui attend tout pays africain qui décide de s’engager dans la voie de l’émancipation économique.
C’est pourquoi nous avons choisi de soutenir Mugabe dans la crise qui secoue son pays. Nous le faisons, parce qu’il est le symbole de l’insoumission et de la résistance à l’impérialisme occidental, comme le souligne si bien Aminata Traoré dans son texte (http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/53094). Un symbole qui a ses forces et ses faiblesses. C’est l’un des très rares dirigeants africains qui peut aujourd’hui se targuer de prendre des décisions sans qu’elles soient dictées par l’Union européenne, les Etats-Unis ou encore le FMI et la Banque mondiale. Voilà pourquoi il représente un symbole dangereux aux yeux du système de domination impérialiste. Tout comme Hugo Chavez ou Evo Morales en Amérique latine. Les mêmes épithètes infamantes collées à Mugabe par les médias occidentaux sont également appliquées à ces dirigeants sud-américains.
Mais notre soutien à la résistance que mènent Mugabe et la ZANU-PF n’est nullement synonyme de soutien à toutes leurs politiques, dont certaines sont franchement condamnables et même inacceptables. C’est un fait que des fautes et des abus ont été commis dans la politique de confiscation des terres et dans les relations avec l’opposition. Mais face au système impérialiste, la solidarité et le soutien des forces conscientes des enjeux de la crise au Zimbabwe sont nécessaires et justifiés.
Le Président Mao Ze Dong nous a appris depuis longtemps déjà que toutes les contradictions n’ont pas la même importance et qu’il est nécessaire de les hiérarchiser pour en trouver le fil conducteur. Voilà pourquoi nous ne pouvons confondre l’impérialisme et ses agents, d’une part, et les régimes africains agressés et en butte au terrorisme et au banditisme des pays occidentaux, comme celui de Mugabe, d’autre part, même s’ils sont « capitalistes ou libéraux ».
Oui, comme le dit Aminata, Nous sommes tous des Zimbabwéens ! Nous soutenons le symbole de l’insoumission face à la meute de chiens impérialistes et leurs auxiliaires africains !Note
1 - L’auteur répond à une contribution parue dans la presse sénégalaise.Voir aussi : Mamdani, Mugabe et la communauté scientifique africaine face au cauchemar du Zimbabwe (
* Demba Moussa Dembélé est Directeur du Forum africain des alternatives
??* * Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur
Tagged under Gouvernance ZimbabweIl est à la fois si lointain et si proche, ce jour de l’année 1987, qui vît s’asseoir ensemble, ici à Dakar, une poignée significative d’afrikaners progressistes et quelques membres de l’ANC qui, usés par les nombreuses années d’exil entre Dar Es Salam et Alger, avaient enfin consenti à envisager une issue non violente au conflit qui en Afrique du Sud opposait les populations noires au régime de l’Apartheid.
Depuis, malgré l’usure du temps, l’ampleur du malheur et les signes de la fatale damnation, quelques continuateurs de ce rêve de démocratie et de développement pour l’Afrique, sur l’île historique de Gorée, comme sur un nuage, rêvent toujours de sociétés africaines paisibles, équitables et autosuffisantes.
Depuis, la Nation Arc-en ciel, a tenté de gommer les scories d’un système dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était abject.Ailleurs en Afrique, le Sénégal a vu M. Abdoulaye Wade succéder au Président Diouf qui avait accueilli cette fameuse rencontre de 1987. Au Bénin, au Mali, au Niger et ailleurs encore, l’alternance au pouvoir à pu se réaliser.
Bien avant, à l’aube des années 90, le vent de démocratisation issu de la conférence de la Baule avait soufflé sur l’Afrique francophone, arrachant partout, de Niamey à Bangui, les régimes postcoloniaux des trônes dans lesquelles ils s’étaient incrustés, semant ainsi parmi les peuples affamés par des décennies de règne de parti unique, un espoir de salut dont ils n’avaient jamais rêver au paravent.
Pendant ce temps, l’Ouganda et la corne de l’Afrique voyaient Mohamed Siad Barre, Mengistu et Idi Amin Daddah partir vers des destinations plus clémentes, alors qu’en Afrique australe, les régimes issus des luttes de libération nationale s’attachaient encore à entretenir la flamme de l’espoir né des longues années de sacrifice suprême. Nous rêvions tous !
Puis, comme dans ces contes eschatologiques dont seuls les peuples insatisfaits de leur présent et incapables de façonner leur futur ont le secret, advint… le pêché, puis l’interminable punition.
Partout sur le continent, les conséquences désastreuses des Plans d’ajustement structurel combinées aux dommages de la mal gouvernance de régimes impudiques, corrompus et insouciants, firent le lit des marchants d’armes et autres chercheurs de matières premières et de pierres précieuses, et contraignirent les peuples à la révolte, les gouvernants à la répression, et les factions armées à la radicalisation.
Depuis bientôt deux décennies, rien que des guerres sanglantes : au Libéria, au Rwanda, en Somalie, au Tchad, au Congo, au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Soudan, etc.
Encore aujourd’hui, partout en Afrique, rien que rêves d’exil et des futurs incertains : en Côte d’Ivoire, au Tchad, sur la bande sahélo saharienne, dans le delta du Niger, au Zimbabwe et …en Afrique du Sud.
Aujourd’hui que le résultat le plus visible du dialogue inter congolais reste la persistance des attaques du chef de guerre Laurent Nkunda, l’Afrique du Sud qui, pendant des mois, à offert Sun City aux belligérants mafieux du Congo, cette Afrique du Sud qui a fait rêver plus d’un Africain, semble bien terne et chancelante, vivant un moment de doute et d’errance.
Et nous rêvons toujours !
Sommes-nous alors de ces rêveurs dont T. E. Lawrence disait qu’ils sont des gens dangereux, car voulant toujours agir sur leur rêve avec les yeux ouverts, pour le rendre possible? Serait-ce trop prétentieux ?
* Waly Ndiaye est Directeur des Programmes de Gorée Institute
?* * Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceDe la centaine de coups d’Etats militaires que l’Afrique a connus depuis 1960, deux sont jusqu’ici apparus comme des… coups de pouce à la démocratie. Le premier avait amené Amadou Toumani Touré au pouvoir, au Mali, en 1991. Le second a eu pour théâtre la Mauritanie, en 2005, avec une junte conduite par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall. A Bamako comme à Nouakchott, l’ordre militaire fut une transition salutaire. Ce que les armes avaient confisqué, les urnes avaient été commises pour le remettre en les mains que le peuple avait désignées en toute souveraineté. Aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest fait de nouveau face à deux autres régimes militaires... aux perspectives démocratiques incertaines. Surtout en Guinée, ainsi qu’on peut le noter dans les nombreux commentaires de la presse.
Depuis le 6 août 2008, la Mauritanie a rebasculé sous l’ordre kaki. Le 23 décembre 2008, un capitaine de l’armée guinéenne a profité des cafouillages et incertitudes créés par la mort du président Lansana Conté, pour signer un coup de force. Les condamnations internationales et les sanctions ont fusé contre les putschistes de Nouakchott, comme elles planent sur ceux de Conakry. Sauf que le contexte du putsch en Guinée suscite des points de vue divergents, là où les condamnations sont souvent unanimes. Les commentaires et propos rapportés dans la presse africaine en attestent.
Dans une contribution reprise dans différents sites et journaux, le poète sénégalais Amadou Lamine Sall, Lauréat des Grands Prix de l’Académie française, défend qu’il ne saurait y avoir de «bon coup d’Etat», même nourris par les espoirs de transition démocratique pour mettre fin à des dictatures qui s’éternisent. Pour lui, «promettre des élections libres et démocratiques ne fait plus recette. Cela fait rire. Il faut continuer à être exigeant, sans concessions. Que peut-on négocier avec des putschistes sinon leur indiquer la porte de sortie ? C'est fini les sempiternelles libations du genre « si on les prive d'aide financière, c'est le peuple qui en pâtira le plus ».
«Combien d'années donc le pauvre peuple en pâtit avec l'aide financière en place ? Ce n'est plus là le débat. Le débat est qu'il est enfin temps, au 21ème siècle, que l'ONU s'outille, matériellement et juridiquement, pour que « l'ingérence internationale » soit un droit au service des peuples opprimés. C'est cela aussi les droits de l'homme, les droits à la vie tout court, à l'exercice d'un peuple à sauvegarder sa dignité, à conférer librement par les urnes le droit démocratique d'être bien gouverné pour manger, s'éduquer, travailler, jouir d'une justice indépendante et égalitaire.»
«(…) Nous ne pouvons plus être du côté des coups d'Etat militaires ou des coups d'Etat constitutionnels. Ceux qui tentent de les justifier ont tort. L'histoire les rattrape toujours quelque part, un jour, dans leur conscience.»
Il n’empêche que la confiscation illégale du pouvoir, sous le couvert d’un devoir de «redressement national» après un quart de siècle de pouvoir despotique, corrompu et destructeur, sous Lansana Conté, est considérée, ici ou là, comme la bienvenue.
Le quotidien ivoirien « Fraternité matin » rapporte ainsi le propos approbateurs du musicien Tiken Jah Fakoly. D’habitude critique dans ses chansons et ses prises de position contre les pouvoirs antidémocratiques, ce dernier déclare : «C'est un coup d'Etat salutaire, parce que les héritiers de Lansana Conté allaient faire du Conté sans Conté et le pays n'allait pas avancer. La Mauritanie et la Guinée, ce n'est pas la même chose. En Mauritanie, c'est un président qui a été élu démocratiquement qui a été renversé. En Guinée, il y avait un vide, et il ne fallait pas laisser les corrompus prendre le pouvoir. J'avoue que le discours de la junte me plaît. Ces jeunes parlent de rendre le pouvoir, de lutte contre la corruption. C'est un très bon début», a-t-il déclaré.
http://fr.allafrica.com/stories/200901020343.htmlSi le coup d’Etat conduit par Moussa Dadis Camara est accueilli avec bienveillance dans certains milieux, c’est parce qu’il est perçu comme un moindre mal devant des lendemains incertains. Certains parlent même, avec le putsch du 23 décembre 2008, d’un scénario qui se dessinait devant la fragilité de l’ordre institutionnel laissé par Lansana Conté. Le quotidien burkinabé «L’Observateur Paalga» peut alors écrire :
«En fait, excepté l’extrême rapidité de l’exécution, cette intrusion de la grande muette sur un échiquier politique qu’elle n’a jamais quitté depuis un quart de siècle est une demi-surprise. Théoriquement, tout était, on le sait, réglé : en cas de vacance du pouvoir, le président de l’Assemblée nationale assurerait l’intérim et organiserait une présidentielle dans un délai n’excédant pas 60 jours. Ça, c’était sur le papier. Mais dans nos démocraties bananières, où les premiers magistrats sont souvent les premiers à violer la constitution, peut-on s’étonner de ce qu’elle ne soit pas sacrée et que les autres aussi puissent la fouler aux pieds impunément ? »
« Il suffisait d’ailleurs de voir les trois personnalités principales de l’interrègne annoncer ensemble le décès, comme si elles se marquaient à la culotte, pour se rendre compte que la solution constitutionnelle, quoique la plus souhaitable, n’était pas la plus évidente : côte à côte en effet, Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale, et, à ce titre, dauphin constitutionnel ; Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre, qui tient l’Exécutif ; et le troisième larron, le général Diarra Camara, chef d’état-major général des armées ; chacun, croyant in petto son heure venue, tenait à marquer sa présence et son territoire, de sorte que c’était peut-être à qui ferait le premier le croche-pied aux autres. »
« Autant dire que le jeune capitaine, qui était jusque-là le chef de la section carburant à l’Intendance militaire, vient de les mettre tous d’accord».
Il n’empêche que dans un commentaire paru dans un autre quotidien sénégalais, «Wal Fadjri», on parle de signes annonciateurs d’une « chasse aux sorcières ».
L’auteur note : « Avec les menaces qui planent sur la tête de ceux qui étaient, hier, au pouvoir et traités par le capitaine Dadis Camara de « corrompus », nul doute que les signes d'un régime de terreur sont là. A cela s'ajoute la révolution faite au niveau du commandement territorial où tous les leviers sont, aujourd'hui, détenus par des gradés de l'armée. Une manière pour le Cndd de permettre à tous de prendre part au partage du gâteau mais, aussi, de sécuriser son pouvoir. Autrement dit, excepté le poste de Premier ministre attribué à un civil technocrate, comme pour leurrer la communauté internationale, tout le pouvoir est, actuellement, du ressort de l'armée.»
