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    L'opposant soudanais Hassan Al Tourabi n'envisage pas de se présenter à l'élection présidentielle de 2010. Agé de 77 ans, le vieil opposant au président Omar el-Béchir invoque des questions d'âge et souhaite laisser la place à la jeune garde. Hassan al-Tourabi dirige le Parti du congrès populaire (PCP), formation qui n'a pas encore indiqué si elle présenterait un autre candidat en 2010 face au président sortant Omar el-Béchir. Hassan al-Tourabi veut se mettre en retrait, écrire des livres, dit-il, pour inspirer ou guider les gens.

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    L’opposition dénonce des fraudes massives lors de l’élection présidentielle en Algérie, dont les résultats ont été prononcés le 10 avril. La vraie surprise a été le taux de participation. A moins de 10% à la mi-journée, selon certains observateurs, il a curieusement grimpé à un peu plus de 74% le soir, à la fin du scrutin. Ce taux est même supérieur à celui de la dernière présidentielle de 2004 alors que, sur le terrain, les observateurs ont constaté qu’il n’y a pas eu d’affluence.

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    Au moins quatre obus de mortier sont tombés dans la nuit du 13 au 14 avril dans le quartier de Ouenzé, un quartier populaire du nord de Brazzaville, sans faire des victimes mais causant des dégâts matériels. Ces tirs surviennent alors que devait s'ouvrir, dans l’après-midi du 14 avril, à Brazzaville le "Dialogue républicain" regroupant les représentants des partis de la majorité, de l'opposition et la société civile dans la perspective de la présidentielle de juillet. L’origine des tirs n’a pas été officiellement établi. Une dizaine de personnes se sont déjà portées candidates aux élections présidentielles dont la date exacte reste à fixer. Le président Sassou Nguesso, élu en 2002, ne s'est pas encore officiellement prononcé mais son entourage lui prête l'intention de se représenter.

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    Depuis janvier 2009, le taux de change du Franc congolais est passé sur le marché parallèle de 666 FC à 853 FC pour 1 dollar américain, soit une dépréciation de 28%. Cette situation a conduit à une détérioration considérable du pouvoir d’achat de la population. Pour stabiliser durablement le taux de change, la Banque Centrale du Congo a décidé d’intervenir en usant de ses réserves.

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    Baba Maal et son orchestre se produiront le 25 avril à Paris, dans le but de lever des fonds au profit de trois villages défavorisés du Fouta, dans le nord sénégalais. Après l’étape de Paris, Baaba Maal poursuivra son odyssée sur les grandes scènes du monde notamment en Angleterre, dans plusieurs grandes villes d’Europe, en Amérique du Nord. Il est aussi attendu cette année au Montreux Jazz Festival (Suisse) prévu en juillet prochain.

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    La société civile nigérienne, qui mène depuis des mois un combat contre les députés qu’elle accuse d’avoir « perçu des sommes indues», a décidé de poursuivre son mouvement pour amener les parlementaires à rembourser les montants en question et à faire face à la justice pour «violation de la Constitution». Les députés sont accusés par la société civile de s’être accordés, lors de leurs délibérations, des indemnités et avantages illégaux au vu de la loi.

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    La démission la ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles du Kenya, Martha Karua, est un acte de courage exemplaire en Afrique. Empêchée de mener des réformes dans son ministère, elle a donc préféré claquer la porte du gouvernement. Or, en Afrique, les ministres préfèrent se la boucler, avaler des couleuvres plutôt que de rendre le tablier, un geste perçu comme un suicide. Sa démission met aussi au grand jour l’immobilisme du gouvernement de coalition qui peine à entreprendre les réformes pour lesquelles il a été formé.

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    La décision du gouvernement du Sénégal de vendre 9,87 % de ses actions dans la Société nationale de télécommunication (SONATEL) à France Télécom, suscite une levée de boucliers. Avec cette vente, les Français deviendraient en effet majoritaires, avec 52,2 % du capital. La Sonatel est une des entreprises leaders au Sénégal, et l’opération menée par l’Etat est perçue comme un bradage de souveraineté. En cas de nécessité de vente, souligne-t-on, l’actionnariat local aurait dû être privilégié.

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    L'opposition au Niger accuse les partisans du président Mamadou Tandja de fomenter, "avec sa bénédiction manifeste", un plan visant à "suspendre la Constitution" pour permettre une prolongation de son mandat qui expire officiellement en fin 2009. Le président Tandja a plusieurs fois promis de se retirer à la fin de son mandat. Pourtant, lors d'une visite fin mars du président français Nicolas Sarkozy à Niamey, il n'a pas écarté la possibilité pour lui de rester plus longtemps que prévu à la tête du Niger pour "boucler" les projets en cours. Une grande manifestation est prévue le 21 avril pour protester contre toute éventuelle prolongation du mandat présidentiel.

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    Le gouvernement fédéral du Nigeria a annoncé, le 8 avril, que 150 millions de dollars sur les 180 millions de pots- de-vin que des officiels nigérians sont présumés avoir reçu de la firme américaine Halliburton - afin d'obtenir les contrats d'exploitation du gaz liquéfié naturel du Nigeria (NLNG) - ont été retrouvés dans un compte à Zurich, en Suisse. Le ministre nigérian de la Justice et Attorney général a déclaré que cette argent a été retrouvé au cours de l'enquête d'une équipe mise sur pied par le gouvernement pour identifier les Nigérians impliqués dans ce scandale de corruption. Selon lui, le propriétaire du compte où les 150 millions de dollars ont été retrouvés n'a pas encore été identifié.

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    Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a obtenu comme prévu un troisième mandat de cinq ans, avec 90,24% des suffrages exprimés, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni. Le taux de participation s'est élevé à 74,54% malgré les appels au boycott de l'opposition et des islamistes.En 1999, il avait obtenu 73% des suffrages. Le président âgé aujourd'hui de 72 ans a fait modifier la Constitution l'année dernière pour pouvoir briguer un troisième mandat.

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    Du 7 au 9 mars dernier, les producteurs d'Afrique de l'Ouest se retrouvent à Djimini, dans le sud du Sénégal, à l’occasion de la foire sur les semences paysannes. Et là, au detour d’une communication faite par un membre du Réseau semences paysannes de France, la nouvelle leur tombe dessus : Tropicasem, société sénégalaise filiale de Limagrain, une société coopérative française spécialisée dans la vente de semences, a déposé, depuis 2006, une demande de certification d'obtention végétale, auprès de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), sur les semences d’oignon dit Violet de Galmi. Et si cette demande passe, les horticulteurs ouest africains ne pourront plus utiliser cete variété. C’est le branle-bas-de combat. Sauf que les paysans n’avaient que six mois pour s’opposer à cette mesure, à partir de sa publication dans le bulletin official de l’OAPI. Publication qui a eu lieu depuis mars 2008.

    Cette variété dont les paysans africains risquent de perdre le libre usage est pourtant le fruit de leur savoir séculaire. Galmi, d’où provient le Violet, est en effet un village nigérien. C’est là que, depuis près d’un siècle, les producteurs l’ont mis au point avant de l’introduire au Mali et au Sénégal. Dans ce dernier pays, elle a fait passer la production de 40 000 tonnes en 2003, à 140 000 tonnes en 2008. Soit un chiffre d’affaires de 15 milliards.

    Pour les producteurs africains, l’heure est grave. D’autant que les multinationales de semences ont l’œil sur plusieurs variétés africaines. Notamment la pastèque, le piment jaune du Burkina Faso et le gombo Volta. Les producteurs comptent se mobiliser et saisir les instances régionales comme la CEDEAO, l’UEMOA, etc. Pourvu qu’il ne soit trop tard.

    Dans cette guerre des semences, le désastre qui menace les paysans africains se dessine déjà en Afrique du Sud. Dans la région de North West, Free State et Mpumalanga, 82 000 hectars de champs plantés avec du mais OGM sont “tombés en panne” et n’ont pas produit de grains. Les agriculteurs ont perdu l’intégralité de leur récolte et des millions de dollars de revenus. L’aspect extérieur des plantes est satisfaisant, mais elles n’ont presque pas produit d’épis porteurs de grains. Les semences sont produites par la multinationale Monsanto.

    L’agriculture vivrière qui sert à nourrir les peuples se trouve ainsi, de plus en plus, sous le contrôle de grandes multinationales fabriquant des semences en laboratoire et ayant un contrôle total sur les récoltes et les modes d’alimentation. En plus, pour les producteurs, de perdre leur souveraineté alimentaire et la maîtrise de la biodiversité, ces pannes survenues en Afrique du Sud montrent que la famine peut-être été fabriquée en éprouvette. Est-ce que nous pouvons nous permettre ce genre de risque ?

    Monsanto explique ce désastre par «une panne survenue lors du processus de fertilisation des sémences en laboratoire, affectant trois espèces de maïs génétiquement modifié». Elle s’engage, par ailleurs, à dédommager les producteurs, mais les estimations sont bien en dessous des pertes.

    L’Africa-centre for biosecurity, basée à Johannesburg a demandé au gouvernement sud-africain de nommer une commission d’enquête sur la question et d’interdire la culture d’aliments OGM dans le pays, affirmant que c’est la technologie de manipulation génétique pratiquée par Monsanto qui est en elle-même responsable de cette “panne” des récoltes.

    http://bridge.over-blog.org/article-29987459.html

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  • Le Sénégal est entré dans l’ère de la production industrielle de l’or, avec la mise en marche de l’usine de Sabodala Gold Opérations (SGO), une filiale de la compagnie australienne Mineral Deposit Limited (MDL), détentrice d’une concession minière. Les perspectives peuvent être heureuses pour l’économie nationale, mais pour l’heure l’inquiétude reste le sentiment le plus partagé au sein de la société civile sénégalaise. Avec cette question fondamentale : à qui profitera cet or ?

    Car, bien avant l’ouverture officielle de cette usine par le chef de l’Etat, prévue le 15 mars puis reportée, «l’or de Sabodala» a fait un mort et plusieurs blessés graves. Un drame survenu le 23 décembre 2008, quand les populations de Kédougou, zone où se situent les mines, ont violemment manifesté (et subi une forte intervention des forces de sécurité) pour faire bénéficier leur communauté, de manière juste, des retombées de cette exploitation aurifère.

    L’or de la région orientale du Sénégal, à la frontière avec le Mali et la Guinée, a commencé à passionner au début des années 2000. Ce qui était un mirage évoqué ici ou là, depuis les années 1980, se fit plus concret. A la faveur de la montée en flèche du cours mondial de l’or, on assista à une véritable ruée des compagnies vers Kédougou, une région de l’extrême sud-est du Sénégal dont le sous sol regorge de potentialités minières importantes.

