Un journaliste d’investigation de l’hebdomadaire satirique Le Nganga, Habib Bibalou, a été sévèrement brutalisé par des militaires, dans la nuit du 5 au 6 décembre 2008, dans l’enceinte de la présidence de la République. Depuis ce passage à tabac, ses collègues ne se rendent plus à la rédaction de peur d’être arrêtés à leur tour. Dans l’édition n°184 de l’hebdomadaire Le Nganga, datée du 27 novembre 2008, Habib Bibalou mettait en cause la directrice de cabinet du président Omar Bongo Ondimba (OBO), sa fille aînée Pascaline, pour son rôle dans un détournement de fonds présumé.
Tagged under Gouvernance GabonLe 4 décembre 2008, le président burkinabé a reçu quatre des principaux quotidiens de Ouagadougou pour un «entretien vérité». Nombre de questions ont été évoqués, dont la succession à la tête de l’Etat, les luttes d’influence autour du pouvoir, la corruption, la vie chère, la situation en Côte d’Ivoire, les relations avec le colonel Kadhafi, ou encore le drame de Sapouy, avec l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en décembre 1998.
Tagged under Gouvernance Burkina FasoL’Afrique du Sud vient d’abandonner son projet de construire une nouvelle centrale nucléaire alors que deux consortiums, Areva et Westinghouse étaient sur les rangs pour remporter l’appel d’offre. La crise financière oblige Eskom et le gouvernement sud-africain à revoir leur stratégie pour répondre aux défis de l’approvisionnement énergétique du pays. Pretoria n’a tout simplement pas les moyens aujourd’hui de s’offrir une centrale nucléaire à 200 milliards de rands, mais, avec moins d’argent, elle peut construire deux centrales à charbon et réhabiliter des centrales plus anciennes.
Tagged under GouvernanceLes assises des chefs d’Etat-major généraux ainsi que des commandants de police ou gendarmerie des pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale se sont tenues du 2 au 6 de ce mois à Kinshasa pour tenter de trouver une solution à la crise qui sévit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). À la clôture de cette rencontre, les participants, en condamnant les tentatives de déstabilisation de la RDC et en manifestant leur solidarité et appui aux efforts déployés en vue de restaurer, de manière durable, la paix et la sécurité, ont élaboré une combinaison de stratégies militaires pour aider le pays à vaincre les rebelles.
D’autre part, le Premier ministre du Kenya, Raila Odinga a demandé au président en exercice de l’Union africaine (UA) d’envoyer une force africaine de maintien de paix au Zimbabwe pour faire partir de force le régime de Mugabe et mettre fin aux souffrances des Zimbabwéens dues à l’épidémie de choléra et à l’inflation galopante. Par ailleurs, la « Zimbabwe Peace Project », une association zimbabwéenne de défense des droits humains, a invité la Communauté de développement de l’Afrique australe et l’UA à exercer des pressions sur le gouvernement zimbabwéen pour la disparition de leur directrice, Jestina Mukoko, enlevé la semaine dernière.
De plus, le ministre français des affaires étrangères a dit que son pays considérait l’UA comme l’acteur central dans la recherche d’une solution de crise politique en Mauritanie et que tous les partenaires se réuniraient pour essayer de trouver une solution qui respecte le retour à l’ordre constitutionnel. Pour finir, les observateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest aux élections présidentielle et législatives au Ghana ont félicité le peuple ghanéen pour leur maturité politique.
Tagged under GouvernanceBien que la récolte de riz 2008 soit trois fois plus abondante que celle de l’année précédente au Burkina Faso, les prix du riz local restent inabordables pour bon nombre des consommateurs. D’après le ministère de l’Agriculture, de la pêche et des ressources en eau, la récolte de riz local se chiffre à 235 800 tonnes en 2008, contre seulement 69 000 tonnes en 2007. Cette forte augmentation s’explique en grande partie par les aides reçues du gouvernement ainsi que par une saison des pluies satisfaisante.
