Depuis août dernier, le président mauritanien, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est assigné à résidence. Au cours de l’été, un coup d’Etat éclair a vu le retour au pouvoir des militaires. Le général Mohamed Ould Abdel-Aziz a pris les commandes du pays. La communauté internationale a protesté. Puis, rien ! Chef du Parti mauritanien du renouveau (Pmr), ancien candidat à l’élection présidentielle de 2007, Rachid Moustapha tente de réveiller la conscience des occidentaux. Chef du Parti mauritanien du renouveau, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2007, il affirme incarner une nouvelle génération «en rupture, épuisée d’avoir à supporter les coups d’Etat.
Tagged under GouvernanceOn a tué le taureau ou la chèvre, fait des réserves de boisson et installé de grands écrans de projection: le Kenya a laissé de côté ses rivalités internes le 20 janvier pour célébrer l’investiture du petit-fils du pays Barack Obama à la présidence des Etats-Unis.. En outre, , fils d’un Kényan noir et d’une Américaine blanche, l’élection d’Obama à la présidence des Etats-Unis représente un symbole d’unité pour un continent encore déchiré par des luttes ethniques et où les plus vieux ont vécu la colonisation.
Tagged under Gouvernance KenyaLe précédent gouvernement ghanéen a accordé des avantages luxueux à l'ex-président John Kufuor qui vient de quitter le pouvoir. Ces avantages ont été entérinés par le parlement sortant qui siégeait pour la dernière fois. En vertu de ces mesures chaque ex-président ghanéen bénéficiera, après la fin de son mandat, de deux maisons meublées, et six voitures avec chauffeur, ainsi que de versements non imposables calculés en fonction du nombre d'années passées au pouvoir et d'autres sommes à sa disposition pour ses loisirs et ses voyages à l'étranger.
Tagged under Gouvernance GhanaCnq mille bacheliers de 2008 n'ont pas été orientés cette année à l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD). N'ayant plus aucun espoir de décrocher cette orientation, ils ont décidé d'initier des actions violentes dans le campus pour se faire entendre. Pour les autorités universitaires, l’UCAD a déjà fait son plein de nouveaux bacheliers et ne peut en accueillir d’autres.
Tagged under Gouvernance SenegalDans le cadre de la mise oeuvre du Projet d'urgence infrastructures urbaines (Puiur), financé par la Banque mondiale, l'Etat de Côte d'Ivoire a signé le 14 janvier une convention avec la Société de distribution d'eau de la Côte d'Ivoire (SODECI), pour la réalisation de 20 000 branchements sociaux à Abidjan. Le montant global de cette convention est de 2 milliards de francs Cfa. Et permettra l'accès à l'eau potable de 300 000 personnes, issues des milieux défavorisés.
Tagged under GouvernanceCette année, au Togo, les premières suppressions de frais de scolarité pour les élèves du primaire et du préscolaire ont fait grimper le nombre d’inscriptions scolaires, et l’on s’interroge sur la manière dont les écoles pourront financer les salles de classe, les enseignants et le matériel scolaire supplémentaires qu’il leur faut. Selon les estimations du gouvernement, les inscriptions ont augmenté de 54 pour cent pour le préscolaire et de 12 pour cent pour le primaire. L’écart entre filles et garçons est presque inexistant. Mais un directeur d’école primaire, dans un village du centre du Togo, regrette cette gratuité de la scolarité. Car ce sont les frais de scolarité payés par ses élèves qui permettaient de couvrir les dépenses de l’école.
Tagged under Gouvernance TogoLa Marine américaine pourra prochainement arrêter et amener devant la justice les pirates somaliens sévissant dans le Golfe d'Aden, a affirmé le commandant de la Vè flotte américaine, basée à Manama,. Selon lui, "le département d'Etat est sur le point de conclure un accord avec l'un des pays de la région". Ce pays, qu'il a refusé d'identifier, devrait accepter de se voir livrer les pirates faits prisonniers et de les juger. Selon les données de la Vè Flotte, seuls quatre actes de pirateries ont été menés avec succès au cours de six dernières semaines, grâce aux mesures défensives prises par la communauté internationale.
Tagged under Gouvernance MaliFrançois Bozizé a dissous, le 18 janvier, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Faustin-Archange Touadéra, formé en janvier 2008. Aucune explication n'a été officiellement fournie dimanche sur la dissolution du gouvernement, mais les Centrafricains attendaient depuis quelques semaines la formation d'un cabinet d'ouverture recommandé par un forum sur la paix qui s'était tenu du 8 au 20 décembre à Bangui.
Tagged under GouvernanceL'autorité de l'Etat ivoirien et le contrôle des impôts dans la moitié nord du pays, toujours tenue par les ex-rebelles des Forces nouvelles (FN), n'ont pas été restaurés à la date butoir fixée le 15 janvier. Bien qu'ils aient approuvé plusieurs plans prévoyant la réunification et la tenue d'élections, les ex-rebelles rechignent à remettre le pouvoir aux civils et continuent à collecter impôts et droits de douane qui se montent à plusieurs millions de dollars par mois.Le retour dans les caisses de l'Etat de ces taxes pourrait compenser la piètre récolte de cacao et contribuer à un processus de paix mis à mal par les difficultés budgétaires, selon l'avis des Nations unies.