    Devant les mirages de l’or, les populations de la contrée ont vite fait de reléguer au second plan les activités agricoles. D’aucuns ont même poussé le bouchon loin, en abandonnant leurs surfaces cultivables. Tous étaient convaincus que l’arrivée des sociétés minières était synonyme de la fin de toute misère, dans une région enclavée qui reste la plus pauvre du Sénégal. Sara Cissokho, chef du village de Sabodala, se rappelle : «Nous pensions que les billets de banques allaient tomber à flots, que des infrastructures sociales de base allaient sortir de terre, que nous allions définitivement tourner le dos à la pauvreté». Cette conviction, il la partageait avec la quasi-totalité des habitants de la communauté rurale de Khossanto, zone où se déroulent les opérations minières, voire ceux de Kédougou.

    La conviction devient plus forte chez les populations quand l’Etat du Sénégal signe, en mars 2005, deux conventions. Une convention de recherche et d’exploitation pour MDL et une convention d’exploration pour la compagnie canadienne OROMIN. «Pour nous, les problèmes d’emploi allaient devenir des souvenirs», confie le président du comité inter villageois de surveillance des impacts des opérations minières, Moussa Cissokho. Ce comité est une structure de concertation et de dialogue mise en place par l’ONG La Lumière, une organisation de la société civile qui veille et s’active sur les questions minières, avec des partenaires comme Oxfam America et l’Union Européenne. Avec un soucis pour le respect des droits économiques et sociaux des communautés minières et la préservation de l’environnement.

    Il n’a pas fallu longtemps pour que les jeunes de Kédougou se rendent compte que leurs espoirs d’insertion professionnelle et d’avenir doré étaient une quasi illusion. Leurs frustrations, plusieurs fois exprimées, finissent par éclater le 23 décembre 2008. Une marche de protestation déborde et se transforme en pillage en règle. Les symboles de l’Etat sont pillés, incendiés. Aussi bien la gouvernance, la préfecture, le tribunal départemental, le service départemental du développement rural, l’inspection de l’éducation, le service de la douane que la brigade de gendarmerie, rien n’a été épargné. C’est durant ces événements qu’un jeune homme est tué par balle. Une mort que les populations mettent sur le dos des forces de sécurité qui sont intervenues. La thèse est rejetée par les autorités. Les enquêtes seront menées de façon brutale. Pendant des jours, Kédougou ressemble à une zone de non droit. Les populations dénoncent des descentes policières brutales, on évoque des cas de torture, etc. Une trentaine de manifestants finiront ainsi devant le tribunal. Les débats seront l’occasion d’étaler les raisons de leur colère.

    Alors que les emplois attendus se faisaient désirer, les jeunes ont vu une vague de main d’œuvre affluer des autres régions pour s’imposer dans les zones minières. Or, il y a quelques années, lors d’un forum sur l’emploi qu’il avait présidé, le président de la République leur avait fait miroiter des perspectives d’occupation professionnelle qu’il voyait justement leur échapper. Les jeunes trouvaient aussi à redire dans la mise en œuvre du programme social minier. Doté de 3,5 milliards de francs CFA négociés par l’Etat, il devait servir à des investissements sociaux au profit des communautés dont les terres sont touchées par les exploitations minières. A cet effet, des besoins prioritaires avaient été identifiés et couchés dans un document validé par les élus locaux, les organisations de la société civile, les communautés minières et les services administratifs. Les applications escomptées ne suivront pas.

    Parmi les avocats qui viendront pour la défense de la trentaine de jeunes mis aux arrêts, figurait Me Sidiki Kaba, président de l’Organisation internationale des Droits de l’homme. Au bout du compte, les peines allaient s’échelonner de 5 à 10 ans d’emprisonnement fermes. L’appel et les demandes de mise en liberté provisoire restent sans effet. C’est finalement une grâce présidentielle sort les jeunes de prison, peu avant les élections locales du 22 mars dernier. L’affaire avait alors pris une tournure politique. Aussi bien les partis d’opposition que la société civile s’étaient élevés contre les décisions judicaires, mais aussi sur la politique minière et la gestion du fonds minier. Jusqu’alors tenu dans des cercles confidentiels, le débat sur les questions minières occupait les devants de la scène, avec une obligation pour les autorités de s’expliquer.

    Dans les sphères de l’Etat, on défend que le miracle de l’or aura bel et bien lieu. Dans le résumé non technique de l’étude d’impact environnemental et social du projet d’exploitation, on note que «l’augmentation du PIB, la réduction du déficit de la balance commerciale ainsi que la hausse des exportations», demeurent une certitude avec l’exploitation de l’or du Sénégal. A cet effet, la loi minière sénégalaise stipule une prise de participation de 10% d’actions gratuites, pour l’Etat, au capital de chaque société attributaire d’un titre minier. Et cette participation, pour l’Etat ou pour les privés nationaux, pourrait aller jusqu’à 30%, cette fois de façon onéreuse. Avec, cependant, ce bémol de la part du Directeur des Mines et de la Géologie, Dr Sylla : « Le problème, ici, est de savoir si les nationaux pourront suivre ce niveau d’investissement ». Le montant de la rente minière s’élève à 3% de la valeur carreau mine, et dans le cadre du projet d’exploitation en cours, les autorités parlent de 6,5 dollars de plus par once additionnelle.

    Du Directeur des Mines et de la Géologie, on apprend que « les autorités ont opéré des prospections pour appréhender à l’avance le niveau des retombées ». Etant entendu que le Sénégal n’avait jusqu’ici pas encore pratiqué l’exploitation au niveau industriel, c’est à partir des similitudes entre les codes miniers malien et sénégalais qu’il avance « de fortes chances que nous soyons dans les mêmes fourchettes de 45-55, voire 40-60%, avec la majorité des parts pour le pays». Des ratios qui seront pratiqués après le remboursement, par les compagnies, de leurs dettes. Et Dr Sylla de préciser : « Nous avons négocié les taux de redevance et les niveaux d’imposition en connaissance de cause ». Autrement dit pour une exploitation bénéfique, malgré les nombreuses années d’exonération fiscale.

    A cet effet, la redevance est fixée sur la base de 650 dollars l’once, dont le prix oscille aujourd’hui autour de 800 dollars sur le marché. A la question de savoir ce qu’il adviendra si le contexte international devenait plus favorable, le Directeur des Mines rétorque : « Nous pouvons être amenés à reconsidérer certaines choses. Nous pourrons taxer les super profits comme cela se fait ailleurs ».

    Comme gage de transparence, les autorités avancent que toutes les recettes tirées de l’exploitation de ce projet et des projets à venir seront recouvrées par des agents assermentés et reversées au Trésor public. Et une partie de ces revenus servira à alimenter, selon des critères et modalités qui seront fixés par décret, un fonds de péréquation et d’appui aux collectivités locales pour des investissements, en ayant en vue celles abritant les opérations minières. Toutes ces informations pourraient avoir un caractère public dans la mesure où c’est l’Assemblée nationale qui vote le budget.

    De l’avis de certains spécialistes, le pouvoir de génération d’effets induits est considérable pour l’industrie minière. «Il y aura pas mal d’emplois indirects à travers les nombreuses prestations de service», laisse entendre le Directeur des Mines et de la Géologie, qui évoque l’exemple de la fourniture en carburant et huile pour la centrale de 32 mégawatts mis en service pour le projet de SGO, ainsi que la fourniture en denrées alimentaires du millier de personnes devant habiter la cité minière. Par ailleurs, les emplois indirects, au-delà des 650 emplois directs notés dans le cadre de ce projet, pourraient dépasser le nombre de 2000 si l’on tient compte du fait que chaque emploi direct pourrait générer 4 emplois indirects. Ces emplois seront portés par des sous traitants. Ainsi, bon nombre de petites et moyennes entreprises officieront dans la zone, surtout quand des compagnies comme OROMIN, RAND GOLD et SORED MINES décideront elles aussi de passer à la phase d’exploitation.

    Pour accompagner les besoins en main d’œuvre de ces nouvelles exploitations minières, les autorités ont annoncé la création d’une filière « Mines » au Lycée technique, industriel et minier de Kédougou, ainsi que d’un Collège des mines et de la métallurgie. En attendant, un rapport de l’Inspection Régionale du Travail et de la Sécurité sociale de Tambacounda, en date du 23 février 2009, relève que « pour les emplois non qualifiés (dans les mines), la quasi-totalité des effectifs est constituée par des autochtones », ce qui est en porte à faux avec l’idée répandue, qui a suscité des vagues de mécontentement ayant fini en émeutes en décembre dernier. Le rapport indique qu’au titre de l’année 2008, « pour la seule compagnie MDL, 1606 contrats (de travail) sont déposés et enregistrés » dans leurs registres.

    Devant la révolte des jeunes et son impact au plan national, les autorités ont été cependant forcés à communiquer sur des dossiers jusqu’alors gérés en secret. Et même certaines compagnies minières ont dû s’expliquer sur leurs interventions en faveur des collectivités. Mais les «avantages» évoqués cachent mal les effets d’une exploitation minière dont on ne connaît pas encore tous les tenants et aboutissants.

    Des producteurs et groupements de producteurs confient avoir perdu leurs champs face à l’arrivée des exploitants miniers. Certains soutiennent avoir bénéficié de compensations dérisoires, entre 15 000 et 45 000 F CFA. D’autres, à l’image de Tamba Soumaré, du village de Sabodala, disent n’avoir rien reçu. Le Directeur des mines parle d’une nécessaire réorganisation spatiale, liée à l’arrivée massive des populations et services. Mais les déguerpissements risquent d’entraîner des heurts. Pour des raisons culturelles, voire cultuelles et historiques, certains rechignent à quitter les terres qui les ont vu naître et où ils espèrent mourir.

    Déjà, dans ces villages, les normes sociales établies commencent à se désagréger. Des vagues de migrants arrivent de tous les horizons, avec en bandoulière des comportements nouveaux peu propices à l’établissement d’une paix sociale durable avec les populations autochtones. L’alcool local coule à flots dans certains coins de Sabodala. A Tenkoto, un autre village proche, naissent de petits bistrots fréquentés les soirs par les travailleurs et autres orpailleurs traditionnels. Pour un rien, dans ces contrées naguère paisibles, on brandit une arme blanche et on menace de mort. La drogue dure et les armes à feu circulent, regrette Bambo Cissokho, le chef du village. La prostitution massive est aussi devenue réalité. Une flambée d’infections sexuellement transmissibles est notée à Tenkoto, capitale de l’orpaillage traditionnel. Alors que le taux de prévalence du VIH au niveau national est de 0,7 %, le médecin chef de la région annonce un taux local de l’ordre de 7%.