La conclusion peut revenir à ce commentaire prémonitoire de l’International Crisis Group. Gareth Evans et Mike McGovern écrivaient, le 22 mars 2006, alors que la grave maladie de Lansana Conté laissait entrevoir des lendemains politiques difficiles :
« Les Guinéens méritent une succession légale et démocratique. Certains Guinéens, aussi bien des militaires que des figures politiques qui doutent de leurs chances dans une compétition réellement démocratique, aimeraient se voir offrir le pouvoir sur un plateau. Aucun de ces groupes ne parle au nom de la masse des Guinéens. Ceux-ci ont montré dans les dernières semaines (Ndlr : avec les grèves générales et les émeutes contre la vie chère) leur volonté de prendre des risques pour pouvoir contrôler leur propre destinée.»
[email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.orgTagged under GouvernanceLes évènements actuellement en cours en Guinée-Conakry interpellent notre conscience africaine et exige de nos organisations communautaires plus de lucidité et de capacité de discernement. Il est trop facile d’applaudir par pur sentimentalisme africain le capitaine Moussa Dadis Camara et ses hommes ou de les condamner « par principe » en suivant aveuglément la nébuleuse « communauté internationale» à l’agenda et aux intérêts diffus. Il est plus difficile de regarder froidement la réalité en face, de l’analyser et d’en tirer les leçons.
S’il urge de sauver enfin la Guinée après la mort du président Lansana Conté, il est tout aussi impératif que dès à présent les évènements de Conakry, au delà de la Guinée, servent à repenser l’Afrique, ses institutions et son leadership. Pour ce faire, permettons-nous une petite digression dans l’histoire récente de la Guinée, vue à travers le prisme des institutions africaines et notamment de l’Union africaine (U.A) anciennement Organisation de l’Unité Africaine (OUA).
Il y a un peu plus de 24 ans, en mars 1984 précisément, disparaissait Ahmed Sékou Touré, héros et père de l’indépendance du pays dont le parcours et les dernières années de règne sans partage rappellent tragiquement ceux du président Zimbabwéen Robert Mugabe (tous deux acculés par l’Occident et victimes de leur nationalisme radical ainsi que de leurs positions résolument anticolonialistes). Le président Sékou Touré parti, il fut offert au peuple guinéen une occasion historique de se définir une nouvelle trajectoire et de se donner une nouvelle destinée. Son élite exilée, son peuple encore timoré et sous le choc, la Guinée et les Guinéens de l’époque furent incapables de saisir cette opportunité.
Des militaires avec à leur tête le colonel Lansana Conté sautent quant à eux sur l’occasion et s’emparent du pouvoir en avril de la même année. Le président Conté y restera jusqu’à son dernier souffle et finira un peu comme son prédécesseur, dont il avait promis de rectifier les erreurs par le truchement du Comité Militaire de Redressement National qu’il avait mis en place dès sa prise du pouvoir.
A l’époque il n’était pas encore de coutume de « condamner » de manière quasi unanime et aussi systématique les coups d’Etat en Afrique. On les condamnait suivant les clivages idéologiques entre l’Est et l’Ouest, suivant les allégeances des putschistes et suivant les alliances régionales et sous-régionales du moment. On était loin du tumulte des « conférences nationales » de la décennie 90 qui finirent par amplifier et cristalliser l’aspiration des peuples à une gouvernance démocratique et à plus de justice sociale.
A l’OUA, qui n’était pas encore devenue l’UA, la seule politique applicable lorsque survenait un coup d’Etat était alors celle de la « non-ingérence » dans les affaires intérieures des Etats-membres. L’article 3 de la charte de la défunte OUA entérinait les principes suivants comme fondement de son existence: « Egalité souveraine de tous les Etats membres; Non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats; Respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque Etat et de son droit inaliénable à une existence indépendante ».
Dans de telles conditions, ni l’OUA ni aucun Etat africain ne pouvait s’en prendre aux militaires guinéens de l’époque. Lansana Conté pouvait régner, participer à l’aise aux sommets de l’organisation panafricaine sans critique ouverte de la part de ses « pairs » africains et sans grand risque. Aujourd’hui, 24 ans après, alors que pour la Guinée l’histoire semble se répéter et que le pays se trouve une nouvelle fois à la croisée des chemins, le contexte africain a, lui, sensiblement évolué.
Au principe sacro-saint de « non-ingérence », édicté plus haut, l’Afrique a accouplé celui du droit ou du devoir d’ingérence, principe sur lequel s’appuie l’Union Africaine pour «condamner» la prise du pouvoir par les militaires guinéens et exiger un « retour à l’ordre constitutionnel ».Avec la naissance de l’Ua, et contrairement à ce que l’on croit généralement, la règle de la « non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres» reste toujours un des « principes » fondateurs de la nouvelle Union. La clause est clairement posée dans les mêmes termes dans l’article 4 de l’acte constitutif de l’U.A qui a été définitivement adopté le 11 juillet 2000 à Lomé. La nouveauté cependant, c’est l’introduction dans le même article 4, qui porte sur « les principes » qui fondent l’Union, du concept « d’interdépendance » entre les Etats membres et de nouveaux paradigmes tels que « le droit de l’Union d’intervenir dans un Etat membre » ou encore « le droit des Etats membres de solliciter l’intervention de l’Union pour restaurer la paix et la stabilité » et enfin « la condamnation et le rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement». Bref, le droit d’ingérence !
Ces principes, déjà édictés à Alger l’année précédente (juillet 1999), allaient désormais guider la nouvelle politique de l’Union Africaine face à ce que d’aucuns appellent « la malédiction des coups d’Etat militaires ».
Mais n’est pas malédiction tout coup d’Etat militaire et n’est pas bénédiction tout « ordre constitutionnel » ! Ceci a été prouvé de manière fort éloquente par le putsch perpétré en Mauritanie par le colonel Mohamed Ely Ould Vall en août 2005. Ce putsch a mis fin au régime autocratique de Maaouiya Sid’Ahmed Ould Taya, et permis ensuite d’aller vers une transition jugée « exemplaire » et enfin de porter au pouvoir, pour la première fois de l’histoire de la Mauritanie indépendante, un président démocratiquement élu (malheureusement destitué depuis août 2008 par un autre putsch).
A côté de la Mauritanie et plus d’une décennie plus tôt, un autre officier, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré, a permis au Mali voisin de mettre fin à une violente crise politico-sociale, de destituer un régime autocratique en mars 1991, pour mener le pays vers une transition « démocratique » encore citée de nos jours en exemple en Afrique et ailleurs dans le monde. Amadou Toumani Touré comme Mohamed Ely Ould Vall quitteront le pouvoir une fois les transitions qu’ils ont promises achevées.
Nous admettons que le contraire est tout aussi vrai avec les cas du président Blaise Compaoré du Burkina Faso (au pouvoir depuis 21 ans), de Yahya Jammeh (depuis 14 ans en Gambie) et du défunt général ivoirien Robert Gueï, pour nous limiter à quelques cas parmi les plus emblématiques en Afrique de l’Ouest où en cette année 2008, les coups d’Etat militaires semblent revenir à la mode.
La leçon à en tirer ? Il faut juger les hommes par leurs actes et les actes dans leur contexte avant de saluer ou de condamner « par principe » ou de vouer aux gémonies des « putschistes ». Plus que le putsch, c’est sa portée patriotique ou non, sa dimension salvatrice ou pas qu’il faut juger.
Mieux encore, la question de la gouvernance démocratique, que ce soit en Guinée ou ailleurs, ne se limite pas seulement à la question du « contrôle » du pouvoir. Mai c’est là un autre débat.
Pour en revenir à la Guinée et à l’Union Africaine, la condamnation « par principe », avancée par le président de la Commission de l’U.A, M. Jean Ping, aurait eu plus de valeur et de crédibilité aux yeux des Guinéens et des autres Africains si l’Union africaine avait agi en amont. C’est-à-dire lorsque le président Conté décidait, en novembre 2001, de modifier la Constitution approuvée par le peuple dans le seul but de pouvoir se représenter à la présidentielle de 2003 et de perpétuer son règne.
L’Union africaine aurait eu plus de crédibilité si elle avait averti (ou parlé avec) le président Conté et condamné cet amendement constitutionnel dans les mêmes termes et avec la même intransigeance qu’elle le fait aujourd’hui avec le capitaine Moussa Dadis Camara et ses hommes. La condamnation de l’UA, aurait eu plus de valeur et de poids si, pendant ces trois à cinq dernières années, elle s’était mise au côté du peuple guinéen qui, ne l’oublions pas, s’est, à plusieurs reprises, violemment soulevé contre le président Lansana Conté et les caciques de son régime.
L’insurrection la plus mémorable de la série reste celle de janvier-février 2007, pendant laquelle le peuple guinéen tout entier, malgré la répression, a tenu tête à son « président » et ouvertement exigé puis obtenu la nomination d’hommes « neufs » aux commandes du pays. Qu’a fait l’Union Africaine lorsque le président guinéen, une fois la tempête passée, a remis en cause les accords signés et ramené les barons de son régime aux affaires ? Rien. Absolument rien.
La même question peut aussi être adressée à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a certes eu le mérite d’avoir facilité la sortie de crise et la signature des accords entre Conté et les meneurs de la fronde contre son régime, mais qui a failli lorsque ces mêmes accords ont été bafoués par le président Conté. Que font l’Union africaine et la CEDEAO en apprenant qu’au Niger, il y a des velléités de changer la Constitution pour permettre une prolongation de la présence de Mamadou Tandja au pouvoir, lorsqu’ils apprennent que le président sénégalais Abdoulaye Wade change à sa guise la Constitution sénégalaise, etc. ?
Ces quelques exemples juste pour dire que les institutions africaines, pour être plus crédibles, se doivent de se mettre au service de l’Afrique et des peuples Africains avant même que n’éclatent les crises ; et après de hurler avec les loups de la « communauté internationale », en usant de slogans sans aucune emprise avec la réalité.
Et c’est en cela que les évènements de Conakry, en plus d’aider à sauver la Guinée Conakry, devraient servir de leçon et de déclic pour repenser l’Afrique, ses crises, ses institutions, son leadership… Pour y arriver, il faudra un effort colossal qui permette de sortir des sentiers battus, avoir le courage de douter et de questionner le « politiquement correct » de la communauté internationale, qui ne nous apportera jamais la réponse à nos interrogations essentielles et existentielles, si tant est qu’elle s’y intéresse.
Les réponses idoines, à notre humble avis, ne viendront d’abord que de l’Afrique et des Africains eux-mêmes. A ce titre, l’une des premières obligations que doivent désormais s’imposer les organisations africaines, qu’elles soient continentales ou régionales, c’est de s’armer des outils d’analyse adéquats leur permettant de décrypter les signes précurseurs des grandes crises, de déchiffrer les cris de détresse que poussent les peuples à des moments critiques de leur histoire et enfin de se doter des moyens de faire appliquer le « droit » d’ingérence que l‘UA s’est auto attribuée.
Rappelons-nous encore le cri pathétique d’Alpha Omar Konaré, qui a dirigé la Commission de l’UA de 2003 à 2008 et qui, lors du sommet de Banjul de l’organisation, tenu les 1er et 2 juillet 2006 disait : «Nos structures, beaucoup de comportements, certaines de nos décisions mériteraient (…) des adaptations. On ne saurait aller vers une organisation d’intégration, s’il n’est pas accepté le principe de domaines de souveraineté, de domaines à partager ». Parmi ces domaines, la paix, la sécurité, la gouvernance démocratique et la stabilité de chaque Etat membre comme incombant à la responsabilité collective, ne devraient-ils pas figurer en bonne place ?
Les Guinéens, par leurs manifestations successives ces dernières années, ont plus qu’envoyé des signaux. Ils ont agi et avaient besoin d’être accompagnés dans leur action par l’U.A, qui aurait pu le faire au nom du principe de la défense de « la paix et de la sécurité » et de celui de « l’interdépendance » entres les Etats membres contenus dans l’acte constitutif de l’organisation, au même titre que le rejet des gouvernements « anticonstitutionnels». Une telle politique, fondée sur l’anticipation, la participation, la facilitation du dialogue et l’action là où c’est nécessaire, permettrait d’éviter les impasses qui sont mères de toutes les crises, et aurait plus de mérite que les simples condamnations souvent bien tardives.
Voilà ce qui aurait pu sauver la Guinée bien avant que les militaires ne songent à prendre le pouvoir. Aujourd’hui encore, la Guinée a besoin d’être accompagnée et non d’être isolée. Les militaires de Conakry n’ont encore perpétré aucun acte antipatriotique ou autre qui mériterait qu’ils soient « condamnés ».
L’adhésion populaire massive au mouvement initié par le Comité National pour la Démocratie et le Développement prouve que si l’acte posé par les soldats guinéens est « anticonstitutionnel », il peut néanmoins revendiquer plus de légitimité aux yeux du peuple guinéen que ne l’aurait eu une transition menée par les caciques du régime Conté. En cela, et au delà des frontières guinéennes, ces putschistes ont peut-être beaucoup plus de « légitimité » que la plupart des « chefs d’Etats » soit disant élus, au prix de contorsions constitutionnelles énormes ou de fraudes électorales massives pour légaliser des forfaits, assimilable à tous égards à des « coups d’Etat » civils.