Tagged under Gouvernance Burkina FasoL’organisation des nations unies pour l’Alimentation et l’agriculture (FAO) a publié le 9 décembre son dernier rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde en 2008. Au total, la FAO estime le nombre d’affamés dans le monde à 963 millions en 2008, contre 923 millions l’année précédente. Selon le document, sept pays rassemblent, à eux seuls, 65% de ces personnes. Parmi eux, la République démocratique du Congo et l’Ethiopie. Ainsi, des progrès dans ces pays très peuplés pourraient avoir d’importantes répercussions sur la diminution générale de la faim dans le monde, indique le rapport.
Tagged under GouvernanceNgarlejy Yorongar, a foulé le sol tchadien le 8 décembre, en provenance de Paris. L’ancien opposant revient d’un exil de neuf mois passé en France, où il s’était réfugié en mars dernier après avoir été arrêté puis déclaré disparu pendant près d'un mois à la suite d'un coup d’état manqué, mené par les rebelles sur N'Djamena. Ses partisans étaient venus l’acclamer à l’accueil accompagné d'une parlementaire française, membre de l’Union internationale parlementaire venue s’asurrer des conditions de son retour.
Tagged under Gouvernance ChadLe pouvoir zimbabwéen n'a pas tardé à riposter, verbalement, à la pression de la communauté internationale. Le président Mugabe est poussé à la démission par de nombreux dirigeants politiques et accusé de ne rien faire pour enrayer l'épidémie de choléra qui ravage son pays. Ses alliés le défendent avec virulence. Le ministre zimbabwéen de l'Information a ainsi qualifié de « dégoutants » les leaders étrangers qui ont appelé Mugabe à démissionner. Il accuse par ailleurs l'Occident de comploter en vue d'une invasion militaire. Selon lui, « l'Occident après avoir étranglé le pays par les sanctions, l'avoir contaminé avec du choléra et de l'anthrax, cherche aujourd’hui à justifier une intervention militaire ».
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe Conseil constitutionnel mauritanien a rejeté des amendements au règlement intérieur de l'Assemblée nationale proposés par des partisans des autorités militaires, au pouvoir en Mauritanie depuis le 6 août 2008, dans le but de destituer le président de l'Assemblée nationale, Messaoud Ould Bulkhair. L'article 12 de ces amendements prévoyait que l'élection se fasse à mains levées et le conseil exige qu'elle se fasse par bulletin secret.
Tagged under GouvernanceLe Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, doit prendre "des mesures radicales" pour éradiquer la corruption dans les instances gouvernantes, a déclaré son chef Jacob Zuma, favori de l'élection présidentielle sud-africaine l'an prochain. Le chef de l'ANC, qui a lui-même fait l'objet d'accusations de corruption ayant agité la vie politique sud-africaine, a estimé qu'il fallait prendre des mesures fermes. "Nous sommes très inquiets du niveau de corruption au sein du pouvoir et nous devons prendre des mesures radicales à ce sujet", a affirmé Jacob Zuma lors d'une visite à Windhoek, capitale de la Namibie. ?
Tagged under Gouvernance South AfricaLe vaccin expérimental contre le paludisme mis au point par le laboratoire britannique GlaxoSmithKline (GSK) a pu réduire de 65% à 53% la maladie et les épisodes de crise chez des enfants lors de deux essais cliniques effectués en Afrique, selon des études rendues publiques. La première étude a été menée auprès de 340 enfants de moins d'un an en Tanzanie. Elle a montré une baisse de 65% du nombre d'infections.
Tagged under GouvernanceReporters sans frontières est choquée d’apprendre qu’après plus de neuf mois d’emprisonnement, le directeur du bihebdomadaire L’Interprète, Nsimba Embete Ponte, et son collaborateur, Davin Tondo Nzovuanga, ont été condamnés respectivement à 10 et 9 mois de prison ferme pour "offense au chef de l’Etat". Cette condamnation tardive, pour RSF, est un simulacre de justice et ne sert qu’à justifier la détention prolongée des deux journalistes par les services de sécurité.
