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    Le Sénégal reste dans la ’’zone rouge’’ de l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency international, publié le 23 septembre. Dans le classement dressé cette ONG, le Sénégal occupe la 85ème place sur 180 pays, avec un score de 3. 4 points, soit un recul de trois places en Afrique. Ainsi, il se retrouve au 10ème rang sur le continent, à égalité avec Madagascar, après le Botswana (5.8), l’Ile Maurice (5.5), le Cap-Vert (5.1), l’Afrique du Sud (4.9), etc.

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  • Contributor | Gouvernance

    La crise alimentaire de l'Afrique peut être atténuée en modernisant l'agriculture et en réformant les chaînes d'approvisionnement pour que de petits agriculteurs obtiennent des engrais moins cher et des semences à rendement élevé, déclarent des experts et des fonctionnaires. Seulement, le financement fait défaut. Cette question du financement a été soulevée lors de la troisième rencontre de la Conférence africaine sur la révolution verte (AGRC), tenue en août dernier à Oslo, en Norvège.

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  • Contributor | Gouvernance

    Une polémique judicaire a éclaté entre une équipe de réalisateurs européens et des actrices nigériennes au sujet du tournage d’un film documentaire intitulé «Vent de sable, femmes de roc» dressant le portrait des caravanières Toubou dans le Ténéré, le désert nigérien. Le porte-parole de quelques femmes qui auraient joué dans ce film accuse le producteur autrichien et ses coéquipiers « d’escroquerie », car n’ayant pas satisfait à leurs engagements financiers vis-à-vis des actrices.

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  • Contributor | Gouvernance

    Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria (CBN) a affirmé que les banques nigérianes sont sur le point de devenir les institutions financières dominantes du marché africain. Il a aussi indiqué que la croissante percée que les banques nigérianes sont en train de faire sur l'arène mondiale, avec l'établissement des filiales dans les pays-clés européens, est une indication claire que le rêve nigérian de devenir le centre financier africain commence à prendre forme.

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    L'ancien ministre de l'intérieur du Mozambique, Almerino Manhenje, a été arrêté le 22 septembre en relation avec le vol de 8 millions de dollars américains quand il était à la tête de ce département. L'ex-ministre, qui a tenu le poste entre novembre 1996 et janvier 2005, sous la présidence de l'ancien Président Joaquim Chissano, a été placé en garde à vue à la prison civile de Maputo.

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    La presse burkinabé a été distinguée par la Fédération pour la paix universelle (FPU), pour avoir contribué à éviter au pays de connaître les affres d'une guerre. La distinction été décernée à l'occasion de la journée internationale de la paix. Selon le président du conseil présidentiel de la Fédération, les médias burkinabé ont contribué à apaiser les situations conflictuelles et à éviter la guerre civile dans la pays.

  • Contributor | Gouvernance

    Selon le gouverneur de la Banque Centrale du Nigeria (CBN), les réserves en devises du Nigeria sont en sécurité et les banques ne courent aucun risque devant la crise financière internationale. "Malgré les menaces qui pèsent ces temps derniers sur le système financier mondial, "il n'y a véritablement aucune raison de s'inquiéter outre mesure, car tous les indicateurs montrent que l'économie se porte bien", a-t-il indiqué.

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  • Contributor | Gouvernance

    Les 11 soldats et le civil portés disparus le 14 septembre, après une attaque revendiquée par la branche maghrébine d’al-Qaida contre l’armée mauritanienne, ont été retrouvés morts décapités le 20 septembre en début d’après midi. Dans un communiqué, le gouvernement précise que la découverte macabre a été faite dans la région de Zouerate, dans le nord du pays.

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  • Contributor | Gouvernance

    CHRONIQUE : Genre et sécurité alimentaire : Les inégalités face à la faim.
    COMMENTAIRES ET ANALYSES : La France et le génocide rwandais : L’autre part de vérité.
    COURRIER : Lettre ouverte aux autorités haïtiennes, un an après la disparition de Lovinsky Pierre-Antoine.
    ARTS & LIVRES : Bénin : Un clip musical déclaré contraire à la Constitution.
    ZIMBABWE : L’accord de partage du pouvoir enfin signé.
    FEMMES ET GENRE : Ethiopie : De plus en plus de parents disent non aux MGF.
    DROITS HUMAINS : Afrique : Mbeki rejette les accusations de la CPI contre el-Béchir.
    REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Des clandestins en grève de la faim aux Canaries.
    ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique du Sud : Mbeki poussé vers la démission, le pays face à des risques de turbulences.
    AFRIQUE & CHINE : Afrique : Davantage d’entreprises chinoises veulent investir sur le continent.
    CORRUPTION : Cameroun : L’ancien trésorier payeur général interpellé.
    DEVELOPPEMENT : Algérie : 1500 entreprises publiques fermées.
    SANTE ET VIH/SIDA : Afrique du Sud : La nouvelle étude de prévalence du sida soulève des questions.
    MEDIAS & LIBERTES D’EXPRESSION : Niger : An I de la détention de Moussa Kaka.
    BIEN-ETRE SOCIAL : Bénin : Les effets de la crise de l’énergie sur les populations analysés
    PLAIDOYERS & CAMPAGNES : Global : Semaine d’actions pour le contrôle des armes.
    NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Obama domine Mc Cain à travers le monde.
    CONFLITS ET URGENCES : Afrique : Le Tchad et le Soudan vont rétablir leurs relations diplomatiques.

