• Contributor | Gouvernance

    L'ancien chef rebelle ivoirien Ibrahim Coulibaly, actuellement en fuite, a été condamné le 4 juin à quatre ans d'emprisonnement ferme par la justice française qui l'a reconnu coupable d'un projet de coup d'Etat visant le président ivoirien Laurent Gbagbo en 2003. Il s'agit du premier jugement rendu par un tribunal français en application de la loi du 14 avril 2003, qui a introduit dans le droit pénal le délit de mercenariat.

  • Il a été annoncé dans le communiqué du Conseil des ministres tenu le 9 mai, le projet de modification de l’article 27 de la Constitution du Sénégal qui prévoit la durée du mandat présidentiel et consacre le principe de la limitation à deux du nombre de mandats que le Président peut exercer. D’après les explications supplémentaires fournies, la révision constitutionnelle envisagée irait dans le sens de l’allongement de la mandature du président de la République de 5 à 7 ans et, par voie de conséquence, de la restauration du septennat qui a été, dans l’histoire du Sénégal, en vigueur entre 1960 et 1963 et de 1992 à 2001. L’évocation de cette question mérite un éclairage qui peut être décliné en trois questions-réponses.»

    Le vrai contenu du vrai texte constitutionnel

    Dans cette affaire, deux textes ont été présentés à l’opinion : le texte de l’article 27 du projet de Constitution publié dans le Journal officiel de la République du Sénégal (JORS) n° 5956 du 18 décembre 2000 et qui est détenu et même commenté par de nombreux Sénégalais qui se lit : «La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans. Le mandat est renouvelable une seule fois. Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire ou une loi constitutionnelle.» Le second texte qui est le seul valable est la loi n ° 2001-03 du 22 janvier 2001 portant Constitution promulguée et publiée dans le JORS n° spécial 5963 du lundi 22 janvier 2001, qui contient la même disposition qui s’arrête à «loi référendaire».

    Sur ce point, toute ambiguïté doit être éradiquée : le texte qui fait foi est bien la Constitution promulguée le 22 janvier 2001, qui prescrit la voie référendaire comme la seule susceptible d’être empruntée pour opérer un quelconque changement relatif à cet article. Il n’est pas besoin d’être juriste pour savoir qu’un projet de texte n’a aucune valeur juridique et s’efface devant un texte promulgué et entré en vigueur.

    Signification et portée de la disposition

    Pourquoi ce verrou de l’article 27 par un référendum a-t-il été introduit dans la Constitution ? La réponse se trouve dans l’histoire constitutionnelle du Sénégal en général et l’histoire du statut du Président de la République en particulier. La formule rédactionnelle de l’article 27 de la Constitution approuvée par le peuple sénégalais le 7 janvier 2001 vise deux objectifs : Il s’agit d’abord de stabiliser définitivement le mandat du Président de la République à une durée qui correspond à la respiration démocratique moderne.

    Par le passé, le mandat du président de la République du Sénégal a connu une instabilité dans sa durée : 7 ans entre 1960 et 1963, 4 ans entre 1963 et 1967, 5 ans entre 1967 et 1992, 7 ans entre 1992 et 2001 et 5 ans à partir de 2001. Après l’alternance, le Constituant a, dans la ferveur démocratique, voulu inscrire la durée du mandat du Président de la République du Sénégal dans une séquence temporelle définitive de 5 ans. C’est une durée qui s’inscrit dans la tendance universelle d’instauration du quinquennat (France et la plupart des pays africains), du quadriennat qui est la norme dans les pays anglo-saxons ou d’un sexennat ou encore d’un septennat mais non renouvelable comme on le voit en Amérique latine.

    En tous les cas, il est question d’éviter de trop longs règnes comme cela a été décrié puis abandonné en France et dans bien d’autres pays africains comme le Sénégal. A la lumière de ces considérations, vouloir restaurer le septennat qui a été remis en cause par un fort consensus national en 2000, et qui est abandonné par la plupart des pays en modernisation politique, procède d’un recul qui ne répond à aucune rationalité démocratique. Au fil de l’évolution des régimes politiques, il est admis que le quinquennat est une bonne mesure conforme à la temporalité républicaine ni trop longue, ni trop courte.

    Par ailleurs, l’article 27 vise par ailleurs à sacraliser le principe de la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels qui existe dans la plupart des démocraties qui élisent leur président au suffrage universel (Etats Unis, pays de l’Amérique latine, majorité des pays d’Afrique).

    La particularité du Sénégal, c’est que la clause limitative du nombre de mandats à deux n’a jamais été suivie d’effectivité parce qu’alternativement, instituée et remise en cause. C’est ainsi qu’elle a été instituée pour la première fois en 1970 mais remise en cause en 1976, ré-instituée en 1992 et encore remise en cause en 1998. En 2001, s’inscrivant dans une perspective de rupture, le Constituant sénégalais a voulu désormais inscrire le principe de la limitation des mandats présidentiels à deux dans le marbre constitutionnel ou à tout le moins, le mettre à l’abri de manipulations malsaines, en ne conférant la possibilité de le modifier ou d’y revenir qu’au peuple sénégalais par le biais du référendum.

    C’est l’une des très rares innovations de la Constitution post-alternance. Remettre en cause cette intangibilité, somme toute relative, d’une disposition aussi importante, consiste à ruiner l’apport de la Constitution du 22 janvier 2001 au patrimoine constitutionnel du Sénégal. Il est vrai qu’ici, l’intention de garantir la rigidité et l’intangibilité de la clause limitative du nombre de mandats est louable mais moins forte que dans des pays comme la République démocratique du Congo ou la Mauritanie, qui ont purement et simplement choisi de proclamer l’impossibilité de toute révision de ladite clause.

    Impossibilité de contourner la voie référendaire

    Certains interprètes ont tenté de faire prévaloir que l’exigence de la révision par voie référendaire nettement affirmée à travers la formule, «cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire» ne s’applique qu’à la deuxième phrase de l’article qui prévoit que «le mandat est renouvelable une seule fois» et non à la deuxième phrase en vertu de laquelle, «la durée du mandat du Président de la République est de cinq ans».

    Cette interprétation est irrecevable pour deux raisons. Il s’agit d’une disposition claire qui n’a pas besoin d’être interprétée. On n’interprète pas ce qui est clair. Lorsqu’un texte finit d’exposer une disposition (c’est-à-dire une norme ou des règles) et prévoit que cette disposition (c’est-à-dire en l’occurrence, la fixation de la durée du mandat à 5 ans et la limitation des mandats à deux) ne peut être révisée que par une loi référendaire, il n’y a place à interprétation, même pour les exégètes les plus passionnés.

    L’erreur des interprètes défendant la thèse d’une possible interprétation, résulte du fait qu’ils ont considéré que les deux règles énoncées (quinquennat et limitation des mandats) sont dans deux alinéas différents (la première règle dans l’alinéa dans 1er et la seconde règle dans le second alinéa) et que la disposition imposant le référendum, par une proximité grammaticale et rédactionnelle avec le second alinéa, ne s’appliquerait qu’à ce dernier. Il s’agit d’une erreur monumentale parce que les deux règles se trouvent enfermées de façon ferme dans un seul et même alinéa. En effet, les deux phrases se suivent sur la même ligne. Donc, l’exigence du référendum contenue à l’article 27 in fine, s’applique aux deux règles énoncées plus haut, dans l’unique alinéa précédent.

    Au total, aussi bien la modification de la règle du quinquennat que celle de la clause limitative du nombre de mandats présidentiels, requièrent la consultation du peuple sénégalais, seul habilité à en décider par le biais d’un référendum.»

    * Ismaïla Madior FALL est agrégé des Facultés de droit – Professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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  • A l’origine de cette réflexion, une légitime appréhension fondée sur le constat d’une régression inquiétante de la démocratie en Afrique : un peu partout sur le continent, l’arbitraire, l’unilatéralisme et l’autoritarisme gagnent du terrain alors que les principes démocratiques vacillent ou reculent. Il ne faut pourtant pas se méprendre sur les véritables causes de la régression démocratique sur le continent. Elle est plus le résultat d’une tentation despotique que d’un essoufflement du projet démocratique en soi.

    C’est que partout où cela a été relevé, ce sont les régimes en place qui tentent de faire le deuil de la démocratie dans le but de rester indéfiniment au pouvoir. Bien souvent, pour ne pas dire dans tous les cas, les atteintes aux normes démocratiques couvrent une stratégie de perpétuation des régimes en place inspirée par leur goût immodéré pour le pouvoir ou par la crainte de devoir, une fois dépourvus de l’immunité que leur confère leur mandat, répondre de leurs actes devant les juridictions.

    Cette obsession explique en partie la grave crise socioéconomique que traverse actuellement la plupart des pays du continent. Cette crise, synonyme de perte de pouvoir d’achat et d’insécurité alimentaire, est particulièrement révélatrice de la profonde fracture entre les pouvoirs en place et les citoyens. A ce sujet, la responsabilité des dirigeants africains est de tout premier ordre en ce qu’ils consacrent et mobilisent la totalité de leur énergie, des ressources publiques et des forces de l’ordre instrumentalisées dans une répression aussi aveugle que gratuite aux seules fins de conservation du pouvoir au lieu de s’attaquer résolument aux projets de développement économique et social. C’est à cette aune-là qu’il faut analyser l’absence de solutions perspicaces et efficaces pour anticiper, et le cas échéant, freiner la hausse des prix des denrées et produits de grande consommation et la crise alimentaire actuelle.

