Les 8 et 9 décembre 2007, les chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe et d'Afrique se sont retrouvés à Lisbonne, pour un sommet. C'était le deuxième du genre, après la première rencontre tenue au Caire, en 2000. L'objectif était de définir uen «nouvelle stratégie conjointe» de partenariat. Les sept années qui ont passé entre les deux rendez-vous ont bouleversé le cadre des relations internationales et inscrit les relations euro-africaines dans un nouveau contexte. La dimension sécuritaire qui a marqué le monde avec le 11 Septembre a fait place à d'autres préoccupations. Mais il y a surtout que l'Afrique est devenue, entre temps, le continent de tous les enjeux, de tous les «appétits». De nouveaux partenaires se sont signalés, qui ont commencé à profiter des lacunes du partenariat Europe-Afrique.
Le «vieux continent», qui s'est longtemps appuyé sur les privilèges liés à l'héritage continental, doit faire face aujourd'hui aux offensives de la Chine, de l’Inde, du Brésil, etc. Des pays qui s'affirment sur la scène mondiale et qui offrent de nouveaux cadres de coopération plus favorables pour l'Afrique. Entre autres exemples, Pékin importe 32% de ses besoins d'hydrocarbures d'Afrique et a investi 16 milliards de dollars dans ce secteur, sur le continent.
La rencontre de Lisbonne est donc arrivée à un moment où l'Europe peine dans ses relations avec l'Afrique. La plupart des pays africains rejettent les Accords de partenariat économique que l'Union européenne veut leur faire signer avant la fin de l'année 2007. Des accords qu'ils jugent inéquitables et dangereux, à terme, pour les économies africaines. Cette question n'était pas prévue à l'agenda des discussions, mais son actualité l'a imposée. Pour le reste, il s'agissait de se pencher sur les questions liées aux changements climatiques et aux migrations, à côté de l'agenda traditionnel portant sur la bonne gouvernance, la paix et la sécurité.
Avec ce 2e sommet Europe-Union africaine, auquel ont participé les chefs d'Etat et de gouvernement des 52 membres de l’Union africaine, en plus du Maroc, ou leurs représentants, face aux 27 Etats-membres de l’Union européenne, ou leurs représentants, il était question de définir des orientations à la coopération future. Pour le président de la Commission africaine, Alpha Oumar Konaré, qui a prononcé un discours lors de la cérémonie d'ouverture de ce sommet, cette coopération doit se faire sur la base de la compréhension, du respect mutuel et de la sauvegarde des intérêts réciproques. Son allocution faisait écho à celles du Premier ministre portugais, José Socrates, du président de la Commission européenne, M. Jose Manuel Barrosso, du président de l'Union africaine, M. John Kuffour, entre autres.
Pambazuka News vous propose le discours par M. Konaré à cette occasion.
Lisbonne a aussi servi de cadre, les 8 et 9 décembre, à un «contre sommet» organisé par les organisations de la société civile pour manifester leur «opposition et résistance aux politiques néolibérales que les gouvernements européens et africains mettent en œuvre dans nos pays, et dont ils veulent faire le cadre structurant du « Partenariat stratégique Afrique-UE.» Vous pouvez lire leur déclaration finale dans la rubrique «Plaidoyer et campagne».
* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l'édition française de Pambazuka News
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NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : 21 000 immigrés expulsés de France
PLAIDOYERS ET CAMPAGNE : Global : La société civile marque son opposition aux APETagged under Gouvernance(…) Vous me permettrez de m'adresser à nos très chers voisins (Ndlr : les Européens), et de leur dire que le grand regret que nous avons eu pendant 7 ans, depuis l'an 2000, depuis le rendez-vous pris au Caire, de ne nous être pas revus, comme prévu, est compensé aujourd'hui par la satisfaction des retrouvailles, par aussi la présence de tous les pays concernés. (…) Tout un chacun comprendra que, tout en restant fidèle à ses principes, il ne s'agit pas pour l'Afrique de mimer les autres mais d'agir selon ses cultures, son histoire et à sa façon. L'Afrique entend aujourd'hui élaborer elle-même son agenda, assurer son développement d'abord sur des bases endogènes et non dans des logiques de rattrapage qui ne nous permettront jamais de satisfaire les besoins de nos populations. C'est ce souffle qui, depuis Syrte 1999, a vivifié l'Union Africaine et son programme Nepad.