Tagged under GouvernanceLa junte militaire au pouvoir en Guinée depuis la mort du président Lansana Conté a fixé un programme ambitieux au nouveau gouvernement, notamment pour éradiquer la corruption et revoir les contrats miniers. Dans un discours de 40 minutes retransmis à la télévision, le président Moussa Dadis Camara à dévoilé un programme axé sur l'amélioration des services publics et la relance d'une économie très largement dominée par la bauxite, dont la Guinée est le premier producteur mondial.
Tagged under GouvernanceEn ce mercredi 7 janvier la presse internationale se félicite, à juste titre, du résultat récent des élections présidentielles au Ghana : le candidat de l’opposition John Atta Mills prête serment aujourd’hui comme nouveau président après avoir a gagné la course avec une majorité de 50,23 % des voix. Une victoire aussitôt reconnue par le candidat du parti au pouvoir. Sans violence, sans heurts. Une victoire de la démocratie en Afrique. Mais une victoire qui trouve son origine dans deux coups d’Etat !
Tagged under Gouvernance GhanaSurprenante analyse que celle développée dans l’article publiée récemment dans Pambazuka, intitulé « La crise financière et ses enjeux pour l’Afrique » (1). On voit que l’auteur a une formation classique aujourd´hui dépassée par des faits. Ou alors il faut croire que le réalisme objectif ici fait gravement défaut. D´abord, s´il y a une relation entre l´économie réelle et l´économie financière, il s’agit de deux choses sont bien distinctes, même si elles appartiennent au même système économique. ?Cette crise n’a rien à voir avec un cours d´histoire économique, parce qu´elle se différencie totalement des crises cycliques classiques.
La crise actuelle est une crise de saturation par laquelle les producteurs poussés, depuis longtemps par une crise latente et se refusant á réagir économiquement, se sont pervertis à étouffer et à ruiner leurs futurs clients (africains notamment) en les empêchant systématiquement de se développer. La Chine et l´Inde qui sont passés á travers les mailles, par ailleurs, deviennent des concurrents sérieux. Cela rétrécit le marché international et provoque un manque à gagner qui déclenche le chômage et l´expatriation des unités de production vers les pays aux coûts de production moins chers. ?
La crise financière dont nous allons connaître, au plus tard en avril 2009, les effets désastreux, a été causé par l´émission abusive d´un surplus tendancieux de masse monétaire. Lequel a été employé par Wall Street à de fausses titrisations et au financement, abusif encore une fois, du marché hypothécaire de l´immobilier américain. Il y a donc environ et pour le moins 44 000 milliards de dollars de fausses valeurs financières en circulation, ce qui freine le mouvement des banquiers craignant de recevoir en paiement ces valeurs pourries.
Pourquoi 44.000 milliards ? Parce que suite au «9/11» le gouvernement américain a doublé le plafond financier du monde qui est de 44.000 milliards de dollars de valeurs réelles, en injectant 90 000 milliards de valeurs financières de financement. Ceci a été fait d´autorité, sans consulter qui que ce soit des partenaires mondiaux. Ce qui est d’autant plus abusif que cet argent a été systématiquement employé à des buts douteux.
?L´Amérique qui a voulu frauder ou tromper le monde entier va en payer un prix incroyablement lourd : elle doit en effet payer cet endettement cannibale. Et croyez-moi, cela va faire on ne peut mal. Le fait que la côte d´épargne américaine soit de -0,5 %, que son endettement public soit de 10 300 milliards de dollars, et privé de 87 000 dollars par tête d´habitant va aggraver les choses énormément. Pour les Occidentaux exportateurs et même la Chine, le gel du crédit bancaire international va les contraindre à vivre uniquement de leurs marchés intérieurs. C´est un peu cela l´explication rapide de cette crise. ??
Musengeshi Katata - ?Forum Réalisance
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Tagged under GouvernanceIl y a une haine à peine contenue contre le régime de Mugabe et ceux qui le défendent. De telles attitudes sont inadmissibles dans un débat d’idées. En quoi le soutien au régime de Mugabe serait-il « honteux » et « malhonnête »? En quoi ce soutien devrait-il susciter du « dégoût » sauf chez les ennemis jurés de Mugabe et de la ZANU-PF ? Et pourtant, tous les faits évoqués pour soutenir le leader zimbabwéen sont avérés et connus de tous. Ses détracteurs ont le droit de détester Mugabe et d’être en désaccord avec celles et ceux qui le défendent mais ils n’ont pas le droit de l’insulter. Chacun doit pouvoir exprimer librement ses opinions sur ce qui se passe au Zimbabwe, ou dans tout autre pays africain, sans recourir à des invectives contre ceux ou celles qui expriment des opinions contraires.
Mugabe, ici ou là, est qualifié de « dictateur », de « corrompu » et de « despote », termes que l’on trouve généralement dans les médias occidentaux, notamment britanniques et américains ! Mais d’où viennent la hargne et la haine avec lesquelles certains attaquent Mugabe et son régime ? Au nom, semble-t-il, de la défense « des masses laborieuses » et du « peuple » du Zimbabwe. Mais qui leur a donné le droit de parler au nom du « peuple » du Zimbabwe ? Et pensent-ils se soucier plus du sort de ce « peuple » que Mugabe lui-même et son parti? Celui-ci et tous ceux qui le défendent seraient-ils donc des « ennemis » du « peuple » du Zimbabwe tandis que ceux qui l’attaquent seraient les « vrais amis » de ce « peuple » ?