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  • Contributor | Gouvernance

    Mesdames/Messieurs les autorités,

    Le 12 aout 2007, mon époux, Lovinsky Pierre-Antoine, revenant d'un séjour en province, a quitté précipitamment son domicile pour se rendre à un rendez-vous fixé au téléphone par des individus qui voulaient probablement l'attirer dans un piège. C'était la dernière fois jusqu'au moment de la rédaction de la présente qu'il a été vu par les membres de sa famille. C'était aussi le commencement de la montée d'un calvaire tant pour ses proches que pour ses alliés et amis.

    12aout 2007-12 aout 2008. Douze longs mois se sont écoulés depuis que cette disparition a été reportée à toutes les instances concernées du pays : Présidence, Primature, Parlement, Ministère de la Justice,Police Nationale d'Haïti, ONU, OEA, etc. A ce jour, la famille Pierre-Antoine a constaté avec déception, mais sans surprise le manque apparent pour ne pas dire l'absence totale de résultats suite aux actions et enquêtes que devraient mener les autorités.

    Aujourd'hui,ma démarche est celle d'une épouse traumatisée, d'une mère de famille choquée et impuissante qui reste bouche bée face aux questions posées quotidiennement par les deux garçons de Lovinsky sur ce qui est réellement arrivé à leur père chéri. Aucune information n'a été donnée sur les avancées de l'enquête et j'arrive à un point où je me demande s'il y a vraiment une volonté manifeste d'aboutir à des conclusions concrètes et officielles.

    Un an après cet événement, tant les autorités haïtiennes que l'opinion publique semblent avoir oublié ce citoyen dont la disparition, en tant qu'être humain, devrait mobiliser les esprits. Le pire, c'est l'agonie mentale vécue par les membres de sa famille ;c'est aussi l'indignation que produisent la perversité de ses ravisseurs et l'indifférence flagrante d'une fraction de ses plus proches collaborateurs.

    Il n'y a aucun doute qu'un actif citoyen de la trempe de Lovinsky Pierre-Antoine ne disparaît pas, ne s'évapore pas dans la nature sans laisser de trace. En effet, les pistes et les indices laissés pendant et après son enlèvement n'ont pas été suffisamment exploités ou explorés à bon escient afin d'aboutir à des résultats concrets. J'en veux pour preuve les empreintes digitales trouvées dans le véhicule utilisé par Lovinsky, les déclarations fracassantes et révélatrices faites à la presse par un membre influent du parti politique dont Lovinsky est membre. Personnellement,j'avais, dans un passé pas trop lointain, relaté à la police que dans un élan d'espoir j'avais composé le numéro du téléphone cellulaire de Lovinsky et je fus étonnée de trouver un correspondant qui m'avait répondu calmement sans se soucier qu'il détenait dans ses mains un objet personnel qui appartenait à une personne disparue mystérieusement et qui pourrait constituer le corps du délit si la justice avait droit de cité dans ce pays.

    En pensant à la disparition de Lovinsky, les membres de sa famille et moi,nous nous mettons à l'idée que c'est son corps physique qui échappe à notre vue, mais il reste et demeure vivant dans nos cœurs et nos esprits pour autant qu'il est un remarquable époux, un père de famille soucieux de l'éducation et de l'avenir de ses enfants et un conseiller avisé pour son entourage. Certes, on peut ne pas adhérer à ses convictions idéologiques et ses pratiques politiques, mais, on ne peut ne pas admirer sa militance, son sérieux, son respect de la parole donnée, son esprit d'équipe et surtout son amour pour Haïti. Les mots et les paroles nous manquent pour décrire les rares et magnifiques qualités que possède Lovinsky. Nous gardons de lui les meilleurs souvenirs.

    Passant la main autour des épaules de mes deux fils qui pleurent la disparition de leur cher papa et qui attendent son probable retour, je n'ai d'autre choix que de m'en remettre à la conscience de toutes les autorités concernées pour faire jaillir la lumière autour de cette disparition. En effet, il est temps de rompre avec cette ambiance de suspense et d'incertitude ; il est temps de rompre avec ce silence observé autour de cette affaire, un silence converti en un complot tacite tramé pour maintenir le secret sur l'identité des auteurs intellectuels de cet acte odieux. Une fois encore, j'en appelle à la conscience de chacun et de tous pour faire émerger la vérité et en finir avec cette indicible tragédie pour Lovinsky comme pour les membres de sa famille. J'en appelle aussi à la conscience des membres du nouveau gouvernement pour qu'ils puissent relancer le dossier de Lovinsky et faire éclater la vérité.

    Pour conclure, je m'associe à mes garçons pour exprimer ma reconnaissance et mes remerciements aux vrais amis et supporteurs de Lovinsky, à tous ceux qui ont apporté leur soutien moral, à tous ceux qui ont consenti des sacrifices incommensurables pour exprimer la réprobation de cet acte dans les rues de différentes villes d'Haïti, des Etats-Unis et d'autres pays ainsi que devant diverses représentations diplomatiques d'Haïti à l'étranger, à tous ceux qui ont rédigé des articles sur cette affaire à travers la presse parlée, écrite,télévisée et l'internet, enfin à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont manifesté leurs sympathies à l'occasion de cette triste et pénible circonstance.

    Qu'ils sachent qu'au-delà de toutes les abominations, la famille de Lovinsky Pierre-Antoine reste plus forte que jamais. Portée par l'espoir.

    Lundi 11 Aout 2008

    Michèle Pierre-Antoine, Epouse de Lovinsky

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  • Entre février et mai 2008, des émeutes de la faim ont éclaté dans les pays du Sud et en particulier sur le continent africain. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Mozambique, l’Egypte, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, Madagascar, le Cameroun et d’autres pays sont ainsi secoués par un cri d’alerte de la population qui ne peut plus faire face à l’envolée des prix des aliments de base comme le riz, l’huile d’arachide, les pommes de terre, le blé… Certaines révoltes ont été conduites par des femmes et beaucoup d’autres ont été soutenues par ces actrices trop souvent écartées des analyses journalistiques, institutionnelles et universitaires. Ne parvenant plus à nourrir leurs familles, étant confrontées à la faim de leurs enfants, elles sont sorties dans la rue pour manifester, parfois violemment, leur désarroi face à une situation économique qui les rend encore plus vulnérables.