    Or cette situation, du fait des enjeux de survie qu’elle comporte pour les populations, peut être source d’instabilité pour nos pays. Il ne fait, en effet, aucun doute que celles-ci, excédées d’attendre des solutions que l’inertie de leurs autorités ne leur apportera pas, vont finir par exprimer leur colère dans des manifestations populaires. A cet égard, les récents troubles sociaux enregistrés sur le continent constituent des coups de semonces, annonciateurs de convulsions plus inquiétantes pour nos pays.

    C’est contre cela qu’il faut dès maintenant se prémunir en organisant une mobilisation exceptionnelle de la communauté internationale afin non seulement de stopper la hausse des prix à la consommation des denrées et produits de base mais également de fournir des secours alimentaires d’urgence aux populations africaines. Les solutions annoncées par le président de la Banque mondiale et par les dirigeants des Commissions européennes et africaines, constituent une perspective rassurante qui non seulement ne doit pas rester à l’état de déclaration d’intention mais doit être adossée à des mesures de moyen et long termes.

    Car au fond, ce qui est en cause, avec cette crise sans précédent, c’est la mondialisation libérale, et son corollaire la logique ultra marchande, qui ont livré l’économie mondiale à la prééminence des marchés internationaux, devenus les moyens hégémoniques de régulation des échanges des biens et des services. Les Etats et les institutions financières internationales doivent finalement se résoudre à admettre que le marché n’est pas le principal moyen de structuration de l’économie mondiale. En effet, tout en acceptant le marché, on ne peut ni concevoir que tout soit considéré comme marchandise, ni se satisfaire d’un rôle minimaliste attribué à l’Etat.

    Il importe qu’un équilibre soit trouvé entre la fonction du marché qui permet d’assurer, en principe, l’allocation optimale des ressources et l’action publique dont la mission est de préserver, de facto, leur juste redistribution. L’acceptation du jeu du marché ne signifie pas que les populations doivent être laissées à la merci des producteurs et des distributeurs, sans compter celle plus pernicieuse et, pour tout dire, plus inacceptable des spéculateurs financiers, lesquels abusent de plus en plus des transactions virtuelles qui impactent les cours des produits.

    Il faut, à cet égard, accorder une attention particulière à ce qu’on appelle traditionnellement la demande sociale. A ce titre, l’accès aux denrées et produits de première nécessité doit être facilité par une régulation du marché par l’Etat. Ce dernier doit notamment empêcher les dérives injustifiées sur les prix à la consommation et prendre, en cas de hausse justifiée des prix, les mesures exceptionnelles et durables permettant aux populations d’en amortir les impacts sur leur niveau de vie.

    Les valeurs du socialisme retrouvent précisément leur pertinence et leur vitalité face au projet ultralibéral qui se nourrit de la fausse idée qu’il n’y aurait qu’une pensée unique dominant le monde et qui, en réalité, lui imprime une marche forcée vers une décadence de toutes les valeurs qui fondent l’humanité. Car, en définitive, le but du socialisme, c’est la recherche du progrès et la concrétisation de l’aspiration égalitaire dont les composantes - égalité juridique, égalité politique et égalité sociale - sont indissociables et inopposables entre elles. Le progrès, c’est la recherche continue par l’être humain d’une maîtrise croissante sur son propre destin qui ne se réduit pas à l’accumulation de richesses. Quant à l’aspiration égalitaire, elle synthétise les valeurs humanistes qui fondent le primat de la justice, de la paix, de la liberté sur les rapports de force injustes et violents inhérents aux inégalités de l’ordre mondial actuel.

    Dans le cas du Sénégal, la mondialisation n’absout pas la responsabilité du régime en place dans la crise socioéconomique actuelle, surtout lorsqu’elle se révèle être le seul argument d’une grande escroquerie intellectuelle et politique au sujet de la flambée des prix. Le régime d’Abdoulaye Wade ne peut pas en effet s’exonérer de toute responsabilité dans les fractures ouvertes qui accablent le pays, en noyant la mal gouvernance et les politiques à courte vue dans l’océan de la mondialisation. La sévérité de la crise nationale en cours est amplifiée par la nullité et le caractère toxique de la gouvernance libérale, une gouvernance qui va mais qui ne sait pas où elle va.

    Pour revenir à mon propos sur la régression démocratique en Afrique, il me paraît singulier de souligner que la perversion des normes démocratiques qui la sous-tend, a démarré au Sénégal, terre d’élections autant que de dialogue, après une alternance politique unanimement saluée. Cela peut paraître choquant mais c’est le régime issu de cette alternance démocratique exemplaire qui est aujourd’hui l’adversaire le plus irréductible de la démocratie sénégalaise.

    Songez qu’entre 2000 et aujourd’hui, le pouvoir en place au Sénégal a unilatéralement modifié douze fois la Constitution (dont cinq suspendues à la réunion du Congrès du Parlement), reporté quatre fois des élections, torpillé les règles consensuelles du processus électoral, piégé le fichier électoral, planifié et organisé une mascarade électorale en février 2007, forcé l’installation d’une Assemblée nationale non représentative et imposé celle d’un Sénat infâme, le tout dans l’unique but de se maintenir au pouvoir.

    Ailleurs, au Togo et au Nigéria, la même logique de perpétuation des régimes en place a été à l’origine de fraudes électorales, avec en prime l’instrumentalisation des forces de l’ordre et du pouvoir judiciaire, pour légitimer leur coup de force électoral. Aujourd’hui encore, d’autres régimes africains s’illustrent dans des projets anachroniques de manipulation partisane de la Constitution et des lois électorales. Et là encore, c’est la règle de la limitation du mandat du président de la République, norme majeure de la démocratie et gage d’alternance à intervalle régulier, qui est visée.

    L’évocation de ces différentes situations démontre que les perspectives prometteuses suscitées par l’ouverture démocratique du début des années 90 sont toutes dans une impasse préoccupante. Elle révèle surtout que l’instabilité chronique sur le continent, illustrée par des conflits internes récurrents, trouve ses causes dans la modification régulière des règles de dévolution du pouvoir par les régimes en place.

    En vérité, le ton alarmiste cache une autre inquiétude : celle de voir les Etats africains basculer, à nouveau, dans le totalitarisme pour sombrer dans les conflits et dans les guerres avec leurs cortèges d’horreur. Cette éventualité n’est plus à écarter. Elle n’est même plus une simple virtualité au regard de la situation d’un pays comme le Tchad où la remise en cause par le régime du président Idriss Deby de la règle de la limitation du mandat présidentiel a provoqué, en plus d’une grave crise politique sur fond de détentions arbitraires et de disparitions d’opposants politiques, une guerre entre des forces rebelles et l’armée régulière.

    Il suffit également de se rappeler la crise politique particulièrement meurtrière qu’a vécue le Kenya au début de l’année. Là-bas, ce qui était en cause, c’était la sincérité des résultats d’une élection présidentielle fort justement contestés par l’opposition. A l’évidence, les autorités de ce pays auraient pu faire l’économie de ces milliers de vies humaines perdues si elles avaient respecté le suffrage populaire issu des urnes.

    Dans les cas du Kenya comme du Sénégal, il faut se désoler que les présidents Moï Kibaki et Abdoulaye Wade, arrivés au pouvoir à la faveur d’un processus électoral fiable et crédible, symbole de la vitalité démocratique en Afrique, soient devenus, au contact du pouvoir parce que sans doute atteints par le vertige du sommet, les fossoyeurs de la démocratie dans leur pays.

    Fort heureusement, à l’opposé de ces contre-modèles qui portent les germes du despotisme, il y a des Etats qui s’illustrent dans le progrès démocratique. A ce propos, les exemples de la Mauritanie, du Cap Vert et du Bénin constituent des ressorts à partir desquels les autres pays africains peuvent s’inspirer pour renouer avec le projet démocratique, seul à même d’assurer la stabilité politique, la cohésion nationale et la paix civile nécessaires à la mise en œuvre de politiques de développement du continent.

    Ce dont il s’agit dans mon propos, c’est de tirer la sonnette d’alarme en vue de provoquer l’électrochoc, la prise de conscience et la prise de position nécessaires pour endiguer le péril despotique qui guette le continent africain. L’enjeu est de taille car il nous faut faire le choix entre le progrès irréversible du modèle démocratique en adoptant définitivement les vertus universelles du pluralisme et le recul dans les vices de l’abjection despotique puis dans le gouffre de l’horreur absolutiste.

