Dans la première partie de leur analyse sur la politique américaine concernant l’Afrique, publiée la semaine dernière dans Pambazuka News, Daniel Volman et William Minter ont montré les ambiguïtés de la démarche de Washington à travers son commandement militaire en Afrique, AFRICOM. Ils ont montré comment les préoccupations militaires se cachent mal derrière une coopération profitable au développement et au renforcement de la démocratie sur le continent. Et pour eux, rien ne prouve que cette politique contribue à la sécurité des Etats-Unis ou de l’Afrique. Au contraire, il y a des indications significatives qu’elle est contre productive en aggravant l’insécurité sur le continent et en stimulant les menaces potentielles contre les intérêts américains. Dans cette seconde partie, il passe en revue certains foyers de tensions au regard de la politique américaine.
En Somalie, avec le retrait, au moins temporaire, des troupes éthiopiennes et l’élection du leader musulman modéré, le Sheikh Sharif Ahmed comme président du gouvernement de transition, il y a au moins l’option d’un nouveau commencement pour ce pays. Mais personne ne s’attend à des résultats rapides, toutes les parties étant divisées à l’interne (y compris la milice insurgée connue sous le nom de Al-Shabaab) et les efforts de paix internationaux sont dilués par des agendas multiples. Il y aura une tentation continue de poursuivre un programme étroitement anti-terroriste bien qu’il soit maintenant plus généralement reconnu que celui-ci ne mène nulle part.
Le conflit au Tchad, dans une région couverte par Operation Enduring Freedom Trans Sahara, où la banque Mondiale a renoncé à demander des comptes concernant les revenus pétroliers, est intimement lié au conflit plus large du Darfour à l’est, ainsi qu’à l’héritage de l’intervention libyenne. Bien que les Etats-Unis s’en soit remis à la France en ce qui concerne une implications militaire et politique au Tchad, ils ont aussi soutenu le président Idriss Deby, au pouvoir depuis 1991 et qui a changé la constitution en 2005 afin de pouvoir de rester au pouvoir pour une législature encore. Malgré les attaques des rebelles sur la capitale, en février 2008, Deby est parvenu à contrôler la situation avec l’aide de la France.
Dans le nord du Niger, des mines d’uranium sont susceptibles de contribuer à attiser les flammes du conflit avec les minorités Touareg qui ont repris les hostilités, là et au Mali, depuis 2007.
Le Mali est généralement considéré comme étant la démocratie la plus aboutie de l’Afrique de l’Ouest, mais elle est également menacée par des Touaregs mécontents, ce qui va requérir une solution diplomatique plutôt que militaire.
Le Nigeria est d’une importance stratégique particulière où, pour les Américains, les soucis anti-terroristes et pour la sécurité énergétique convergent. Comme le soulignent les spécialistes du Nigeria, Paul Lubeck, Michael Watts et Ronnie Lipschutz, dans une étude parue en 2007, la menace sur le Nigeria en provenance d’extrémistes islamistes est largement exagérée par les militaires américains. Ils notent, au contraire, que ’’ personne ne met en cause la signification stratégique du Nigeria contemporain pour l’Afrique de l’Ouest, pour le continent africain dans son ensemble et pour l’économie américaine assoiffée de pétrole ‘’ Mais l‘insurrection croissante dans le delta du Niger pétrolifère ne sera pas résolue par l’accroissement des forces navales américaines ou le soutien à des forces contre révolutionnaires nigérianes. La priorité consiste plutôt à résoudre les problèmes de pauvreté, de destruction de l’environnement et à promouvoir une utilisation responsable de la richesse pétrolière du pays, particulièrement en faveur des populations des régions productrices.
Actuellement, les accords militaires américains avec le Nigeria et autres pays producteur de pétrole en Afrique de l’Ouest et du centre n’incluent pas uniquement une assistance militaire bilatérale, mais aussi les opérations navales de l’Africa Partnership Station et d’autres initiatives qui servent à promouvoir la sécurité maritime, particulièrement sur la route des pétroliers. Au cours de ces années passées, l’aide militaire des Etats-Unis au Nigeria a inclus au moins quatre bateaux pour les patrouilles côtières et environ 2 millions de dollars par an à d’autres fins, dont le développement d’une petite flottille dans le delta du Niger.
Selon la justification pour la demande de fond auprès du Département d’Etat, pour l’année fiscale 2007, une assistance militaire à ce pays est nécessaire parce que ‘’ le Nigeria est la cinquième source de pétrole des Etats-Unis et l’interruption de ce ravitaillement porterait un coup sévère à sa stratégie de sécurité pétrolière. En fait, la sécurité maritime est une préoccupation légitime aussi bien pour les nations africaines que pour les importateurs de pétrole en provenance de l’Afrique de l’Ouest. La piraterie, motivée par l’appât du gain, ainsi que l’insurrection dans le delta du Niger sont des menaces grandissantes sur la côte de l’Afrique de l’Ouest. Cependant, renforcer la capacité militaire du Nigeria et d’autres pays producteur de pétrole, sans prendre en compte les questions fondamentales de démocratie et de redistribution des richesses, ne va pas améliorer la sécurité des peuples africains ni servir les intérêts américains, ni favoriser le ravitaillement en pétrole. De même une solution militaire ne peut résoudre le problème de la piraterie dans l’Océan Indien et la Mer Rouge.
Les menaces citées par les responsables américains pour justifier AFRICOM ne sont pas imaginaires. Les réseaux de terrorisme globaux recherchent des alliés et des recrues à travers tout le continent africain, avec un impact potentiel au Moyen Orient, en Europe, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Afrique. Dans le delta du Niger, la production a été interrompue de façon répétée par les attaques des militants du ‘’Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger’’ (MEND). Plus généralement, l’insécurité crée un environnement favorable à la piraterie et au trafic de drogues et contribue à motiver les recrues potentielles des mouvements politiques extrémistes violents.
Cependant, il ne s’en suit pas que de telles menaces peuvent être effectivement contrées par un engagement militaire américain accru, même si la participation directe de troupes américaines est minimale. La focalisation sur le renforcement des capacités contre révolutionnaires des gouvernements africains avec l’assistance des Etats Unis détourne l’attention de questions plus fondamentales de résolution des conflits. Elle augmente également le risque de conflit et l’hostilité à l’égard des Etats-Unis.
Continuité ou changement ?
Est-ce que l’administration d’Obama va sérieusement réexaminer la politique africaine qu’elle a héritée de ses prédécesseurs ? Ou est-ce que continuité sera le mot-clé ? Les quelques indications que nous avons jusque là, qui proviennent des déclarations d’Obama au cours de sa campagne électorale, ainsi que de ses choix pour les postes-clé, pointent vers la continuité. Pourtant la mise à l’épreuve aura lieu en pratique lorsque les crises africaines auront forcé l’attention de l’administration quand bien même ses énergies sont principalement engagées avec des défis nationaux et internationaux prépondérants.
Les schémas du passé.
Au cours de sa campagne présidentiel, le sénateur Barak Obama a laissé entendre dans ses déclarations qu’il poursuivrait la politique de l’administration Bush en Afrique, y compris sur des questions de sécurité. En parallèle avec ces remarques importantes et en réponse à un questionnaire de la Fondation Leon Sullivan en septembre 2007, le candidat note qu’’’ il y aura des situations qui nécessiteront que les Etats-Unis travaillent avec leurs partenaires en Afrique afin de combattre le terrorisme avec des moyens létaux’’, laissant ainsi la porte ouverte à des attaques sur la Somalie.
Dans un article écrit pour AllAfrica.com en septembre 2008, Witney Schneidman, vice Secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires de l’Afrique dans l’administration Clinton et conseiller d’Obama pour l’Afrique, dit que la nouvelle administration ’’veut créer un programme de partenariat partagé afin de construire les infrastructures capables de fournir une formation anti-terroriste efficace et établir une base solide pour la coordination d’action contre Al Qaeda et ses affiliés en Afrique et ailleurs’’. Il ajoute que le programme ’’ comportera un volet pour le partage de l’information, des opérations, la sécurité frontalière, des programmes anti-corruption, de la technologie et la surveillance du financement du terrorisme’’. Schneidmann ajoute encore que ’’ dans le delta du Niger, nous devrions être plus engagés, non seulement dans la sécurité maritime, mais également travailler avec le gouvernement du Nigeria, de l’Union européenne, l’Union africaine et autres acteurs afin de stabiliser la région’’.
Dans le choix du général James Jones comme conseiller à la sécurité, Obama envoie un signal encore plus significatif. Comme commandant de l’OTAN et de l’EUCOM, de 2003 à 2006, le général Jones était un avocat enthousiaste de l’AFRICOM. Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, qui est bien placée pour défendre les approches multilatérales en faveur de la paix en Afrique a, néanmoins, endossé les attaques aériennes en Somalie décidée par l’administration Bush au moment de l’invasion éthiopienne. Et elle a été une avocate importante des actions bilatérales américaines au Darfour.
Le 9 février 2009, le Secrétaire d’Etat adjoint intérimaire, Phil Carter, s’adressant au centre d’études stratégique pour l’Afrique du Pentagone, a commencé son discours en affirmant qu’ ‘’ un des succès de politique étrangère de la précédente administration est en Afrique’’. Il décrit quatre priorités, commençant avec la ‘’ fourniture de programme d’assistance concernant la sécurité’’ pour des partenaires africains, suivi de la promotion de ‘’ système démocratique et de sa pratique’’,’’ une croissance économique de marché viable ‘’ et santé et développement social’’.
Bien qu’il aie commencé sa liste de priorité avec une référence à un soutien pour mettre un terme au conflit en Afrique et préconisé‘’ des solutions africaines aux problèmes africains’’, il est néanmoins significatif que la description des priorités de sécurité inclue l’augmentation de la capacité militaire et des opérations d’AFRICOM, sans qu’aucune mention soit faite de la diplomatie.
De telles indications ne permettent pas de présumer de changements significatifs de la stratégie de sécurité. Néanmoins, des militaires et des membres des services de renseignement reconnaissent la nécessité de donner plus de place à la diplomatie et au développement. La réaction favorable des Etats-Unis lors de l’élection de l’islamiste modéré Sheikh Sharif Ahmed comme président de la Somalie, signale potentiellement une approche nouvelle à cette crise complexe. Le nouveau directeur du National Intelligence, Dennis Blair a déclaré au Sénat lors de sa première évaluation des menaces que ‘’ la première menace de sécurité concernant les Etats-Unis consiste en la crise économique globale’’. L’évaluation de Blair comprenait les menaces traditionnelles incluant des groupes d’extrémistes s’adonnant au terrorisme, mais a aussi souligné la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas seulement traiter avec ‘’ des régions, des régimes et des crises’’ mais aussi de participer au développement de nouveaux systèmes multilatéraux..
Changer les priorités
Pour l’Afrique en particulier, la réalité appelle un ordre différent des priorités, reconnaissant la signification des menaces moins conventionnelles et l’inadéquation des réponses militaires simplistes. Dans un rapport paru en février de cette année, le TransAfrica Forum a demandé un nouveau cadre politique basé sur une intégration de la sécurité humaine Un tel cadre requiert une nouvelle façon de penser, d’insister sur la coopération multilatérale au détriment des initiatives unilatérales, de reconnaître un éventail large de menaces et non seulement celles provenant d’ennemis violents et d’investir dans les droits économiques et sociaux fondamentaux au dépens d’une confiance aveugle dans les lois du marché.
De telles prémisses pour une politique africaine menée par les Etats-Unis changeraient considérablement l’aspect de celle-ci par rapport à celle décrite par le Secrétaire d’Etat Adjoint Carter léguée par l’administration Bush, même si elle contient nombre d’éléments similaires. Dans les domaines économiques et du développement, on devrait suivre l’exemple de la réponse au sida qui est à la fois multilatérale et unilatérale afin de traiter les besoins de santé, d’éducation, alimentaires, d’infrastructures économiques et de l’environnement, avec chaque pays assumant sa part. Les Etats-Unis devraient ouvrir un authentique dialogue à propos du commerce et du développement au lieu d’imposer des politiques de marché rigides qui sont systématiquement biaisées en faveur des pays riches. Et l’administration devrait se référer à la grande communauté des Africains récemment immigrés aux Etats-Unis afin d’entendre leurs vues et obtenir leur contribution, nombre d’entre eux étant impliqués dans des projets familiaux et communautaires qui doivent aider leur pays.
Dans le domaine des questions traditionnelles de sécurité, les Etats-Unis devraient minimiser les engagements militaires bilatéraux en Afrique, lesquels risquant d’aspirer les USA dans des conflits locaux, en faveur d’une diplomatie multilatérale et d’opérations de maintien de la paix sans omettre de payer ce qu’ils restent devoir aux Nations Unies pour ces interventions.
Les Etats Unis devraient être attentifs et ne pas assister des régimes répressifs ni privilégier les relations entre militaires, mais au contraire favoriser le dialogue, non seulement avec le gouvernement en place, mais également avec la société civile. En bref, les Etats-Unis doivent revoir leur investissement dans les politiques anti-insurrectionnelles et la construction de réseaux d’influence de Washington auprès des establishment militaires africains, au profit d’une participation américaine dans un effort multilatéral pour améliorer la sécurité en Afrique.En théorie, les activités de l’AFRICOM, ainsi que les programmes de maintien de la paix administrés par le Département d’Etat, devraient être intégrés dans une politique globale, incluant les actions diplomatiques liés à des crises africaines en collaboration avec les partenaires de Nations Unies en charge des opérations de maintien de la paix ainsi qu’avec les Africains et les Européens. En pratique, comme l’ont souligné Victoria Holt et Michael McKinnon du centre Henry L. Stimson, les Etats-Unis sont ambivalents en ce qui concerne les actions multilatérales et ce, aussi bien sous l’administration Clinton que celle de Bush..
Tant les Démocrates que les Républicains ont approuvé et soutenu les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et de l’Union africaine. Mais les Etats-Unis restent devoir entre 700 millions à $1,5 milliards de dollars aux Nations Unis pour les opérations de maintien de la paix. Ils ont également ignoré les demandes urgentes pour un soutien logistique, comme des hélicoptères pour le Darfour. La coordination diplomatique en faveur de ces opérations au sein du gouvernement américain s’est avérée faible, cependant que les militaires sont opposés à la participation américaine dans des opérations multilatérales dont ils n’assumeraient pas le commandement.
Le programme le plus innovant favorisant le soutien pour les opérations de maintien de la paix multilatérale a été celui de l’Africa Contingency Operations and Assistance (ACOTA), administré par le Département d’Etat et qui fait partie du Global Peace Operations Initiative (GPOI) décidé par les leader du G8 en 2004. Ce programme a formé quelque 45 000 soldats pour les opérations de maintien de la paix depuis 2004, avec un éléments de ‘’ former le formateur’’ et qui est réputé être basé sur les critères des Nations Unies. Cependant il n’y a pas de preuve que ce programme ait été intégré dans une stratégie diplomatique américaine pour l’Afrique plus large ou qu’il contribue à augmenter les capacités des Nations Unies. Toutefois il y a lieu de nourrir quelques doutes quant aux intentions des militaires en relation avec ce programme qui est le fruit d’accords bilatéraux sous la responsabilité exclusive des USA, ceux-ci ayant aussi passé des accords bilatéraux, avec souvent les mêmes gouvernements, afin de former des troupes contre-révolutionnaires.
Les Etats-Unis ont des ressources, en particulier logistiques et financières, qui sont pertinentes pour les opérations de maintien de la paix et ils ont la responsabilité de contribuer équitablement, en tant que membre influent de la communauté internationale. Mais la garantie que ces ressources contribuent effectivement à la paix nécessite un nouveau cadre de référence, privilégiant la diplomatie multilatérale dans le cadre d’opération de maintien de la paix au détriment des programmes bilatéraux.
Les éléments pour un nouveau cadre de référence pour la sécurité
Un nouveau cadre de référence ne se construit pas en trouvant de nouvelles formules qui remplaceraient l’héritage qui mettait l’accent sur le renforcement des capacités de combat contre des insurgés ou des terroristes ou encore contre ce qui menacerait l’accès aux ressources naturelles. Il n’y a pas de formule unique valable pour tous ces pays actuellement en proie à des conflits violents, ou de formule adéquate pour répondre au large éventail de problèmes auxquels sont confrontés plus de 50 pays africains. De surcroît, les sérieux problèmes de l’Afrique ne seront pas résolus ni par les Etats-Unis ni pas la communauté internationale.
Néanmoins, il est important que les Etats-Unis ne créent pas de dommage et fassent une contribution significative afin de diminuer les menaces qui pèsent sur le continent. Lorsqu’il sera reconnu que la sécurité nationale des Etats-Unis dépend de la sécurité humaine des Africains, des éléments essentiels d’un tel cadre deviendront évidents. La mesure dans laquelle ces éléments seront incorporés dans la pratique ne dépendra pas seulement de la nouvelle administration à Washington, mais aussi de la capacité des Africains travaillant pour la paix et la justice sur le continent à tracer de nouveaux chemins et à se faire entendre.
(1) La priorité aux politiques à long terme incluant la sécurité humaine
A un niveau global, l’évaluation des menaces, telle que formulée par le directeur de National Intelligence, M. Blair, fait écho à une reconnaissance globale, selon laquelle ignorer la menace économique, environnementale et autres menaces non militaires, se fait à nos risques et périls. Les implications pour la politique en Afrique devraient être claires. L’hypothèse optimiste que les régions en développement pourraient être tenues à l’écart de la crise économique globale a été rapidement abandonnée. Bien qu’on ne puisse pas établir un lien direct entre les difficultés existentielles résultat de conditions économiques, environnementales ou de santé et la menace de conflits violents, il n’en reste pas moins qu’ignorer ces menaces, c’est courtiser le désastre. Investir dans le développement durable et des démocraties responsables, préserver l’environnement et promouvoir l’accès aux droits fondamentaux comme l’accès à la santé, à l’éducation, au logement n’est pas faire la charité. C’est seulement de la prudence. Les solutions en Afrique et aux Etats-Unis sont interconnectées.
Prenez l’exemple d’un seul secteur : celui de l’énergie et du réchauffement climatique. Le développement d’énergies alternatives aux Etats-Unis peut diminuer les besoins pétroliers et ainsi diminuer la nécessité de soutenir des régimes de pays producteur dont la performance en matière de Droits de l’Homme laisse à désirer. Il est également crucial de ralentir le processus de réchauffement climatique qui a déjà des conséquences graves sur l’environnement africain bien que l’Afrique ne produise que peu de gaz à effet de serres. En même temps, les Etats-Unis devraient soutenir les efforts qui visent à demander des comptes aux compagnie pétrolières et aux gouvernement quant à l’utilisation des revenus pétroliers, les encourageant à les investir pour le bénéfice de leur population et à développer des secteurs économiques moins vulnérables aux aléas de l’économie pétrolière.
Aucune de ces mesures n’est facile à appliquer. Elles ne sont pas davantage la solution aux conflits qui secouent des régions sensibles, productrices de pétrole, tel le delta du Niger. Mais le fait est qu’aucune autre approche n’a de chance d’être viable. Mettre l’accent sur la lutte contre l’insurrection ne représente nullement un raccourci. Dans un tel contexte, fournir une assistance militaire américaine, c’est mettre de l’huile sur le feu.
Plus généralement, la politique américaine envers chaque région du continent- y inclus des pays stratégiques comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie, l’Egypte, l’Ethiopie, le Kenya et la République démocratique du Congo- doit privilégier la coopération et le dialogue sur tous les sujets ayant trait à la sécurité humaine au détriment de relations entre militaires. Il est essentiel de stimuler l’émergence de nouvelles opportunités de dialogue pour les sociétés et les gouvernements afin de trouver des solutions communes aux problèmes de la sécurité humaine.(voir ci-dessous)
(2) Prêter attention aux crises mais éviter l’approche de la solution unique
Les gouvernements ne peuvent se payer le luxe de ne prêter attention qu’aux problèmes structurels du long terme. Les crises immédiates réclament des réponses. Les conflits violents ou les Etats en faillite ont des conséquences non seulement en termes de vies perdues et pour les Etats directement impliqués, mais aussi pour la région et pour le continent dans son ensemble. Le coût de la réponse humanitaire pour la communauté internationale augmente proportionnellement aux délais d’intervention. L’explosion du nombre d’actes de piraterie dans l’Océan Indien et le Golfe de Guinée rappelle au monde les conséquences économiques et humanitaires. Dans des zones de conflits, les investissements personnel ou collectif dans des infrastructures de santé ou d’éducation peuvent être balayées en l’espace de quelques mois.
La liste des points les plus chauds en Afrique sont bien connues : le Soudan (y compris mais pas exclusivement le Darfour), la Somalie, la République démocratique du Congo, le Zimbabwe. Ailleurs, loin des projecteurs des médias, le feu couve sous la cendre au Tchad, en Côte d’Ivoire et en Ouganda pour ne mentionner que ceux-là. Dans chaque cas, ce ne sont pas seulement les pays et leurs voisins immédiats qui sont impliqués. D’autres acteurs comme les organisations africaines régionales, l’Union africaine, les Nations Unies et les grandes puissances comme les Etats-Unis sont sollicités. Et les réponses- ou l’absence de réponse- ont de l’importance. Mais aucune solution unique – la même pour tous- ne peut avoir de sens et ce n’est certainement pas le modèle de l’AFRICOM, centré sur la lutte contre l’insurrection, qui va apporter la réponse.
En façonnant un mélange de diplomatie, de pression, d’actions humanitaires et de maintien de la paix qui semblent le plus à même d’aboutir dans un cas particulier, une approche unilatérale des Etats Unis va certainement courir à l’échec. Mais défendre le point de vue ‘’ des solutions africaines pour des problèmes africains’’ est un truc de rhétorique plus qu’une réelle alternative. Les leaders africains doivent faire partie de la solution et, à quelques exceptions près, la diplomatie doit inclure toutes les parties aux conflits, même ceux coupables d’agressions ou de violations des Droits de l’Homme. Mais les Etats les plus proches du conflit et influents dans les organisations régionales ont aussi leurs propres intérêts. Même lorsqu’il y a un consensus, comme dans le cas de la mise sur pied de la mission de l’Union africaine au Darfour, les ressources peuvent faire défaut, mettant d’emblée la solution en échec.
