• La crise financière mondiale s’est invitée à la 15e Conférence internationales sur le sida et les maladies infectieuses (CISMA ; ICASA en anglais) qui s’est tenue à Dakar du 3 au 7 décembre 2008). La décision prise par le Fonds mondial de réduire ses prochains financements de 10 % (1re phase) puis de 25% suivant des conditionnalités (2e phase) constitue un choc. Les coupes ainsi prévues se montent à 3 milliards 100 millions de dollars. La mesure, prise lors du Conseil d’administration de l’agence tenu du 7 au 8 novembre 2008, est justifiée par la décision des bailleurs de fonds de réduire leurs engagements financiers. Ceci dans un contexte de crise financière internationale. Pour les organisations de la société civile africaine engagées dans la réponse à l’épidémie à VIH, c’est le début d’une ère d’incertitudes.

    En prenant rendez-vous pour cette 15e CISMA, les activistes et les décideurs africains engagés dans la réponse au sida ne pensaient sans doute pas avoir à faire face à une telle «réalité». Derrière le thème choisi pour la conférence, à savoir «Réponse de l’Afrique : faire face aux réalités», il était plutôt question des défis qui se posent encore pour mieux faire face au Vih et au sida, mais aussi des acquis et des engagements forts notés ici ou là, poussant à l’optimisme quant au futur de l’Afrique face à cette maladie.

    Des avancées existent, qui montrent que l’Afrique ne fait plus seulement que subir l’épidémie. Nombre d’expériences positives ont été avancées durant la conférence. Par exemple, sur un million 407 000 personnes sous Arv en 2006, en Afrique, sont venus s’ajouter 2 millions 10 000 autres malades du sida en fin 2007. Ce qui représente une augmentation de 54% en un an, soit la plus importante progression dans le monde. En matière de prévention de la transmission mère-enfant, on est aussi passé de 10% en 2004 à 33 % de femmes enceintes prises en charge en Afrique, en 2007. (1)

    Un environnement favorable commence à se mettre en place dans beaucoup d’autres domaines pour mieux contenir l’épidémie. Il se traduit, entre autres, dans des approches politiques positives en matière de genre, qui aident à mieux faire face à la féminisation du sida, dans le vote de lois qui garantissent les droits des personnes vivant avec le Vih, voire dans une inclusion plus poussée des minorités sexuelles ou autres.

    L’optimisme dans lequel cette 15e CISMA pouvait baigner (sans occulter les défis à relever encore dans la réponse multidimensionnelle qui s’impose face au sida), a été ainsi assombri par la décision du Fonds mondial. Venant du principal bailleur des Etats, des ONG et autres associations communautaires engagées dans la mobilisation contre le sida, cette décision présente des conséquences prévisibles sur la prise en charge correcte des malades et sur les activités de prévention en Afrique. Mais aussi des conséquences sur lesquelles on s’interroge.

    Une lettre ouverte lancée par des organisations de la société civile, au cours la 15e CISMA, pose les enjeux futurs et précise les risques qui pourraient en découler. La question majeure qu’elle soulève est de savoir si la communauté des bailleurs, à laquelle est adossée le Fonds mondial, va continuer à respecter ses engagements pour faire face à «ces machines à tuer dans les pays en développement» que sont le sida, le paludisme et la tuberculose, les trois maladies prises en charge cet organisme. Ou si ces bailleurs vont tourner le dos aux drames humains qui frappent des centaines de millions de personnes infectées et affectées de par le monde.

    Les premiers éléments de réponse sont là. Dans les 18 mois qui viennent, les fonds jugés nécessaires pour le financement des programmes souscrit au niveau du Fonds mondial s’élèvent à 8 milliards de dollars. Soit moins de 1% de ce qui a été investi dans le sauvetage des banques du Nord, par les gouvernements, face à la crise financière mondiale. Cela représente peu pour justifier, de la part de ces même bailleurs, une remise en cause aussi drastique des financements attendus.

    L’indignation est d’autant plus vive pour les organisations africaines engagées dans la lutte contre le sida, que , «pour la première fois, les pays ont proposé des plans de qualité et bien budgétisés, qui ont passé avec succès le comité technique d’examen des propositions». Ainsi, l’appel à proposition a vu la demande des pays atteindre les 6 milliards de dollars. A savoir un niveau de financement qui commence à permettre de «satisfaire les besoins réels pour l’accès universel au traitement, aux soins et à la prévention». Mais avec les coupes annoncées, de nouveaux projets de lutte contre le sida vont être compromis à hauteur de 2,75 milliards de dollars. Or, leur financement aurait permis au Fonds mondial «d’être sur la bonne voie pour atteindre son objectif de 6 à 8 milliards de dollars de financement total par an». (1)

    Dans un dossier de presse publié par l’ONG française AIDES durant la 15e CISMA, on apprend que lors de la réunion du Fonds mondial avec ses bénéficiaires, le 6 novembre, le ministère français des Affaires étrangères avait «demandé que le Fonds réalise des économies sur les traitement indispensables au malades africains, arguant que la crise financière obligerait l’Afrique à faire des économies sur la santé». Paris aurait aussi suggéré «que les 700 millions de dollars demandés au Fonds mondial par 25 pays pauvres dit «2B» soient refusés. Parmi ces pays figurent le Burkina, le Congo et le Burundi». Dans le même temps, poursuit AIDES, le gouvernement français a investi 300 milliards pour sauver un système financier mis à mal par les spéculateurs boursiers.