    C’est sous cet éclairage qu’il faut analyser la situation à la fois inédite et sordide au Zimbabwe, où plus d’un mois après le scrutin présidentiel, le régime du président Robert Mugabe, après avoir usé du subterfuge du recomptage des voix pour tenter d’inverser les résultats des élections législatives, a fini par publier les résultats qui sont manifestement préfabriqués. Il n’est, bien entendu, pas utile de préciser que la rétention des résultats du scrutin présidentiel obéit à la même logique de perpétuation du régime en place. Sous ce rapport, elle appelle des réactions énergiques d’autant plus que ce précédent fâcheux peut inspirer d’autres esprits tortueux sur le continent.

    A cet égard, la Communauté internationale et singulièrement l’Union africaine et la SADC, sont vivement interpellées dans cette nouvelle forme d’entrave à la libre expression du suffrage populaire. Il est vrai que l’attitude inqualifiable du président Robert Mugabe peut dérouter au point de susciter l’incompréhension ; mais passé le temps des indignations et des condamnations, il s’agit maintenant de réagir à travers des mesures appropriées afin de contraindre ce régime à faire droit à la volonté populaire si clairement exprimée.

    Si j’évoque avec insistance la situation au Zimbabwé, c’est parce qu’elle me paraît chargée d’enjeux, car il est question, à travers ces élections générales, de démontrer que la volonté populaire peut infléchir la mainmise sur l’armée, l’accaparement des médias et l’instrumentalisation de la justice. Elle me paraît également, à ce moment précis de regain du totalitarisme, la parfaite illustration de la force du sursaut citoyen face à la menace autocratique. Et c’est tout l’enjeu du combat que nous devons entreprendre pour faire échec au climat ambiant malsain que produit sur le continent le règne qui perdure des tyrannies pseudo-démocratiques.

    Qu’il soit précisé au sujet du président Robert Mugabe, lorsque je le regarde, que je vois se profiler en pointillés Abdoulaye Wade tant ils semblent tous deux corsetés par un autisme suicidaire, insensibles au naufrage qui s’annonce, l’un et l’autre engoncés dans un amour-propre de mauvais aloi, que rien ne justifie.

    Dans le combat qui doit être le nôtre aujourd’hui, les hommes politiques, la société civile et les citoyens africains sont vivement interpellés ; tous doivent être réellement mobilisés. Il s’agit, dans un consensus fédérateur, de mobiliser nos énergies et nos intelligences pour construire une conscience démocratique afin d’assurer l’ancrage pérenne de nos pays dans un système de gouvernance démocratique fondé sur l’organisation d’élections libres et transparentes aux échéances prévues, sur le respect de la souveraineté populaire, sur la protection des libertés, sur la garantie du pluralisme politique, social et médiatique et sur la promotion du dialogue national.

    La Communauté internationale, également concernée, doit appuyer les initiatives et les actions des élites et des populations africaines pour inscrire définitivement la démocratie dans nos mœurs. Elle doit prendre ses responsabilités pour le progrès démocratique en Afrique, en érigeant le respect de l’Etat de droit, de la démocratie et des libertés au rang de critères indispensables à toute coopération bi et multilatérale avec les Etats africains. A cet égard, l’Union européenne, aux portes desquelles se trouve l’Afrique, doit s’impliquer.

    A la lumière des récents événements liés aux migrations de la mort, les dirigeants européens doivent comprendre que tout ce qui affecte l’Afrique, rejaillit sur le vieux continent. Il me paraît particulièrement important de rappeler aux Etats de l’Union européenne qui affichent une grande intransigeance pour le respect, par les Etats africains, du volet commercial de l’Accord de Cotonou que celui-ci avait également inscrit la gouvernance démocratique au cœur de la coopération entre l’Afrique et l’Union européenne.

    L’Internationale socialiste et sa branche africaine, le Comité Afrique de l’Internationale socialiste, également interpellés par ce combat, doivent engager, lors de leurs prochaines sessions, la réflexion sur la question démocratique en Afrique.

    Pour finir, je voudrais rappeler que, par essence, la démocratie prohibe le confort des certitudes en nous obligeant à une quête perpétuelle d’une imagination créatrice. Pour défricher ces nouveaux horizons, il nous faut donc bâtir un consensus fort autour de la notion d’acquis démocratiques et préserver le bloc démocratique existant afin de nous prémunir des manipulations conjoncturelles. Il me semble, dès lors, particulièrement indiqué d’inscrire dans nos Constitutions, avec le même caractère d’inviolabilité et d’immuabilité que la forme républicaine de l’Etat, les normes relatives à la limitation du nombre de mandat présidentiel et à la durée du mandat présidentiel ainsi que la nécessité d’un consensus entre acteurs politiques pour toute modification substantielle d’une règle électorale consensuelle. En perspective, la question du financement des campagnes électorales reste ouverte afin de trouver une solution définitive à l’utilisation par les candidats des régimes en place des moyens de l’Etat.

    Enfin, l’instrumentalisation, à des fins répressives, d’institutions à vocation républicaine, ne doit pas rester comme de simples sujets d’indignation ou de dénonciation. Il faudra que demain, lorsque les régimes en cause seront démocratiquement défaits, que les donneurs d’ordre et les principaux exécutants, responsables d’actes attentatoires à l’intégrité physique des citoyens ou d’atteintes graves aux droits humains et aux libertés démocratiques, puissent répondre de ces dérives devant les lois de la République./-

    • Ousmane Tanor Dieng est decrétaire général du Parti socialiste du Sénégal et président du Comité Afrique de l’Internationale socialiste

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  • Dans le débat actuel sur les « biocarburants », la dichotomie parait bien nette entre les défenseurs du « principe de précaution » – dans la mouvance altermondialiste (le cœur de cible) – et leurs opposants, plutôt partisans du « Ayez foi en la science, elle offrira toujours les solutions aux problèmes qu’elle génère. » La problématique reste toujours circonscrite autour des mêmes points, donnés pour cruciaux, ceux dont il est « politiquement correct » de débattre parce qu’ils constituent des enjeux intéressants pour nos élites. Les aspects éludés ou passés à la trappe sont toujours les mêmes, ce qui évite un élargissement du débat susceptible d’aboutir à une critique systémique, autrement dit, à une remise en cause du système en tant que tel ou du « modèle de développement occidental » comme unique système viable possible et idéal indépassable.

    (…) Qu’est-ce donc qui n’apparaît pas dans le « débat » sur les biocarburants ?

    1) Le poids des mots…

    Le premier point est presque un détail, un point de vocabulaire. C’est la différence sémantique entre « biocarburants » et « agro-carburants ». L’utilisation occasionnelle du second terme est une sorte de seuil qui marque la limite de ce qu’on peut accorder aux plus pointilleux, aux « extrémistes », en gage de crédibilité. Pour les moins avertis, une campagne contre les « biocarburants » entache la démarche bio et tout ce qui s’y rapporte, et la fait apparaître comme fortement susceptible de sombrer dans des dérives mercantilistes dénoncées ici comme génocidaires. Le lapsus n’est pas anodin lorsqu’on parle de productions agricoles de masse et qu’on vise un public d’anti-OGM.

    « Bio » étant synonyme d’écologique (on parle même parfois d’éco-carburants), l’amalgame paradoxal génocide/bio ne fait qu’augmenter la confusion chez ceux qui sont les moins soucieux de ce type de nuances. En réalité, les agro-carburants mis en cause sont tout sauf « bio » et impliquent au contraire, comme toute production agricole de masse, un recours massif aux intrants (engrais, pesticides, fongicides et herbicides chimiques). De fait, c’est le terme d’agro-carburant qui devrait être utilisé systématiquement. Précisément, ce n’est pas le cas, mais il l’est au moins de temps en temps… Pour le reste, c’est différent !

    2) Le point focal

    Le second point est la réduction quasi-systématique de la notion d’agro-carburant à la seule production d’esthers d’huiles ou d’esthers de glycol, qui nécessitent de très grosses installations en terme de production et de transformation, et pour lesquels une énorme quantité de biomasse est nécessaire à la production d’une infime quantité de carburant. Cette démarche industrielle est d’autant plus choquante que les moteurs diesels dits « d’ancienne génération » avaient été initialement conçus pour tourner, si nécessaire, avec un mélange d’huile végétale et de pétrole et sont réputés pouvoir tourner aujourd’hui encore (sans modification structurelle) à l’huile végétale seule, pourvu qu’elle soit très pure et très fluide. Les diesels de nouvelle génération, en revanche, ont été modifiés de telle façon qu’ils ne peuvent plus fonctionner à l’huile sans être considérablement modifiés.

    Dans le monde entier, de nombreuses petites entreprises s’efforcent aujourd’hui de chercher (avec des moyens financiers souvent dérisoires) des moyens de perfectionner ces diesels d’ancienne génération afin d’éliminer les inconvénients des « huiles carburant » (comme leur manque de fluidité), de réduire la consommation, les gaz d’échappement (notoirement plus visibles mais bien moins toxiques que ceux du pétrole), de faire tourner les moteurs sur une émulsion stabilisée d’eau et de pétrole, d’eau et d’huile, d’huile et de gaz liquide (butane ou méthane), etc. D’autres modifient des moteurs à essence pour remplacer le mélange air/essence par un mélange air/méthane (le gazogène des années quarante) ou hydrogène/oxygène (avec de la vapeur d’eau à la sortie du pot d’échappement), et ça marche au prix de modifications minimes.