C’est là l’autre leçon à tirer des évènements de Conakry : les coups d’Etats civils (prolongation de mandats qu’aucune crise grave ne justifie, modifications constitutionnelles au gré d’intérêts personnels, émergence de dynasties présidentielles) ne doivent plus prospérer. Les institutions africaines doivent poser au plus haut niveau le débat sur « la longévité » au pouvoir (ses causes et ses effets sur nos sociétés) et y apporter des réponses idoines à prendre en compte dans notre quête et notre pratique démocratiques. On ne le sait que trop bien, cette « éternisation » au pouvoir entraîne (par la nature même du pouvoir) népotisme, corruption et velléités dynastiques, avec tout ce que cela comporte d’injustice et de frustrations qui mènent aux impasses, aux crises violentes et au chaos souvent vécus par les peuples du continent.
Il urge donc pour l’Union africaine, de la même manière qu’elle s’oppose aux changements anticonstitutionnels de gouvernement, de s’opposer à la « longévité » hors norme au pouvoir – pour la petite histoire, entre l’arrivée de Sékou Touré au pouvoir et la mort de Lansana Conté, soit un demi siècle, les Etats-Unis ont connu onze chefs d’Etats (en y incluant le président élu Barack Obama) là ou la Guinée n’en a connu que deux.
Encore une fois, cela implique de sortir du « politiquement correct » et de penser les problèmes africains de manière spécifique, nous allions dire iconoclaste – nous savons tous que le défunt président Eyadéma du Togo est mort au pouvoir par crainte de poursuites judiciaires contre sa personne alors qu’on lui prêtait l’intention de vouloir céder sa place.
Si l’Afrique du Sud post apartheid a réussi sa transition vers la démocratie et vers une société « non raciale », sans que cela ne se traduise par le chaos et la vengeance aveugle, c’est parce que les Sud-Africains ont accepté de sacrifier le « Non à l’impunité » à l’autel de la « réconciliation ». Ils ont préféré la paix et stabilité à la justice (prise dans son sens étriquée de justice prononcée par des tribunaux).
Aujourd’hui, en brandissant - parce que le Nord et l’Occident le veulent - partout et aveuglément le spectre du « Non à l’impunité » contre nos chefs d’Etats, et uniquement nos chefs d’Etat d’Afrique noire (que fait-on de l’Américain George Bush, de l’Israélien Ariel Sharon, ou même du Sud-Africain Frederick De Klerk ?), on empêche plusieurs pays du continent de se donner la chance d’aller plus vite au renouvellement de leur classe politique pour se façonner un autre visage, se tracer de nouveaux destins.
Or, c’est de cela que l’Afrique d’aujourd’hui a besoin. Un renouvellement de sa classe politique et l’émergence d’un leadership nouveau capable de trouver des solutions alternatives audacieuses : les crises et les problèmes sont si nombreux et si complexes qu’ils exigent un esprit de dépassement, des choix certes pas toujours faciles entre justice, impunité, stabilité, réconciliation, paix civile, pardon, etc.
La nature et la complexité de ces questions-là et surtout la difficulté des choix qu’elles entraînent sont telles qu’elles demanderaient peut-être un glissement de la simple analyse politique vers une réflexion à connotation …philosophique, en tout cas une réflexion pointue loin des seuls cadres étroits définis par des besoins politiques ou ceux de la « communauté internationale » !La persistance des crises nous pousse à croire qu’il faut repenser l’Afrique et y réinventer des solutions. La recrudescence des coups d’Etats peut et doit nous servir de déclic.
Nous terminerons par ces propos d’Alpha Omar Konaré, prononcé lors du sommet de Banjul cité plus haut, des propos que nous faisons nôtres : «Ma conviction que l’Agenda pour l’Afrique doit être fait par les Africains eux-mêmes, ma conviction que nous devons d’abord compter sur nous-mêmes et que nous sommes, par Dieu, maître de notre destin, cette conviction est d’airain ».
En vérité ces propos, et c’est là notre conviction et notre souhait à nous, devraient servir de viatique à chaque Africain pour que nous puissions enfin amorcer cette renaissance africaine tant de fois annoncée et tant de fois trahie mais toujours rêvée.
* Hamadou Tidiane Sy est journaliste, fondateur d’Ouestafnews,
?* * Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance"Il n'est pas certain que l'extrême personnalisation du conflit et la diabolisation de l'un des principaux protagonistes - Robert Mugabé en l'occurrence – ait aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et politique en cours au Zimbabwe". ?Achille Mbembe ?Zimbabwe : le cynisme des nations.
Le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabé depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect. J'en souffre. ?
Qui juge qui ? Pour quels crimes ?
"Qui le juge? De quels crimes est-il coupable ?" sont parmi les questions que nous sommes nombreux à nous demander, ce 10 décembre 2008, à l'occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH). ?"A 85 ans, pourquoi s'accroche-il tant au pouvoir ?", entendons nous dire. Est-ce une raison suffisante pour l'humilier ? Est-il le seul de cette génération, à occuper ce poste a un tel âge ? ?"Il est au pouvoir depuis 28 ans." En termes de longévité au pouvoir est-il le doyen en Afrique ? ?"La fraude électorale ?" A-t-on oublié les élections américaines de 2000? ?
Rares sont ceux qui, en dehors du continent, se doutent des enjeux véritables de cette campagne de dénigrement et de déstabilisation d'une rare violence contre cet homme, tant le titre de dictateur sied aux dirigeants du Sud, plus particulièrement ceux du Continent noir. Il suffit de regarder du côté de la Cour Pénale Internationale pour s'en convaincre. Pendant ce temps, les fauteurs de guerre en Irak et en Afghanistan se posent en défenseurs des Droits de l'homme au Zimbabwe et partout ailleurs. ?
Puisqu'ils ne sont pas à une contradiction près, les puissants de ce monde élèvent, par ailleurs, des murs devant ceux dont ils prétendent défendre les droits lorsque ceux-ci tentent d'échapper aux effets destructeurs du capitalisme mondialisé. Le pacte européen sur l'immigration et l'asile dont la France a fait de l'adoption une priorité dans le cadre de sa présidence de l'Union Européenne est l'une des traductions de ce cynisme. ?
?
L’indignation sélectiveL'indignation et la justice à géométrie variable qui jettent le discrédit sur les Droits de l'homme tournent au scandale lorsque George W Bush se joint à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy pour exiger la démission de Robert Mugabé, responsable, selon eux, des 600 personnes victimes du choléra. Toute perte de vie humaine est un drame. Mais alors, que dire des guerres en Irak et en Afghanistan qui ont fait près d'un million et demi de morts ? ?
Robert Mugabe aurait ruiné son pays dont l'économie était florissante et violé les droits des Zimbabwéens. En huit années d'une gestion calamiteuse, George W. Bush, a fait pire en conduisant l'économie la plus puissante de la planète au bord du gouffre avec des conséquences dramatiques et pour son pays et pour le reste du monde : accroissement du chômage, pertes de revenus, tensions sociales et violences en tout genre. ?
Que fait et que compte faire la fameuse communauté internationale, dont George W. Bush et ses alliés se réclament, face au drame de l'Irak, puisqu'il a enfin admis qu'il a commis une "erreur" tout en se défaussant sur des services de renseignements qui lui auraient présenté Saddam Hussein comme une menace pour les USA ? Ce mea-culpa tardif n'incite, visiblement, ni le président américain, ni le Premier ministre britannique a changer de regard et de perspectives quant au Zimbabwe.
Le départ de Robert Mugabé, le Saddam Hussein de Tony Blair, est une obsession. Et, tant mieux, si la faim, le chômage, la maladie et la fuite des Zimbabwéens, provoqués par des années d'isolement et de sanctions économiques, peuvent être instrumentalisés en vue d'atteindre cet objectif. Un tel acharnement participe, bel et bien, à la criminalisation, à la traque et à l'élimination de la "racaille" dans les banlieues du monde globalisé. ?
Ainsi va le monde, soixante ans après la Déclaration universelle des Droits de l'Homme (DUDH). Le "plus jamais ça" est parfaitement valable pour les "civilisés" qui évitent la guerre chez eux et se serrent les coudes dans la mise au pas des "barbares". Pillée et humiliée, l'Afrique se doit de tirer le maximum d'enseignements de cette réalité en apprenant à distinguer les conséquences des actes de sabotage économique et de déstabilisation des dirigeants qui osent dire "non" de la mauvaise gestion que les démocraties occidentales savent, du reste, pardonner tant que leurs intérêts ne sont pas menaces ?
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L’asphyxie économiquePèle mêle, les ennemis de Robert Mugabe retiennent, contre lui, en plus de l'expropriation des fermiers blancs des terres agricoles, l'hyperinflation qui chasse les élites (médecins, avocats, enseignants, journalistes…) du pays, l'opération de déguerpissement des mal logés en 2005, la fuite de plus de trois millions de Zimbabwéens vers l'Angleterre et l'Afrique du Sud, la répression des opposants, le pourcentage élevé de personnes atteintes du sida, la faim et, à présent, l'épidémie de choléra. ?
Mais, la quasi-totalité des situations imputées à l'incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d'abord du non respect d'engagements pris, l'une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches comme l'atteste, plus récemment, les fausses promesses d'aide du Sommet de Gleneagles. L'argent qui coule à flot ces derniers temps dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut quand il s'agit d'honorer les engagements pris envers les peuples dominés. Le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect, par la Grande Bretagne, de l'accord de Lancaster House (signé en 1979), selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire. ?
La terre - un enjeu central dans toutes les sociétés dont l'économie repose sur l'agriculture - est donc au cœur de la rupture. C'est en cela que le bras de fer entre l'ex-Rhodésie du Sud et l'ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l'échelle du Continent, puisque l'ouverture au marché rime de plus en plus avec l'octroi de centaines de milliers d'hectares aux investisseurs étrangers au détriment des petits producteurs. ?
L'économie zimbabwéenne était florissante et Robert Mugabe fréquentable tant que la minorité de fermiers blancs d'origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d'ouvriers agricoles noirs sur les millions d'hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession. Le héros de l'indépendance est devenu l'homme à abattre à partir du moment où, face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l'accord de Lancaster House, il a dû récupérer les terres des fermiers blancs.
Tout a depuis lors été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n'aurait profité qu'aux proches de Robert Mugabe. La réalité est tout autre. Des milliers de familles sans terre jouissent aujourd'hui de leur droit à ce moyen de production. L'irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d'efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire,avec les maigres moyens de l'Etat la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l'agriculture nationale. ?
L'Europe, l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle Zélande ont réagi dès la première procédure de retrait des terres, en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit, d'assistance de la part des institutions financières internationales et l'interdiction d'échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Le pays de Robert Mugabe n'a bénéficié d'aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994 alors que, jamais auparavant, il n'avait été privé d'apports extérieurs. Il a fallu, faute de prêts assortis de conditions favorables, procéder à des émissions monétaires. ?
L'ingérence et la subversion à la base consistent dans ces circonstances à créer la pénurie en privant l'Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s'attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent . Les conséquences de l'embargo et des sanctions économiques ont été aggravées par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans) mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques. ?
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L’alibi démocratique ?La Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l'histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir, dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au mois acquis au libéralisme économique. ?
Au-delà de la Grande-Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n'ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l'avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l'ingérence, de la subversion et de la guerre. C'est dire jusqu'à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les Droits de l'homme et les desseins des Etats libéraux d'Europe et d'Amérique sur le Continent noir.
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Le débat houleux qui pendant longtemps a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d'Asie dont la Chine, quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques, ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques africaines, la société civile et les médias. Il en est ainsi parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwe s'ils s'avisaient, à l'instar de Robert Mugabe, à aller à l'encontre des intérêts dominants. La politique de la terre brûlée est réservée, comme ce fut également le cas pour la Guinée de Sékou Touré, à tous ceux qui s'écartent du "droit chemin". ?Pour l'heure, en dépit du satisfecit des Occidentaux pour certaines "transitions démocratiques", le vote ne sert qu'au renouvellement du personnel local du système-monde. Les électeurs locaux en deviennent, à leur propre insu, des clients de la politique spectacle et les victimes des rapports marchands qui lui sont sous-jacents. Les sujets qui peuvent écorcher les oreilles du G8, de l'UE et les IFIS (Ndlr : institutions financières internationales) tel que le pillage des matières premières de l'Afrique, le diktat des grandes puissances, la dette extérieure, les réformes néolibérales sont soigneusement écartés du débat électoral, quand débat il y a. Et gare aux esprits critiques (opposants, médias, citoyens avisés…) qui osent défier les dirigeants dirigés dans leurs comportements mimétiques et complaisants. Ils sont combattus, de manière sournoise ou ouverte. Par contre, les faux opposants, les médias aux ordres, les associations et ONG qui savent manier la langue de bois seront épargnés, récompensés et utilisés pour soigner l'image du pays. ?