    Cette restriction des fonds risque de briser un élan porteur. Dans la lancée des efforts jusqu’ici accomplis en Afrique, la lutte contre le sida peut en effet atteindre un «score» appréciable dans l’atteinte des Objectifs de développement du millénaire en 2015. Ceci en termes de maîtrise ou de réduction des taux de prévalence. Les responsables de programmes nationaux, d’ONG et d’associations communautaires qui ont fait part de leurs résultats dans le cadre de la 15e CISMA, soulignent avoir encore du chemin à faire pour l’atteinte des objectifs de prévention et de prise en charge de la maladie, mais les progrès qu’ils ont étalés prouvent qu’une dynamique positive existe pour amoindrir le poids de l’épidémie à Vih sur le continent. Cela a commencé à se traduire dans la baisse des taux de prévalence qu’on note depuis deux ans sur le continent, même si nombre de pays se situent toujours au-delà des 3% qui constituent le début du stade de l’épidémie généralisée.

    Dans son rapport 2007, l’Onusida estime à 33,2 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde, à 2.5 millions le nombre de nouvelles infections, et à 2.1 millions le nombre de personnes décédées du sida dans le monde. Parmi les nouvelles infections, 1,7 millions ont eu lieu en Afrique subsaharienne, soit la première baisse dans la région depuis l'apparition de l'épidémie. Mais cette région demeure la plus sévèrement touchée, avec au total 22.5 millions de personnes vivant avec le VIH, soit 68% du total mondial. (2)

    Ces baisses découlent certes d’un changement et d’une amélioration des méthodes d’enquêtes et d’analyse des statistiques, mais elles témoignent aussi d’activités plus efficaces sur le terrain et d’engagements politiques plus forts de la part des Etats. Qu’en sera-t-il demain, devant la réduction des fonds alloués à la réponse à l’épidémie ?

    Selon le directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (Anrs) en France, qui a tenu un point de presse lors de la CISMA, une des premières conséquences de la situation actuelle c’est que l’accès aux médicaments de seconde ligne va être plus difficile. «Et pourtant les malades vont en avoir besoin. Surtout ceux qui sont en échec (pour le traitement de première ligne). On risque de se retrouver avec un pourcentage élevé de malades multirésistants au virus et nous n’avons pas de solutions, dans la majorité des pays du sud, pour la prise en charge de ces traitements de seconde ligne», L’Oms estime que ces médicaments ne peuvent être accessibles pour moins de 1 200 dollars.

    Cependant, si la situation est critique pour l’avenir des programmes anti-sida en Afrique, face à la crise financière internationale, c’est parce que l’implication des Etats n’est pas encore à la hauteur des engagements pris. En dehors du Ghana, aucun pays n’a respecté la recommandation faite par l’Oms de porter la part de la Santé à 10 % du budget national. Quant à l’engagement pris par les chefs d’Etat et de gouvernement à Abuja, en 2001, de porter à 15% des budgets le montant consacré à l'amélioration du secteur de la santé, il reste encore un vœu pieux.

    Un leadership politique plus engagé et plus responsable est nécessaire face à une épidémie qui pèse sur le développement du continent. Mme Jeannette Kagamé, une des premières dames présentes à cette CISMA, l’a souligné. Pour elle, «cette pandémie exige que nous réinventions notre leadership. Il nous faut un leadership de conviction, un leadership novateur, un leadership politique responsable et engagé, un leadership faisant preuve d'intégrité morale et financière».

    Nouveau directeur de l’ONUSIDA, en remplacement de Peter Piot, s’inscrit dans cette philosophie. Pour lui, pérenniser les ressources est «une question fondamentale en cette période de crise financière. D’après mon expérience, les ressources locales sont les plus durables. Les dons internationaux ont tendance à être dispersés et à entrer dans le cadre des stratégies politiques. La crise financière obligera les pays en développement à chercher eux-mêmes des ressources. Au lieu de considérer cela comme un problème, prenons le comme une opportunité. Cela peut ouvrir l’espace pour de nouveaux débats sur ce qui est important et ce qui l’est moins et peut inspirer une vision continentale de la façon dont on peut produire localement une partie de ce qui est nécessaire, avec des ressources nationales».

    Dans cette génération de ressources locales, M. Sidibé dégage trois pistes : «D’abord, les gouvernements doivent s’engager pour que des ressources soient prévues dans les budgets nationaux (…) La deuxième action est d’élargir la base des revenus. Les gouvernements peuvent augmenter leur effort, élargir l’assiette fiscale et améliorer l’efficacité de la collecte des impôts. Ils peuvent développer un environnement plus attractif pour les investisseurs. La troisième action est d’explorer de nouvelles formes de financement, comme l’encouragement à la philanthropie africaine et à la participation du secteur privé» (4).

    Un leadership tourné vers l’auto-responsabilisation s’impose donc, car le continent ne peut pas continuer à gager son avenir.

    NOTES
    (1) Lettre ouverte publiée par la société civile lors la 15e CISMA
    (2)
    (3) Entretien avec « Sunugal - Notre pirogue » (journal de la 15e CISMA)

    * Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News.

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  • Selon le rapport sur l'état de l'insécurité alimentaire publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (la FAO) en 2008, environ 925 millions de personnes sont gravement, et en permanence, sous-alimentées dans le monde. Pourtant, le droit à l'alimentation est reconnu aux niveaux international et régional, par ces conventions et traités, comme un droit humain fondamental dont l'application et le respect ne sont pas une option politique pour un Etat, mais plutôt une obligation. Malgré tout, et depuis plusieurs décennies, de nombreux pays se trouvent plongés dans un cycle infernal chronique d'insécurité alimentaire.

    Il est de principe que chaque Etat (ou groupe d'Etats) a le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées, et ayant pour but l'amélioration constante du bien-être de l'ensemble de la population et de tous les individus, fondée sur leur participation active, libre et utile au développement et à la répartition équitable des avantages qui en résultent.

    Dès lors, les éléments constitutifs et les implications du respect de ces traités internationaux relatifs au droit à l'alimentation renvoient incontestablement à la notion de la Souveraineté alimentaire. Cette dernière doit permettre à tout Etat de définir et de gérer de manière souveraine et durable sa politique agricole intérieure et extérieure, et surtout le droit de défendre et de préserver les connaissances, les pratiques, les innovations, les valeurs et les priorités des communautés locales du Sud, ainsi que les productions nationales contre la concurrence de l'importation et les exploitations paysannes contre l'agrobusiness qui s'accapare progressivement des terres agricoles et pastorales.