    La présence des femmes dans les émeutes de la faim s’explique d’abord par leur rôle au sein du foyer. En tant que mères de famille, elles doivent subvenir aux besoins de leurs enfants dans des conditions qui sont aujourd’hui devenues intolérables. D’autre part, elles sont particulièrement investies dans le commerce informel des denrées alimentaires (transport, transformation et vente aux détails des produits alimentaires). La hausse des prix des matières premières agricoles les privent donc d’une ressource économique principale.

    Mais avant d’incarner les victimes les plus touchées des politiques libérales, elles sont d’abord les premières actrices du système agricole africain. Alors que les femmes de l’Afrique sub-saharienne ne possèdent pourtant que 2 % des terres, elles constituent près de 70 % de la force agricole du continent et produisent une majorité des denrées alimentaires. (1)

    Alors qui sème le blé, réclame les récoltes dans la tempête…

    Les femmes dans les émeutes de la faim

    La révolte des ménagères
    Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso, a été la première à subir la colère des populations très remontées. Les 20 et 21 mars 2008, cette ville d’ordinaire calme a été le théâtre de violentes manifestations contre la hausse sauvage des prix. Des commerces, des biens appartenant à l’Etat, ont été incendiés. Les feux tricolores, des biens publics et privés ont également été brûlés. « Après le passage des manifestants, Bobo ressemblait à une ville fantôme » rapporte un journaliste de L’Evénement, un bimensuel privé du Burkina Faso. (2)

    Lors de cette initiative, les femmes étaient les plus nombreuses. Elles sont sorties avec des casseroles et des sacs vides pour montrer qu’il n’y a plus rien à la maison. « Le panier de la ménagère n’existe plus ; même si on achète les condiments, avec quoi on va préparer », se plaint Nicole, une des marcheuses. Une autre manifestante avait inscrit sur sa pancarte : « la vie chère veut notre chaire ». La majorité des Burkinabés ont un salaire de misère. « Avec 40000 francs CFA [60 €], je ne sais plus comment faire pour m’en sortir, on ne mange qu’une seule fois par jour. Les enfants ne peuvent
    pas comprendre », constate Adama, employée dans une entreprise privée.

    Autres slogans mais même son de cloche en Côte d’Ivoire : « Gbagbo, on a faim ! », «On veut manger ! ». Après les populations du Cameroun, du Burkina Faso, d’Haïti ou encore du Sénégal, les Ivoiriennes ont à leur tour marqué leur vive désapprobation face à une situation sociale qui ne cesse de se détériorer. Avec des slogans explicites, les femmes se sont soulevées les lundi 1er et mardi 2 avril pour protester contre la cherté de la vie (3)

    Elles ont pris alors d’assaut les principales artères du District d’Abidjan où elles ont dressé des barricades. A Cocody, Riviéra, au II Plateau, à Port-Bouët, Yopougon, et d’autres communes, les voies étaient obstruées par des tables, bancs, blocs en béton ou pneus enflammés, troncs d’arbre, branches, poubelles vides et/ou pleines. (4)

    Le mot d’ordre a été largement suivi puisqu’il a été efficacement diffusé par SMS sur les téléphones portables des principales responsables du mouvement. Les paradoxes du libéralisme sont ici exacerbés : accès à la technologie mais ventres vides.

    Mot d’ordre et revendications : contre l’inflation des prix

    « Vie chère rime avec galère, mais surtout misère pour les couches sociales les plus fragilisées », souligne l’hebdomadaire burkinabé San Finna. Sur les 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes, essentiellement rurales, estime l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il est alors d’une logique tristement implacable qu’elles organisent et participent à cette vague de protestation, assistant à cette envolée des prix. (5)

    Depuis plusieurs mois, le Burkina Faso traverse une crise liée à l’explosion des prix des aliments de base, notamment le riz. Le sac de riz se vend actuellement au Burkina entre 18 000 et 22 500 francs CFA (32 €). Le litre d’huile vendu à 600 est passé à 1000 ou 1200 francs CFA (1,80 €, soit à peu près le prix français). Les prix ont été augmentés de 75% à plus de 100%. Au Cameroun, le prix du sac de riz a augmenté de près de 50 % en quelques mois pour frôler les 300 francs CFA le kilo (0,45 €).

    En Côte d’Ivoire, des messages écrits sur des bouts de cartons ont exprimé aussi le désarroi : « Nous sommes sorties ce matin parce que trop c’est trop. On en a marre. C’est une autre forme de guerre qu’on déclare à la Côte d’Ivoire. On est fatigué ». Une autre femme, beaucoup plus en colère, a mis les pieds dans le plat : « On ne peut rien payer, le riz de nikacha qui était à 200 francs est passé à 400 francs. On ne peut plus manger, on a faim. On est venu se plaindre aux autorités, à Soro, à Gbagbo ». (6)

    En République démocratique du Congo, même bilan amer : « Moi, pour nourrir ma petite famille de 6 membres, il me faut me réveiller chaque matin à 4h30, chercher du pain à la boulangerie et vendre devant la maison », indique une ménagère de 48 ans de Kinshasa, avant de déplorer le fait que depuis un mois, la vie est devenue trop chère. Annie, 50 ans, vendeuse au marché Gambela, confirme. « On ne tient plus le coup. Tous les produits alimentaires ont augmenté. La farine de manioc, celle de maïs, le riz, le haricot, le sucre, tout a augmenté de 80 à 150% », indique-t-elle. En ce qui concerne le pain, si on a maintenu le prix, on a par contre diminué de volume. A Kinshasa, les ménagères estiment qu’une famille ne peut pas trouver de quoi manger (un repas) à moins de 15$, dans l’est du pays, il faudra au moins 10$. Ce qui relève d’un exploit alors que le Smig en RDC est de 1$ par jour !