L'Union Africaine est aujourd'hui une organisation d'intégration et non plus seulement une organisation de coopération comme son prédécesseur l'OUA. Organisation d'intégration dont la finalité communément acceptée est de bâtir les Etats-Unis d'Afrique, même s'il reste à en définir la stratégie, les étapes et le rythme. Pour l'Union Africaine, l'Afrique est une : de la Méditerranée et de la Mer Rouge au Cap, de l'Océan Atlantique à l'Océan Indien. L'Afrique n'est nullement seulement sub-saharienne. Elle est aussi maghrébine. Elle n'est ni noire, ni blanche. Elle est de toutes les couleurs. D'autre part, sans renier son héritage anglophone, francophone, hispanophone et lusophone, que nous assumons, l'Afrique doit d'abord assumer son Africanité.
Par ailleurs, pour nous, il n'y a pas les communautés économiques régionales africaines dont l'Union Africaine. Il y a l'Union Africaine et les Communautés Economiques Régionales. Il est important, surtout en ces temps de négociations des Accords de Partenariat Economique (APE), d'éviter d'utiliser des schémas d'une autre époque, contraires aux choix légitimes africains, d'entamer des négociations isolées pouvant opposer les régions africaines les unes aux autres ou des pays au sein de la même région. Aucun pays africain seul ne peut s'en sortir sans les autres. Le sort des mieux pourvus est intimement lié à celui des moins pourvus.
Il est aussi important d'être à l'écoute des sociétés civiles africaines, des privés africains, de la diaspora africaine, partie intégrante de l'Afrique. Sinon, au bout de ce forcing, ce sera une victoire certes, mais une «victoire à la pyrrhus» fondée sur les divisions, aux coûts dramatiques pour les populations rurales africaines et les industriels africains. Les échanges commerciaux n'ont de sens que quand il y a réciprocité et qu'ils conduisent à un véritable développement.
Nous savons que l'évaluation actuelle des accords antérieurs ne plaide ni pour cette accélération (Ndlr : dans la signature des Accords de partenariat économique) ni pour un rythme à deux ou plusieurs temps. Tant de questions attendent des réponses. La réussite repose sur la confiance et la solidarité et commande de prendre le temps nécessaire pour conclure des accords justes et rassurants. Ne nous risquons pas à ouvrir en fait la voie à un choix de société non annoncé, non discuté, non convenu. Sinon, soyons alors sûrs que les remises en cause ne tarderont pas parce que de plus en plus les populations africaines refuseront de subir.
Personne ne nous fera croire que nous n'avons pas le droit de protéger notre appareil économique.
Très chers voisins, Il est temps aujourd'hui pour l'Afrique d'enterrer définitivement le pacte colonial, de sortir des logiques de l'économie de traite et de comptoir : de ne plus être simplement exportatrice de ressources naturelles brutes, de ne plus accepter d'être simplement un marché d'écoulement de produits finis importés. Il est temps pour l'Afrique de sortir des logiques de détérioration des termes de l'échange pour obtenir des prix justes et constants, et asseoir ainsi durablement la croissance perçue ces dernières années, croissance encore très fragile. Ce sont là les objectifs que nous visons en engageant une politique de partenariat pluriel stratégique et non plus exclusif sur des bases durables et dans une logique de «gagnant - gagnant».
Croyez-moi que l'Afrique ne saurait être ni une chasse gardée, ni un nouveau territoire à conquérir. Un tel partenariat pluriel et stratégique se passera bien d'intermédiaire et de tuteur parce que direct et volontaire.