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Nous sommes tous Zimbabwéens ?Rien ne justifie l'humiliation de Robert Mugabe et les privations imposées à son peuple afin qu'il se soulève et le renverse. Il n'est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés, après avoir poussé Morgan Tsvangiraï, marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n'a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux, quant à Robert Mugabe. Précisément parce qu'il se savait le dirigeant d'un pays composé de Blancs et de Noirs, il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d'origine britannique dans son gouvernement.
Robert Mugabe n'est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du cholera et de je ne sais quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres, il a réussi à réaliser le taux d'éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher, non plus, de s'être enrichi personnellement, à l'instar de la plupart de ses homologues, même si certains excès sont reprochés à son épouse. ?
La persécution dont Mugabe est l'objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu'un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique, en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. Nous serons faibles et vulnérables tant que, face a une telle situation, les peuples conscients des enjeux et des dangereux rouages du monde actuel ne prendront pas leurs destins en mains et ne défieront pas eux-mêmes leurs dirigeants, mais aussi l’Union Européenne, les IFI et les anciennes puissances coloniales en quête de lieux d'ancrage, de matières premières et de parts de marches ?
Nous sommes tous des Zimbabwéens face au défi de la nouvelle citoyenneté qui fera de nous les seuls et véritables responsables de l'alternance politique dans nos pays et de la défense de tous nos droits. ?
* Aminata Dramane Traoré ?est ancienne ministre, essayiste, animatrice du Forum pour un Autre Mali (FORAM) ?
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Tagged under Gouvernance ZimbabweLe capitalisme financier, tout le monde le sait, est en crise. Dans les pays capitalistes dominants, le dogme néo-libéral qui s’abat sur le monde depuis les années 80 est brutalement remis en cause. Les Etats interviennent massivement, nationalisent des banques en faillite, en renflouent d’autres et garantissent les dépôts de certaines autres. La régulation, mot tabou jusque-là pour les conservateurs et leurs amis libéraux qui dominent le monde, a brutalement refait surface. L’Etat est de retour, si tant est-il que malgré la messe néo-libérale, il ait disparu dans les Etats impérialiste.
«Capitalism is dead» ! Mais puisque toutes ces interventions étatiques, impensables il y a seulement quelques mois, ne semblent pas avoir réussi à réduire la tempête qui s’est emparée des bourses, les pays capitalistes dominants ont décidé d’organiser une nouvelle conférence financière à l’image de celle de juillet 1944, pour, disent-ils, réformer le système financier international. Celui issu de Bretton Woods, est pourtant en faillite depuis que Nixon a décidé unilatéralement, en 1971, de mettre fin à la convertibilité du dollar en or.
Peu importe. Tant que la nouvelle classe dirigeante, une poignée d’individus s’enrichit en jouant la vie de millions et de millions de travailleurs à la bourse, que les profits de l’aristocratie financière continuent d’augmenter et que les Etats petits et faibles d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie sont impunément pillés, la nécessité de cette réforme ne semblait pas s’imposer.
Qu’est-ce qui explique cette crise, quelles sont les nouvelles orientations possibles de l’impérialisme capitaliste et quels en sont les enjeux, pour le monde en général et pour le continent africain en particulier ?
Avant la crise
Avant de donner mes vues sur la crise actuelle, il apparaît de la plus haute importance, premièrement de faire une mise au point, deuxièmement de rappeler les moments qui ont jalonné l’évolution du capitalisme depuis la seconde guerre mondiale. Cette mise au point et ce rappel sont, me semble-t-il, nécessaires voire indispensables pour bien comprendre la crise actuelle et ses enjeux.
D’abord, il me parait important de dénoncer la tentative idéologique d’occultation de la décadence du capitalisme qui se cache derrière la distinction économie réelle-économie financière. Il n’y a pas, s’agissant du capitalisme, de cloison entre l’économie réelle et la finance. Le capitalisme actuel est le résultat de la fusion du capital commercial et du capital industriel. Le résultat de cette fusion, c’est le capitalisme financier. La crise actuelle est donc bien la crise du capitalisme financier.
Ensuite le bouleversement actuel trouve ses origines dans les politiques mises en œuvre depuis la seconde guerre mondiale et plus particulièrement depuis 1971.
En effet, les accords de Bretton Woods, en instituant, en juillet 1944, la libre convertibilité du dollar en or, consacrent le dollar monnaie internationale. Cette évolution n’était cependant que la conséquence de la montée en puissance des Etats-Unis qui deviennent de fait la première puissance capitaliste mondiale, une position qu’ils raffermissent en assurant l’ensemble des tâches de reconstruction du capitalisme agonisant, tâches économiques mais aussi politiques et militaires.
La période qui commence à partir de 1945 est ensuite marquée par un processus de concentration économique et le développement progressif des firmes transnationales. La logique de l’accumulation est, comme le souligne Amir Amin (1), celle de la concentration et de la centralisation croissantes du capital. Un tel développement exige un accompagnement financier.
En 1958 est créé le marché des eurodollars. Dès 1950, les Etats Unis qui ont, seuls, reconstruit l’économie capitaliste détruite par la guerre 1939-1945, ont commencé à décliner. Quelques éléments, certes insuffisants, permettent à le démontrer.
La part de valeur ajoutée manufacturière mondiale des Etats Unis est passée de 56,7% en 1948 à 24,3% en 1975 et 21,7% en 1979. De même, leur part dans le commerce mondial passe de 16,7% en 1950 à 11,8% en 1981. Si l’on considère que la croissance de la productivité constitue l’une des mesures de la compétitivité des économies, on notera alors qu’elle a été de +9% par an au Japon, +6% par an en RFA et seulement de +2,5% par an aux Etats Unis sur toute la période 1960-1980. En outre, la pénétration des trusts capitalistes européens et japonais s’est considérablement accrue sur le marché américain.
En 1960, les firmes américaines investissaient à l’étranger 4,6 fois plus à l’étranger que les firmes étrangères n’investissaient aux Etats Unis. En 1982, ce rapport était tombé à 2,2. A partir de 1960, la balance des paiements américaine est déficitaire. La compétitivité de l’économie américaine a donc baissé par rapport aux économies européenne et japonaise d’où une aggravation du déficit de la balance commerciale américaine. Ce déficit a pour conséquence d’affaiblir encore plus le dollar.
A la fin des années 60, les grandes banques centrales du Japon et d’Europe regorgent de dollars que les Etats-Unis ont multiplié pour financer leur déficit. Mais la récession économique américaine entraîne la dépréciation du dollar. La préférence pour l’or dont le cours flambe au détriment du dollar accélère le processus de perte de valeur du dollar, perte de valeur à laquelle la Réserve fédérale américaine tente de mettre fin sans succès.
En 1971, en raison de l’effet conjugué de l’affaiblissement du dollar et de la baisse du taux de profit, le président Nixon décide unilatéralement de mettre fin à la convertibilité du dollar en or, rompant du même coup les accords de Bretton Woods. Il s’ensuit la libéralisation automatique des taux de change et la création concomitante d’un marché de couverture des fluctuations des changes qui est en même temps un marché de spéculation.
En 1973 et 1979, la hausse du prix du pétrole entraîne l’apparition d’une énorme masse financière, les pétrodollars dont le recyclage transforme les circuits financiers mondiaux.
A la fin des années 70 et au début des années 80, pour financer les déficits publics, les Etats capitalistes dominants réforment les systèmes bancaires et monétaires. Il en résulte une seconde libéralisation après celle de 1971, celle des taux d’intérêt à long terme. Pour se couvrir contre les variations de taux d’intérêt, sont alors créés, au cours des années 80, des marchés de produits dérivés (Subprimes, LTCM (2), CDS (3), CD0 (4), ABCP (5), LB0 (6), ARS (7), etc.). Fait extrêmement important, ces produits sont transformes en titres qui sont vendus sur le marche.
A partir du milieu des années 90, la double vague de libéralisation conduit à la globalisation des marchés monétaires et financiers, et à l’émergence de la finance globale avec des acteurs globaux qui agissent sur l’ensemble des marchés. Cette évolution se traduit par la prééminence aux Etats-Unis des fonds de retraite à cotisations définies qui l’emportent finalement sur les fonds à prestations définies. Après avoir été développée aux Etats-Unis et en Angleterre, la titrisation des produits dérivés se répand dans les autres économies capitalistes d’occident.
La crise du capitalisme financier ou la crise financière
Les transformations que nous venons de décrire, la concentration et la centralisation du capital, ne sont sans doute pas une chose nouvelle. Elles renvoient au développement du capitalisme monopoliste que décrivaient déjà Hilferding, Hobson et Lénine. Ce qui est nouveau, c’est la part de plus en plus démesurée prise par le capital spéculatif qui souligne le caractère parasitaire et pourri du cours néo-libéral du capitalisme impérialiste et met en évidence sa décadence.
S’agissant de la crise proprement dite, tout commence avec la crise des «subprimes», c’est-à-dire des prêts à taux variable, réservés à une clientèle de particuliers peu solvable (ménages et étudiants américains). Certes, avant il y a eu l’effondrement de LTCM en 1998, la crise Internet en 2001, le scandale de Enron, la crise financière en Asie, etc., mais ces différentes crises qui furent partielles, peuvent être aujourd’hui considérées comme des signaux.
Bien que les prêts «subprimes» ne soient pas exclusivement réservés au marché immobilier, c’est dans ce secteur qu’a pris naissance la crise avec la hausse des taux d’intérêt à la fin de l’année 2006 et l’effondrement du marché immobilier en août 2007 aux Etats-Unis. En effet, les ménages ne pouvant plus payer, les défauts de paiement se sont multipliés. Ce qui a eu pour conséquence d’entraîner une dévalorisation des créances immobilières qui avaient été entre temps titrisées (8). Ces titrisations ayant pris des formes complexes, à côté de bonnes créances, sont apparues de moins bonnes créances, appelées créances «toxiques» (9) dont la toxicité s’est répandue au-delà des subprimes.
Les conséquences
La premières conséquences, c’est la chute vertigineuse de la valeur de ces titres en bourse et la faillite des banques qui les détiennent. La deuxième conséquence, c’est la propagation des effets de la crise et notamment la perte de confiance des différents acteurs du système. Ce faisant, les banques ne se prêtent plus d’argent, tout comme elles n’en prêtent plus aux entreprises et aux particuliers. Or, le capital argent est indispensable au fonctionnement du système. L’économie capitaliste fonctionne grâce au crédit : crédit à la consommation, crédit à l’investissement, etc. La troisième conséquence, c’est la baisse de la demande globale qui a pour effet, la baisse de l’activité économique et par conséquent, les faillites, les fermetures d’entreprises, la baisse du pouvoir d’achat et le chômage.
Il faut souligner que pour éviter que les marchés ne s’effondrent davantage, les économistes et les classes dominantes tiennent un discours qui ne rend pas compte de l’ampleur et de la gravité de la crise. Dans le fond, ce qui est en jeu c’est le mode de production capitaliste aujourd’hui. La logique du système a été basée sur le pillage et la surexploitation de la classe ouvrière, des classes laborieuses et l’accumulation de profit gigantesque entre les mains d’une poignée de gens, ceux que Samir Amin appelle les nouvelles classes dirigeantes.
En réalité, comme le soulignait déjà Trotski, les forces productives ont cessé de croître. Les nouvelles classes dirigeantes sont sans rapport avec la bourgeoisie industrieuse de la révolution industrielle. Nous sommes véritablement à l’époque de la révolution prolétarienne. La question, désormais, est celle de la direction politique. En Afrique, nous sommes pour l’essentiel à l’étape de la révolution démocratique. Il va de soi que pour nous, la lutte pour la démocratie révolutionnaire se confond avec la lutte contre la domination et l’oppression impérialiste.
Ce qui est frappant, c’est le fait que les injections massives de liquidités des banques centrales sur les marchés monétaires ne semblent avoir aucun effet dans la résolution de la crise. On a même pu observer une accélération de la crise avec la faillite de Lehman Brothers, un des membres éminent de l’oligopole bancaire mondial. On a assisté dès lors à un changement dans les moyens de lutte. Ce changement est marqué par l’adoption du plan Paulson qui envisage de racheter les créances toxiques aux banques pour un montant de 850 milliards de dollars. En Europe la même démarche est adoptée. Elle vise à racheter les actions des plus grandes banques et/ou pour l’Etat, à accorder sa garantie aux crédits interbancaires pour restaurer la confiance. Depuis la réunion des cinq plus grandes banques américaines, il est question de consacrer les fonds publics non pas au rachat des actifs toxiques, mais bien au contraire à prendre des participations dans le capital des banques.