    Les mêmes impacts néfastes sont notés sur l’environnement. Des arbres de grande valeur sont abattus pour les besoins de la construction de digues de retenues d’eau, d’installation des infrastructures minières et de construction de la cité minière ou encore de pistes d’accès. A l’époque, le chef du secteur des Eaux, Forets et Chasse avait sévi pour exiger le paiement, par MDL, d’une taxe de quelques 36 millions de francs CFA. Mais c’est fort peu face aux désastres qui se profilent pour la faune et la flore.

    La carrière de granit du village de Makhana sera ainsi exploitée à l’explosif, fissurant des cases et décimant une partie du bétail des populations. Les opérations de sondage se poursuivent avec des trous de 300 à 400 mètres de profondeur. Pour produire 3 grammes d’or, il faudra broyer une tonne de roche et 6 tonnes d’or métal seront exploitées par an. Le cyanure, un produit ultra toxique, sera utilisé pour permettre à la roche de libérer le métal. A cela s’ajoute une incroyable pollution sonore.

    Ces perspectives sont d’autant plus inquiétantes que jusqu’ici le fonds de réhabilitation des sites miniers n’est pas encore disponible. Secrétaire exécutif de l’ONG La Lumière, Ibrahima Sory Diallo s’en inquiète : « Ces compagnies sont loin d’être des philanthropes. Si par extraordinaire le cours de l’or chutait, elles vont partir et nous laisser entre les mains des sites dégradés qui ne serviront à rien et qui exposeront les populations. L’idéal c’est que les fonds soient disponibles, et que l’on réhabilite au fur et à mesure que les exploitations se font».

    Sur toutes ces questions, les autorités sont interpellées. Des réponses étaient espérées avec l’inauguration, par le chef de l’Etat, de l’usine de Sabodala Gold Operations, avec la présentation du fameux premier lingot d’or. L’agenda politique électoral a faussé le rendez-vous.

    * Boubacar Tamba est le correspondant de Sud Fm, une radio du Sénégal, dans les régions est et sud-est du Sénégal

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    La Haute Cour de Blantyre devait entendre, le 9 avril, l'ancien président du Malawi, Bakili Muluzi, accusé de détournement de 1,7 milliard de Kwacha malawites (environ 11 millions de dollars) offerts par des bailleurs de fonds,. Le juge Maclean a demandé au Bureau anti-corruption de produire de nouvelles accusations contre M. Muluzi avant qu'il ne plaide non coupable pour les 86 chefs d'accusation de corruption retenus contre lui.

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    Les partisans de l'ancien président nigérien Ibrahim Baré Maïnassara ont réclamé une enquête indépendante sur son assassinat, il y a dix ans, le 9 avril 1999, et une nouvelle constitution pour pouvoir poursuivre les auteurs. ?Seulement, l'article 141 de la Constitution, qui accorde un amnistie totale, n'est susceptible d'aucune modification ou annulation. Le Parti nigérien pour la démocratie et le progrès (RDP) du défunt chef de l'Etat a, jusque là, vainement tenté de le faire annuler.

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    Les agences humanitaires et de développement du système des Nations-unies redonnent espoir aux enfants malnutris de 0 à 5 ans du Nord de la Côte d'Ivoire. Les 6 et 7 avril, on a ainsi assisté à un travail de récupération de ces enfants malnutris au plus profond du Nord dans le village de Bawakaha, Dans une action coordonnée, l'UNICEF, la FAI et le PAM sont impliqués dans cette opération. La malnutrition des enfants de 0 à 5 ans, au Nord de la Côte d’Ivoire, atteint un taux de 17,5% selon une enquête réalisée en 2008 par le ministère de la Santé.

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  • Le 26 juillet 2007, à l’Université Cheikh Anta Diop, Nicolas Sarkozy prononce ce qui reste dans l’histoire comme le «discours de Dakar». L’Afrique y apparaît comme «hors du temps», seule responsable de ses malheurs, ancrée dans ses traditions dépassées et tournant le dos à ce que fait le monde de demain. Depuis lors, devant l’indignation collective, il y a eu mea culpa et tentatives de rectification. Sans convaincre. En visite au Sénégal la semaine dernière, Ségolène Royal a posé un autre regard sur l’Afrique. Extraits d’un discours.

    (…) Ce n'est pas d'aujourd'hui que je parle de l'Afrique. À Villepinte, dans le discours d'ouverture de la campagne présidentielle (Ndlr : présidentielle française, en 2007), ce continent était au coeur de mes préoccupations ("De quoi souffre-t-elle l'Afrique ? D'une économie mondiale absolument débridée qui ne laisse aucune chance à des produits agricoles fragiles et incapables de rivaliser avec les politiques de pays bardés d'atouts financiers et technologiques !"). ??Elle était là aussi, l'Afrique, dans l'ouvrage coécrit avec Alain Touraine, Si la gauche veut des idées. J'y annonçais : "L'Afrique est notre avenir. Le développement de l'Afrique sera l'oeuvre des Africains", et dans Femme debout, écrit avec Françoise Degois. ??

    Dans chacune de mes responsabilités, j'ai toujours pensé à l'Afrique. En 1992, ministre de l'Environnement, j'avais choisi le Mali comme pays partenaire d'actions communes environnementales. Devenue ministre de l'Enseignement scolaire, j'ai pris beaucoup de soin à intégrer le Sénégal dans des actions de développement commun de l'Éducation, comme la bibliothèque de Ouakam. Je pourrais vous donner bien d'autres exemples de cette préoccupation au long cours et de ce lien indéfectible qui me ramène toujours vers l'Afrique tant est forte ma conviction que cette alliance entre le continent européen et le continent africain est une chance à saisir pour équilibrer un monde multipolaire qui doit construire la paix et la prospérité.

    C'est dire à quel point dans le contexte actuel de toutes les violences qui nous assaillent, crise économique brutale, dégâts environnementaux, désastres sanitaires, notre responsabilité est forte et notre capacité commune à oser les stratégies visionnaires qui nous donnent les clefs du monde d'après. L'Afrique, je ne l'ai jamais lâchée. C'est une conviction très profonde. Ce n'est pas seulement une conviction d'ailleurs, c'est une raison d'agir. C'est pourquoi aujourd'hui, présidente d'une région française, j'ai choisi comme principale coopération décentralisée, une région du Sénégal, la région de Fatick. Et cette coopération est si efficace, si exemplaire (j'y reviendrai), qu'elle vient d'être retenue comme le premier modèle de référence de coopération décentralisée par le programme des Nations unies pour le développement. ??

    Voilà la démonstration politique par la preuve qu'il y a un lien très étroit, pour l'avenir de l'humanité entre le local et le global, c'est-à-dire entre les actions concrètes de terrain qui bénéficient directement aux gens et les échelons financiers à l'échelle des États et des organisations internationales qui doivent les permettre. ??Oui, il y aura un avenir pour l'humanité avec une Afrique forte, debout et respectée, partenaire d'une Europe forte, debout et respectée. ??Oui, je veux devant vous porter une parole de respect, de fraternité et de justice, celle qu'aurait dû porter le G20 en associant davantage l'Afrique dans son ensemble.

    Au-delà des avancées positives qu'il faut saluer et qui viennent poser d'autres règles du jeu, pourquoi l'Afrique ne s'y trouve-t-elle pas ? Pourquoi avoir écarté un milliard d'habitants et un tiers des ressources naturelles de la planète ? Ce n'est ni juste ni efficace. Tout comme n'est ni juste ni efficace l'absence de ce continent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies ou encore sa sous-représentation dans les conseils du FMI et de la Banque mondiale. L'Afrique doit enfin avoir toute sa place dans les instances internationales, car nous avons besoin d'elle, de sa vision, de ses talents, de sa faculté de don, de ses idées. ??

    Nous vivons une époque historique, avec une crise sans précédent, faite de drames, mais aussi d'opportunités. L'opportunité de nous en sortir en décidant des changements profonds et des valeurs nouvelles qui nous permettront d'inventer le monde d'après, un monde plus humain et plus juste. ??L'aménagement à la marge du système actuel ne permettra pas la sortie de crise. Les peuples doivent exiger de leurs gouvernants et de leurs élites qui n'ont su ni anticiper ni guérir qu'ils changent de logique. Partout, les peuples se révoltent. Il n'y aura pas de paix sans justice. Et il n'y aura pas de justice sans respect. La finance doit impérativement être mise au service de l'économie réelle et l'économie réelle au service des hommes et des femmes.

    Une crise écologique sans précédent menace notre survie. Depuis 2000, le nombre de personnes touchées par des catastrophes naturelles a triplé. D'ici 2040, un milliard de personnes seront contraintes à se déplacer, victimes de la sécheresse, de l'appauvrissement des sols, de la hausse du niveau de la mer. La plupart seront originaires des pays en développement et du continent africain en particulier. Les forêts denses de ce continent sont menacées par la surexploitation des sols et par une agriculture intensive destinée non pas à nourrir les peuples, mais aux seules exportations.

    En 2025, 750 millions de personnes vivront dans des zones désertiques. Aujourd'hui déjà, seule la moitié de la population africaine a accès à l'eau potable. Une crise financière et bancaire d'une ampleur inouïe provoque par ailleurs une crise économique et sociale mondiale. Cette crise, l'Afrique et les pays émergents n'en sont pas responsables et pourtant, ils en sont les premières victimes. Pour la première fois depuis 50 ans, le commerce mondial s'est contracté de près de 10 %. L'accès au financement pour des projets de développement a, lui aussi, été réduit de plusieurs milliards de dollars.

    L'Afrique, trop souvent oubliée de la mondialisation, est aussi l'oubliée des plans de relance. Les bâilleurs du Fonds monétaire international, et en particulier les Pays du Nord, devront impérativement consacrer le triplement des réserves décidées lors du G20 aux pays en développement, notamment à l'Afrique. La boulimie financière, l'avidité de profit, la gloutonnerie d'argent ont conduit le monde au bord du précipice en inversant les valeurs, en prenant l'accessoire pour l'essentiel, en oubliant que le bonheur des êtres humains - éducation, santé, culture, alimentation, cadre de vie - doit impérativement passer avant tout le reste.

    En oubliant ce principe fondamental "par le peuple, pour le peuple" qui est d'ailleurs aussi le principe de gouvernement de la République du Sénégal, nous voici tous entraînés collectivement vers le gouffre si nous subissons. Mais nous sommes nombreux, à l'échelle planétaire, à avoir les moyens et la volonté de réagir et à refuser de subir. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons être à la hauteur du défi que le siècle nous pose. Les forces de vie doivent l'emporter sur les forces de l'argent. Et d'abord, pour bâtir un monde commun, qui fait reculer la rupture intolérable qu'engendrent les inégalités dans la répartition des richesses.

