L’ancien ministre sénégalais de l’Artisanat et des Transports aériens, Farba Senghor, a été entendu le 1er septembre par le Procureur de la République, dans l’enquête ouverte suite au saccage, le 17 août dernier, des locaux de deux quotidiens privés, à Dakar. M. Senghor a été entendu pendant quatre heures ont précisé des médias sénégalais, selon qui l’ancien ministre aurait été confrontés aux présumés auteurs de ces actes de vandalisme, et en garde-à-vue depuis quelques jours…
Tagged under Gouvernance SenegalA Kisangani, au nord-est de la Rd Congo, une école spécialisée prépare les sourds-muets aux métiers du bâtiment, à la couture pour les filles. Leurs compétences sont aujourd'hui reconnues… Ils sont menuisiers, maçons, couturiers et même, depuis un temps, internautes... Au centre-ville de Kisangani, un bâtiment en dur vient d’être construit uniquement par des maçons sourds-muets dans le complexe scolaire "Espoir des sourds". Depuis que cette école d’encadrement et de réadaptation des sourds leur a permis d'accéder à certains enseignements, tout ou presque leur est désormais possible dans cette partie nord-est de la RD Congo.
Tagged under GouvernanceCréer un média indépendant en Tunisie est une gageure bien que rien dans les textes de loi ne l'empêche véritablement. Les seuls médias édités dans le pays sont complaisants ou affichent un caractère apolitique. Les autres sont condamnés aux oubliettes, à l'exil ou doivent se contenter du Web. Au lendemain du changement politique du 7 novembre 1987, qui a vu arriver le président Ben Ali au pouvoir, on a enregistré la première demande d'ouverture d'une radio privée, Radio 7. Une trentaine d’autres dossiers ont depuis été présentés à l’administration. Tous sont restés sans suite.
Tagged under Gouvernance TunisiaLes pouvoirs publics de plusieurs pays africains ont multiplié exonérations, concertations et promesses d'un contrôle strict des étiquettes pour réduire le risque d'emballement des prix durant le mois de Ramadan. Cette période de jeûne chez les musulmans est une plage redoutée par les ménages qui voient leurs dépenses décupler. Profitant de la forte pression exercées sur certaines denrées, des commerçants adeptes de la spéculation n'hésitent pas à jongler avec les étiquettes.
Tagged under GouvernanceLa récente décision du chef de l'Etat burundais de rendre gratuit l'extrait d'acte de naissance et de supprimer les amendes jusque-là exigées aux parents qui tardaient à faire enregistrer leurs nouveaux-nés à l'Etat civil, a été accueillie avec "satisfaction", selon le bureau de l’UNICEF au Burundi. L'extrait faisait parfois l'objet de marchandage et d'abus administratifs comme le versement frauduleux d'une amende allant jusqu'à 5.000 francs burundais (près de 5 dollars US) en cas d'enregistrement tardif du nouveau-né à l'Etat civil.
Tagged under Gouvernance BurundiLe porte-parole du président Abdoulaye Wade a appelé le 31 août au dialogue entre la presse et le pouvoir au Sénégal, "pour dépasser la situation de crise actuelle", en référence aux actes de vandalisme perpétrés, il y a deux semaines, contre des journaux privés. Selon lui, «il y a lieu de procéder à un dialogue pour trouver un moyen qui permet à la presse d'exercer son métier de façon normale", ajoutant que le pouvoir ne peut se permettre d'avoir des problèmes avec la presse.
Tagged under Gouvernance SenegalLe régime zimbabwéen a réitéré le 28 août sa volonté de former un gouvernement, malgré le refus de l'opposition d'y participer tant qu'un accord de partage du pouvoir n'aura pas été conclu. Les deux factions de l'opposition, dont la principale formation est le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai, avaient dès le 27 août souligné qu'elles ne participeraient pas à un tel gouvernement en l'absence d'un accord négocié. Le dialogue entre les trois parties achoppe sur les prérogatives dévolues au Premier ministre et au président. Il a été suspendu sine die le 12 août.