Bien que les capacités institutionnelles de l’Union africaine pour les opérations de maintien de la paix aient augmenté, comme pour les Nations Unies, son efficacité dépends des Etats- membres et des compromis politiques de ses chefs. La nomination de Muammar Qaddafi de Libye comme président de l’Union africaine pour 2009, par exemple, ne va probablement pas favoriser une augmentation de capacité pour des opérations de maintien de la paix.
Le temps de considérer les chefs d’Etat africains comme seuls interlocuteurs ou d’espérer que le remplacement d’un chef d’Etat par un autre apportera la solution, est depuis longtemps révolu. Trouver le meilleur chemin pour résoudre les problèmes structurels de l’Afrique, nécessite de regarder au-delà des chefs. Les ressources africaines pour le changement et pour le leadership se trouvent aussi au cœur de la société civile, parmi les leaders à la retraite et les sages, parmi les professionnels travaillant au gouvernement ou dans des organisations multilatérales, y compris des diplomates et des militaires. Le défi pour les Etats-Unis est de s’engager activement dans la réponse aux crises, en y apportant des ressources, mais sans croire qu’il soit possible ou sage pour les Etats Unis de vouloir dominer.
(3) Renforcer les capacités pour faire et maintenir la paix
Plutôt que de mettre l’accent sur l’établissement de relations bilatérales avec l’Afrique, tel qu’incarné dans l’AFRICOM, la politique de sécurité des Etats Unis à l’intention de l’Afrique devrait concentrer ses efforts sur le renforcement de la capacité institutionnelle des Nations Unies et favoriser la relation avec des institutions africaines régionales qui mènent à bien des programmes des Nations Unies de stimulation des capacités. En même, les Etats Unis devraient s’assurer que leur politique et leurs opérations en faveur de l’Afrique, ainsi que celles des Nations Unies, soient transparentes et accessibles à l’examen des institutions législatives et de la société civile en Afrique, aux Etats-Unis et à d’autres pays concernés.
Cette proposition en faveur d’une nouvelle orientation n’est nullement basée sur l’hypothèse que les Nations Unies ont des réponses toutes prêtes pour les crises africaines. Au contraire. Dans sa déclaration du 23 février, le sous secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, a expliqué au Conseil de Sécurité que les capacités de maintien de la paix de l’organisation sont débordées et que dans plusieurs situations acculées à la faillite.. Alors que le Conseil de Sécurité vient justement de voter en faveur de deux nouveaux mandats, pour le Tchad et la Somalie, il s’avère que les soldats des missions en République démocratique du Congo et au Soudan ont reçu des mandats qui dépassent leur capacité. ‘’Nous sommes débordés au plan opérationnel et, je pense que nous sommes débordés aussi au plan politique ‘’ a-t-il ajouté ‘’ Il y a, maintenant, une tension constante entre les mandats et les ressources, entre les attentes et la capacité de réponse’’
Néanmoins, même un gouvernement, aussi viscéralement opposé au multilatéralisme que l’administration sortante de M. Bush, a estimé que les opérations de maintien de la paix des Nations Unies étaient une ressource essentielle. Les actions des Nations Unies seront toujours dépendantes du bon vouloir des gouvernements et vulnérables à l’indécision et aux retards bureaucratiques. Mais il est grand temps de renforcer ses capacités de faire et maintenir la paix. L’opinion publique dans le monde entier - aux Etats Unis aussi - s’est depuis longtemps prononcée en faveur de plus de responsabilité et de ressources pour les Nations Unies.
A la fin 2006, un sondage d’opinion dans 14 pays a révélé que 64 % de la population en différentes régions se sont prononcé en faveur ‘’ d’une force de maintien de la paix permanente sélectionnée, entraînée et commandée par les Nations Unies’’ Ce même sondage d’opinion montre que 72% de citoyens américains sont du même avis. Cependant que les politiciens cultivent le stéréotype du scepticisme du citoyen américain à l’égard des Nations Unies, les sondages d’opinion révèlent avec constance que l’opinion publique lui est favorable, y compris le paiement des cotisations. (Voir Benjamin Page et Marshall Bouton, The foreign policy disconnect, Université de Chicago Press, 2006)
Renforcer les capacités de maintien de la paix des Nations Unies n’implique pas seulement la mise à disposition de ressources, mais aussi une surveillance interne et externe afin de déceler la corruption et les abus, comme c’est le cas pour les gouvernements en Afrique et aux Etats-Unis. Le cadre pour une sécurité humaine globale, présenté par TransAfrica Forum en février, par exemple, réclame de nouveaux mécanismes qui permettent à la société civile et au pouvoir législatif le droit de regard et d’intervention aussi bien pour les gouvernement des USA que par les agences multilatérales.
Malgré les attentes pour du changement, il est probable que ceux concernant la politique de sécurité pour l’Afrique de l’administration Obama n’émergent que par fragment (si même ils émergent), après la nomination des cadres intermédiaires et après avoir passé en revue les politiques de toutes les agences. La popularité du nouveau président et la somme de problèmes internes et globaux auxquels il a à faire face vont probablement offrir à cette administration de nombreuses opportunités avant que la désillusion ne se fasse jour. Mais les évènements sur le terrain ne permettent pas des délais indéfinis. Il va bientôt devenir apparent, en Somalie, au Soudan en République démocratique du Congo et peut-être dans d’autres crises actuellement imprévisibles, dans quelle mesure l’espoir que les Africains ont placé dans le président Obama sera justifié, dans les changements qu’il apportera et qui feront la différence pour les Africains
* Daniel Volman est le directeur de l’African Research Project et un membre du conseil d’administration de l’Association of concerned Africa Scholars. William Minter est l’éditeur de AfricaFocus Bulletin et co-éditeur, avec gail Hovey and Charles Cobb Jr of ‘’ No easy victory : African liberation and American activist over half a century, 1950-2000 (Africa world press, 2007)
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceLa récente décision du gouvernement sud-africain de refuser l’entrée dans le pays au Dalaï-lama, pour participer à une conférence, a suscité, en Afrique du Sud, une indignation publique. La présidence de la République, dans l’œil du cyclone de l’opinion publique internationale et nationale, s’est défendue en soutenant que « le gouvernement sud-africain n’a pas des problèmes avec le Dalaï-lama, mais a aujourd’hui le monde entier à focalisé son attention sur le pays parce qu’il va accueillir la Coupe du monde de football en 2010. Nous voulons que l’attention du monde puisse rester focalisée sur l’Afrique du Sud… (Or) une visite du Dalaï-lama pourrait faire glisser cette attention vers la question du Tibet. »
Cette déclaration a gêné beaucoup de personnes. On peut même parler d’un faux-pas diplomatique, avec un effet totalement contraire à ce qui avait été prévu. Ainsi, tout cela a attisé des spéculations sur le rôle que la Chine a réellement joué sur la décision prise. Spéculations renforcées par des révélations, sur un avertissement chinois au gouvernement sud-africain, soutenant qu’inviter le Dalaï-lama aurait-pu avoir une incidence négative sur les rapports commerciaux entre les deux pays.
Quel que soit la réelle motivation de cette décision, elle a eu pour résultat d’augmenter l’intérêt sur la question. La politique chinoise de non-interférence et de sauvegarde de la souveraineté des autres pays s’avère ainsi contradictoire avec l’intérêt de Pékin à défendre ce qui passe pour un principe interne : « Tous le pays doivent respecter la souveraineté de la Chine et sa propre intégrité territoriale et refuser l’indépendance du Tibet. En cela, nous apprécierons fortement toutes les mesures appropriées prisent par les autres pays », a ainsi souligné Qin Gang, le porte-parole du Ministre aux Affaires Etrangers.
S’il est vrai que chaque pays doit défendre sa propre souveraineté et son intégrité territoriale, ce principe doit être respecté pour tous les autres pays. Or, la préoccupation soulevée par la question du Dalaï-lama n’a été pas interprétée dans cette optique. Et les préoccupations qui en découlent ne touchent pas seulement les relations entre la République Sud-Africaine et la Chine, mais tout le continent africain.
Dans un débat radiophonique sur la question, l’opinion publique sud-africaine a laissé entendre son souci de voir que la Chine use de son influence économique pour empêcher le gouvernement sud-africain de développer une politique étrangère indépendante. Des auditeurs ont même dénoncé la Chine comme un « nouveau colonisateur de l’Afrique », usant de la logique selon laquelle « qui paye doit décider ». De tout cela est restée une expression devenue célèbre : « Le gouvernement sud-africain a baissé les pantalons devant les Chinois ».
Dans cette affaire, on se pose aussi la question de savoir s’il n’y a pas une possible corrélation avec l’accord signé entre l’ANC et le Parti Communiste Chinois vers la fin 2008. Des insinuations sont ainsi faites, selon lesquelles le Gouvernement de Pékin aurait supporté financièrement la campagne électorale de l’ANC. Certains commentateurs ont aussi perçu le lancement de la branche sud-africaine du Fonds de Développement Sino-Africain comme un un accord fortement soutenu par l’ANC. Ces ‘coïncidences’ n’ont pas rassurés l’opinion publique sud-africaine par rapport à l’indépendance du gouvernement dans ses décisions.
Cela mène à une deuxième question : qui prend vraiment les décisions concernant les questions susmentionnées et particulièrement qui décide de l’intérêt national sud-africain ? En fait, il y a confusion sur le fait de savoir si cette décision a été prise avec l’approbation entière du cabinet sud-africain. Barbara Hogan, le ministre de la Santé, a publiquement désapprouvé cette décision et souligné que « le fait que le gouvernement a refusé l’entrée dans le pays au Dalaï-lama est un exemple de négation des droits humains » et qu‘…il doit s’excuser devant les citoyens de cette nation, car c’est en leur nom qu’une grande personnalité qu’a combattu pour les droits de son pays a été interdit d’entrée dans le pays’.
C’est là que repose le dilemme que beaucoup des gouvernements africains sont forcés d’affronter quand ils doivent rendre publiques leurs relations avec la Chine ou avec des autres acteurs. Les timides réactions notées de la plupart des gouvernements africains et notamment par l’Afrique du Sud, montrent que la société civile africaine ne pèse pas encore assez et porte à formuler des sinistres perspectives sur les rapports sino-africains. Il s’agit d’une de ces fâcheuses situations qui déclenchent et renforcent, dans la société africaine, les plus virulents et violent sentiments antichinois. Avec comme exemple de conséquences, les menaces que les ouvriers chinois doivent affronter dans certains pays comme l’Ethiopie et le Nigeria.
Soulignant que la question du Dalaï-lama est un test pour la crédibilité de la politique étrangère sud-africaine, et soulignant la fragilité des rapports entre droits humains et nécessites géopolitiques, Francis Kornegay a mis l’accent sur le risque que la décision sud-africaine « puisse être vue comme un signal de subordination du continent africain vis-à-vis de la Chine qui va inexorablement vers l’incorporation de l’Afrique dans une version moderne de son ancienne sphère d’influence ». Dès lors, se pose une question fondamentale : Est-ce que l’Afrique a une politique vis-à-vis de la Chine ? Ou elle est en train d’être définie chemin faisant ? Qui est le vrai vainqueur dans ce partenariat ? Quels sont les intérêts qu’ont été assurés ? Et quel rôle auront les revendications de justice sociale des citoyens africains dans cette coopération ? Ces questions renforcent les perceptions selon lesquelles le partenariat sino-africain est géré par des élites qui, par moments, se font les porte-parole des Africains et des communautés, mais qui imposent leurs vues sur les dossiers majeurs.
Quelle leçon tirer de tout ca ?
Premièrement, il y a des implications évidentes concernant la définition des politiques étrangères sud-africaines, la transparence du financement des partis et le rapport de force entre le développement de l’économie et le développement des droits humains.
Deuxièmement, la réelle leçon que peut être tirée de cet épisode est que le partenariat sino-africain mérite d’être reformulé afin de combattre l’impression selon laquelle elle ne peut être autre entre le gouvernement chinois et la majorité des gouvernements africains. Cela veut dire que le respect pour la souveraineté nationale doit être un droit, tant pour la Chine que pour les pays africains. Et l’existence de ce principe signifie que les droits des peuples africains ne doivent être compromis, particulièrement sur des questions dans lesquelles ils ne sont pas d’accord avec la ligne du gouvernement.
Troisièmement, et chose importante, les conséquences diplomatiques des relations entre deux pays (comme le refroidissement des relations entre la Chine et la France après la rencontre entre le président Sarkozy et le Dalaï-lama) ne doivent pas être considérées comme un précédent politique. Les modalités d’interprétation et d’actions pragmatiques au niveau des choix politiques peuvent faire survivre les relations diplomatiques dans les situations de divergences politiques. Un exemple demeure la rencontre entre le Premier ministre Gordon Brown et le Dalaï-lama, alors en Grande Bretagne pour visiter l’Archevêque de Canterbury. La rencontre n’a eu pas lieu à Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre, mais dans la résidence de l’Archevêque - une manière de dire que le Premier ministre Anglais avait rencontré le Dalaï-lama en tant qu’homme de religion et pas comme un homme politique. Ainsi, il n’y eut aucune rupture politique entre l’Angleterre et la Chine.
Mais, le plus grand défi pour reformuler les rapports entre l’Afrique et la Chine réside dans la nécessité de se souvenir du peuple africain. Si, comme l’a assuré M. Chen Yuan, le PDG de la Banque de Développement Chinoise, à l’occasionde la cérémonie d’ouverture de la branche sud-africaine de la banque, le Fonds de Développement Sino-africain « encouragera les compagnies chinoises à investir dans plusieurs entreprises, afin d’aider à améliorer la qualité de vie pour les Africains, alors le premier pas ne devra absolument pas être une diplomatie sous le signe du kung-fu.
* Sanusha Naidu est directeur de la Recherche du programme « La Chine en Afrique », à Fahamu
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernancePrésidente de la Délégation ivoirienne des Organisations de la Société civile d’Afrique Francophone (OSCAF) à la 53e Session de l’ONU sur le statut de la femme, qui a eu lieu à New York du 2 au 13 mars 2009, Eliane Ekra attire l’attention sur le fait que le travail des femmes est constamment sous-évalué. Se référant à la déclaration rendue publique à la fin des travaux, elle précise également que « l’objectif du partage égal des responsabilités, au niveau de la famille et des soins, en particulier dans le contexte du VIH/sida, ne pourra pas être atteint tant que les gouvernements ne s’engageront pas fermement à accroître et maintenir un financement public prévisible en faveur des services essentiels que sont l’eau, la santé et l’éducation ».
Les statistiques sont alarmantes. Aujourd'hui, 50 % des personnes infectées par le VIH sont des femmes. Rien qu'en Afrique subsaharienne, 58 % des séropositifs sont des femmes. Il y a dix ans, a expliqué Mme Noeleen Heyzer, directrice exécutive du Fonds de développement des Nations unies pour la femme, « les femmes étaient à la périphérie de l'épidémie. Aujourd'hui, elles sont à son épicentre. La situation est particulièrement alarmante pour les jeunes femmes du monde en développement qui, dans la tranche des 15-25 ans, ont un taux d'infection qui est le double de celui des jeunes hommes ». (…) Or, les effets dévastateurs du sida sur les femmes coûtent très cher à la société.
Le Secrétaire général de l'ONU a, quant à lui, affirmé que des changements fondamentaux qui donneraient plus de pouvoir et de confiance aux femmes et aux jeunes filles et transformeraient les relations entre hommes et femmes étaient nécessaires. Selon lui, certaines des stratégies actuelles de prévention, telles que l'incitation à l'abstinence, à la fidélité et à l'usage de préservatifs n'ont aucun sens dans des situations où les abus sexuels et la violence sont monnaie courante. Le mariage n'est pas non plus une méthode garantie de prévention de la propagation du VIH.
Un autre constat dégagé des interventions, montre que, à cause du sida, les femmes pauvres se retrouvent dans une situation économique encore plus précaire : elles sont souvent privées de leurs droits en matière de logement, de propriété ou d'héritage, voire d'accès à des services médicaux adéquats. De plus, nous savons que, dans la vaste majorité des cas, ce sont les femmes qui quittent leur emploi pour s’occuper d’un proche, avec d’importantes conséquences pour leur autonomie économique, ou encore, elles sont forcées d'abandonner leurs études pour soigner un parent malade, s'occuper du ménage ou subvenir aux besoins de leur famille et leurs propres enfants, qui à leur tour, ont moins de chances d'aller à l'école et courent davantage de risques d'être infectés.
D’où l’importance de la question de l’autonomie économique, sociale et politique des femmes. Une autonomie pour laquelle certains gouvernements restent aphones.
La crise économique mondiale risque d’aggraver la situation des femmes, compte tenu des inégalités structurelles du marché du travail. Il est donc important de ne pas seulement parler du droit des femmes au travail, mais bien du droit à un travail « décent » et insister sur la ratification et la mise en œuvre des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur l’égalité de rémunération, sur la discrimination en matière d’emploi et sur la protection de la maternité. Par ailleurs, le Comité africain a soutenu le plaidoyer des femmes d’Amérique latine en soulignant que les Etats doivent remplir, en dépit de la crise financière, les obligations sociales. Exemple : une éducation publique de qualité, comme outil de mobilité sociale pour briser le cycle de la pauvreté.
Les femmes des pays en guerre avec à leur tête, Ticky Monekosso, journaliste-chercheur, membre fondateur de Femmes-Afrique-Solidarité ont réclamé la révision de la résolution 1325 du Conseil National de Sécurité des Nations Unies qui a trait aux femmes dans les pays en conflits, de même que leur vulnérabilité face au VIH/SIDA. Elles ont souligné la faible nature de cet instrument qui n’oblige pas les gouvernements à rendre des comptes par rapport à leurs actions et le manque de mesures sérieuses à l’encontre du personnel de maintien de la paix « qui transmettent parfois à des femmes et des jeunes filles, le VIH/ SIDA et les abandonnent avec leurs bébés lorsqu’ils regagnent leurs pays ».
Dans tous les cas, plusieurs spécialistes ont désigné six domaines nécessitant des efforts de la part des décideurs pour obtenir réellement des résultats dans cette recherche de partage des responsabilités entre hommes et femmes:
- Fonder des démarches préventives sur les réalités de la vie des femmes.
- Réduire la violence contre les femmes.
- Protéger les droits des femmes à la propriété et à l'éducation.
- Octroyer aux femmes, des soins et traitements de qualité égale à ceux des hommes.
- Mobiliser les responsables publics contre la stigmatisation des victimes du sida.
- Affecter des ressources suffisantes aux activités des organisations féminines.* Dr Ekra Eliane est Présidente de Business Professional Women (BPW Abidjan –Côte d’Ivoire). Elle a dirigé la délégation ivoirienne à la 53e Session de l’ONU sur le statut de la femme, avec comme thème principal «Le partage des responsabilités entre femmes et hommes, notamment pour les soins dispensés dans le contexte du VIH/SIDA».
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Genre & MinoritéLa politique américaine concernant l’Afrique ne fait pas souvent l’actualité. Aujourd’hui, elle ne peut plus être occultée. Avec la mise en place d’un commandement militaire pour l’Afrique, AFRICOM, sous le magistère de George Bush, les Etats Unis ont placé le continent dans le spectre des zones sensibles pour leur sécurité. Avec de nombreuses ambiguïtés quant aux missions et interventions dévolues à ce commandement opérationnel en Afrique.
Pour les analystes Daniel Volman et William Minter (in «Foreing Office in Focus») l’administration Obama a hérité d’un « monstre » à double face devant lequel il lui faudrait un choix clair : mettre l’accent sur la guerre contre le terrorisme et pour l’accès aux ressources naturelles ou donner la priorité à l’amélioration de la capacité multilatérale de l’Afrique à répondre à ses propres besoins urgents de sécurité ?
A la fin de la cérémonie d’investiture du président Barak Obama, le leader des droit civiques, le Révérend Joseph Lowery, a appelé de ses vœux le jour où ‘’ les nations ne prendront pas l’épée contre les nations, lorsque les tanks deviendront des tracteurs’’. Personne ne s’attend à ce que cette vision utopique devienne réalité dans un avenir proche. Mais tant Obama que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton se sont exprimés avec éloquence quant à la nécessité de faire prévaloir la diplomatie plutôt qu’un agenda militaire exclusif. Lors de la cérémonie de confirmation, Mme Clinton a insisté sur la nécessité d’user d’un ‘’pouvoir intelligent’’, faisant, peut-être par inadvertance, écho à l’opposition d’Obama à la guerre en Irak qualifiée de ‘’guerre idiote’’. Même les militaires du sommet de la hiérarchie, tel le chef d’état major des Forces Armées, Mike Mullen, ont mis en garde contre la militarisation excessive de la politique étrangère américaine.
En pratique, ce changement d’orientation va certainement s’avérer plein de contradictions. A un niveau global, le défi le plus immédiat à la crédibilité du changement de politique étrangère américaine se situe en Afghanistan où l’augmentation promise de troupes a peu de chance de stabiliser le pays qui risque de devenir le ‘’Vietnam’’ d’Obama. La politique concernant l’Afrique n’est pas généralement dans le domaine public. Néanmoins, la nouvelle administration se trouve devant un choix clair. La politique de sécurité, que les Etats-Unis mènent de facto en Afrique, va-t-elle mettre l’accent sur la guerre contre le terrorisme et pour l’accès aux ressources naturelles et privilégier les relations militaires bilatérales avec des pays africains ? Ou est-ce que les Etats-Unis vont donner la priorité à l’amélioration de la capacité multilatérale de l’Afrique à répondre à ses propres besoins urgents de sécurité ?
Le choix de la première option ne ferait que miner plutôt qu’améliorer la sécurité aussi bien des Etats-Unis que de l’Afrique. Choisir la deuxième option ne sera pas facile. Il n’y a pas de solution miracle. Toutefois, il est nécessaire que les politiciens considèrent sous un angle plus large les besoins de sécurité de l’Afrique et favorisent l’approche multilatérale pour les aborder.