    Selon l'ONU, 2 % de la population mondiale possède 50 % de la richesse mondiale quand la moitié de la population doit se contenter d'à peine 1 % de cette richesse. La malnutrition est responsable de plus de la moitié de la mortalité infantile. Deux tiers des séropositifs dans le monde se trouvent en Afrique. Rien qu'en 2007, un million de personnes sont mortes à cause de la pandémie. Quarante millions d'enfants n'ont toujours pas accès à l'école et moins de la moitié des enfants en école primaire n'achèvent pas leur cursus alors même que, nous le savons tous, l'éducation est la condition absolue du développement. ??

    Il existe un seuil de richesse, et un seuil de pauvreté, à partir desquels, ce qui est en cause, c'est l'unité même de l'espèce humaine. ??Certes, des progrès existent. Mais dans les pays pauvres, on le sait, la misère a doublé en 10 ans. L'aggravation de la pauvreté s'est traduite par les émeutes de la faim. ??Je le dis avec la plus grande solennité : cette situation n'est pas tenable. C'est terminé le temps où certains pensaient pouvoir s'en sortir en fermant les yeux sur le péril. Il est urgent que nous définissions ensemble, à l'échelle planétaire, d'autres façons de faire, d'autres formes de solidarité, d'autres transferts de richesse. ?Il est urgent que les pays du Nord tiennent enfin leurs promesses et respectent leurs engagements internationaux. En aucun cas, la crise ne doit donner prétexte à baisser l'aide au développement. ??

    De quelle aide publique parle-t-on ? Aujourd'hui, elle se compose essentiellement des annulations de dettes et de prêts. La part des financements destinés à de nouveaux projets, elle, diminue. Ce qui a été donné d'un côté a été repris de l'autre. Je veux, pour mon pays, la France, et pour l'Europe, le courage de ne pas se payer de mots. Et l'honnêteté de ne pas tromper ceux qu'on prétend aider. Le respect commence là.

    Lorsque j'étais à Belém (Ndlr : lors du Forum social mondial, en janvier dernier), j'ai entendu Lula dire qu'il en avait assez d'être convoqué dans les grandes capitales du Nord par de jeunes banquiers qui lui disent comment gérer son pays, alors qu'ils n'y ont jamais mis les pieds et savent à peine où il se situe. Sous la plume d'Aminata Traoré, j'ai lu que les Maliens en avaient assez que ceux qui n'ont jamais vu une boule de coton leur disent ce qu'ils devraient en faire. ??Dans les textes d'artistes comme Tiken Jah Fakoly ou le rappeur Didier Awadi, j'ai entendu la colère que provoque l'injustice. De nombreux universitaires et responsables politiques africains demandent que l'Europe tire la leçon d'accords de partenariats économiques qui ont échoué et qui sont perçus non comme une aide, mais comme un rapport de force. ?L'aide au développement ne doit plus être une version moderne de la charité, condescendante, assénant ses certitudes depuis Washington, Bruxelles ou Paris. Elle doit être construite avec, et non pas pour.

    (…) L'aide au développement n'est pas un luxe de pays riche. C'est précisément parce que nous sommes tous confrontés, ensemble, au même moment, à la plus grave crise économique que nous devons agir ensemble. Car nul ne s'en sortira seul et encore moins contre les autres, mais les uns avec les autres. ??

    Vous le voyez, il existe des raisons profondes d'espérer. J'aime cette phrase de Martin Luther King : "Il n'y a que quand il fait suffisamment sombre que l'on peut voir les étoiles." Une de ces lueurs est apparue récemment, aux États-Unis d'Amérique, avec l'élection de Barack Obama. Au-delà du symbole de cet homme noir, jeune, qui accède à la première puissance du monde et redonne une fierté à tous les hommes et femmes de couleur et, plus largement, à ceux qui se sentent opprimés, au-delà de ce symbole créateur d'espoir, il y a la politique américaine qui change radicalement. ??Son économie s'est effondrée comme une maison rongée par les termites depuis des années et qui s'écroule subitement. Une violence qui oblige l'Administration Obama à mener une révolution sur tous les fronts. Front intérieur avec la refonte du système financier, la loi sur les superbonus, l'investissement dans la croissance verte. Front extérieur avec un tournant dans les relations internationales, le dialogue.

    Cette stratégie de la main tendue portera ses fruits, j'en suis convaincue. Dialoguer même lorsqu'il n'y a plus de mots pour le faire. Construire des médiations là où le dialogue est rompu. Voilà ce que doit être la diplomatie du XXIe siècle. Il y a ensuite le forum de Belém. L'altermondialisme n'a jamais autant mérité de porter son nom. Penser le monde différemment, faire le serment de dépasser tous les schémas, les lieux communs, les systèmes de pensée qui rapetissent, être créatif et réaliste à la fois. À Belém, comme à Washington, j'ai ressenti la même pulsation : celle de l'énergie vitale des peuples qui prennent les fausses vérités à contre-pied, se rassemblent, joyeux, sentant que le monde d'après se soulève.

    Oui, je crois à la force citoyenne, la force du peuple qui se dresse, comme s'est dressé le peuple des outremers, autour d'un leader qui a porté la soif de justice et de respect : Élie Domota. Aucune atteinte à la dignité, aucune arrogance ne peuvent résister à la force de conviction et à la détermination d'un peuple qui a soif de respect et d'actions justes. ??L'écoute, la démocratie participative, la médiation font leurs preuves partout où elles s'appliquent. Là où l'écoute est défaillante, là où l'exaspération et la violence surgissent.

    Plusieurs révolutions soufflent sur le monde et notamment une révolution des couleurs. Nous sentons bien que nous sommes à un tournant. Mais nous ne savons pas quel en sera le sens. ??Si bien que la question qui se pose à nous aujourd'hui, Sénégalais et Français, Africains et Européens, est celle-ci : Que faire naître ensemble ? Et comment le faire naître? ??(…) C'est (…) la fraternité qui nous permet de bâtir ensemble des solutions respectueuses de la planète que nous partageons. Vous avez autant, si ce n'est plus, d'atouts que nous avec l'énergie solaire pour réussir la croissance verte. Alors, vous imaginez comment nous pouvons être efficaces en unissant nos efforts et nos volontés. ??

    Pour le meilleur et parfois, hélas, le pire, nos destins (Ndlr : Européens et Africains) ont été liés. Ils sont liés. Le pire : ce fut l'esclavage, cette "déportation la plus massive et la plus longue de l'histoire des hommes", comme l'a écrit Christiane Taubira dans l'exposé des motifs de notre loi de 2001 qui reconnaît ce "crime orphelin" pour ce qu'il fut : un crime contre l'humanité. Le pire, ce fut la colonisation, dont une partie de la droite, dans un projet de loi, a essayé de nous faire croire, en 2005, qu'elle eut des "aspects positifs". ??

    Voici ce que je disais en 2005, au ministre de l'Intérieur à ce sujet : "La vive réaction de nos compatriotes des Antilles vous a permis de mesurer l'offense faite à la République par la loi adoptée par votre majorité, qui promeut une lecture révisionniste de la colonisation et heurte, dans l'Hexagone comme Outre-mer, celles et ceux pour qui l'adhésion à la France ne peut s'inspirer que des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, bafouées hier par le colonialisme et aujourd'hui par les discriminations. L'honneur de la République, c'est la lucidité d'une histoire partagée dans une France accueillante à tous les siens." ??

    Permettez-moi d'être très claire. Qu'il y ait eu, à cette époque, des hommes et des femmes sincères de bonne volonté, cela est sûr. Mais on n'a rien dit quand on n'a dit que cela. Le problème est que la colonisation fut un système. Ce système doit être condamné pour ce qu'il fut : une entreprise systématique d'assujettissement et de spoliation. Ses séquelles doivent être combattues sans fléchir. Les colonisés n'avaient pas le choix. Le travail forcé et le code de l'indigénat étaient la règle. Et le mépris. Et le racisme. Et la violence d'un système qui fit les uns ployés sous le joug des autres. ??

    Je veux rendre honneur à ceux qui, dans toute l'Afrique, se sont battus et sont morts dans un combat qui était le combat des Africains, oui, et de toute l'humanité. Et je suis fière qu'il y ait eu en France des consciences pour s'insurger et des militants pour se porter aux côtés de ceux qui luttaient pour leur indépendance. Ceux-là défendaient nos valeurs quand la colonisation en était la négation.

    ?Je crois que nous avons le devoir de poser les mots justes sur ce qui fut. Car les mots font plus que nommer : ils construisent la réalité et le regard qu'on porte sur elle. Nos plaies d'histoire ne sont pas toutes cicatrisées. Le devoir de mémoire n'a pas besoin de permission. Chacun s'en acquitte avec la subjectivité et l'héritage qui est le sien. Ce dont, en revanche, nous sommes collectivement comptables et responsables, c'est du droit à l'histoire et du devoir de vérité.

    Ce droit à l'histoire et ce devoir de vérité, c'est ce qui permet de regarder les faits en face et de partager un récit qui ne soit pas ressassement du passé, mais moyen de le dépasser sans amnésie et de se projeter ensemble dans l'avenir. ??

    Dans la dernière lettre qu'il a écrite à sa femme avant d'être assassiné, Patrice Lumumba a dit sa foi inébranlée dans l'établissement de la vérité historique : "L'Histoire dira un jour son mot. L'Afrique écrira sa propre histoire." Honneur aux maîtres de la parole qui conservèrent et transmirent. Honneur aux historiens de l'Afrique qui ont rappelé au monde que non seulement l'Afrique était le berceau de l'humanité, mais qu'elle était, avec l'Asie mineure, le berceau de la civilisation humaine. Honneur aux historiens de l'Afrique qui ont rappelé au monde l'existence des grands royaumes et des grands empires de l'Afrique. Honneur aux historiens de l'Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l'océan Indien n'étaient pas des frontières, mais des points de passage et de mise en contact. ??

    Quelqu'un est venu ici vous dire que "l'Homme africain n'est pas entré dans l'Histoire" (Ndlr : référence au discours de Nicolas Sarkozy à l’Université Cheikh Anta Diop, en 2007). ??Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n'auraient jamais dû être prononcées et qui n'engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l'histoire, vous l'avez faite bien avant la colonisation, vous l'avez faite pendant, et vous la faites depuis. Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept "négritude", vous l'avez poursuivi avec le mot "Afrique ", cet étendard d'une dignité reconquise. ?

    ?C'est pour cela que les oeuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté.

    C'est pour cela qu'il était si important de démontrer comme ils l'ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l'Égypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l'Afrique. Ils ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes. ??

    Il leur a souvent été reproché d'être partisans. En insistant sur leur engagement indépendantiste et panafricain, on a voulu mettre en doute la rigueur scientifique de leurs recherches. Mais aujourd'hui, chaque jour, les découvertes de l'égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop. Une certaine histoire européenne de l'Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d'être Africains. Et comme le pensait Lumumba, écrire c'est agir et agir c'est écrire.