Dans ce débat, il ne faut pas prendre de liberté avec la vérité historique et les faits.
Les Accords de Lancaster House
Les Accords de Lancaster House, qui organisaient la transition vers l’indépendance de la Rhodésie ont été signés le 21 décembre 1979 après trois mois d’âpres négociations entre la délégation du Front Patriotique (ZANU et ZAPU), la clique de Ian Smith et la Grande Bretagne, puissance de tutelle. Ces accords prévoyaient une période de transition avant les élections législatives prévues au premier trimestre 1980. Durant cette période on ne devait pas toucher aux institutions de la Rhodésie. Ces Accords stipulaient que tous les signataires devaient: 1) respecter les arrangements obtenus pendant la période d’avant indépendance ; 2) respecter toutes les clauses de la Constitution devant mener à l’indépendance. En outre, les Accords octroyaient à la minorité blanche 20% des sièges du futur Parlement, ce qui lui conférait de fait un droit de veto sur tout changement constitutionnel, et ce, jusqu’en 1987.
C’est après les élections législatives de février 1980, gagnées par la ZANU à une très confortable majorité, que Mugabe assuma la fonction de Premier Ministre à partir du mois de mars 1980. Et c’est seulement à partir de ce moment que la ZANU commença à mettre en œuvre son programme. C’est ainsi que les deux principales branches de l’armée de Ian Smith furent démantelées : l’Infanterie Légère de Rhodésie (ILR) et les Selous Scouts (SS). Une bonne partie des effectifs de l’ILR et certains membres des SS furent incorporés dans la nouvelle Armée zimbabwéenne sous commandement des officiers de la ZANLA, l’aile militaire de la ZANU. Seuls quelques officiers de l’ancienne Armée rhodésienne, qui avaient accepté la règle de la majorité noire, furent retenus pour contribuer à la formation de la nouvelle Armée.
La politique de redistribution des terres
La question de la réforme agraire fut un des points les plus litigieux durant les négociations de Lancaster House. Il faut noter qu’au moment de l’indépendance, quelque 6000 fermiers blancs contrôlaient 15,5 millions d’hectares –soit 40% de toutes les terres- et sur la partie la plus fertile du pays. Par contre, environ 4,5 millions de fermiers noirs n’avaient que 16,4 millions d’hectares situés sur la partie aride du pays. Mais au moment des Accords de Lancaster House, la Grande Bretagne accepta de financer la redistribution des terres mais seulement sur une base volontaire, selon le principe « achat volontaire, vente volontaire ». Et cette politique devait durer entre 1980 et 1990.
Dès son arrivée au pouvoir en 1980, la réforme agraire était parmi les priorités du régime zimbabwéen. Mais la politique d’achat et de vente volontaire incita les fermiers blancs à la spéculation, provoquant ainsi une hausse exagérée des prix des terres. Ce qui limita la portée du programme du régime. Entre 1980 et 1992, la Grande Bretagne dépensa 44 millions de livres sterling dans le cadre des engagements qu’elle avait pris. Mais à cause des prix élevés demandés par les fermiers blancs, les terres redistribuées étaient très limitées et la plupart étaient dans des régions arides.
En 1997, quand les travaillistes vinrent au pouvoir avec Tony Blair, Claire Short, la Secrétaire chargée du Développement international, écrivit au régime zimbabwéen pour dire que la Grande Bretagne n’avait plus aucune intention de tenir ses engagements quant à la réforme agraire. Dès lors, la pression s’intensifia sur le régime pour autoriser la confiscation des terres sans indemnisations. Donc, c’est la violation par la Grande Bretagne de ses engagements résultant des Accords de Lancaster House qui a amené le régime zimbabwéen à décréter la confiscation des terres et leur redistribution. Cette politique, loin d’être « démagogique » ou un expédient électoral, était au contraire très populaire et approuvée par l’écrasante majorité du peuple zimbabwéen.
Ceux qui critiquent Mugabe à l’intérieur du pays ne remettent pas en cause cette politique, même s’ils pensent que d’autres méthodes auraient pu être utilisées. D’ailleurs, dans l’Accord signé au mois de septembre 2008 entre Mugabe et Morgan Tsvangirai, le leader du MDC, il est stipulé que la politique de redistribution des terres était irréversible. En outre, l’Accord souligne que la Grande Bretagne est responsable de toutes les indemnisations dues aux fermiers blancs qui ont perdu leurs terres. C’est sans doute une des raisons qui ont poussé les parrains du MDC, notamment la Grande Bretagne et les Etats-Unis, à faire pression sur Tsvangirai pour qu’il refuse la mise en œuvre de cet Accord.