Le besoin d’action immédiate pour promouvoir la paix en Afrique est clair. Bien qu’une bonne partie du continent soit en paix, il y a de vastes régions en proie à la violence et à l’insécurité, très particulièrement au Soudan, en République démocratique du Congo et en Somalie. Ces crises ne nécessitent pas seulement un effort diplomatique soutenu, mais également des ressources pour établir et maintenir la paix. Pourtant, l’administration Bush a légué au nouveau président une nouvelle force militaire pour l’Afrique : The United States Africa Command, connu sous l’acronyme de AFRICOM. En même temps, Washington a privé de ressources les Nations Unies et d’autres institutions multilatérales tout en leur confiant d’énormes responsabilités de maintien de la paix.
Le gouvernement a présenté AFRICOM comme une restructuration efficace des institutions ainsi que comme un programme bienveillant de soutien aux gouvernements africains pour des opérations humanitaires ou de sécurité. En réalité, ceci représente une institutionnalisation et une augmentation du financement du modèle de relations militaires bilatérales, une répétition des erreurs de la Guerre Froide. Ceci risque d’entraîner plus profondément les Etats-Unis dans des conflits, de renforcer ses liens avec des pouvoirs répressifs, d’excuser des violations des Droits de l’Homme plutôt que de promouvoir un multilatéralisme viable pour l’établissement et le maintien de la paix. Avec pour corollaire le détournement des maigres ressources budgétaires, il générera du ressentiment et minera les intérêts à long terme des Etats-Unis.
Façonner une nouvelle politique de sécurité des Etats-Unis requiert plus qu’un petit coup de barre vers une diplomatie plus active. Il est nécessaire de remettre en cause le cadre de référence concernant la sécurité hérité et d’en façonner un nouveau qui intègre les intérêts de sécurité des Etats Unis et de l’Afrique dans une perspective plus large, incluant la sécurité humaine. En particulier, il est requis que les Etats-Unis transforment une approche principalement bilatérale et militaire en une approche qui donne la priorité aux actions conjointes, aussi bien avec l’Afrique qu’avec des partenaires globaux.
AFRICOM, en théorie et en pratique.
A en croire leurs fréquents communiqués de presse, AFRICOM et les programmes associés tel Africa Partnership Station de la Navy sont principalement axés sur les relations communautaires et des projets de renforcement des capacités tel le sauvetage ou la lutte contre l’incendie, la formation de marins africains, la construction de cliniques et d’écoles et autres efforts de même nature.’’ Le but d’AFRICOM est d’aider les Africains à augmenter leur capacité à défendre leur propre sécurité’’, affirmait la vice-assistante du Secrétaire à la Défense, Thérésa Whelan, dans un communiqué officiel typique. Les champions d’AFRICOM poursuivent en soulignant l’importance de l’intégration de programmes humanitaires et de développement dans les programmes opérationnelles.
Les porte-parole du Pentagone décrivent AFRICOM comme une restructuration bureaucratique logique qui garantira à l’Afrique l’attention qu’elle mérite. Ils insistent qu’AFRICOM n’établira pas les priorités de la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Afrique ou n’augmentera pas l’influence du Pentagone au détriment des institutions civiles. Témoignant devant le Comité des Affaires Etrangères du Sénat en août 2007, Whelan nie qu’AFRICOM a été créé ‘’ seulement pour lutter contre le terrorisme, ou s’assurer les ressources en pétrole ou décourager la Chine’’. Elle rétorque : ‘’ ceci n’est pas vrai’’
Mais d’autres déclarations, faites par Whelan elle-même, par le général William ‘’Kip’’ Ward, général 4 étoiles Afro-Américain qui commande l’AFRICOM, ainsi que par le vice amiral Robert Moeller, son adjoint, présentent les priorités d’AFRICOM en termes beaucoup plus conventionnels. Dans un briefing aux officiers du Commandement européen en mars 2004, Whelan a déclaré que les priorités du Pentagone en Afrique sont de ‘’ prévenir l’établissement, démanteler ou détruire les groupes terroristes ; mettre un terme à la prolifération des armes de destruction massive; assurer l’évacuation de citoyens américains en danger ; assurer l’accès à des ressources stratégiques, des réseaux de communications et des bases avancées pour le ravitaillement en carburant’’ en Afrique.
Le 19 février 2008, Moeller déclarait lors d’une conférence d’AFRICOM, que protéger ‘’ la libre circulation des ressources naturelles de l’Afrique vers le marché global’’ était un des principes directeur de l’AFRICOM, citant’’ l’interruption de l’approvisionnement en pétrole’’, ‘’ le terrorisme’’ et’’ l’influence croissante de la Chine’’ comme des défis importants aux intérêts des Etats-Unis en Afrique.
Comparaissant devant le House Armed Services Committee, le 13 mars 2008, le général Ward s’est fait l’écho des mêmes propos et a identifié le combat contre le terrorisme comme étant l’objectif principal d’AFRICOM dans tous les théâtres d’opération. Ward a à peine mentionné le développement, l’aide humanitaire ou la résolution des conflits. Le discours officiel des ETATS UNIS concernant l’AFRICOM n’implique pas de discussions en parallèles avec les Nations Unies et l’Union Africaine à propos du renforcement multilatéral des capacités de maintien de la paix. D’une manière frappante, il n’y a eu aucune consultation officielle à propos de ce nouveau commandement, ni avec les Nations Unies ni avec l’Union Africaine, avant que celui-ci ne soit annoncé en 2006.
En pratique, AFRICOM, qui est devenu un commandement combattant indépendant le 1er octobre 2008, avec son quartier général à Stuttgart, Allemagne, est construit selon le schéma des commandements militaires américains tels qu’ils se présentent partout dans le monde. Bien qu’AFRICOM connaisse moins d’opérations de combats que les guerres qui tombent sous le commandement de CENTCOM en Irak et en Afghanistan, ses objectifs et ses programmes sont plus conventionnels que ce que l’image construite par leur service de relations publiques laisse entendre.
Le Pentagone a maintenant six commandements géographiquement ciblé s- chacun dirigé par une général 4 étoiles ou un amiral- : l’Afrique (AFRICOM), le Moyen Orient et l’Asie centrale (Commandement central ou CENTCOM), l’Europe et l’ancienne Union Soviétique (European Command ou EUCOM), l’océan Pacifique, l’Asie de l’Est et du Sud (Pacific Command ou PACOM), le Mexique, le Canada, les Etats-Unis (Northern command ou NORTCOM) et l’Amérique centrale et du Sud (Southern Command ou SOUTHCOM), ainsi que d’autres qui ont des responsabilités fonctionnelles comme les Forces Spéciales et les armes nucléaires.
Avant qu’AFRICOM ne soit établi, les opérations militaires américaines en Afrique se trouvaient sous trois commandements différents. EUCOM s’occupait de la majeure partie de l’Afrique ; l’Egypte et la Corne de l’Afrique restaient sous l’autorité de CENTCOM (L’Egypte reste sous l’autorité de CENTCOM plutôt que celle de l’AFRICOM) ; Madagascar et les îles de l’Océan Indien sont la responsabilité de PACOM. Les responsabilités principales de chacun de ces trois corps concernaient d’autres régions du monde qui avaient la priorité sur l’Afrique et n’avaient que peu de personnel, de rang intermédiaire, dédié à l’Afrique.
Ceci reflétait le fait que l’Afrique n’était vue que comme un théâtre régional au cours de la Guerre Froide, un appendice des relations américano-européennes ou, immédiatement après la Guerre Froide, un région sans grand intérêt pour les Etats-Unis. Mais l’importance de l’Afrique dans les affaires militaires et de sécurité américaines a pris un essor considérable au cours de l’administration Bush, en réaction tant au terrorisme global qu’à l’importance croissante des ressources pétrolières africaines
Le nouveau plan stratégique pour l’Afrique souligne l’importance, par-dessus tout, de la menace du terrorisme global, du risque posé par les systèmes étatiques faibles, ‘’ les espaces vides’’ ainsi que les pays avec une forte proportion de Musulmans, comme étant des territoires vulnérables où les terroristes pourraient trouver refuge et un soutien politiques. Ce plan est fondamentalement défectueux. Personne ne nie qu’Al Qaeda a trouvé des adhérents et des groupes alliés en Afrique, comme l’ont démontré les attentats contres les ambassades américaines à Nairobi et à Dar Es Salam en 1998. Mais l’idéologie islamiste n’a qu’un impact limité parmi les musulmans africains. Même dans des pays où les extrémistes musulmans sont au pouvoir, où l’on trouve des insurgés (comme en Algérie, au Soudan et en Somalie), la focalisation demeure sur les questions locales plutôt que sur un conflit global.
Des analystes des insurrections tel Robert Berschinski et David Kilcullen ont mis en garde contre l’intégration de différentes groupes insurrectionnelles dans un tableau de terrorisme global, celle-ci faisant le jeu d’Al-Qaeda, lui permettant de plus facilement courtiser ces groupes. Des actions militaires brutales comme des attaques aériennes qui tuent des civils et collabore avec les forces contre révolutionnaires des régimes en place, loin de diminuer la menace du terrorisme, contribue à l’accroître.
Bien qu’AFRICOM soit une instance nouvelle, il y a déjà une accumulation de preuves qui montrent que l’AFRICOM est en fait en train de poursuivre une telle politique. Rien ne prouve que cette politique contribue à la sécurité des Etats-Unis ou de l’Afrique. Au contraire, il y a des indications significatives qu’elle est contre productive en aggravant l’insécurité en Afrique et en stimulant les menaces potentielles contre les intérêts américains.
L’exemple de la Somalie
L’exemple le plus significatif de l’implication militaire américaine en Afrique a été le ‘’Combined Joint Task Force-Horn of Africa’’ ( CJTF-HOA). Sans se prononcer pour une attribution lors d’une conférence au début 2008, un supérieur d’AFRICOM cite le CTJF-HA, qui avait pris la tête de l’engagement américain en Somalie, comme un modèle pour les opérations d’AFRICOM ailleurs sur le continent. En octobre 2002, CENTCOM a joué un rôle majeur dans la création de cette task force, destinée à conduire des patrouilles navales et aériennes dans la mer Rouge, le golfe d’Aden et dans l’est de l’Océan Indien, dans le but de contrer les activités de groupes terroristes dans la région. Le commandement de la CJTF-HOA a été transféré à l’AFRICOM dès le 1er octobre 2008.
Basé depuis 2002 au camp Lemonier à Djibouti, le CJTF-HOA comprend environ 1400 militaires américains- principalement des matelots, des Marines et des forces spéciales. Suite à un accord de cinq ans signé en 1997, la base s’est étendue sur 500 acres (environ 250 hectares). En plus, le CJTF-HOA a établi trois bases permanentes gérant les imprévus et les urgences qui ont servi lors des attaques en Somalie, une à la base navale de Manda Bay au Kenya et les deux autres a Hurso et Bilate en Ethiopie. Une task force de la Navy américaine, spécialisée dans les ‘’guerres spéciales’’ a été déployée récemment à Manda Bay où elle instruit les troupes kényanes dans les opérations anti-terroristes et les patrouilles côtières.
En guise de soutien à l’Ethiopie lors de son invasion de la Somalie en 2006, la CJTF-HOA lui a fourni les renseignements. En janvier 2007 et en mai 2008, cette task force a aussi utilisé les installations de Djibouti, de l’Ethiopie et du Kenya pour lancer ses attaques aériennes et ses missiles contre des membres présumés d’Al Qaeda, impliqués dans le Conseil islamique en Somalie. Des douzaines de civils somaliens au moins ont été tués lors de ces seules attaques aériennes et des centaines ont été blessés. Ce qui ne représente qu’une fraction des victimes des combats qui ont eu lieu au cours de l’invasion, lors desquels des centaines de civils ont été tués et, vers le milieu de 2007, plus de 300 000 personnes étaient déplacées.
A la fin de 2008, il était estimé que plus de 3,2 millions de personnes ( 43% de la population somalienne), y compris 1,3 millions de personnes déplacée par le conflit, avaient besoin d’assistance alimentaire. Les attaques aériennes des Etats-Unis ont donné une grande visibilité au soutien américain à l’invasion.
Ces actions militaires représentent seulement un fragment de cette stratégie contre productive, façonnée par des considérations anti-terroristes étriquées. En 2005 et 2006, la CIA a fourni des ressources à des seigneurs de la guerre, choisis pour s’opposer aux milices islamistes. Les Etats-Unis ont collaboré avec l’Ethiopie afin d’envahir la Somalie et de renverser le Conseil islamique qui avait crée des mois de stabilité sans précédent à Mogadishu et ses environs. L’invasion a été un succès militaire conventionnel. Mais loin de réduire la menace de la part des groupes extrémistes, ele a isolé les modérés, provoqué des déplacements internes qui, à leur tour, ont généré une des pires crises humanitaires, et alimenté l’anti-américanisme qui a abouti à des attaques sur des opérations humanitaires locales et internationales.
En bref, la Somalie a été un cas école en ce qui concerne les résultats négatifs lorsqu’on amalgame des menaces locales avec un concept mal défini de terrorisme global. En conséquence de quoi, la nouvelle administration Obama hérite de ce qu’un expert académique, Ken Menkhaus, a nommé un ‘’cauchemar politique’’.
L’exemple du Sahel
Bien que défrayant moins la chronique, mais tout aussi perturbant en raison du nombre de pays impliqués, aussi bien en Afrique du Nord qu’en Afrique de l’Ouest, il y a l’implication militaire américaine dans le Sahara et dans la région du Sahel. Sous le commandement de l’AFRICOM,. ‘’ Operation Enduring Freedom Trans Sahara’’ (OEF-TS) fournit un soutien militaire au programme Trans Sahara Counter terrorism Partnership ‘’ (TSCTP) qui comprend les Etats-Unis et onze pays africains : l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Maroc, la Tunisie, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Sénégal. Ses buts sont ainsi définis sur le site web de l’AFRICOM : assister les gouvernements traditionnels musulmans modérés et les populations des régions trans-sahariennes pour combattre l’extension des idéologies extrémistes et le terrorisme dans la région. Il est basé sur l’ancienne Initiative Pan Sahélienne, qui a été opérationnelle de 2002 à 2004, et tire ses ressources du Département d’Etat et de l’USAID ainsi que du Département de la Défense.
Le soutien opérationnel provient d’une autre task force, la Joint Task Force Aztec Silence (JTFAS), créée en décembre 2003 sous EUCOM. La JTFAS a été spécifiquement chargée de conduire les opérations de renseignement et de partager l’information obtenue, ainsi que celle récoltée par d’autres agences de renseignements américaines, avec les forces militaires locales, utilisant les moyens de la Sixième flotte américaine. Parmi d’autres ressources, elle déploie un escadron maritime de patrouilles aériennes de l’US Navy P-3 Orion basé à Sigonella, en Sicile.
En mars 2004, des avions P-3 de cet escadron, opérant depuis la base sud algérienne de Tamanrasset, ont été déployés afin de surveiller et de rassembler des renseignements sur les mouvements de la guérilla salafiste algérienne opérant au Tchad, les informations devant être transmises aux forces tchadiennes engagées dans un combat contre la guérilla. En septembre 2007, dans le cadre des exercices Flintlock 2007, un avion cargo américain Hercules C-130 basé à Bamako, la capitale du Mali, qui avait pour mission de ravitailler les unités contre révolutionnaires maliennes, occupée à combattre les forces Touaregs, a été pris pour cible par les Touaregs. Il n’y a eu aucun blessé et l’avion est retourné à Bamako sans autre problème. Mais l’incident donne la mesure du rôle américain dans les guerres contre- révolutionnaires de la région.
Ces opérations illustrent l’inadéquation des efforts de renforcement des capacités contre- révolutionnaires pour régler des questions de sécurité de l’Afrique, soit qu’ils sont contre- productifs, soit sans pertinence, Il est évidemment possible que les problèmes de sécurité dérivent de liens avec des réseaux de terrorisme global, mais le plus souvent il s’agit de questions purement nationales ou locales.. A l’échelle internationale, l’impact de la violence de l’extrémisme islamique en Amérique du Nord a des répercussions directes en Europe. Mais ses racines se trouvent dans les communautés urbaines et la diaspora nord africaine en Europe, plutôt que dans l’arrière pays du Sahara et du Sahel. Les insurrections dans la région du Sahara, du Sahel, au Niger, au Mali et au Tchad, reflètent des réalités ethniques et régionales plutôt qu’une extension du terrorisme global.
Les régimes nord africains dotés d’une puissance militaire, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye, ont une expérience particulière de l’extrémisme islamique. Mais aucun de ces pays n’a une histoire de stabilité basée sur un système démocratique qui rende des comptes à la société civile. Et assimiler toutes les menaces de sécurité au Nigeria avec les menaces de l’extrémisme musulman est un stéréotype bizarre qui ignore les problèmes réels du pays.
Dans son document sur l’AFRICOM, précédemment cité, Berschinski notait que les Etats- Unis et l’Algérie avaient exagéré la menace des petits groupes de rebelles GSPC ( Groupe salafiste pour le prêche et le combat), officiellement allié de Al Qaeda. Un titre inquiétant dans Air Force Magazine en novembre 2004, même si géographiquement inadapté, annonçait une menace à partir ‘’ d’un marécage de terreur au Sahara’’. Beschinski argumente que l’emphase mis sur les activités contre révolutionnaires a perturbé les réseaux commerciaux traditionnels et a permis aux gouvernement locaux d’éviter d’avoir à chercher des solutions négociées en ce qui concerne les régions occupés par les Touaregs et d’autres régions négligées.
Dans le cas du Mali, Robert Pringle, ancien ambassadeur dans ce pays, a noté que mettre l’accent sur le contre terrorisme et le radicalisme islamique, c’était ignorer tant la réalité historique de ce pays que la perception malienne de ce qui constitue actuellement une menace de sécurité. Les spécificités des pays divergent, mais la réalité commune est que le bénéfice, résultant de la collaboration des Etats Unis avec les militaires locaux dans le but de générer des capacités anti-révolutionnaires, n’est nulle part en évidence.
Cependant, les cas qui démontrent le contraire ne sont pas difficiles à trouver. En Mauritanie, le général Mohamed Ould Abdelaziz a renversé un gouvernement élu en août 2008, entraînant des sanctions de l’Union Africaine et la suspension de toute aide - hormis l’aide humanitaire - de la part de la France et des Etats-Unis. L’aide américaine, pour l’année fiscale 2008, qui a été suspendue, incluait $15 millions en assistance militaire et $4 millions pour la formation au maintien de la paix et seulement $3 million en assistance au développement. Plus généralement, l’argument souvent avancé que l’aide militaire américaine contribue à la promotion du respect pour la démocratie est décidément contredit par les résultats en Amérique Latine où des officiers de la région ont été formés durant des décennies par les Américains. A moins que les institutions démocratiques ne soient solides, renforcer les forces militaires augmentent les risques d’immiscions des militaires dans les affaires politiques
* Daniel Volman, directeur de l’African Research Project est un membre du Conseil d’administration de l’Association of Concerned Africa Scholars.
William Minter est l’éditeur de AfricaFocus Bulletin et co-éditeur, avec Gail Hovey et Charles Cobb Jr, de No easy victory : African liberation and American activist over half a century, 1950-2000 (Africa world press, 2007)* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceUne oeuvre particulièrement spectaculaire, financée par la ville de Paris et réalisée par le plasticien Driss Sans Arcidet, représentant des fers d’esclaves brisés de plus de cinq mètres de haut, pesant plusieurs tonnes – une première en Europe pour un monument à l’esclavage de cette importance - va être inauguré à Paris, samedi 4 avril 2009, en présence du maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, et de nombreuses personnalités. Ce monument, déjà installé depuis quelques jours, est recouvert d’une bâche jusqu’à son inauguration. Il sera mis en lumières de nuit.
La journée exceptionnelle d’inauguration de cette œuvre est organisée par l’Association des amis du général Dumas, avec le soutien du conseil régional de la Guadeloupe, en coordination avec la mairie de Paris et avec la participation de toutes les associations de l’outre mer et de la diversité.
Un détachement de la Garde républicaine et la musique des gardiens de la paix de Paris interviendront durant la partie officielle de la cérémonie qui sera prolongée par une partie festive.
L’association des amis du général Dumas a notamment convié à cette journée M. Barack Obama - de passage sur le territoire français les 3 et 4 avril - ainsi que M. René Préval, président de la République d’Haïti.
Cet important monument en hommage au général Alexandre Dumas, financé par la ville de Paris après un vote unanime sur une proposition de l’écrivain Claude Ribbe en 2002, viendra s’associer à celui de Gustave Doré (1883) consacré à Alexandre Dumas, fils du général et auteur des Trois Mousquetaires, ainsi qu’à celui de René de Saint-Marceaux (1906) consacré à Alexandre Dumas fils, petit fils du général, auteur de La dame aux Camélias et inspirateur de La Traviata. Il remplacera une statue d’Alphonse de Perrin de Moncel, installée l’hiver 1912-1913 et abattue par les collaborateurs en 1943 parce que les origines afro-antillaises du général Dumas y étaient particulièrement mises en valeur.
Ainsi la place du général-Catroux retrouvera-t-elle, comme au début du XXe siècle, sa vocation de «place des Trois Dumas».
Bien évidemment, au-delà du général Dumas, le choix du monument - qui figure des fers d’esclaves géants et brisés - est un hommage à tous les esclaves et à leurs descendants et à l’abolition de tous les esclavages.
Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas, naquit esclave en 1762 à Saint-Domingue (depuis République d’Haïti). Sa mère, Césette, était une esclave. Son père, Antoine-Alexandre de La Pailleterie, un aristocrate déclassé devenu colon. Arrivé à 14 ans en France, Thomas-Alexandre suivit son père en Normandie, avant de s’engager à Verdun sous le pseudonyme d’Alexandre Dumas comme simple cavalier dans les dragons de la Reine où il rencontra trois camarades : Piston, Carrière de Beaumont et Espagne.