    Or, bien qu'il soit admis de tous que la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique sont indispensables au bien-être de la planète, on observe de plus en plus, dans les pays du Sud, une violation des droits et des principes qui y sont consacrés, à travers des politiques agricoles et alimentaires néolibérales, au grand dam des représentants élus et des gouvernements de ces Etats. Ces politiques agricoles néolibérales portent avec elles des conséquences sur l'environnement. La Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples affirme que "tous les peuples ont droit à un environnement satisfaisant et global, propice à leur développement".

    De nombreux pays ont introduit ce principe dans leur Constitution. A titre d'exemple, la Constitution du Niger ajoute à son article 27, après l'affirmation du droit de toute personne à un environnement sain dont l'Etat veille à la protection, que «chacun est tenu de contribuer à la sauvegarde et à l'amélioration de l'environnement dans lequel il vit».

    Quelles politiques à adopter ?

    L'homme se retrouvant au centre de multiples besoins essentiels dont la plupart a été consacré comme des droits fondamentaux (droits à la vie, santé, environnement sain, autodétermination, alimentation, sécurité, etc.), il importe que l'ensemble de ces droits soient considéré en bloc, en raison de leur caractère indissociable.

    Les réflexions sur les politiques pour une souveraineté alimentaire doivent se faire de manière transversale, par rapport à l'ensemble de ces droits. Cependant, le droit à l'alimentation constitue le cœur de la démarche. C'est dire qu'il convient de promouvoir l'adoption d'une approche basée sur les droits dans le processus d'adoption de politiques agricoles et alimentaires visant à mettre fin aux violations du droit humain fondamental que constitue le droit à une alimentation.

    La mise en œuvre du droit à l'alimentation implique l'élaboration d'une politique agricole et alimentaire initiée de manière participative et démocratique, garantissant l'accès à une alimentation saine, suffisante, nutritive et culturellement acceptable, et dont la production respecte et préserve les droits humains, particulièrement ceux des paysans, la santé, ainsi que l'environnement. Cela suppose l'accès :

    - aux moyens de production de cette alimentation (terres, eau, semences, financements, etc.) ;
    - aux technique culturales écologiques ;
    - aux techniques de transformation et de conservation des produits ;
    - aux financements et infrastructures nécessaires et suffisantes ;
    - aux mécanismes de valorisation des produits et aux circuits de commercialisation ;
    - à l'information juste et à jour (pour les consommateurs, sur la chaîne alimentaire) ;
    - au renforcement des capacités des acteurs, plus spécifiquement des organisations paysannes et de consommateurs. Les politiques agricoles jusque-là élaborées n'ont pas véritablement connu une mise en œuvre pertinente au point de pouvoir être évaluées. Les quelques actions qui ont pu être concrétisées concernent plus des activités de suivis de vulnérabilités des ménages et des débats idéologiques.

    * Almoustapha Soumana Moumouni est coordinateur Swissaid Niger ...
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  • Contributor | Gouvernance

    Dans le cadre de la réunion tripartite du Comesa, des dirigeants de 26 pays d’Afrique de l’Est et Australe, réunis dans la capitale ougandaise, Kampala, se sont engagés, le 22 octobre dernier, à coordonner leurs efforts en vue de la création d’une zone de libre échange. En effet, ces pays prônent la fusion en un grand ensemble économique des trois blocs que sont la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), le Marché commun des Etats de l’Afrique Australe et de l’Est (Comesa) et la Communauté de développement d’Afrique Australe (SADC). Dans cette perspective, un groupe de travail a été désigné pour établir d’ici une période de six mois les étapes à suivre pour mener à bien ce projet.

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  • Contributor | Gouvernance

    La corruption, qui handicape lourdement le développement de l'agriculture au Cameroun, est au coeur d'une campagne lancée par une ONG, l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). En 2008, 1,8 million d'euros a été débloqué dans le cadre d'un "Programme maïs", pour subventionner des Groupes d'initiatives communes (GIC) constitués par des paysans. Mais, selon une étude de l'Acdic, 62% de cette aide a été détournée vers des GIC fictifs montés par des fonctionnaires du ministère de l'Agriculture.
    Pendant ce temps, la production nationale de maïs peine à satisfaire la demande.

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  • Contributor | Gouvernance

    Le Congrès national africain (ANC, au pouvoir en Afrique du Sud), a refusé une invitation à participer à un débat national sur « la protection et la défense » de la Constitution et le système judiciaire du pays, organisé par la Fondation Helen Suzman, affirmant que la Constitution du pays n'était pas menacée. Dans une lettre adressée à la directrice de la Fondation Raenette Taljaard, la porte-parole de l'ANC, Jessie Duarte, a déclaré que le parti ne voyait pas d'intérêt à débattre sur un sujet qui n'a pas été l'un des « principaux défis institutionnels et politiques auxquels sont confrontés notre pays ».

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  • Contributor | Gouvernance

    Un grand rassemblement pour dénoncer à la fois la loi relative à la naturalisation de nombreux investisseurs koweïtiens et le projet de révision de la Constitution comorienne, s'est déroulé à Moroni. Les partisans du projet ont adopté au forceps la loi en question, et ce malgré l'absence du président de l'Assemblée comorienne, qui n'a pourtant pas été empêché, et d'une quinzaine de parlementaires. Ce qui pose déjà un sérieux problème quant à la validité de ce vote. ??Les élus de Ngazidja, la plus importante île de l'archipel, ont dénoncé, dans un mémorandum publié le 4 décembre , la corruption dont seraient victimes nombre de députés comoriens ayant pris position en faveur du projet de loi.