Tagged under GouvernanceDes Africaines estiment que promouvoir la circoncision pour combattre le sida pourrait les exposer plus encore au VIH. Entre autres, elles craignent que leur partenaire opéré multiplie les comportements sexuels à risque, s’estimant immunisé contre le virus. Des études scientifiques menées ces dernières années en Afrique du Sud, en Ouganda et au Kenya ont démontré qu’un homme circoncis avait 50% de risques en moins de contracter le VIH via sa partenaire infectée. Une étude réalisée au Kenya démontre cependant que les hommes circoncis ne deviennent pas plus laxistes.
Tagged under GouvernanceL'Organisation mondiale de la santé (Oms) rappelle que la vaccination des bébés est le meilleur moyen de lutter contre l'hépatite B, une maladie très contagieuse dont le traitement n'est pas encore disponible. L'hépatite B est une infection virale qui attaque le foie, y cause une maladie chronique grave qui peut conduire à la mort. Près de 2 milliards de personnes dans le monde portent le virus, et plus de 350 millions vivent avec une maladie chronique du foie due à ce virus…
Tagged under GouvernanceBeaucoup de gens n’ont jamais imaginé comment le viol peut être une arme utilisée dans la guerre. C’en est pourtant une des plus grandement utilisées, ciblant principalement les gens sans défense au sein des communautés qui sont pour la plupart des femmes et des enfants. Le Conseil de Sécurité de l’Onu a finalement reconnu ce fait et a fait passer une résolution qui classe le viol et les autres formes de violence sexuelle comme des armes de guerre. La résolution est certainement un fait historique devant la manière dont sévit le viol contre les femmes et les enfants dans les zones de conflit.
Après avoir franchi le pas de cette résolution historique, le Conseil de sécurité de l’ONU est maintenant obligé d’analyser et de confronter la prévalence de la violence sexuelle dans tous les pays affectés par des conflits. Le viol, sous n’importe quelle forme, est une violation de droits humains. Beaucoup de femmes dans les zones de conflit sont des survivantes du viol. En République démocratique du Congo, au plus chaud du conflit, quarante femmes furent violées par jour. Durant le génocide rwandais, plus de 250 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles selon les rapports. Le viol dans les zones de conflit continue de poser une grande menace à la paix et à la sécurité internationales.
Nous applaudissons le conseil de sécurité de l’ONU pour son action évidente de reconnaître le viol comme une arme de guerre, parce que non seulement l’acte laisse les femmes traumatisées, il les met dans un plus grande situation de risque de contracter le Vih et le sida. Désormais, il appartient au mouvement des femmes en Afrique de faire le suivi de cette résolution et de s’assurer que le Conseil de Sécurité de l’ONU est pleinement impliqué dans la recherche de solutions à cette horrible pratique qui a infligé la souffrance à beaucoup de femmes et filles dans les zones de conflit.
* Carlyn Hambuba est la Chargée de Communications de Femnet
* Dans sa résolution adoptée à l’unanimité le 19 juin 2008 considérant le viol comme une tactique de guerre et une menace à la sécurité internationale, le Conseil de sécurité des Nations Unies considère que :
- Les violences sexuelles pendant et après un conflit font dorénavant partie des questions de paix et de sécurité dont peut être saisi le Conseil de sécurité ;
- La résolution permet au Conseil de sécurité d'intervenir dans des situations où l'ampleur et le degré des violences sexuelles le requièrent;
- la résolution exclut les crimes de violences sexuelles des accords d'amnistie dans le cadre des négociations de paix et met l’accent sur l'importance de mettre fin à l'impunité pour les crimes de violences sexuelles;
- le Secrétaire général des Nations Unies devra soumettre un rapport au Conseil de sécurité d'ici 30 juin 2009 sur l'application de la résolution dans le cadre de situations de conflit dont est saisi le Conseil de sécurité.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceAncien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan pour assister les protagonistes de la crise en Côte d’Ivoire dans le cadre des stratégies de mise en application des accords de paix, de 2003 à 2005, Pr Albert Tevoedjre donne son point de vue sur les négociations qui se mènent autour de la crise zimbabwéenne. Hostile aux perspectives de partage du pouvoir entre les camps de Mugabe et de Tsvangirai, il écarte toute similitude avec la solution kenyane. Et s’il s’accommode de la formule trouvée entre Odinga et Kibaki, ce qui se pressent à Harare lui semble une hérésie.