Depuis bientôt deux ans, de nombreuses rencontres ont été organisées ou sont projetées :- Novembre 2006 : Sommet Chine - Afrique à Pékin en Chine
- Décembre 2006 : Sommet Amérique du Sud - Afrique à Abuja au Nigeria
- Juillet 2007: Rencontre au Sommet entre la direction de l'Organisation des Etats Américains et la Commission de l'Union Africaine à Washington. aux Etats-Unis
- Novembre 2007: Réunion ministérielle préparatoire du Sommet de la Diaspora Africaine à Johannesburg en Afrique du Sud
- Avril 2008 : Sommet Inde - Afrique à New Delhi en Inde
- Mai 2008 : Quatrième TICAD Japon - Afrique à Tokyo au Japon 2éme Semestre 2008 : Sommet Turquie - Afrique à Istanbul en Turquie
- Deuxième Sommet Amérique du Sud - Afrique à Caracas au VenezuelaEn projet, les dates restant à déterminer:
- Le 2éme Sommet Afrique - Pays Arabes Sommet Russie – Afrique
- Sommet Iran - Afrique Sommet Pays de l'ASEAN – Afrique
- Sommet Océanie - AfriqueAvec tous ces partenaires sus-cités, nous entendons aussi développer de véritables politiques de co-voisinage, indispensable, les mers et les océans servant de voies de passage, de rencontres et d'échanges
- entre les pays de l'Océan Indien
- entre les pays de l'Atlantique sud
- à travers la Mer Rouge, la fraternité Afro-arabe (les 2/3 des Arabes dans le monde étant aujourd'hui des Africains)
- à travers la Méditerranée, entre les pays de la Méditerranée nord en Europe et les pays de la Méditerranée sud en Afrique, mais au delà des pays du Maghreb : plus que le 5+5, tout le monde en convient, mais pas le 5+5=32 (incluant seulement les pays européens), sûrement le 5+5 = 83 (les pays européens et africains inclus), pour cogiter le titre d'un livre récent, dans la perspective d'un champ Afrique-Europe.Il est important aussi pour nous de mener le débat sur la reforme du système des Nations Unies pour tenir compte de la réalité actuelle du monde (près de 192 Etats aujourd'hui), du besoin de plus de démocratie et de plus de justice notamment au sein du Conseil de Sécurité où l'Afrique est le seul continent ne bénéficiant pas de siège permanent. Cette reforme du système des Nations Unies doit concerner aussi les Institutions de Bretton Woods. L'avis de ces institutions doit-il prendre le pas sur les accords que nous concluons, comme c'est le cas maintenant ?
Avec l'Union Européenne, nous pouvons avoir un partenariat singulier de par l'Histoire et par la géographie. Cette Union Européenne, si exemplaire par son sens du droit, par la paix et par la bonne gouvernance, par le sens de la solidarité qui sont devenus les éléments moteurs de son développement, cette Europe pourra nous apporter beaucoup pour faire face aux nombreux défis qui nous assaillent: D'abord le défi de la paix.
Paix enfin au Darfour, en Somalie où la responsabilité première africaine est engagée et où l’exigene de dialogue et de compromis s’impose dans l’urgence. Au Darfour, il nous faut déployer sans de nouvelles pertes de temps l’opération hybride et réussir les négocations de Syrte. Il est indispensable et il importe que des moyens de l’opération, surtout les moyens aériens, soient renforcés et qu’un message unanime sans complaisance appelle tous les responsables des mouvements rebelles à rejoindre la table des négociations.
En Somalie, il s’agit de renforcer la présence des forces africaines pour faciliter le dialogue inter-somalien car la sécurité en Somalie ne pourra être assurée durablement que par les Somaliens eux-mêmes. En RD Congo, force foit rester à l’autorité de l’Etat et à l’Etat de droit et à l’exigence de désarmer les forces génocidaires.
Aux Comores, à Anjouan, l’autorité de l’Etat et l’Etat de droit doivent s’imposer enfin, ou doivent être imposes.
Au Tchad, il nous faut condamner les aggressions armies contre ce pays et appeler les parties au respect des accords de Tripoli du 25 octobre 2007.
Sur tous ces terrains, les auteurs de violence sur les femmes et les recruteurs d’enfants soldats doivent répondre de leurs actes.
Un autre grand défi :
- celui de la protection de l’environnement pour conjurer les effets du réchauffement climatique, les effets de la deforestation nommant au niveau du bassin du fleuve Congo (800 000 ha de forets détruits chaque année sur 200 millions d’ha);
- la crise de l’eau en perspective, porteuse de graves conflits
- le défi de la lutte contre la faim qui concerne aussi près de 40% de la population.Nous devons engager ensemble, outré la luttre contre le terrorisme, la lutte contre les mercenaries, surtout ceux-là, de plus en plus nombreux, qui accaparent les ressources naturelles, la lutte contre les mafias de la drogue, de l’immigration clandestine, du commerce des armes légères et de petit calibre, du trafic des personnes, particulièrement des enfants.