    Pour aujourd'hui, il est bon que se constituent, autant que cela est possible, des équipes mixtes de chercheurs africains et européens pour retracer le destin commun de l'Afrique et de l'Europe. Car c'est en élucidant ensemble les pages communes de nos histoires que nous pourrons écrire ensemble les pages communes de nos futurs.

    Alors oui, il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l'égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux. ??

    Oui, la France doit honorer sa dette à l'égard de l'Afrique et que les Français doivent apprendre à l'école ce qu'ils ont reçu de l'Afrique. Quand notre territoire national fut envahi, l'Afrique fut un refuge et une aide pour les forces de la France libre. Les soldats africains ont contribué, sur tous les champs de bataille, à inverser le cours de l'histoire. Le 8 mai 1945, sans l'Afrique et les Africains, jamais la France n'aurait retrouvé sa liberté. Alors, comment oublier la sanglante répression menée au camp de Thiaroye contre des tirailleurs qui réclamaient simplement le respect, leur dû et le droit de porter leurs galons car ils croyaient qu'à l'égalité du sang versé devait succéder l'égalité des droits. Ils avaient raison. ??

    Il y a des mots que le peuple français doit au peuple sénégalais et à tous les peuples africains qui ont souffert pour nous et par nous, ce sont des mots simples mais puissants, trois mots que j'ai envie de dire ici en tant que citoyenne et élue de la République française : Pardon. Merci pour le passé. Et s'il vous plaît, pour l'avenir, bâtissons ensemble. ?

    ?Je veux que nous ayons la force de reconnaître enfin tout ce que nous vous devons et tout ce que nous pouvons ensemble. ??Et c'est parce que j'aime la France, parce que je la crois suffisamment forte et généreuse, que je la veux capable de regarder son histoire en face. Je le veux capable d'assumer son devoir de vérité et son devoir de responsabilité. Nous devons créer ensemble, à l'échelle de nos deux continents, une "commission Vérité du passé et avenir commun" qui aurait accès à toutes les archives civiles et militaires, qui accueillerait tous les témoignages et qui aurait pour mission de dire le vrai, de pacifier les mémoires et de récueillir tous les témoignages. ??

    La France républicaine mérite aussi que cesse ce qu'on appelle - et on sait ce que cela veut dire - la Françafrique et l'opacité de décisions prises dans le secret de quelques bureaux. ??

    Nos pays doivent inventer une relation fondée sur le respect et l'intérêt mutuel. Je veux une France du respect, dénuée d'arrogance, ouverte, mais exigeante sur la défense des libertés démocratiques partout où il le faut. Il faut en finir avec cette idée fausse selon laquelle la démocratie et les droits fondamentaux n'auraient qu'un seul berceau, l'Occident.

    Dans une conférence donnée récemment par Stéphane Hessel sur l'histoire de la Déclaration universelle des Droits de l'homme dont il fut l'un des rédacteurs, il avait donné la parole à Suleiman Bachir Diagne. Ce dernier rappelait que dans la Charte du Mandé du XIIIe siècle, ce "serment des chasseurs" qui se voulait aussi adressé au monde, on trouve une définition toujours actuelle des droits de la personne humaine.

    Je veux rendre hommage au Sénégal, au Mali, au Ghana, au Bénin, au Liberia, à tous les pays du continent qui ont su s'ouvrir aux transitions démocratiques. Surtout, je veux rendre hommage à tous ceux qui, jeunes et moins jeunes, fidèles aux idéaux qui guidaient leurs aînés au moment des indépendances, se battent pour faire vivre leurs droits à la liberté, à l'égalité et à fraternité.

    Pour nous, Français, cela veut dire que nous ne pouvons ni soutenir les dictatures, ni jamais abandonner les démocrates. Le refus absolu de l'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays souverain ne signifie pas que l'on s'abstienne de lui demander des comptes toutes les fois que cela est nécessaire. C'est cela le dialogue entre égaux. ??La démocratie est un droit ; elle est aussi une chance. Je crois qu'elle est un facteur fondamental de développement économique et social. Partout où les citoyens prennent part aux décisions qui les concernent, les inégalités diminuent, et l'efficacité économique augmente. Nous devons favoriser toutes les initiatives pour faire de l'Afrique le continent du XXIe siècle. ??

    La crise que nous traversons est mondiale, et c'est parce qu'elle touche tous les recoins de la planète, toutes les activités humaines, que nous allons la surmonter ensemble. Le temps est venu de la citoyenneté planétaire. Croyons pour cela aux forces de la vie. Ayons la certitude que le temps est venu de ne plus perdre un seul instant, de se consacrer corps et âme à jeter des ponts et non plus dresser des murs. Croyons aux hommes et aux femmes de bonne volonté, croyons à leur sincérité, leur créativité, leur courage, leur bon sens, leur espoir, leur aspiration à la paix : civile, économique, sociale, écologique, et à l'épanouissement personnel. Croyons à la défense des valeurs humaines comme arme politique à part entière. C'est la décision de placer coûte que coûte le progrès de l'être humain au coeur de toute action. D'en faire l'axe permanent et non plus la variable d'ajustement. ??

    Le rôle de l'Afrique dans cette profonde mutation est majeur. Parce que l'Afrique a subi plus que tout autre endroit du monde, souffert plus que tout autre continent, elle peut imposer l'être humain au coeur du système et devenir un phare pour le monde. Qui mieux qu'elle peut saisir l'impasse de la déshumanisation, elle qui a subi à travers les siècles cette déshumanisation. C'est dans le feu qu'on forge les plus belles lames, c'est dans les larmes que l'on peut aussi forger les plus grandes joies. Alors imaginons ensemble, agissons ensemble, réussissons ensemble le nouveau monde qui vient. ??Faisons nôtre cette jolie phrase que j'ai entendue de la bouche des jeunes de Thiaroye (Ndlr : dans la banlieue dakaroise): soyons solidaires comme les grains de l'épi de maïs, forts comme le baobab, courageux comme le lion.

    * Ségolène Royal est la première femme à avoir accédé au second tour d'une élection présidentielle française, qu'elle a perdu face à Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007.

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  • Contributor | Gouvernance

    Dans la première partie de leur analyse sur la politique américaine concernant l’Afrique, publiée la semaine dernière dans Pambazuka News, Daniel Volman et William Minter ont montré les ambiguïtés de la démarche de Washington à travers son commandement militaire en Afrique, AFRICOM. Ils ont montré comment les préoccupations militaires se cachent mal derrière une coopération profitable au développement et au renforcement de la démocratie sur le continent. Et pour eux, rien ne prouve que cette politique contribue à la sécurité des Etats-Unis ou de l’Afrique. Au contraire, il y a des indications significatives qu’elle est contre productive en aggravant l’insécurité sur le continent et en stimulant les menaces potentielles contre les intérêts américains. Dans cette seconde partie, il passe en revue certains foyers de tensions au regard de la politique américaine.

    En Somalie, avec le retrait, au moins temporaire, des troupes éthiopiennes et l’élection du leader musulman modéré, le Sheikh Sharif Ahmed comme président du gouvernement de transition, il y a au moins l’option d’un nouveau commencement pour ce pays. Mais personne ne s’attend à des résultats rapides, toutes les parties étant divisées à l’interne (y compris la milice insurgée connue sous le nom de Al-Shabaab) et les efforts de paix internationaux sont dilués par des agendas multiples. Il y aura une tentation continue de poursuivre un programme étroitement anti-terroriste bien qu’il soit maintenant plus généralement reconnu que celui-ci ne mène nulle part.

    Le conflit au Tchad, dans une région couverte par Operation Enduring Freedom Trans Sahara, où la banque Mondiale a renoncé à demander des comptes concernant les revenus pétroliers, est intimement lié au conflit plus large du Darfour à l’est, ainsi qu’à l’héritage de l’intervention libyenne. Bien que les Etats-Unis s’en soit remis à la France en ce qui concerne une implications militaire et politique au Tchad, ils ont aussi soutenu le président Idriss Deby, au pouvoir depuis 1991 et qui a changé la constitution en 2005 afin de pouvoir de rester au pouvoir pour une législature encore. Malgré les attaques des rebelles sur la capitale, en février 2008, Deby est parvenu à contrôler la situation avec l’aide de la France.

    Dans le nord du Niger, des mines d’uranium sont susceptibles de contribuer à attiser les flammes du conflit avec les minorités Touareg qui ont repris les hostilités, là et au Mali, depuis 2007.

    Le Mali est généralement considéré comme étant la démocratie la plus aboutie de l’Afrique de l’Ouest, mais elle est également menacée par des Touaregs mécontents, ce qui va requérir une solution diplomatique plutôt que militaire.

    Le Nigeria est d’une importance stratégique particulière où, pour les Américains, les soucis anti-terroristes et pour la sécurité énergétique convergent. Comme le soulignent les spécialistes du Nigeria, Paul Lubeck, Michael Watts et Ronnie Lipschutz, dans une étude parue en 2007, la menace sur le Nigeria en provenance d’extrémistes islamistes est largement exagérée par les militaires américains. Ils notent, au contraire, que ’’ personne ne met en cause la signification stratégique du Nigeria contemporain pour l’Afrique de l’Ouest, pour le continent africain dans son ensemble et pour l’économie américaine assoiffée de pétrole ‘’ Mais l‘insurrection croissante dans le delta du Niger pétrolifère ne sera pas résolue par l’accroissement des forces navales américaines ou le soutien à des forces contre révolutionnaires nigérianes. La priorité consiste plutôt à résoudre les problèmes de pauvreté, de destruction de l’environnement et à promouvoir une utilisation responsable de la richesse pétrolière du pays, particulièrement en faveur des populations des régions productrices.

    Actuellement, les accords militaires américains avec le Nigeria et autres pays producteur de pétrole en Afrique de l’Ouest et du centre n’incluent pas uniquement une assistance militaire bilatérale, mais aussi les opérations navales de l’Africa Partnership Station et d’autres initiatives qui servent à promouvoir la sécurité maritime, particulièrement sur la route des pétroliers. Au cours de ces années passées, l’aide militaire des Etats-Unis au Nigeria a inclus au moins quatre bateaux pour les patrouilles côtières et environ 2 millions de dollars par an à d’autres fins, dont le développement d’une petite flottille dans le delta du Niger.

    Selon la justification pour la demande de fond auprès du Département d’Etat, pour l’année fiscale 2007, une assistance militaire à ce pays est nécessaire parce que ‘’ le Nigeria est la cinquième source de pétrole des Etats-Unis et l’interruption de ce ravitaillement porterait un coup sévère à sa stratégie de sécurité pétrolière. En fait, la sécurité maritime est une préoccupation légitime aussi bien pour les nations africaines que pour les importateurs de pétrole en provenance de l’Afrique de l’Ouest. La piraterie, motivée par l’appât du gain, ainsi que l’insurrection dans le delta du Niger sont des menaces grandissantes sur la côte de l’Afrique de l’Ouest. Cependant, renforcer la capacité militaire du Nigeria et d’autres pays producteur de pétrole, sans prendre en compte les questions fondamentales de démocratie et de redistribution des richesses, ne va pas améliorer la sécurité des peuples africains ni servir les intérêts américains, ni favoriser le ravitaillement en pétrole. De même une solution militaire ne peut résoudre le problème de la piraterie dans l’Océan Indien et la Mer Rouge.