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    Le chanteur rwandais Simon Bikindi a été condamné ce 2 décembre à 15 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, pour incitation au génocide en 1994. Simon Bikindi a été condamné pour génocide, incitation publique et directe au génocide, meurtre et persécution, tous constitutifs de crimes contre l'humanité. Directeur du ballet IRINDIRO, compositeur et chanteur célèbre au moment du génocide qui a fait plus de 800.000 morts parmi les Tutsis et les Hutus opposants, il a été arrêté aux Pays-Bas le 12 juillet 2001 et transféré au TPIR le 27 mars 2002.

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    La Banque mondiale appelle les pays d'Afrique à s'attaquer au problème de l'emploi des jeunes en prenant un ensemble coordonné de mesures. Dans un rapport, intitulé « Les jeunes et l'emploi en Afrique : le potentiel, le problème, la promesse », la Banque recommande d'adopter une approche plurisectorielle en abordant le problème sous différents angles clés, à savoir développer l'offre d'emploi et d'éducation dans les régions rurales, encourager et appuyer l'esprit d'entreprise, améliorer l'accès et la qualité des formations, et se préoccuper des problèmes démographiques. En Afrique, trois chômeurs sur cinq sont des jeunes (OIT 2006) et 72 % des jeunes en moyenne ont moins de 2 dollars par jour pour vivre.

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    Du 25 novembre au 10 décembre 2008 se déroule au Burkina une campagne internationale au cours de laquelle les activistes ont 16 jours pour mener des actions contre la violence faite aux femmes. C’est dans cette ambiance que, dans le cadre du projet STREAM, un CD contenant une quinzaine de produits audio pour la promotion de l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF) en français, mooré, dioula, fulfuldé, et goumantchéma a été remis aux invités et aux représentants des radios de la place.

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    Le 'Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor' de la Maison africaine de la poésie internationale (Mapi) a été décerné au poète camerounais Fernando D'Almeida. Universitaire et critique littéraire', D'Almeida a publié plus d'une dizaine de recueils de poésie. 'Depuis 38 ans, j'écris et voici que c'est à Dakar, au pays de Senghor, ce pays si cher à l'Afrique et si respecté pour son rayonnement littéraire et intellectuel, que ma carrière vient d'être consacrée par ce Grand Prix de Poésie qui porte le nom d'un homme admiré et aimé», a réagi le lauréat

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    La police et les soldats de la garde présidentielle de Robert Mugabe se sont livrés bataille à travers les rues d’Harare, le 1er décembre. La police est intervenue lorsqu’une centaine de soldats ont commencé à se livrer à une nouvelle campagne de pillage dans la ville, et des affrontements se sont ensuivis entre les deux groupes.

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    Le Zimbabwe va introduire une coupure de 100 millions de dollars zimbabwéens pour contrer une inflation qui se compte en centaines de millions de % par an, a rapporté la presse d'Etat. La Banque nationale du Zimbabwe (ZRB) a également relevé à 50 millions de dollars pour les particuliers et 100 millions pour les entreprises le plafond des retraits bancaires quotidiens.

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    Le chef de l'Etat mauritanien renversé le 6 août, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, doit faire partie, "en tant que président", "de la recherche d'une solution" à la crise politique en Mauritanie, a déclaré le représentant spécial des Nations unies en Afrique de l'Ouest. Les représentants des institutions internationales dépêcheront "les 6 et 7 décembre une délégation (à Nouakchott) pour discuter avec le président Sidi et le général Mohamed Ould Abdel Aziz", au pouvoir depuis le putsch qu'il a mené, a poursuivi M. Djinnit.

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    La situation humanitaire continue d’empirer dans le nord et le nord-est de l’Ethiopie, touchés par une grave sécheresse. «Les précipitations d’octobre, tombées de manière inattendue, n’ont pas beaucoup aidé à irriguer les cultures plantées en mai ; seul le bétail en a bénéficié temporairement, et à présent, les populations se trouvent confrontées à des pertes de récolte importantes», a expliqué un travailleur humanitaire. Ces dernières années, la région a connu plusieurs déficits de précipitations successifs à la petite saison des pluies (Belg, qui s’achève en mai) et à la saison principale des pluies (Meher, qui commence à la fin du mois de juillet).

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    L'ONU et l'Union européenne ont plaidé à Doha, à l'ouverture d'une conférence sur le financement du développement, le 29 novembre, pour que la crise financière ne fasse oublier ni l'aide ni l'environnement, mais peu de résultats étaient attendus en l'absence de la plupart des grands leaders mondiaux. Seul le président français Nicolas Sarkozy a fait le déplacement à Doha, où il a assuré que l'aide de l'Union européenne (UE) aux pays pauvres, notamment en Afrique, ne serait pas "sacrifiée".

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    Les rois, sultans, princes, dignitaires et chefs traditionnels d’Afrique ont terminé leur rencontre à Abidjan, le 28 novembre dernier, en invitant les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l`Union africaine (UA) à former un gouvernement fédéral. Ceci en janvier prochain, lors de leur sommet ordinaire prévu à Addis-Abeba. Les participants sont venus de différents pays d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe.

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    La Division des investigations criminelles (Dic) du Sénégal enquête sur des détournements massifs qui ont eu lieu lors du dernier sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci) qui s’est tenu à Dakar les 13 et 14 mars 2008. Un scandale qui porte sur plus de 100 millions de francs Cfa et qui a été géré dans la plus grande discrétion par la hiérarchie policière. Parmi les personnes impliquées dans cette affaire on cite un commissaire divisionnaire de la Police nationale et un colonel du même corps.

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    L’ancien président de l’Assemblée nationale du Sénégal, démis de ses fonctions après un vote des députés en novembre dernier, a créé un parti politique. M. Macky Sall avait, auparavant, démissionné de son mandat de député et de maire, mais aussi du Parti démocratique sénégalais (au pouvoir). Le parti qu’il a créé se situe dans l’opposition.