    Mais ce sont les grands groupes qui s’opposent à ce type d’évolution. Ceux-là même qui avaient jadis acheté tous les brevets susceptibles de mettre en cause leur précieuse production. Depuis une quinzaine d’années, ces brevets basculent les uns après les autres dans le domaine public. Ce sont aussi principalement ces grands groupes qui financent la recherche et documentent l’information dans ce domaine. Or, pour eux, produire des véhicules pouvant refaire le plein chez le premier péquenot venu disposant d’un champ de tournesols, d’un moulin à huile et d’une pompe – ou d’un tas de lisier sous cloche et d’un compresseur – serait une pure hérésie capable de ruiner les fondements mêmes de l’hégémonie des puissances occidentales.

    C’est pas simplement du fanatisme, c’est parfaitement exact ! Les trois pays « alignés » disposant d’un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (qui leur donne droit de veto sur toutes les décisions internationales, y compris celles visant à modifier les rapports de forces au sein de l’ONU ou à imposer à tous les Etats-membres de respecter le droit international et la Charte des Nations Unies sous peine de sanctions), à savoir la France, le Royaume-Uni et les Etats Unis, sont aussi, à l’échelle mondiale, les trois plus gros vendeurs d’armement (environ 75 % des ventes officielles, selon Amnesty International – outre qu’ils demeurent indirectement leaders dans les ventes officieuses ou illicites de stocks). Curieusement, le trio est aussi largement en tête des plus gros vendeurs internationaux de produits pétroliers dérivés (carburants et pétrochimie).

    Si les spécialistes de ce domaine répètent inlassablement que les majors occidentales sont désormais minoritaires par rapport aux compagnies nationales dans la production de brut, ils n’ignorent absolument pas que, contrairement aux grandes firmes occidentales, ces compagnies nationales ne sont majoritaires que dans leur propre pays. A de rares exceptions près, dans la plupart des pays du globe, ce sont les installation des groupes Shell, Texaco, Exxon, BP (British Petroleum) et Total-Fina-Efl qui dominent la distribution de carburants, qu’il s’agisse des stations service, du fuel naval ou du kérosène.

    Parce qu’elle permet de maintenir, dans les pays à ressources, des gouvernements non démocratiques très conciliants ou de renverser ceux qui gênent, l’hégémonie en matière de ventes d’armes, intrinsèquement liée au contrôle des ressources, permet notamment à ces membres permanents de pérenniser un tel état de choses. Sur le plan international, des stations services autonomes équivaudraient en outre à un suicide boursier. On peut être actionnaire de Total ou BP, mais pas de Monsieur Marcel, cultivateur dans le Berry… Selon certains commentateurs de la presse automobile, les constructeurs de ce secteur s’achemineraient donc vers un abandon pur et simple du moteur du diesel, jugé trop polluant (sic). Il resterait néanmoins l’apanage du transport maritime, fluvial et ferroviaire, dont l’approvisionnement est plus étroitement contrôlé. Dans cette optique, les agro-carburants ne sont intéressants que s’ils nécessitent et constituent une industrie lourde, très centralisée, cotée en bourse et totalement contrôlable.

    3) Le « génocide Bio »

    Troisième argument, et dont l’impact est particulièrement observable dans les milieux altermondialistes : « Les biocarburants sont l’une des principales causes de déforestation aujourd’hui et sont déjà la cause des famines de demain. Malgré les ravages de l’effet de serre, on coupe des forêts pour nourrir des moteurs alors que des gens meurent de faim… » En fait, l’amalgame de ces trois problématiques est assez pervers et il est certainement préférable de les traiter séparément.

    La déforestation ne date pas d’hier, mais elle n’en est pas moins récente et gravissime. Lorsqu’on traverse la Côte d’Ivoire du sud au nord, ce sont à perte de vue des kilomètres carrés de forêts dévastées où littéralement rien ne dépasse les 2m50, à l’exception de quelques géants isolés qui rappellent que la canopée se trouvait autrefois à près de 50 mètres de hauteur. En Amazonie, le spectacle est le même et les bras de l’Amazone sèchent les uns après les autres. Même chose au Congo, en Indonésie, aux Philippines, etc. En une quarantaine d’années à peine, depuis la fin des années soixante et l’arrivée des tronçonneuses, la destruction des grandes zones de forêt de la ceinture tropico-équatoriale n’a jamais cessé de s’accélérer, sans jamais défrayer la chronique.

    La principale cause de ce phénomène demeure le degré de corruption ahurissant qui maintient les cours des bois exotiques à un niveau prodigieusement bas, ce qui permet aux pays qui en consomment les plus grosses quantités de ne pas trouver rentable de subvenir à leurs propres besoins en la matière. Les bois occidentaux coûtent plus cher notamment parce qu’on les replante et qu’ils proviennent généralement de forêts privées.

    Dans les forêts primaires sub-tropicales, dont personne n’est propriétaire, à peine 10 à 15 % de ce qui est abattu est expédié : seulement certaines essences et seulement les plus grosses billes. Le reste est laissé en chablis (en vrac au sol) et après quelques mois de séchage, on balance par hélicoptère (dans certaines régions au moins) des bombes de napalm pour faire place nette. Chaque année, pour expliquer les nuages de fumée qui couvrent le paysage sur des centaines de kilomètres carrés (de Bornéo jusqu’au nord de Sumatra, notamment), les compagnies forestières et les Etats qui les soutiennent ont alors le cynisme de financer articles et documentaires sur les tribus locales et les paysans sans terres, qui pratiquent encore la culture sur brûlis sans pouvoir maîtriser les incendies qu’ils provoquent.

    Rappelons qu’il s’agit de « rain-forests », des forêts qui génèrent quotidiennement leur propre pluviométrie et ne peuvent littéralement pas brûler tant qu’elles sont debout. Les télévisions locales diffusent des images de fronts d’incendies atteignant la pleine forêt en lisière des zones de coupe, mais ne filment jamais les kilomètres carrés de chablis qui attendent de brûler. Ces images font fréquemment le tour du monde.

    La plupart de ces étendues ne sont jamais replantées en quoi que ce soit. Ces forêts se nourrissent de leur propre substance. Sans elles, leurs sols sont quasiment stériles. Tous les spécialistes de ce domaine le savent, ce ne sont pas les biocarburants mais la totale impunité des marchands de bois qui est à l’origine de la déforestation galopante de ces cinquante dernières années et elle resterait de toute façon en augmentation constante, biocarburants ou pas.

    4) Changez de couverture !

    S’agissant de l’effet de serre, on nous rabâche depuis des années que la pire des fièvres ne tient en réalité qu’au nombre des couvertures. « Les gaz ! Le poumon vous dis-je, le poumon ! » CO2 et Méthane. Le CO2, c’est votre voiture et vos excès de vitesse. Le méthane c’est les ruminants et les rizières. Tout le monde a une voiture, tout le monde mange de la viande, donc tout le monde est responsable, et ceux qui mangent du riz encore plus que les autres ! A quoi bon chercher plus loin ? L’industrie ? Coupable ? Mais vous n’y pensez pas ?

    Contrairement à un feuillage, un sol nu peut chauffer au soleil jusqu’au-delà de 50°. Tous les randonneurs savent qu’un sous-bois est plus frais en été qu’une plaine sèche. N’importe quel élève pilote sait que l’air n’est pas chauffé par le soleil mais par le sol qui transforme en chaleur les rayons du soleil. L’air monte au-dessus des champs, parce qu’il est chaud, et descend au-dessus des forêts à cause de la fraîcheur qu’elles génèrent. Elles génèrent aussi des nuages qui empêchent le sol de chauffer, rafraîchissent l’air et finissent en pluies… Outre qu’elles sont le « poumon de la planète », parce qu’elles transforment le gaz carbonique en oxygène, les forêts en sont, avec les océans, le principal régulateur thermique.

    Evoquer systématiquement l’effet de serre en s’en tenant à la teneur de l’atmosphère en méthane et en gaz carbonique, sans expliquer ce qu’est exactement la déforestation en matière de variations de température, c’est à peu près aussi malhonnête que d’évoquer le cancer du poumon en ne parlant que des cigarettes et en zappant toutes les autres causes toxicologiques environnementales (notamment la pollution de l’air), qui affectent le système immunitaire, sanguin, endocrinien et respiratoire et concourent au déclenchement de cancers.

    En quelques décennies, ce sont des millions d’hectares de forêts très profondes et très humides que nous avons laissé remplacer par d’immenses étendues sèches et brûlantes, littéralement sans nous émouvoir, une étagère après l’autre. Tant que personne ne sanctionne la destruction de forêts primaires et n’impose de replanter, mieux vaut une plantation de palmiers à huile que les déserts de cendres qu’on survole en allant de Singapour aux Philippines.