Premier général d’armée antillais et afro-descendant de l’histoire de l’Occident, la carrière fulgurante de Dumas fut brisée par la réglementation raciste mise en place par Napoléon Bonaparte à partir de 1802, au moment du rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises.
Héros de la Révolution, le général Dumas, qui commanda l’armée des Pyrénées, l’armée des Alpes, l’armée de l’Ouest et l’armée des côtes de Bretagne, et combattit sous les ordres de Bonaparte en Italie et en Égypte, s’illustra notamment par les victoires du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis, de Mantoue, de Klausen, de Brixen. Il contribua au succès de la prise d’Alexandrie et de la bataille des Pyramides.
Fervent républicain, fondateur des Chasseurs alpins en 1794, le général Dumas échappa de justesse à l’échafaud pour avoir démissionné avec éclat de l’armée de l’Ouest afin d’épargner les civils vendéens et préféra briser son sabre pour rester en paix avec sa conscience.
Le général Dumas avait fondé une famille en 1792 à Villers-Cotterêts (Aisne), là où il avait rencontré la jeune Marie-Louise Labouret, le jour du 250e anniversaire - et sur les lieux mêmes où l’événement s’était produit - de l’ordonnance imposant la langue française dans le monde. Le général Dumas, franc-maçon, fut très probablement initié à la loge Carolina de Villers-Cotterêts par son beau-père, Claude Labouret.
Le général Dumas mourut pauvre, miné par le chagrin pour avoir été chassé de l’armée française par la législation raciste de Bonaparte qui lui interdit de prendre part, comme ses compagnons, tous dignitaires de l’Empire et de la Légion d’Honneur, à la bataille d’Austerlitz.
Il n’eut droit à aucune récompense pour ses exploits et, sur ordre de Bonaparte, ne fut jamais remboursé d’une somme de 28 500 F qui lui était due pour une période de captivité où il fut particulièrement maltraité dans les geôles du roi de Naples. Son nom est gravé, ainsi que celui de deux de ses compagnons, sur l’arc de triomphe à Paris.
Le fils du général, reprenant le même pseudonyme d’Alexandre Dumas, est l’écrivain français le plus lu dans le monde. Son plus célèbre roman, Les Trois Mousquetaires, qui s’inspire des aventures du général Dumas et de ses compagnons, est l’œuvre littéraire la plus adaptée à l’écran. L’écrivain Alexandre Dumas, qui se considérait comme franco-haïtien, avait réclamé en 1838 qu’une statue de son père soit installée sur une place de Paris et qu’une copie de cette statue soit offerte « par les hommes de couleur du monde entier » à la jeune République d’Haïti. Alexandre Dumas se proposait d’accompagner lui-même cette statue sur un bateau de guerre mis à sa disposition par le gouvernement français.
Dans le cadre d’une démarche de réhabilitation menée depuis plus de sept ans, Claude Ribbe et l’association des amis du général Dumas, soutenus par de nombreux élus – dont la municipalité de Villers-Cotterêts - ont entrepris d’obtenir du président de la République française la réintégration symbolique du général Dumas, à, titre de régularisation, dans l’ordre national de la Légion d’honneur dont le général Dumas était membre de droit (ès qualités d’attributaire d’un sabre d’honneur par Bonaparte dès 1798) et dont il fut privé simplement à cause de la couleur de sa peau et de son origine servile.
Cette réintégration, présentée à Jacques Chirac en 2006 - pour le bicentenaire de la mort du général Dumas - avait été refusée. Le gouvernement de M. Dominique de Villepin avait également refusé d’inscrire la mort du général Dumas au calendrier des commémorations nationales pour 2006. Mais les chasseurs alpins avaient malgré tout rendu hommage à leur fondateur en juin de la même année au col du Petit-Saint-Bernard. A l’occasion de cet hommage, l’hymne national avait été sifflé par des manifestants hostiles au général Dumas.
Dans une lettre adressée à l’association des amis du général Dumas le 23 octobre 2008, M. Nicolas Sarkozy, président de la République française, déplorant «l’affront fait à sa mémoire en 1943 » a rendu un hommage appuyé « à l’un des plus grands hommes que la Caraïbe a donnés à la France ». Il a reconnu que le général Dumas était un « ardent républicain » et regretté qu’il soit « encore trop peu connu des Français » tout en considérant que l’œuvre de Driss Sans Arcidet « rappellera à tous ce que la France doit au général Dumas. »
Tout en s’abritant derrière le principe que la Légion d’honneur est réservée à titre posthume aux soldats morts au combat dans le mois qui suit le décès, le président de la République ne s’est pas prononcé sur le cas d’une éventuelle régularisation d’une personne décédée qui aurait dû être membre de droit ou qui était membre de la Légion d’honneur mais qui n’a pu faire valoir ses prérogatives ou en a été privée du fait d’une réglementation raciste ou xénophobe, contraire aux droits de l’homme et donc imprescriptible, en vigueur à l’époque du décès.
* Claude Ribbe, écrivain, dirige l’Association des amis du général Dumas
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceIl y a quelques jours, de passage à Boni (près de Houndé), j'ai interrogé un ami sur sa plantation de jatropha. Comme beaucoup d'autres paysans de son village, il y a bientôt un an, il a répondu positivement à l'invitation qui lui a été faite de développer cette plante dont les graines donnent une huile très fine qui peut servir de carburant. Il m'a répondu : « Ne me parlez plus de jatropha, tous mes plants sont en train de crever».
Pourtant, les articles de presse qui font l'éloge du jatropha comme source d'agrocarburant sont très nombreux, le qualifiant de « biocarburant venu du désert ». Ce serait aisi une plante miraculeuse « qui pousse sur des terres arides, se cultive facilement et dont l'huile fait des envieux » ... La culture de cette plante n'entrerait pas en concurrence avec celle, vitale, de produits alimentaires, pour la bonne raison que l'atout principal du jatropha serait de pousser sur des terrains semi-arides. Pas si sûr !
La réponse de mon ami à ma question m'a poussé à poursuivre mes recherches. J'ai voulu en savoir plus. Et je suis tombé sur une étude sur les agrocarburants au Sénégal menée par deux ONG, Wetlands International et Actionaid Sénégal, qui invite à la prudence. En effet, pour Sidi Bâ, représentant du Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), une organisation paysanne, "tel que c'est décrit dans le programme national (de culture de jatropha), le bio-carburant est effectivement une menace réelle pour les cultures vivrières". "Cultiver du jatropha à la place du mil, du maïs ou de l'arachide, c'est dire aux paysans: mourrez de faim demain", ajoute M. Bâ.
Ces menaces sont surtout dues au fait que, selon des spécialistes, la culture du jatropha était annoncée sur des terres dégradées, salées notamment. Mais il est cultivé sur des terres arables, dans le nord et le sud du pays notamment, d'où provient l'essentiel de la production nationale de riz. "Le jatropha peut pousser partout, mais il est recommandé de le cultiver sur des sols humides pour avoir des graines. C'est pour cette raison que les zones humides, les mêmes terres prévues pour l'agriculture, sont convoitées", affirme Pape Mawade Wade de Wetlands International.
Dans l'encyclopédie Wikipedia, on peut lire également : « Au début des années 1990, une tentative de culture au Nicaragua sur 2 000 hectares n'a pas tenu ses promesses et s'est révélée catastrophique, avec pour seul rendement 200 litres par hectare (au lieu des 2 000 litres espérés). En effet, bien que la plante pousse bien sur les sols arides, il semblerait que son rendement chute si l'apport en eau et la qualité du sol sont insuffisants. Ce qui crée une pression sur le mode de culture, car viser un rendement optimal nécessite de planter sur un sol fertile et d'irriguer régulièrement... »
Finalement, le jatropha ressemble beaucoup à une vache laitière. Si vous voulez que votre vache soit en bonne santé et vous donne beaucoup de lait, il faut lui donner une nourriture saine et abondante. Si vous voulez que votre jatropha se développe vite et bien et vous donne beaucoup de graines (et donc beaucoup d'huile) plantez-le dans une bonne terre humide.
Arrêtons donc de dire que le jatropha n'entre pas en concurrence avec les cultures de produits alimentaires.
* Maurice Oudet?est président du SEDELAN (Service d'Édition en Langues Nationales), au Burkina Faso
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceLa Commission Vérité et Réconciliation au Libéria (TRC) a commencé ses travaux depuis janvier 2008. Composée de neuf membres dont la plupart sont des avocats, la TRC a pour mission d’écouter les témoignages sur les atrocités commises pendant les années de guerre, puis de trouver un terrain d’entente entre les victimes et les auteurs de ces atrocités. Au cas où la victime refuse le compromis, l’affaire est transférée à la justice. Pour les cas de viols et de massacres, les auteurs seront immédiatement poursuivis. Pour cela, la TRC a le plein pouvoir d’inculper les auteurs de crimes impardonnables. C’est donc l’exemple de l’Afrique du sud qui a été suivi au Libéria. Mais contrairement aux Sud-Africains, les Libériens doutent de la réussite de cette mission. Ils pensent que la TRC est entrain de diviser encore plus le pays.
Dès le début des audiences publiques de TRC, le doute a commencé à s’installer au sein de la population. Avec les premiers témoignages, des familles de victimes ont commencé à mettre des visages sur les bourreaux de leurs proches tués pendant la guerre. Ce qui a été source de haine et de colère. Sans compter les scènes insoutenables. Dorithee Myers s’est effondrée, en larmes, au troisième jour des audiences publiques, quand un redoutable ancien combattant a raconté comment il a égorgé une fillette de 8 ans et utilisé son sang pour des sacrifices rituels qui le rendaient puissant au combat.
Aujourd’hui, la jeune dame de 32 ans regrette d’être allée ce jour assister aux audiences. « Je n’aurais pas dû y aller. Mais quand je me suis levée ce matin, quelque chose me poussait vers l’Executive Pavillion (où se déroulent les audiences). Je suis allée parce que c’est Butt Naked (le redoutable ex-combattant en question) qui devait parler. Comme vous le savez, il est devenu évangéliste après la guerre. Il prêche dans la rue et j’étais parmi les gens qui aimaient l’écouter. Mais c’est de ma fille qu’il a parlée dans son témoignage. J’avoue que je ne m’en suis pas encore remise depuis. J’aurais préféré ne pas entendre ce qu’il a dit. Je ne peux pas lui pardonner ça et je ne veux pas non plus le poursuivre. Les révélations à la TRC pour moi, sont nuisibles à la réconciliation», déclare-t-elle.
Dans la famille de l’ancien président Samuel Doe, assassiné en 1990, on nie également toute raison d’être à la TRC. « A quoi cela sert-t-il de revenir sur les circonstances qui ont entouré la mort de mon frère ? », s’interroge Jackson Doe, frère aîné de Samuel, qui refuse de comparaître devant la Commission. « Un chef d’état qu’on tue dans la rue comme une souris et on me demande d’aller parler de ça… Nous nous sommes déjà réconciliés avec celui qui l’a tué. Alors qu’on ne me demande pas d’aller revenir sur ça. Nous avons assez souffert de la mort de notre frère. Que la TRC n’en rajoute pas. Ce sont des choses qui ne vont pas dans le sens de la réconciliation»,lâche-t-il.
Dans les rangs des ex-combattants, on dénonce aussi une TRC qu’on juge engagée dans une chasse aux sorcières. Tous les anciens chefs de factions sont unanimes sur ce point. A leur tête, Prince Johnson, accusé d’avoir assassiné Samuel Doe. Au cours d’une conférence de presse qu’il a organisée, il s’est dit en possession d’un document secret dans lequel la TRC l’inculpe pour avoir tué l’ancien président, mais aussi pour avoir commis un massacre à Bong Mines, une localité au centre du pays qui était sous son contrôle pendant la guerre civile.
« Il n’y a eu aucun massacre à Bong Mines quand j’y étais, s’est-il défendu. Dans le document que j’ai, il y a au moins 200 anciens chefs de guerre et chefs de factions qui sont inculpés pour crime de guerre. Je me suis entretenu avec tous les autres anciens chefs de factions. C’est vrai que nous voulons la paix dans ce pays mais si on essaie d’arrêter une seule personne parmi nous il y aura des problèmes. Nous, anciens chefs de guerre, nous révolutionnaires, nous voulons la paix. Mais que personne ne mène une chasse aux sorcières contre nous. Toute personne qui tentera de m’arrêter va se heurter à une résistance. Nous ne voulons plus de conflit dans ce pays, mais qu’on nous laisse tranquille. Au peuple libérien, je vous demande d’agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard. La TRC ne veut pas la paix dans ce pays», a-t-il martelé.
Sékou Damateh Konneh, chef du LURD (Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie), estime également que la TRC cherche à mettre le feu au pays. « C’est dangereux de vouloir nous arrêter. Ces gens oublient vite. Pour chasser Charles Taylor du pouvoir, ils ont eu besoin de nous. Ils nous ont réclamés. Aujourd’hui c’est la chasse aux sorcières contre nous. Non, il faut être prudent », a-t-il averti.
Pourtant le président de la Commission Vérité et réconciliation, Jerome Verdier, reste serein. Pour lui, Prince Johnson ne peut pas effrayer la TRC et « n’a pas le monopole de la violence. Ses menaces ne nous effraient pas. S’il est en possession d’un document confidentiel de la TRC comme il le dit, c’est qu’il a violé la loi. Mais une chose est sûre, c’est qu’au mois de juin nous allons donner la liste de personnes qui seront inculpées».
Ces déclarations des anciens chefs de guerre ont eu pour effet d’accentuer l’appréhension des populations vis-à-vis des activités de la TRC. « Ce qui se passe est de plus en plus inquiétant. La TRC va nous conduire à d’autres problèmes qui peuvent être plus graves que ce qu’on a vécu jusqu’ici. Même les victimes sont maintenant très réticentes de venir témoigner. Elles préfèrent ne pas revenir sur les épreuves qu’elles ont subies parce que la présidente elle-même refuse de comparaître», confie Nathaniel Guedens, un Libérien de 52 ans.
En effet, le président Ellen Johnson Sirleaf n’a pas encore accepté de comparaître devant la TRC. Accusée par un témoin d’avoir pris activement part à la guerre civile, elle a refusé de déferrer à trois convocations de la TRC. Et pourtant, au moment de la mise en place de la Commission, en février 2006, elle avait déclaré qu’« aucun Libérien y compris moi-même, ne doit refuser de comparaître quand la TRC va le lui demander.»
Un autre motif d’inquiétude de la population reste la mésentente qui règne au sein même des membres de la Commission. Deux mois déjà après le début des audiences publiques, les rumeurs de mésentente au sein de la TRC avaient commencé à circuler. En mars 2007, lors d’une session à l’intérieur du pays, deux de ses membres en sont venus aux mains en pleine audience. Le 17 janvier 2009, quatre d’entre eux ont envoyé une lettre au Parlement pour protester contre le premier volume du rapport final remis aux parlementaires deux jours auparavant, par son président Jerome Verdier, au nom de toute la commission. « Nous n’avons aucune connaissance du rapport qui vous a été remis. Il vous a été secrètement remis et nous vous demandons de ne pas l’accepter», dénoncent les dissidents.
La TRC au Liberia va vers l’expiration de son mandat (1), mais elle est loin de connaître la même réussite que celle mise en place en Afrique du Sud, au lendemain de l’arrivée de l’ANC au pouvoir.
NOTES
1 - La Commission a été créée pour deux ans, avec trois mois supplémentaires à la fin de son mandat pour terminer ses activités et écrire le rapport final. Si besoin est, la Commission pourrait demander à l’Assemblée Nationale d’étendre son mandat pour trois mois. Cette demande nécessite d’être invoquée pour une bonne raison et ne saurait être répétée plus de quatre fois de suite. Si la Commission utilise toutes ses possibilités d’extension, elle devrait être dissoute en septembre 2009 au plus tard (http://www.trial-ch.org/fr)* Zoom Dosso est le correspondant de Radio France International au Liberia
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Gouvernance LiberiaAprés mille et une polémiques sur les opérations militaires rwando-congolaise visant à neutraliser les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dénommée « Umoja Wetu »[1] dans le Nord-Kivu, d’une part et soudano-ougando-congolaise dénommée « Coup de tonnerre » qui vise les rebelles ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans la Province orientale, de l’autre, voilà que les soldats rwandais -bon gré mal gré- se sont retirés de la RDC comme l’annonçait le président Joseph Kabila en fin janvier 2009, lors d’un point de presse tenue à Kinshasa.
Une cérémonie « d’adieu » fut même organisée pour marquer ce retrait, avec « parade militaire conjointe », le mercredi 25 février 2009 à Goma, bien qu’un flou demeure sur le nombre exact de ceux qui sont partis faute de savoir combien ils étaient entrés. Ça c’est un autre débat !
Mais l’on pourrait se poser les questions de savoir à quand remonte la cérémonie de « Welcome » ou de bienvenu pour enfin faire des adieux ? Bien plus, connaissant la géopolitique de la région des Grands lacs africains, pouvons-nous sans contradiction affirmer que ce n’est qu’un au revoir?
La pétition des députés : un tsunami politique ?
C’est fort du droit de pétition et ce, en conformité avec le règlement intérieur de l’Assemblée nationale[2], que plus de 260 députés nationaux – de la majorité et de l’opposition - ont signé la pétition, initiée aux lendemains de l’entrée des troupes rwandaises en RDC[3], alors que le Règlement Intérieur en exige la moitié plus une voix, c’est-à-dire 250+1, pour reprocher au gouvernement d’avoir violé les articles 143 et 213 de la Constitution qui disposent respectivement que:
«Conformément aux dispositions de l’article 86 de la Constitution, le Président de la République déclare la guerre sur décision du Conseil des ministres après avis du Conseil supérieur de la défense et autorisation des deux Chambres. Il en informe la Nation par un message. Les droits et devoirs des citoyens, pendant la guerre ou en cas d’invasion ou d’attaque du territoire national par des forces de l’extérieur font l’objet d’une loi ». Et «le Président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux. Le Gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat ».
Selon les députés pétitionnaires, ces dispositions constitutionnelles n’ont pas été respectées. Il n’y a pas eu Conseil des ministres sur l’entrée des troupes rwandaises. Si le caractère d’invasion pourrait être écarté, les pétitionnaires soutiennent que ce cas relève de la souveraineté et de l’intégrité territoriale d’un Etat souverain. Le Parlement étant en vacances, les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat devraient être préalablement saisis. Or, au regard des déclarations contradictoires des présidents de deux chambres, il semble qu’ils n’ont été informés qu’après-coup. D’où pareille pétition pour amener le Gouvernement à fournir des explications sur les accords ayant permis aux armées de l'Ouganda et du Rwanda de pénétrer en RDC et d'y mener des activités belliqueuses.
Comme si cela ne suffisait pas, il nous revient qu’au Sénat, devant la gravité des faits susceptibles de compromettre la souveraineté du pays et pour fustiger la manière quelque peu cavalière de la passation des accords entre la RDC et l’Ouganda, d’une part et de l’autre, entre la RDC et le Rwanda, trois Sénateurs dont Lunda Bululu, Mokonda Bonza et Balame Nkolo ont, sur la base des articles 116 de la Constitution et 75 du Règlement intérieur du Sénat, pris l'initiative de rédiger une pétition et de la proposer à leurs collègues en vue de la convocation immédiate d'une session extraordinaire de la Chambre Haute, aux fins d'entendre le Premier ministre, entre autres, sur les accords susvisés. Ainsi, une trentaine des sénateurs ont signé ladite pétition, appuyant ainsi la démarche entreprise à l'Assemblée nationale et qui fait depuis quelques semaines mouche. La situation frise une certaine crise institutionnelle quelque peu comparable à l’époque de Kasavubu et Lumumba.
Mais, relevons que cela ne laisse pas indifférents certains opérateurs politiques en provinces qui estiment que les pétitionnaires n’ont pas le droit ou ont outrepassé.
Les pétitionnaires ont-il raison ou ont-ils tort ? Quelles leçons tirées ?
Depuis l’entrée des troupes rwandaises sur le territoire de la RDC, jusqu'à leur départ il y a quelques jours, la polémique demeure. Des avis contraires sont avancés dans un sens comme dans un autre. D’aucuns estiment même que ladite pétition est sans objet au regard de l’évolution de la situation sur terrain, du fait du succès récolté par l’opération militaire conjointe rwando-congolaise ainsi que la non présence –actuellement- en RDC des troupes Rwandaises. Ainsi, d’ici l’ouverture de la Session ordinaire de mars 2009, plus aucun élément régulier rwandais voire ougandais ou sud-soudanais ne se trouvera sur le sol congolais. Même si, par improbable, la session extraordinaire venait à être convoquée avant le 15 mars 2009, l'on s’interroge aujourd'hui sur l'opportunité qu’elle pourra avoir, au regard des grandes évolutions du dossier qui a fondé l'action des pétitionnaires.?
?
Pas mal d’arguments sont évoqués de tout bord afin d’appuyer ou renverser le bien fondé de ladite pétition. Sans essayer de tout embrasser, nous allons essayer de relever ceux du Professeur Nyabirungu Mwene Songa, de surcroît député national élu de Rutshuru afin de prendre position par la suite.Dans sa réflexion intitulée « La coalition militaire rwando-congolaise ou le Temps du courage », du 11 février 2009, il reconnaît dans l’introduction que l’Accord du 5 décembre 2008 et sa mise en œuvre, le 20 janvier 2009, par l’entrée des troupes rwandaises en RDC, dans le cadre d’une coalition militaire contre les FDLR et le CNDP-Nkunda, « ont mis sens dessus dessous la scène politique congolaise, provoquant l’enthousiasme des uns et la colère des autres, se trouvant parmi ceux-ci les députés pétitionnaires qui réclament la tenue d’une session extraordinaire pour débattre de la question. »
Il renchérit en arguant « qu’en interrogeant l’histoire récente, en examinant les raisons des uns et des autres, et en étant à l’écoute des attentes de notre peuple, il y a lieu de comprendre et, en même temps, de relativiser les enthousiasmes et les colères en cours, et de donner raison au chef de l’Etat Joseph Kabila qui, a son corps défendant et en prenant des risques politiques majeurs, aura tout essayé. Non dans un intérêt personnel ou partisan, mais pour sauver le Congo et l’engager dans la seule voie qui vaille, celle du développement du pays et du bonheur de son peuple. »[4]
Face à cette plaidoirie, l’on pourrait ainsi demander si pareille paix est durable et qu’elles en étaient les garanties si les causes profondes et réelles de l’instabilité ou des conflits ne sont pas réglées –adressées. Une paix de façade ? Pierre Corneille, dans « Le Cid », ne nous enseigne-t-il pas qu’ à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ?