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  • Claude Quemar est secrétaire général du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM). Prenant part à la 5e édition du Forum social africain qui se tient à Niamey (Niger), du 25 au 28 novembre, sur le thème «L’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation néolibérale», il fait le point, avec Pambazuka News, sur la Campagne internationale contre la dette lancée depuis quelques années.

    Pambazuka News : Votre organisation, la CADTM, lutte depuis plusieurs années pour l’annulation de la dette du Tiers monde. Où en êtes-vous aujourd’hui dans ce combat ?

    Claude Quemar : Depuis 2001-2002, un certain nombre de pays, en particulier les pays émergents d’Asie et d’Amérique du Sud, mais aussi quelques pays sur le continent africain (je pense à l’Angola, au Nigeria et aux pays du Maghreb) ont été arrimés à la dynamique pour l’annulation de la dette. Grâce à l’augmentation du cours des matières premières qui avait basculé vers la hausse à partir de 2001, ces pays avaient atteint une situation où ils pouvaient envisager de rembourser par anticipation leur dette vis-à-vis des institutions financières internationales - et c’est ce qu’ils ont fait assez souvent d’ailleurs.

    Mais avec la crise actuelle du système financier international, on peut craindre que les populations du Sud ne se retrouvent à nouveau sous le poids insupportable de nouveaux emprunts, en particulier à cause de la hausse des taux d’intérêt qui leur sont appliqués. Ces taux ont augmenté, entraînant une aggravation de la situation sociale. Comme on l’a vu un peu partout, les populations viennent de traverser deux années difficiles avec les émeutes de la faim qui se sont produites en début d’année sur tous les continents et qui sont en grande partie liées aux spéculations sur les matières premières agricoles. La situation est donc difficile.

    Ce contexte peut-il mieux aider à faire avancer la campagne contre la dette ?

    Les « campagnes dette » que nous avons lancées à travers le monde ont fait avancer la question, en particulier au Sud. Des audits de la dette ont été menées ici ou là. Je pense notamment au nouveau gouvernement équatorien qui a mis sur pied une commission d’audit intégral de la dette et qui vient de prendre un certain nombre de décisions, comme le fait de rompre avec le Fmi et la Banque mondiale, ou de ne pas rembourser un certain nombre de prêts acquis auprès de grandes sociétés transnationales d’Amérique du Sud, d’Argentine en particulier.

    Sur quelle base la décision de ne pas rembourser a-t-elle été prise ?

    La commission d’audit a jugé qu’il s’agissait de prêts odieux… Mais à ce niveau, un autre fait est à noter. Par en effet, nos campagnes internationales ont aussi fait bouger certains gouvernements du Nord comme celui de la Norvège qui a décidé d’annuler, de manière unilatérale, la dette qu’elle réclamait à cinq pays pour l’achat de bateaux de pêche. Le gouvernement norvégien a reconnu qu’il était en grande partie responsable de cet endettement, n’ayant pas cherché à savoir si ces cinq pays avaient besoin de ces bateaux au moment où les emprunts étaient faits. A partir du moment où la Construction navale norvégienne avait besoin de ces marchés, ces cinq pays avaient été poussés à emprunter pour les acquérir. Sans vérification de la pertinence de cette décision, de leur part.
    Donc les «campagnes dette» avancent lentement, mais à travers ces victoires on voit que c’est une question qui devient centrale et qui pourrait, avec l’irruption de la crise actuelle, redevenir un point central dans le financement du développement dans les pays du Sud.

    Les institutions financières internationales ont mis en place un mécanisme d’allègement de la dette, notamment l’initiative Pays pauvres très endettés (Ppte). Que pensez-vous de cette option ?

    L’initiative Ppte nous paraît à la fois un pas en avant et une arnaque intellectuelle. Un pas en avant parce que cette décision a été prise sous la pression des mouvements sociaux du Nord et du Sud pour dire qu’il n’était pas possible de laisser ces dizaines de pays les plus endettés et les plus pauvres s’enferrer dans ce mécanisme infernal de paiement de la dette. Mais nous pensons qu’il s’agit aussi d’une arnaque. Lorsqu’on regarde l’initiative Ppte, on voit quil ne s’agit en aucun cas d’annuler la dette des 41 pays concernés. Il s’agit plutôt de rendre cette dette soutenable, c'est-à-dire payable.

    La logique des institutions financières est la suivante : ces pays sont très endettés et très pauvres pour pouvoir rembourser ce qu’ils ont emprunté, donc on va les aider un peu pour les remettre en situation de pouvoir rembourser leur dette. L’objectif n’est pas d’annuler la dette pour permettre à ces pays de financer leur développement et répondre aux besoins de leurs populations, mais de les remettre en situation de payer au maximum leur dette et les remettre dans le système internationale qui permet de les maintenir sous domination. Pour, ensuite, accéder à bas prix à leurs ressources naturelles et humaines à travers les privatisations.

    Quelles alternatives préconisez-vous à la place de la politique d’endettement en vigueur ?

    Les alternatives que nous préconisons partent du constat que nous pouvons entretenir des rapports de force à partir des avancées que les mouvements sociaux et les « campagnes dette » ont pu connaître dernières années.

    La première alternative est simple : que les pays du Sud décident souverainement et de manière unilatérale de ne plus rembourser leurs dettes. Si on veut le remboursement de cette dette, il faut d’abord qu’on fasse son audit. Voir à quoi elle a servi, comment elle a été contracté, est-ce qu’elle a été véritablement utilisée pour le bien-être des populations ?

    Une fois cet audit réalisé, on peut s’engager à rembourser ce qu’on doit réellement, en déflaquant ce qui a été déjà remboursé depuis des décennies. Partout où ces audits ont été faits, on s’est rendu compte que ce sont les créanciers du Nord qui sont largement débiteurs des pays du Sud endettés.