    Réactions gouvernementales : entre mutisme, répression et premières mesures d’urgence

    En Côte d’Ivoire, la réponse immédiate du gouvernement s’est manifestée par un important déploiement des forces de l’ordre, constituées par les éléments de police et de gendarmerie, appuyées par des commandos de la gendarmerie et des corps d’élite de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) et du Centre de Commandement et de Sécurité (CECOS). Face à la témérité des manifestantes, l’ordre a été donné à la police et à la gendarmerie de les disperser. Mais les manifestantes n’ont pas capitulé devant les gaz lacrymogènes et beaucoup d’entre elles ont été victimes de violences policières sans que leur sort ne soit exposé aux yeux de toutes.

    Au Burkina Faso, une série de mesures ont été prises par le gouvernement afin de baisser les prix des produits de grande consommation. Il s’agit de la suspension des taxes sur les droits de douane pour six mois. Des négociations ont été engagées avec les commerçants en vue de la réduction des prix. C’est ainsi que le sac de riz a été fixé à 13000 Francs CFA (19,80 €). (7)

    En République démocratique du Congo, le mutisme du gouvernement traduit sans doute la difficulté qu’il rencontre à élaborer une politique salariale susceptible de permettre aux travailleurs de satisfaire leurs besoins vitaux. La récente augmentation de plus de 20% du prix de l’essence pèse douloureusement sur la population. (8)

    En Algérie, qui a également été le terrain d’émeutes de la faim, le ministère de l’Agriculture souhaite relancer la production de la semence à l’échelle locale pour réduire le prix de la pomme de terre. Il s’engage également à acheter le blé des producteurs algériens à des prix semblables à ceux appliqués sur le marché mondial, afin d’éviter des spéculations qui feraient flamber les cours nationaux. (9)

    Des mesures qui restent des stratégies à moyen terme et ne prennent que partiellement en compte la difficulté réelle et structurelle de la population à se nourrir.

    Mesures internationales

    Les ministres de l’Economie et des Finances des pays africains, réunis à Addis-Abeba les 28, 29 et 30 mars 2008, n’ont pu que constater que « l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires présente une menace significative pour la croissance, la paix et la sécurité en Afrique ». Parmi les solutions proposées pour sortir de la crise, outre des allégements fiscaux et des droits de douane revus à la baisse, l’accent a été mis sur la capacité de l’Afrique à se nourrir elle-même.

    Ces 28 et 29 avril derniers, l’ONU se réunissait à Berne, avec d’autres organisations internationales, afin de décider de mesures d’urgence. Peu de choses sont sorties de ce sommet, si ce n’est la création d’un « état-major de crise », dont le mandat reste à préciser. EtRobert Zoellick, le président de la Banque mondiale, également présent à Berne, de déclarer « les promesses d’aide ne remplissent pas les ventres ». En effet…

    Jean Senahoun, économiste à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) avait prévu que des émeutes de la faim éclateraient dans le monde. En décembre, le secrétaire général de la FAO avait lancé une initiative pour limiter la hausse des prix, qui affectait notamment les pays en développement. La FAO mettait aussi l’accent sur la distribution d’intrants aux petits producteurs des pays en développement afin d’augmenter l’offre à court terme. De telles initiatives sont déjà en cours au Burkina, au Sénégal, en Mauritanie et vont bientôt s’étendre.

    Ces mesures permettraient aux pays connaissant un déficit céréalier et ayant des revenus limités d’augmenter leur production nationale et de réduire les exportations dont le coût a considérablement augmenté et pèse dans les budgets. «Au final, l’idée est de soulager à court terme les populations affectées et, à plus ou moins long terme, de favoriser la production agricole et d’augmenter l’offre au niveau mondial ». Il semble alors que les résultats se fassent toujours attendre et la FAO reste sur une attitude défensive qui pourrait signifier : « on vous l’avait bien dit ».

    Devant la gravité de la situation, un sommet de la FAO s’est néanmoins organisé le 3 juin 2008 pour la résolution de la crise. Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a décrit les grandes lignes d’un « plan d’action » contre la flambée des prix. Ce plan prévoit de débloquer entre 15 et 20 milliards de dollars (de 9 à 13 millions d’euros). Selon le Secrétaire général, les réserves alimentaires mondiales devraient augmenter de 50% d’ici à 2030. Promouvant davantage de libre-échange, il a également condamné les paysqui limitent leur exportation ou qui imposent des mesures de contrôle des prix. « Ces politiques qui nuisent aux pays voisins ne peuvent pas fonctionner. Elles ne font que créer des distorsions de marché et contribuent à faire encore grimper les prix », a critiqué M. Ban. (10)

    II - La faute à quoi et à qui ?