Certains critiques de Mugabe semblent condamner la politique de redistribution des terres et même regretter le départ des fermiers blancs, présentés comme les piliers d’un secteur agricole qui s’est effondré, de sorte que le Zimbabwe ne fut plus le grenier de l’Afrique australe qu’il était. Avec pour conséquences, la chute brutale de la production agricole, la baissedes recettes d’exportation, la famine, l’exode rural, exode massif de la population vers l’étranger. (1)
Ainsi donc, le régime Mugabe est-il rendu seul responsable de tout cela ! On oublie les effets des sécheresses récurrentes qui ont frappé le pays. On oublie surtout le sabotage organisé par ces mêmes fermiers et leurs soutiens, non seulement en Occident, mais aussi dans les pays limitrophes du Zimbabwe ! Car les tenants de l’ancien système d’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie, et qui continuent à détenir l’essentiel des rouages économiques et financiers dans ces pays, n’avaient aucun intérêt à voir la politique du gouvernement zimbabwéen réussir.
Au contraire ! Il ne faut pas oublier que le système bancaire et financier dans la sous-région est largement dominé par les groupes financiers occidentaux et qui sont donc des ennemis de Mugabe. Par conséquent, même si les gouvernements des pays voisins soutiennent Mugabe, il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont pas beaucoup d’influence sur les décisions des entreprises et banques privées. Et ces dernières ont contribué à organiser une fuite massive de capitaux hors du Zimbabwe sans que les autorités des pays voisins puissent faire quelque chose contre cela!
Mais de nos jours, tous ceux qui mettent l’impérialisme en cause dans les problèmes internes du continent africain sont accusés d’utiliser cela comme « alibi » afin de passer sous silence, voire de couvrir les méfaits ou crimes des « dictateurs africains » et autres « régimes corrompus ». Ces critiques sont abusés par les idéologues et médias occidentaux qui font croire qu’après plusieurs décennies « d’indépendance » les pays occidentaux, en particulier les anciennes puissances coloniales, n’ont plus rien à voir dans les problèmes « internes » des pays africains.
Une ingérence constante
Ce que ces critiques semblent oublier c’est que l’impérialisme est un système mondial ayant un « centre » et une « périphérie », pour utiliser l’analyse de Samir Amin. Donc, quand on critique ce système, ce n’est pas occulter les responsabilités des dirigeants africains. Ainsi, quand on dénonce la Françafrique, on ne fait pas seulement référence à la politique de l’impérialisme français, mais également aux régimes qui lui sont inféodés ou aux forces manipulées par la France et qui lui servent d’instrument de déstabilisation et de subversion contre des régimes « récalcitrants ».
C’est par l’intermédiaire de ces relais que se fait le sale boulot et qu’on présentera ensuite comme un « problème interne». Quand Thomas Sankara est tombé sous les balles des assassins au service de la Françafrique, c’était « un problème interne ». Quand Kwame Nkrumah a été renversé par l’impérialisme britannique, c’était un « problème interne ». Quand Lumumba et ses compagnons furent sauvagement assassinés sur ordre de la CIA et des services belges, c’était « un problème interne ». Quand l’impérialisme US fit assassiner Salvador Allende au Chili en 1973, c’était un « problème interne ». Quand, en 2002, ce même impérialisme fomenta un coup d’Etat contre Hugo Chavez, c’était « un problème interne ». Ou encore quand, il y a quelques semaines, il essaya de diviser la Bolivie par l’intermédiaire de gouverneurs de région à la solde de la CIA, c’était encore un « problème interne » !
Bref, quand l’impérialisme utilise ses relais en Afrique et ailleurs dans les pays du Sud pour déstabiliser, tuer, massacrer, cela est présenté comme « un problème interne ». Par contre, si ce sont ses obligés qui se trouvent en mauvaise posture, alors ce n’est plus un « problème interne », mais une « agression extérieure ». Ainsi quand Idriss Deby du Tchad fut sur le point de tomber en janvier 2008, la France de Sarkozy vola à son secours sous prétexte qu’il était confronté à une « agression extérieure» de la part du Soudan !
Les mutations de l’impérialisme
En réalité, la main visible ou invisible de l’impérialisme se trouve toujours derrière les troubles « internes » des pays du Sud. En fait, l’impérialisme n’a jamais été une réalité aussi incontestable qu’à notre époque où il prend un caractère de plus en plus terroriste sous les traits des Etats-Unis et de l’OTAN. Ce que certains ignorent, sans doute, c’est que l’impérialisme a subi de profondes mutations. Il est certes toujours représenté par les Etats et leurs machines de guerre ainsi que par les grands groupes industriels et financiers, plus connus de nos jours sous le nom de multinationales. Mais l’ancienne politique de la canonnière n’est utilisée qu’en dernier ressort, car elle a un coût de plus en plus exorbitant sur le plan militaire, économique et politique. George Bush en sait quelque chose avec les désastres d’Irak et d’Afghanistan.
On préfère alors recourir à d’autres formes d’intervention, plus subtiles et moins onéreuses C’est pourquoi, de nos jours, l’impérialisme se présente également sous les traits d’organisations internationales, comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et de bien d’autres encore. L’impérialisme se présente aussi sous les traits d’organisations dites « humanitaires », de « défense des Droits de l’homme », de « promotion de la démocratie », de « fondations » de « Think Tanks », bref de toute une myriade d’ONG et autres organisations de la société civile dont certaines ont des budgets qui dépassent ceux de nombre de pays du Sud. Enfin et surtout, l’impérialisme du 21ème siècle est symbolisé par la formidable machine médiatique dont les principaux groupes sont contrôlés par les sociétés transnationales. Une machine médiatique qui répand les mensonges, distille la haine, procède à un extraordinaire lavage de cerveau et à la manipulation de l’opinion publique, le tout avec une efficacité redoutable. Imaginez qu’aujourd’hui, tout musulman est « un terroriste » potentiel !