    Les menaces citées par les responsables américains pour justifier AFRICOM ne sont pas imaginaires. Les réseaux de terrorisme globaux recherchent des alliés et des recrues à travers tout le continent africain, avec un impact potentiel au Moyen Orient, en Europe, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Afrique. Dans le delta du Niger, la production a été interrompue de façon répétée par les attaques des militants du ‘’Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger’’ (MEND). Plus généralement, l’insécurité crée un environnement favorable à la piraterie et au trafic de drogues et contribue à motiver les recrues potentielles des mouvements politiques extrémistes violents.

    Cependant, il ne s’en suit pas que de telles menaces peuvent être effectivement contrées par un engagement militaire américain accru, même si la participation directe de troupes américaines est minimale. La focalisation sur le renforcement des capacités contre révolutionnaires des gouvernements africains avec l’assistance des Etats Unis détourne l’attention de questions plus fondamentales de résolution des conflits. Elle augmente également le risque de conflit et l’hostilité à l’égard des Etats-Unis.

    Continuité ou changement ?

    Est-ce que l’administration d’Obama va sérieusement réexaminer la politique africaine qu’elle a héritée de ses prédécesseurs ? Ou est-ce que continuité sera le mot-clé ? Les quelques indications que nous avons jusque là, qui proviennent des déclarations d’Obama au cours de sa campagne électorale, ainsi que de ses choix pour les postes-clé, pointent vers la continuité. Pourtant la mise à l’épreuve aura lieu en pratique lorsque les crises africaines auront forcé l’attention de l’administration quand bien même ses énergies sont principalement engagées avec des défis nationaux et internationaux prépondérants.

    Les schémas du passé.

    Au cours de sa campagne présidentiel, le sénateur Barak Obama a laissé entendre dans ses déclarations qu’il poursuivrait la politique de l’administration Bush en Afrique, y compris sur des questions de sécurité. En parallèle avec ces remarques importantes et en réponse à un questionnaire de la Fondation Leon Sullivan en septembre 2007, le candidat note qu’’’ il y aura des situations qui nécessiteront que les Etats-Unis travaillent avec leurs partenaires en Afrique afin de combattre le terrorisme avec des moyens létaux’’, laissant ainsi la porte ouverte à des attaques sur la Somalie.

    Dans un article écrit pour AllAfrica.com en septembre 2008, Witney Schneidman, vice Secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires de l’Afrique dans l’administration Clinton et conseiller d’Obama pour l’Afrique, dit que la nouvelle administration ’’veut créer un programme de partenariat partagé afin de construire les infrastructures capables de fournir une formation anti-terroriste efficace et établir une base solide pour la coordination d’action contre Al Qaeda et ses affiliés en Afrique et ailleurs’’. Il ajoute que le programme ’’ comportera un volet pour le partage de l’information, des opérations, la sécurité frontalière, des programmes anti-corruption, de la technologie et la surveillance du financement du terrorisme’’. Schneidmann ajoute encore que ’’ dans le delta du Niger, nous devrions être plus engagés, non seulement dans la sécurité maritime, mais également travailler avec le gouvernement du Nigeria, de l’Union européenne, l’Union africaine et autres acteurs afin de stabiliser la région’’.

    Dans le choix du général James Jones comme conseiller à la sécurité, Obama envoie un signal encore plus significatif. Comme commandant de l’OTAN et de l’EUCOM, de 2003 à 2006, le général Jones était un avocat enthousiaste de l’AFRICOM. Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, qui est bien placée pour défendre les approches multilatérales en faveur de la paix en Afrique a, néanmoins, endossé les attaques aériennes en Somalie décidée par l’administration Bush au moment de l’invasion éthiopienne. Et elle a été une avocate importante des actions bilatérales américaines au Darfour.

    Le 9 février 2009, le Secrétaire d’Etat adjoint intérimaire, Phil Carter, s’adressant au centre d’études stratégique pour l’Afrique du Pentagone, a commencé son discours en affirmant qu’ ‘’ un des succès de politique étrangère de la précédente administration est en Afrique’’. Il décrit quatre priorités, commençant avec la ‘’ fourniture de programme d’assistance concernant la sécurité’’ pour des partenaires africains, suivi de la promotion de ‘’ système démocratique et de sa pratique’’,’’ une croissance économique de marché viable ‘’ et santé et développement social’’.

    Bien qu’il aie commencé sa liste de priorité avec une référence à un soutien pour mettre un terme au conflit en Afrique et préconisé‘’ des solutions africaines aux problèmes africains’’, il est néanmoins significatif que la description des priorités de sécurité inclue l’augmentation de la capacité militaire et des opérations d’AFRICOM, sans qu’aucune mention soit faite de la diplomatie.

    De telles indications ne permettent pas de présumer de changements significatifs de la stratégie de sécurité. Néanmoins, des militaires et des membres des services de renseignement reconnaissent la nécessité de donner plus de place à la diplomatie et au développement. La réaction favorable des Etats-Unis lors de l’élection de l’islamiste modéré Sheikh Sharif Ahmed comme président de la Somalie, signale potentiellement une approche nouvelle à cette crise complexe. Le nouveau directeur du National Intelligence, Dennis Blair a déclaré au Sénat lors de sa première évaluation des menaces que ‘’ la première menace de sécurité concernant les Etats-Unis consiste en la crise économique globale’’. L’évaluation de Blair comprenait les menaces traditionnelles incluant des groupes d’extrémistes s’adonnant au terrorisme, mais a aussi souligné la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas seulement traiter avec ‘’ des régions, des régimes et des crises’’ mais aussi de participer au développement de nouveaux systèmes multilatéraux..

    Changer les priorités

    Pour l’Afrique en particulier, la réalité appelle un ordre différent des priorités, reconnaissant la signification des menaces moins conventionnelles et l’inadéquation des réponses militaires simplistes. Dans un rapport paru en février de cette année, le TransAfrica Forum a demandé un nouveau cadre politique basé sur une intégration de la sécurité humaine Un tel cadre requiert une nouvelle façon de penser, d’insister sur la coopération multilatérale au détriment des initiatives unilatérales, de reconnaître un éventail large de menaces et non seulement celles provenant d’ennemis violents et d’investir dans les droits économiques et sociaux fondamentaux au dépens d’une confiance aveugle dans les lois du marché.

    De telles prémisses pour une politique africaine menée par les Etats-Unis changeraient considérablement l’aspect de celle-ci par rapport à celle décrite par le Secrétaire d’Etat Adjoint Carter léguée par l’administration Bush, même si elle contient nombre d’éléments similaires. Dans les domaines économiques et du développement, on devrait suivre l’exemple de la réponse au sida qui est à la fois multilatérale et unilatérale afin de traiter les besoins de santé, d’éducation, alimentaires, d’infrastructures économiques et de l’environnement, avec chaque pays assumant sa part. Les Etats-Unis devraient ouvrir un authentique dialogue à propos du commerce et du développement au lieu d’imposer des politiques de marché rigides qui sont systématiquement biaisées en faveur des pays riches. Et l’administration devrait se référer à la grande communauté des Africains récemment immigrés aux Etats-Unis afin d’entendre leurs vues et obtenir leur contribution, nombre d’entre eux étant impliqués dans des projets familiaux et communautaires qui doivent aider leur pays.

    Dans le domaine des questions traditionnelles de sécurité, les Etats-Unis devraient minimiser les engagements militaires bilatéraux en Afrique, lesquels risquant d’aspirer les USA dans des conflits locaux, en faveur d’une diplomatie multilatérale et d’opérations de maintien de la paix sans omettre de payer ce qu’ils restent devoir aux Nations Unies pour ces interventions.
    Les Etats Unis devraient être attentifs et ne pas assister des régimes répressifs ni privilégier les relations entre militaires, mais au contraire favoriser le dialogue, non seulement avec le gouvernement en place, mais également avec la société civile. En bref, les Etats-Unis doivent revoir leur investissement dans les politiques anti-insurrectionnelles et la construction de réseaux d’influence de Washington auprès des establishment militaires africains, au profit d’une participation américaine dans un effort multilatéral pour améliorer la sécurité en Afrique.

    En théorie, les activités de l’AFRICOM, ainsi que les programmes de maintien de la paix administrés par le Département d’Etat, devraient être intégrés dans une politique globale, incluant les actions diplomatiques liés à des crises africaines en collaboration avec les partenaires de Nations Unies en charge des opérations de maintien de la paix ainsi qu’avec les Africains et les Européens. En pratique, comme l’ont souligné Victoria Holt et Michael McKinnon du centre Henry L. Stimson, les Etats-Unis sont ambivalents en ce qui concerne les actions multilatérales et ce, aussi bien sous l’administration Clinton que celle de Bush..

    Tant les Démocrates que les Républicains ont approuvé et soutenu les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et de l’Union africaine. Mais les Etats-Unis restent devoir entre 700 millions à $1,5 milliards de dollars aux Nations Unis pour les opérations de maintien de la paix. Ils ont également ignoré les demandes urgentes pour un soutien logistique, comme des hélicoptères pour le Darfour. La coordination diplomatique en faveur de ces opérations au sein du gouvernement américain s’est avérée faible, cependant que les militaires sont opposés à la participation américaine dans des opérations multilatérales dont ils n’assumeraient pas le commandement.

    Le programme le plus innovant favorisant le soutien pour les opérations de maintien de la paix multilatérale a été celui de l’Africa Contingency Operations and Assistance (ACOTA), administré par le Département d’Etat et qui fait partie du Global Peace Operations Initiative (GPOI) décidé par les leader du G8 en 2004. Ce programme a formé quelque 45 000 soldats pour les opérations de maintien de la paix depuis 2004, avec un éléments de ‘’ former le formateur’’ et qui est réputé être basé sur les critères des Nations Unies. Cependant il n’y a pas de preuve que ce programme ait été intégré dans une stratégie diplomatique américaine pour l’Afrique plus large ou qu’il contribue à augmenter les capacités des Nations Unies. Toutefois il y a lieu de nourrir quelques doutes quant aux intentions des militaires en relation avec ce programme qui est le fruit d’accords bilatéraux sous la responsabilité exclusive des USA, ceux-ci ayant aussi passé des accords bilatéraux, avec souvent les mêmes gouvernements, afin de former des troupes contre-révolutionnaires.