Tagged under GouvernancePour mieux se préparer à l'introduction d'un vaccin contre le paludisme, les pays d'Afrique de l'ouest ont adopté un cadre de décision. Ce vaccin serait vraisemblablement le RTS'S, développé par la firme pharmaceutique GlaxoSmithKline et qui a des chances d'arriver sur le marché d'ici à 2012, selon des spécialistes de la santé Les responsables des programmes de vaccination et de ceux chargés de la lutte contre le paludisme dans les pays d'Afrique de l'ouest ont adopté ce cadre de décision lors d'une rencontre tenue la semaine dernière, à Ouagadougou, sous l'égide de l'OMS.
Tagged under GouvernanceLe professeur de chirurgie pédiatrique Mamadou Ndoye a expliqué vendredi à Dakar le phénomène des jumeaux fusionnés ou frères siamois qu’il a réussi à séparer par une intervention chirurgicale, malgré un équipement médical peu adéquat. ‘’Le principal enseignement que je tire de cette opération, c’est qu’on peut faire beaucoup de choses avec peu de moyens, puisque cette opération a réussi dans un hôpital (Le Dantec de Dakar) qui a peu de moyens’’, a dit M. Ndoye à des journalistes.
Tagged under Gouvernance SenegalLa justice mauritanienne a fixé une caution de 327.000 euros pour remettre en liberté provisoire le Premier ministre mauritanien renversé par le putsch du 6 août, Ould Ahmed Waghf, écroué le 20 novembre dans le cadre de deux affaires. Des sources proches de certains détenus, dont l'ex-Premier ministre, ont dénoncé le caractère "excessif" du montant de cette caution, qui serait, selon elles, la plus importante jamais exigée dans les annales de la justice mauritanienne..
Tagged under GouvernanceLe diplomate en chef de l'Union européenne Javier Solana a jugé, le 8 décembre, que "le moment" était venu d'exercer "une pression maximale" sur le président zimbawéen Robert Mugabe pour l'amener à démissionner. ?Kofi Annan, Jimmy Carter et d'autres personnalités éminentes du groupe The Elders (Les Anciens) ont accusé, le décembre, Robert Mugabe d'être incapable de résoudre la grave crise humanitaire au Zimbabwe, en proie à une épidémie de choléra qui déjà fait près de 600 morts.
Tagged under Gouvernance ZimbabweAu Burundi Ils tuent et mutilent les albinos par superstition. Une fillette albinos a été tuée le 7 décembre dans ce pays où les personnes atteintes d'albinisme sont des martyrs d'une poussé de crimes rituels, à cause des pouvoirs magique que leurs attribuent des "sorciers". Les bras et les jambes des Africains dont la peau est blanche sont censés attirer l'or.
Tagged under GouvernanceLe report de la date de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, prévue le 30 novembre dernier, accorde un nouveau sursis au président Laurent Gbagbo. L'homme va en profiter pour grignoter de précieux mois, voire quelques années encore. Chef de son parti, le FPI, Affi N'guessan pose aujourd'hui comme conditions à la tenue des élections le désarmement des rebelles, et l'arrêt des opérations d'identification au Nord. Et s'il les obtient, il demandera la revision de la clause qui permet l'ouverture des élections à tous les candidats. Suivez mon regard...