Nous devons continuer à honorer les engagements dans la lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, maladies qui tuent nettement plus que toutes les guerres réunies. Nous devons faire de la réalisation des infrastructures (routes, chemins de fer, transport aérien, énergie) et des nouvelles technologies de l'information (pour combler et dépasser le fossé de la fracture numérique) un axe prioritaire si nous voulons d'un marché régional africain, seule condition pour permettre à l'Afrique, dans des conditions d'égalité, d'avoir accès aux marchés extérieurs.
Exigence de devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l'apartheid, du génocide rwandais non pas pour polémiquer, non pas pour un quelconque chantage ou repentance dans un sens d'humiliation mais pour ouvrir, en toute responsabilité et en toute conscience, les voies de l'avenir. Il nous faut admettre la réalité et reconnaître la vérité de ces drames pour éviter tout oubli, toute falsification de l'histoire pour que les victimes ne deviennent les coupables et que les faits se répètent. Nous pouvons et devons tourner des pages mais jamais les déchirer.
De même, nous interpelle le défi d'assumer notre diversité culturelle pour en faire le fondement de notre partenariat, pour améliorer les services combien importants de base que sont l'Education et la Santé, pour nourrir de vrais dialogues et, par la gestion de cette diversité culturelle, mieux gérer les échanges humains dont l'immigration, l'immigration qui n'est pas conjoncturelle, qui est la résultante d'un non développement, d'un mal développement et de rapports inégalitaires.
Au delà de simples mesures sécuritaires pour gérer les problèmes combien complexes et difficiles d'immigration, il faut plus de transparence, plus d'implication des populations, plus de justice et de solidarité, plus de concertation et d'actions d'ensemble, d'actions coordonnées. Il faut aussi une approche globale de la question.
Que nul n'oublie Ceuta, Melilla, les Canaries, Lampedusa, Bossasso ! Que nu! ne refuse d'entendre cet appel de la jeunesse africaine qui refuse d'abdiquer.
Un des grands défis demeure aussi et toujours la lutte contre la pauvreté, pauvreté porteuse de violences. La lutte contre la pauvreté signifie d'abord création de richesses, mobilisation de ressources. Il nous faut repenser les sources de financement, revoir les sources de financement alternatif et se poser enfin le principe de l'annulation totale de la dette et du service de la dette. Ce, au moment où les engagements concernant l'augmentation de l'aide publique au développement ne seront pas tenus.Ces défis sont immenses, mais ils ne sont pas au dessus de notre détermination à les relever et de l'urgence à les dominer dans notre intérêt commun. Nous n'entendons pas jouer la carte de l'Afrique risque pour susciter des soutiens, même si ces risques peuvent exister. Nous jouons la carte de l'Afrique comme opportunité. L'Afrique n'a pas besoin de charité, ni de paternalisme. L'Afrique n'a plus le droit de tout attendre de promesses souvent non tenues. L'Afrique ne doit pas tendre la main.
Les causes de notre mal sont connues et elles ne constituent pas une fatalité. Personne ne règlera durablement et dignement nos problèmes à notre place. L'Afrique entend compter sur elle-même et développer un véritable partenariat «donnant-donnant», «gagnant gagnant». L'Afrique a surtout besoin aujourd'hui de bonne gouvernance, de justice et de solidarité.
Dans la vision d'un monde multipolaire, la mondialisation ne saurait être unilatérale et fondée sur la seule logique des marchés. Nous devons, entre partenaires, mettre en place des mécanismes de suivi, d'évaluation des engagements pris. L'Afrique doit tenir sa place et « jouer le jeu ».
Oui, jouer le jeu, car jouer le jeu en ces temps de mondialisation est incontournable. Je l'ai proclamé devant plus de 4000 participants au cours de l'Université d'été du Patronat français (le MEDEF) à laquelle j'ai été convié en octobre dernier. Nous entendons être parmi les gagnants mais pas sur la base des mêmes règles anciennes conçues dans un esprit non coopératif, non égalitaire.
Alors, quel jeu? Alors, quelles nouvelles règles ? Connues de tous ? Acceptées par tous ? Bâtissons-les ensemble !