    Les Etats-Unis ont des ressources, en particulier logistiques et financières, qui sont pertinentes pour les opérations de maintien de la paix et ils ont la responsabilité de contribuer équitablement, en tant que membre influent de la communauté internationale. Mais la garantie que ces ressources contribuent effectivement à la paix nécessite un nouveau cadre de référence, privilégiant la diplomatie multilatérale dans le cadre d’opération de maintien de la paix au détriment des programmes bilatéraux.

    Les éléments pour un nouveau cadre de référence pour la sécurité

    Un nouveau cadre de référence ne se construit pas en trouvant de nouvelles formules qui remplaceraient l’héritage qui mettait l’accent sur le renforcement des capacités de combat contre des insurgés ou des terroristes ou encore contre ce qui menacerait l’accès aux ressources naturelles. Il n’y a pas de formule unique valable pour tous ces pays actuellement en proie à des conflits violents, ou de formule adéquate pour répondre au large éventail de problèmes auxquels sont confrontés plus de 50 pays africains. De surcroît, les sérieux problèmes de l’Afrique ne seront pas résolus ni par les Etats-Unis ni pas la communauté internationale.

    Néanmoins, il est important que les Etats-Unis ne créent pas de dommage et fassent une contribution significative afin de diminuer les menaces qui pèsent sur le continent. Lorsqu’il sera reconnu que la sécurité nationale des Etats-Unis dépend de la sécurité humaine des Africains, des éléments essentiels d’un tel cadre deviendront évidents. La mesure dans laquelle ces éléments seront incorporés dans la pratique ne dépendra pas seulement de la nouvelle administration à Washington, mais aussi de la capacité des Africains travaillant pour la paix et la justice sur le continent à tracer de nouveaux chemins et à se faire entendre.

    (1) La priorité aux politiques à long terme incluant la sécurité humaine

    A un niveau global, l’évaluation des menaces, telle que formulée par le directeur de National Intelligence, M. Blair, fait écho à une reconnaissance globale, selon laquelle ignorer la menace économique, environnementale et autres menaces non militaires, se fait à nos risques et périls. Les implications pour la politique en Afrique devraient être claires. L’hypothèse optimiste que les régions en développement pourraient être tenues à l’écart de la crise économique globale a été rapidement abandonnée. Bien qu’on ne puisse pas établir un lien direct entre les difficultés existentielles résultat de conditions économiques, environnementales ou de santé et la menace de conflits violents, il n’en reste pas moins qu’ignorer ces menaces, c’est courtiser le désastre. Investir dans le développement durable et des démocraties responsables, préserver l’environnement et promouvoir l’accès aux droits fondamentaux comme l’accès à la santé, à l’éducation, au logement n’est pas faire la charité. C’est seulement de la prudence. Les solutions en Afrique et aux Etats-Unis sont interconnectées.

    Prenez l’exemple d’un seul secteur : celui de l’énergie et du réchauffement climatique. Le développement d’énergies alternatives aux Etats-Unis peut diminuer les besoins pétroliers et ainsi diminuer la nécessité de soutenir des régimes de pays producteur dont la performance en matière de Droits de l’Homme laisse à désirer. Il est également crucial de ralentir le processus de réchauffement climatique qui a déjà des conséquences graves sur l’environnement africain bien que l’Afrique ne produise que peu de gaz à effet de serres. En même temps, les Etats-Unis devraient soutenir les efforts qui visent à demander des comptes aux compagnie pétrolières et aux gouvernement quant à l’utilisation des revenus pétroliers, les encourageant à les investir pour le bénéfice de leur population et à développer des secteurs économiques moins vulnérables aux aléas de l’économie pétrolière.

    Aucune de ces mesures n’est facile à appliquer. Elles ne sont pas davantage la solution aux conflits qui secouent des régions sensibles, productrices de pétrole, tel le delta du Niger. Mais le fait est qu’aucune autre approche n’a de chance d’être viable. Mettre l’accent sur la lutte contre l’insurrection ne représente nullement un raccourci. Dans un tel contexte, fournir une assistance militaire américaine, c’est mettre de l’huile sur le feu.

    Plus généralement, la politique américaine envers chaque région du continent- y inclus des pays stratégiques comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie, l’Egypte, l’Ethiopie, le Kenya et la République démocratique du Congo- doit privilégier la coopération et le dialogue sur tous les sujets ayant trait à la sécurité humaine au détriment de relations entre militaires. Il est essentiel de stimuler l’émergence de nouvelles opportunités de dialogue pour les sociétés et les gouvernements afin de trouver des solutions communes aux problèmes de la sécurité humaine.(voir ci-dessous)

    (2) Prêter attention aux crises mais éviter l’approche de la solution unique

    Les gouvernements ne peuvent se payer le luxe de ne prêter attention qu’aux problèmes structurels du long terme. Les crises immédiates réclament des réponses. Les conflits violents ou les Etats en faillite ont des conséquences non seulement en termes de vies perdues et pour les Etats directement impliqués, mais aussi pour la région et pour le continent dans son ensemble. Le coût de la réponse humanitaire pour la communauté internationale augmente proportionnellement aux délais d’intervention. L’explosion du nombre d’actes de piraterie dans l’Océan Indien et le Golfe de Guinée rappelle au monde les conséquences économiques et humanitaires. Dans des zones de conflits, les investissements personnel ou collectif dans des infrastructures de santé ou d’éducation peuvent être balayées en l’espace de quelques mois.

    La liste des points les plus chauds en Afrique sont bien connues : le Soudan (y compris mais pas exclusivement le Darfour), la Somalie, la République démocratique du Congo, le Zimbabwe. Ailleurs, loin des projecteurs des médias, le feu couve sous la cendre au Tchad, en Côte d’Ivoire et en Ouganda pour ne mentionner que ceux-là. Dans chaque cas, ce ne sont pas seulement les pays et leurs voisins immédiats qui sont impliqués. D’autres acteurs comme les organisations africaines régionales, l’Union africaine, les Nations Unies et les grandes puissances comme les Etats-Unis sont sollicités. Et les réponses- ou l’absence de réponse- ont de l’importance. Mais aucune solution unique – la même pour tous- ne peut avoir de sens et ce n’est certainement pas le modèle de l’AFRICOM, centré sur la lutte contre l’insurrection, qui va apporter la réponse.

    En façonnant un mélange de diplomatie, de pression, d’actions humanitaires et de maintien de la paix qui semblent le plus à même d’aboutir dans un cas particulier, une approche unilatérale des Etats Unis va certainement courir à l’échec. Mais défendre le point de vue ‘’ des solutions africaines pour des problèmes africains’’ est un truc de rhétorique plus qu’une réelle alternative. Les leaders africains doivent faire partie de la solution et, à quelques exceptions près, la diplomatie doit inclure toutes les parties aux conflits, même ceux coupables d’agressions ou de violations des Droits de l’Homme. Mais les Etats les plus proches du conflit et influents dans les organisations régionales ont aussi leurs propres intérêts. Même lorsqu’il y a un consensus, comme dans le cas de la mise sur pied de la mission de l’Union africaine au Darfour, les ressources peuvent faire défaut, mettant d’emblée la solution en échec.

    Bien que les capacités institutionnelles de l’Union africaine pour les opérations de maintien de la paix aient augmenté, comme pour les Nations Unies, son efficacité dépends des Etats- membres et des compromis politiques de ses chefs. La nomination de Muammar Qaddafi de Libye comme président de l’Union africaine pour 2009, par exemple, ne va probablement pas favoriser une augmentation de capacité pour des opérations de maintien de la paix.

    Le temps de considérer les chefs d’Etat africains comme seuls interlocuteurs ou d’espérer que le remplacement d’un chef d’Etat par un autre apportera la solution, est depuis longtemps révolu. Trouver le meilleur chemin pour résoudre les problèmes structurels de l’Afrique, nécessite de regarder au-delà des chefs. Les ressources africaines pour le changement et pour le leadership se trouvent aussi au cœur de la société civile, parmi les leaders à la retraite et les sages, parmi les professionnels travaillant au gouvernement ou dans des organisations multilatérales, y compris des diplomates et des militaires. Le défi pour les Etats-Unis est de s’engager activement dans la réponse aux crises, en y apportant des ressources, mais sans croire qu’il soit possible ou sage pour les Etats Unis de vouloir dominer.

    (3) Renforcer les capacités pour faire et maintenir la paix

    Plutôt que de mettre l’accent sur l’établissement de relations bilatérales avec l’Afrique, tel qu’incarné dans l’AFRICOM, la politique de sécurité des Etats Unis à l’intention de l’Afrique devrait concentrer ses efforts sur le renforcement de la capacité institutionnelle des Nations Unies et favoriser la relation avec des institutions africaines régionales qui mènent à bien des programmes des Nations Unies de stimulation des capacités. En même, les Etats Unis devraient s’assurer que leur politique et leurs opérations en faveur de l’Afrique, ainsi que celles des Nations Unies, soient transparentes et accessibles à l’examen des institutions législatives et de la société civile en Afrique, aux Etats-Unis et à d’autres pays concernés.

    Cette proposition en faveur d’une nouvelle orientation n’est nullement basée sur l’hypothèse que les Nations Unies ont des réponses toutes prêtes pour les crises africaines. Au contraire. Dans sa déclaration du 23 février, le sous secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, a expliqué au Conseil de Sécurité que les capacités de maintien de la paix de l’organisation sont débordées et que dans plusieurs situations acculées à la faillite.. Alors que le Conseil de Sécurité vient justement de voter en faveur de deux nouveaux mandats, pour le Tchad et la Somalie, il s’avère que les soldats des missions en République démocratique du Congo et au Soudan ont reçu des mandats qui dépassent leur capacité. ‘’Nous sommes débordés au plan opérationnel et, je pense que nous sommes débordés aussi au plan politique ‘’ a-t-il ajouté ‘’ Il y a, maintenant, une tension constante entre les mandats et les ressources, entre les attentes et la capacité de réponse’’

    Néanmoins, même un gouvernement, aussi viscéralement opposé au multilatéralisme que l’administration sortante de M. Bush, a estimé que les opérations de maintien de la paix des Nations Unies étaient une ressource essentielle. Les actions des Nations Unies seront toujours dépendantes du bon vouloir des gouvernements et vulnérables à l’indécision et aux retards bureaucratiques. Mais il est grand temps de renforcer ses capacités de faire et maintenir la paix. L’opinion publique dans le monde entier - aux Etats Unis aussi - s’est depuis longtemps prononcée en faveur de plus de responsabilité et de ressources pour les Nations Unies.