Tagged under Gouvernance«Il est difficile de penser à une figure plus détestable en Occident que Robert Mugabe. Les commentateurs libéraux et conservateurs le dépeignent comme un dictateur brutal et le condamnent pour avoir plongé le Zimbabwe dans l'hyper-inflation et la pauvreté», écrit Mahmood Mamdani. «… Il n'y a aucune négation de l’autoritarisme de Mugabe, ou de sa volonté de tolérer et même d’encourager le comportement violent de ses partisans. Ses politiques ont conduit à la déstabilisation de l'économie du pays, devant des sanctions qui n'ont pas eu de grande influence alors que son refus de partager le pouvoir avec l’opposition appuyée par les syndicats a mené à une impasse amère. Beaucoup ont comparé Mugabe à Idi Amin, et l'expropriation des terre au Zimbabwe à l'expulsion des Asiatiques en Ouganda. La comparaison n'est pas totalement démesurée.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLa participation politique peut être regardée comme une notion clé dans la vie des sociétés humaines. Il n’y a pas de vie démocratique sans elle et il n’y a pas de garantie de soutien et de durabilité des politiques publiques sans elle. Cependant, n’étant qu’une forme parmi d’autres de mobilisation et d’adhésion, étant par ailleurs liée aux formes de pouvoir qui ont gouverné les sociétés humaines, la participation politique a elle-même évolué ; une évolution liée à une histoire à deux versants : l’un universel, l‘autre déterminé par son ancrage culturel. Les mutations qui ont jalonné l’histoire concrète des hommes, ont amené les acteurs engagés dans la participation politique à s’adapter à ces mutations et à créer des formes qui assurent la cohésion et le vivre-ensemble des différentes composantes de la société.
Je vous propose d’examiner ensemble quelques repères significatifs qui ont jalonné l’évolution de la participation politique, jusqu’à notre époque de grandes mutations liées à la mondialisation ; par conséquent, un survol et l’identification de quelques lignes de force comme introduction à un débat.
Le premier de ces repères est un modèle de participation que l’on peut considérer aujourd’hui comme un «paradigme perdu». Et nous verrons d’ailleurs que s’il est perdu, il ne cesse cependant de nous obséder, comme la nostalgie d’un âge d’or qu’on rêve parfois de voir revenir. Ce modèle c’est ce qu’on a appelé la démocratie directe. On peut considérer comme représentatives de ce modèle, sans entrer dans les détails, les démocraties athénienne et romaine (avec, il est vrai, leurs limites) et la démocratie consensuelle, caractéristique des sociétés africaines et asiatiques.
Les démocraties athénienne et romaine avaient fait le pari de confier au peuple citoyen le soin de décider ce qui était bon pour la cité. De ce fait, c’est l’ensemble des citoyens (excepté les esclaves, les femmes et les métèques) qui exerçait le pouvoir directement dans l’agora grecque ou dans le forum romain, ces lieux de discussion et de délibération. La forme africaine de cette démocratie directe par la « palabre » avait elle aussi pour cadre légitime et légal des unités spatiales limitées, l’espace villageois, ethnique ou clanique, et des procédures de prise de décision caractérisées par la recherche du consensus.
Si ce modèle n’a jamais totalement disparu, il n’est plus dans la société moderne le mode majeur de concertation et de prise de décision à l’échelle de la Nation. Mais encore une fois, elle nous hante et chaque fois qu’il est possible de recourir à ses procédures, les acteurs ont le sentiment d’être plus proche de la vérité, de la justice et de l’efficacité.
Le deuxième modèle est celui de démocratie moderne qui a connu une diffusion remarquable d’abord dans les sociétés occidentales du XIXe siècle et ensuite dans le monde après que le capitalisme, le libéralisme et la colonisation aient fait triompher le paradigme d’un régime fondé sur l’élection et le système majoritaire de gouvernement. La démocratie représentative, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est contenue dans un principe, celui de la souveraineté du peuple, des moyens de l’exercer avec les mécanismes de la délégation, et une finalité qui est le droit pour la majorité de faire les lois et de les exécuter.
Cette forme de participation met en scène des partis politiques, des programmes et des leaders entre lesquels le peuple est appelé à choisir pour leur déléguer le pouvoir de décider. L’implication du citoyen dans la vie politique institutionnalisée prend une forme qui, elle-même, se rapporte à une conception de la citoyenneté nécessaire au bon fonctionnement du système : c’est autour de l’élection et donc de l’acte de vote que s’ordonne cette participation conventionnelle.