Nous Africains, nous avons tous les atouts pour réussir avec nos grandes ressources pour être parmi les gagnants surtout si nous sommes bien préparés et plus en équipe :
- avec les plus grandes réserves minières de la planète
- avec plus de 15% des terres arables
- avec le deuxième poumon du monde
- avec 1/3 du capital hydroélectrique utilisable
- avec le plus grand patrimoine linguistique du monde : plus de 1500 langues parlées au sein de près de 850 sociétés
- avec la deuxième superficie du monde : 30 millions 300.000 kilomètres carrés, soit 6 fois le territoire de l'Union Européenne, 3 fois la superficie de la Chine
- avec enfin, vers 2050, la troisième puissance démographique du monde : près de 1.700 millions d'habitants, dont plus d'un milliard de personnes qui auront moins de 15 ans.L'Afrique pourrait être ainsi le plus grand chantier du monde, le marché le plus jeune et le plus grand du monde. C'est cette autre Afrique et la grande Europe qui aideront à bâtir cet autre monde, terre d'humanité. Cette terre où d'autres peuples ont besoin de nous sentir plus proches et plus engagés à leurs côtés. Je pense aujourd'hui plus particulièrement au peuple du Bengladesh dans sa détresse, au peuple de Palestine et à tous les autres peuples du monde.
* Alpha Oumar Konaré est président de la Commission de l’Union africaine.
* Ce texte est un discours prononcé le 8 décembre 2007, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du 2e Sommet Europe-Union Africaine organisé à Lisbonne (Portugal)
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Tagged under GouvernanceLe Kenya a accumulé de nombreuses affaires de crimes économiques qui sont restées non abordées pendant des décennies. Les premières tentatives pour le faire, menées par le gouvernement Kibaki, sous la direction de John Githongo, furent les plus sérieuses jusqu’à présent. Cependant, comme on le sait bien, elles se sont effondrées et Githongo est en exil jusqu’à ce jour. Le débat sur cette question continue d’être à l’ordre du jour et a toujours été un aspect important des campagnes électorales en cours. The Africa Centre for Open Governance (AfriCOG), une initiative de la société civile qui met l’accent sur la lutte contre la corruption et la gouvernance, a commissionné une enquête afin de trouver ce que les Kenyans pensent à propos de la haute corruption et ce qu’ils souhaitent qu’on fasse en la matière.
Les candidates à la présidence ont fait diverses déclarations sur la façon dont ils comptent aborder le crime économique du passé. Kalonzo Musyoka promeut la position consistant à « pardonner et oublier » sans condition. Raila Odinga a promis, à un certain moment, une action radicale et, à d’autres moments, il a offert la possibilité de pardon après la restitution des richesses volées. Mwai Kibaki a, en général, gardé une bonne distance des discussions au sujet de la corruption et préféré insister sur les réalisations de son régime.
Les réponses reçues lors de l’enquête ont clarifié que les Kenyans ne soutiennent pas les notions de « pardon et oubli ». Leurs avis sur cette question sont si forts qu’il serait difficile aux politiciens de faire admettre aux Kenyans un accord négocié en coulisse, s’il y avait lieu d’en examiner les possibilités.
L’enquête révèle que les Kenyans considèrent la corruption comme une question de préoccupation majeure. Quelque 89% d’entre eux classent la corruption comme une préoccupation prioritaire au niveau national ; 97% pensent que la corruption est un « grand » ou un « très grand » problème. Tous les groupes d’âge s’en préoccupent, mais chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, 94% identifiant la corruption comme la principale question qui les dérange.
Confirmant la nature endémique de la corruption, 85 % ont indiqué dans leurs réponses que soit eux-mêmes ou un membre de leur foyer avait connu la corruption. En dépit du travail fait par les nombreuses institutions au cours des quelques dernières années pour réduire leur problème de corruption, les personnes qui ont répondu ont indiqué qu’elles la rencontrent dans leurs interactions avec la police, les autorités locales, l’immigration, le domaine judiciaire et le Commissaire aux Terres.
Une position montrant que l’habileté du gouvernement à communiquer sur la question se trouve en dessous de la moyenne, s’affiche à travers les 25% de Kenyans qui, en fin 2007, ne sont toujours pas informés des efforts officiels pour s’attaquer à la corruption. Ironie de la situation : seuls 13% de Kenyans ont spontanément indiqué avoir connaissance de la Campagne Nationale de Lutte contre la Corruption, qui a la responsabilité de véhiculer le message anti-corruption dans tous les coins du pays, et qui reçoit généreusement des indemnités pour faire ce travail.