La crise du Kenya a accouché d’une solution inventée par Kofi Annan, qui a permis de gérer une situation périlleuse par le biais d’un arrangement bancal sans doute, mais provisoirement efficace. La solution kenyane pouvait se comprendre et se défendre. Les élections avaient été menées à leur terme. Les résultats, contestables, affichaient des chiffres qu’il fallait vérifier plus minutieusement. Le climat des violences à responsabilité partagée ne permettait aucune décision électorale définitive et convaincante. Dans un tel schéma, l’ingénieuse trouvaille de Kofi Annan pouvait signifier « la raison » qui ne tourne pas le dos à la vérité politique. Le partage devenait l’unique issue acceptable par tous. Au Zimbabwe, les réalités sont totalement différentes.
Il y a eu un premier tour de l’élection présidentielle, un premier tour clairement gagné par un opposant que beaucoup d’observateurs estimaient déjà élu. Devant cette situation, le parti au pouvoir qui impose un deuxième tour, déclenche une guerre atroce qui obstrue et empêche le processus électoral d’aller normalement à son terme.
Pour tout observateur honnête, Mugabe ne peut être reconnu légitimement réélu président du Zimbabwe. C’est à une tragique farce que nous avons assisté, puisque le processus électoral a été violemment détourné au profit d’une grossière parodie de plébiscite. Dans les débats à huis clos au dernier sommet de l’Union Africaine à Charm el Cheikh, ce point de vue est clairement apparu. Et c’est bien aussi ce qui rend la communauté internationale particulièrement sévère.
On ne peut donc pas répéter, au Zimbabwe, la solution kenyane. Cela constituerait un précédent fâcheux et un risque majeur pour tout le continent. Imaginez, par exemple, un Sénégal ou un Bénin avec un Abdou Diouf ou un Mathieu Kérékou refusant le verdict des urnes, s’entourant d’une horde de miliciens et de mercenaires enragés pour contraindre Abdoulaye Wade ou Yayi Boni à se muer en « Premier Ministre », par le truchement d’arrangements internationaux médiocres. Qu’aurions-nous dit et qu’aurions-nous fait ? Or, ce scénario ne sera plus à exclure si la crise du Zimbabwe n’est pas davantage circonscrite et plus adroitement gérée.
Alors, je pense qu’il faut sortir de l’impasse d’un mimétisme dangereusement mécanique et inventer un autre chemin qui soit à la fois intelligent, crédible et républicain. Dans le cas du Zimbabwe en effet, la vérité historique nous force à reconnaître que Robert Mugabe est le père légitime de la Nation, le fondateur incontesté de la République, l’unique vrai représentant vivant de tous ceux qui s’illustrèrent dans la longue lutte qui fit notre fierté. Il a combattu le bon combat de l’indépendance et de la dignité. Il a triomphé vaillamment d’Ian Smith et de sa raciste et meurtrière arrogance. Il a reconquis pour les siens la terre de leurs ancêtres. Le reconnaître n’a rien d’humiliant pour un démocrate sincère.
En revanche, il est tout aussi clair que l’usure du pouvoir, les rides dissimulées ou non qu’inflige à chacun de nous l’irréparable outrage d’un calendrier parfaitement inexorable, la misère accusatrice d’un peuple accablé par l’inflation et des atrocités de toutes sortes, les dures vérités d’un suffrage universel absolument impitoyable, tout cela commande à Mugabe de ne plus trop insister, de ne plus chercher à se prévaloir des prérogatives d’un pouvoir qui lui a déjà échappé.
A mon humble avis, la meilleure issue, dans ce cas, pourrait être soit une révision de la Constitution du Zimbabwe, soit l’adoption d’une loi spéciale consacrant l’existence d’un Président fondateur de la République, reconnu comme tel toute sa vie avec les privilèges, les honneurs et la considération qui lui sont dus. Cette fonction officielle et constitutionnelle lui permettrait de signifier l’Histoire, d’être le garant de la continuité de la lutte pour l’indépendance et l’inspirateur des meilleurs choix possibles pour l’avenir du pays et de l’Afrique.