Poursuivant sa réflexion, le professeur Nyabirungu évoque le fait que pour la qualité de relation entre la RDC et le Rwanda, les animateurs des Institutions démocratiquement élues doivent mettre la main à la patte, en tête desquels le chef de l’Etat, le président de l’Assemblée Nationale, le président du Sénat, le premier Ministre, les députés et les sénateurs. C’est cela la responsabilité des gouvernants. Nous répliquons en disant, qu’ils doivent donc être consultés et/ou informés afin qu’ils jouent pleinement leur rôle. Ce qui semble ne pas être le cas dans l’affaire a quo.
Le professeur Nyabirungu s’attarde sur les prérogatives du président de la République en relevant qu’il a un rôle insigne à jouer pour faire de la RDC un pays puissant et prospère, vivant en paix a l’intérieur de ses frontières et concourant, à l’extérieur, au maintien ou au rétablissement de la paix chez nos voisins, en Afrique et dans le monde. Il a de par la Constitution, la charge de représenter la Nation et est le symbole de l’unité nationale. Cette unité nationale est impossible si une guerre d’occupation, de conquête ou de pillage s’installe à nos frontières. Pour cela il fait usage de l’article 69, 3 de la Constitution, qui dispose que le président de la République « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traites et accords internationaux ».
Ainsi, il est clair et évident, dit-il, que la Constitution a fait du président la clé de voûte des institutions nationales et que conscient de son rôle, il sait que sans la paix, il perd à la fois l’effectivité de ses attributions et la maîtrise de son action.
Quant au Sénat et à l’Assemblée nationale, faire de bonnes lois et en contrôler l’exécution, autoriser la ratification des traités utiles et intérioriser la paix et le bonheur de notre peuple comme la finalité de toute action politique et la loi suprême dans l’Etat, sont autant des conditions de la réussite de son mandat. Lorsque des députés pétitionnaires reprochent au président Kabila ou au gouvernement d’avoir violé la Constitution, spécialement en ses articles 143 et 213 , cela ne va pas de soi et peut même susciter des interrogations.
L’article 143 est ainsi libellé «Conformément aux dispositions de l’article 86 de la Constitution, le président de la République déclare la guerre sur décision du Conseil des ministres, après avis du Conseil supérieur de la défense et autorisation des deux Chambres. Il en informe la Nation par un message. Les droits et devoirs des citoyens, pendant la guerre ou en cas d’invasion ou d’attaque du territoire national par des forces de l’extérieur font l’objet d’une loi ». Il souligne qu’ à lecture de cet article 143, « il est clair qu’il vise l’hypothèse d’une guerre déclarée, et que rien de tel n’existe entre la RDC et le Rwanda. » Bien plus, l’article 213 dispose : « Le président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux. Le gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat ».
Le professeur Nyabirungu en déduit que les députés ne peuvent invoquer cet article en relevant que le Conseil des ministres ne s’est pas réuni, car n’en faisant pas partie, ils ne peuvent pas en revendiquer les prérogatives. En d’autres termes, ils n’ont pas qualité pour se plaindre à la place du Conseil des ministres. D’ailleurs, le Conseil de ministres ne se serait-il pas réuni que les députés n’auraient toujours pas la qualité pour s’en plaindre, étant donné qu’ils ne sont ni destinataires ni ampliataires (sic) des délibérations du Conseil des ministres. » « Par contre, renchérit-il, s’il est vrai que la Constitution impose au gouvernement d’informer l’Assemblée nationale et le Sénat des accords internationaux conclu et non soumis a ratification, elle n’impose aucun délai. »
Le professeur Nyabirungu poursuit en pensant que « nous devons accéder à l’esprit de la Constitution dont la finalité, loin de résider dans quelques lignes sujettes à interprétation variable, consiste dans la sauvegarde de la vie de la Nation et des intérêts essentiels. Enfin, il est important d’avoir présents à l’esprit deux principes inhérents à la démocratie et à l’Etat de droit : - Nul n’est juge en sa propre cause ; et – On ne peut être à la fois juge et partie. La Session extraordinaire de l’Assemblée Nationale réclamée peut être utile au débat, mais ne peut trancher un litige entre deux institutions. C’est parce que le constituant était conscient de ces principes et des conflits possibles entre institutions qu’il a crée la Cour constitutionnelle pour régler pareil différend. »
« Lorsque la Nation est en danger, les responsables que sont les députés nationaux, ont l’obligation morale et le devoir civique de respecter la Constitution et de prendre en elle ce qu’il y a de meilleur pour trouver des solutions les plus appropriées et les plus compatibles avec les exigences de la paix et de la tranquillité publique, au lieu d’engager un bras de fer avec d’autres institutions, d’agiter l’opinion publique et de conduire le peuple vers l’impasse, la crise institutionnelle ou des voies faites d’incertitude pour l’avenir.[5]
Notre contribution au débat
D’entrée de jeu, il sied de mettre en exergue le fait que la notion de sécurité a profondément évolué depuis la fin des années 1980. La sécurité ne peut plus être uniquement envisagée sous l’angle national. On constate, en effet, que de nombreuses crises internes résultent plus ou moins directement d’un conflit éprouvant un pays frontalier ou bien sont alimentées par des éléments nationaux ou étrangers séjournant dans des pays tiers. Les Etats sont contraints désormais d’assurer la sécurité publique par des politiques interdépendantes, ce qui implique des échanges d’informations systématisés et des procédures à mettre en œuvre en commun.
L’obligation d’assurer la sécurité des populations est le défi majeur posé aux Etats. Leur stabilité dépend de leur capacité à assurer la sécurité des biens et des personnes. Cette sécurité est non seulement physique, mais également juridique, judiciaire et économique. La sécurité, enjeu de pouvoir et de survie, peut être considérée, à ce titre, comme un bien public mondial. C’est pour cela que nous affirmons que la restauration ou le maintien de la paix et de la sécurité, en RDC, passe par le respect des principes démocratiques que sont l’équilibre des pouvoirs, des mécanismes efficaces et transparents de contrôle des forces de l’ordre et le maintien du lien armée-nation.
Dans un Etat de droit et démocratique, le domaine sécuritaire est celui de collaboration
Comme nous l’avons relevé supra, le professeur Nyabirungu, dans son argumentaire, fait usage de l’article 69, 3 de la Constitution, qui dispose que le président de la République « assure , par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traites et accords internationaux ». Pour lui, il est ainsi clair et évident, que la Constitution a fait du président la clé de voûte des institutions nationales et que conscient de son rôle, il sait que sans la paix, il perd à la fois l’effectivité de ses attributions et la maîtrise de son action. Mais ce que le Professeur semble oublier, c’est le fait que la RDC se veut un Etat de droit et démocratique. Ce qui sous tend le fait que la collaboration entre institutions doit être de mise. Du reste, cela transpire de la Constitution de la RDC à laquelle il fait allusion.
L’exposé des motifs de la Constitution de la RDC est clair quant à cela, en reprenant le même esprit de cette disposition tout en l’explicitant en ces termes : « Le président de la République exerce ses prérogatives de garant de la Constitution, de l'indépendance nationale, de l'intégrité territoriale, de la souveraineté nationale, du respect des accords et traités internationaux ainsi que celles de régulateur et d'arbitre du fonctionnement normal des Institutions de la République avec l'implication du Gouvernement sous le contrôle du Parlement. »
Ainsi, point n’est besoin de démontrer que toute Constitution comporte plusieurs parties dont l’exposé des motifs, qui est une partie d'un texte de loi qui explique ses raisons et ses objectifs. Il précède le préambule, le dispositif ou le corps du texte. Il est connu de tout juriste moyen que l'exposé des motifs est "indissociable" du texte constitutionnel. Bien plus, le même exposé des motifs renchérit et tranche la polémique en affirmant que les Affaires étrangères, la Défense et la Sécurité, autrefois domaines réservés du chef de l'Etat, sont devenues des domaines de collaboration. [Notion très importante pour notre cas].
Il en résulte donc que c’est à tort que l’on cherche à ne pas reconnaître de la prérogative des députés pétitionnaires à se plaindre du fait que pour une matière si importante touchant à la sécurité, à l’indépendance et à la souveraineté du pays, ils ne soient pas informés afin d’exercer leur prérogative, du reste reconnue par la Constitution comme indiquée. Le Parlement demeure plus que tout autre le lieu de l’expression de la démocratie, de la négociation de la norme, et du contrôle du gouvernement.
Le contrôle parlementaire du secteur de la sécurité procède d'un vrai exercice de la démocratie et du respect des droits humains.
La sécurité est primordiale pour le bien-être du peuple. Aussi faut-il impérativement que les opinions du peuple se reflètent dans la politique de sécurité nationale, où sont énoncées les valeurs fondamentales et les principes relatifs à la sécurité nationale que l'Etat entend promouvoir et protéger. Il est nécessaire qu'au sein des parlements les représentants de la volonté populaire travaillent en collaboration étroite avec le gouvernement et le secteur de la sécurité. Si tous ont un objectif commun, leurs rôles et leurs devoirs sont fondamentalement différents. D’où une nécessité de confiance et de dialogue entre institutions, d’autant plus que la sécurité n’est plus un domaine privilégié, il est devenu de collaboration.
Les parlementaires sont donc, en principe, en mesure d'exercer leur contrôle sur l'armée ou sur les questions sécuritaires. L'affaire n'est ni tabou ni relevant du secret-défense. En démocratie, le Parlement est chargé de définir le cadre légal, d'adopter le budget et de contrôler les activités du secteur de la sécurité. Il ne peut exercer pleinement ces responsabilités que s'il a un large accès à l'information et à l'expertise technique nécessaire et qu'il a le pouvoir et la volonté d'exiger du gouvernement qu'il lui rende compte de son action. Cela suppose une organisation sociale qui repose sur la confiance et le dialogue. De nos jours, le rôle joué par ceux à qui il incombe d’assurer la sécurité est en pleine mutation. Il est donc salutaire que nos parlementaires aient déjà commencé à jouer leur rôle.
(…) De tout ce qui précède, il appert opportun de soutenir donc que le respect des principes de démocratie et l’Etat de droit, est le fondement de la pétition des députés nationaux [et sénateurs]. Le but premier n’étant pas de faire tomber le gouvernement, mais que ce dernier rende compte. Cela ne doit gêner personne quand bien même, les effets sont semblables à ceux du Tsunami.
Que conclure alors que le débat demeure entier ?
(…) Par cette pétition, les députés nationaux n’ont fait que demander ladite collaboration afin d’accomplir leur devoir de contrôle démocratique. Nous les encourageons donc dans cette démarche car, le Parlement doit être de plus en plus une institution à même de répondre à des attentes démocratiques profondes. Sans être le lieu unique des décisions importantes, le Parlement en est bien souvent la condition nécessaire. Il ne doit plus être « la chambre d’enregistrement » ou mieux « la caisse de résonance » que l’on dénonce, mais un acteur incontournable dans un système global de production de la norme : lieu de négociation de la décision finale, tribune d’affrontement des idées, meilleur moyen d’assurer un débat transparent et équilibré.
Par ailleurs, le Parlement devra être de plus en plus, notamment dans sa fonction de contrôle, comme un acteur à même de répondre à l’exigence croissante de compte-rendu, constituant ainsi des garanties démocratiques : le Gouvernement devra agir désormais sous le contrôle effectif des parlementaires.
En définitive, nous exhortons toutes les Institutions politiques du pays à respecter les principes clés de démocratie et de l’Etat de droit. Les animateurs de ces institutions doivent être à l’écoute des citoyens et être des hommes et des femmes de dialogue, d’action et de réflexion, au service de tous. Au fait, être à l’écoute de son peuple n’a jamais été un signe de faiblesse pour un opérateur politique, au contraire c’est une preuve qu’il sert son engagement et qu’il ne s’écarte pas de son idéal. Il sied donc qu’ils le démontrent dans le cas sous examen.
[1] En langue Swahili et signifiant: Notre unité
[2] Ngondankoy Nkoy-Loongya, « Droit congolais des droits de l’homme », Collection «Bibliothèque de droit africain », academia Bruylant, Bruxelles, 2004, p. 248.
[3] Entrée qui a été décidée par le gouvernement congolais, lequel a invité officiellement l’armée rwandaise au Congo pour traquer les FDLR. Invitation qui s’inscrit dans le cadre de l’accord signé le 5 janvier 2009 à Goma entre les officiels congolais et rwandais. C’est ainsi que depuis le 20 janvier, l’opération militaire conjointe congolo-rwandaise contre les FDLR a été déclenchée.
[4] Professeur Nyabirungy : « La Coalition Militaire Rwando-Congolaise ou le Temps du Courage », 11 février 2009, p.1.
[5] Idem, p.5* Yav Katshung Joseph est avocat, professeur à l’Université de Lumumbashi
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Gouvernance RwandaLe monde est confronté par une crise de la civilisation capitaliste, civilisation bâtie et motivée par la communauté de l’artificiel (les rapports des choses, de l’argent surtout, supplantent les rapports sociaux vivants), faisant du monde virtuel, le vrai monde. C’est par le monde financier que symptomatiquement cette crise apparaît comme la bouche d’un volcan devenu actif. Le projet de renforcement étatique est redevenu indispensable dans le monde ; les interventions étatiques sont urgemment sollicitées et obtenues surtout par ceux-là même qui se disaient n’avoir presque plus besoin d’Etat pour leurs intérêts garantis par « le marché. » Face à cette situation, en R.D.Congo, l’aggravation de la faillite de l’Etat—la négligence pérenne de la construction d’un vrai projet d’Etat—saute aux yeux.
Les responsables des ressources de cet Etat défaillant, connus populairement comme des « Messieurs 30% de commission », continuent de le ruiner. On est loin des rêves du respect de la chose publique et de l’idée d’un code de leadership interdisant aux responsables des organes de l’Etat de s’engager dans les affaires ! On est ici sans aucun souci du nuage des effets de la crise mondiale qui surplombe déjà le ciel du pays.
Le spectre de la révision des frontières du pays, pour ne pas parler de la balkanisation, qui hante la région des grands lacs, ne semble pas hanter les esprits—s’ils en ont toujours—des dirigeants. Déjà, dans les années 1990, on entendait des voix qui exigeaient une nouvelle conférence de Berlin pour revoir et re-fixer les frontières entre le Rwanda et la RD Congo. Un document anonyme, en 1993, apparut à Washington disant que la raison de la perpétuelle instabilité était due au fait que ce pays est trop grand ; qu’il faudrait le scinder en 4 Etats. Les débats autour de cette idée étaient poursuivis, même dans le sillage du Conseil de Sécurité, jusque 2000.
Le contre-argument, qui faisait voir que c’est parmi les plus petits Etats d’Afrique—le Rwanda, le Burundi et la Somalie, par exemple---que ladite instabilité a souvent existé, avait adouci l’intensité de ces débats.
Le manque de maîtrise du traitement des ressources du pays (gérées, depuis belle lurette, par pillage, prédation, exportation éhontée ailleurs sans tenir compte ni de la maintenance du pays ni du bonheur de son peuple, par guerres, etc.) a donné naissance à l’argument, utilisé en Amérique contre les populations mésoaméricaines, suivant lequel les Congolais sont « inconscients », si pas simplement « imbéciles », et ne savent pas la valeur de ce que leur pays regorge. « Pourquoi Dieu a-t-il donné aux cochons du miel ! » s’était écrié un Rwandais alléché par l’odeur des ressources de la RD Congo.
Le spectre ne recule pas. Le fameux sous-Secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Herman Cohen—le même, à l’époque de la CNS, qui bloqua le processus de faire partir Mobutu avec le slogan : « Mobutu reste, règne et ne gouverne pas», a récemment proposé que la région des grands lacs soit poussée, par une médiation organisée par le Président Obama, à former un « marché commun » pouvant permettre la circulation libre des ressources et des personnes dans la région. Il faut permettre aux pays plus ou moins démunis de jouir des ressources de la RD Congo surtout.
Mais, à l’époque de la ré-émergence de l’interventionnisme étatique, un tel accord par les Etats à partir de la médiation par un Etat—pas nécessairement neutre vis-à-vis de chacun d’eux--- n’a-t-il pas d’implications de retouches structurelles étatiques ? Ne faut-il pas carrément parler de la création d’une Confédération des Etats de la région des grands lacs ?
Reprenant cette question de l’utilisation des ressources dans la région des grands lacs, le président Sarkozy n’y est pas allé par quatre chemins. Il a proposé une association des ces Etats pour l’exploitation commune des ressources. C’est pour résoudre la question de la paix dans la région. Au fond, la question à laquelle on semble s’adresser c’est : que faire lorsque vous avez des voisins démunis qui utilisent des moyens maffieux pour se servir et quand vous n’avez pas les moyens de les empêcher, et surtout quand vos propres citoyens y trouvent leur compte ?
Dans le cas de la RD Congo, où les maffias sont aussi traversées, si pas organisées, par les entreprises transnationales (y compris et surtout celles de l’économie de crime), qui seraient les premiers bénéficiaires de ce « marché commun » et de cette « Association ? » Quelle structure super étatique va réguler ces entités efficacement ? Ces idées ont trouvé une grande résonance en Ouganda. Le président Museveni a proposé que les provinces de l’Est de la RD Congo soient autonomes. Et comment cette autonomie va-t-elle s’organiser ? Ne formeraient-elles pas un Etat séparé ?
Les frustrés journalistes de la RD Congo sont toujours laissés dans leur soif de ce qu’il faut comprendre et dire de ce spectre. Aucune déclaration crédible n’émerge ici pour apaiser les esprits des masses congolaises. Faut-il seulement revenir à la Communauté Economique des Pays Grands Lacs (CEPGL), telle qu’elle était dans le passé, comme un moyen coûteux de garder dans l’orbite contrôlé par la RD Congo des pays relativement démunis ? Faut-il l’élargir pour y inviter la Tanzanie, l’Ouganda, etc. ? Y a-t-il un « think tank » du gouvernement, en RD Congo qui y réfléchit et travaille pour formuler une proposition politique crédible pour l’avenir ? N’est-ce pas que le silence et les commentaires simplistes ne font que renforcer ces idées qui courent de par le monde ? Lorsque l’initiative sur des questions fondamentales concernant la place du pays dans le monde est prise par d’autres que les citoyens eux-mêmes, qu’est-ce qui bloquerait la marche vers la recolonisation de ce pays ?
L’absence d’idées soutenables, auxquelles même les gens du monde peuvent adhérer, donne l’impression d’un vide de pouvoir, sinon des structures d’intellectualité. Un journaliste tanzanien, le 2 janvier 2009, m’a posé la question : « La mère de Lumumba n’avait-elle pas eu d’autres enfants ? Pourquoi donc, rien d’élevé n’émerge chez-vous ? » Il ne savait pas que même Lumumba était arrivé sur la scène politique après que le gibier était atteint.
On vante la « démocratie » qu’on a réalisée. Une démocratie, par le sommet, qui continue de résister à l’organisation des élections locales, municipales et urbaines. Une démocratie précipitée, construite sur la base de, et entretenant, l’ignorance du peuple (referendum sans que le texte de loi soit largement vu, étudié et discuté dans le peuple, pas d’éducation civique organisée, ignorance des critiques, surtout celles de ceux qui ont refusé de participer aux élections, pas besoin de recensement de la population avant les élections, etc.) et encourageant la corruption en faisant de l’argent la chose décisive. Sans parler des lois, comme la loi électorale, taillées sur mesure.
La démocratie, quand elle est effective, est un processus politique de consultations inclusives et concertations permanentes, un processus de mise en union, de décision ensemble, de prise en compte des préoccupations et cris d’alarmes des masses de la population, de circulation des informations de la base au sommet et vice-versa, de la critique et de l’autocritique, en présence de ceux qui font la critique, avec des plans de rectification, discutés, acceptés et suivis.
Le chef n’est que le résultat et l’incarné de la vision et des décisions issues de ce complexe processus. Lorsqu’une personne, dans l’isolement, sous prétexte qu’il y aurait des traîtres partout, prend des décisions de grande portée nationale, nous sommes en face d’un exercice solitaire du pouvoir, une dictature donc. « Le dictateur, » disait Mwalimu Nyerere, « est un lâche ; il n’est pas capable de persuader les gens avec les arguments, il décrète ses idées. » Dans l’isolement des forces institutionnelles, sociales, vives, etc., dont on ne tient pas compte et ne prend pas conseil, aucune personne ne peut garantir, seule, l’intérêt national du pays ni sa sécurité. Le président Richard Nixon qui avait fait du secret la raison de l’exercice solitaire du pouvoir, pour pouvoir rester au pouvoir, devait partir.
Il n’y a pas longtemps, le Rwanda et la RD Congo étaient connus et présentés comme des Etats ennemis, chacun entretenant les ennemis de l’autre. Les génocidaires rwandais soutenus par la RD Congo contre le Rwanda ; les rébellions et les taupes dans les institutions de la RD Congo entretenus par le Rwanda contre la RD Congo Le Rwanda aurait réussi à introduire le ver dans la pomme que sont des appareils et institutions de l’Etat de la RD Congo. Les rébellions devenaient entretenues du dehors par le Rwanda et du dedans par les infiltrés dans les institutions de la RD Congo. L’appareil de la défense nationale s’est effondré ; les ressources organisées pour faire la guerre contre les rébellions finissaient par se retrouver soit chez les rebelles, soit n’avaient jamais quitté Kinshasa ou étaient envoyées ailleurs, retrouvées dans les magasins à Kisangani par exemple, plutôt qu’à la destination.