La guerre implacable contre le Zimbabwe
Donc, l’impérialisme du 21ème siècle se présente comme un monstre à plusieurs têtes. Et son ingérence visible ou invisible, en Afrique ou ailleurs, est une réalité et le restera aussi longtemps que ce monstrueux système continuera d’exister. Et le Zimbabwe constitue un exemple flagrant de cette ingérence impérialiste que d’aucuns qualifient de terroriste de la part des Etats-Unis et de l’Europe. Certes, on ne peut pas imputer tout ce qui se passe au Zimbabwe à cette ingérence. Mugabe et la ZANU-PF ont une grande part de responsabilité dans cette situation.
Mais c’est un fait que, depuis 2000, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et leurs alliés ont décidé de déclencher une guerre économique, financière et médiatique sans équivalent en Afrique contre Mugabe et son régime. En 2001, le Congrès des Etats-Unis adopta un projet de Loi enjoignant les représentants US dans toutes les institutions internationales de s’opposer à toute forme d’aide ou de coopération avec le Zimbabwe. Et les principaux sponsors de cette Loi étaient Jesse Helms, sénateur républicain d’extrême droite et fervent soutien du terroriste Ian Smith, et… Hillary Clinton !
Dans le cadre de cette Loi, l’Administration Bush mit en place en 2002 un programme dénommé « gouvernance et démocratie » doté de 6 millions de dollars destiné à aider l’opposition à Mugabe (MDC, syndicats, groupes religieux, ONG, médias « indépendants » etc.). Au plus fort de la campagne de redistribution des terres, les Etats-Unis s’opposèrent à l’aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et en 2004 ils s’opposèrent à l’appui du Fonds mondial contre le sida au Zimbabwe!
Non contents de déclarer leur propre guerre, les Etats-Unis et la Grande Bretagne poussèrent l’Union européenne à prendre des sanctions contre le Zimbabwe à partir de 2002 et cela en violation de l’Article 98 de l’Accord de Cotonou signé en 2000 entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).3 Comme quoi, l’impérialisme ne respecte ses propres règles et lois que quand celles-ci vont dans le sens de ses intérêts. Tous les fonds destinés à l’éducation et à la santé furent suspendus par les pays occidentaux, pourtant grands donneurs de leçons sur « les droits de l’homme » et qui prétendent combattre Mugabe pour « sauver » le peuple zimbabwéen !
Sous la pression des mêmes pays, le FMI et la Banque mondiale mirent fin à toute forme de coopération avec le Zimbabwe. Et si on ajoute à tout cela le lynchage médiatique quotidien le plus ignoble – un véritable terrorisme médiatique -, on peut considérer que le Zimbabwe connaît une situation similaire à celle qui prévalait en Irak avant l’invasion impérialiste de 2003. Les appels à la démission de Mugabe et à l’intervention militaire lancés ces temps derniers par les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France montrent qu’ils n’ont pas tout à fait renoncé à rééditer le scénario irakien. Ils avaient d’ailleurs essayé d’obtenir l’aval des Nations-Unies en juillet dernier en présentant une résolution qui ouvrirait la voie à l’utilisation de la force, en prétendant que la situation au Zimbabwe représentait « une menace pour la sécurité internationale » ! Sans doute une « menace » pour les intérêts et « la sécurité » de ceux qui veulent recoloniser le Zimbabwe.
La résolution fut rejetée par un double veto chinois et russe et également par le Vietnam, l’Afrique du Sud et la Libye. Par contre, le Burkina Faso de Blaise Compaoré, l’assassin de Sankara, avait voté pour cette résolution, sans doute dans le but de donner davantage de gages de sa fidélité à la Françafrique.
Défendre Mugabe
Ainsi donc, il est certainement plus facile aujourd’hui de crier avec les chiens et les loups impérialistes pour vilipender Robert Mugabe, le traîner dans la boue que de le défendre. Les pays occidentaux ont non seulement entrepris une campagne haineuse et méprisable contre le dirigeant zimbabwéen et son régime, mais également fait pression sur les dirigeants africains pour « l’isoler ». Cette campagne politico-médiatique est relayée par quelques dirigeants africains, dont Wade qui a rejoint récemment la meute de chiens demandant « la démission » de Mugabe.4 Mais elle a également fini par ébranler certains esprits « progressistes » voire « révolutionnaires » sur le continent.