Que va-t-il se passer ? Est-ce la fin du capitalisme ? Comment répondre à ces questions?
D’un point de vue stratégique plusieurs évolutions sont possibles.
Il serait sans doute intéressant de parcourir les différentes possibilités d’évolution du système afin de prospecter ce qui pourrait se passer dans chaque cas. Mais une telle perspective demanderait certainement plus de place et de temps. Aussi, malgré l’intérêt d’un examen de toutes les possibilités possibles d’évolution du système, je n’évoquerai ici, rapidement, que l’hypothèse qui me semble la plus probable, celle de la reconduction du capitalisme avec quelques aménagements, tellement les aménagements en cours semblent y conduire. Dans cette, on pourrait assister à un vaste mouvement de nationalisation des banques, à l’apurement des actifs toxiques et à la récapitalisation par des fonds publics avec appels aux marchés financiers.
Cette évolution aurait pour conséquence des tensions sur les taux d’intérêt à long terme. Cette évolution entraînerait par ailleurs un taux de croissance négatif ou nul et une aggravation du chômage. Une fois l’apurement des actifs toxiques réalisé, on assisterait alors à la reprivatisation des banques. Cette évolution se dessine déjà, puisque nous semblons évoluer vers la régulation des agences de cotation, la réforme des règles comptables dans le sens de leur assouplissement, la réforme des « hedges funds » dans le sens d’une meilleure transparence et la révision des règles des « stock options », des bonus, des parachutes dorés, etc.
Il reste que cette évolution n’est pas sans conséquence. Elle aurait toutes les chances de conduire à la formation d’une nouvelle bulle d’actifs, ceci en raison de l’énormité des liquidités qui sont entrain d’être déversées sur les marchés monétaires et de l’évolution des taux d’intérêt qui sont actuellement tirés vers le bas par les Banques centrales. Dans cette perspective, il est fort probable qu’une nouvelle crise systémique surviendra au moment de l’éclatement de cette nouvelle bulle, avec des effets encore graves et plus lourds que ceux de l’actuelle crise.
Quels seraient les enjeux d’une telle évolution pour l’Afrique?Les enjeux pour t’Afrique
Le basculement des pays capitalistes arriérés, notamment ceux d’Afrique, dans la crise de la dette, au début des années 1980, a été provoqué en partie par l’augmentation unilatérale des taux d’intérêt décidée par les Etats-Unis et la hausse du dollar. Cette évolution a eu pour conséquence, on le sait, d’entraîner une augmentation de 310 % des versements annuels d’intérêt sur la dette, hormis les paiements au titre du remboursement du capital, puisque ceux-ci sont passés de 19 milliards en 1978 à 59 milliards de dollars en 1982.
La charge des intérêts ou de financement de la dette avait ainsi cru deux fois plus vite que la dette. Dans le même temps, la chute des recettes d’exportation bloquées par une politique mondiale des prix des produits de base, qui sont tombés en 1982 à leur niveau le plus bas depuis la deuxième guerre mondiale, aggravait leur situation. Le FMI et la Banque mondiale, au service des gouvernements des pays capitalistes dominants, ont alors imposé des réformes néolibérales qui ont entraîné des dévastations économiques, politiques et sociales incommensurable.
La crise actuelle aura de toute évidence des conséquences spécifiques sur les pays sous-développés et notamment ceux d’Afrique. En effet, il va de soi que la dépression économique dans les pays capitalistes dominants et dans les pays capitalistes secondaires dits pays émergents, aura des conséquences dramatiques pour l’Afrique.
La première de ces conséquences, c’est la raréfaction du crédit. Au moment où les taux d’intérêt baissent dans les pays capitalistes dominants, on assiste à un phénomène contraire en Afrique. Les taux d’intérêt ont plutôt tendance à augmenter parce que les banques privées des pays capitalistes dominants rechignent à accorder des prêts et durcissent en même temps les conditions de prêts. Les taux d’intérêts et les primes de risque grimpent par conséquent.
Une telle évolution si elle se confirme et se maintient aura des conséquences incalculables pour l’Afrique qui a besoin d’importants flux de capitaux pour financer son développement. De plus, cela entraînerait l’accroissement des difficultés de remboursement de la dette extérieure et l’accumulation d’arriérés. Deuxièmement, une dépression économique aurait pour conséquence directe une contraction de la demande mondiale de production primaire et par conséquent une réduction de la demande de matières premières et une baisse de revenus d’exportation. Et puisque toute la stratégie économique des ces trente dernières années est fondée sur la croissance tirée par les exportations, la chute des exportations induirait automatiquement une récession économique en Afrique avec ses conséquences sur l’activité économique, l’emploi, la santé, l’éducation et les infrastructures. Et comme les populations africaines sont déjà gravement affectées par les politiques d’ajustement structurel, la crise alimentaire et par les effets du changement climatique, les conséquences de l’extension de la crise actuelle seraient incommensurables.
Enfin, l’Afrique est déjà au centre de la lutte acharnée que se livrent les Etats capitalistes dominants et secondaires pour la conquête des marchés, le contrôle des sources de matières premières, mais aussi pour la défense des zones d’influence et places sur le marché mondial.
Les plans d’ajustement ont permis de déconstruire les Etats pour permettre le pillage des économies nationales. Cette situation va s’aggraver en raison de la crise. La bataille pour la conquête et le contrôle des sources de matières premières, la défense des zones d’influence qui fait déjà rage en Afrique va de toute évidence s’accentuer avec la crise du capitalisme financier, ce qui aurait pour conséquence une quasi-recolonisation de l’Afrique
La construction de AFRICOM (le commandement américain en Afrique), tout comme la réactivation de la 4e flotte en Amérique Latine par les stratèges du Pentagone répond à ce besoin. N’est-il pas vrai qu’il n’a jamais existé dans l’histoire du capitalisme, de période d’harmonie et de non violence comme le soulignent Duménil et Levy ? De la crise actuelle va émerger une nouvelle disposition des forces et un nouveau rapport de force au niveau mondial. L’enjeu pour l’Afrique c’est de résister ensemble ou disparaître ? Il ne s’agit bien sûr pas de disparition physique, mais de disparition en tant qu’ensemble économique et social distinct ayant des intérêts propres et capable de les faire valoir.
L’enjeu pour l’Afrique se décline en deux mots : révolution ou dégénérescence
Pour moi, le choix est simple. Il faut refuser la dégénérescence capitaliste. Je vois dans l’immédiat une série de décisions à prendre:
1° Reprendre le contrôle des leviers économiques et financiers pour construire des économies nationales orientées vers la satisfaction des besoins et aspirations des peuples africains. Il faut pour cela et immédiatement: . Constituer un front pour le non paiement de la dette extérieure due aux pays capitalistes dominants.Si les pays capitalistes dominants, on le voit, sont capables d’annuler plus de 1 000 milliards de dollars de dettes douteuses, pourquoi n’annuleraient-ils pas la dette des pays sous- développés?
- Pour les pays africains membres de la zone Franc, dénoncer le traité monétaire avec la France, rapatrier les recettes des changes placées sur les comptes d’opérations, battre monnaie ;
- Pour les autres, retirer leurs réserves des changes des banques des pays capitalistes dominants et mettre un terme à l’achat des bons du Trésor des Etats-Unis;
- Décréter un contrôle strict sur les mouvements de capitaux et sur les opérations de change afin d’éviter la fuite des capitaux des pays arriérés vers les pays capitalistes dominants;
- Créer ou renforcer une banque du Sud (10) qui aurait pour objectif de financer les projets publics orientés vers la satisfaction des droits humains fondamentaux ;
- Créer des cartels de pays producteurs de matières premières pour en stabiliser les prix ;
- Créer un fonds commun Sud-Sud pour pallier les effets sociaux de la crise ;
- Renforcer l’intégration Sud-Sud et réduire le taux d’intégration au marché capitaliste mondial afin de renforcer un développement tourné vers la satisfaction des besoins des populations.
Telles sont les quelques propositions qu’il me semble indispensable de faire pour que s’offre le débat.
1 - Samir Amin, Les nouvelles classes dominantes et la fin de la civilisation bourgeoise: La ploutocratie, nouvelle classe dirigeante du capitalisme sénile
2 - Credit Defaukt Swaps, fond de couverture servant à se protéger contre un risque de non-paiement
3 - C’est un fond de couverture et d’investissement, il fait partie des hedges funds
4 - Un CDO regroupe en général des titres issus de 120 à 250 actifs (asset-backed security (ABS), CDO (on parle alors de CD02), ou tout simplement des obligations) différents pour un montant compris entre 1 et 2 milliards de dollar.
5 - Asset Backet Commercial Paper : Ce sont des titres de créances négociables émis par les banques ou des entreprises sur le marché financier pour une courte durée (2 à 270 jours). Ils ne sont garantis et sont basés sur la confiance.
6 - Leveraged Debt Buy Out est une opération de rachat d’entreprises financée par des dettes.
7 - Auction Rate Securities, Ce sont des titres qui représntent des crédits octroyés à des municipalités, des universités.
(8) Le premier instrument de titrisation appelé le Mortgage Backed Security, ou MBS, comportait un important risque de défaut de paiement que n’aiment pas les gros investisseurs comme les compagnies d’assurance et les caisses de retraite. Pour essayer d’éliminer ces deux risques, d’autres instruments ont été crées. Il s’agit du Collateralized Mortgage Obligation, ou CMO, et le Collateralized Debt Obligation ou CDO. Le “Collateralized Mortgage Obligation” (CMO) consiste à prendre un portefeuille de titres de créances hypothécaires, de le scinder en plusieurs tranches, certaines étant liées au remboursement du principal, on parle dans ce cas de Principal Only (PO), d’autres uniquement aux versements des intérêts, on parle alors de Interest Only d’autres encore aux risques de défaut du portefeuille.
9 - Le Collateralized Debt Obligation (CDO) est un mécanisme astucieux qui permet de répartir le risque de défaut d’un portefeuille de créances obligataires en quatre tranches. La première, baptisée “Equity” représente généralement 3% de l’encours et supporte les premières pertes du portefeuille. Très risquée, elle n’est pas notée par les agences de rating. La seconde tranche, la “mezzanine”, représente 7% de l’encours et possède un rating BBB. La tranche senior (20%) affiche un rating AA tandis que la tranche super-senior est notée AAA. Outre les CDO classiques, les banques d’affaires ont développé de nombreux autres CDO notamment le “CDO squared”, c’est-à-dire un CDO constitué par l’investissement dans d’autres CDO. Le CDO cube est un CDO qui investit dans des “CDO Squared”. On retrouve aussi sur les marches les CDS (credit default swap) et CPDO (Constant Proportion Debt Obligation) qui n’investit que dans des indices de CDO. Il s’agit essentiellement de créances comportant d’importants risques de paiement
10 - Une banque du Sud a été créée par 7 pays d’Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Uruguay, Venezuela) en décembre 2007. Une autre banque du Sud, appelée banque de l’ALBA, a été lancée en 2008 par Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras et la petite île de Dominique (voir Eric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM-Syllepse, 2008.).* Maurice Fahé est économiste, Vice-Président de Convergence pour une autre Côte d’Ivoire et du Forum National sur la Dette et la Pauvreté - Ce texte a été présenté à l'occasion du Forum social africain à Niamey, du 23 au 25 novembre 2008.
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Tagged under GouvernanceLa levée de boucliers en Occident, au sujet de la situation au Zimbabwe, qui a tout l'air tout l'air d'une "ronde des hyènes autour des cimetières", comme disait, le poète sénégalais David Diop, est analysée différemment par les journaux africains: «Le Potentiel» en RD Congo, "Le Pays du Burkina" et "Notre Voie" de la Côte d'Ivoire. Voici les passages significatifs dans une revue de presse de Radio France International du 10 décembre 2009. Les effets, et non les causes, servent sont souvent utilisés comme éléments d'analyse par beaucoup de nos "observateurs". Et c'est dommage !
La partie de bras de fer se poursuit entre les autorités zimbabwéennes et les pays occidentaux. Invité fermement à quitter le pouvoir par les Etats-Unis et l'Union européenne, Robert Mugabe a répliqué le 9 décembre, par la voix de son porte-parole. Comme le souligne Le Potentiel au Congo démocratique, «Mugabe a accusé les Etats-Unis et le Royaume-Uni de prévoir une invasion du Zimbabwe, rejetant avec véhémence les appels de la communauté internationale pour son départ. Par cette résistance, poursuit le quotidien congolais, Robert Mugabe adresse tacitement un message à la communauté internationale, prouvant qu'il est incontournable pour la recherche d'une paix durable au Zimbabwe.»