On nous dit aujourd’hui que ces deux Etats sont arrivés à un accord jusqu’à avoir à organiser une opération militaire commune pour désarmer les génocidaires et d’intégrer les rebelles dans les FARDC. La nature de celles-ci apparaît au grand jour : il s’agit d’une structure formée par l’éparpillement (donnant naissance aux rébellions, par exemple) et le rassemblement des milices. Qui décide de l’éparpillement et qui décide du rassemblement mérite une étude. Le processus de négociation de cet « accord » et la sélection des signataires congolais (instruments au service du guide ou hommes providentiels au-dessus des institutions ou sinon des taupes du Rwanda ?), sont gardés secrets au peuple et à ses représentants, autre que le président de la République.
Qui dirige dans cette opération ? Qui bénéficie plus dans cette opération ? La paix que la RD Congo viserait, est-elle une paix des braves, une paix fourrée ou une paix de capitulation ? Deux Etats, antérieurement ennemis, peuvent-ils signer un « accord » par des gens qui n’ont pas qualité institutionnelle ?
Le Rwanda a-t-il maintenant confiance aux Congolais pour les associer au traitement de son intérêt national, souvent conçu comme celui de vie ou de mort pour la protection des Tutsi, surtout si ceux-ci échappent au contrôle politique régional ? Ou serait-il assuré de ce contrôle et peut donc s’associer avec des gens qui ne peuvent rien lui opposer ? Serait-il là un cas de « zero-sum game ? » ou une victoire de la politique rwandaise des taupes ? La contradiction antagonique se serait-elle transformée en une contradiction non antagonique résoluble par la méthode de résoudre les contradictions parmi le peuple ? Le Rwanda est-il parvenu à avoir ce contrôle en RD Congo pour entrer dans cet « accord ? »
La question de « qui dirige en RD Congo ? » doit être maintenant posée, surtout que son Parlement a des difficultés d’obtenir l’agrément du gouvernement pour une session extraordinaire de débat parlementaire sur cet « accord ». Alors que le Parlement rwandais serait bien informé et demande même l’extension du séjour des militaires rwandais en RD Congo.
Comment se finance cet exercice militaire commun pour désarmer les génocidaires ? Combien de militaires de chaque camp, sont engagés dans cette opération ? Cet « accord » rappelle celui, dans les années 1970, créant l’OTRAG (1), qui avait été négocié et signé par des gens sans qualité institutionnelle pour le faire. Un accord entre Etats, négocié et signé par des gens sans qualité institutionnelle pour le faire, exige une justification.
L’explication en termes de pressions des puissances européennes, américaine ou de la communauté internationale, prouve seulement que ces pays sont toujours des néo-colonies dont les problèmes fondamentaux se règlent ailleurs. Les menaces de retrait d’aide budgétaire au Rwanda par certains pays européens vont-elles disparaître à l’issue de l’opération militaire contre les génocidaires ? Le Rwanda incarne une pression démographique (+- 350 personnes par km2) dans une situation d’organisation économique tendue opposant le pastoralisme et l’agriculture sédentarisée, dont le résultat est une faible et insuffisante génération de surplus économique national. La migration vers la RD Congo du surplus de population rwandaise ne va pas s’arrêter à la fin de l’opération militaire. Elle continuera d’impacter sur la pression démographique et les tensions, dues à l’accès et aux modifications qu’il entraîne dans les rapports fonciers aux Kivus.
La faillite du projet de transformation de l’Etat en RD Congo, dont l’économie reste menée par un régime maffieux de pillage, de prédation, des détournements, régime soutenu de l’intérieur comme de l’extérieur, ne pourra pas efficacement réguler ces effets de la migration. Ce qu’il faut déterminer, c’est de savoir si ce régime qui a recours, souvent, à la violence (guerres, rebellions, etc.) ou au contrôle politique, relativement hégémonique, par des forces en faveur de ce régime, peut fonctionner dans un contexte de paix durable. Et puis, compte tenu des conditions qui prévalent au Rwanda, les désarmés Rwandais n’ont pas d’intérêt à retourner là-bas ; ne risquent-ils pas de revenir, par la fenêtre, en RD Congo, où les conditions incitatives d’un tel retour existent ? Le vrai problème de la paix régionale se trouve aussi en RD CONGO Celle-ci doit faire beaucoup pour être capable de dissuader les maffieux de ne plus recommencer et continuer de menacer la paix.
L’incapacité d’initiative traverse toutes les catégories de la société de ce pays. On se demande pourquoi il faut avoir des gouvernements éléphantesques. L’absence quasi-totale des vraies visions, pensées ou opinions sociales soutenues et portées par des forces sociales, plus ou moins organisées et mobilisées, sur comment sortir des conditions catastrophiques où se trouve le pays, caractérise celui-ci.
Le Bundu dia Kongo, qui a une vision culturelle qui souffre de la difficulté de bien cerner l’aspect de la politique, son dispositif organisé nécessaire pour maîtriser les enjeux actuels, est une exception. Sinon à tous les niveaux : politique, religieux, idéologique, académique, culturel, gouvernemental, etc., aucune pensée consistante et stimulante des esprits et des consciences n’émerge. Dans les universités (plus d’une vingtaine), de plus en plus marquées par un silence assourdissant sur l’avenir du pays, aucune initiative crédible et mobilisatrice du peuple n’est produite. Les techniciens du savoir ont du mal à se transformer en intellectuels capables de savoir qu’on ne peut pas continuer de faire la science dans un bateau en train de chavirer sans se soucier de l’avenir du bateau. La forte rupture dans la spiritualité introduite par Kimbangu Simon et le mouvement de 1921 s’est refermée et les théologies actuelles ne formulent aucune rupture dans la spiritualité dormante. Elles sont dans la continuité des théologies coloniales.
C’est cette âme vivante produite par la rupture prophétique qui fut la force motrice du processus complexe politique qui donna naissance à l’ABAKO et la servit de force motrice dans le processus de l’effort pour l’indépendance. Ce processus s’est achevé. Le pays n’est pas dans une situation de prise de conscience pour comprendre et se les réclamer, les grandes contributions des grands ancêtres— Kimpa Vita, Kimbangu Simon, Joseph Kasa-Vubu, P. Lumumba, etc., et exiger, comme on le faisait traditionnellement par des cérémonies de lavage de souillure, que ces grands esprits renaissent parmi nous.
La falsification de l’histoire et les silences historiques, qui font commencer le processus politique enraciné dans les masses pour l’exigence de l’émancipation immédiate avec Lumumba, ne permettent pas aux gens de comprendre comment réactiver un tel processus. Le pays essaie de construire sa démocratie sur des ruines spirituelles. Le Parlement est réduit à faire le travail de commentaires des lois dont on sait d’avance qu’elles ne seront pas respectées, et on ne manifeste aucune capacité pour discipliner l’Exécutif. L’impuissance institutionnelle saute aux yeux. On est dans une dynamique de la routinisation de tout. Les occasions des anniversaires des dates nationales ou internationales, où l’on peut se souvenir des expériences de l’intervention du peuple mobilisé sur la scène de l’histoire congolaise (1921, 4 janvier, 30 juin, 17 mai, etc.) ne sont plus celles de réveil de conscience pour une re-mobilisation du peuple, mais celles des célébrations par les jouisseurs des résultats des luttes et souffrances du peuple sans égard à celles-ci. Aidés qu’ils sont par la falsification et les silences de l’histoire faite par le peuple.
Que faire ? Le greffage étatique, sur la société congolaise, par les forces extérieures, par conquêtes coloniales ou par « encadrement néocolonial », ne nous aidera pas à sortir de la situation catastrophique où se trouve notre pays. Hier, même sous la dictature, ce sont les pays voisins que notre pays bousculait ; aujourd’hui, ce sont eux qui se sentent plus forts. La nécessité de la construction populaire de l’Etat est à l’ordre du jour. Il faut sortir du modèle colonial de l’Etat ; issu des conquêtes et du génocide léopoldien, il se base sur la répression du peuple.
C’est la reproduction, simple, élargie ou réduite, de ce modèle, depuis juillet 1960, qui a retardé sinon bloqué la formation, par le mouvement de l’effort pour l’indépendance, de la nation congolaise et la transformation de l’Etat en un Etat digne et pour tous. Elle a renforcé l’esprit colonial encore vivant dans les Congolais, écourtant ainsi la désaliénation mentale, culturelle, spirituelle et politique des Congolais. Le massacre des nationalistes renforcera la peur et le tremblement politique voulu par les néocolonialistes. Le « savoir d’homme d’Etat » (statecraft) et les expériences et pratiques d’Etat qu’on vante aujourd’hui ne sont pas en rupture avec ce modèle. Même l’esprit de sacrifice, de solidarité, de justice et de don n’y est pas.
La construction de l’Etat digne, à partir de la mobilisation des masses populaires plutôt que de leur répression conquérante, est plus que jamais urgente. Cette mobilisation doit se faire sur la base de recours aux valeurs spirituelles et culturelles issues, entre autres, du puissant mouvement de l’effort pour l’indépendance. Il nous faut des institutions qui encadrent les masses pour l’effort pour l’indépendance. Il nous faut une armée pro-peuple et non celle en continuité avec la répressive Force Publique coloniale, celle organisée par des mercenaires (y compris les anciens Nazis comme Muller), des milices des seigneurs de guerre, des armées privées au service des dirigeants sanguinaires, des officiers formés pour défendre des valeurs impérialistes ou celle, aujourd’hui, hostile à la formation professionnelle, à la discipline, se recrutant même aux grades des officiers.
Une armée, dont 63 % sont des officiers et 37% seulement des soldats de troupes, sert à quoi, sinon à piller les ressources et à terroriser les citoyens ?
Il nous faut des responsables étatiques, régis par un code de leadership, leur interdisant de s’engager dans les affaires commerciales et autres. La vraie administration publique ne peut être une extension, dans la situation de misère, de celle de la colonie basée sur la supériorité blanche, l’arbitraire et le paternalisme. Les idéologies négatives congolaises y ont remplacé celles des blancs. Il faut une formation spécifique pour les administrateurs publics ; leurs stages et pratiques doivent être informés par l’éducation civique, la déontologie administrative et l’éthique de protection de la chose publique.
Les seuls statuts les régissant ne suffisent pas ; les citoyens doivent avoir accès à eux pour le questionnement de la performance de ces administrateurs. Il faut des jurys de base pour soutenir l’indépendance de la justice, des vrais agents dévoués de la magistrature, opposés à tout ce qui fait la promotion de l’impunité.
NOTE
1 - Dans les années 70, Lutz Kaiser, un ancien étudiant d'Eugen Sanger, projete la construction de lanceurs spatiaux modulaires à faible coût. Il crée la société OTRAG (Orbital Transport und Racketen-Aktiengesllschaft), dont le siège est basé à Stuttgart en Allemagne. En décembre 1975, l'OTRAG passe un contrat avec les autorités zaïroises pour établir un centre de lancement dans le nord du Shaba. Quelque 100 000 Km2 de terre en afrique sont dévolu aux activités de l'OTRAG (source : Eurospace)* ?Pr Wamba Dia Wamba est sénateur honoraire et ancien vice-président de la Commission permanente du Sénat sur les affaires administratives et juridiques, de l’administration de transition de la République démocratique du Congo. ??
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceCe soir (Ndlr : 5 mars), deux défenseurs des droits humains, M. Oscar Kamau King'ara et M. Jean-Paul Oulu (également connu sous le nom de GPO), tous les deux membres de la Fondation, ont été exécutés de sang-froid par un groupe d'hommes qui étaient dans deux véhicules. Ils étaient en route pour rencontrer M. Kamanda Mucheke, membre de la Commission Nationale Kenyane des Droits de l'Homme à son bureau.
Des témoins oculaires ont déclaré que les assassins étaient des policiers. En fait, le conducteur du minibus portait un uniforme de la police. Un témoin sur les lieux, également blessé à la jambe, a été ensuite évacué de la scène par des policiers. Nous demandons à la police de révéler l'endroit où se trouverait cet homme, dans la mesure où il pourrait être le seul qui puisse identifier les assassins et leurs véhicules. Par conséquent, nous craignons pour sa vie.
Oscar était un avocat et un défenseur des Droits de l'Homme, directeur de la Fondation Oscar. Il était membre de la Law Society of Kenya. M. GPO Oulu est un ancien leader du mouvement étudiant, et un éducateur qui a travaillé pour de nombreuses organisations des Droits de l'Homme, y compris le Youth Agenda. Il a récemment quitté, Youth Agenda pour rejoindre la Fondation Oscar où il était chargé de la Communication et des activités de plaidoyer.
La Fondation Oscar est un organisme de bienfaisance régulièrement enregistré, qui offre des services juridiques gratuits pour les pauvres. Certains de ses grands projets porte notamment sur l'organisation de caravanes pour offrir une aide juridique gratuite aux pauvres à travers le pays. La Fondation a une longue expérience en matière de recherches sur la corruption dans les forces de police, dans les prisons et sur les brutalités policières contre les populations urbaines pauvres. La dernière activité qu’elle a menée a été la recherche et la documentation des cas de disparitions forcées et d'exécutions extrajudiciaires.
La Fondation Oscar a été une source majeure d'information pour Parlement sur la lecture des atrocités commises contre les pauvres dans le pays. Le 18 février, 2009, avant que le Parlement ne débatte de la motion sur les exécutions extrajudiciaires, les conclusions de la Fondation Oscar sur les exécutions extrajudiciaires en cours avaient été présentées à l'honorable Peter Mwathi, porteur de la motion.
Leur dernier engagement avec le Parlement a été, il y a quelques jours, une présentation faite à la commission d'enquête Kioni qui fait des investigations sur les bandes organisées. Nous croyons qu'ils ont été tués à cause de la sensibilité des informations qu'ils ont partagé avec le professeur Philip Alston, rapporteur spécial des Nations Unies sur les Droits de l'homme, et avec les députés.
Là où nous en sommes aujourd'hui au Kenya, est pareil à la situation dans laquelle se trouvaient les Juifs étaient dans l'Allemagne nazie, peu avant l'Holocauste. Les nazis avaient mené une campagne de dénigrement pour pousser les populations à nourrir une haine des Juifs et permettre leur extermination. Au cours de l'état d’urgence sous le gouvernement colonial, des collaborateurs étaient recrutés pour commettre des atrocités dont les responsabilités étaient rejetées sur les Mau Mau pour les diaboliser et pouvoir les exterminer.
Nous tenons le porte-parole du gouvernement, Alfred Mutua, pour complice dans les deux meurtres sauvages, suite aux allégations qu’il a faites, selon lesquelles la Fondation Oscar était un front de la société civile pour Mungiki et qu'ils allaient y faire face.
Que sait-il de l'assassinat ? Est-ce ce qu'il voulait dire en parlant de la Fondation Oscar ? En présentant nos condoléances aux familles des défunts, nous leur assurons, ainsi qu’à la nation, que leur mort ne sera pas vaine.
* Signé par la Commission nationale des droits de l'homme du Kenya et d'autres organisations de la société civile
* La version originale du texte peut être consultée sur ce lien :
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur
Tagged under Gouvernance KenyaC’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications.
Au moment où le maître, le colonisateur proclament « il n’y a jamais eu de peuple ici », le peuple qui manque est un devenir. Il s’invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »
Gilles Deleuze, « L’image-temps »Cela ne peut signifier qu’une chose : non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes.
Aimé Césaire, « Lettre à Maurice Thorez ».C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser, sur une même base, ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj – qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent. Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique.
Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique).
Comme le propose Edgar Morin, le « vivre-pour-vivre », tout comme le « vivre-pour-soi » n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons. La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » [1] (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.
Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites.
L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».
Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie. Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses.
L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances.
La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement…
Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres.
Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain.
Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble.
Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement. On peut renvoyer la SARA et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile. On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous. On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main-d’oeuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’oeuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale.
Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale. Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée.
Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.
Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE (Ndlr : Agence Nationale Pour l’Emploi) et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…
Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ». Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation.
En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation…
Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain. Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
« An gwan lodyans » qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie. Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….
Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…
* Ernest BRELEUR, Patrick CHAMOISEAU, Serge DOMI, Gérard DELVER, Edouard GLISSANT, Guillaume PIGEARD DE GURBERT, Olivier PORTECOP, Olivier PULVAR et Jean-Claude WILLIAM sont les artistes et intellectuels des Départements d’Outre Mer, signataires de ce texte.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceIl dit être né esclave en 1976. De parents esclaves. Eux aussi nés de parents esclaves. Yahya Ould Brahim était esclave jusqu’à ce jour de 1999 où la volonté d’être homme libre, le désir de liberté l’obligent à prendre la route pour fuir loin de son maître, regagner la France, «pays des Droits de l’Homme ». Il y arrive un jour de décembre 2003. Le voilà désormais esclave en fuite. Mais aussi immigré sans-papiers, dans un pays qui a aboli l’esclavage depuis des siècles. Mais de liberté, il en rêve toujours. Sa grande crainte est de se voir refoulé chez lui, en Mauritanie. Là où tout indique que son maître le récupérerait et le punirait en guise d’exemple, « pour montrer aux deux millions d’esclaves domestiques ou anciens esclaves qu’ils sont encore dominés. »
Yahya Ould Brahim semble plus vieux que la trentaine qu’il déclare, sans doute épuisé par plus de vingt ans de servitude. Son regard vide ne se pose sur rien. Vous avez l’impression de croiser ses petits yeux, mais ils scrutent un horizon lointain. Depuis cinq ans que Yahya Ould Brahim vit en France, il est dans l’atroce inquiétude d’un « retour vers l’enfer », comme il le dit lui-même. Son cas est aujourd’hui porté devant l’opinion internationale par la Commission Nationale Mauritanienne des Droits de l’homme (CNDH) et l’Association des Harratines de Mauritanie en Europe (AHME). Ces deux organisations ont animé, début février, une conférence pour prendre à témoin la presse internationale sur le cas de Yahya Ould Brahim. Mais il s’agissait aussi, de manière plus générale, d’évoquer l’esclavage en République Islamique de Mauritanie, un des pays où cette pratique a toujours cours malgré une loi votée en août 2007 par le Parlement, qui la criminalise sur toute l’étendue du territoire national.
En octobre 2008, Biram Dah Abeid de la CNDH se trouvait devant le groupe chargé des droits humains au Forum humaniste européen de Milan, où il dénonçait la « connivence des pouvoirs publics et judiciaires avec les segments tribaux et claniques ». Une connivence qui se traduit par « la poursuite des pratiques esclavagistes d’une manière massive qui revêt plusieurs formes », dont l’esclavage domestique, l’esclavage agricole et l’esclavage sexuel sont les plus manifestes. L’association, en partenariat avec SOS-Esclaves a recensé une quarantaine de cas avérés qu’elle a présenté aux autorités mauritaniennes depuis la promulgation de la loi d’août 2007. « Jusqu’à ce jour encore, nous attendons que des sanctions soient prononcées contre les auteurs », déclare M. Abeid.
Déjà, en 1981, une première mesure gouvernementale n’a pas connu le succès attendu. En tout cas par les opposants à l’esclavage et par les organisations de défense des Droits de l’Homme. « Cette loi n’a jamais eu de décret d’application. Et pour cause. Le premier article abolit l’esclavage et le troisième demande que les anciens maîtres qui affranchissent soient dédommagés », souligne M. Mohamed Yahya Ould Ciré. L’ancien diplomate, aujourd’hui président de l’AHME, affirme : « En Mauritanie, les autorités décident de ces dispositions juste pour calmer le jeu. Ils n’ont aucune considération pour l’opinion publique ; nous n’avons pas encore une société civile qui dispose de réels pouvoirs de pression. C’est avec la presse étrangère et les partenaires occidentaux qu’on arrivera à les faire bouger sur la question.»
Si le cas de Yahya Ould Brahim, hier esclave agricole, est aujourd’hui mis en épingle, c’est que l’immigré clandestin, se trouve dans une situation ubuesque devant les autorités administratives françaises qui lui ont refusé le droit de réfugié. Seule la solidarité de la communauté mauritanienne lui permet encore de croire en un probable avenir de liberté, alors que la menace pèse de le renvoyer dans l’enfer qu’il a fui. « En Mauritanie, quand on est enfant d’esclave, on est esclave depuis la naissance et on le reste jusqu’à ce que le maître décide de vous affranchir. J’ai ma sœur et mon frère qui sont encore esclaves du frère de mon maître. Mes parents étaient esclaves des parents de mon maître. Pour tout dire, ma famille est esclave de statut depuis toujours, au service la famille de mon maître. »
« J’ai fui en 1999, lorsque mon maître m’a refusé le droit le plus simple de me rendre au chevet de ma mère malade. A la même période, quelques animaux du troupeau s’étaient égarés pendant que je les amenait au pâturage et il m’avait battu. Et pourtant, depuis plus de vingt ans j’étais à son service. Alors j’ai pris mon courage à deux mains en me disant que je ne pourrais vivre rien de plus indigne et de plus atroce. Quand j’ai fui, j’ai vécu en cachette en Mauritanie. Pendant deux ans j’ai travaillé comme vendeur d’eau. Un jour, je suis tombé sur un groupe de candidats à l’émigration. Je n’ai pas hésité un seul instant pour tenter ma chance. Avec mes économies, j’ai cotisé comme mes vingt-cinq autres compagnons de voyage, pour payer une pirogue. C’est ainsi qu’on a embarqué pour l’Espagne et on a réussi la traversée. En décembre 2003, je suis arrivé en France. »
« J’ai fui en désaccord total avec ma famille. J’ai fui parce que j’avais peur d’être reconduit chez mon maître. Aujourd’hui cette même peur me tenaille». La peur d’être reconduit à la frontière, livré à lui-même. La honte de rentrer en Mauritanie pour faire face au « déshonneur » que les siens estiment avoir subi du fait de sa fuite. La certitude de faire l’objet d’un mépris, mais surtout de subir la fureur de son maître.