    Il faut aussi travailler à mettre en place des alternatives de financement du développement au travers de l’annulation de la dette, pour que les richesses produites dans les pays puissent servir au bien-être des populations. Il faut également remettre dans le giron social de l’Etat tout ce qui a été privatisé, en particulier les secteurs fondamentaux que sont les ressources naturelles, l’eau, l’énergie. Ceci doit se faire sous le contrôle des mouvements sociaux, des syndicats, puisqu’on est dans le domaine des besoins de première nécessité pour les populations.

    Pour la deuxième alternative, nous pensons qu’il faut remplacer les institutions financières internationales qui ont mis en place, depuis des décennies maintenant, ce mécanisme de pillage des pays du Sud, par d’autres institutions financières. On a un exemple qui se met en place depuis quelques années en Amérique latine, avec la Banque du Sud qui remplit les mêmes fonctions que la Banque mondiale, mais sans les conditionnalités qu’impose cette dernière pour accorder ses prêts. Cela montre que les gouvernements du Sud, avec les ressources naturelles dont ils disposent, ont les moyens aujourd’hui de financer leur développement sans conditionnalités.

    * Claude Quemar est secrétaire général du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde

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  • Au moment où des évènements politiques et économiques majeurs bouleversent l’humanité tout entière, une révolution culturelle et cultuelle de taille s’opère dans le continent dit le plus puissant au monde. Il s’agit de l’accès de Barack Obaman un Africain-Américain à la présidence des Etats-Unis. Son succès s’inscrit dans la lignée des «néo autodidactes politiques», c'est-à-dire ces militants dont l’unique conviction est la reconnaissance sociale de leur combat. La promotion socioprofessionnelle ne constitue pas toujours leur principale ou seule motivation, mais la volonté de se mettre au service du peuple pour le sortir de la misère et de l’asservissement.

    Ces personnes sont nombreuses mais méconnues du grand public car elles sont peu médiatisées. Elles ont souvent du mal à accéder au pouvoir, car dans beaucoup de pays, les critères imposés ou les "capitaux culturels légitimes" pour diriger excluent des personnes à cause de la couleur de leur peau, de leur religion ou de leurs origines sociales.

    Les propos politiques d’Obama ont transformé l’Amérique et le visage du monde. Très jeune, cet homme est entré dans le militantisme. Son éducation, mi-africaine mi-américaine, a aiguisé chez lui un sens précoce de la responsabilité, une exigence concrète de justice et une inlassable curiosité. Les questions qu’Obama se pose le plus souvent sont le développement ou comment sortir son peuple d’une misère asservissante. Son attitude semble être conforme à son souci du bien public.

    Les dirigeants africains doivent être interpellés par tous ces changements majeurs et s’engager dans une véritable renaissance, un acte de rupture qui permettra d’enrayer l’image de l’Afrique véhiculée par les médias occidentaux qui ne s’y intéressent que quand leurs intérêts sont en jeu. C’est-à-dire cette Afrique où ne règnent que le désordre et la famine. L’Afrique des interventions d’urgences contre la famine ou la guerre. Cette rupture doit permettre de passer à l’ère d’une Afrique qui ne se posera plus les questions de savoir comment nourrir, soigner, éduquer ses enfants, ou comment ne plus rester le maillon faible de la chaîne économique et politique mondiale.

    L’Afrique a besoin d’hommes politiques crédibles qui se réclament d’une pensée forte et qui affirment leur positionnement, qui usent d’un langage clair et accessible à tous et qui proposent des solutions concrètes aux problèmes les plus préoccupants des citoyens. Cela avec courage. Une telle attitude suffirait à faire toute une différence. En effet, beaucoup d’Africains auraient le plaisir de voter pour des candidats convaincus et convaincants, des managers politiques amoureux du risque et de l’aventure et non pas pour des dictateurs interchangeables.

    Comme le souligne Joseph Ki Zerbo, pour le 21e siècle, l’Afrique gagnera en mettant en place un Etat fédéral qui refuse de se contenter de gérer le legs colonial. L’Afrique a besoin de mobiliser toutes les forces utiles à son intégration et à son développement. A cette fin il faut la bonne gouvernance, c’est-à-dire une manière de gérer de façon efficace, honnête, équitable, transparente et responsable, les ressources sociales et économiques des pays.

    Dans la plupart des cas, des groupes accaparent les pouvoirs et provoquent des perversions politiques, sociales et économiques de toutes sortes. Les raisons sont multiples. Souvent, certains dirigeants africains accèdent au pouvoir sans projet politique. Ce faisant, ils sont incapables de répondre aux demandes auxquelles ils sont confrontés. Alors, ils se servent de l’appareil d’Etat pour accumuler des biens de toutes sortes. Ils appauvrissent les pays par des opérations frauduleuses à l’occasion de l’attribution de marchés publics et par la récupération de commissions juteuses.

    De même, une complicité plus ou moins mafieuse s’établit entre eux et les opérateurs économiques des pays occidentaux. C’est souvent au niveau de leurs familles et de leurs proches en tant que prête-noms que les avoirs économiques sont accumulés. Ils ont légué au peuple africain une économie détruite, des infrastructures sur lesquelles la brousse a triomphé, des villes pantelantes, des hommes et des femmes abandonnés à eux-mêmes voire exilés. Des générations sont ainsi dévorées par le système, d’autres sont récupérées par le pouvoir ou laissées en friche, dans la misère morale et matérielle. Les dirigeants africains qui ont exercé le pouvoir sans partage depuis l’indépendance, sont responsables des erreurs commises, responsables de n’avoir pas préparé les conditions qui auraient permis à l’Afrique de faire face aux fléaux actuels.

    Plusieurs questions se posent alors : comment, dans ces conditions, ces personnes peuvent-elles être des référentiels pour les citoyens ? Où est passée la vertu d’exemplarité de la fonction de dirigeant ? Comment pouvons-nous espérer une société qui fonctionne sur un minimum de transparence et d’honnêteté quand les premiers magistrats de ce continent sont pour le moins cités dans des affaires criminelles ou de corruption ? Comment la justice des pays africains peut être crédible dans la condamnation d’un citoyen lambda quand l’immunité parlementaire est devenue un rempart banalisé pour protéger des dictateurs ? Comme on le constate, le virus de la "mal gouvernance" a contaminé l’Etat africain. C’est pourquoi il faut absolument redorer l’image de marque des Etats africains.