Pas la bonne méthode !
«Tous contre Mugabe », titre Le Pays au Burkina Faso. Le Pays qui s'interroge sur l'efficacité d'une telle mobilisation : «le bonheur du peuple zimbabwéen passe-t-il par la démission du président Mugabe ? Pour les Occidentaux et certains dirigeants africains, il n'y a pas de doute, c'est Mugabe qui est la cause de tous les malheurs du pays. (…)
L'Europe et les Etats-Unis ont durci le ton en renforçant les sanctions contre certains dignitaires du régime et en réclamant le départ immédiat de Mugabe. Mais est-ce la meilleure méthode pour régler à la fois la catastrophe sanitaire et la crise structurelle qui mine le pays ? », se demande le quotidien burkinabé.
Réponse : « on peut en douter parce que Robert Mugabe reste soutenu par une grande partie du peuple, il semble garder la confiance de l'armée et surtout il a la bénédiction des anciens combattants de la guerre d'indépendance. »
Et Le Pays d'enfoncer le clou : « Toute cette agitation a quelque chose de dangereux. Elle peut dans le meilleur des cas, amener Mugabe à se replier sur lui-même et, au pire, entraîner un affrontement généralisé, c'est-à-dire une guerre civile. Alors que veut-on finalement pour le Zimbabwe : le bien du pays dans la négociation ou la peau de Mugabe au prix d'un bain de sang ? », s'interroge encore le quotidien burkinabé.
Notre Voie, en Côte d'Ivoire, est beaucoup plus radical. Notre Voie qui qualifie la pression occidentale « d'appel au meurtre ». Pour le quotidien ivoirien, « il y a fort à parier que le départ de Mugabe dans les conditions envisagées par les Occidentaux entraînera le Zimbabwe dans une instabilité qui pourrait faire regretter les années.
Mugabe. Le cas de l'Irak est encore sous nos yeux, poursuit Notre Voie, et devrait incliner l'Occident à plus de prudence dans la démonstration de sa force destructrice. » Et le quotidien ivoirien d'ironiser : « mais malgré tout, si les Occidentaux veulent bien faire la preuve qu'ils aiment les Africains, plus que les dirigeants de ce continent, il leur est loisible d'installer par la force un Etat en Somalie (…). Ou encore de lever une armée pour aller mettre de l'ordre dans l'Est de la RDC. »
Ababacar Fall-Barros est membre du Groupe de Recherche et d’Initiative pour la Libération de l’Afrique
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Tagged under Gouvernance Zimbabwe« Depuis 20 ans, des gourous qui sont à la science ce que les sorciers sont à la médecine nous assènent des « vérités » dont les fondements empiriques sont quasi inexistants … » Christian Gomez, directeur de banque à Zurich, le Temps (31/10/2008).
« La crise actuelle … sonne le glas de l’ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman. » Michel Rocard, ancien premier ministre français, Le Monde (3/11/2008).
Chaque jour la crise financière nous apporte son lot de mauvaises nouvelles et aussi de bonnes analyses. Depuis quelques semaines, nous avons le privilège d’avoir accès à des commentaires et des réflexions d’une lucidité surprenante et rare sur les vraies raisons de la débâcle économique et sociale que vivent les pays développés actuellement.
La crise financière a commencé aux Etats-Unis dans les secteurs immobiliers et bancaires et ses conséquences économiques et sociales sont en train de métastaser de l’Amérique et l’Europe vers les autres pays de la planète. Mondialisation oblige.
Même l’ultralibéral américain le Professeur Francis Fukayama (qui jadis a su voir dans la chute du mur de Berlin « la fin même de l’Histoire ») aujourd’hui nous offre un diagnostic d’une brutale franchise. Dans un article paru dans le Newsweek (13/10/2008) intitulé « La Chute de l’Amérique S.A. », il explique : « Le moteur de la croissance mondiale, l’économie américaine, a déraillé et menace d’entraîner le reste du monde avec lui. Pire, le coupable est le modèle américain lui-même : sous le mantra de moins d’Etat, Washington a failli réguler de manière adéquate le secteur financier et par conséquent a causé des dégâts énormes à la société entière ».
Ayant vu ces mêmes mantras « made in Washington » produire les mêmes conséquences néfastes dans les pays d’Afrique dans les années 80, on est envahi par un sentiment du « déjà vu ». Il y a 25 ans, le mantra en vigueur à Washington s'appelait le « reaganisme » dont le symbole était le président Ronald Reagan, les gourous, les Friedman, Laffer et autres monétaristes et le contenu, le « laisser-fairisme » pur et dur. Les experts en développement de la Banque Mondiale et du FMI en tant que fidèles pratiquants du reaganisme se comportaient dès lors comme des missionnaires dévoués en Afrique et ailleurs.
Ainsi, ils concoctèrent sous prétexte de programme d’ajustement structurel, un mélange idéologique de monétarisme, de dérégulation du marché, de conditionnalités et du service de la dette pour l’administrer aux pays africains demandeurs de prêts bancaires. Des réductions massives dans les budgets de l’éducation et de la santé et la suppression de subventions alimentaires et agricoles (complètement dérisoires en comparaison avec les subventions accordées par l’Etat américain à ses agriculteurs), ont été exigées de façon non négociable. Ces mesures ont vite conduit à l’appauvrissement généralisé de l’ensemble des pays africains. ?
Ces réductions budgétaires ont provoqué les émeutes de la faim, les grèves et l’instabilité politique et sociale dans certains pays, à tel point qu’une nouvelle expression était née : « les émeutes FMI » pour décrire la réaction des citoyens de pays comme le Soudan, l’Egypte et le Nigéria qui protestaient contre l’augmentation des prix des denrées alimentaires et la dévaluation dramatique de leurs monnaies.
De multiples missions de soi-disant experts arrivaient de Washington avec des demandes impératives et invariables : la dévaluation immédiate de la monnaie locale, l’augmentation des prix des récoltes, la libéralisation des importations, la privatisation des marchés…etc. Cette même litanie dogmatique et impérative a été imposée à tous les pays africains sans exception et sans tenir compte des contextes spécifiques. Partout, les conséquences de cette pression ont été dramatiques, à savoir des enfants déscolarisés, des systèmes de santé fragilisés, une industrie locale naissante pratiquement paralysée et finalement, des populations encore plus appauvries.Partout où elles ont eu lieu, ces «émeutes FMI » ont connu la même réaction de la part des autorités locales : la répression. Certains chefs d’Etat des pays en voie de développement qui osaient résister aux exigences de Washington ont en subit des conséquences. Dans le cas par exemple de Michael Manley, Premier ministre de la Jamaïque à l’époque, il fut chassé du pouvoir. Le président Julius Nyéréré de la Tanzanie quant à lui, a été traité d’ignorant qui « ne connaissait rien en économie».
Il serait intéressant ici de rappeler l’exemple de la Tanzanie et de ses relations avec le FMI. En effet, dès août 1980, le FMI avait donné son accord pour une ligne de crédit de 200 millions de dollars. Cependant, les tractations ont continué pour plus de cinq ans et n’ont finalement pas abouti au respect de cet accord par le FMI. Pourtant, pendant toute cette période qui a coïncidé avec le dernier mandat présidentiel de Julius Nyéréré (1980-1985), le gouvernement tanzanien avait strictement respecté les exigences du FMI, à savoir deux dévaluations successives, le licenciement de 18 000 fonctionnaires, les réductions des subventions alimentaires, etc.
Il faut ajouter que pendant cette même période, les autres institutions et pays donateurs exigeaient l’imprimatur du FMI comme préalable pour libérer leurs propres allocations.
Par contre, un exemple de « deux poids deux mesures » montre comment le Zaïre a bénéficié de prêts importants de la Banque Mondiale pendant la même période. Le Président Mobutu, étant considéré comme un grand ami de Washington, était exonéré des conditions qu’on a imposées à la Tanzanie. En outre, la politique néfaste suivie par les pays donateurs et les institutions de Bretton Woods au sujet du service de la dette contraignait les pays africains à rembourser leurs dettes avant de s’occuper de leurs populations. ?
Les pays africains, au milieu des années 90, ont fini par exporter des centaines de millions de dollar aux pays riches, à la Banque Mondiale et au FMI; ce qui fut une véritable opération hémorragique, ou comme on dit à Washington, «un transfert négatif ». Ainsi, l’absurde lié au tragique faisait qu’en 1997, un pays comme le Mozambique (ruiné par 30 ans de guerre) consacrait 33% de ses revenus total pour le remboursement de la dette et seulement 3% pour l’éducation et la santé des mozambicains.
Aujourd’hui, en 2008, les mêmes mantras ultralibéraux sont venus hanter les travailleurs et les salariés des économies dites réelles. Ces populations se sentent spoliées par les mêmes théories « criminelles » et dépourvues de « fondement empirique » dont ont souffert les africains au cours de ces dernières années. Dans la crise actuelle, les leaders des pays riches ne peuvent pas ignorer que ce « transfert négatif » des ressources vers les riches de la part des pauvres résulte inéluctablement dans la souffrance de ces derniers et dans le rejet des idées fixes.
Devant l’ampleur de la catastrophe, les dirigeants politiques ne semblent pas savoir contrôler la décomposition d’un système de pensée jugé irremplaçable. La seule solution qu’ils offrent est de donner aux banques (par lesquelles le malheur est arrivé) des milliards de dollar provenant des contribuables.
En Tanzanie, nous avons un dicton qui dit : « Quand votre maison brûle et vous faites appel aux secours, faites attention à ne pas prendre les sorciers pour des pompiers ».
* Annar Cassam est ancienne collaboratrice du Président Nyéréré ?ancienne directrice, Bureau de l'UNESCO ?auprès de l'ONU, Genève.)
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Tagged under GouvernanceLa participation politique peut être regardée comme une notion clé dans la vie des sociétés humaines. Il n’y a pas de vie démocratique sans elle et il n’y a pas de garantie de soutien et de durabilité des politiques publiques sans elle. Cependant, n’étant qu’une forme parmi d’autres de mobilisation et d’adhésion, étant par ailleurs liée aux formes de pouvoir qui ont gouverné les sociétés humaines, la participation politique a elle-même évolué ; une évolution liée à une histoire à deux versants : l’un universel, l‘autre déterminé par son ancrage culturel. Les mutations qui ont jalonné l’histoire concrète des hommes, ont amené les acteurs engagés dans la participation politique à s’adapter à ces mutations et à créer des formes qui assurent la cohésion et le vivre-ensemble des différentes composantes de la société.
Je vous propose d’examiner ensemble quelques repères significatifs qui ont jalonné l’évolution de la participation politique, jusqu’à notre époque de grandes mutations liées à la mondialisation ; par conséquent, un survol et l’identification de quelques lignes de force comme introduction à un débat.
Le premier de ces repères est un modèle de participation que l’on peut considérer aujourd’hui comme un «paradigme perdu». Et nous verrons d’ailleurs que s’il est perdu, il ne cesse cependant de nous obséder, comme la nostalgie d’un âge d’or qu’on rêve parfois de voir revenir. Ce modèle c’est ce qu’on a appelé la démocratie directe. On peut considérer comme représentatives de ce modèle, sans entrer dans les détails, les démocraties athénienne et romaine (avec, il est vrai, leurs limites) et la démocratie consensuelle, caractéristique des sociétés africaines et asiatiques.
Les démocraties athénienne et romaine avaient fait le pari de confier au peuple citoyen le soin de décider ce qui était bon pour la cité. De ce fait, c’est l’ensemble des citoyens (excepté les esclaves, les femmes et les métèques) qui exerçait le pouvoir directement dans l’agora grecque ou dans le forum romain, ces lieux de discussion et de délibération. La forme africaine de cette démocratie directe par la « palabre » avait elle aussi pour cadre légitime et légal des unités spatiales limitées, l’espace villageois, ethnique ou clanique, et des procédures de prise de décision caractérisées par la recherche du consensus.
Si ce modèle n’a jamais totalement disparu, il n’est plus dans la société moderne le mode majeur de concertation et de prise de décision à l’échelle de la Nation. Mais encore une fois, elle nous hante et chaque fois qu’il est possible de recourir à ses procédures, les acteurs ont le sentiment d’être plus proche de la vérité, de la justice et de l’efficacité.
Le deuxième modèle est celui de démocratie moderne qui a connu une diffusion remarquable d’abord dans les sociétés occidentales du XIXe siècle et ensuite dans le monde après que le capitalisme, le libéralisme et la colonisation aient fait triompher le paradigme d’un régime fondé sur l’élection et le système majoritaire de gouvernement. La démocratie représentative, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est contenue dans un principe, celui de la souveraineté du peuple, des moyens de l’exercer avec les mécanismes de la délégation, et une finalité qui est le droit pour la majorité de faire les lois et de les exécuter.