Comme tout le monde le sait, la seule et unique source de cette furie impérialiste est la confiscation des terres des fermiers blancs. Et pourtant, comme on l’a vu, cette confiscation n’a commencé que quand la Grande Bretagne a officiellement renié sa parole. En outre, cette confiscation est plus que légitime puisqu’elle vise à restituer aux Africains ce qui leur avait été volé par la force durant la colonisation britannique. Mais pour les Britanniques et les pays occidentaux, Mugabe s’est attaqué au fondement même de leur domination: le pouvoir économique. En effet, aussi longtemps que quelques milliers de fermiers contrôlaient l’essentiel des terres les plus fertiles du pays, le pouvoir économique et financier resterait entre leurs mains. Les cas de l’Afrique du Sud et de la Namibie en sont une bonne illustration.
Donc, il ne fallait pas que Mugabe réussisse, car s’il réussissait ce serait le tour de l’Afrique du Sud, de la Namibie et même au-delà. La réussite de la politique de redistribution des terres serait un coup terrible porté à tout le système de domination directe ou indirecte en Afrique. La libération économique est une guerre encore plus difficile et plus terrible que la guerre de libération sur le plan politique. Beaucoup d’Africains ont compris que ce qui se passe au Zimbabwe est une illustration de ce qui attend tout pays africain qui décide de s’engager dans la voie de l’émancipation économique.
C’est pourquoi nous avons choisi de soutenir Mugabe dans la crise qui secoue son pays. Nous le faisons, parce qu’il est le symbole de l’insoumission et de la résistance à l’impérialisme occidental, comme le souligne si bien Aminata Traoré dans son texte (http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/53094). Un symbole qui a ses forces et ses faiblesses. C’est l’un des très rares dirigeants africains qui peut aujourd’hui se targuer de prendre des décisions sans qu’elles soient dictées par l’Union européenne, les Etats-Unis ou encore le FMI et la Banque mondiale. Voilà pourquoi il représente un symbole dangereux aux yeux du système de domination impérialiste. Tout comme Hugo Chavez ou Evo Morales en Amérique latine. Les mêmes épithètes infamantes collées à Mugabe par les médias occidentaux sont également appliquées à ces dirigeants sud-américains.
Mais notre soutien à la résistance que mènent Mugabe et la ZANU-PF n’est nullement synonyme de soutien à toutes leurs politiques, dont certaines sont franchement condamnables et même inacceptables. C’est un fait que des fautes et des abus ont été commis dans la politique de confiscation des terres et dans les relations avec l’opposition. Mais face au système impérialiste, la solidarité et le soutien des forces conscientes des enjeux de la crise au Zimbabwe sont nécessaires et justifiés.
Le Président Mao Ze Dong nous a appris depuis longtemps déjà que toutes les contradictions n’ont pas la même importance et qu’il est nécessaire de les hiérarchiser pour en trouver le fil conducteur. Voilà pourquoi nous ne pouvons confondre l’impérialisme et ses agents, d’une part, et les régimes africains agressés et en butte au terrorisme et au banditisme des pays occidentaux, comme celui de Mugabe, d’autre part, même s’ils sont « capitalistes ou libéraux ».
Oui, comme le dit Aminata, Nous sommes tous des Zimbabwéens ! Nous soutenons le symbole de l’insoumission face à la meute de chiens impérialistes et leurs auxiliaires africains !Note
1 - L’auteur répond à une contribution parue dans la presse sénégalaise.Voir aussi : Mamdani, Mugabe et la communauté scientifique africaine face au cauchemar du Zimbabwe (
* Demba Moussa Dembélé est Directeur du Forum africain des alternatives
??* * Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur
Tagged under Gouvernance ZimbabweIl est à la fois si lointain et si proche, ce jour de l’année 1987, qui vît s’asseoir ensemble, ici à Dakar, une poignée significative d’afrikaners progressistes et quelques membres de l’ANC qui, usés par les nombreuses années d’exil entre Dar Es Salam et Alger, avaient enfin consenti à envisager une issue non violente au conflit qui en Afrique du Sud opposait les populations noires au régime de l’Apartheid.
Depuis, malgré l’usure du temps, l’ampleur du malheur et les signes de la fatale damnation, quelques continuateurs de ce rêve de démocratie et de développement pour l’Afrique, sur l’île historique de Gorée, comme sur un nuage, rêvent toujours de sociétés africaines paisibles, équitables et autosuffisantes.
Depuis, la Nation Arc-en ciel, a tenté de gommer les scories d’un système dont le moins qu’on puisse dire est qu’il était abject.Ailleurs en Afrique, le Sénégal a vu M. Abdoulaye Wade succéder au Président Diouf qui avait accueilli cette fameuse rencontre de 1987. Au Bénin, au Mali, au Niger et ailleurs encore, l’alternance au pouvoir à pu se réaliser.
Bien avant, à l’aube des années 90, le vent de démocratisation issu de la conférence de la Baule avait soufflé sur l’Afrique francophone, arrachant partout, de Niamey à Bangui, les régimes postcoloniaux des trônes dans lesquelles ils s’étaient incrustés, semant ainsi parmi les peuples affamés par des décennies de règne de parti unique, un espoir de salut dont ils n’avaient jamais rêver au paravent.
Pendant ce temps, l’Ouganda et la corne de l’Afrique voyaient Mohamed Siad Barre, Mengistu et Idi Amin Daddah partir vers des destinations plus clémentes, alors qu’en Afrique australe, les régimes issus des luttes de libération nationale s’attachaient encore à entretenir la flamme de l’espoir né des longues années de sacrifice suprême. Nous rêvions tous !