    Il est délicat de répondre à cette question dans la mesure où les réponses varient en fonction des interlocuteurs, chacun des acteurs se renvoyant la balle… La population demandant des comptes à leurs dirigeants, ces mêmes dirigeants condamnant les institutions internationales, qui, elles, déplorent la sécheresse, les conditions climatiques, une bureaucratie trop lourde, des distorsions du marché et un
    cours du pétrole incontrôlable…

    Mais cette apparente confusion ne saurait dissimuler les con- séquences des politiques agricoles imposées par le Fonds monétaire international (FMI) aux pays africains. En effet, les Plans d’ajustement structurel (PAS) ont poussé les pays les plus endettés, notamment en Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consomment. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à l’instabilité des prix. Alors à la question « Faut-il blâmer les institutions financières internationales ? », Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, répond « oui ». « Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se sont repliés sur ces marchés. On paie vingt années d’erreurs. Avec l’augmentation de la demande alimentaire, l’offre ne suit plus. L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites » (11).

    Sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sous la pression des accords bilatéraux, les politiques agricoles de tous les pays et leurs tarifs douaniers ont été progressivement démantelés : l’agriculture paysanne des pays du Sud se retrouve sans protection, en compétition directe avec l’agriculture subventionnée, industrielle et productiviste des pays du Nord, elle-même en concurrence avec l’agriculture paysanne et biologique locale.

    Cette politique n’a pourtant connu qu’un développement croissant ces trois dernières décennies. Une de ces ultimes manifestations étant l’utilisation encouragée de céréales, comme le maïs, afin de fabriquer des agrocarburants. Beaucoup de gouvernements ont subventionné ces agrocarburants et, en 2008, 30% de la production de maïs vont servir à leur production et non à l’alimentation humaine ou animale.

    Par ailleurs, on attend avec inquiétude les estimations sur la réaffectation de terres en faveur de ces nouvelles cultures de rente (fréquemment contrôlées par des hommes) et
    au détriment des cultures vivrières (souvent l’apanage des femmes). En soutenant le développement des agrocarburants, de nombreux pays répondent aux intérêts des multinationales, mais mettent encore plus en danger la sécurité alimentaire nationale et mondiale.

    Il est particulièrement important d’évoquer ces décisions internationales dans la mesure où leurs effets ne sont pas neutres en termes de genre. « En mettant l’accent sur les problèmes à résoudre et sur les cibles à atteindre, les politiques publiques, globales comme sectorielles, ont souvent renforcé des comportements et des identités « sexuées ». (…) Oui, les politiques publiques ont un genre. » (12) C’est le genre masculin. Et les politiques économiques libérales imposées à l’Afrique comme à l’Amérique du Sud n’échappent pas à cette thèse. Yianna Lambrou, auteure du rapport Gender and Equity Issues in Liquid Biofuels Production – Minimizing the Risks to Maximize the Opportunities, étudie l’impact de la production d’agrocarburants sur les conditions de vie des agriculteur-trices et des paysan-nes. Or,
    les constats sont alarmants : le lien entre agrocarburants et accroissement des inégalités entre femmes et hommes est évident. La demande mondiale croissante d’agrocarburants favorise la conversion des terres, ce qui pourrait entraîner le déplacement partiel ou total des activités agricoles des femmes vers des terres de plus en plus marginales, ce qui nuirait à leur capacité à produire de la nourriture.

    III - Des évènements révélateurs d’une inégalité structurelle : principales productrices, premières victimes.

    Un modèle économique contre l’empowerment des femmes

    Ce n’est que récemment que leur rôle-clé de productrices et pourvoyeuses de vivres et leur contribution vitale à la sécurité alimentaire du foyer a retenu une certaine attention, mais pas encore celle qui convient. Au sein des ménages agricoles comme dans toutes les situations, les occupations des femmes sont généralement plus diversifiées que celles des hommes, qui se spécialisent dans un nombre limité de tâches. Ecartées des activités salariées pour la majorité d’entre elles, les femmes produisent des biens et des services qui n’ont pas de valeur monétaire parce qu’ils sont réalisés en dehors de la sphère marchande.

    Comme le souligne Souad Triki, « qu’il s’agisse de l’artisanat ou de la transformation des produits agricoles ou encore de la préparation des repas et du pain, la création de ces richesses en biens et en services, par les femmes, est destinée essentiellement à la satisfaction des besoins du groupe familial, sans être comptabilisée économiquement ou reconnue socialement » (13).

    Mais cette invisibilité dans les statistiques et dans les représentations sociales dissimule une toute autre réalité : les femmes produisent 60 à 80 % des aliments dans les pays du Sud et sont responsables de la moitié de la production alimentaire mondiale. Représentant 70 à 75 % de la main d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne (14), elles effectuent à peu près 90 % des travaux de transformation des matières premières alimentaires et de collecte de l’eau et du bois à brûler utilisés par les ménages, 80 % des travaux de stockage et de transport des produits alimentaires de l’exploitation au village, 90 % des travaux de sarclage et 60 % des tâches de récolte et de commercialisation. (15)

    Dans les ménages agricoles, les femmes consacrent 5 heures en moyenne soit 54,4% de leur temps quotidien d’activité productive, aux travaux agricoles et à l’élevage (contre 3 heures pour les hommes) - (16). Les études de la FAO le confirment : alors que les femmes sont à la base de la petite agriculture, de la main-d’œuvre agricole et de la subsistance familiale quotidienne, elles ont moins facilement accès que les hommes aux ressources tels que la terre et le crédit, et aux intrants, aux services et aux formations qui renforcent la productivité.

    En Afrique subsaharienne, l’épidémie du sida a encore aggravé la situation des femmes. À la mort de son mari, l’épouse risque de perdre, au profit de la famille du défunt, la terre qu’elle a toujours cultivée ainsi que la maison qui l’abrite avec ses enfants. C’est le cas pour 60 % des veuves en Ouganda. (17)

    La principale contrainte qui s’oppose à la pleine reconnaissance des rôles et des responsabilités effectifs des femmes en agriculture est le manque de données ventilées par sexe accessibles aux techniciennes, aux planificateur-trices et aux décideur-es.