Alors que seulement 23% avaient connaissance des efforts institutionnels essentiels du genre, tels que ceux du Contrôleur et de l’Auditeur Général, 98% étaient informés de l’affaire louche des Frères Artur et du comité institué pour enquêter sur les événements qui les impliquent. Démontrant la futilité des efforts pour censurer voire camoufler l’information, 39% de Kenyans ont déclaré avoir connaissance du rapport Kroll commissionné par le gouvernement et qui avait émis des avis à ce sujet.
Quand on leur a demandé de faire l’évaluation de la performance des différents efforts et initiatives du gouvernement sur une échelle de 1 à 10, les Kenyans ont été intransigeants : aucun des candidats n’est allé au-delà de la moitié.
A la question de savoir ce qui devrait être fait à propos des divers crimes de corruption, les réponses des gens sont allées de la confiscation des biens à l’emprisonnement prolongé, en passant par le renvoi ou l’interdiction de servir dans la Fonction publique pour ceux qui auront été jugés coupables de corruption. Les Kenyans pensent que les richesses volées et gardées à l’étranger devraient être retournées au Kenya et qu’on devrait s’en servir dans les secteurs de la santé, de l’éducation et pour d’autres finalités de bien-être social.
Ceci montre que les Kenyans considèrent la corruption comme très coûteuse et, en que pour eux il y a un rapport étroit entre la corruption et la perte d’opportunités de développement et qu’il ne s’agit pas que de la « propagande », ou « porojo » en swahili.
Il y a eu une perception marquée du manque d ‘équité et de l’impunité dans le traitement des auteurs influents de crimes de corruption : 77% ont indiqué qu’il y a des vaches sacrées, ou des « intouchables » au Kenya. Des commentaires tels que « la justice n’a pas prévalu puisque la plupart de ceux qui ont été nommés négativement dans les dossiers de corruption sont toujours en fonction » ont été faits pour appuyer ces points de vue.
Au sein de la petite minorité de 6% qui croyait qu’il faut qu’il y ait des intouchables, on a cité des craintes de possibilités d’éclatement de conflit ethnique ouvert si des dossiers de corruption contre des gens influents étaient poursuivis, étant donné la tendance de certains suspects de corruption à chercher refuge dans leurs communautés.
Un total de 93% de Kenyans prétend qu’ils ne voteront pas en faveur d’un candidat généralement perçu comme corrompu. Paradoxalement, 48% ont aussi indiqué qu’ils accepteraient des pots de vin. La pauvreté et le cynisme semblent être les catalyseurs importants. Cependant, 80% ont indiqué qu’ils n’avaient aucune intention de voter en faveur d’un candidat dont ils accepteraient des pots de vin.
Les gens qui ont répondu ont listé les types de pots de vin dont ils avaient connaissance, notamment l’argent, les habits, les emplois et, chose intéressante, les titres de propriété que le gouvernement était le seul capable d’offrir. A partir de leurs commentaires, les électeurs semblent être bien conscients que les «bonnes choses» que le gouvernement est en train de leur prodiguer sous divers paquets d’apaisement de l’électeur s’accompagnent de prix.
« Pourquoi sommes-nous en train de recevoir ces choses maintenant? » ont demandé les personnes qui ont répondu. Tous les candidats devraient savoir que l’argent dépensé sur des pots de vin est fort probablement l’argent perdu, à condition que les conditions électorales soient libres et justes. Ils devraient plutôt centrer leurs efforts sur des campagnes basées sur des questions de fond afin de gagner et éduquer un électorat de plus en plus sophistiqué.
L’aspect électoral qui reçoit le plus d’attention du public est la façon dont les gens évaluent les candidats à la présidentielle pour déterminer lequel d’entre est le plus engagé à combattre la corruption. Ceci reflète peut-être inévitablement et directement les résultats des différents sondages réalisés jusqu’à date, quant au candidat que les électeurs préfèrent dans l’ensemble.
La subdivision régionale montre que tous les candidates jouissent de l’avantage “notre fils”- Mwai Kibaki se trouve en tête au Centre avec 84% ; Kalonzo se trouve en tête à l’Est avec 58%. Dans Nyanza, 81% préfèrent Raila, qui se trouve également en tête au Nord Est, à l’Ouest, dans la Vallée du Rift, à la Côte et au sein de Nairobi. La base de soutien de Raila est la plus forte parmi les plus jeunes Kenyans qui sont particulièrement fâchés à propos de la corruption, tandis que 39% de ceux âgés de plus de 55 ans ont choisi Mwai Kibaki.