Considéré aujourd’hui encore comme un modèle pratique, efficace, simple et rationnel, il ne manque évidemment pas de défauts et le mythe de sa perfection commence à être écorné sans qu’il soit pour le moment possible de lui substituer quelque chose d’aussi fiable. C’est que le modèle représentatif, démocratique dans son principe et dans ses intentions, engendre ses propres maladies ou déviations et tend à transformer ce qui n’était qu’une délégation de pouvoir du peuple en une sorte de pouvoir oligarchique. On assiste même à une tendance à la monarchisation, secrétée par des institutions et des lois manipulables en toute « légalité ».
La crise du système représentatif
Si la participation politique se limite à la mobilisation pour l’élection et l’élection elle-même, le peuple aura de moins en moins la possibilité de peser sur les décisions en dehors des rendez-vous électoraux périodiques pour juger et sanctionner ceux à qui il a délégué son pouvoir. La crise du système représentatif, c’est à la fois le fossé parfois grandissant entre les élites et le peuple, et les désillusions qui naissent des échecs des politiques dont le peuple pâtit le plus, preuve que ses moyens de contrôle et de sanction sur ceux qui gouvernent sont limités et périodiques.
Notre époque, qui illustre parfaitement cette crise du modèle représentatif, abonde d'une sorte de déshérence dans le soutien à la vie politique : fort taux d’abstentionnisme aux élections, multiplication des votes protestataires, montée des défiances à l'égard de l'activité politique, méfiance à l'égard du personnel politique, chute des adhésions aux partis et aux syndicats, succès des mobilisations sociales... Les colères populaires qui se nourrissent des échecs politiques, économiques et sociaux ont entraîné une crise de la participation politique et favorisé l’émergence de nouvelles formes d'expression citoyenne jugées - à tort ou à raison - plus efficaces mais qui sont ainsi devenues des phénomènes récurrents de la vie politique. En effet, la participation politique revêt de plus en plus un caractère non conventionnel, pour ainsi dire protestataire, avec des manifestations pacifiques (pétition, sit-in, grève) ou violentes (dégradation de bâtiments, séquestration, destruction de documents, affrontements physiques).
Si la participation non conventionnelle se manifeste parfois par l’action individuelle (grève de la faim, par exemple), elle prend très généralement la forme d’actions collectives, sans la médiation des corps intermédiaires et hors des cadres juridiques et des procédures de règlement des conflits. Ces diverses formes d’expression citoyenne que certains assimilent à une « impatience civique », si tant est que s’en remettre aux échéances électorales relève de la plénitude de l’esprit civique, doivent nous obliger à analyser le concept de participation politique, en rapport avec l’exacerbation des mutations sociales, ainsi que la réalité et la récurrence des crises qui secouent les Etats, les gouvernements, les partis, les groupes et la société.
Aussi, à défaut de révoquer le système représentatif, il faut lui adjoindre, dans la loi fondamentale et dans des mesures législatives et réglementaires, des correctifs qui garantissent des lieux nouveaux à la participation effective des citoyens, des groupes, des associations à l’élaboration des décisions qui les concernent. Et il faut chercher ces mécanismes dans trois directions :
- Une culture politique qui permette aux masses de ne pas dépendre des « experts » en tout et en tout genre, censés leur apporter la réponse à leurs interrogations. Une telle culture politique est la condition d’émergence d’une volonté consciente des masses pour participer à la vie publique et pour adhérer ou ne pas adhérer au projet politique qui leur est présenté.
- Ensuite, la place du débat en amont et en aval sur les questions de nature stratégique avant que les décideurs (Exécutif ou Législatif) ne prennent des mesures qui engagent la vie des populations. Les modalités de concertation, de consultation et de discussion, nombreuses et variées, offrent une gamme non négligeable de possibilité d’être à l’écoute des aspirations des populations.
- Enfin, cette culture de démocratie participative serait mutilée et incomplète si elle ne donne pas aux citoyens, aux groupes, aux associations, au public le moyen de contrôler les décisions et ceux qu’ils ont délégués. Sous ce rapport, la participation politique atteindra un niveau de crédibilité irréversible lorsque ce contrôle pourra déboucher sur la révocabilité effective de ceux qui trahissent leur mandat sous la poussée et l’exigence de leurs mandants.