    Droit foncier lacunaire : Les femmes possèdent moins de 2% de la terre, alors que le pourcentage des ménages dirigés par des femmes continue de s’accroître. Dans beaucoup de pays, les programmes de réforme agraire conjugués au morcellement des terres communales ont déterminé le transfert des droits fonciers aux seuls hommes en tant que chefs de famille, ignorant ainsi à la fois l’existence de ménages dirigés par une femme et les droits des femmes mariées à la copropriété.

    Accès au crédit : Si les femmes sont éventuellement autorisées, sur le papier, à souscrire un emprunt bancaire, la FAO constate toujours un accès inégal au crédit agricole dans de nombreuses régions rurales. Pour les pays africains où les informations sont disponibles, seuls 10 % des crédits agricoles sont octroyés aux femmes, principalement du fait que la législation nationale et la loi coutumière ne leur permettent pas de partager des droits de propriété foncière avec leurs maris, ou parce que les femmes chefs de famille sont exclues des systèmes de tenure, ne pouvant pas fournir les garanties exigées par les institutions de crédit.

    Accès aux intrants agricoles : L’accès des femmes aux intrants techniques tels que les semences améliorées, les engrais et les pesticides, est limité car, dans bien des cas, elles ne bénéficient pas des services de vulgarisation et sont rarement membres de coopératives, lesquelles distribuent souvent aux petits agriculteurs des intrants subventionnés. En outre, elles manquent souvent de l’argent nécessaire pour acheter ces intrants même subventionnés.

    Accès aux services d’éducation, formation et vulgarisation : Les deux tiers du milliard d’analphabètes dans le monde sont des femmes et des fillettes. Les chiffres disponibles montrent que seuls 5 % des services de vulgarisation visent les femmes rurales et seulement 15% des vulgarisateurs sont du sexe féminin. En outre, la plupart des services de vulgarisation portent davantage sur la production de cultures de rapport que de cultures vivrières et de subsistance, qui sont le principal souci des agricultrices et la clé de la sécurité alimentaire.

    Accès à la prise de décision : Compte tenu du rôle traditionnellement limité des femmes dans les processus de prise de décision au niveau du ménage, du village et du pays dans la plupart des cultures, souvent leurs besoins, leurs intérêts et leurs problèmes ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des politiques et des lois qui jouent un rôle important dans l’élimination de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la durabilité écologique. Les causes de l’exclusion des femmes des processus de prise de décision sont étroitement liées à leur rôle additionnel de procréatrices et aux travaux domestiques qui absorbent une partie importante de leur temps.

    Compétences méconnues : Les femmes possèdent des connaissances détaillées et complexes des systèmes agricoles dont elles sont en charge. Par exemple, en Zambie, en ce qui concerne le système chitimene, complexe, où les sols forestiers et en jachère sont amenés à être cultivés à la suite de l’abattage, du ramassage et de la combustion de la végétation arbustive, les hommes et les femmes connaissent de façon détaillée les essences des terrains boisés et en jachère locaux, leurs schémas de pousse, leurs qualités agronomiques et leurs utilisations. Chaque sexe, toutefois, se spécialise dans certaines essences. De récentes recherches démontrent la valeur de la base de connaissances autochtones des femmes à titre de source de croissance de la productivité.
    Source : Rapport de la FAO sur « Les femmes et la sécurité
    alimentaire »

    D’autre part, la participation des femmes dans le commerce informel des denrées alimentaires est particulièrement importante. Elles transforment les matières premières, les transportent du lieu de production au lieu de consommation et revendent au détail. Pour beaucoup de femmes, ce secteur offre une certaine flexibilité puisqu’elles peuvent quitter temporairement leur emploi si elles le souhaitent et elles peuvent le combiner avec leurs charges ménagères.

    Cependant, leur place dans l’économie informelle est difficile car elles doivent faire face à une forte concurrence et des taux de déperdition élevés. Elles sont souvent à peine capables de générer des revenus suffisants pour renouveler leur stock et achètent fréquemment à crédit aux fournisseurs à des conditions très défavorables. En conséquence, les revenus des femmes dans l’économie du secteur informel sont plus faibles que ceux des hommes et la précarité de leur emploi plus grande. Et pourtant, c’est justement leur activité qui nourrit bien souvent la population locale comme le montre l’expérience des femmes kenyanes qui approvisionnent en produits alimentaires la ville de Nairobi. (18)

    Les émeutes de la faim : une entrée dans la sphère politique ?

    Lorsqu’on se penche sur le rôle des femmes dans les émeutes de la faim à d’autres époques ou sur d’autres continents, on remarque qu’il a été forgé par des conditions inégalitaires mais qu’il a permis une certaine prise de conscience de la part de ces femmes. A de nombreuses reprises, les Iraniennes des milieux défavorisés ont exprimé leur mécontentement en manifestant contre la hausse des prix et des taxes à la fin du XIXe siècle. Certaines femmes ont quitté leur foyer pour participer à ces grèves. Ce bouleversement dans leurs habitudes constitue alors le signe d’un changement social futur dont les autorités repoussaient l’avènement.