    5) La faim justifie les moyens

    Enfin, concernant les famines comme le prix du bois, c’est au premier chef le productivisme et le consumérisme qui sont en cause. Outre que nos spéculateurs préfèrent voir pourrir les stocks mondiaux de denrées de base dans leurs entrepôts (comme en Inde) que de les voir distribués à des populations non-solvables, chez nous, lorsque nous n’arrosons pas nos excédents de fruits et légumes pour maintenir les cours, nous les laissons couramment pourrir sur l’arbre dès que les cours baissent. Sur le long terme, dans le monde entier, les petites exploitations offrent presque toujours un rendement à l’hectare supérieur à celui des très grosses et font vivre la multitude de ceux qui y travaillent et y habitent. Ce sont les marchés (les spéculateurs et les intermédiaires) et les cours qui les défavorisent, les poussent à vendre en dessous du coût de production et les acculent à une impasse économique, parce dans notre système, ces gens ne servent à rien s’ils ne consomment que ce qu’ils produisent.

    Fréquemment cité dans ce débat, Jean Ziegler expliquait en avril dernier sur France-Culture que tant que l’ONU, la Banque Mondiale et l’OMC favoriseraient financièrement les cultures à l’export au détriment de l’autosuffisance alimentaire, ils favoriseraient sciemment les famines et la spéculation qu’elles génèrent. En d’autres termes, tant que la majorité des terres fertiles d’Afrique ou d’Amérique du Sud ne serviront qu’à produire des bananes, du café, du chocolat, des fruits exotiques (mangues, ananas, goyaves, etc.), il y aura fatalement des famines chez ceux qui les produisent. Certaines régions du Burkina Fasso sont en situation de famine chronique mais les haricots burkinabés qui arrivent par avion en Europe ne sont finalement pas plus chers que ceux du marche local !

    Tout cela est évacué du débat sur les carburants. Aucun rapport ! Faire le lien reviendrait à dénoncer l’incapacité du modèle de développement occidental à satisfaire ses besoins sans condamner le reste de la planète à l’horreur économique. Quel que soit le carburant qu’on sert à la pompe, c’est de la mise en esclavage de pays entiers qu’il s’agit. Aucun rapport ! Circulez !

    6) Le coût réel de la production

    Enfin, le dernier point – et non des moindres – qu’on évacue systématiquement du débat sur les carburants, c’est l’évaluation du coût réel (humain et environnemental) de l’alternative à laquelle nous renvoie le rejet (ou le moratoire tant souhaité) des agro-carburants, quels qu’ils soient. Pour savoir si ceux-ci sont réellement plus néfastes que leur alternative, il ne suffit pas de les dénoncer, il faut évaluer le coût humain et environnemental de l’industrie pétrolière et comparer…

    Les uns après les autres, les historiens les moins « évasifs » sur la question finissent par convenir que le contrôle des ressources (pétrolières en particulier) et des pays où elles se trouvent a été l’un des principaux moteurs de toutes les guerres qui ont ensanglanté le XXe siècle – de 1914-18 à l’actuelle Guerre du Golfe. Lorsqu’il ne s’agissait pas directement du contrôle du Proche-Orient ou de l’Asie Centrale, c’était la « théorie des dominos » et la « contagion » qui risquait de faire basculer un à un nos précieux clients dans le camp adverse ou pire, dans l’idéologie de Bandoeng ou d’Allende et du non-alignement. Un simple survol des revendications politiques des pays qui avaient initié ou soutenu la conférence de Bandoeng (1) et du sort qui leur fut fait – de l’Iran à l’Algérie ou au Cambodge, de l’Indonésie à la Yougoslavie, aussitôt qu’elle fut accessible – suffit à se faire une petite idée des enjeux.

    Quant à évaluer le total des victimes, c’est difficile… Rien qu’en Indochine, faut-il inclure les famines dues aux bombardements de saturations et aux sous-munitions ? Faut-il extrapoler le nombre des victimes de l’Agent Orange et des millions de « bombies » (sous-munitions qui dorment sous le sol ou la végétation et explosent lorsqu’on les touche) qui infestent le Cambodge, le Laos et le Viêt-nam, des chiffres qui ne cessent de croître plus de trente ans après la fin du conflit ? Pour l’Irak, les statistiques d’augmentation du taux de mortalité depuis l’invasion U.S. (plus d’un million entre 2003 et 2006, selon une étude parue dans la revue scientifique The Lancet) s’appuient en partie sur les chiffres de la période qui précède les dix ans d’embargo qui ont tout de même fait plus d’un million de morts dont quelques 500 000 enfants de moins de cinq ans. Pour le Congo, cinq millions de morts en cinq ans de guerre civile, c’est encore plus compliqué…

    Le coût environnemental, lui, est encore plus difficile à chiffrer. Non seulement les marrées noires et les nappes de boues pétrolières et de déchets de toutes sortes qui s’échappent des pipelines ou couvrent le fond des océans sur plusieurs centaines d’hectares et des dizaines de mètres d’épaisseur au pied des plates-formes off-shore, ou les millions de tonnes de dioxyde, de souffre et de suies qui partent chaque année dans l’atmosphère au-dessus des sites d’extraction et des raffineries, ou tout ce qui peut sortir des pots d’échappement de voitures, de camions, d’avions ou des cheminées de bateaux ou d’immeubles ou d’usines, mais aussi les prodigieuses quantités de déchets de raffinage dont la toxicité est telle qu’on ne peut leur trouver de débouché que dans l’agriculture – pour tuer les plantes, les insectes, les animaux nuisibles, les bactéries du sol… tout ce qui vit mais ne se vend pas. Ce qui permet au moins d’en éparpiller les stocks et surtout de les vendre ! (faute de pouvoir en faire des armes chimiques, « comme en quatorze » ou en Irak, pour s’en débarrasser).

    S’ils s’intéressent réellement à l’impact génocidaire des carburants, pourquoi nos ardents zélateurs du moratoire font-ils systématiquement l’impasse sur la partie la plus largement documentée de leur sujet pour s’en tenir à des hypothèses ?

    7) Un problème systémique

    L’obsession d’une hégémonie fondée sur le contrôle des ressources énergétiques et sur l’approvisionnement en carburants a poussé les « démocraties occidentales » à oblitérer délibérément toutes les alternatives au « sacro-saintement symbolique » véhicule individuel, et aujourd’hui au transport du fret par camion. Lorsqu’on est pris dans un embouteillage et qu’on entend à la radio, à l’heure des bilans : « Le parc automobile français se porte plutôt bien et les ventes de poids lourds ont encore augmenté cette année… », on se prend à penser que ceux qui avaient conçu les métros de Londres et Paris au début du siècle dernier, puis développé nos chemins de fer, étaient pourtant partis avec succès dans une toute autre direction…

    En réalité, en évitant d’évoquer la gamme complète des alternatives à l’essence, le coût réel de l’industrie pétrolière et les causes réelles de notre surproduction de véhicules et de la surconsommation de carburants qui en découle, le débat sur les « biocarburants » élude toute remise en cause réelle de notre système dans son ensemble et de son mode de fonctionnement – c’est à dire du modèle productiviste, consumériste et capitaliste, et de l’idéologie qui le sous-tend (ou plus précisément des choix et des attitudes qu’elle implique).

    L’alternative laissée aux acteurs comme aux activistes se borne au bout du compte à rejoindre les positions du FMI – qui tient les agro-carburants pour responsables de la hausse du maïs et du soja (9 mai 2008, Les Matins de France Culture, journal de 7h) – dans la défense de l’industrie pétrolière, ou de se ranger aux côtés des lobbies céréaliers et autres partisans de l’agriculture intensive qui ont déjà massivement investi dans cette filière sur la promesse d’une importante détaxation fiscale et la garantie qu’elle resterait subventionnée, contrairement aux productions alimentaires qui doivent, à terme, renoncer aux subventions. Tout le reste est évacué… Pour autant, on ne peut pas reprocher à nos journalistes de faire leur travail en toute bonne conscience et sans plus d’états d’âmes qu’un brave petit soldat en Irak ou ailleurs. Ce qui nous donne l’impression qu’ils ne le font pas correctement, c’est que nous nous méprenons sciemment, par habitude et par peur du vide et du vertige, sur ce qu’est réellement leur travail.

    Dans un système comme le nôtre, où la prospérité industrielle est, jusqu’à l’absurde, une priorité absolue, où les Etats les plus puissants sont au-dessus du droit international, écrasent et pillent qui bon leur semble et se savent à l’abri de toute velléité de sanction, les patrons de groupes multimédias dont les profits proviennent essentiellement de la publicité et non des ventes, ne peuvent s’offrir le luxe de payer des employés à dénoncer leurs propres méthodes et celles des firmes qui les financent ou dont ils sont actionnaires. Ceux qui n’approuvent pas quittent le métier d’eux-mêmes, si seulement ils ont pu y entrer un jour.

    La fonction sociétale (le rôle dans le fonctionnement de la société) de l’industrie médiatique, dans un système comme le nôtre, n’est tout simplement pas d’informer, d’instruire ou de faire réfléchir. Elle n’est même qu’accessoirement de capter et d’orienter la réflexion pour la cristalliser sur des points de détail et la détourner de ce qui mérite réellement réflexion. Elle est avant toute chose de vendre un produit conditionné (en l’occurrence un auditoire déterminé par un créneau horaire) à des annonceurs payés sur les bénéfices de ceux dont ils promeuvent les produits et auxquels ils revendent le précieux « temps de cerveau disponible » de cet auditoire.