C’est donc pour briser cette chaîne de la peur que les organisations anti-esclavagistes se battent en Mauritanie et au niveau international pour exiger « une enquête nationale afin d’éclaircir la situation », trouver une solution au profond problème de mentalité et rendre leur dignité et leur fierté aux cinq cent mille esclaves domestiques recensés dans ce pays, et au million six cent mille anciens esclaves. Un défi d’autant plus difficile, souligne M. Abeid, que l’esclavagisme reste lié à la nature féodale de la société mauritanienne, mais surtout au socle islamiste du code judiciaire en vigueur. Pour ce défenseur des Droits de l’Homme, « la religion musulmane qui n’a jamais interdit l’esclavagisme constitue aujourd’hui son terreau fertile et les pays arabes n’aident pas la Mauritanie dans sa lutte contre ce système », le pire, le plus avilissant pour la race humaine.
* Oussouf Diagola est le Directeur de publication de Farafina magazine, un journal de la diaspora paraissant en France.
?* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceLorsque cette année, le FSM s’unit à la population de la Pan-Amazonie, nous, femmes de différentes parties du monde, réunies à Belém, nous affirmons la contribution des femmes autochtones et des femmes de tous les peuples de la forêt comme sujet politique qui vient enrichir le féminisme à partir de la diversité culturelle de nos sociétés et avec nous, rendre plus forte la lutte féministe contre le système patriarcal capitaliste globalisé. ?Le monde, aujourd’hui, assiste à des crises qui montre la non viabilité de ce système.
Les crises financières, alimentaire, climatique et énergétique ne sont pas des phénomènes isolés, mais représentent une même crise de modèle, mue par la surexploitation du travail et de la nature et par la spéculation et financiérisation de l’économie. ??Face à ces crises, les réponses palliatives basées encore sur la logique du marché ne nous intéressent pas. Ceci ne peut seulement mener qu’à une survie du même système. Nous avons besoin d´avancer dans la construction d’alternatives. Pour la crise climatique et énergétique, nous rejetons la solution des agro-combustibles et du marché de crédits de carbones.
Nous, femmes féministes, nous proposons le changement du modèle de production et de consommation. Pour la crise alimentaire, nous affirmons que les transgéniques ne représentent pas une solution. Notre proposition est la souveraineté alimentaire et la production agro-écologique. Face à la crise financière et économique, nous sommes contre les millions retirés des fonds publics pour sauver les banques et les entreprises. Nous, femmes féministes, revendiquons la protection au travail et le droit à un revenu digne. Nous ne pouvons accepter que les tentatives de maintien de ce système soient faites sur notre dos de femmes. Les démissions en masse, la réduction des dépenses publiques dans le social et l´affirmation renouvelée du modèle productif affecte directement nos vies et augmente le travail de reproduction durable de la vie.
Pour imposer son emprise sur le monde, le système recourt à la militarisation et à la course aux armes ; il invente des confrontations génocides qui font des femmes des butins de guerre et il assujetti leurs corps à la violence sexuelle comme arme de guerre dans les conflits armés. Il expulse les populations et les oblige à vivre comme réfugiées politiques ; il laisse dans l’impunité la violence contre les femmes, le féminicide et d’autres crimes contre l’humanité se succèdent quotidiennement dans le contexte des conflits armés.
Nous, féministes, proposons des transformations profondes et radicales des relations entre les êtres humains et avec la nature, la fin de la lesbophobie, du patriarcat hétéronormatif et raciste. Nous exigeons la fin du contrôle sur nos corps et sexualité. Nous revendiquons le droit de décider en liberté sur nos vies et les territoires que nous habitons. Nous voulons que la reproduction de la société ne se fasse pas à partir de la super-exploitation des femmes. Dans la rencontre de nos forces, nous nous solidarisons avec les femmes des régions des conflits armés et en guerre.
Nous joignons nos voix à celles de nos compagnes d’Haïti et nous répudions la violence pratiquée par les forces militaires d’occupation. Notre solidarité va aux Colombiennes, aux Congolaises et à tellement d’autres qui résistent tous les jours aux violences des militaires et milices impliqués dans les conflits de leurs pays. Notre solidarité s’exprime envers les Iraquiennes qui font face à la violence de l’occupation militaire nord-américaine. ??Actuellement et spécialement, nous nous solidarisons avec les femmes palestiniennes qui sont dans la Bande de Gaza sous l’attaque militaire israélienne et nous nous joignons à toutes celles qui luttent pour la fin de la guerre au Moyen-Orient.
Dans la paix comme dans la guerre, nous nous solidarisons avec les femmes victimes de la violence patriarcale et raciste contre les femmes noires et contre les jeunes. De la même manière, nous manifestons notre appui et solidarité à chacune des compagnes qui sont en luttes de résistance contre les barrages, les marchands de bois, les entreprises minières et les méga-projets en Amazonie et autres parties du monde. Elles sont persécutées pour leur opposition légitime à l’exploitation. Nous nous joignons aux luttes pour le droit à l’eau. Nous nous solidarisons avec toutes les femmes qui sont criminalisées pour la pratique de l’avortement ou parce qu’elles défendent ce droit. Nous renforçons notre engagement et faisons converger nos actions pour résister à l’offensive fondamentaliste et conservatrice, et pour garantir que toutes les femmes qui en ont besoin aient le droit à l’avortement légal et en sûreté.
Nous nous joignons aux luttes pour l’accès des femmes porteuses de déficiences et pour le droit d´aller et de venir des femmes migrantes. Pour nous et pour toutes, nous continuerons notre engagement à construire le mouvement féministe comme une force politique contre hégémonique et comme un instrument des femmes visant la transformation de leurs vies et de nos sociétés, appuyant et renforçant l’auto-organisation des femmes, le dialogue et l’articulation avec les luttes des mouvements sociaux. Nous serons toutes, dans le monde entier, le 8 Mars prochain et durant la Semaine d’Action Globale de 2010, à nous confronter au système patriarcal et capitaliste qui nous opprime et nous exploite. Dans les rues et dans nos maisons, dans les forêts, dans les champs et plantations, dans le cheminement de nos luttes et dans le quotidien de nos vies, nous maintiendrons notre rébellion et mobilisation.
* Déclaration faite par l’Assemblée des Femmes du FSM 2009
?* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Genre & MinoritéL'international Gay and Lesbian Human Rights Commission, Global Rights, Interights et la section kényane de la Commission Internationale des Juristes viennent de clôturer un atelier de quatre jours sur les stratégies de recours juridique pour la promotion et la protection des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) en Afrique. L'atelier, qui s'est tenu à Cape Town en Afrique du Sud, symbolise le premier dialogue formel entre les militants des droits des personnes LGBT africains et les avocats qui ont eu à ester en justice pour défendre des clients ou la cause LGBT. L'atelier a vu la participation de 45 délégués venus de onze pays différents - Afrique du Sud, Botswana, Cameroun, Ghana, Kenya, Malawi, Maroc, Namibie, Nigeria, Ouganda, Zimbabwe.
Les participants ont réexaminé les stratégies, utilisés dans les affaires clés déjà plaidées sur le continent et en ont tiré des leçons pour le futur. Parmi ces affaires, le litige opposant Kanane au gouvernement botswanais, le procès des onze amerounais arrêtés pour homosexualité en 2006, l'arrestation des deux Rwandaises en 2008 pour des raisons liées à l'homosexualité et le procès actuellement en cours des dix-huit jeunes Nigérians poursuivis pour travestisme, inertie et homosexualité étaient les plus récurrentes.
L'une des affaires qui a marqué la rencontre est l'affaire Ooyo et Mukasa contre le procureur général de la République de l'Ouganda. Une affaire qui s'est conclue en décembre 2008 par la victoire de deux militants transgenres qui défendaient leurs droits constitutionnels à la protection contre la violation de domicile et les traitements humiliants et dégradants, comme ceux que leur avaient fait subir les officiers de police et autres représentants du gouvernement ougandais. Étaient présents à l'atelier et pendant cet échange, l'un des plaignants, l'un des avocats, l'un des leaders de la communauté LGBT ougandaise, ainsi que l'un des donateurs clés de l'affaire.
Les avocats, les militants et les donateurs présents à la rencontre ont reconnu l'importance des litiges d'impact pour l'abrogation des lois qui condamnent les pratiques homosexuelles, ainsi que de toutes autres lois et règles qui discriminent les personnes LGBT sur la base de leur orientation sexuelle et identité de genre. Ce genre de recours juridique devant se situer dans un contexte local, national et régional. Les participants ont aussi discuté de la nécessité de s'assurer de la sécurité des avocats qui défendent des clients et la cause LGBT : plusieurs avocats présents à la réunion ont plus d'une fois fait face à des attaques physiques et d'autre nature ayant pour but de ternir leur réputation. Les attaques vont souvent jusqu'aux tentatives de bannissement du barreau.
Au sortir de l'atelier, les participants ont revendiqué la création d'un fonds d'aide juridique à multiples facettes pour les personnes LGBT en Afrique ainsi qu'un réseau d'appui et de formation pour les avocats travaillant sur les questions de droits sexuels.
* The International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC - Commission internationale des Droits humains pour les homosexuels et les lesbiennes) travaille pour le renforcement des droits des personnes qui font l’objet d’emprisonnement, d’abus ou de meurtre à cause de leur orientation sexuelle, de leur genre ou de leur statut lié au VIH/ sida.
?* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Genre & MinoritéLe 30 janvier, ils partirent à quelques milliers de l'immeuble de la Fédération de la Mutualité et par les multiples renforts, ils se virent 65 000 en arrivant au centre-ville. Personne n'a le souvenir d'une telle mobilisation dans l'histoire mouvementée du pays Guadeloupe. La grève générale a été engagée, à l'initiative de Liyannaj kont profitasyon (Union contre le surprofit, LKP) le 20 janvier, contre la vie chère. De fait, si l'ensemble des syndicats d'un département de l'Hexagone, après neuf jours de grève générale, avaient organisé une telle manifestation unitaire, rassemblant un pourcentage comparable de la population locale, la presse nationale se serait emparée sans délai de l'événement. Mais la Guadeloupe poussière de notre empire colonial, c'est loin !
Tagged under GouvernanceCe mois-ci le Forum ministériel mondial sur l’environnement à Nairobi, au Kenya, pourrait prendre la décision historique contre une menace globale qui pèse sur des centaines de millions de personnes. Une stratégie pour commencer à traiter sérieusement le mercure et ses composés toxiques sera discutée pendant la réunion du conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui débute le 16 février. Le «cadre politique», le résultat de sept ans d'intenses discussions menées par le PNUE, représente le premier effort mondial coordonné pour lutter contre la pollution du mercure.
Il porte sur la réduction de la demande en produits et procédés, tels que les lampes de véhicules à haute intensité ainsi que l'industrie du chlore, de même que la réduction du mercure dans le commerce international. Les autres éléments comprennent la réduction des émissions dans l'atmosphère, le stockage du mercure respectueux de l'environnement et le nettoyage des sites contaminés.
Les ministres doivent également décider comment ces actions seront réalisées - certains, comme les Etats membres de l'Union Européenne, veulent un traité international et juridiquement contraignant, tandis que d'autres veulent accélérer une approche volontaire.
Selon nos évaluations, il est grand temps de passer à l’action. Les impacts du mercure sur le système nerveux humain sont connus depuis plus d'un siècle - le Mad Hatter du livre « Alice au pays des merveilles » était ainsi nommé parce que les bonnetiers utilisaient le métal liquide pour renforcer les bords des chapeaux, faisant ainsi inspirer les vapeurs toxiques. Dans de nombreux pays, il est déconseillé aux femmes enceintes et aux bébés de manger des poissons tels que le thon.
En Suède, par exemple, environ 50.000 lacs ont des brochets contenant des niveaux de mercure dépassant les limites internationales en matière de santé. Les femmes en âge d’avoir des enfants sont conseillées de ne pas manger le brochet, la perche, la lotte et l'anguille, et, il est recommandé au reste de la population de n’en consommer qu’une seule fois par semaine. Une étude récente menée dans l'ouest du Bengale a trouvé des poissons avec des niveaux de mercure au-delà des limites de la sécurité alimentaire. Une étude aux Etats-Unis a révélé qu’environ une femme sur 12, ou presque cinq millions de femmes, ont des niveaux de mercure au-dessus du niveau considéré sain par l'Agence de Protection Environnementale des Etats-Unis. Les effets potentiels sur la population comprennent les problèmes de foie et de tyroïde, l'irritabilité, les tremblements, les troubles de la vision, la perte de mémoire et peut-être même des problèmes cardiovasculaires.
Les scientifiques et l’ONG Shark Project ont également identifié une autre cause de préoccupation : l’augmentation de la consommation de viande de requin dans certain coins du monde. Selon certaines estimations, ces aliments contiennent environ 40 fois plus de mercure que les limites de sécurité alimentaire recommandés, et peut-être encore plus.
Les niveaux de mercure dans les phoques et les bélugas de l'Arctique ont augmenté d’environ quatre fois au cours des 25 dernières années dans certaines régions du Canada et du Groenland, avec des implications pour les communautés où les mammifères marins sont consommés.
La bonne nouvelle est que l'Europe et les États-Unis ont, au cours des derniers mois, soutenu des interdictions d'exportation du mercure avec l'Union Européenne, fixant la date de 2011. Entre-temps, les gouvernements, en coopération avec le PNUE, ont découvert une variété de produits et de procédés qui, autrefois, dépendaient du mercure, et pour lesquels il exécute désormais des alternatives rentables et sûres. Ce n’est pas aussi évident dans le cas des autres produits tels que les lampes de décharge à haute intensité, les unités d'affichage à cristaux liquides et certains types de production de matières plastiques.Il faut montrer de la flexibilité. Mais ce n'est qu’en se mettant d’accord sur un avenir avec moins de mercure que les gouvernements déclencheront l'innovation et une plus grande variété d’autres produits et procédés rentable. L’extraction artisanale et à petite échelle de l’or est probablement un cas spécial. Les victimes sont parmi les plus pauvres dans le monde. Environ 10 millions de mineurs et leurs familles pourraient souffrir du Brésil et du Venezuela à l'Inde, l'Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Zimbabwe. Sur l'île de Mindanao aux Philippines, 70 pour cent des mineurs d'or pourraient souffrir d’une intoxication chronique au mercure. Environ un tiers des personnes qui ne sont pas directement employées dans l'industrie, mais vivant dans la région, ont également montré des signes d'intoxication chronique au mercure, selon les études scientifiques. L'alternative au mercure dans les petites exploitations minières, le cyanure, n’est pas vraiment une alternative.
Les arguments économiques sont également convaincants. Nous estimons que chaque kilogramme de mercure retiré de l'environnement peut entraîner une valeur d’environ 12,500$ en bénéfices pour la société, l’environnementale et la santé. Mais il y a des signes que, plutôt que de se réduire, la pollution du mercure pourrait être à la hausse, en partie à cause de l'augmentation de la combustion du charbon en Asie. Sur 6000 tonnes de mercure qui pénètrent l'environnement chaque année, quelques 2000 tonnes proviennent des centrales électriques et des feux de charbon dans les foyers. Une fois dans l'atmosphère ou déchargée dans les réseaux fluviaux, la toxine peut voyager des centaines et des milliers de kilomètres.
Il y a également de plus en plus d’inquiétudes que, pendant que le changement climatique fait fondre l'Arctique, le mercure enfermé dans la glace et les sédiments se libèrent dans les océans et dans la chaîne alimentaire. Ainsi, il y a des liens clairs et positifs entre les décisions prises par les ministres de l'environnement au Conseil d'administration du PNUE et celles à prendre plus tard dans l'année à la réunion importante sur la Convention des Nations Unies sur le Climat à Copenhague.
L'inaction et la tergiversation sur l’enjeu mondial du mercure n'est plus une option- nous le devons aux femmes enceintes et aux enfants qui ne sont pas encore nés, ainsi qu’a tous les mineurs artisanaux et leurs familles. Nous le devons à tous ceux qui veulent un monde plus sain et moins pollué.
* Achim Steiner est Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceL’histoire l’a retenu : entre le 28 janvier et le 03 février 2008 – cela fait déjà un an – une fulgurante offensive des forces politico-militaires était parvenue jusqu’au cœur de N’Djamena, faisant vaciller – et même trembler – le régime dictatorial de Idriss Deby. Mais – et tout le continent s’en souvient aussi – l’armée française, sur ordre de Nicolas Sarkozy, avait mis son grain de sel dans la bataille. C’est ainsi – et essentiellement à cause de cela – que le fantastique équipé de l’opposition armée se sera achevée en un sombre trafalgar. Et forcément, la même lancinante question n’en finit pas de tarauder les observateurs avisés : que gagne la France à soutenir un régime dictatorial, sanguinaire et autiste ?
Tagged under Gouvernance ChadAvocat mauritanien, membre du Front National de Défense de la Démocratie, Me Gourmo Abdou Lô, explique la logique, la portée et l’utilité des sanctions internationales contre les régimes putschistes, ainsi que la Mauritanie vient d’en faire l’objet de la part du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine. De même, il analyse les dangers qui pourraient résulter du silence de la communauté internationale face aux dérives militaristes qui commencent à resurgir en Afrique. En effet, l’embellie née des élections ghanéennes, qui ont porté au pouvoir Nana Akufo-Addo, le 28 décembre 2008, ne suffit pas à masquer les errements que connaissent les processus démocratiques en Afrique, face aux tendances putschistes qui subsistent. Notamment, au regard des deux derniers exemples que l’Afrique a connus, avec la Mauritanie et la Guinée.
Le 6 août 2008, les militaires mauritaniens renversent le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, élu en 2007. Le 23 décembre, profitant de la situation confuse née du décès du président Lansana Conté, une junte s’installe également au pouvoir en Guinée. Les condamnations et les menaces de sanctions fusent de la part des instances africaines et internationales, avec des ultimatums pour un retour à l’ordre démocratique. Le 5 février dernier, le CPS de l'UA a donc décidé de franchir le pas, en prenant des sanctions contre les membres civils et militaires de la junte. Selon son président, Manuel Domingos Augusto, ambassadeur d'Angola auprès de l'UA, les sanctions portent sur "une prohibition des déplacements des membres civils et militaires de la junte, le refus systématique des visas, le contrôle des comptes bancaires".
Le pouvoir établi à Nouakchott avait été averti d'une telle éventualité, mais n’avait pas réagi en conséquence. En effet, le 22 décembre dernier, l'UA avait décidé "d'imposer des sanctions ciblées à l'encontre de toutes les personnes, aussi bien civiles que militaires, dont les activités ont pour objet de maintenir le statu quo anticonstitutionnel en Mauritanie si, d'ici au 5 février 2009 , l'ordre constitutionnel n'est pas rétabli et (...) de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour qu'il confère un caractère universel à ces mesures". Or, l’orientation prise par la junte mauritanienne est d’organiser une nouvelle élection présidentielle le 6 juin 2009, avec la possibilité, pour le général Abdelaziz qui a pris le pouvoir, de présenter sa candidature, plutôt que rétablir l’ancien pouvoir dans ses droits.
La décision prise par le CPS de l’UA a été portée au Conseil de sécurité de l'ONU afin qu'elles «deviennent universelles (et) que tous les pays membres de l'ONU les appliquent ». Le pouvoir militaire mauritanien se trouve donc le dos au mur, n’ayant plus d’échappatoire après avoir usé de différents artifices pour masquer son illégalité derrière un soutien populaire, renforcé par une alliance avec une partie de l’opposition. Désormais, il s’impose donc à la junte de coopérer avec «la commission de l'UA « pour le retour immédiat à l'ordre constitutionnel et la résolution de la crise politique dans ce pays », afin d’éviter un enchaînement des sanctions qui pourrait être lourd de conséquences.
Ce 7 février 2009, au lendemain des sanctions prononcées contre la Mauritanie, et comme instruite par ces mesures, la junte dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara a engagé le ministre de l'Administration du territoire et des affaire politiques et le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) «à respecter les engagements pris devant le peuple de Guinée et la communauté internationale d'organiser des élections libres, transparentes et crédibles pendant le dernier trimestre 2009 ».
Abdoul Gourmo Lô défend donc cette détermination à faire barrage aux putschistes, rappelant qu’«il est définitivement et unanimement accepté que les changements anticonstitutionnels de gouvernement sont désormais une menace contre la paix et la sécurité internationale, en raison de ses risques potentiels sur la stabilité du pays et de la région concernée et en raison également de ce qu’il représente en lui-même, comme attentat contre la volonté populaire».
Tagged under GouvernanceEn tant que témoins de l'attaque barbare sur la Palestine perpétrée par Israël, à travers l’«Opération Plomb durci» qui a fait 1 300 morts, il pourrait être utile de lire ce que Mahatma Gandhi avait eu à dire au sujet de la création d'Israël et de la politique sioniste de l'époque.
J'ai reçu plusieurs lettres dans lesquelles on me demande d'exposer mes vues sur la question arabo-juive en Palestine et la persécution anti-juive en Allemagne. Ce n'est pas sans quelque hésitation que je me risque à offrir mes opinions sur cette question très délicate.
Toute ma sympathie est acquise aux Juifs. J'ai connu certains d'entre eux, d'une manière très intime, en Afrique du Sud, et certains d'entre eux sont devenus des amis pour la vie. Grâce à ces amis, j'ai pu mieux connaître la persécution à laquelle ils ont été soumis depuis la lointaine histoire. Ils ont été, en quelque sorte, les intouchables de la Chrétienté. La similarité entre le traitement que les Chrétiens leur ont infligé et celui que les Hindous infligent aux Intouchables est frappante. Un jugement de nature religieuse a été invoqué dans les deux cas pour justifier les traitements inhumains qui ont été infligés aux uns comme aux autres. A part les amitiés qu'il m'a été donné de nouer avec certains d'entre eux, ma sympathie pour les Juifs ressortit donc à des raisons de caractère universel.
Mais ma sympathie ne me rend pas sourd aux exigences de la justice. L'appel à un foyer national pour les Juifs ne me séduit guère. La légitimité en est recherchée dans la Bible et dans la ténacité dont les Juifs ont depuis tout temps fait preuve dans la formulation de leur attachement à un retour en Palestine. Pourquoi ne pourraient-ils pas, comme les autres peuples sur Terre, faire de cette contrée leur pays où naître et où gagner sa vie ?