Chose intéressante, le sondage montre que les positions des candidats sont en contradiction avec leurs propres supporters. Par exemple, 77% des supporters de Kalonzo ne sont pas d’accord avec sa position de « pardonner et oublier » ; 36% veulent que les corrompus soient confrontés à la force totale de la loi, qu’ils soient emprisonnés pour de longues périodes et que leur propriété soit confisquée, 41% étaient prêts à accepter la restitution et la demande de pardon. Quarante-six pour cent des supporters de Kibaki soutiennent également des options plus radicales. Seule une infime minorité serait prête à réfléchir sur l’option de « pardonner et oublier » ; 7% des supporters de Kalonzo, 6% de ceux de Kibaki et 5% de ceux de Raila.
L’intérêt d’AfriCOG était axé non seulement sur la période électorale mais aussi sur les espoirs post-électoraux des Kenyans. Quel que soit le gouvernement qui entre en fonction, il devra répondre devant le peuple. Que veulent-ils que le nouveau gouvernement fasse en ce qui concerne la corruption ?Quelque 94% disent que le prochain président ne devrait nommer aucun individu ayant trempé dans la corruption ; pour prévenir ceci il faudrait mener des examens et approuver les candidatures. Les personnes qui ont répondu ont aussi réclamé la reprise de toute propriété acquise illégalement, l’introduction de conditions sévères telles que les condamnations à de longues périodes d’emprisonnement, la démission immédiate de toutes les personnes mentionnées dans les dossiers de corruption dont les enquêtes se poursuivent ; un examen approprié des dossiers des gens devant servir au sein du gouvernement et une « chirurgie radicale » du secteur judiciaire est réclamée par 61%. Il faudra un leadership fort, focalisé, pour répondre à ces exigences et les gérer de manière responsable et transparente.
Chose positive, 68% des Kenyans sont optimistes que la situation va s’améliorer sous le nouveau gouvernement en ce qui concerne la corruption. Ceci traduit les grands espoirs des Kenyans pour le changement de la façon dont le prochain gouvernement va s’attaquer à la corruption, quel que soit le candidat gagnant. Il est clair que la question de corruption préoccupe les électeurs kenyans ; ils veulent la voir éliminée et désirent que les coupables soient sévèrement punis. Les parties concernées ont un grand travail à faire dans l’élaboration de propositions bien réfléchies sur ces questions.
* Gladwell Otieno est Diretcteur Exécutif d’Africa Centre for Open Governance (AfriCOG)
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance KenyaInvité par le Conseil National Electoral de la République Bolivarienne du Venezuela, en même temps que 96 autres observateurs étrangers, venus de 33 pays des cinq continents, nous avons assisté, en tant qu'observateur, au Referendum du 2 décembre dernier (Ndlr : perdu par le président Chavez). Après avoir suivi le processus, notre conviction est que tous les pays au Sud du Sahara, en particulier et les autres Etats, en général, qui tentent de pratiquer la démocratie à travers les élections, devraient s'inspirer de l'expérience vénézuélienne. Si tant est leur volonté de faire dans le jeu démocratique.
Commençons par le début du processus pour souligner que contrairement a ce qui se passe dans beaucoup de pays africains, la nomination des membres du Conseil National Electoral (CNE) est non pas dévolu au président de la République, mais à l'Assemblée Nationale, à partir de candidats sélectionnés venant des propositions des corps constitués de la société civile (2 candidats), des Facultés de Droit des Universités (2) et du Pouvoir Populaire. Ce qui confère à l'Institution un pouvoir dit « Pouvoir électorale». Soit dit en passant, il existe au Venezuela : le Pouvoir législatif, le Pouvoir exécutif, le Pouvoir judiciaire, le Pouvoir électoral, et le Pouvoir moral. Notons que le CNE, présidé par Mme Tibisay Lucena, est composé de trois femmes et deux hommes. Preuve, certainement, que le débat politicien sur la «parité», comme il se déroule ailleurs, ne serait pas à l'ordre du jour dans le pays.
Une fois élu, le Conseil National Électoral dispose de tous les pouvoirs pour organiser les élections en amont et en aval. Autrement dit, ni le ministre de l'Intérieur ni quelque autorité que ce soit, n'a pouvoir à décider de ce qui concerne l'organisation des élections. La fiabilisation, la transparence, le droit d'exercer le vote est garanti par le CNE. Cela, à travers divers instruments modernes (cartes d’électeur numérisées, machines électroniques, registres électoraux). Notons que la carte nationale d'identité sert de carte d'électeur et l'age électoral est de 18 ans.