    Il y a trop d’écart entre les politiques étatiques et les besoins réels des populations africaines. En effet, les administrations publiques adoptent des procédures trop lourdes et utilisent des outils et des dispositifs professionnels incompréhensibles qui provoquent plusieurs formes d’exclusion dont l’une des plus anachroniques est la marginalisation évidente d’environ ¾ des populations par le recours aux langues étrangères pour répondre à leurs doléances. Combien de citoyens se trouvent handicapés du fait linguistique, tant dans l’élaboration et l’application des décisions qui les concernent, que dans le simple accès aux connaissances nouvelles, à l’éducation et à l’emploi? C’est pourquoi nous donnons raison à Joseph Ki Zerbo quand il dit qu’il faut absolument alphabétiser les Africains à partir des langues négro-africaines.

    Il faut également éradiquer les politiques de prestige, manière de se faire reconnaître socialement qui favorise l’accroissement de la corruption et de la mauvaise gestion des administrations africaines. Dans ce contexte, les administrations sont déficitaires car trop dépensières et trop mal gérées.

    Au regard des situations de complaisance qui l’animent, la Fonction publique africaine est de plus en plus considérée comme la fonction de la pagaille et du non travail. En effet, les agents responsables qui y exercent ne manifestent en général aucune attitude qui permet d’obtenir un rendement maximal. Elle semble être le dépotoir de quelques tricheurs, des endroits où chacun va et vient quand cela lui plait, des lieux permettant de rendre service à ses parents et à ses amis. C’est ce qui fait que la plupart des agents ne produisent rien de consistant. Pourtant, ces agents sont formés dans les mêmes écoles que ceux du privé qui semblent plus performants. Parfois, les salariés du public sont même mieux rémunérés que ceux du privé mais continuent d’opérer des détournements de deniers publics.

    Les agents de la Fonction publique mobilisent souvent leurs compétences autour des projets privés cautionnés par les bailleurs de fonds capitalistes, ceci au détriment de leurs vraies missions. Ce laxisme est tellement avéré qu’on se demande comment l’Afrique fait pour produire encore des citoyens normaux.

    Face à ce cancer de la Fonction publique, il est urgent de faire une rétrospection. Il faut arriver à redimensionner le rôle des agents de l’Etat. Il faut parvenir au fait que toute personne, quel que soit son statut, ne doit pas échapper à la sanction comme cela se fait dans toutes les grandes nations où des hommes politiques corrompus sont souvent inculpés, traduits en justice et condamnés en fonction de la gravité de leurs actes. Il est urgent de revoir l’image du chef en Afrique. En effet, les chefs sont encore considérés comme des sujets infaillibles. L’impunité qui les protège fait que les postes qu’ils occupent constituent des lieux de récréation où ils n’ont aucune obligation de résultat.

    La fonction publique doit apparaître comme un outil de promotion socio-économique qui rapproche les jeunesses, les universités, les artistes, les opérateurs économiques, les chercheurs dans l’élan général de la coopération et de l’intégration des Etats.

    Corps complexe, la société civile a ses réseaux parallèles d’initiative et d’action, ses garde-fous. Elle est le lieu où s’affirme et se matérialise la capacité d’érection par les populations des cadres de réflexion et de concertation adaptés à la gestion de leurs problèmes. Elle s’avère, assurément, le cadre approprié de mobilisation des énergies, d’expression de la volonté populaire, de gestion des crises et de dilution des tensions. On a pu remarquer ici et là que c’est justement vers des personnalités de la société civile, tels les religieux, les notables, ou encore des comités dits de sages que se tournent les regards dans les situations critiques d’affrontement, demandant un arbitrage neutre et positif. Les Etats eux-mêmes consentent à investir ces personnes dans le rôle officiel de médiateur. C’est le cas dans certains processus de transitions démocratiques mais également dans de nombreuses crises en Afrique.

    Certains hommes politiques refusent toujours le partage des pouvoirs politiques. Pourtant les populations qu’ils dirigent semblent aspirer à plus de démocratie. Une démocratie qui ne doit pas être considérée comme un produit que les institutions internationales comme le Font Monétaire International (FMI) imposent aux pays africains en échange de l’aide au développement. Elle doit être voulue et construite par les Africains eux-mêmes. La conditionnalité politique liant l’aide au respect de principes de gouvernement tirés de la vulgate démocratique est un échec en Afrique. La démocratie ne saurait être décrétée par un quelconque plan de développement, notamment lorsque les hommes politiques des Etats cibles ont acquis la conviction que les exigences des bailleurs de fonds et des organismes internationaux ne dureront que quelques années.

    Au regard de l’état actuel du continent, la démocratie doit éviter de s’articuler autour d’une rivalité ou d’une querelle entre les partis politiques. Elle pourrait se construire autour des concepts tels que la collaboration et le co-investissement. En effet, les Africains n’ont plus besoin qu’on leur dise que la santé va mal parce que le système en place l’a détruite. Ils n’ont plus envie qu’on s’attarde sur des discours basés essentiellement sur des critiques d’ordre idéologique, car cela fait plus d’un demi siècle qu’ils baignent dans ce climat. Ils n’ont plus besoin qu’on leur crie que l’Afrique noire est mal partie, qu’elle refuse le développement. Ils ont besoin qu’on leur propose des projets concrets, fédérateurs et durables.