    Dans les années 1880, mille femmes manifestaient contre la pénurie de pain en bloquant le passage du Chah Naser Ul-Din qui ordonnait l’arrestation de leurs maris. Cet épisode n’illustre pas la tolérance du régime mais au contraire, il décrit le statut des femmes qui n’étaient pas considérées comme des citoyennes responsables devant la loi. Ces premiers rassemblements féminins ont permis de faire émerger une réelle conscience politique des femmes qui se manifestera lors de la constitution de 1906. (19)

    L’entrée en politique par des manifestations contre les pénuries s’est également déroulée en France, dans le Var, en 1942. En effet, les femmes se sont organisées puis se sont appuyées sur les organisations politiques. En entrant dans la sphère publique, elles ont dû s’organiser différemment, élargir leur réseau traditionnel et s’ouvrir aux partis politiques et aux syndicats. Quand les femmes se sont mobilisées, elles se sont identifiées avant tout à des mères et femmes au foyer, responsables de l’alimentation dans leur famille. Cette identification influence considérablement la forme de la manifestation. Elles ont protesté contre la hausse des prix et des pénuries dans des endroits symboliques comme les magasins et les places de marché. Elles ont alors franchi le pas de se placer dans l’espace public, lieu du politique, qu’elles feront évoluer progressivement. (20)

    Cette mise en perspective historique permet de comprendre comment ces récentes émeutes de la faim s’inscrivent dans la thématique du cloisonnement des sphères privée/sphère publique, les femmes entrant dans la scène publique pour dénoncer les conditions intolérables qu’elles vivent dans leur foyer. Il s’agit alors d’une initiation et d’un apprentissage dans la douleur de l’organisation d’un mouvement contestataire qui peut évoluer vers la construction d’une identité politique à part entière. Cette prise de conscience peut éventuellement déboucher sur la formation d’un discours politique plus large qui défendrait un nouvel ordre social et qui tiendrait compte des besoins et des attentes des femmes. Lorsqu’elles analysent et dénoncent les inégalités de l’ordre établi, elles donnent l’impulsion nécessaire à des changements sociaux qui les intégreraient comme nouvelles actrices politiques.

    IV - L’intégration de la dimension genre comme nécessité pour la sécurité alimentaire

    Depuis les émeutes de février 2008, le discours officiel s’est métamorphosé. « Les Africains vont devoir changer leur façon de produire et de consommer », annonce le ministre camerounais du commerce, Luc Mbara Atangana. « Un verrou idéologique a sauté : nous allons pouvoir aider notre agriculture. » Rompant avec le libéralisme et la priorité aux importations de vivres imposée par le FMI et la Banque mondiale, le gouvernement camerounais magnifie désormais l’agriculture nationale et promet un grand plan visant la souveraineté alimentaire ». (21)

    On peut alors peut-être espérer que les voix des pays du Sud vont enfin se faire entendre… Différents mouvements sociaux avaient organisé une rencontre internationale de la souveraineté alimentaire à Bamako au Mali en février 2007. Les organisations partenaires présentes (Via Campesina, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali, la Marche mondiale des femmes, le World Forum of Fish Harvesters and Fishworkers (WFF), le World Forum of Fisher Peoples (WFFP), le Food Sovereignty Network, les Amis de la Terre International) ont défendu « le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles ».

    Dans cet objectif, la souveraineté alimentaire « place les producteurs, distributeurs et consommateurs des aliments au cœur des systèmes et politiques alimentaires en lieu et place des exigences des marchés et des transnationales. Elle défend les intérêts et l’intégration de la prochaine génération. Elle représente une stratégie de résistance et de démantèlement du commerce entrepreneurial et du régime alimentaire actuel ». (22) Ce programme a été décrit dans la déclaration de Nyéléni, « symbole au Mali d’une mère nourricière, agricultrice, qui s’est battue pour s’affirmer en tant que femme dans un environnement qui ne lui était pas favorable ».

    La lutte contre le capitalisme passe donc par celle contre la domination patriarcale, et réciproquement. « Nous ne pouvons lutter contre la faim et la pauvreté en Afrique, particulièrement dans les régions en difficulté de l’Afrique subsaharienne, que si les femmes ont véritablement leur mot à dire non seulement dans les champs, mais aussi dans le laboratoire », estime Vicki Wilde, responsable du Programme Genre et Diversité du CGIAR (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale). (23)

    Il est alors essentiel d’associer deux thématiques : genre et sécurité alimentaire. Le concept de sécurité alimentaire a subi une évolution au fil des ans, grâce à l’attention de plus en plus intégrée accordée aux dimensions sociales, de genre, écologiques, techniques et économiques du problème.

    Le défi à relever à l’avenir consistera à poursuivre l’égalité dans l’accès des femmes aux ressources leur permettant de produire des aliments, et dans la mesure de leurs possibilités, d’acheter les vivres qui ne peuvent être produits localement, accroissant de la sorte leur capacité d’assurer la sécurité alimentaire.

    Dans un rapport intitulé, « Les femmes ou la clef de la sécurité alimentaire», des chercheures de l’Institut International de Recherche sur les politiques alimentaires, apportent «la preuve concrète qu’en réduisant les disparités entre les hommes et les femmes par le renforcement du capital physique et humain des femmes, l’on encourage la croissance agricole, des revenus féminins, une sécurité alimentaire et
    nutritionnelle pour toutes. »

    Les trois éléments centraux, ou piliers, de la sécurité alimentaire sont la disponibilité des aliments, c’est-à-dire une production alimentaire adéquate, l’accès économique aux denrées alimentaires exploitables et la sécurité nutritionnelle qui est souvent tributaire de la disponibilité de ressources non alimentaires (soins de puériculture, soins de santé, eau non contaminée et assainissement). Les femmes remplissent des fonctions importantes, sinon prépondérantes, dans l’apport de ces trois éléments, indispensables à l’accomplissement de la sécurité alimentaire dans les pays en
    développement.