Avant le début du scrutin, les lieux de vote sont gardés par les forces de sécurité plusieurs jours avant, selon les règles définies par le «Plan Republica», c'est-à-dire le dispositif général concernant la sécurisation du personnel et du matériel électoral. Des tests au niveau des machines, des simulations de vote sont organisés bien avant les Élections pour avoir une confirmation de la fiabilité des outils de vote.
Chaque formation politique est représentée en tant que témoin, au processus du vote. Le scrutin commence à 6h du matin pour se terminer à 16h de l'après midi. Mais aucun bureau n'arrête le vote, si un électeur présent au lieu de vote n'a pas encore voté. Le scrutin arrêté, l'audit (le dépouillement) commence en présence de tous les témoins légaux. Ce dépouillement se fait par la confrontation des résultats du registre des votes, des votes enregistrés par la machine électronique et les tickets de vote déposés dans l'urne. La conformité de ces trois éléments autorise l'élaboration du Procès verbal de dépouillement signé par les membres du bureau de vote et les représentants des partis. Ensuite, toutes les pièces convoyées par les forces de sécurité sont acheminées au service du CNE chargé de leur centralisation. Après recensement de l'ensemble des procès verbaux, la CNE proclame les résultats. C'est ce processus qui a eu lieu le dimanche 2 décembre dernier.
On peut dire que fiabilisation, la transparence, le droit de vote garanti à tous les citoyens a été la base du calme constaté tout le long de la journée à travers tout le pays.
De l'Évaluation faite le 3 décembre par les observateurs étrangers (France, Grèce, JamaÏque, Chili, Guatemala, Suisse, Italie, etc.), s'est dégagée une forte unanimité pour souligner que le scrutin a été libre, transparente et démocratique. Plusieurs intervenants ont montré que la désinformation de la presse occidentale sur le caractère antidémocratique du régime du Venezuela, s'est révélée fausse. Un membre de l'Association des avocats des Etats-Unis a même souligné que son pays devrait apprendre beaucoup du Venezuela dans le domaine de la pratique démocratique. Une Française a précisé que le système vénézuélien est plus démocratique que le système français en ce sens que les responsables du bureau de vote sont tirés au sort parmi les électeurs inscrits au registre des électeurs du bureau de vote.
Pour certains, organiser des élections sur un territoire de 912 000 km2, puis proclamer les résultats, sans contestation, moins de dix heures de temps après la fin du scrutin, n'est pas le fort de beaucoup de pays démocratiques. A signaler que le porte parole du groupe africain, originaire du Ghana, est allé dans le même sens que les autres observateurs, pour ce qui est des appréciations positives.
Le Non l'a remporte par 50,70% contre 49, 29 % pour le Oui. Cela dit, la victoire du Non aura le mérite de refreiner les ardeurs des détracteurs de Chavez qui l'accusent d’être un dictateur, d'une part. D'autre part, elle a permis à la démocratie vénézuélienne de se renforcer au bénéfice de tous les démocrates vénézuéliens, mais aussi au profit des Vénézuéliennes et des Vénézuéliens. Au-delà du Venezuela, l'expérience de la pratique dÉmocratique qui s'y déroule, est un exemple à verser au patrimoine immatériel démocratique hérité de la Déclaration des Droits de l'homme de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies.
Si d'aucuns ont parlé de la victoire du Conseil Electorale National, d'autres ont souligné que c'est une victoire du peuple Vénézuélien, grâce a sa maturité, à sa dignité. Un vénézuélien partisan du Oui a dit : « Nous avons perdu, mais nous avons gagné».
* Membre du Groupe de recherche et d’initiatives pour la libération de l’Afrique (Grila)
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Tagged under Gouvernance GabonLa presse et la justice seraient les principaux obstacles à la lutte contre la corruption au Bénin, selon Jean-Baptiste Elias, président de l'Observatoire de lutte contre la corruption (OLC), une organisation officielle basée à Cotonou, la capitale économique béninoise. Les journalistes sont jugés comme étant un des secteurs les plus soumis au pouvoir d'argent. Quant aux juges, ils sont accusés de ne pas assez sévir contre la corruption.
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