Cette forme de participation met en scène des partis politiques, des programmes et des leaders entre lesquels le peuple est appelé à choisir pour leur déléguer le pouvoir de décider. L’implication du citoyen dans la vie politique institutionnalisée prend une forme qui, elle-même, se rapporte à une conception de la citoyenneté nécessaire au bon fonctionnement du système : c’est autour de l’élection et donc de l’acte de vote que s’ordonne cette participation conventionnelle.
Considéré aujourd’hui encore comme un modèle pratique, efficace, simple et rationnel, il ne manque évidemment pas de défauts et le mythe de sa perfection commence à être écorné sans qu’il soit pour le moment possible de lui substituer quelque chose d’aussi fiable. C’est que le modèle représentatif, démocratique dans son principe et dans ses intentions, engendre ses propres maladies ou déviations et tend à transformer ce qui n’était qu’une délégation de pouvoir du peuple en une sorte de pouvoir oligarchique. On assiste même à une tendance à la monarchisation, secrétée par des institutions et des lois manipulables en toute « légalité ».
La crise du système représentatif
Si la participation politique se limite à la mobilisation pour l’élection et l’élection elle-même, le peuple aura de moins en moins la possibilité de peser sur les décisions en dehors des rendez-vous électoraux périodiques pour juger et sanctionner ceux à qui il a délégué son pouvoir. La crise du système représentatif, c’est à la fois le fossé parfois grandissant entre les élites et le peuple, et les désillusions qui naissent des échecs des politiques dont le peuple pâtit le plus, preuve que ses moyens de contrôle et de sanction sur ceux qui gouvernent sont limités et périodiques.
Notre époque, qui illustre parfaitement cette crise du modèle représentatif, abonde d'une sorte de déshérence dans le soutien à la vie politique : fort taux d’abstentionnisme aux élections, multiplication des votes protestataires, montée des défiances à l'égard de l'activité politique, méfiance à l'égard du personnel politique, chute des adhésions aux partis et aux syndicats, succès des mobilisations sociales... Les colères populaires qui se nourrissent des échecs politiques, économiques et sociaux ont entraîné une crise de la participation politique et favorisé l’émergence de nouvelles formes d'expression citoyenne jugées - à tort ou à raison - plus efficaces mais qui sont ainsi devenues des phénomènes récurrents de la vie politique. En effet, la participation politique revêt de plus en plus un caractère non conventionnel, pour ainsi dire protestataire, avec des manifestations pacifiques (pétition, sit-in, grève) ou violentes (dégradation de bâtiments, séquestration, destruction de documents, affrontements physiques).
Si la participation non conventionnelle se manifeste parfois par l’action individuelle (grève de la faim, par exemple), elle prend très généralement la forme d’actions collectives, sans la médiation des corps intermédiaires et hors des cadres juridiques et des procédures de règlement des conflits. Ces diverses formes d’expression citoyenne que certains assimilent à une « impatience civique », si tant est que s’en remettre aux échéances électorales relève de la plénitude de l’esprit civique, doivent nous obliger à analyser le concept de participation politique, en rapport avec l’exacerbation des mutations sociales, ainsi que la réalité et la récurrence des crises qui secouent les Etats, les gouvernements, les partis, les groupes et la société.
Aussi, à défaut de révoquer le système représentatif, il faut lui adjoindre, dans la loi fondamentale et dans des mesures législatives et réglementaires, des correctifs qui garantissent des lieux nouveaux à la participation effective des citoyens, des groupes, des associations à l’élaboration des décisions qui les concernent. Et il faut chercher ces mécanismes dans trois directions :
- Une culture politique qui permette aux masses de ne pas dépendre des « experts » en tout et en tout genre, censés leur apporter la réponse à leurs interrogations. Une telle culture politique est la condition d’émergence d’une volonté consciente des masses pour participer à la vie publique et pour adhérer ou ne pas adhérer au projet politique qui leur est présenté.
- Ensuite, la place du débat en amont et en aval sur les questions de nature stratégique avant que les décideurs (Exécutif ou Législatif) ne prennent des mesures qui engagent la vie des populations. Les modalités de concertation, de consultation et de discussion, nombreuses et variées, offrent une gamme non négligeable de possibilité d’être à l’écoute des aspirations des populations.
- Enfin, cette culture de démocratie participative serait mutilée et incomplète si elle ne donne pas aux citoyens, aux groupes, aux associations, au public le moyen de contrôler les décisions et ceux qu’ils ont délégués. Sous ce rapport, la participation politique atteindra un niveau de crédibilité irréversible lorsque ce contrôle pourra déboucher sur la révocabilité effective de ceux qui trahissent leur mandat sous la poussée et l’exigence de leurs mandants.
Les nouveaux acteurs de la démocratie
L’émergence de nouveaux acteurs dans la société et le monde des XXe et XXIe siècles marquent l’avènement d’un nouveau paradigme qui lui-même a ses avantages et ses limites. Il s’agit de la société civile, du rôle des médiats modernes et des expériences de démocratie participative (collectivités locales, coalitions électorales et de gouvernement, etc.). Tous les trois ont la particularité de tendre à corriger les limites et les défauts du système représentatif. Ils secrètent et agissent comme des contre-pouvoirs, c’est-à-dire des mécanismes empêchant ou atténuant les procédures et actes de décision unilatérale d’une « minorité », qu’elle soit gouvernementale ou parlementaire. Elles génèrent des formes de participation politique d’une part par approfondissement du pluralisme des pôles concernés par la concertation et la prise de décision et d’autre part par aboutissement des résultats qui reflètent davantage la volonté du plus grand nombre.
Prenons rapidement les formes annoncées plus haut, les unes après les autres.
En matière de gouvernance démocratique, l’institution de la décentralisation, à travers l’érection de collectivités locales, est un choix politique et une réponse aux besoins de participation plus effective et plus pérenne des populations aux choix des politiques qui les concernent au premier chef. Nous savons que les expériences dans ce domaine peuvent rencontrer et rencontrent effectivement des difficultés, et des résistances, mais la volonté politique et l’exigence citoyenne qui sont à la base de ces réformes répondent au souci de plus grande démocratie.
Leurs conséquences plus ou moins immédiates sont constatables à travers l’accroissement des équipements et des infrastructures et à travers l’exercice effectif de responsabilités par les citoyens à la base. Elles donnent aux populations la satisfaction d’impulser et d’orienter, au niveau local, les projets, et d’en assurer le contrôle.
Le principe inscrit dans nos Constitutions et selon lequel les conseillers élus ont le loisir et le devoir d’administrer librement ces collectivités, traduit parfaitement la volonté de diversifier et de rendre encore plus effective la participation du peuple à la construction de la cité démocratique. Ces réformes, nous le savons, appellent de nouvelles générations de textes et de mesures qui, toutes, tendent vers un seul et même but : accroître la présence, la participation et les moyens de contrôle des citoyens dans l’élaboration de politiques publiques.
Le rôle des médiats
Je voudrais, à présent, aborder rapidement la part grandissante d’un autre acteur qui, sans être absolument nouveau, n’en constitue pas moins un facteur qui influe sur le jeu politique et par conséquent sur la participation politique. Je veux parler du rôle des médiats.
L’approfondissement de la démocratie a pour corollaire l’extension de la liberté de communication. Les technologies de l’information et de la communication symbolisent le nouvel âge de l’humanité contemporaine de la fin du XXe siècle et ce début du XXIe. La radio, la télévision, la télécopie, la télédiffusion par satellites, l’Internet, etc., sont, en fonction de la culture des usagers, des moyens puissants d’information et de formation du jugement pour le citoyen en vue de se faire une opinion, de s’engager et de faire ses choix. Sans doute, la télévision est-elle de tous ces moyens, celui qui est le plus apte à changer le jeu politique et donc certaines conditions de participation politique. Pourquoi ? Parce qu’elle a deux faces.
D’un côté la télévision est apte à éveiller les esprits, est facteur d’émancipation, a même été récemment vecteur de révolutions pacifiques comme le prouve cet exemple qu’on a nommé « révolution orange », par sa capacité d’inciter à la mobilisation et de donner le sentiment que ce qui est montré est vrai. Un analyste bien au fait de ces mécanismes médiatiques a baptisé ce phénomène du nom de « vidéo politique », c’est-à-dire un phénomène où la télévision favorise la démocratie manifestante et protestataire, puis la réaction des pouvoirs publics pour répondre aux attentes des citoyens. Mais d’un autre côté, si ce médium a le pouvoir de renforcer la démocratie, il a aussi le pouvoir de l’entraver. En effet, les images de la télévision n’ont pas forcément une valeur d’information. Elle peut, entre certaines mains et au service de certains projets, être manipulatrice.
C’est ici qu’il me semble utile de souligner une des maladies les plus menaçantes et les plus graves de la participation politique : celles qui sont engendrées par le populisme. Le populisme est aux antipodes des méthodes et des objectifs de la démocratie et du socialisme. Le socialisme, qui est notre idéologie, répond à ce qu’en disait Jaurès : « C’est la République et la démocratie jusqu’au bout ».
Les coalitions en démocratie
Avant de mettre un terme à cette contribution, je vais évoquer la manifestation d’un phénomène de plus en plus massif dans la vie des partis politiques et dans les formes de gouvernement. Je veux parler des coalitions.
D’abord, une observation de nature à changer notre perception de la vie politique internationale et à l’intérieur des frontières nationales : en dehors de la Grande-Bretagne et dans une moindre mesure de la Nouvelle-Zélande, il est peu de pays pratiquant la démocratie, une fois dirigés par une seule formation politique allant seule aux élections, recueillant seule la majorité des voix et gouvernant seule. La règle, pour ainsi dire, en dehors de ces deux pays, c’est la pratique des coalitions et donc de l’élaboration de plateformes et de programmes ratissant large, pour faire adhérer au projet politique susceptible de l’emporter un spectre d’associations, allant de la société civile aux partis que séparent parfois quelques différences idéologiques. Ce constat revêt une grande importance, eu égard à l’idée de participation politique.
Lorsqu’au début j’indiquais que la démocratie directe est un paradigme perdu, mais un paradigme qui nous hante toujours, je laissais entretenir l’idée que nous rêvons, à défaut de le retrouver intact, de le reconstituer partiellement et progressivement. La méthode à laquelle recourent les coalitions pour se constituer, aller ensemble aux élections et gouverner ensemble, est une méthode soucieuse de démocratie, mais où les décisions ne se prennent pas selon le mode majoritaire mécanique. Le modèle auquel se réfèrent les coalitions est davantage un modèle consensuel. La base sociale des parties contractantes est plus large et mobilise des segments de la société qui, autrement, obéiraient à des forces centrifuges.
De plus, la démarche des acteurs d’une coalition est bâtie sur la volonté et le souci, non pas de l’affrontement, mais de la recherche d’une certaine harmonie. D’où l’importance de la discussion et de la délibération, longue, patiente et génératrice d’une culture du partage, de l’écoute, de l’approfondissement de questions essentielles pour tenir compte des avis et des intérêts les plus divers. Voilà, sans doute, pourquoi les coalitions, quels que soient leurs succès et leurs échecs, ont la vertu d’être des forces d’entraînement, de mobilisation et de fusion parce qu’elles donnent aux citoyens la preuve qu’il y a la volonté de prendre en compte leurs attentes.
Je sais, bien sûr, que les coalitions ne sont pas exemptes de risque d’échec et même d’implosion. Mais elles demeurent une des voies royales pour ne pas mutiler la vérité, et le besoin d’adhésion des populations à un projet de société sur des bases plus claires et plus équitables. Vous aurez sans doute remarqué comme moi, que dans les périodes de grande crise, lorsque la société paraît bloquée, la solution ne peut sortir que si tous les acteurs décident de mettre en œuvre les procédures de la démocratie consensuelle.
(…) Il y a là un enjeu considérable pour l’approfondissement de la démocratie par le biais d’une participation et d’une adhésion du plus grand nombre à l’élaboration des décisions. En définitive, parce que la participation politique est une condition de succès pour tout projet politique démocratique, il nous appartient de lui trouver des formes qui s’inspirent des valeurs de la République, de la démocratie et du socialisme.
* Ousmane Tanor Dieng est le premier secrétaire du Parti socialiste du Sénégal
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Tagged under GouvernanceSelon le rapport sur l'état de l'insécurité alimentaire publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (la FAO) en 2008, environ 925 millions de personnes sont gravement, et en permanence, sous-alimentées dans le monde. Pourtant, le droit à l'alimentation est reconnu aux niveaux international et régional, par ces conventions et traités, comme un droit humain fondamental dont l'application et le respect ne sont pas une option politique pour un Etat, mais plutôt une obligation. Malgré tout, et depuis plusieurs décennies, de nombreux pays se trouvent plongés dans un cycle infernal chronique d'insécurité alimentaire.