Puis, comme dans ces contes eschatologiques dont seuls les peuples insatisfaits de leur présent et incapables de façonner leur futur ont le secret, advint… le pêché, puis l’interminable punition.
Partout sur le continent, les conséquences désastreuses des Plans d’ajustement structurel combinées aux dommages de la mal gouvernance de régimes impudiques, corrompus et insouciants, firent le lit des marchants d’armes et autres chercheurs de matières premières et de pierres précieuses, et contraignirent les peuples à la révolte, les gouvernants à la répression, et les factions armées à la radicalisation.
Depuis bientôt deux décennies, rien que des guerres sanglantes : au Libéria, au Rwanda, en Somalie, au Tchad, au Congo, au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Soudan, etc.
Encore aujourd’hui, partout en Afrique, rien que rêves d’exil et des futurs incertains : en Côte d’Ivoire, au Tchad, sur la bande sahélo saharienne, dans le delta du Niger, au Zimbabwe et …en Afrique du Sud.
Aujourd’hui que le résultat le plus visible du dialogue inter congolais reste la persistance des attaques du chef de guerre Laurent Nkunda, l’Afrique du Sud qui, pendant des mois, à offert Sun City aux belligérants mafieux du Congo, cette Afrique du Sud qui a fait rêver plus d’un Africain, semble bien terne et chancelante, vivant un moment de doute et d’errance.
Et nous rêvons toujours !
Sommes-nous alors de ces rêveurs dont T. E. Lawrence disait qu’ils sont des gens dangereux, car voulant toujours agir sur leur rêve avec les yeux ouverts, pour le rendre possible? Serait-ce trop prétentieux ?
* Waly Ndiaye est Directeur des Programmes de Gorée Institute
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Tagged under GouvernanceL'Afrique, dévastée par les conflits et les dictatures provoqués par une expansion capitaliste sauvagement et systématiquement destructrices des peuples et des sociétés, vit une sinistre escroquerie. Le système économique mondial, imposé par une société néolibérale en pleine dissolution sociale, propagé sur toute la planète au détriment de la plus grande partie de l'humanité et légitimé par une production effrénée d'expertises et de rapports rutilants, étale toute son horreur funeste sur le continent africain, où il se mesure en termes de vie et de mort.
Le Kivu à feu et à sang, ses presque 6 millions de morts, ses viols systématiques de femmes et ses enfants-soldat, sont un exemple hurlant de désespoir d'une société détruite à la racine. Les prédateurs ont le sang aux yeux et sur les mains. Ils sont comme des chiens enragés et ne voient plus rien. Tout le monde sait, mais plus personne ne veut ou ne peut plus rien. Les soldats des FARDC, délaissés sur les routes de l'est du Congo par un commandement central liquéfié et inexistant, drogués et hilares, seront parmi les seules images que l'opinion publique occidentale gardera en mémoire de la guerre au Congo.
Les images de masses de populations dans le dénuement le plus total sont devenues trop habituelles déjà, et ne sont plus si spectaculaires. Autant d'images qui ne correspondent à rien dans un esprit occidental petit et cantonné dans son confort médiatique soigneusement entretenu par des chefs qui savent parfaitement ce qu'ils font. La prédation globale bat sont plein dans le silence le plus assourdissant.
L'unité africaine faisant encore très gravement défaut, certains conflits débordant les frontières de la pure Françafrique ne sont que rarement abordés dans nos médias angéliques, à l'image du désastre frappant au Nigeria le peuple Ogoni – environ 500 000 âmes - dans le delta du Niger, depuis plus de quatre décennies.
L'écrivain très engagé Ken Saro-Wiwa s'adressait, en 1992 à Genève, à l'Organisation des Peuples et Nations Non Représentés, en ces termes :
"L'exploration pétrolière a transformé le pays ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ; l'atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs d'hydrocarbures, de méthane, d'oxydes de carbone et de suie rejetée par les torchères qui, depuis trente-trois ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout près des zones d'habitation. Le territoire ogoni a été dévasté par des pluies acides et des épanchements ou des jaillissements d'hydrocarbures. Le réseau d'oléoducs à haute pression qui quadrille les terres cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse menace."
Le pétrole a déjà été au centre de la guerre du Biafra, qui a fait un million de morts entre 1970 et 1976, les victimes étant principalement originaires des régions pétrolifères du delta. Malgré l'avancée de l'Histoire et une démocratisation relative depuis l'avènement d'Obansanjo, rien n'a changé pour le peuple ogoni aujourd'hui, et selon un rapport de Minority Rights International, il est l'une des minorités africaines dont on ne respecte pas les droits fondamentaux, malgré une des exploitations les plus frénétiques et les plus destructrices d'Afrique sub-saharienne.
Les compagnies pétrolières continuent leurs abus sous le couvert du gouvernement fédéral nigérian. En avril 2005, une des communautés ogoni, appelée Agip Waterfront, a été simplement détruite afin de faciliter l'expansion de la compagnie NAOC (Nigerian Agip Oil Company). L'environnement est complètement dévasté par les centaines de déversements de pétrole brut dans les eaux du delta. Il n'y a plus de poissons, les racines des mangroves sont imbibées de pétrole, l'environnement est détruit.