    Ces gens là partagent peu ou prou les mêmes idées, les mêmes valeurs et les mêmes intérêts, et lorsqu’ils ne considèrent pas la population de leur propre pays – et a fortiori celle des autres – comme un produit à vendre, ils la gèrent comme un cheptel parce que, pour des questions de différence de standing, ils estiment à juste titre n’en avoir jamais réellement fait partie. Les journalistes, eux, ne sont que des employés qui savent pertinemment de quoi il en retourne…

    L’idéologie qu’on leur demande de servir sans la remettre en cause et aux effets de laquelle ils acceptent généralement de donner, durant toute leur carrière, une allure décente et louable, se trouvait très explicitement résumée par George Kennan (2) en 1948 : « Nous avons 50 % des richesses du monde mais nous ne représentons que 6.3 % de sa population. Dans cette situation, notre véritable tâche pour la période à venir […] est de maintenir cette position de disparité [ndt : ce niveau de déséquilibre]. Pour ce faire, nous devons nous défaire de tout sentimentalisme… Nous devons cesser de parler d’objectifs aussi vagues et irréalistes que les Droits de l’Homme, l’amélioration du niveau de vie et la démocratisation, et traiter en termes de puissance brute, sans nous encombrer de slogans idéalistes sur l’altruisme et la bienfaisance mondiale ».

    1) Conférence de Bandoeng (avril 1955). Cinq puissances invitantes : l’Inde, l’Indonésie, la Birmanie, Ceylan, le Pakistan. Réunion préliminaire à Colombo, du 5 avril au 2 mai 1954, pour chercher les moyens d'accélérer la conclusion de la paix en Indochine. Le concept de non-alignement est lancé, par Nehru. Tito est déjà dans cette mouvance et soutient le mouvement.

    Vingt neuf pays se rendront à la conférence: l’Indonésie, la République Démocratique du Viêt-nam (Nord), le Cambodge, le Laos, les Philippines, la Thaïlande, la Birmanie, le Népal, Ceylan, l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Egypte, la Libye, l’Ethiopie, le Libéria, le Ghana, le Soudan, mais aussi l’Arabie Saoudite, le Yémen, la Turquie, la Chine, le Japon et la République du Viêt Nam (Sud).

    La conférence permet aux pays membres de dégager dix principes qui leur semblent devoir régir dorénavant les relations internationales. Ces principes seront ensuite repris par les pays non alignés tels de la Yougoslavie, de l’Inde et de la plupart des pays membres jusqu’au renversement de leurs dirigeants ou à leur écrasement sous les bombes.

    1. Respect des Droits de l’Homme et des principes de la Charte des Nations Unies
    2. Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les nations
    3. Reconnaissance de l’égalité de toutes les races et de l’égalité de toutes les nations, grandes ou petites
    4. Respect des principes de non-intervention et de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays
    5. Respect du droit de chaque nation à se défendre elle-même, individuellement ou collectivement, conformément à la Charte des Nations Unies
    6. (a) Interdiction de recourir à des accords de défense collective [OTAN notamment] pour servir les intérêts particuliers des Grandes Puissances, (b) Interdiction pour tout pays d’exercer des pressions sur d’autres pays
    7. Interdiction de recourir à des actes ou à des menaces d’agression, ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre pays, quel qu’il soit
    8. Règlement de tous les désaccords internationaux par des moyens pacifiques tels que la négociation, la conciliation, l’arbitrage ou le règlement juridique, ou tout autre moyen pacifique convenant aux parties en conflit, conformément à la Charte des Nations Unies
    9. Promotion des intérêts mutuels et de la coopération
    10. Respect de la justice et du droit international

    Au cours de tous les derniers conflits majeurs de dernières décennies (et littéralement depuis la fin de la dernière Guerre mondiale jusqu’à l’actuel conflit en Irak et aux récentes menaces contre l’Iran, la Syrie et le Liban, sans parler de la Palestine), il n’est pas une seule de ces règles qui n’ait pas été ouvertement violée par les Etats Unis, leurs alliés et les pays qui ne les ont pas officiellement condamnés pour violation répétée du Droit International et de la Charte des Nations Unies.

    2) Diplomate U.S. de 1933 à 1963, George Kennan (1904-2005) est nommé Directeur des Affaires Politiques du Département d’Etat en 1947. Dans le cadre du Plan Marshall et de sa politique d’endiguement du communisme, il œuvre alors à rapprocher secrètement de Washington les syndicats et partis de gauches « non stalinistes » des différents pays d’Europe, ainsi qu’au rapprochement entre les USA et les dictatures de Franco en Espagne et de Salazar au Portugal, dont le « type de gouvernement autoritaire était [à ses yeux] une saine et heureuse alternative à l’inefficace démocratie parlementaire ».

    * Dominique Arias - cet article a été repris du site un site «Pour répondre aux questions que chacun de nous se pose»

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    Les quelque 10.000 étudiants de l’unique université publique du Burundi, basée à Bujumbura, ont été chassés des différents campus par la police, au terme d’un mois de grève des cours sur fond de revendication d’une révision à la hausse de la bourse d’étude. Les étudiants ont passé tout un mois en grève pour n’avoir pas eu droit à une augmentation de 10.000 francs burundais (près de 10 dollars US) sur la bourse d’étude qu’aurait promise le ministre de l’Education nationale.?

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    Des protecteurs de l’environnement, opposés à l’exploitation de forêts maliennes par un opérateur privé chinois, ont appelé à une « Grande marche populaire », à Kita, localité à 180 km de la capitale malienne, Bamako. La manifestation est à l’initiative de la branche malienne de la « Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain » (COPAGEN). La « Société Afro Bois Mali » est accusée de « déforestation massive » dans la zone pré-guinéenne, l’une des rares parties du territoire malien encore à l’abri de la désertification.

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    Un millier de militants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba ont manifesté le 27 mai à Kinshasa pour exiger la libération de l'ex-vice-président de la République démocratique du Congo (RDC). Jean-Pierre Bemba a été arrêté samedi à Bruxelles sur mandat de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont des viols et actes de tortures, commis par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003.

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    Un groupe de fermiers zimbabwéens de race noire a déposé une requête en urgence pour s'opposer à la procédure engagée par 77 exploitants agricoles de race blanche pour faire annuler le programme de réforme agraire. Cette requête devait être examinée le 28 mai par le Tribunal de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) en charge de ce dossier.

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    La justice togolaise vient de classer une affaire de viol de mineure qui aurait été commis par le député togolais Gabriel Améyi. «Nous avons définitivement classé l'affaire sans suite pour défaut de charge et retrait de plainte », a déclaré au cours d'un point de presse le procureur de la République près le tribunal de première instance de Lomé. Il a indiqué être dans l'impossibilité totale d'avoir la version des faits qui corroborent les allégations ayant motivé cette ouverture d'enquête.

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    Le nouveau Premier ministre guinéen Ahmed Tidiane Souaré a appelé la population au calme et les soldats en colère, assurant que les principales revendications des militaires mécontents avaient été satisfaites. Des dizaines de personnes ont été blessées dans la nuit du 27 au 28 mai à Conakry par des "soldats incontrôlés", qui ont pillé des magasins en tirant en l'air et racketté des habitants de la banlieue. "Nous avons reçu plus de 20 personnes blessées par balles ", a déclaré une source à l'hôpital de Donka, le principal établissement de la capitale.

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    Le rappeur français d’origine sénégalaise Seyfu réalise la plus belle performance de la semaine côté albums, se payant le luxe, non seulement d’entrer directement N°1 de ventes, mais aussi de détrôner Madonna qui régnait en tête depuis trois semaines avec « Hard Candy ».C’est son nouvel album, « Suis-je le gardien de mon frère ? », qui en écoulant cette semaine 16 362 exemplaires réussit ce pari.

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    Le leader du Mouvement de Libération du Congo( Mlc), Jean-Pierre Bemba Gombo, aux arrêts depuis samedi 24 mai dernier à Bruxelles, est l'un des personnages de premier plan dans le paysage politique congolais. Sa prise inattendue augure, sans aucun doute, un avenir sombre pour cet acteur politique qui symbolisait un certain espoir, tant aux yeux de sa formation politique qu'à ceux de nombreux compatriotes confiants dans son combat…

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    Morgan Tsvangirai est revenu au Zimbabwe le 24 mai malgré les menaces de mort qui pèsent sur lui dans le cadre de la campagne pour le second tour de la présidentielle qui devrait se tenir en juin prochain. Victime par le passé de trois tentatives d’assassinats, il a décidé malgré tout de faire campagne sur place. Pendant ce temps, Robert Mugabe, en campagne lui aussi, multiplie les menaces à l’encontre des Occidentaux, notamment des Américains, qu’il accuse d’ingérence.

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    Les lois fixant les conditions d'admission à la fonction publique et le régime général fixant l'âge des départs à la retraite dans les secteurs privés et parapublics ont été votées adoptées le 22 mai par l'Assemblée Nationale. Ainsi tous les agents du secteur privé et parapublic ainsi que les cadres A1 et A2 de la Fonction publique, sont admis à la retraite à l'âge de 60 ans.