Il est de principe que chaque Etat (ou groupe d'Etats) a le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées, et ayant pour but l'amélioration constante du bien-être de l'ensemble de la population et de tous les individus, fondée sur leur participation active, libre et utile au développement et à la répartition équitable des avantages qui en résultent.
Dès lors, les éléments constitutifs et les implications du respect de ces traités internationaux relatifs au droit à l'alimentation renvoient incontestablement à la notion de la Souveraineté alimentaire. Cette dernière doit permettre à tout Etat de définir et de gérer de manière souveraine et durable sa politique agricole intérieure et extérieure, et surtout le droit de défendre et de préserver les connaissances, les pratiques, les innovations, les valeurs et les priorités des communautés locales du Sud, ainsi que les productions nationales contre la concurrence de l'importation et les exploitations paysannes contre l'agrobusiness qui s'accapare progressivement des terres agricoles et pastorales.
Or, bien qu'il soit admis de tous que la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique sont indispensables au bien-être de la planète, on observe de plus en plus, dans les pays du Sud, une violation des droits et des principes qui y sont consacrés, à travers des politiques agricoles et alimentaires néolibérales, au grand dam des représentants élus et des gouvernements de ces Etats. Ces politiques agricoles néolibérales portent avec elles des conséquences sur l'environnement. La Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples affirme que "tous les peuples ont droit à un environnement satisfaisant et global, propice à leur développement".
De nombreux pays ont introduit ce principe dans leur Constitution. A titre d'exemple, la Constitution du Niger ajoute à son article 27, après l'affirmation du droit de toute personne à un environnement sain dont l'Etat veille à la protection, que «chacun est tenu de contribuer à la sauvegarde et à l'amélioration de l'environnement dans lequel il vit».
Quelles politiques à adopter ?
L'homme se retrouvant au centre de multiples besoins essentiels dont la plupart a été consacré comme des droits fondamentaux (droits à la vie, santé, environnement sain, autodétermination, alimentation, sécurité, etc.), il importe que l'ensemble de ces droits soient considéré en bloc, en raison de leur caractère indissociable.
Les réflexions sur les politiques pour une souveraineté alimentaire doivent se faire de manière transversale, par rapport à l'ensemble de ces droits. Cependant, le droit à l'alimentation constitue le cœur de la démarche. C'est dire qu'il convient de promouvoir l'adoption d'une approche basée sur les droits dans le processus d'adoption de politiques agricoles et alimentaires visant à mettre fin aux violations du droit humain fondamental que constitue le droit à une alimentation.
La mise en œuvre du droit à l'alimentation implique l'élaboration d'une politique agricole et alimentaire initiée de manière participative et démocratique, garantissant l'accès à une alimentation saine, suffisante, nutritive et culturellement acceptable, et dont la production respecte et préserve les droits humains, particulièrement ceux des paysans, la santé, ainsi que l'environnement. Cela suppose l'accès :
- aux moyens de production de cette alimentation (terres, eau, semences, financements, etc.) ;
- aux technique culturales écologiques ;
- aux techniques de transformation et de conservation des produits ;
- aux financements et infrastructures nécessaires et suffisantes ;
- aux mécanismes de valorisation des produits et aux circuits de commercialisation ;
- à l'information juste et à jour (pour les consommateurs, sur la chaîne alimentaire) ;
- au renforcement des capacités des acteurs, plus spécifiquement des organisations paysannes et de consommateurs. Les politiques agricoles jusque-là élaborées n'ont pas véritablement connu une mise en œuvre pertinente au point de pouvoir être évaluées. Les quelques actions qui ont pu être concrétisées concernent plus des activités de suivis de vulnérabilités des ménages et des débats idéologiques.* Almoustapha Soumana Moumouni est coordinateur Swissaid Niger ...
* * Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.orgTagged under GouvernanceClaude Quemar est secrétaire général du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM). Prenant part à la 5e édition du Forum social africain qui se tient à Niamey (Niger), du 25 au 28 novembre, sur le thème «L’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation néolibérale», il fait le point, avec Pambazuka News, sur la Campagne internationale contre la dette lancée depuis quelques années.
Pambazuka News : Votre organisation, la CADTM, lutte depuis plusieurs années pour l’annulation de la dette du Tiers monde. Où en êtes-vous aujourd’hui dans ce combat ?
Claude Quemar : Depuis 2001-2002, un certain nombre de pays, en particulier les pays émergents d’Asie et d’Amérique du Sud, mais aussi quelques pays sur le continent africain (je pense à l’Angola, au Nigeria et aux pays du Maghreb) ont été arrimés à la dynamique pour l’annulation de la dette. Grâce à l’augmentation du cours des matières premières qui avait basculé vers la hausse à partir de 2001, ces pays avaient atteint une situation où ils pouvaient envisager de rembourser par anticipation leur dette vis-à-vis des institutions financières internationales - et c’est ce qu’ils ont fait assez souvent d’ailleurs.
Mais avec la crise actuelle du système financier international, on peut craindre que les populations du Sud ne se retrouvent à nouveau sous le poids insupportable de nouveaux emprunts, en particulier à cause de la hausse des taux d’intérêt qui leur sont appliqués. Ces taux ont augmenté, entraînant une aggravation de la situation sociale. Comme on l’a vu un peu partout, les populations viennent de traverser deux années difficiles avec les émeutes de la faim qui se sont produites en début d’année sur tous les continents et qui sont en grande partie liées aux spéculations sur les matières premières agricoles. La situation est donc difficile.
Ce contexte peut-il mieux aider à faire avancer la campagne contre la dette ?
Les « campagnes dette » que nous avons lancées à travers le monde ont fait avancer la question, en particulier au Sud. Des audits de la dette ont été menées ici ou là. Je pense notamment au nouveau gouvernement équatorien qui a mis sur pied une commission d’audit intégral de la dette et qui vient de prendre un certain nombre de décisions, comme le fait de rompre avec le Fmi et la Banque mondiale, ou de ne pas rembourser un certain nombre de prêts acquis auprès de grandes sociétés transnationales d’Amérique du Sud, d’Argentine en particulier.
Sur quelle base la décision de ne pas rembourser a-t-elle été prise ?
La commission d’audit a jugé qu’il s’agissait de prêts odieux… Mais à ce niveau, un autre fait est à noter. Par en effet, nos campagnes internationales ont aussi fait bouger certains gouvernements du Nord comme celui de la Norvège qui a décidé d’annuler, de manière unilatérale, la dette qu’elle réclamait à cinq pays pour l’achat de bateaux de pêche. Le gouvernement norvégien a reconnu qu’il était en grande partie responsable de cet endettement, n’ayant pas cherché à savoir si ces cinq pays avaient besoin de ces bateaux au moment où les emprunts étaient faits. A partir du moment où la Construction navale norvégienne avait besoin de ces marchés, ces cinq pays avaient été poussés à emprunter pour les acquérir. Sans vérification de la pertinence de cette décision, de leur part.
Donc les «campagnes dette» avancent lentement, mais à travers ces victoires on voit que c’est une question qui devient centrale et qui pourrait, avec l’irruption de la crise actuelle, redevenir un point central dans le financement du développement dans les pays du Sud.Les institutions financières internationales ont mis en place un mécanisme d’allègement de la dette, notamment l’initiative Pays pauvres très endettés (Ppte). Que pensez-vous de cette option ?
L’initiative Ppte nous paraît à la fois un pas en avant et une arnaque intellectuelle. Un pas en avant parce que cette décision a été prise sous la pression des mouvements sociaux du Nord et du Sud pour dire qu’il n’était pas possible de laisser ces dizaines de pays les plus endettés et les plus pauvres s’enferrer dans ce mécanisme infernal de paiement de la dette. Mais nous pensons qu’il s’agit aussi d’une arnaque. Lorsqu’on regarde l’initiative Ppte, on voit quil ne s’agit en aucun cas d’annuler la dette des 41 pays concernés. Il s’agit plutôt de rendre cette dette soutenable, c'est-à-dire payable.
La logique des institutions financières est la suivante : ces pays sont très endettés et très pauvres pour pouvoir rembourser ce qu’ils ont emprunté, donc on va les aider un peu pour les remettre en situation de pouvoir rembourser leur dette. L’objectif n’est pas d’annuler la dette pour permettre à ces pays de financer leur développement et répondre aux besoins de leurs populations, mais de les remettre en situation de payer au maximum leur dette et les remettre dans le système internationale qui permet de les maintenir sous domination. Pour, ensuite, accéder à bas prix à leurs ressources naturelles et humaines à travers les privatisations.
Quelles alternatives préconisez-vous à la place de la politique d’endettement en vigueur ?
Les alternatives que nous préconisons partent du constat que nous pouvons entretenir des rapports de force à partir des avancées que les mouvements sociaux et les « campagnes dette » ont pu connaître dernières années.
La première alternative est simple : que les pays du Sud décident souverainement et de manière unilatérale de ne plus rembourser leurs dettes. Si on veut le remboursement de cette dette, il faut d’abord qu’on fasse son audit. Voir à quoi elle a servi, comment elle a été contracté, est-ce qu’elle a été véritablement utilisée pour le bien-être des populations ?
Une fois cet audit réalisé, on peut s’engager à rembourser ce qu’on doit réellement, en déflaquant ce qui a été déjà remboursé depuis des décennies. Partout où ces audits ont été faits, on s’est rendu compte que ce sont les créanciers du Nord qui sont largement débiteurs des pays du Sud endettés.
Il faut aussi travailler à mettre en place des alternatives de financement du développement au travers de l’annulation de la dette, pour que les richesses produites dans les pays puissent servir au bien-être des populations. Il faut également remettre dans le giron social de l’Etat tout ce qui a été privatisé, en particulier les secteurs fondamentaux que sont les ressources naturelles, l’eau, l’énergie. Ceci doit se faire sous le contrôle des mouvements sociaux, des syndicats, puisqu’on est dans le domaine des besoins de première nécessité pour les populations.
Pour la deuxième alternative, nous pensons qu’il faut remplacer les institutions financières internationales qui ont mis en place, depuis des décennies maintenant, ce mécanisme de pillage des pays du Sud, par d’autres institutions financières. On a un exemple qui se met en place depuis quelques années en Amérique latine, avec la Banque du Sud qui remplit les mêmes fonctions que la Banque mondiale, mais sans les conditionnalités qu’impose cette dernière pour accorder ses prêts. Cela montre que les gouvernements du Sud, avec les ressources naturelles dont ils disposent, ont les moyens aujourd’hui de financer leur développement sans conditionnalités.
* Claude Quemar est secrétaire général du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde
* * Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceAu cours de ces dernières années, la Tanzanie a perdu quelque 265 millions de dollars dans l’exploitation de ses richesses aurifères par des multinationales. Des taux de redevance excessivement bas, des concessions d'impôts et de taxes accordées aux sociétés minières et des soupçons d’évasion fiscale ont privé le Trésor public tanzanien d’importants revenus qui auraient pu soutenir le développement économique et social du pays. Dans cette analyse des conditions d’exploitation des ressources minières en Tanzanie, Evans Rubara évoque les chaînes de complicité, mais aussi les faiblesses des textes que le multinationales contournent pour piller les ressources nationales. Dans des conditions qui appauvrissent les populations des zones minières et ruinent l’environnement.
Tagged under GouvernanceL’exploitation de l’or au Ghana par les multinationales canadiennes s’avère un scandale financier, environnemental et politique sur lequel Alexandra Sicotte-Lévesque apporte des éclairages. Dans un pays que les pays occidentaux et les bailleurs de fonds multilatéraux soutiennent pour sa stabilité et son système démocratique, l’exploitation de l’or est en train de briser les équilibres communautaires. Des populations déstabilisées dans leur environnement et leur vécu, divisées par des multinationales qui manipulent leurs leaders et corrompent les autorités, se retrouvent dans un contexte où des résistances s’imposent. Ainsi les flambées de violence ne manquent pas, surtout que les populations commencent à s’éveiller à la nécessité de préserver leurs intérêts.
Tagged under GouvernanceConstatant que la République démocratique du Congo représente un vrai paradis fiscal et juridique pour les entreprises étrangères, Mikhael Missakabo démontre que l’abondance des ressources naturelles dans ce pays n’a produit qu’une série de crises prolongées. Lorsque les conditions de vie des Congolais se détériorent, le secteur minier continue de fournir environ 70% du budget national. Une réalité qui met en évidence les avantages dont profite un petit nombre au détriment de la majorité. Soulignant que ces conditions en RD Congo n’auraient jamais été tolérables au Canada même, Missakabo se demande quel est l’avenir d’un continent exploité systématiquement par des intérêts motivés par un seul soucis : le profit.
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