    A la fin 2006, un sondage d’opinion dans 14 pays a révélé que 64 % de la population en différentes régions se sont prononcé en faveur ‘’ d’une force de maintien de la paix permanente sélectionnée, entraînée et commandée par les Nations Unies’’ Ce même sondage d’opinion montre que 72% de citoyens américains sont du même avis. Cependant que les politiciens cultivent le stéréotype du scepticisme du citoyen américain à l’égard des Nations Unies, les sondages d’opinion révèlent avec constance que l’opinion publique lui est favorable, y compris le paiement des cotisations. (Voir Benjamin Page et Marshall Bouton, The foreign policy disconnect, Université de Chicago Press, 2006)

    Renforcer les capacités de maintien de la paix des Nations Unies n’implique pas seulement la mise à disposition de ressources, mais aussi une surveillance interne et externe afin de déceler la corruption et les abus, comme c’est le cas pour les gouvernements en Afrique et aux Etats-Unis. Le cadre pour une sécurité humaine globale, présenté par TransAfrica Forum en février, par exemple, réclame de nouveaux mécanismes qui permettent à la société civile et au pouvoir législatif le droit de regard et d’intervention aussi bien pour les gouvernement des USA que par les agences multilatérales.

    Malgré les attentes pour du changement, il est probable que ceux concernant la politique de sécurité pour l’Afrique de l’administration Obama n’émergent que par fragment (si même ils émergent), après la nomination des cadres intermédiaires et après avoir passé en revue les politiques de toutes les agences. La popularité du nouveau président et la somme de problèmes internes et globaux auxquels il a à faire face vont probablement offrir à cette administration de nombreuses opportunités avant que la désillusion ne se fasse jour. Mais les évènements sur le terrain ne permettent pas des délais indéfinis. Il va bientôt devenir apparent, en Somalie, au Soudan en République démocratique du Congo et peut-être dans d’autres crises actuellement imprévisibles, dans quelle mesure l’espoir que les Africains ont placé dans le président Obama sera justifié, dans les changements qu’il apportera et qui feront la différence pour les Africains

    * Daniel Volman est le directeur de l’African Research Project et un membre du conseil d’administration de l’Association of concerned Africa Scholars. William Minter est l’éditeur de AfricaFocus Bulletin et co-éditeur, avec gail Hovey and Charles Cobb Jr of ‘’ No easy victory : African liberation and American activist over half a century, 1950-2000 (Africa world press, 2007)

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  • La récente décision du gouvernement sud-africain de refuser l’entrée dans le pays au Dalaï-lama, pour participer à une conférence, a suscité, en Afrique du Sud, une indignation publique. La présidence de la République, dans l’œil du cyclone de l’opinion publique internationale et nationale, s’est défendue en soutenant que « le gouvernement sud-africain n’a pas des problèmes avec le Dalaï-lama, mais a aujourd’hui le monde entier à focalisé son attention sur le pays parce qu’il va accueillir la Coupe du monde de football en 2010. Nous voulons que l’attention du monde puisse rester focalisée sur l’Afrique du Sud… (Or) une visite du Dalaï-lama pourrait faire glisser cette attention vers la question du Tibet. »

    Cette déclaration a gêné beaucoup de personnes. On peut même parler d’un faux-pas diplomatique, avec un effet totalement contraire à ce qui avait été prévu. Ainsi, tout cela a attisé des spéculations sur le rôle que la Chine a réellement joué sur la décision prise. Spéculations renforcées par des révélations, sur un avertissement chinois au gouvernement sud-africain, soutenant qu’inviter le Dalaï-lama aurait-pu avoir une incidence négative sur les rapports commerciaux entre les deux pays.

    Quel que soit la réelle motivation de cette décision, elle a eu pour résultat d’augmenter l’intérêt sur la question. La politique chinoise de non-interférence et de sauvegarde de la souveraineté des autres pays s’avère ainsi contradictoire avec l’intérêt de Pékin à défendre ce qui passe pour un principe interne : « Tous le pays doivent respecter la souveraineté de la Chine et sa propre intégrité territoriale et refuser l’indépendance du Tibet. En cela, nous apprécierons fortement toutes les mesures appropriées prisent par les autres pays », a ainsi souligné Qin Gang, le porte-parole du Ministre aux Affaires Etrangers.

    S’il est vrai que chaque pays doit défendre sa propre souveraineté et son intégrité territoriale, ce principe doit être respecté pour tous les autres pays. Or, la préoccupation soulevée par la question du Dalaï-lama n’a été pas interprétée dans cette optique. Et les préoccupations qui en découlent ne touchent pas seulement les relations entre la République Sud-Africaine et la Chine, mais tout le continent africain.

    Dans un débat radiophonique sur la question, l’opinion publique sud-africaine a laissé entendre son souci de voir que la Chine use de son influence économique pour empêcher le gouvernement sud-africain de développer une politique étrangère indépendante. Des auditeurs ont même dénoncé la Chine comme un « nouveau colonisateur de l’Afrique », usant de la logique selon laquelle « qui paye doit décider ». De tout cela est restée une expression devenue célèbre : « Le gouvernement sud-africain a baissé les pantalons devant les Chinois ».

    Dans cette affaire, on se pose aussi la question de savoir s’il n’y a pas une possible corrélation avec l’accord signé entre l’ANC et le Parti Communiste Chinois vers la fin 2008. Des insinuations sont ainsi faites, selon lesquelles le Gouvernement de Pékin aurait supporté financièrement la campagne électorale de l’ANC. Certains commentateurs ont aussi perçu le lancement de la branche sud-africaine du Fonds de Développement Sino-Africain comme un un accord fortement soutenu par l’ANC. Ces ‘coïncidences’ n’ont pas rassurés l’opinion publique sud-africaine par rapport à l’indépendance du gouvernement dans ses décisions.

    Cela mène à une deuxième question : qui prend vraiment les décisions concernant les questions susmentionnées et particulièrement qui décide de l’intérêt national sud-africain ? En fait, il y a confusion sur le fait de savoir si cette décision a été prise avec l’approbation entière du cabinet sud-africain. Barbara Hogan, le ministre de la Santé, a publiquement désapprouvé cette décision et souligné que « le fait que le gouvernement a refusé l’entrée dans le pays au Dalaï-lama est un exemple de négation des droits humains » et qu‘…il doit s’excuser devant les citoyens de cette nation, car c’est en leur nom qu’une grande personnalité qu’a combattu pour les droits de son pays a été interdit d’entrée dans le pays’.

    C’est là que repose le dilemme que beaucoup des gouvernements africains sont forcés d’affronter quand ils doivent rendre publiques leurs relations avec la Chine ou avec des autres acteurs. Les timides réactions notées de la plupart des gouvernements africains et notamment par l’Afrique du Sud, montrent que la société civile africaine ne pèse pas encore assez et porte à formuler des sinistres perspectives sur les rapports sino-africains. Il s’agit d’une de ces fâcheuses situations qui déclenchent et renforcent, dans la société africaine, les plus virulents et violent sentiments antichinois. Avec comme exemple de conséquences, les menaces que les ouvriers chinois doivent affronter dans certains pays comme l’Ethiopie et le Nigeria.

    Soulignant que la question du Dalaï-lama est un test pour la crédibilité de la politique étrangère sud-africaine, et soulignant la fragilité des rapports entre droits humains et nécessites géopolitiques, Francis Kornegay a mis l’accent sur le risque que la décision sud-africaine « puisse être vue comme un signal de subordination du continent africain vis-à-vis de la Chine qui va inexorablement vers l’incorporation de l’Afrique dans une version moderne de son ancienne sphère d’influence ». Dès lors, se pose une question fondamentale : Est-ce que l’Afrique a une politique vis-à-vis de la Chine ? Ou elle est en train d’être définie chemin faisant ? Qui est le vrai vainqueur dans ce partenariat ? Quels sont les intérêts qu’ont été assurés ? Et quel rôle auront les revendications de justice sociale des citoyens africains dans cette coopération ? Ces questions renforcent les perceptions selon lesquelles le partenariat sino-africain est géré par des élites qui, par moments, se font les porte-parole des Africains et des communautés, mais qui imposent leurs vues sur les dossiers majeurs.

    Quelle leçon tirer de tout ca ?

    Premièrement, il y a des implications évidentes concernant la définition des politiques étrangères sud-africaines, la transparence du financement des partis et le rapport de force entre le développement de l’économie et le développement des droits humains.

    Deuxièmement, la réelle leçon que peut être tirée de cet épisode est que le partenariat sino-africain mérite d’être reformulé afin de combattre l’impression selon laquelle elle ne peut être autre entre le gouvernement chinois et la majorité des gouvernements africains. Cela veut dire que le respect pour la souveraineté nationale doit être un droit, tant pour la Chine que pour les pays africains. Et l’existence de ce principe signifie que les droits des peuples africains ne doivent être compromis, particulièrement sur des questions dans lesquelles ils ne sont pas d’accord avec la ligne du gouvernement.

    Troisièmement, et chose importante, les conséquences diplomatiques des relations entre deux pays (comme le refroidissement des relations entre la Chine et la France après la rencontre entre le président Sarkozy et le Dalaï-lama) ne doivent pas être considérées comme un précédent politique. Les modalités d’interprétation et d’actions pragmatiques au niveau des choix politiques peuvent faire survivre les relations diplomatiques dans les situations de divergences politiques. Un exemple demeure la rencontre entre le Premier ministre Gordon Brown et le Dalaï-lama, alors en Grande Bretagne pour visiter l’Archevêque de Canterbury. La rencontre n’a eu pas lieu à Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre, mais dans la résidence de l’Archevêque - une manière de dire que le Premier ministre Anglais avait rencontré le Dalaï-lama en tant qu’homme de religion et pas comme un homme politique. Ainsi, il n’y eut aucune rupture politique entre l’Angleterre et la Chine.

    Mais, le plus grand défi pour reformuler les rapports entre l’Afrique et la Chine réside dans la nécessité de se souvenir du peuple africain. Si, comme l’a assuré M. Chen Yuan, le PDG de la Banque de Développement Chinoise, à l’occasionde la cérémonie d’ouverture de la branche sud-africaine de la banque, le Fonds de Développement Sino-africain « encouragera les compagnies chinoises à investir dans plusieurs entreprises, afin d’aider à améliorer la qualité de vie pour les Africains, alors le premier pas ne devra absolument pas être une diplomatie sous le signe du kung-fu.

    * Sanusha Naidu est directeur de la Recherche du programme « La Chine en Afrique », à Fahamu

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  • Contributor | Gouvernance

    Le Sénégal vient d’être classé cinquième réformateur mondial sur le commerce transfrontalier et premier en Afrique, selon le rapport du Doing Business. Pour la Banque mondiale, ceci est le reflet de la bonne capacité du Sénégal à mettre en œuvre des réformes positives. Aussi a-t-il exhorté ce pays à se maintenir sur cette «bonne voie» et d’aller toujours vers la performance. Le cas de l’administration des douanes sénégalaises est cité est cité en exemple.

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