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    A l’heure où la gouvernance du Zimbabwe est incertaine, les violences post-électorales échappent à tout contrôle, se propageant à travers le pays, et les associations de défense des droits humains et les cellules de réflexion ont averti qu’un coup d’Etat militaire pourrait avoir lieu, que la loi martiale pourrait être appliquée, ou qu’une guerre civile pourrait même éclater. L’espoir de voir le deuxième tour d’un scrutin présidentiel contesté aboutir à une réconciliation s’envole peu à peu, et de plus en plus d’appels sont lancés en faveur d’une intervention panafricaine.

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    Le 20 mai, le président Lansana Conté a démis de ses fonctions son Premier ministre Lansana Kouyaté, soutenu par la communauté internationale, nommant à sa place Ahmed Tidjane Souaré, son allié de longue date. Cette mesure fait craindre une nouvelle tourmente politique et sociale. Son annonce à la télévision publique a occasionné des troubles et des manifestations à Kankan, une ville de l'est guinéen essentiellement peuplée par les membres de l'ethnie de M. Kouyaté.

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    Le ministre ivoirien de la Fonction publique et de l'Emploi a mis un terme aux dissensions nées de sa récente décision de recruter dans la Fonction publique quelque 300 personnes handicapées. La tension s’est apaisée avec la décision prise d’impliquer la Fédération pour la promotion des associations des handicapés (FAHCI) dans le processus. Son président se plaignait d'avoir été écartée de cette opération de recrutement que son organisation a toujours pilotée par le passé.

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    CHRONIQUE : Centrafrique : Stratégie française et enjeux régionaux.
    COMMENTAIRES ET ANALYSES : Niger : Les signes d’une crise humanitaire en marge du conflit armé au Nord.
    ZIMBABWE : La terreur contre les partisans de Tsvangirai.
    MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : L’Union africaine invite le Tchad et le Soudan au dialogue.
    DROITS HUMAINS : Bénin : Les héritiers légitimes spoliés malgré les codes en vigueur.
    REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique du Sud : Les immigrants fuient devant les violences xénophobes mortelles.
    ELECTIONS & GOUVERNANCE : Guinée : Le Premier ministre limogé par le président Conté.
    CORRUPTION : Cameroun : Le chef de la police des frontières limogé.
    DEVELOPPEMENT : Afrique : La France veut renforcer sa présence économique.
    SANTE ET VIH/SIDA : Burundi : Un permis de conduire anti-sida divise les routiers.
    EDUCATION : Maroc : Un mort dans la répression d’un mouvement étudiant.
    LGBTI : Ouganda : HRW dénonce les discriminations contre les homosexuels.
    ENVIRONNEMENT : Sénégal : Une centaine de baleines échouent sur la plage.
    MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Sénégal : La sécurité des journalistes en question pour les élections.
    CONFLITS ET URGENCES : Burundi : Reprise de la mise en application du cessez-le-feu.
    COLLECTE DE FONDS & RESSOURCES UTILES : Bénin : Recherche d’Ong partenaire au Bouthan.

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    Le nouveau secrétaire d'Etat français à la Coopération affirme vouloir renforcer la présence économique française en Afrique face à des concurrents comme la Chine. "Je veux rectifier le tir en ce qui concerne notre développement économique en Afrique. La France ne peut pas seulement être un pays qui se bat pour défendre des valeurs, quand ce sont les autres qui récupèrent les marchés", déclare Alain Joyandet.

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  • Noyé dans le fourre-tout de l’agenda présidentiel du 19 novembre 2007, un rendez-vous eut lieu à l’Elysée entre MM. Nicolas Sarkozy et François Bozizé, président de la République centrafricaine (RCA). La discrétion et la brièveté (dix-sept minutes) de l’entrevue trahissent une certaine gêne. En effet, la RCA est loin d’être un pays anodin pour la France. L’indépendance, en 1960, de l’ancienne colonie, saignée pendant des décennies, n’a jamais mis fin à l’emprise politique et militaire de Paris. Mais alors, pourquoi cette rencontre au sommet accordée précipitamment et en catimini ? C’est que, ces derniers mois, un fossé s’est ouvert entre la France et la RCA.

    L’année 2007 avait débuté dans la continuité des relations traditionnelles entre les deux pays. Au printemps, Birao, la principale ville de la Vakaga, lointaine région du Nord-Est, aux frontières du Tchad et du Darfour soudanais, fut brièvement extirpée de l’oubli du monde. Une attention plus que relative, il est vrai. La France vivait alors en pleine campagne électorale, et les médias ne furent pas nombreux à s’interroger sur le rôle exact des militaires français dans cette région hautement stratégique. Pourtant, le 4 mars, pour la première fois depuis Kolwezi en 1978, une opération aéroportée française de combat s’est déroulée à Birao, attaquée depuis la veille par l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR).

    Créé en septembre 2006, ce nouveau mouvement provient de la coalition de trois groupes armés, mêlant d’ex-compagnons déçus de M. Bozizé, quelques officiers de l’ancien président Ange-Félix Patassé et des soldats en désespérance de paie. La rébellion centrafricaine est hétérogène ; les mouvements oscillent entre contestation politique pro-Patassé et dérive criminelle. Mais, pour expliquer l’attaque du 4 mars 2007, il faut remonter à novembre 2006, lorsque, avec une cinquantaine d’hommes, cette jeune rébellion s’empare une première fois de Birao et d’autres localités du Nord-Est (Sam Ouandja, Ouanda Djallé, etc.).

    Un mois sera nécessaire pour qu’une opération des forces armées centrafricaines (FACA), largement épaulées par les soldats français de Bangui et les Mirage F1 venus de N’Djamena, parvienne à repousser les rebelles vers le Tchad et le Soudan. La tension est très vive. Pourtant, un premier accord est signé en février 2007 à Syrte (Libye), entre le président Bozizé et M. Abdoulaye Miskine (3), au nom de l’UFDR. Mais, sur le terrain, ce compromis est aussitôt dénoncé par les rebelles qu’emmène un nouveau chef, M. Damane Zacharia.

    Des soldats hors de tout contrôle

    Ce dernier, nommé « général », annonce début mars 2007 une seconde attaque sur Birao. Il déclare même vouloir « s’en prendre aux Français », dont l’interposition lui paraît « une ingérence dans les affaires nationales ». En effet, depuis novembre 2006, la France entretient un détachement d’assistance opérationnelle (DAO), petite garnison de dix-huit hommes (4), à Birao. La nuit du 3 mars, ces soldats subissent une attaque à la mitrailleuse lourde.

    Venus du Tchad, deux Mirage F1 ont vite fait de détruire les pick-up des assaillants. Mais, la nuit suivante, une cinquantaine de parachutistes du 3e RPIMa (Régiment parachutiste d’infanterie de marine), aéroportés depuis Bangui, sont largués sur un aérodrome, à douze kilomètres de Birao, pour préparer un « poser d’assaut » d’avions Transall et Hercules acheminant des troupes centrafricaines et une centaine de légionnaires. Ainsi appuyés et sécurisés par la logistique française, les FACA peuvent rapidement reprendre la ville et les localités voisines.

    C’est Bangui que visait M. Zakaria et, sans l’aide de Paris, le pouvoir du président Bozizé aurait pu basculer. Car les combats centrafricains restent à l’image du pays : des luttes de pauvres. Il est probable que l’UFDR n’a jamais aligné plus de cinq cents vrais combattants, tandis que l’armée nationale n’est composée, elle, que de cinq mille hommes, dont moins de deux mille combattants. Pour un territoire grand comme la France, cela fait peu.

    Après la bataille de mars, Birao se retrouve en ruine : 70 % des maisons sont brûlées et pillées. Il n’y a que très peu de victimes civiles puisque la totalité des habitants se sont réfugiés dans la brousse. Toutefois, juste avant la saison des pluies, ce sont les réserves de mil qui, avec les maisons, sont parties en fumée, annonçant une disette certaine pour une population très pauvre, totalement dépendante de sa maigre production agricole.

    Si chaque partie se rejette la faute, il apparaît que les FACA, certaines de l’emporter, ont une large responsabilité dans le sac de la ville. Dans cette région oubliée d’un pays oublié, une fois encore l’armée nationale s’est distinguée contre sa propre population. Car, en Centrafrique, les soldats semblent hors de tout contrôle. La terreur que l’armée inspire déjà dans le nord-ouest du pays est un facteur majeur d’insécurité. En particulier, par l’entremise de la seule unité combattante présente sur tous les fronts : la redoutée garde présidentielle– formée des ex-« libérateurs » venus du Tchad soutenir le coup d’Etat de M. Bozizé en 2003.

    Massacres, viols, tortures, pillages... Au nom de leur lutte contre l’Armée populaire pour la restauration de la république et de la démocratie (APRD), la seconde rébellion du pays, les soldats de la garde présidentielle se sont livrés en toute impunité à d’innombrables exactions contre la population civile. L’activité des FACA (formées par la France) dans la région est à l’origine de vastes mouvements de population (deux cent mille déplacés dans le Nord-Ouest) (7).