C’est le rôle non constitutionnalisé que joue aujourd’hui Nelson Mandela en Afrique du Sud. C’est ce rôle qu’il convient de faire accepter à Robert Mugabe, qui ne peut plus, qui ne doit plus exercer un pouvoir exécutif qu’il détient depuis bientôt trente années. Ce pouvoir exécutif doit être confié à un président de la République démocratiquement élu et chef d’un gouvernement qui gère le pays et le conduit selon les normes républicaines. Pourquoi ne pas tenter aussi une telle approche ?
Mugabe, président à vie, comme fondateur de la République, sage reconnu, honoré et respecté de tous, cela durera le temps qu’il faudra. Mais l’aurions-nous oublié ? « Qu’est-ce que dix ans, qu’est-ce que vingt ans, puisqu’un seul instant les efface ! »
Mieux, avec Aimé Césaire, je veux renchérir : « Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu’un temps et que les peuples demeurent ». La colonisation a passé. Le temps de Mugabe, hier révolution triomphante, aujourd’hui, langoureux crépuscule, ferme lentement une petite parenthèse dans l’histoire qui se poursuit.
Vive donc le peuple du Zimbabwe à la tête ou au cœur d’une Afrique qui marche.
Oui, il y a, pour ce douloureux pays, une autre solution, plus juste, plus courageuse et certainement plus digne de nous !
* Albert Tevoedjre est un homme politique béninois, professeur de Sciences politiques. Le 1er juillet 1999, il avait été nommé Coordonnateur du Projet «Millénaire pour l’Afrique» qui fonctionne sous l’égide des Nations Unies à travers une Commission indépendante chargée de réfléchir et de présenter des propositions significatives, originales et efficaces dans le but d’aider l’Afrique à s’emparer réellement des nouvelles chances qu’elle peut découvrir en elle-même ou que la Communauté internationale peut encore lui offrir à l’orée du Troisième Millénaire.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ZimbabweLa transition démocratique aura été de courte durée en Mauritanie. Elu en mars 2007, le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été renversé le 6 août 2008 par des éléments de sa garde. Depuis le premier coup d’Etat qui a chassé Moktar Ould Daddah du pouvoir, en 1978, Nouakchott vit son cinquième régime militaire. Dans cette période de trente ans marquée par l’omniprésence de l’armée, les seize mois que vient de vivre un régime issu d’une expression populaire sonnent comme une parenthèse anachronique. La Mauritanie retrouve un ordre militaire qui l’a longtemps caractérisé, le règne éphémère des civils n’ayant pu se faire dans la stabilité qui lui aurait permis de s’inscrire dans la durée.
Le Haut conseil d'Etat dont la mise en place a été annoncée après le putsch et que préside le général Ould Abdel Aziz est composé de dix autres membres. A savoir le général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed (chef d'état-major des forces armées), le général Felix Negri (chef d'état-major de la garde nationale), le colonel Ahmed Ould Bekrine (chef d'état-major de la gendarmerie) et le colonel Mohamed Ould Cheikh Elhadi (chef de la Sûreté nationale). Six autres officiers les complètent : le colonel Ghoulam Ould Mahmoud, le colonel Mohamed Ould Meguett, le colonel Mohamed Ould Mohamed Z'Nagui, le colonel Dia Adama Omar, le colonel Hennoune Ould Sidi et le colonel Ahmedou Bamba Ould Baya.
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer ce coup d’Etat, aboutissement d’une instabilité politique qui a fragilisé le pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi dès les premiers mois de son installation. Le phénomène le plus remarquable, durant cette période, aura été la brutale émergence du terrorisme islamiste. Si des mouvances radicales se sont souvent exprimées à Nouakchott pendant ces dernières années, les attentats qui se sont multipliés au cours des derniers mois, ont donné l’illustration d’un pouvoir incapable de maîtriser la situation intérieure.