Les nouveaux acteurs de la démocratie
L’émergence de nouveaux acteurs dans la société et le monde des XXe et XXIe siècles marquent l’avènement d’un nouveau paradigme qui lui-même a ses avantages et ses limites. Il s’agit de la société civile, du rôle des médiats modernes et des expériences de démocratie participative (collectivités locales, coalitions électorales et de gouvernement, etc.). Tous les trois ont la particularité de tendre à corriger les limites et les défauts du système représentatif. Ils secrètent et agissent comme des contre-pouvoirs, c’est-à-dire des mécanismes empêchant ou atténuant les procédures et actes de décision unilatérale d’une « minorité », qu’elle soit gouvernementale ou parlementaire. Elles génèrent des formes de participation politique d’une part par approfondissement du pluralisme des pôles concernés par la concertation et la prise de décision et d’autre part par aboutissement des résultats qui reflètent davantage la volonté du plus grand nombre.
Prenons rapidement les formes annoncées plus haut, les unes après les autres.
En matière de gouvernance démocratique, l’institution de la décentralisation, à travers l’érection de collectivités locales, est un choix politique et une réponse aux besoins de participation plus effective et plus pérenne des populations aux choix des politiques qui les concernent au premier chef. Nous savons que les expériences dans ce domaine peuvent rencontrer et rencontrent effectivement des difficultés, et des résistances, mais la volonté politique et l’exigence citoyenne qui sont à la base de ces réformes répondent au souci de plus grande démocratie.
Leurs conséquences plus ou moins immédiates sont constatables à travers l’accroissement des équipements et des infrastructures et à travers l’exercice effectif de responsabilités par les citoyens à la base. Elles donnent aux populations la satisfaction d’impulser et d’orienter, au niveau local, les projets, et d’en assurer le contrôle.
Le principe inscrit dans nos Constitutions et selon lequel les conseillers élus ont le loisir et le devoir d’administrer librement ces collectivités, traduit parfaitement la volonté de diversifier et de rendre encore plus effective la participation du peuple à la construction de la cité démocratique. Ces réformes, nous le savons, appellent de nouvelles générations de textes et de mesures qui, toutes, tendent vers un seul et même but : accroître la présence, la participation et les moyens de contrôle des citoyens dans l’élaboration de politiques publiques.
Le rôle des médiats
Je voudrais, à présent, aborder rapidement la part grandissante d’un autre acteur qui, sans être absolument nouveau, n’en constitue pas moins un facteur qui influe sur le jeu politique et par conséquent sur la participation politique. Je veux parler du rôle des médiats.
L’approfondissement de la démocratie a pour corollaire l’extension de la liberté de communication. Les technologies de l’information et de la communication symbolisent le nouvel âge de l’humanité contemporaine de la fin du XXe siècle et ce début du XXIe. La radio, la télévision, la télécopie, la télédiffusion par satellites, l’Internet, etc., sont, en fonction de la culture des usagers, des moyens puissants d’information et de formation du jugement pour le citoyen en vue de se faire une opinion, de s’engager et de faire ses choix. Sans doute, la télévision est-elle de tous ces moyens, celui qui est le plus apte à changer le jeu politique et donc certaines conditions de participation politique. Pourquoi ? Parce qu’elle a deux faces.
D’un côté la télévision est apte à éveiller les esprits, est facteur d’émancipation, a même été récemment vecteur de révolutions pacifiques comme le prouve cet exemple qu’on a nommé « révolution orange », par sa capacité d’inciter à la mobilisation et de donner le sentiment que ce qui est montré est vrai. Un analyste bien au fait de ces mécanismes médiatiques a baptisé ce phénomène du nom de « vidéo politique », c’est-à-dire un phénomène où la télévision favorise la démocratie manifestante et protestataire, puis la réaction des pouvoirs publics pour répondre aux attentes des citoyens. Mais d’un autre côté, si ce médium a le pouvoir de renforcer la démocratie, il a aussi le pouvoir de l’entraver. En effet, les images de la télévision n’ont pas forcément une valeur d’information. Elle peut, entre certaines mains et au service de certains projets, être manipulatrice.