    Il est certain que Paris ne gagnerait rien à trop ébruiter son implication militaire en RCA. Mais les FACA sont devenues un allié douteux. En témoignent les quelques injonctions de l’été formulées par le Quai d’Orsay, encourageant Bangui à rétablir « le lien de confiance entre la population et son armée ». Début novembre 2007, le président Bozizé lui-même reconnaît les exactions et prend des sanctions symboliques. Il invite les mouvements rebelles à un dialogue politique. Leurs revendications, soutenues notamment par le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) de l’ancien premier ministre Martin Ziguélé, portent sur son élection contestée en 2005, sur les exactions de l’armée et sur la gestion chaotique des réformes économiques.

    La France ne semble pourtant pas prête à lâcher son ex-colonie. En vertu d’un accord de défense signé dès 1960, elle doit intervenir en cas d’agression extérieure. Il se trouve que les rébellions actuelles sont strictement endogènes – et non pas orchestrées par Khartoum, comme cela a parfois été suggéré par des sources officielles. Mais la présence française dans la région a acquis au cours des années un caractère « naturel » qui fait taire tout questionnement. Et l’opération militaire de mars n’est que le symptôme d’un problème beaucoup plus vaste.

    Mutineries et trafics

    Après une colonisation sanglante de l’Oubangui-Chari – la première ville « française », Bangui, fut fondée en 1889 –, l’indépendance n’a jamais mis fin à la tutelle française, faisant de la Centrafrique une espèce de cas d’école de ce qu’on appelle la « Françafrique ». Depuis la mort « opportune » du fondateur de la république, Barthélemy Boganda, que ce soit avec David Dacko, deux fois imposé puis déposé, Jean Bédel Bokassa, autoproclamé empereur et renversé par l’opération française « Barracuda », M. André Kolingba, qui instaura un régime militaire, M. Patassé, premier chef d’Etat élu « démocratiquement », et enfin M. Bozizé, la France a systématiquement contrôlé le pouvoir, plaçant, pour parfois ensuite les destituer, ses protégés.

    Si, à l’occasion d’une réforme de la coopération, les deux bases permanentes de Bouar et de Bangui furent fermées en 1998 – à l’issue des « mutineries » de 1996 au cours desquelles les soldats français firent la loi dans la capitale centrafricaine –, l’opération « Boali » repositionna dès 2002 une garnison opérationnelle formée en partie de « spécialistes » du commandement des opérations spéciales (COS). Autre illustration de la constance tricolore : depuis 2003, un officier français, le général Henri-Alain Guillou, est conseiller militaire de la présidence, tandis qu’une soixantaine d’autres coopérants sont placés dans les ministères.

    Car il existe une réalité géographique : même si la RCA paraît encore relativement « épargnée » par la prédation industrielle organisée dans les pays voisins, sa position, au centre du continent, reste stratégique et relève des objectifs traditionnels de la politique française en Afrique (diplomatique et... affairiste). Discrètement, la Centrafrique est devenue, au cours de ces cinquante ans, le pays de tous les trafics. Sa déliquescence entretenue a favorisé l’extraction de pierres, de minerais et l’exportation d’ivoire hors de tout contrôle. En 1979, l’affaire des diamants n’a constitué qu’une toute petite évocation de l’énorme fuite d’or et de diamants orchestrée par divers entrepreneurs hexagonaux. Il en est de même pour les marchés du bois et de l’hévéa, concédés à des individus en mal d’aventures tropicales, généralement français. Les régimes Kolingba (1982-1993) et Patassé (1993-2003) s’inscriront dans la même logique de « comptoir ».

    La présence militaire française, quasi continue depuis l’indépendance, tient à la fois de la tutelle politique et du rôle global qu’entend jouer Paris dans l’ensemble de la sous-région. Le moindre n’étant pas la capacité de projection et de surveillance des pays voisins. A cela s’ajoute que l’Afrique est un terrain d’exercice apprécié des soldats français. Les combats y tournent toujours à leur avantage du fait de leur supériorité militaire et technologique, la guerre n’y ayant pas encore pris la tournure terroriste affrontée au Proche-Orient. Ainsi, on aurait tort de négliger le rôle de l’état-major des armées dans nombre de décisions de politique africaine, comme l’ont prouvé les drames du Rwanda ou de la Côte d’Ivoire.

    Dans ce système, les médias de l’Hexagone tiennent eux aussi leur place : le 14 juillet 2007, la chaîne de télévision publique France 2 diffusa l’un des rares reportages sur la RCA, tout entier à la gloire des militaires français de Birao. Pas une fois il ne fut fait allusion aux raisons de la présence française, aux revendications de la rébellion, ni même à l’état du pays, encore moins aux exactions des FACA.

    Il est vrai qu’en RCA on ne trouve pas trace d’une guerre totale, porteuse d’une crise humanitaire majeure capable de susciter un émoi international. Mais c’est bien dans cette médiocrité sur l’échelle des tragédies mondiales que se joue le drame. Car, en silence, le pays souffre d’un mal de basse intensité : son extrême pauvreté. Tous les indicateurs de développement humain sont au rouge, plaçant la Centrafrique au rang de cinquième pays le plus pauvre du monde. De plus, l’Etat, devenu quasiment fantôme en dehors de la capitale, ne dispense guère d’aide et d’assistance à une population livrée à elle-même. Au mois de janvier 2008, les fonctionnaires déclenchèrent une grève générale afin d’obtenir le paiement de sept mois d’arriérés de salaires. Le 18 janvier, le Premier ministre démissionnait. Depuis 1960, la RCA a été maintenue sous le joug de dirigeants d’abord choisis pour leur docilité. Le pays s’est retrouvé exsangue, ceci justifiant l’« aide » accordée – militaire, économique, politique.

    Pourtant, le président Bozizé a commencé à prendre quelques libertés avec son protecteur historique. En avril 2007, le gouvernement a nationalisé sans préavis le secteur pétrolier, excluant brutalement Total, jusque-là actionnaire majoritaire de la Sogal, société de gestion des hydrocarbures. Autre signe : la nomination en juillet du neveu du président, M. Sylvain Ndountingaye, déjà ministre des Mines, au poste de l’économie, contre l’avis de M. Nicolas Sarkozy et de la Banque mondiale. De même, les exigeantes conditions financières imposées à Areva, récent acquéreur d’Uramin, ex-concessionnaire canadien de l’uranium centrafricain, pour l’exploitation de la mine de Bakouma. Enfin, il y a eu la visite du président Bozizé à son homologue soudanais, M. Omar Al-Bachir, à Khartoum, le 27 août, malgré le veto de l’Elysée. Des actes directement dirigés contre Paris.

    Dans le même temps, en raison de ses liens avec le régime et les FACA, la France voit se dessiner le spectre d’une nouvelle accusation de « complicité avec un régime criminel ». Malgré quelques gestes d’ouverture politique, la RCA est encore loin du compte puisque les officiers accusés de crime ont simplement été écartés. De même, le dialogue national annoncé n’est pour l’instant qu’une promesse. Si l’accalmie est le fruit de pressions diplomatiques, Paris s’est bien gardé d’un geste fort, le seul capable de mettre à mal cette complicité : retirer ses troupes. Seuls quelques conseillers militaires ont quitté Bangui cet été. Mais, dans les couloirs du palais présidentiel, circulent désormais des diplomates sud-africains. Un accord secret a été signé en mars avec le président Thabo Mbeki venu discrètement à Bangui ; l’un de ses premiers résultats a été la reprise en main de la garde présidentielle par une trentaine d’instructeurs de Pretoria... La partie engagée est donc claire : après tout, s’il y a plusieurs prétendants à la tutelle sur la RCA, les prix montent...

    La fronde centrafricaine n’est pas isolée. En effet, en des termes différents, le président tchadien Idriss Déby Itno a manifesté une relative indépendance vis-à-vis de Paris lors de l’affaire de L’Arche de Zoé. De même, le président nigérien Mamadou Tandja se tourne-t-il vers d’autres partenaires économiques. Dans ce contexte, la traditionnelle coopération bilatérale, les accords militaires, les réseaux politiques français apparaissent désuets. D’où, peut-être, l’insistance de la France à mettre en place l’Eufor, qui va doubler la présence de soldats français dans les zones stratégiques de l’axe Tchad-RCA. Or le mandat de la mission n’éclaircit pas le rôle futur d’« Epervier » et de l’opération « Boali », une confusion restant largement possible.

    Mais, en 2007, la seule présence militaire ne suffit plus à garantir la prééminence française. C’est ce que peuvent méditer parachutistes et légionnaires en armes lorsque, sillonnant quotidiennement Bangui, ils passent devant les ruines du palais omnisports dans lequel Bokassa fut couronné empereur. Ce bâtiment, cadeau de la France giscardienne, s’effondre un peu plus chaque jour, tandis qu’à quarante mètres s’élève désormais le plus bel édifice de la ville : un stade flambant neuf de trente mille places. Don de la Chine.

    Vincent Munié est administrateur de Survie-France.

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