Le fait le plus spectaculaire a été l’assassinat de touristes français, le 26 décembre 2007, par des éléments se disant proches d’Al Qaeda. Paris avait, dans la foulée, «conseillé» l’annulation du rallye Paris-Dakar dont la plus grande partie du parcours se déroule en Mauritanie, en raison de menaces terroristes. Un nouveau «coup d’éclat» s’était produit début février 2008, quand des hommes armés ont attaqué à l'arme automatique l'ambassade d'Israël, faisant trois blessés, tous Français, dont deux par des balles perdues. Ces actions étaient alors mises en relation avec l’appel qu’aurait lancé aux Mauritaniens le numéro deux du réseau al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, de s’attaquer à l'ambassade israélienne à Nouakchott, selon un centre américain de surveillance de sites Internet islamistes, IntelCenter.
Longtemps stable sous le régime répressif d’Ould Taya, renversé en 2005, la Mauritanie semblait avoir du mal à gérer les espaces de liberté qui s’étaient ouvertes avec la poussée démocratique. L’exercice semblait d’autant difficile que le pouvoir élu en mars 2007 n’a jamais su asseoir autour de lui une cohésion politique suffisante pour lui garantir une assise forte et légitime. Au point que la crise politique est allée crescendo ces derniers temps, fragilisant de plus en plus la majorité présidentielle.
Le dernier gouvernement monté par le Premier ministre Yahia Ahmed El-Waghef, arrêté par les putschistes en même temps que le président Ould Cheikh Abdallahi, remonte à mi-juillet. Quinze jours plus tôt, sous la menace d’une motion de censure d’un Parlement pluraliste, son prédécesseur avait démissionné. Devant une situation politique et sociale difficile, la majorité ne faisait pas preuve d’une cohésion et d’une stabilité qui lui auraient permis de soutenir les vents de fronde qui soufflaient de partout. Et comme pour mieux annoncer la fin d’un règne présidentiel qui n’était pas parvenu à se consolider en seize mois, un groupe de 25 députés et 23 sénateurs avaient annoncé leur démission collective du Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD), la formation présidentielle, le 4 août 2008. Deux jours après, survenait le coup d’Etat du 6 août.
La plus courante explication donnée à ce putsch repose sur les tentatives de contrôle que le président Ould Cheikh Abdallahi voulait exercer sur l’armée. Les principales victimes en étaient les deux généraux au centre du putsch. Des changements décidés à la tête de l'armée, de la gendarmerie et de la Garde nationale, par le chef de l’Etat déchu, avaient conduit à leur mise à l’écart. Quelques heures après, ils prenaient le pouvoir. Les généraux Ould Cheikh Mohamed Ahmed et Mohamed Ould Abdel Aziz devaient, en effet, être remplacés, respectivement, par le colonel Abderrahmane Ould Boubacar et le colonel Mohamed Ahmed Ould Ismaïl. Tous deux avaient été membres du Conseil militaire de transition qui avaient conduit, de 2005 à 2007, la transition démocratique en Mauritanie. Aussitôt annoncée la nouvelle de leur limogeage, ils ont fait envahir le palais pour procéder à l’arrestation du chef de l’Etat. Comme pour confirmer qu’ils sont bien les maîtres du jeu, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, dans sa première déclaration après le putsch, a souligne : «C'est l'armée qui a mis fin à la dictature en 2005. Et, aujourd'hui, c'est encore elle qui met fin à la dictature, au népotisme, au chaos, au désordre».
Les mutations que le président Ould Cheikh Abdallahi a voulu imposer sonnent comme une tentative de se libérer de la tutelle pesante de l’armée, avec des généraux qui avaient participé au coup d’Etat de 2005 et avaient joué des rôles clés dans la transition ayant mené aux élections démocratiques. A Nouakchott des observateurs les accusaient de tirer les ficelles des dissensions politiques au sein du parti au pouvoir. Ils étaient ainsi soupçonnés, voire accusés d’être à l’origine de la fronde qui, le 4 août 2008, avait poussé à l’annonce de la démission massive de députés et de sénateurs du parti au pouvoir.