La Palestine appartient aux Arabes de la manière dont l'Angleterre appartient aux Anglais ou la France aux Français. Il serait injuste et inhumain d'imposer (une domination par) les Juifs aux Arabes. Ce qui se passe en Palestine, de nos jours, ne saurait être justifié au nom d'un quelconque code moral de conduite. Les mandats n'ont pas d'autre justification que la dernière guerre mondiale (la guerre 1939-1945). Ce serait à n'en pas douter un crime contre l'humanité de contraindre ces Arabes si justement fiers à ce que la Palestine soit restituée aux Juifs en tant que leur foyer national, que ce soit partiellement, ou en totalité.
Une alternative bien plus noble serait d'insister sur un traitement équitable des Juifs où qu'ils soient nés et où qu'ils aient été élevés. Les Juifs nés en France sont Français dans l'exact sens où les Chrétiens nés en France le sont. Si les Juifs n'ont pas d'autre foyer national que la Palestine, vont-ils accepter l'idée de devoir être contraints à quitter les autres parties du monde où ils sont installés ? Ou bien voudront-ils une double patrie, où ils puissent demeurer selon leur bon plaisir ? La revendication d'un foyer national pour les Juifs ne fait qu'offrir sur un plateau une justification présentable à l'Allemagne qui expulse ses Juifs.
Mais la persécution allemande des Juifs semble ne pas avoir de parallèle dans l'histoire. Les tyrans de jadis n'étaient jamais allés aussi loin dans leur folie que semble l'avoir fait Adolf Hitler. Et il continue à le faire avec un zèle religieux. N'est-il pas, en effet, en train de prôner une nouvelle religion faite d'un nationalisme militant et exclusif, au nom duquel toute inhumanité devient un acte d'humanité devant être récompensé, ici et maintenant ? Le crime d'un jeune leader certes intrépide, mais non moins complètement dément, est en train d'être imposé à l'ensemble de son ethnie avec une férocité absolument incroyable. Si jamais une guerre pouvait être justifiée, au nom de l'humanité, et pour elle, une guerre contre l'Allemagne, destinée à prévenir la persécution délibérée d'une race humaine toute entière serait totalement justifiée. Mais je ne crois en aucune guerre. Discuter le pour et le contre d'une telle guerre est, par conséquent, complètement hors de propos pour moi.
Mais s'il ne peut être question d'une guerre contre l'Allemagne, même avec l'énormité du crime commis contre les Juifs, il ne saurait être question, non plus, d'une alliance avec ce pays. Comment une alliance pourrait-elle être conclue entre une nation qui revendique la défense de la justice et de la démocratie et une nation qui est l'ennemi déclaré de l'une comme de l'autre ? Ou bien, alors, peut-être l'Angleterre est-elle en train de glisser vers une dictature armée avec tout ce que cela comporte ?
L'Allemagne est en train de démontrer au monde entier comment la violence peut être utilisée efficacement lorsqu'elle n'est entravée par aucune hypocrisie ni aucune faiblesse se faisant passer pour de l'humanisme. Elle montre aussi à quel point sa violence est hideuse et terrible dans son horrible nudité.
Les Juifs peuvent-ils résister à cette persécution planifiée et éhontée ? Ont-ils un moyen de préserver leur dignité, et de ne pas tomber dans le désespoir et l'abandon d'eux-mêmes ? Je fais le pari que c'est possible. Nul être humain croyant en un Dieu vivant ne doit se sentir impuissant ou abandonné. Jéhovah, le Dieu des Juifs, est un Dieu plus personnel que celui des Chrétiens, des Musulmans ou des Hindous, bien qu'il s'agisse, en fait, par essence, du Dieu commun à tous ces croyants, c'est leur Dieu unique, sans associé et échappant à toute description.
Mais comme les Juifs attribuent à Dieu une personnalité et croient qu'Il commande chacun de leurs actes, ils ne devraient pas se sentir impuissants. Si j'étais juif et né en Allemagne, si j'y gagnais ma vie, je proclamerais que l'Allemagne est mon pays, autant qu'elle peut être le pays de l' aryen gentil le plus baraqué, et je le défierais de me tuer ou de m'enfermer dans sa forteresse ; je refuserais d'être expulsé ou soumis à un traitement discriminatoire. Et pour ce faire, je n'attendrais pas que mes coreligionnaires juifs viennent me rejoindre dans la résistance civile, mais j'aurais la certitude qu'à la fin du compte les autres seraient amenés à suivre mon exemple (...)
(...) Et maintenant, un mot aux Juifs de Palestine. Je suis absolument persuadé qu'ils se fourvoient. La Palestine biblique ne correspond à aucun territoire géographique. Elle est dans leurs coeurs. Mais s'ils doivent absolument considérer la Palestine de la géographie comme leur foyer national, c'est un péché inexpiable d'y pénétrer à l'ombre du canon britannique. Un acte de nature religieuse ne saurait être posé avec l'assistance des baïonnettes et des bombes. Ils ne peuvent s'installer en Palestine qu'en respect de la bonne volonté des Arabes. Ils devraient s'efforcer de se gagner le coeur des Arabes. C'est le même Dieu qui commande aux coeurs des Arabes et à ceux des Juifs... Ils trouveront le monde à leurs côtés dans leur aspiration religieuse. Il y a des centaines de manières de s'entendre avec les Arabes, pour peu qu'ils écartent résolument l'aide que leur apporte la baïonnette britannique. Telles que les choses se déroulent actuellement, ils sont co-responsables avec les Britanniques de la spoliation d'un peuple qui ne leur a jamais porté un quelconque tort.
Je ne défends pas les excès des Arabes. J'eusse aimé qu'ils eussent adopté la non-violence dans leur résistance à ce qu'ils considèrent à juste titre comme une agression inqualifiable contre leur pays. Mais si l'on se réfère aux lois généralement admises du bien et du mal, rien ne peut être dit contre la résistance des Arabes à une injustice massive.
Laissons les Juifs qui prétendent être le peuple élu en apporter la preuve par choix qu'ils feront de la non-violence afin de revendiquer une place sur cette terre. Tout pays est le leur, Palestine y comprise, non pas en conséquence d'une agression, mais en vertu d'un service altruiste envers leur prochain. Un ami juif m'a envoyé un livre intitulé "La contribution juive à la civilisation", écrit par un Cecil Roth. Ce livre énumère tout ce que les Juifs ont apporté à la littérature, aux arts, à la musique, au théâtre, à la science, à la médecine, à l'agriculture etc... de part le monde. Avec un tel héritage, les Juifs sont fondés à refuser d'être traités comme les déchets de l'Occident, d'être méprisés ou traités avec condescendance. Ils peuvent obtenir le respect et l'attention du monde en se montrant dignes d'avoir été choisis par Dieu, au lieu de tomber dans la déchéance des brutes oubliées de Dieu. Ils peuvent ajouter à leurs contributions, innombrables et inestimables, (à l'Humanité) celle, suprême, de l'action non-violente.
* Texte écrit par le Mahatma Gandhi (Harijan, le 26 novembre 1938) - Extrait de "Ma Non-Violence"
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under GouvernanceMISRATAH – Durant la nuit, dans la cour de la prison, on entend le son de la mer. Ce sont les vagues de la Méditerranée, à une centaine de mètres du centre de détention. Nous sommes à Misratah, à 210 km à l'est de Tripoli, en Libye. Les prisonniers sont des réfugiés érythréens : 600 personnes, âgés de 20 à 30 ans, dont 58 femmes et plusieurs enfants et bébés. Arrêtés au large de Lampedusa ou dans la banlieue de Tripoli, ils sont oubliés dans cette prisons depuis deux ans, sans procès. Ce sont les premières victimes de l’accord italo-libyen contre l'immigration. Leur faute ? Avoir tenté de rejoindre l'Europe afin de chercher asile. Plongée dans leur vie, leurs espoirs et leurs peurs et leurs désillusions.
La diaspora érythréenne passe par Lampedusa et Malte. Depuis 2005 au moins 6.000 réfugiés de l'ancienne colonie italienne ont débarqué sur les côtes siciliennes, en fuyant de la dictature de Isaias Afewerki. La situation à Asmara est toujours critique. Amnesty International dénonce harcèlement et arrestations des opposants et des journalistes. Et la tension avec l'Éthiopie reste élevée, de sorte que 320.000 Erythréens sont contraints au service militaire à durée indéterminée, dans un pays qui compte 4,7 millions d'habitants. Chaque année, des milliers désertent l'armée et se fuient. La plupart s’arrêtent au Soudan: où il y a plus de 130.000 réfugiés Erythréens. D’autres traversent le Sahara, la Libye et enfin atteignent la Méditerranée en quête de l'Europe.
La première fois que j'ai entendu parler de Misratah c’était au printemps 2007, au cours d'une réunion à Rome avec le directeur du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) de Tripoli, Mohamed al Wash. Quelques mois plus tard, en juillet 2007, grâce à une association érythréenne, nous avons réussi à contacter téléphoniquement un groupe de prisonniers érythréens. Ils se plaignaient des conditions de surpeuplement, du manque d'hygiène, et de la précarité de leur état de santé, en particulier pour les femmes enceintes et les bébés. Ils accusaient aussi certains agents de la police de harcèlement sexuel sur les femmes. À l’époque, Amnesty International avait déjà exprimé sa profonde préoccupation pour le risque d’expulsion des Érythréens arrêtés en Libye. Le 18 septembre 2007, la diaspora érythréenne organisa des manifestations dans les principales capitales européennes en demandant leur libération.
Le directeur du camp, le colonel ‘Ali Abu ‘Ud, connaît bien les rapports internationaux sur Misratah, mais les nie : «Tout ce qu'ils vous ont dit c’est faux" dit-il fièrement. Il siège en veste et cravate, derrière un bouquet de fausses fleurs dans son bureau, au premier étage. De la fenêtre, je vois une cour avec plus de 200 détenus. Abu 'Ud a visité en juillet 2008 certains centres d'accueil en Italie, avec une délégation libyenne. Il parle de Misratah comme d’un hôtel cinq étoiles par rapport aux autres centres de détention libyens. Et probablement il a raison ...
Après une longue insistance, avec un collègue de la radio allemande, Roman Herzog, il nous permet de parler aux réfugiés érythréens. Nous descendons dans la cour et nous divisons. Moi j’interview F., un refugié âgé de 28 ans, qui a passé 24 mois de sa vie dans cette prison. Pendant qu'il parle, je me rends compte que je ne suis pas en train de l'écouter. En fait, je cherche tout simplement à m’imaginer à sa place. Nous avons à peu près le même âge, mais lui il est en train de jeter dans la poubelle les meilleures années de sa vie, oubliées dans cette prison.
Dans le coin opposé de la cour, Roman réussit à parler à un réfugié loin des agents de la sécurité qui nous suivent partout et traduisent tout au chef. Il s’appelle S.. Il parle librement: "Mon frère, nous sommes dans une mauvaise situation ici, nous sommes torturés, mentalement et physiquement. Nous sommes ici depuis deux ans et on ne connait pas notre avenir. Vous le voyez vous-même, Regardez!". Entretemps, l'interprète les rejoint et informe le colonel, qui interrompt l'entretien et demande à S. s’il ne veut pas rentrer en Érythrée.
Roman invite les réfugiés à marcher vite vers les chambres avant que le directeur les interrompt à nouveau."Nous sommes tous des Érythréens - il continue -. Je suis rentré en Libye en 2005. Nous demandons l'asile politique, par rapport à la situation chez nous. Mais le monde ne s’intéresse pas à nous. Il n'est pas facile rester deux ans en prison, sans aucun confort. Nous sommes en prison, nous ne sommes pas autorisés à voir le monde extérieur. Tout ce dont nous avons besoin, c'est la liberté ".
À l'intérieur de la chambre, il y a 18 personnes assises par terre, sur des couvertures et des matelas sales. La chambre mesure quatre mètres sur cinq. Il n'y a pas de fenêtres. "Elle est trop surpeuplée, dit S. Nous ne pouvons pas voir la lumière du soleil et il n'y a pas d'air. En été, il fait très chaud, et les gens tombent malades. Et en hiver c’est la même chose, il fait très froid la nuit". La chambre à côté est plus grande, mais il y a beaucoup plus de personnes, toutes des femmes et des enfants. Il est trop tard pour parler avec eux.
Les agents de la sécurité atteignent Roman et interrompent son travail. Ils veulent qu’il parle avec un réfugié qu'ils ont choisi. "Je suis aussi un détenu", dit il à mon collègue, qui malgré tout refuse et commence à parler avec un autre réfugié. Il s’appelle J., il a 34 ans et il dit qu'il a été dans 13 prisons en Libye: "Certains d'entre nous ont fait quatre ans ici. Moi j'ai passé trois ans dans cette prison. Nous sommes dans la pire des situations. Nous n'avons pas commis de crimes, nous demandons l'asile politique. Au moins qu’ils nous disent pourquoi ! Personne nous informe. Que va-t-il se passer pour nous ? Même le HCR ne nous parle pas. J'ai perdu l'espoir ... Je faiais 60 kg quand je suis entré, maintenant mon poids est de 48 kg, imaginez pourquoi .. "
Le colonel Abou Ud suit la conversation avec l'aide de l'interprète. Il ne peut plus supporter la scène : "Est-ce que vous voulez rentrer en Érythrée ?", demande-t-il à J. "Je préfère plutôt mourir comme tout le monde ici", lui répond-il. Le directeur, en colère, commence à menacer: «Si vous voulez rentrer en Érythrée, nous vous rapatrions aujourd’hui même".
"Ils nous interdisent de parler avec vous», explique J. à Roman. Le directeur, furieux, crie à l’interprète : "Dites-leur qu'ils seront tous retournés". Il s’approche à Roman et lui ordonne : «Terminé !». Roman proteste tandis que deux agents nous tirent par les bras vers la sortie.
Avant de quitter la cour, le colonel crie à tous les réfugiés: «Si vous vous sentez maltraités ici, nous organisons votre retour immédiatement. Vous avez déjà refusé de retourner dans votre pays, c'est pourquoi vous êtes ici. Mais chacun de vous est libre de rentrer chez lui ! Qui veut rentrer en Érythrée ? ". "Personne!", répond la foule. "Vous avez vu ! », lance le colonel à Roman - Maintenant, nous avons vraiment fini."
Nous montons de nouveau dans le bureau du directeur. Avec une voix nerveuse, il essaie de nous convaincre de son engagement. L'ambassade érythréenne a envoyé deux fois ses fonctionnaires, afin d'identifier les prisonniers. Mais les réfugiés ont refusé de les rencontrer. Ils ont même organisé une grève de la faim. Compréhensible, je pense, étant donné qu'ils seraient persécutés dans leur patrie. Et la Libye devrait l’avoir déjà compris le 27 août 2004, quand un vol d'expulsion vers l'Erythrée fut détourné vers le Soudan par ses propres passagers.
Mais le concept de l'asile politique n'est pas clair pour les autorités libyennes. Dans leur esprit, ils ne font que des patrouilles pour la frontière européenne. Et s’ils prennent des Érythréens ou des Nigérians, ils ne voient pas de différence. Tant que les réfugiés érythréens refusent de retourner dans leur pays, ils vont rester en prison. Sauf s’ils ont la chance d'être réinstallés en Europe par le HCR, ou s’ils parviennent à s'échapper.
Haron a 36 ans. Il a laissé son épouse et ses deux enfants en Érythrée, pour fuir en 2005, après 12 années de service militaire non rémunéré. Après deux ans passés dans la prison de Misratah, la Suède vient d’accepter sa demande de réinstallation. Il va quitter la Libye trois jours après notre visite, le 27 Novembre 2008, avec un groupe de 26 réfugiés érythréens de Misratah, y compris des femmes. La réinstallation est la seule carte que le HCR peut jouer en Libye.
Les 34 premières femmes érythréennes partirent de Misratah en Novembre 2007 et furent réinstallées en Italie. Pour Rome, c’était la première réinstallation de réfugiés depuis la crise du Chili en 1973. Mais l'opération fut censurée par le bureau de presse du ministère italien de l'Intérieur, afin d'éviter toute controverse possible avec les parties
xénophobes de la droite.Depuis lors, plus de 150 réfugiés ont été transférés de Misratah vers l’Italie (70), la Roumanie (39), la Suède (27), le Canada (17), la Norvège (9) et la Suisse (5). La personne qui me donne ces chiffres s’appelle Oussama Sadiq. Il est le coordonnateur des projets de International Organisation for Peace Care and Relief (Iopcr). Une importante ONG libyenne qui prétend être non-gouvernementale, même si d’anciens fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et de la Sécurité y travaillent. L’Iopcr est tellement influent que le HCR a accès à Misratah sous sa couverture.
Oui, dans un pays traversé chaque année par des milliers de réfugiés Érythréens, Soudanais, Somaliens et Éthiopiens, le HCR compte moins qu'une ONG. En fait, la Libye n'a jamais signé la convention des Nations unies sur les réfugiés, mais permet au HCR de travailler sur son territoire, même sans accord officiel. Lutter pour la libération des réfugiés détenus à Misratah pourrait briser ce faible équilibre diplomatique. C'est pourquoi le HCR préfère faire profil bas, en évitant de critiquer la Libye.
De toute façon la majorité des prisonniers n'ont aucune chance d'être réinstallés par le HCR. Pour eux la seule voie de sortie c’est la fuite. C’est l’histoire de Koubros. Je le rencontre sur l'escalier de l'église de San Francesco, près de Dhahra, à Tripoli, après la messe du vendredi matin.
Un groupe d'Érythréens en file attendent l’ouverture du bureau de Caritas. Koubros a passé un an à Misratah. Il avait été arrêté à Tripoli lors d'une rafle dans le quartier Abou Selim, mais a réussi à s’échapper de l'hôpital où il avait été conduit après être tombé malade en prison. Une fois de retour à Tripoli, il a de nouveau été arrêté et emmené à la prison de Twaisha, près de l'aéroport international. Certains amis ont recueilli 300 dollars et ont corrompu un policier qui l’a laissé sortir. Assis à côté de lui, Tadrous, un autre Erythréen qui vient d'être libéré de la prison de Surman. Lui, ils l’ont pris en mer, sur un bateau en route pour Lampedusa, et l’ont condamné à 5 mois de prison. Il est venu à Caritas pour chercher un docteur, ayant attrapé la gale en prison.
Nous lui demandons de nous accompagner à Gurgi, dans la banlieue de Tripoli, là où vivent les Érythréens. L’idée lui paraît trop dangereux. Les réfugiés vivent cachés dans la ville. Notre présence pourrait alerter la police et causer une rafle. Yosief n’est pas d’accord avec lui. Il vit dans une zone différente. Nous le suivons.
Le taxi s'arrête dans une rue près de Shar'a Ahad 'Ashara, à Gurgi. L'appartement où on va appartient à une famille tchadienne qui loue les deux petites chambres au premier étage à sept Érythréens. Nous enlevons nos chaussures avant d'entrer. Par terre il y a des tapis et des couvertures. Dans la chambre, ils dorment à cinq. La télévision, reliée à la grande parabole sur le toit, montre les vidéos de chanteurs érythréens. C'est un endroit sûr, disent-ils, car l'entrée de la maison passe par le salon de la famille tchadienne qui vit ici depuis longtemps. Les réfugiés viennent d’emménager là après les dernière rafles policières à Shar'a 'Ashara. Maintenant, quand ils entendent la sirène de la police, ils ne s’inquiètent plus. Ils nous offrent du chocolat, une sauce tomate et du pain, une 7-Up et du jus de poire.
Nous continuons à parler de leurs expériences dans les prisons libyennes. Chacun d'eux a été arrêté au moins une fois. Et chacun est sorti grâce à la corruption. Il suffit de payer 200 à 500 dollars à un policier et ils te libèrent. L'argent arrive avec Western Union par le réseau de solidarité de la diaspora érythréenne qui vit en Europe et en Amérique.
Robel aussi a passé un an à Misratah. Il nous montre son certificat de demandeur d'asile délivré par le HCR. Il est valable jusqu'au 11 mai 2009. Mais ce papier ne lui permet guère d’avoir confiance : "Un de mes amis a été arrêté et la police a déchiré le certificat sous ses yeux." Il nous montre un appel à la communauté internationale qu’ils avaient écrit à Misratah, avec un groupe de six étudiants Érythréens.
Sur le mur, près du poster de Jésus, je vois la photo d'une petite fille. Quelqu'un a écrit à côté son nom : Delina. Je la connais. Elle jouait ce matin sur les escaliers de l'église, avec Tadrous. Elle aussi va risquer sa vie en mer. "L'important, c'est d'arriver dans les eaux internationales", nous explique Yosief. Les intermédiaires Érythréens (dallala) qui organisent la traversée ont des réputations différentes. Il y a ceux sans scrupules et d’autres à qui vous pouvez faire confiance. Mais le risque reste toujours élevé.
Je ne peux manquer d’y penser durant mon vol de retour à Malte. Confortablement assis et un peu ennuyé, je lis sur mon carnet d'adresses les e-mail des Érythréens rencontrés à Tripoli. Il y a un mois, un ami Ethiopien m'avait donné le numéro de téléphone d'un gars bloqué à Tripoli après avoir échoué la traversée de la mer. Il s’appelle Gibril. J'ai essayé de l'appeler plusieurs fois, mais son téléphone cellulaire était toujours éteint. J’entends encore l’écho du message automatique en arabe. J'espère qu'il est en sécurité quelque part en Italie ou en Libye. Et pas...
Bonne chance, Delina.
(Mes remerciements à Roman Herzog qui a contribué à cet article, et sans lequel il n’y aurait pas eu ce voyage)
* Gabriele Del Grande est journaliste italienne. Elle collabore avec l’Observatoire italien sur les victimes de l’immigration
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur
Tagged under Sécurité humaine
Pagination
- Page précédente
- Page 24
- Page suivante