    Il faut absolument que les pays mettent en place, sans exclusivisme ni esprit de revanche, des structures démocratiques de large union nationale dont ne devrait pas être exclue, en dépit de son appartenance à un groupement politique minoritaire ou de sa neutralité, une personne dont la compétence et l’intégrité sont reconnues. Pour cela, il faut se donner comme missions de défendre tous ensemble l’indépendance nationale des pays ; de re-développer la coopération sur la base de l’égalité souveraine et de l’équilibre des avantages ; de renforcer et d’élargir les organisations interafricaines sous régionales telles que l’Union Africaine ; de concevoir et surtout de réaliser, en comptant sur nos propres moyens et forces, des programmes économiques démocratiques qui assureront à moyen terme l’autosuffisance dans tous les domaines.

    Il s’agira d’édifier une société juste, fraternelle, qui permettra à chaque citoyen d’occuper la place que lui assignent ses mérites et son dévouement aux intérêts de l’Afrique. Comme nous l’avons déjà évoqué, l’Etat africain digne de ce nom pour le vingt et unième siècle devrait être un Etat fédérateur, juste et travailleur. Les Etats dictateurs, corrompus et isolés sont amenés à court ou moyen terme à disparaître.

    Les modèles de gouvernement qui existent en Afrique s’enlisent dans une masse de difficultés qu’ils n’arrivent toujours pas à résoudre. L’échec le plus redoutable des Etats africains est le gaspillage, le pillage et la destruction parfois volontaire des ressources non renouvelables comme le pétrole, le fer, etc.

    Depuis des siècles, les Africains ont accumulé des séries de défaites, d’erreurs criminelles, de faux-pas tels que l’esclavage, l’impérialisme européen, les guerres civiles, le génocide de la faim en Ethiopie et celui du Rwanda. Avant qu’il ne soit trop tard, les élites africaines doivent, en toute urgence, apprendre à respecter et à protéger les intérêts de leurs pays comme le font la plupart des dirigeants des pays développés et cesser de s’acharner à piller et à doper leurs peuples.

    Le chemin est certes long, mais se trace en marchant ensemble. Lorsqu’on mène une lutte, il faut, en permanence, mesurer le chemin qui a été parcouru afin d’estimer celui qui reste à parfaire jusqu’au but. Toutefois, comme le témoigne Nelson Mandela, après avoir gravi la haute colline pour accéder à la liberté, les Africains découvrirons qu’il reste beaucoup d’autres collines à gravir. En effet, avec la liberté viennent les responsabilités qui permettront de construire une Afrique de justice, de solidarité, de paix et de respect mutuels entre les hommes et les femmes. Ceci n’est pas une mince affaire. Néanmoins, les perspectives ne dépendront que de la capacité des Africains à prendre leur destin en main.

    Il faut veiller à ce que les espoirs et les attentes du l’Union Africaine et du NEPAD ne deviennent que des illusions. Pour réussir ces défis, les Etats doivent restaurer la paix et la sécurité, la bonne gouvernance, la démocratie et une gestion saine de l’économie et des ressources. A cet égard, il est important de mettre en place un secteur financier solide et crédible, et de renforcer les capacités institutionnelles dans ce secteur, notamment par la création et le renforcement des marchés nationaux et régionaux des capitaux, et la promotion des institutions financières informelles et traditionnelles.

    Il faut également renforcer le partenariat entre les pays africains, d’une part, et entre les gouvernements africains et le secteur privé et la société civile qui est souvent écartée, d’autre part.

    En ce qui concerne le partenariat avec les pays développés, il faut un vrai partage des responsabilités. La communauté internationale doit compléter les efforts de développement au lieu de se substituer aux Etats qui sont les premiers responsables du développement des pays dont ils ont la charge. Pour cela, l’allègement durable, voire la suppression de la dette, s’avèrent indispensable. Il faut également que les fonds publics détournés ou illégalement acquis et placés auprès des banques des pays développés soient restitués et que l’accès des produits africains aux marchés des pays industrialisés soit facilité. Il n’est plus acceptable de voir un homme d’Etat cumuler plusieurs mandats sans obligations de résultats. Il faut réussir à mettre en place des cadres transparents pour les marchés financiers ainsi que pour des audits des secteurs publics et privés ; promouvoir le rôle des femmes dans le développement socioéconomique.

    Le sous-développement n’est pas une fatalité, ni un problème de climat, ni un problème de race, de pauvreté ou de race. Il résulte de la dépense de l’Afrique à l’occident, de sa balkanisation et de son inorganisation. Cette situation doit changer et changera avec le temps, car il n’y a aucun pays ou continent prédestiné au sous-développement. Des pays aujourd’hui dits émergents ont connu dans le passé des situations peu enviables.

    Malgré la situation dramatique où elle se trouve, l’Afrique garde encore toutes ses chances pour s’en sortir. Comme nous l’avons démontré, les handicaps du sous-développement de l’Afrique sont identifiés et sont surmontables. L’Afrique reste un continent en friche. Contrairement à ce qui est médiatisé, elle n’est pas un continent pauvre. Elle est au contraire un continent d’avenir. Nous sommes convaincus que c’est en Afrique que se présenteront au cours des prochaines décennies les possibilités les plus nombreuses dans le domaine du développement et c’est pour cette raison que les institutions néocoloniales capitalistes se bousculent toujours sur le terrain pour y conclure des accords scélérats de coopération avec les élites néo-patrimoniales qui accaparent les pouvoirs politiques.
    A cela s’ajoute une nouvelle prise de conscience. En effet, les Africains se sont formés en masse ces dernières décennies et n’ignorent plus les mutations qui s’opèrent un peu partout dans le monde. De nos jours, les Nouvelles technologies de l’information et de la communication leur ont révélé le gouffre qui les sépare des pays riches et ont fait naître chez eux le désir d’améliorer toujours davantage leur sort, leur niveau et condition de vie. En résumé, voilà comment se dessine notre vision optimiste et réaliste de la construction de l’Afrique du 21ème siècle.

    * Momar Sokhna Diop est professeur d’économie-gestion. Il est l’auteur de "Gestion des ressources humaines dans les organisations" (L’Harmattan septembre 2004) et de "Quelles Alternatives pour l’Afrique ?" (L’Harmattan 2008).

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