La première découverte de pétrole dans cette région date de 1958. La destruction de l'environnement causée par l'extraction du pétrole en terre ogoni, ainsi qu'un manque de partage des richesses du pétrole sont à l'origine d'une relative opposition du peuple autochtone lors des premières extractions de pétrole. La négligence du gouvernement fédéral, le manque de services sociaux et la marginalisation politique dont souffre cette communauté ont été incontestables. À l'échelle internationale, les premiers boycotts de Shell, dus aux abus commis au Nigeria, remontent aux années 1960. Mais dans l'ensemble, la mobilisation internationale a été pratiquement nulle dans ce drame silencieux.
Face aux abus de la compagnie pétrolière Royal Dutch Shell notamment, et du gouvernement nigérian, le Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni (MOSOP), un mouvement social dirigé par le charismatique Ken Saro-Wiwa, réclame au gouvernement fédéral, dès 1990, une certaine autonomie, une urgente protection contre les dégradations environnementales, une part honnête des revenus produits par l'extraction des ressources situées sur leurs terres ainsi que des droits culturels, comme l'utilisation de leur propre langue.
Mouvement non-violent, il fait rapidement face aux persécutions militaires interdisant d'abord les rassemblements populaires, et finalement réprimant violemment toute tentative de protestation. Des dizaines de villages ogoni sont détruits. De 1994 à 1995, les leaders principaux du mouvement sont assassinés. Ken Saro-Wiwa, plusieurs fois emprisonné sans jugement, est finalement exécuté, malgré les alertes de l'opinion internationale.
En 1999, Amnesty International et le Conseil Œcuménique des Eglises sont de ceux qui s'alarment de la situation de plus en plus précaire du peuple ogoni et de son habitat. Mais la radicalisation des mouvements de protestation deviendra inéluctable devant l'immobilisme morbide de la communauté internationale, alliée naturelle et implicite des compagnies pétrolières ainsi que du gouvernement nigérian.
Dans les années 2000, le MOSOP perd de son importance, mais face à une situation socio-économique complètement désespérée des peuples locaux, d'autres groupes plus radicaux comme le MEND (Mouvement d'Emancipation du Delta du Niger) prennent les devants de la lutte contre les compagnies pétrolières et le gouvernement fédéral.
Aujourd'hui, le MEND est complètement diabolisé dans les médias occidentaux, et le côté gangster du mouvement est largement exploité dans l'opinion publique occidentale. Les gouvernements prédateurs se plaignent et se révoltent contre les enlèvements de travailleurs expatriés, et peignent en noir sur la muraille la para-militarisation du MEND. Une fois de plus, c'est le pyromane qui ameute les pompiers. Et le feu est déjà si étendu qu'il est bien difficile à éteindre.
Le véritable esprit du MEND est bel et bien infiltré par des gangsters locaux devenus millionnaires, offrant une bonne excuse pour dissimuler aux yeux de l'opinion publique les vraies souffrances des peuples indigènes du delta du Niger. CNN filme des rebelles du MEND masqués et s'amusant à tirer dans l'eau avec leur mitraillette. Mais là n'est pas l'essence des choses. Il s'agit d'une pure propagande pro-compagnies pétrolières!
L'existence du MEND devrait tout d'abord inspirer un questionnement sur le rôle joué par les compagnies pétrolières dans la vie quotidienne des peuples indigènes, en termes d'accès à une vie décente, avec de l'eau potable et de la nourriture mangeable, en termes d'environnement adéquat, et en termes de développement socio-économique humain. Pour le moment, un tel questionnement ne se solderait que par un bilan profondément négatif. Mais qui donc connaît même l'existence du peuple ogoni ? Et qui peut bien se soucier de leur droit à une existence décente…
Les méthodes non-violentes du MOSOP n'ayant pas trouvé grâce aux yeux de la communauté néocoloniale et des vautours du gouvernement, et n'ayant rencontré que persécutions et exactions militaires, on ne peut que conclure que la guerre engendre la guerre. La mal gouvernance centrale et la corruption massive généralisée au sein de la classe dirigeante, appuyées et soutenues par les puissances occidentales, sont donc clairement à l'origine de cette rebellion montrée du doigt de façon si démagogique !
Entre populations paupérisées à l'extrême, gangs et gouvernements maffieux, et compagnies transnationales abonnées aux milliards de billions, nous nous retrouvons toujours dans le même schéma. Un manque général et total d'éthique humaine à tous les niveaux. La notion de Droit de l'homme devient d'ailleurs de plus en plus ridicule, puisque notion définie par une société occidentale très arrogante, et se plaçant surtout au-dessus de tout soupçon.
A quand donc la culture d'une nouvelle éthique sociopolitique, tendant vers une intégrité même relative, et surtout vers un sens de la responsabilité civile accru, conscient des véritables enjeux du continent africain à long terme ?
Et à quand une nouvelle formulation des Droits de l'homme, où la responsabilité des multinationales serait questionnée avec précision, et où la notion d'impunité serait définie comme un crime contre l'humanité, ainsi que l'ennemi public no 1 ?
* Juliette Abandokwe se définit comme une citoyenne du monde (abandokwe.over-blog.com)
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