C’est ici qu’il me semble utile de souligner une des maladies les plus menaçantes et les plus graves de la participation politique : celles qui sont engendrées par le populisme. Le populisme est aux antipodes des méthodes et des objectifs de la démocratie et du socialisme. Le socialisme, qui est notre idéologie, répond à ce qu’en disait Jaurès : « C’est la République et la démocratie jusqu’au bout ».
Les coalitions en démocratie
Avant de mettre un terme à cette contribution, je vais évoquer la manifestation d’un phénomène de plus en plus massif dans la vie des partis politiques et dans les formes de gouvernement. Je veux parler des coalitions.
D’abord, une observation de nature à changer notre perception de la vie politique internationale et à l’intérieur des frontières nationales : en dehors de la Grande-Bretagne et dans une moindre mesure de la Nouvelle-Zélande, il est peu de pays pratiquant la démocratie, une fois dirigés par une seule formation politique allant seule aux élections, recueillant seule la majorité des voix et gouvernant seule. La règle, pour ainsi dire, en dehors de ces deux pays, c’est la pratique des coalitions et donc de l’élaboration de plateformes et de programmes ratissant large, pour faire adhérer au projet politique susceptible de l’emporter un spectre d’associations, allant de la société civile aux partis que séparent parfois quelques différences idéologiques. Ce constat revêt une grande importance, eu égard à l’idée de participation politique.
Lorsqu’au début j’indiquais que la démocratie directe est un paradigme perdu, mais un paradigme qui nous hante toujours, je laissais entretenir l’idée que nous rêvons, à défaut de le retrouver intact, de le reconstituer partiellement et progressivement. La méthode à laquelle recourent les coalitions pour se constituer, aller ensemble aux élections et gouverner ensemble, est une méthode soucieuse de démocratie, mais où les décisions ne se prennent pas selon le mode majoritaire mécanique. Le modèle auquel se réfèrent les coalitions est davantage un modèle consensuel. La base sociale des parties contractantes est plus large et mobilise des segments de la société qui, autrement, obéiraient à des forces centrifuges.
De plus, la démarche des acteurs d’une coalition est bâtie sur la volonté et le souci, non pas de l’affrontement, mais de la recherche d’une certaine harmonie. D’où l’importance de la discussion et de la délibération, longue, patiente et génératrice d’une culture du partage, de l’écoute, de l’approfondissement de questions essentielles pour tenir compte des avis et des intérêts les plus divers. Voilà, sans doute, pourquoi les coalitions, quels que soient leurs succès et leurs échecs, ont la vertu d’être des forces d’entraînement, de mobilisation et de fusion parce qu’elles donnent aux citoyens la preuve qu’il y a la volonté de prendre en compte leurs attentes.
Je sais, bien sûr, que les coalitions ne sont pas exemptes de risque d’échec et même d’implosion. Mais elles demeurent une des voies royales pour ne pas mutiler la vérité, et le besoin d’adhésion des populations à un projet de société sur des bases plus claires et plus équitables. Vous aurez sans doute remarqué comme moi, que dans les périodes de grande crise, lorsque la société paraît bloquée, la solution ne peut sortir que si tous les acteurs décident de mettre en œuvre les procédures de la démocratie consensuelle.
(…) Il y a là un enjeu considérable pour l’approfondissement de la démocratie par le biais d’une participation et d’une adhésion du plus grand nombre à l’élaboration des décisions. En définitive, parce que la participation politique est une condition de succès pour tout projet politique démocratique, il nous appartient de lui trouver des formes qui s’inspirent des valeurs de la République, de la démocratie et du socialisme.
* Ousmane Tanor Dieng est le premier secrétaire du Parti socialiste du Sénégal
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