L’«erreur politique» du président Ould Cheikh Abdallahi, c’est sans doute d’avoir voulu trop vite se débarrasser de cette tutelle militaire. Parmi les quatre hauts gradés qu’il a limogés, deux étaient à l’origine de sa candidature à la présidentielle de 2007. Ayant un œil et même une main dans le jeu politique, les officiers n’appréciaient guère les mutations qui se succédaient, comme l’entrée de partis d’opposition dans le gouvernement, ou le retour aux affaires d’éléments influents de l’ancien régime du président déchu Ould Taya.
Bien préparé dans les «coulisses» du palais, le putsch s’est déroulé sans effusion de sang. Mohamed Ould Abdel Aziz, ex-chef d'Etat major particulier du président de la République, Gazhouani, chef d’Etat-major de l’armée, Félix Négri, chef de la Garde nationale, ont juste fait procéder aux arrestations du président de la République, de son Premier ministre, du chef d'Etat-major nouvellement nommé et de quelques hautes personnalités, pour décapiter le pouvoir et annoncer le changement de régime sur les ondes de la radio nationale.
Comme étrangère à cette guerre interne au sommet du pouvoir qui a vu les militaires dicter encore une fois leur loi aux civils, la population a été sans réaction devant la perte d’un régime qu’elle avait porté au pouvoir seize mois plus tôt. Seuls quelques manifestations de partisans de président déchu ont été signalées, vite dispersées par les forces de sécurité, dans une ville de Nouakchott, la capitale, où on continuait normalement de vaquer aux occupations quotidiennes. La crise économique et sociale que le régime déchu n’était pas parvenue à gérer, avec des manifestations à répétition contre la vie chère, y est peut-être pour quelque chose.
Les condamnations n’ont cependant pas manqué dans la classe politique mauritanienne, de même qu’au sein de la société civile. Figure marquante du paysage politique mauritanien, Lô Gourmo Abdoul de l’Union des forces de progrès, parle d’«un recul de la démocratie» et réclame «un retour à l’ordre constitutionnel avec Sidi Ould Cheikh Abdellahi comme président de la République». Cette position est partagée par plusieurs autres partis qui ont mis en place, le 7 août, un Front pour la défense de la démocratie (FDD). Au niveau de la société civile, le président du Forum national des ONG défenseurs des droits humains, Sarr Mamadou, clame aussi qu’un«Un coup de force ne règle pas les problèmes. Les dernières élections ont été empreintes de transparence. Quels que soient les problèmes cet acquis doit être préservé. Nous en appelons à la vigilance pour sortir de la crise. Nous allons réunir toute la société civile pour entamer une concertation pouvant favoriser le retour à une situation normale», ajoute-t-il.
La junte au pouvoir annonce la tenue d’élections sans en préciser encore la date. Mais la réprobation de la communauté internationale reste unanime. L’Union africaine condamne et la France «met fermement en garde les auteurs du coup d’Etat qui pourraient faire l’objet de mesures à leur encontre dans l’hypothèse où un retour à la légalité constitutionnelle ne serait pas rapidement assuré». Reste à savoir ce que recouvre le terme «rapidement». D’autant que Paris a semblé mettre du temps à avancer dans sa lecture de la situation. Interrogé sur les raisons du coup d'Etat, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères soutenait le 7 juillet qu'"il est trop tôt pour qualifier (la) situation".
Il apparaît pourtant clair que malgré sa fragilité et ses errements, l’expérience démocratique mauritanienne, dont les prémices se faisaient sentir avec le régime de transition militaire qui a renversé Ould Taya, était bien porteuse d’espoir. La Mauritanie semblait sortir d’une longue nuit d’enfermement avec une effervescence au niveau de la presse, un retour et une réinsertion des réfugiés chassés vers le Sénégal depuis 1989 et une détente sociale fort perceptible… Les critiques ne manquaient certes pas devant les balbutiements démocratiques, mais le processus était soutenu par la population. Aujourd’hui, c’est à la classe politique d’affirmer sa maturité et sa détermination devant ce surprenant retournement de situation.
* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLe président bissau-guinéen a prononcé le 5 août la dissolution de l'Assemblée nationale. Aucune raison n'a été officiellement donnée. Selon la Constitution bissau-guinéenne, cette dissolution de l'Assemblée devrait entraîner immédiatement la chute du gouvernement. Le président est ensuite censé former un gouvernement pour gérer les affaires courantes et organiser des élections législatives dans les 90 jours. Le président Vieira avait ouvert une consultation avec l'ensemble de la classe politique, la société civile et le Conseil d'Etat.
Tagged under Gouvernance Guinea BissauUn projet d'accord entre le pouvoir et l'opposition zimbabwéenne prévoit une amnistie et un statut de président honorifique pour Robert Mugabe, a assuré le quotidien sud-africain The Star, qui cite une copie du document. Selon ce projet, présenté aux représentants du pouvoir et de l'opposition qui négocient une formule de partage du pouvoir, le poste de Premier ministre reviendrait au leader de l'opposition Morgan Tsvangirai.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLes enfants d’un homosexuel ont été interpellés par la police pour avoir enterré leur père dans un champs. Après le décès de dernier, au mois de juillet, les autorités religieuses de la ville de Touba s’étaient opposées à son enterrement dans le cimetière. Devant la polémique ainsi créée, les enfants du défunt ont procédé à son enterrement en catimini. C'est le propriétaire du champ qui aurait averti la gendarmerie. Saisi, le procureur a ordonné l’exhumation du corps et ouvert une enquête.
Tagged under Gouvernance SenegalPlus d’un an après le discours de Dakar prononcé par le président français Nicolas Sarkozy, des chercheurs français et africains répliquent à nouveau au discours prononcé à Dakar par le president Sarkozy. L’ouvrage qu’ils ont publié à cet effet est intitulé "l’Afrique de Sarkozy, un déni d’Histoire". Piloté par Jean-Pierre Chrétien, on y retrouve les contribution de plusieurs universitaires africains comme Achille Mbembe.
Tagged under GouvernanceRFI et Reporters sans frontières organise un concours de journalisme ouvert à 41 pays francophones. Ce prix récompense le meilleur reportage d’actualité traitant des droits de l’Homme en presse écrite et en radio avec le « Prix Jean Hélène Pour participer, il suffit de télécharger le formulaire d’inscription et le règlement du prix sur les sites (rubrique « Concours »), www.rsf.org ou www.francophonie.org
Tagged under GouvernanceLe Conseil de sécurité de l'ONU a voté le 31 juillet pour la prolongation d'un an du mandat de la force paix ONU-Union africaine (Minuad) au Darfour. L'épineuse question d'une possible inculpation du président soudanais Omar el-Béchir pour génocide a également été abordée. Quatorze de quinze membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur de la résolution britannique qui proposait la prolongation d'un an du mandat de la force de paix à compter de jeudi après l'expiration de ce mandat. Seul les Etats-Unis se sont abstenus.
Tagged under GouvernanceLe Premier ministre centrafricain a affirmé «la corruption touche indistinctement tous les secteurs de la vie sociale» de la République centrafricaine, citant notamment la police, la gendarmerie, le Trésor, l'éducation, la santé, la justice. Il a déclaré que «la corruption doit être combattue vigoureusement» dans toutes ses formes, à l'occasion de l'installation, le 6 août du comité national de lutte contre la corruption.
Tagged under Gouvernance"Tu es en train de beaucoup parler. Fais attention. Ça suffit, ne t'en mêle pas". La ministre de la Justice bissau-guinéenne a révélé, au cours d’un point de presse, le 30 juillet, que c’est en ces termes qu’elle a reçu des menaces de mort par téléphone. Elle que son téléphone s'est à nouveau mis à sonner à 2H 20 du matin et qu'une voix anonyme masculine différente de la première lui a dit: "Tu penses que nous plaisantons? Mets ta main dans le feu et tu verras. Tu ne sais pas que tu es en train de creuser ta propre tombe. Voilà le premier avertissement. Un homme averti en vaut deux".
Tagged under Gouvernance Guinea Bissau
Pagination
- Page précédente
- Page 416
- Page suivante