    Accroissement du capital physique et humain des femmes : Les capacités des femmes à remplir leurs rôles de productrices alimentaires seraient valorisées si l’on améliorait leur accès aux ressources, aux technologies et à l’information. Il convient de s’efforcer de protéger les droits traditionnels des femmes à la propriété foncière par des moyens non discriminatoires d’immatriculation et d’obtention des titres de propriété, et par l’inclusion explicite des femmes à titre de bénéficiaires individuelles, ou conjointes, des programmes de réforme foncière. L’amplification de l’éducation des filles, notamment dans les zones rurales, constitue l’un des moyens pour garantir les réserves de capital humain de la prochaine génération. Les gouvernements et les bailleurs de fonds pourraient appuyer la formation de davantage de femmes dans les sciences agricoles et connexes.

    Amplification des capacités féminines de production de revenus : Il conviendrait que les stratégies soient axées sur l’augmentation de la productivité des femmes en termes de travail rémunéré (que ce soit dans l’agriculture ou d’autres secteurs), afin qu’elles puissent augmenter leurs revenus sans sacrifier davantage de leur temps, ni leur bien-être ou celui de leurs enfants, ni leur propre état nutritionnel ou sanitaire.

    Protection de l’état sanitaire et nutritionnel des femmes : Une santé de qualité et une nutrition adéquate sont importantes pour les femmes, à toutes les étapes de leurs vies. Les femmes doivent protéger leur propre état sanitaire et nutritionnel pour être en mesure de remplir leurs fonctions de productrices et de procréatrices. Et enfin, il convient que les femmes se sentent habilitées à solliciter des soins pour elles-mêmes et pour ceux dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle dépend d’elles. (Source : A. Quisumbing, « Les Femmes ou la clef de la sécurité alimentaire », Rapport de politique alimentaire, Washington, 1995.)

    Pour que ces recommandations soient efficaces à long terme, il faut que les femmes puissent accéder aux postes de décision dans l’élaboration des politiques publiques. Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne, les femmes représentent un faible pourcentage (environ 14 %) des membres des organes législatifs locaux et nationaux et elles sont aussi peu représentées dans les gouvernements nationaux.

    Nombre de gouvernements de pays d’Afrique subsaharienne ne comptent aucune femme. Il n’y a qu’au Mozambique, en Afrique du Sud, aux Seychelles et en Tanzanie que la représentation des femmes au Parlement et au gouvernement soit acceptable, (24) sans oublier le Rwanda, le pays qui fait rougir la plupart des gouvernements occidentaux grâce à sa quasi-parité au parlement.

    Or, le partage du pouvoir et des responsabilités décisionnelles est un des facteurs les plus importants pour atteindre l’égalité et l’autonomie des femmes. Mariette Sineau répond à la question « Qu’attendre de la féminisation des élites ? » : « A défaut de combler la distance sociale entre gouvernants et gouvernés, elle peut à nos yeux, entraîner un renouvellement des priorités comme des pratiques politiques. Parce qu’elles ont une expérience différente – ayant joué jusque-là les tenantes du quotidien et du familial -, les femmes sont bien placées pour infléchir le contenu des programmes politiques, combler les lacunes d’un bien commun défini sans elles. » (25)

    Alors que la plateforme d’action de Pékin, élaborée lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, insistait déjà en 1995 sur le fait que « les femmes ont le même droit que les hommes de participer à la gestion des affaires publiques et peuvent contribuer à redéfinir les priorités politiques, à inscrire de nouvelles questions dans les programmes politiques et à éclairer d’un jour nouveau les questions politiques générales.», il reste toujours d’actualité de revendiquer (26) un meilleur accès aux sphères de pouvoir pour les femmes et de les encourager à exercer des responsabilités sur l’ensemble des niveaux de l’échelle décisionnelle , du niveau communal jusqu’au international, sans oublier les organisations paysannes et leurs fédérations et mouvements qui sont encore très fortement masculins, notamment au sein de leurs structures dirigeantes.

    La force potentielle de l’entrée en politique d’un groupe si lamentablement sous-représenté jusqu’à maintenant et la prise en compte de l’appréhension qu’elles ont du
    rapport entre les sphères privée et publique permettront de renforcer un nouveau modèle de l’acteur politique. Une expérience politique approfondie rendra les femmes plus capables de défendre leurs besoins pratiques et leurs intérêts stratégiques, de mieux comprendre les obstacles qu’elles doivent surmonter et de servir plus efficacement leurs intérêts communs à long terme. Et l’intérêt de pouvoir se nourrir convenablement n’est pas seulement commun aux femmes – à regarder de près, il semble tout simplement insensé et dépourvu de tout fondement éthique que ce besoin fondamental puisse se trouver en concurrence avec l’envie de se déplacer (à travers la compétition des agrocarburants pour l’utilisation des terres et d’autres ressources), voire l’envie de s’enrichir, comme en témoignait ce slogan cynique d’un fond d’investissement belge KBC qui a suscité une vague d’indignation récemment : « Tirez avatage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ».

    S’il y a une large convergence sur ce cri d’alarme dans le milieu des spécialistes et des organisations paysannes et de solidarité internationale, l’analyse des causes et les recommandations qui en découlent peinent encore à reconnaître pleinement que les
    inégalités des femmes et des hommes se trouvent au cœur de la problématique alimentaire et qu’une solution ne saura être viable sans prendre en compte les rôles, responsabilités, intérêts, contraintes et compétences des femmes.

    Reste à espérer que la crise alimentaire aura au moins servi à contribuer à cette prise de conscience et à ses répercussions espérées.

    * Lucia Direnberger occupe actuellement le poste d’assistante à la coordination du réseau Genre en Action ; elle est par ailleurs doctorante au Centre d’Etudes d’Afrique Noire à l’Institut des Etudes Politiques à Bordeaux.

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